Le dessin à la Serpentête ft. Ashley Houston

Avec @Ashley Houston
Table des Poufsouffle


Le couloir était libre. Peeves avait filé vers d'autres facéties. Seuls les murs et le sol gardaient les stigmates des derniers incidents. Echarpe sur le nez, j'inspirais par la bouche. L'air saturé d'effluves de bombabouses était écœurant. Je traversais ce champ de bataille à la hâte, direction la grande salle ou le service du déjeuner nous attendait. J'avais d'autres préoccupations.

Ashley Houston.

En pénétrant sous l'immense plafond magique, je repérais sans peine la fille. Installée à la table des Poufsouffle, elle conversait déjà avec quelques camarades en attendant l'apparition des plats. Sans hésitation, je fondais sur l'une des places encore libres à ses côtés et m'installais comme si j'y étais conviés.

"Tu l'as dessiné ? Lavinia. Je t'ai vu. Assise sur le sol, avec ton carnet et ton crayon. Tu levais les yeux vers elle. J'ai pas compris tout de suite mais je suis sûr que tu l'as dessiné."

Qu'est ce que je savais d'Ashley ? Pas grand chose. Un visage pâle encadré par des cheveux d'un noir intense. Deux amandes au regard hermétique toujours du même noir. Des lobes intacts, quelques pansements à la main gauche et un cou si fin que deux mains pouvaient aisément l'enserrer. Et puis, d'après son dernier échange avec Lavinia, une langue aussi vive qu'une morsure de crotale. Je ne savais donc pas où je mettais les pieds et encore moins les foudres que j'encourais. Mais la prudence ne menait à rien.

"Montre moi."

RPGWRIMO : 239 mots

Pour les mentions : @Lavinia W. Campbell

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"“Toutes choses sont bonnes ou mauvaises par comparaison.” Edgar Allan POE

Le dessin à la Serpentête ft. Ashley Houston
13 Octobre 2048, après ceci
Table de Poufsouffle – Grande Salle
2ème année


Quelle drôle de matinée. Se faire surprendre par Peeves, c'est courant. Mais qu'il vienne embêter une classe entière, voilà qui n'arrive pas tous les jours. Enfin, heureusement que je suis restée dans la salle de classe. Sentir la bombabouse pour le reste de la journée n'est pas dans mes plans. L'odeur régnant dans le couloir et s'accrochant à mes vêtements est déjà bien suffisante, je n'ai pas besoin de plus. Elle a cependant l'air de s'évaporer vite, ce qui est bon signe.

Après m'être assise à la table des Poufsouffle, j'échange quelques futilités avec certains de mes camarades qui, allez savoir pourquoi, ont décidé de m'adresser la parole. J'essaye de faire en sorte que notre échange soit le plus court possible, mais ce n'est parfois pas évident d'échapper à quelqu'un qui veut connaitre les moindres détails de l'incident de l'après-cours de Métamorphose. Comme s'il y avait quoique ce soit d'intéressant là-dedans. J'hausse les épaules pour mettre fin à la conversation, appuyant mon geste d'un regard faussement intéressé vers la table où la nourriture n'est pas encore apparue.

J'ai un mouvement de recul lorsqu'un uniforme étranger apparait à mes côtés. Un Serpentard, étrange. Les yeux fixés sur le vert de sa tenue, je me rappelle avec facilité un des repas de l'année dernière où une Serdaigle dont j'ai oublié le nom était venue ici, en attente d'une amie qui n'était jamais apparue. À la différence qu'aujourd'hui, je connais la personne, vu qu'elle était avec moi il y a à peine dix minutes.

J'ai à peine le temps d'hausser un sourcil ou de prononcer un son que Waite prend la parole, parlant du dessin que j'ai fait pendant que le bazar du couloir s'intensifiait. Ainsi, il a remarqué que je dessinais la petite vipère. Ce qu'il ne sait pas, par contre, c'est comment je l'ai dessinée. Je me demande quelle serait sa réaction s'il voyait mon dessin. Je ne sais pas s'il l'apprécie, sont amis ou même plus, ça m'est égal d'ailleurs, mais j'ai bien envie de voir la tête qu'il ferait. La seule chose qui me retient actuellement de sortir mon carnet est le ton qu'il prend. Sa façon de parler et de me donner des ordres. Au moins, il a le mérite d'aller droit au but sans s'encombrer de politesse inutile. C'est sûrement ce qui le distingue des autres et le rend un peu plus intéressant. Un type intéressant, ça oui, si seulement son potentiel n'avait pas été gâché par une porte fermée et une Campbell fort peu amusante. Quel dommage.

C'est d'ailleurs la seule raison qui m'empêche de lui montrer mon très cher dessin. Je n'arrive pas à cerner le Serpentard, ce qui est très pénible, et je ne sais pas les raisons qui me pousseraient à le faire.

« Pourquoi ? » dis-je finalement.

Peut-être que s'il réussit à m'en donner, il pourra l'apercevoir. Oh, je sens que ça va être amusant.

Quatrième année | Corneille du Chant | #741b47 | Saumon indépendant | Préfubbies aspirateur

Le dessin à la Serpentête ft. Ashley Houston
Je comprenais maintenant que la bataille serait longue. Ashley n'était pas le genre de fille à se laisser dicter les choses. En évitant les ronds de jambes, j'avais, certes gagné du temps et, manifestement son intérêt mais ce "Pourquoi ?" sonnait trop comme un défi.

En d'autres lieux, je ne me serais guère embarrassé. Quelques secondes à fouiller dans sa sacoche, une menace voire même l'usage de la force, elle aurait dit au revoir à son dessin. Mais ici, il y avait des règles, d'autres règles, bien différentes de celles que je connaissais. Ici, il y avait trop de gens, des yeux même si, à cette table, la plupart n'en avait que pour les plats qui venaient de faire surface. Merlin, que les Poufsouffle étaient barbants. Comment une fille comme Ashley faisait pour les supporter. Enfin, façon de parler. La revêche ne paraissait pas tellement ravie de siéger à la table des blaireaux.

Il faut dire qu'elle dénotait. Porter l'uniforme jaune et noir ne faisait pas de vous un modèle de gentillesse. C'eut été été trop réducteur de croire qu'ils étaient tous comme Narcisse ou Sandra. Ashley avait bien plus de la Serpentard. C'était là mon problème. Sans cela, elle se serait empressée de me montrer son chef d'œuvre et, quelques compliments auraient surement suffi à ce qu'elle me l'offre. En un sens, elle et moi, nous ressemblions. La plupart des gens ne semblaient pas l'intéresser et, elle se fichait bien de plaire.

"J'ai bien vu que tu ne l'aimais pas. Je suis curieux de voir si cela ressort aussi dans ton dessin."

Pour les mentions : @Narcisse Brando et @Sandra Miller

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Le dessin à la Serpentête ft. Ashley Houston
En attendant la réponse du Vert, je laisse mes yeux plongés dans les siens, laissant volontairement une lueur de défi y apparaitre. Je soutiens son regard, le visage neutre, quoique légèrement amusé, analysant chacun de ses mouvements – bien qu'il ne bouge pas beaucoup. J'ai presque l'impression de voir les rouages de son esprit tourner tandis qu'il réfléchit à une réponse à me donner. J'en déduis donc qu'il a une réelle raison de vouloir voir le dessin de Campbell, et qu'il réfléchit à s'il devrait me donner une réponse et si oui, s'il devrait dire la vérité ou mentir. Ce qui aurait le fâcheux résultat de me déplaire.

Mais quelques soient ses intentions, je ne peux m'empêcher d'être déçue à sa réponse. Je ne sais pas vraiment à quoi je m'attendais de sa part, mais mes attentes étaient apparemment trop haute. Je le félicite certes d'avoir remarqué que je n'apprécie pas beaucoup la Serpentard, mais au lieu de me demander si « cela ressort aussi dans mon dessin », il aurait mieux fait de me demander « comment cela ressort dans mon dessin ». À ce moment là, il aurait peut-être eu une réponse satisfaisante.

Il ne serait pas surpris de savoir les sentiments que j'ai à son égard, étant donné qu'il a visé juste. Je n'aime pas Campbell. Néanmoins, il serait tout de même surpris de voir le dessin que je garde précieusement rangé dans ma sacoche et que je ne compte finalement pas lui montrer. Par réflexe, je pose une main protectrice dessus, plissant les yeux pour le mettre au défi d'essayer de me le voler par la force. Je sais qu'il ne le fera pas ici, pas devant autant de monde. En réalité, je ne suis même pas sûre qu'il essayerait, mais j'ai envie de tester ses limites. Après tout, si je suis ici pour m'amuser, autant le faire jusqu'au bout. Un léger sourire narquois traverse mes lèvres juste avant que je ne réponde :

« Oh, tu serais surpris de savoir ce que je peux dessiner. »

Inutile de mentionner la tête de serpent servant de visage à la Verte. Je préfère largement le laisser l'imaginer plutôt que de lui donner toutes mes cartes d'un coup. Et s'il est doté d'un peu de créativité, nul doute qu'il saura quoi visualiser.

Cette situation, et plus particulièrement cette conversation, me rappellent le nombre de fois où j'ai dû débattre avec Gwennaëlle pour obtenir quelque chose d'elle. Elle voyait toujours ça comme un jeu, un jeu qu'elle était presque sûre de gagner à chaque fois. Mais aujourd'hui, les rôles sont inversés. Et ayant passé la plus grande partie de mon enfance à observer ma sœur, j'ai appris à agir comme elle. À imiter son comportement, ses expressions, ses tournures de phrases. Je suis donc sûre de remporter la partie. Plus que quelques minutes avant que Waite n'abandonne et me laisse tranquille. À moins qu'il ne réussisse à faire en sorte que je lui montre le dessin à la Serpentête, mais il lui faudra trouver de bonnes raisons pour me faire changer d'avis.

Je suis vraiment désolée pour le délais de réponse...

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Le dessin à la Serpentête ft. Ashley Houston
Fille ou pas fille, j'avais une furieuse envie de le lui coller mon poing dans la figure.

"Vraiment ? Je pense au contraire que, venant de toi, plus rien ne pourrait me surprendre. Mais de toute manière, ce n'est pas tes talents de dessinatrice qui m'intéressent. Je veux juste récupérer ce dessin. En échange, je te devrai quelque chose. Tu peux me demander ce que tu veux."

J'étais prêt à tout pour ce dessin. Le prix à payer ne dépendait plus que d'Ashley. S'il n'était pas encore trop tard, je savais qu'il serait cher. Finalement, la narquoise me tenait. Elle devait certainement en ressentir une certaine jubilation. Rien ne l'obligeait. Rien sauf peut être une petite once de bonté.

"Ecoute. Tu n'aimes pas Lavinia, c'est ton droit. Quant à nous deux, nous ne sommes pas non plus obligés de nous apprécier. Mais garder ce dessin ne te servirait à rien alors qu'en acceptant un échange, tu as la possibilité de gagner quelques choses. C'est à toi de voir. Et si tu veux tout savoir, si je tiens à récupérer ce dessin, c'est simplement parce que je veux être sûr que personne d'autres que toi et moi ne le verra. Et, surtout pas Lavinia."

Ma tirade était comme un geste désespéré, une tentative ultime pour toucher le cœur d'Ashley bien qu'au fond de moi, je doutais qu'elle puisse en avoir un.

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Le dessin à la Serpentête ft. Ashley Houston
Venant de moi, plus rien ne pourrait le surprendre ? C'est qu'il m'a très mal cernée. Il n'a aucune idée de ce que je peux faire et de ce dont je suis capable. Ce ne sont pas quelques mots échangés au cours d'un repas qui peuvent lui permettre de savoir ce qui pourrait l'étonner ou non. Encore moins venant de moi. Je sais qu'il ne sait pas ce que je pense, qu'il ne sait pas si je vais lui donner ou non ce dessin, et qu'il ne sait pas ce que j'ai en tête. Il peut cependant deviner que ses mots ne m'ont pas laissée indifférente. Je ne me suis jamais estimée meilleure que les autres (hormis quelques exceptions), mais savoir que je ne suis pas plus surprenante qu'eux, donc aussi banale qu'eux, me vexe énormément. Entre meilleure et surprenante, la différence est énorme, et je compte bien lui montrer que ce qu'il dit n'a aucun sens me concernant.

Il se fiche de mes talents de dessinatrice, soit. Je ne suis de toute façon pas la plus douée dans ce domaine et ai encore une longue marge de progression devant moi. Je ne dessine de toute façon pas assez pour pouvoir prétendre avoir un niveau de maitre. Des croquis par-ci par-là, quelques fois des dessins plus élaborés comme celui de Campbell à la tête de serpent, mais rien de plus. Même si je pratique cet art depuis toute petite, il me reste encore beaucoup de choses à améliorer. Je ne suis pas la meilleure, mais le dessin de la Verte prouve que je peux être étonnante. Personne ne remplace un visage par une tête de serpent. L'envie de prouver ce point à Waite me fait presque sortir le dessin de ma sacoche et je baisse la tête pour tendre la main vers mon carnet, avant de m'interrompre soudainement à ses dernières paroles. Je pourrais obtenir quelque chose en échange ? Voilà qui est intéressant. Et dire qu'à quelques secondes près, je lui tendais mon carnet pour prouver ce dont il se fiche certainement ! J'ai été sotte de m'être emportée aussi vite, et encore plus d'avoir failli lui donner ce que je me force à garder depuis le début du repas.

Je relève la tête et croise le regard du Serpentard, une lueur d'intérêt dans les yeux. Je pensais qu'il était un cas perdu, mais ses derniers mots de désespoir commencent à me faire croire le contraire. Peut-être y a-t-il encore quelque chose à tirer de lui. J'hausse un sourcil, lui intimant de continuer. Mais le peu d'espoir qu'il a fait naitre en moi s'éteint aussitôt. Lavinia, Lavinia, et encore Lavinia... Il ne s'agit que d'elle dans cette situation. Il a commencé en parlant d'elle et a terminé en prononçant son nom. Quand comprendra-t-il qu'elle ne vaut pas mieux qu'une bombabouse ? Il a raison quand il dit que nous ne sommes pas obligés de nous apprécier : je ne l'apprécie déjà pas, et son obsession pour la Verte y est pour quelque chose. L'opportunité de pouvoir obtenir quelque chose de lui en échange de mon dessin ne m'enchante plus autant qu'avant. J'ai l'impression qu'il n'a rien de plus à m'offrir que ce que j'ai déjà.

« Si tu comptes pas le lui montrer, ça sert à rien que je te le donne, dis-je en réaction à ses derniers mots. Au contraire même, qu'est-ce qui m'assure que tu te jetteras pas dans ses bras dès que tu l'auras ? »

Je gagne bien plus et risque bien moins en gardant le dessin secret, montré à personne et caché à tous. Néanmoins, par pitié pour Waite qui tente vainement de me soutirer ce qu'il ne peut obtenir et après avoir posé ma main sur ma joue, le coude appuyé sur la table dans une position nonchalante, je demande, l'air blasé :

« T'as quoi à m'offrir ? »

Parce que, moi, je ne vois vraiment pas ce qu'il a d'intéressant.

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Le dessin à la Serpentête ft. Ashley Houston
Je n'ai plus envie de ruser ou de d'essayer de comprendre comment cette teigne cogite. Tout ce que je vois, c'est qu'elle n'en a rien à foutre. Je peux me montrer honnête, elle trouvera toujours une raison pour refuser. Je pourrais lui dire blanc, elle me répondrait noir. C'est comme ça qu'elle fonctionne. C'est le jeu qu'elle a choisi. Pourquoi ? Parce que ça lui plaît de jouer les méchantes. Non.

Tous deux, ne sommes pas si différents. Nous sommes fait du même bois. Celui qui ne se sculpte pas sans vous meurtrir d'ampoules. Celui qui vous verse le sang d'un coup d'écharde et qui ne laisse presque jamais apparaître le bois parfait sous son écorce rude. Il faut parfois peu de temps pour en apprendre sur une personne surtout quand celle ci se cache sous le même tas de ronce que vous.

Le jeu doit s'arrêter.

Je glisse sur le banc, réduisant ainsi le peu d'espace qui nous sépare. Mes cuisses sont maintenant au contact des siennes et, comme si cela ne suffisait pas, je me penche vers elle. D'entre mes dents serrées, d'un mince filet de voix qu'elle seule puisse entendre, je lui confie ces quelques mots :

"Je peux être mauvais, tout comme toi, et surement désirer des choses que seul toi et moi pourrions imaginer faire. Mais si une fois, quand tu en auras le plus besoin et qu'il ne s'agira plus d'un simple fantasme, si cette fois, tu as besoin de quelqu'un pour commettre le pire à ta place, alors je pourrai très bien être cette personne. Tu n'auras qu'à venir me trouver."

Je me recule et d'un ton plus neutre conclus :

"Avec des gens comme nous, il vaut mieux se trouver du même côté."

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Le dessin à la Serpentête ft. Ashley Houston
Plus le temps passe et plus j'ai envie de quitter la table des Poufsouffle et de laisser ce Vert planté au milieu de la mer de jaune. Je m'ennuie de plus en plus, et ai de moins en moins envie de continuer de discuter, ou plutôt de débattre avec lui, notamment car il ne m'intéresse plus du tout. Mais la curiosité, ou l'espoir vain qu'il attire à nouveau mon attention me fait rester sur ce banc, devant mon assiette à peine vide, le coude posé sur la table et ma main soutenant ma tête, le regard plein d'ennui plongé dans le sien. Je ne sais franchement pas ce qui m'empêche de partir. Peut-être est-ce le souvenir de son potentiel lors du début de cette conversation, ou du divertissement qu'il m'apportait, ou l'intérêt que je lui portais avant qu'il ne gâche tout. Mais là, c'est trop tard ; il ne peut presque plus rien rattraper.

Waite se rapproche de moi, de sorte à ce que nos cuisses se touchent et je me crispe, n'appréciant ni ce contact désagréable, ni le fait qu'il se permette de se mettre aussi près de moi. Le pire de tout, est sans doute qu'il se le permet car il est persuadé que je ne réagirai pas, que je ne reculerai pas ou que je ne le repousserai pas. Et de fait, je ne fais rien de tout cela. J'en suis dégoûtée de moi-même, d'être incapable de bouger, d'être tiraillée par ma curiosité qui me pousse à accepter malgré moi ce contact, son corps contre mon corps, malgré toute la répugnance que cela génère en moi – et en lui, j'en suis persuadée. Je ne recule donc pas, mais mon corps se crispe et ma tête se positionne légèrement de biais pour ne pas le regarder en face et pour mettre une certaine distance entre nous. Si je ne le regarde pas, je n'ai pas la sensation qu'il est bien trop près.

Son filet de voix, à peine audible par dessus le brouhaha de la grande salle, me fait hausser un sourcil. Le voilà, le Waite que j'attendais. Le voilà, le Serpent sorti de son nid, prêt à cracher son venin et à prouver sa valeur. Je n'attendais que ça de lui. Était-ce si compliqué ? Un sourire imperceptible se dessine sur mon visage, un sourire à la fois fier et soulagé. Tout n'est pas perdu. Si je ne suis pas assez stupide pour considérer le Vert comme un allié, car je sais que je ne peux pas lui faire confiance, savoir qu'il sera de mon côté à un moment ou à un autre, et quand je le voudrai, est suffisant. Je n'ai plus qu'à l'utiliser comme bon me semble ; je n'ai plus qu'à choisir le bon moment.

Il se recule et j'expire, retrouvant enfin mon espace personnel, n'étouffant plus de la présence du deuxième année. Je le toise un instant pour faire durer le temps, le torturer un peu avant de lui donner ma décision prise à partir du moment où il s'est reculé.

« Des gens comme nous... nous n'avons rien en commun, Waite. Tu l'apprendras bien assez tôt. »

Je ramène ma sacoche près de mon corps, la serrant contre mes genoux, avant de reprendre la parole.

« J'ai une condition. »

J'espère qu'il ne pensait pas que j'accepterai aussi facilement. Ce ne serait pas drôle, sinon.

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Le dessin à la Serpentête ft. Ashley Houston
L'esprit d'Ashley est complexe comme une boite à cliquetis. Il faut le pénétrer serrure après serrure, sans même bien savoir ce que ce dernier peut bien vous réserver. Car l'indocile Poufsouffle n'a rien de l'affabilité propre à ses congénères blaireaux. Avec elle, vous êtes de prime abord en terrain hostile, en face d'un être d'une rare sophistication. Et bien qu'elle ne nous concède aucune similarité, je perçois nos ressemblances. Il y a du serpent en elle. Ashley Houston la plus serpentesque des Poufsouffle...

Plus tôt, j'ai eu tort de me laisser aller à la franchise. Toute trace de sentimentalisme est une faiblesse, une faille qui peut conduire à l'ennui, si ce n'est au dédain.

Je te dégoute ou te déçois ? Probablement les deux.

J'aimerais bien savoir ce qu'elle se dit de moi à cet instant précis. Je vois bien qu'elle me toise. C'est sa manière de nous ramener sur un même pied d'égalité. J'ai senti sa crispation. Comme la plupart des êtres, elle n'aime pas être touchée. Quoi de plus banal dans ce monde où tout n'est que distance. L'étranger répugne.

Et pourtant, toi, Ashley n'y pouvant plus, tu as soutenu. C'est donc que j'ai un peu de valeur à tes yeux.

Je pourrais me rendre plaisant à ses yeux. Je saurai comment m'y prendre. Mais pour aujourd'hui, nous parvenons à un terme. Ce premier affrontement connaîtra une suite. Ma parole faisant de moi son obligé, je sais qu'elle n'hésitera pas à venir réclamer son dû. Et comme pour le moment c'est un combat qu'elle désire, pour ne pas me céder trop vite, elle impose une condition.

"Je t'écoute."

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Le dessin à la Serpentête ft. Ashley Houston
Il accepte de m'écouter si vite que cela paraît presque trop facile. Je plisse les yeux, méfiante, attendant qu'il impose sa propre condition, me doutant que derrière ses deux mots se cache un plan ficelé par la ruse du Serpentard, plan et piège qui n'attendent que moi pour tomber dedans. Ce que je ne compte pas faire. Mes lèvres se pincent et je garde le silence quelques secondes, laissant le choix au Vert de parler ou de me laisser mener la danse. Le silence qui se prolonge semble opter pour cette seconde option et, non peu fière, je redresse le menton. Pas à un seul moment dans cette conversation Waite n'a guidé mes pas. C'est moi, moi seule qui nous mène sur la piste, nous fait tourner selon mes envies, nous menant là où mes désirs le souhaitent et là où mes intérêts se cachent. Il n'est qu'un jouet, qu'un pantin que j'utilise à ma guise. J'en retire une satisfaction que je n'ai jamais connue, même lorsque je réussissais à amadouer Valerian – ou mieux, Gwennaëlle – pour obtenir ce que je voulais.

Sentant le silence s'étirer inutilement, je me racle la gorge avec dédain. Le blanc a assez duré ; un peu plus et il pourrait bêtement croire que je n'ai rien à dire, ou que j'ai menti en prétendant avoir une condition, histoire de gagner un peu de temps avant ma défaite. Morgane merci, ce n'est pas le cas. Je ne perds jamais.

« Je veux que tu me laisse le temps de faire une copie du dessin. »

Je marque une pause, guettant sa réaction à mes premiers mots, cherchant l'éclat du regard qui me confirmera qu'il s'attend à recevoir ladite copie, et le mouvement de la commissure de ses lèvres qui amorcera son refus car je sais bien que ce qui l'intéresse n'est pas une pâle reproduction.

« Je te passerai l'original lorsque j'aurai terminé. Tu me laisses trois jours. »

La durée, en réalité, n'est qu'une façon pour moi de lui ordonner d'accepter ce délai et d'asseoir ma position, sans lui laisser place aux négociations. Je sais très bien que le dessin sera recopié sur une autre page de mon carnet dès ce soir. Les trois jours ne sont là que pour la forme ; que pour le faire attendre encore un peu, le torturer d'impatience quand déjà je sens que son corps en transpire et que son esprit ne peut se détourner du dessin délibérément resté caché à ses yeux. L'envie de sortir mon carnet et de le feuilleter devant lui, sans lui en montrer le contenu, se faufile dans mes pensées histoire d'attiser son empressement un peu plus. Mais si mon carnet est resté caché dans mon sac aussi longtemps, c'est pour une bonne raison. Ce n'est pas le moment de montrer un signe de compassion – ou de faiblesse – juste pour avoir l'air de passer pour quelqu'un de compréhensif ou d'attendri, ce que je ne suis pas.

« Marché conclu ? »

Qu'il ne s'avise pas une seule seconde de refuser et de manquer à son devoir, car alors il verra ce que cela fait de réellement me décevoir, et par-dessus tout, de me mettre en colère. Campbell n'était qu'un aperçu.

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