16 nov. 2023, 15:25
 Liverpool   Solo  Il été une fois
VACANCES D'ÉTÉ 2048
A LIVERPOOL (ET AILLEURS)


ÉPISODE 1

Il est six heures et mon réveil sonne. Pendant les vacances. Pas cool.

Mais il le faut bien : dans une heure, je dois être chez Carter's Cars, autrement dit, le garage automobile où je travaille cet été. C'est un peu ironique, tout de même... parmi tous les p'tits jobs que j'aurais pu faire - notons biens que ce "aurait pu" est purement hypothétique puisque dénicher un emploi n'a déjà pas été facile, alors parler du luxe d'avoir le choix... - bref, je me retrouve avec quelque chose d'on-ne-peut plus moldu : des voitures.

Marrant hein : je suis experte et incollable quand il est question de balais, le moyen de locomotion favori des sorciers. Les voitures, en revanche, je n'y connais rien. D'une part, évidemment, parce que dans le monde magique, elles ne jouent aucun rôle. Mais dans mon monde moldu à moi, elle n'ont jusqu'à présent pas non plus joué un rôle particulièrement important puisque ma famille n'a pas de voiture. Enfin voilà.

Carter n’a vraiment pas été très regardant et puis pour le type de travail à faire, pas besoin d’y connaître grand-chose aux véhicules motorisés. Je suppose qu’il s’est contenté de trouver deux personnes pour remplacer deux de ses employés partis en vacances quelques semaines en été, deux personnes peut compliquées qui ne ronchonnent pas et qu’il a pu embaucher de façon… peu bureaucratique. Je viens le matin, je repars avec mes billets le soir et voilà. Simple et efficace, tout le monde est content et moi, je me résous même à me tirer de la confortable chaleur de mon lit pour me traîner jusqu’à la salle de bain.

Les tâches qui emplissent mes journées du matin jusqu’en fin d’après-midi n’ont rien de particulièrement intéressant ni de spécialement stimulant - j’aurais mille fois préféré travailler à la Tête de Sanglier, mais contrairement à Monsieur Jørlegmund, Carter m’a employée sans poser trop de questions. Tu t’y connais un peu, en voitures ?, j’ai répondu que non mais que j’apprends rapidement - le truc un peu bateau, mais sur le moment, je n'ai pas trouvé de meilleur argument -, il a réfléchi un instant, m’a dit qu’il me paiera un peu moins car absence de qualification, mais que c’est bon. Et moi ça me va, tant que ça me permet de gagner de l’argent.

ˈli(ː)əʊ ˈʤɪnʤə
Flash McQueen, Flash McWin

16 nov. 2023, 15:25
 Liverpool   Solo  Il été une fois
Peut-être que Carter regrette son choix, je sais pas. En tout cas, dès le premier jour, j’ai remixé tous les plans. Leo au bureau, Tom, l’autre remplaçant pour la période estivale, un gars qui ne parle pas beaucoup un peu plus âgé que moi, pour aider au garage. La fille au bureau, le garçon avec les machines, j'ai bien compris. Mais je n'ai rien dit. Bref. Répondre au téléphone, facile, gérer les rendez-vous dans l'agenda, je sais faire. Ce qui a été plus galère, par contre, ce sont les différents programmes de l'ordinateur qu'on m'a demandé d'utiliser. Je sais utiliser un ordinateur sur un niveau basique, répondre à des mails, faire des recherches internet et tout ça. En revanche, avec les tableurs ça a commencé à devenir compliqué et surtout, je frappe les touches du clavier à une lenteur exaspérante.

Carter, peu satisfait, a finalement décidé qu'on allait essayer les choses différemment : l'autre remplaçant estival en secrétaire improvisé et moi dehors, pour aider avec les voitures.

Et c'est comme ça que je suis passée de l'espace agréablement climatisé qu'on sait valoriser à juste titre en été au travail à l'air libre. Plus salissant, plus bruyant, ça sent l'essence et l'huile à moteur et je ne sais pas trop quoi et pourtant, cette activité plus physique me plait bien mieux que le simple martèlement de doigts sur un clavier, autrement collée à un fauteuil de bureau pourtant pas inconfortable.

Donc j'ai rapidement appris : appris à vérifier la pression de pneus, à changer l'huile, à tendre les bons outils lorsqu'on me les demande. Transporter pneus et autres pièces de voiture de A à B, plutôt porter un large t-shirt que le débardeur que j'ai eu la mauvaise idée de mettre au début si je veux éviter de désagréables regards appuyés. Ne pas essayer de rester propre, c'est de toute façon vain et donc prendre le vélo plutôt que le bus pour rentrer. Laver et nettoyer les voitures à l'intérieur tout comme à l'extérieur. Redoubler les efforts quand la voiture est une grosse bagnole élégante aux vitres teintées, même si de prime abord, elle a déjà l'air tout à fait propre.

Un jour, Carter a voulu que je déplace une des voitures qu'il vient de terminer sur le parking où le propriétaire pourra la récupérer. J'ai d'abord refusé, je ne sais pas conduire, j'ai jamais été au volant, c'est pas une bonne idée. Il n'a rien voulu savoir. Dans un an, tu passes ton permis, c'est facile, frein, pédale d'accélération, embrayage... Je n’ai rien dit, au hoché la tête, au pris les clés qu’il m'a tendues, suis grimpée dans la voiture, ai mis le moteur en marche. Et j'ai directement calé. Fin de la discussion, je suis retourné à mes pneus. Ce soir-là, Carter m’a discrètement glissé vingt livres en plus du salaire habituel avec le commentaire amusé : pour tes cours de conduite, t’en aura besoin.Ce n'est pas particulièrement honnête peut-être, je n'ai pas l'intention de passer un quelconque permis de conduire dans un futur proche. Mais je me dis que si c'est pour mes études ou un balai, c'est presque pareil, au fond. C'est juste un autre moyen le locomotion.

Enfin voilà. Je me lève tôt le matin, je rentre en soirée, épuisée. Ça me bouffe un peu ce feeling de vacances d'été, mais c'est comme ça. Et au final, ça reste mon choix, je peux toujours arrêter.

ˈli(ː)əʊ ˈʤɪnʤə
Flash McQueen, Flash McWin

1 déc. 2023, 21:04
 Liverpool   Solo  Il été une fois
ÉPISODE 2

Aujourd'hui, j'ai transformé ma vie en un gros mensonge.

Enfin... c'est vrai que j'exagère peut-être un peu. Mais à peine. Et pour le coup, malgré ce giga-mensonge désagréable et embêtant, je me suis comportée exactement de la façon demandée et imposée. Du moins par le monde sorcier.

A défaut de pouvoir sortir ma batte de Quidditch dans le monde moldu - croyez-moi, ce grand objet de bois à l'allure un peu rustique, renforcée de fer par endroits, si tu sors dans la rue avec ça : a) on te lance des regards entre l'étrange et l'effrayé et on fera un grand cercle pour éviter de s'approcher de toi, ou b) les rares personnes qui sont attirées à la vue d'une telle arme exposée dans la rue ne sont dans 99,9% des cas pas exactement le genre de personnes à qui on souhaiterait avoir affaire. Alors en été, dans mon Liverpool moldu, j'ai troque depuis quelques années ma batte de Quidditch contre sa petite soeur plus légère, mince et métallique : la batte de baseball.

Ce n'est pas pareil, évidemment, mais comme de toute façon, il serait hors de question de frapper dans un cognard, la batte de baseball reste une solution plutôt intéressante. Bien mieux en tout cas que ces drôles de battes aplaties qu'ils utilisent pour jouer au cricket, par ici ! Même si bon, finalement, je ne m'y connais pas plus que ça en baseball et que j'en profite surtout ne pas totalement perdre mes réflexes de batteuse durant la pause estivale. Déjà qu'à Liverpool, je ne peux pas voler... ce n'est pas très juste par rapport aux autres joueurs qui peuvent continuer à s'entrainent avec relative facilité pendant l'été, mais voilà, c'est comme ça, je m’en suis accoutumée au fil des étés. Donc le baseball, c'est un peu ma version d'un semblant Quidditch moldu improvisé avec les moyens du bord, en somme.

Enfin voilà. Ce qui s'est passé, ce jour-là, c'est qu'au terrain sportif où je vais habituellement pour m'entrainer, il y avait des gens. Ce n'est pas spécialement étonnant, il m'arrive de temps en temps des me joindre à des inconnus le temps d'un entrainement. Mais cette fois-ci, ça a été un peu particulier : j'ai croisé deux jeunes de mon âge que je n'avais pas vu depuis plusieurs années, un frère et une soeur, que je connais pour habiter à quelques rues de chez moi. On a fréquenté la même école primaire. On jouait ensemble au foot de temps en temps - à Liverpool, ce n'est rien d'étonnant, le football semble omniprésent et impossible de passer à côté de la rivalité entre les so-called "Reds" et le Everton F.C. Et puis je suis partie à Poudlard, et puis on ne s'est plus tellement vus, et puis finalement, le contact s'est naturellement rompu.

Sur le moment, je me suis demandée si ça allait être ainsi dans quelques années, lorsque je croiserai par hasard des connaissances de Poudlard. Et puis très rapidement, j'ai réalisé que non, que ça n'a absolument rien à voir. Parce qu'une fois les "eeeeh, mais Leo, ça fait longtemps" passés, il y a eu la curiosité et les questions : Il parait que tu étudies ailleurs maintenant, qu'est-ce que tu fais, pourquoi t'es partie... la liste est longue. Et celle des réponses que je peux fournir honnêtement, très courte.

Vous avez déjà essayé de mentir ? Genre vraiment mentir, construire un gros, gros mensonge ? A première vue ça peut paraître simple, page blanche pour se réinventer une vie. Mais la vérité c'est que c'est ultra compliqué. C'est cette impression de tisser une grande toile d'araignée avec mes histoires mensongères, sans fil rouge particulier parce que les intersections de mon récit sont seulement ce que ma spontanéité a bien voulu me donner comme idées sur le moment, dans ces petits instants de réflexion que l’on peut se permettre avant que le silence après la question ne devienne suspect. Et en même temps, j'ai comme eu l'impression d'être cet insecte qui vole droit dans cette même toile pour y rester collé, où chaque mouvement sans retour possible s'accompagne du risque de s'emmêler, de se retrouver définitivement pris au piège par les fils de l'histoire inventée, fins à priori, aussi transparents que les propos qu'ils tissent inexistant, mais bien menaçants.

Ça a commencé par la justification de ma subite disparition des rues de Liverpool. A cette phase-là du mensonge, j'ai encore essayé de rester de rester évasive et proche de la réalité, j'ai donc raconté que je suis partie étudier ailleurs, en Écosse. Dans un internat, où ça, t’as une photo ? Oui, mais ah euh j’ai oublié mon téléphone, puis réponse évasive du type c'est un lieu paumé, vous connaissez pas. Ah. Mauvaise idée, parce que cette réponse a suscité une nouvelle curiosité : vous avez l'argent pour t'envoyer dans un internat ? Question posée directement er sans philtre, mais ma foi pas injustifiée. Les internats et écoles privés ne sont vraiment pas une rareté en Grande-Bretagne, je le sais bien. Mais dans le quartier dans lequel j'habite, dans lequel ces anciennes connaissances habitent, si : envoyer son enfant suivre une éducation que l'on paye à prix d'or est l'exceptionnelle exception, on le sait tous, alors forcément que ça suscite des interrogations. J'ai donc parlé de bourse d'étude, mais à défaut de pouvoir sincèrement faire croire à deux personnes avec qui j'ai partagé un bout de scolarité que j'ai été soutenue financièrement pour mes bons résultats jusqu'à là bonnement inexistants, je me suis dirigée assez naturellement vers la bourse sportive. Ça a continué comme ça, avec des inventions de quotidien et fausses anecdotes qu'on m'a demandées. Et c'est ainsi qu'en l'espace de quelques minutes, je suis devenue jeune prodigue du baseball repérée par une école écossaise spécialisée dans ce sport pourtant si peu britannique (et je me suis après coup dit qu'avec le cricket, ça serait peut-être mieux passé), le tout en assurant face à des oh je savais pas que tu faisais du baseball que ah bon, si, si, j'en ai toujours fait. Mensonge.

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