Au bout de ma plume
10 AOÛT 2048, matin,
ENCEINTE DE L'IMSM
Alyona, 18 ans
ENCEINTE DE L'IMSM
Alyona, 18 ans
J'ai reçu la nouvelle le lendemain de ma soirée passée sur la plage avec Ennis et Tomas. Elle était brève, directe, franche, affreusement terrifiante. Le lundi dix août, disait-elle, j'étais attendue à huit heures pour passer l'examen écrit de l'Institut de Médicomagie et des Sciences Magiques. Je suis partie le jour qui a suivi ma lecture de cette lettre, disant adieu au dernier match de l'Écosse qui déterminait sa position ou non sur le podium de la Coupe du monde, renonçant à la finale dont la place avait coûté si cher et que bien d'autres auraient aimé avoir. J'ai laissé mon père en Asie et je suis repartie à Godric's Hollow. Là-bas, dans l'air épais et compact de ma chambre qui pesait sur mes poumons, je me suis installée devant mon bureau, les mains tremblantes et le crâne vide, mais enveloppée de joie, de soulagement et de détermination. Les heures ont coulé dans un grand puits après avoir tressauté dans ma gorge. Je pouvais y croire maintenant, je pouvais espérer, j'avais une chance d'y arriver, d'atteindre mon objectif.
Et me voilà.
L'Institut est un grand bâtiment inquiétant. Pourtant, il ne m'a fait nullement peur. Il y avait des centaines d'élèves autour de moi, attendant eux aussi de pouvoir entrer. S'imaginaient-ils également la table, la pièce, la chaise, le sujet qu'ils ont trouvé quelques dizaines de minutes après ? Et que ressentaient-ils donc en pensant à tout cela ? Qu'est-ce qui les a fait parler si fort, là, tout près de moi, comme une marée bruyante attendant son heure pour se jeter sur les côtes ? Ont-ils eu seulement peur ou se sont-ils sentis sereins, sûrs d'eux, confiants ? Certains visages ne m'étaient pas inconnus. J'ai retrouvé dans ces corps mouvants et transpirants sous le soleil des élèves de Poudlard, de ma promotion. C'était étrange de les voir là, de comprendre que peut-être qu'ils passeraient l'année avec moi, qu'ils n'appartiendront pas qu'à mon passé, qu'ils resteront accrochés à mon présent. Si je n'avais pas été aussi concentrée sur ce qui m'attendait, j'aurais été parler à certains d'entre eux. Mais j'étais ancrée dans ce monde tangible et je ne pouvais pas bouger, pas avant qu'on nous y incite. Je devais rester droite comme un arbre, m'enraciner dans cette terre que j'espérais bientôt être mienne.
L'entrée de l'école doit être assez calme en temps normal. Si mon odorat était bon, peut-être aurais-je senti les effluves de la mer que j'ai aperçue avant d'entrer dans le domaine de l'IMSM. Cela me rappelle Édimbourg, même si ici, c'est assez différent. L'établissement est situé au cœur d'une petite forêt, à deux pas de la plage et à l'abri des moldus. Avant de passer les grandes grilles de fer qui donnent à ce lieu tout son sérieux, j'ai été surprise par le sable sur lequel j'ai marché. Du sable... Peu importe où je vais, l'eau sera toujours près de moi, n'est-ce pas ? Je me suis demandée si je pourrais voir la mer d'un des étages de l'école. M'arrivera-t-il un jour, si je réussis l'épreuve qui m'attend, de me pencher à une de ces hautes fenêtres sombres pour observer au loin, effleurant l'horizon, ce bleu qui s'emmêle avec le ciel et ne semble jamais finir ? Peut-être que ce liquide qui fait encore battre trop vite mon coeur finira un beau jour par être une source de sérénité.
Je m'étais beaucoup préparée pour ce qui m'attendait. J'avais passé de longues heures à relire des livres, des cours, des notes prises rapidement sur des faits appris trop vite. C'était difficile de savoir que mon admission reposait sur un concours, un examen écrit qui permettait aux professeurs de l'établissement de se pencher sur chacun d'entre nous pour les juger à la même enseigne. Cela avait quelque chose d'inquiétant — tout reposait entre mes mains, au bout de ma plume, sur le fil de mes idées et de mes savoirs —, et en même temps, c'était très stimulant et encourageant — je pouvais maîtriser ma propre réussite, la tenir fermement jusqu'à la voir éclore entre mes doigts tremblants — ; tout s'est joué sur ces quelques heures que j'ai passées assise face au sujet qui m'avait fait retenir si longtemps mon souffle.
Et puis, après une attente qui nous a paru si longue, nous avons pu entrer. Découvrir les murs froids, nus, sans artifice. Marcher sur ce carrelage qui a fait résonner nos pas. Laisser notre regard tomber sur les deux escaliers immenses et ces portraits qui nous deviendraient peut-être familiers, comme une nouvelle famille austère qui nous accueillerait chaque jour. On nous a guidé jusqu'à une grande salle, traversant des couloirs immenses, appréciant déjà l'espace gigantesque de cette école labyrinthique. Si je ne revenais plus ici, au moins aurais-je pu être émerveillée par cette grandeur intimidante. Ensuite, nous sommes entrés dans une nouvelle pièce, la première de l'Institut que nous découvrions. Elle était, comme le reste, chargée d'histoire et de silence. On nous a donné des instructions, des indications, des précisions, et tout a commencé. Était-ce seulement le début ou la fin ? Personne n'était sûr de rien.
Quand je suis sortie, j'étais épuisée. J'avais l'impression d'avoir repassé mes ASPIC, mais en plus complexe encore. Pourtant, demeurait en moi une sensation d'achevé, de continuité, d'assurance aussi, étrangement. Je pense que je pouvais dire avec humilité que, oui, j'étais fière de moi. N'avais-je pas été au bout de mes idées ? N'étais-je pas parvenue à écrire tout ce que je voulais écrire ? Ma plume s'était emportée, guidée par mes mains, et j'étais arrivée à produire un résultat qui me convenait, qui me plaisait. Tout cet épuisement et cette inquiétude que les révisions avaient fait naître en moi n'avaient donc pas été vains. Si je ne réussissais pas, au moins étais-je partie fière de moi, et convaincue que si échec il y avait, il ne serait pas dû à ma copie, mais bien au niveau de l'école qui se présentait comme plus élevé que le mien.
Mon résultat m'a été transmis la semaine qui a suivi mon passage dans l'établissement. Favorable, disait-il. Mon classement s'est, lui, révélé assez confortable pour que je puisse choisir la filière qui m'intéresse. Bientôt, je repasserai les grandes grilles de fer inquiétantes, avec la sérieuse intention, cette fois-ci, de rester derrière un certain temps.
#466962 ‖ Botaniste au Jardin de Draíocht