29 déc. 2023, 00:47
Trêve de Noël — Prologue  PV Ellana C. 
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-ˏˋ. QUAND LE TRAIN PART SANS LE PÈRE ˎˊ˗
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December 21st, 2048
Gare de King's Cross
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EVELYN KERNAC'H (pnj - père)

Sorcier de cinquante-et-un ans, il est trésorier dans une chaudronnerie à Cardiff. Papa poule de l'extrême, il garde toujours un œil sur son fils qui se montre souvent tête-en-l'air.

La délivrance d'un papa anxieux se trouvait quelque part parmi tous ces apprentis sorciers débarquant du Poudlard Express dans leur fracas habituel. Se laissant aller parfois à la légèreté d'un sourire festif pour répondre aux nombreux visages familiers, Evelyn Kernac'h longeait la Voie 93/4 pour rejoindre le wagon préféré de son petit Elian. Alors qu'il atteignait les portes, il constatait la présence de deux sorcières qui s'évertuaient visiblement à extraire une malle immense. Le grand sorcier à la longue barbe intervint pour les aider dans leur entreprise, chose qui ne pouvait arriver qu'à l'approche de Noël. Une fois l'ouverture dégagée, ses yeux explorèrent chaque siège et recoin du vieux train à la recherche d'une ou deux têtes blondes - oubliant que l'inséparable Herminie Peers passait Noël au château de Poudlard cette année - et de celles des autres garçons de Poufsouffle. Comme déçu de ne pas trouver un contentement immédiat, il recula. Son regard se fit plus lointain sur le quai embrumé par la fumée de la locomotive : devait-il déjà mettre le plan de secours à exécution ? Son sourire était de moins en moins discernable au fil des secondes.

Alors qu'il se plaçait sous la deuxième horloge suspendue demeurant le point de rencontre d'urgence si Elian se perdait - et Elian se perdait très souvent -, une angoisse grandissait dans son cerveau : et si son fils avait décidé de rester au château comme Herminie ? Bien malgré lui, à travers sa joie inébranlable en ce jour de réunion, Evelyn Kernac'h sentait peut-être déjà que les choses devenaient anormales. Il n'appréciait pas vraiment les choses qui sortaient de l'ordinaire, surtout lorsqu'elles côtoyaient Elian. Il m'aurait écrit, ou Sigmund m'aurait prévenu, songeait-il, agité d'un pas à gauche puis d'un pas à droite.

Les minutes défilaient, rendant la foule plus éparse, l'angoisse plus épaisse et l'impatience plus irascible encore. Comme attirée par une présence familière et d'origine presque chimique, l'attention du sorcier se focalisa finalement sur une silhouette immobile à l'autre bout du quai. A travers les vapeurs blanches qui finissaient toujours par se dissiper, la silhouette se dessinait davantage : un garçon enroulé dans une gigantesque écharpe et un peu vouté par le poids de ses bagages, semblait l'observer avec l'insistance de celui qui voulait obtenir une attention complète. Elian se trouvait dans l'alcôve qui permettait habituellement de les faire passer du côté moldu. Rassuré, Evelyn Kernac'h agita un bras mais, au lieu d'avancer, son garçon recula pour disparaitre derrière la barrière magique. Encore choqué par cette vision, il se persuadait qu'il s'agissait seulement d'un très grave problème de communication.

Le grand sorcier se dirigeait hâtivement jusqu'à l'alcôve pour passer de l'autre côté où la magie devait cesser de trop exister. Bien devant lui, la silhouette d'Elian s'éloignait déjà en direction de la sortie d'une gare de King's Cross bondée de voyageurs - il était déjà devenu inutile d'appeler son prénom à cette distance. Evelyn Kernac'h se disait sûrement à présent qu'il lui fallait être habitué : à chaque retour de l'école de magie, son fils se comportait comme s'il pouvait se montrer tout à fait autonome. Il avait de quoi être très fâché par ces froides retrouvailles.

Chargé de bagages de toutes tailles, crapaud sous le bras et banjo sur le dos, Elian progressait étonnamment plus facilement que son père : les voyageurs trouvaient plus logique de laisser passer en priorité quelqu'un qui était chargé jusqu'aux os plutôt qu'une personne venue les mains dans les poches. Heureusement, la grande stature du sorcier lui permettait de repérer le chemin que son fils était en train d'emprunter - déjà trop loin devant lui. Elian allait l'attendre sur le parvis de la gare, n'est-ce pas ?

Imperturbable, Elian continuait son chemin à travers les demandes de signatures de pétitions et les multiples propositions douteuses pour l'aider à porter ses bagages. Le garçon à l'attitude habituellement inhabituelle ne répondait seulement que par une drôle de litanie :
« Le Magicobus, la station, le bateau... ». Quand son père descendait le plus prudemment possible les escaliers enneigés, lui avait déjà traversé une route surpeuplée de taxis londoniens et était déjà en train de disparaitre dans une ruelle adjacente. Elle semblait fort peu passante en comparaison aux centres névralgiques qu'étaient devenues les gares de Londres durant ces derniers jours d'animations avant les fatidiques festivités de Noël en famille.

Evelyn Kernac'h se précipitait pour emprunter à son tour cette ruelle dépeuplée bien trop éloignée de leur destination habituelle - c'est-à-dire le Chemin de Traverse. Cette fois-ci, les violons dans le cœur, il n'hésita plus à faire entendre sa voix tonitruante :

« Non Elian..! Attend, attend, attend, ne monte... pas ! »

Elian l'observa. Que voulait dire son regard ? Il semblait si sûr de lui, face à ce Magicobus garé sur le trottoir. Quelque chose virevolta comme un gros flocon regagnant l'épaisse couche de neige à l'endroit où Elian, tout brinquebalant de ses bagages, disparaissait dans ce bus magique. Dans sa détresse de ne pas avoir pu retenir son fils contre lui, Evelyn Kernac'h se figea, observant la chose tombée au sol pendant de longues secondes. Ses yeux ne comprenaient pas immédiatement ce qu'ils essayaient de déchiffrer, décontenancés par l'aspect de ce papier moldu. Il le ramassa entre ses mains gantées. Tout trésorier qu'il était, il savait facilement identifier un reçu quand il en voyait un. Plus précisément, il s'agissait d'un reçu pour un achat de billet de train. Le logo l'interpellait : "LBG". La station London Bridge ! Le sorcier lut une nouvelle fois sa montre. Il ne pouvait suivre que son instinct, aussi désagréable demeurait-il. Le Magicobus se rendait assurément à toute berzingue dans cette gare mais lui avait un avantage conséquent : il connaissait les gares londoniennes comme sa poche. Bon sang, il espérait être sur la bonne piste, tout ceci avait des airs de dernier espoir... Un dernier espoir pour quoi ? Il n'en était pas certain. Reculant dans l'obscurité d'une courette parmi les conteneurs poubelles, sa grande ombre disparut dans un "crac !" à déranger les chats errants.

C'en était apparemment fini pour Elian et son étrange attitude, il allait devoir se confronter à l'Eruptif qui possédait à présent son père. En arrivant devant la station, le changement d'ambiance sembla s'intensifier davantage. Toujours en travaux, froide, bétonnée et peinturlurée de dessins grossiers, la gare était drastiquement moins bien entretenue que celle de King's Cross. Il fallait dire aussi que l'on pouvait s'y perdre facilement à cause du manque de panneaux indicateurs alors Elian allait forcément avoir du mal à rejoindre le mystérieux train qu'il avait réservé. Le grand sorcier avançait, toujours obnubilé par le ticket entre ses mains, comme s'il essayait de lui soutirer la moindre information - n'oubliant pas de scanner scrupuleusement les environs. Un numéro, un horaire de départ, une destination, n'importe quoi pouvait l'aider... Dans le hall, l'animation des panneaux défilants le fit lever la tête. Selon les dernières annonces, plusieurs trains patientaient déjà à quai. Son fils voulait monter dans l'un d'entre eux, il était dur de se faire à cette idée. Son regard se concentra davantage sur celui qui se rendait à Douvres. D'un coup, les choses s'éclaircissaient dans son cerveau. Il se souvenait d'une déclaration, l'été dernier, alors qu'ils voyageaient jusqu'en Ecosse : « De toute façon moi je veux emprunter le bateau », avait affirmé Elian. Non, ce n'était pas la seule chose qui l'avait alarmé... « Un trajet pour Paris dure moins longtemps qu'un trajet pour Edimbourg ». Horrifié par cette révélation et la situation qui prenait un tournant cauchemardesque, Evelyn Kernac'h se précipita dans les drôles d'escaliers mouvants : il ne faisait aucun doute pour lui qu'il trouverait son fils embarquant pour un aller à Douvres où il pourrait monter dans un ferry. Sa course s'acheva alors qu'il constatait qu'Elian était bel et bien là, devant lui, à laisser passer les voyageurs grimper devant lui dans ce train moldu comme s'il jouait au chef de gare. Leurs regards se croisèrent et le sorcier crut que son fils allait de nouveau grimper dans un engin et disparaitre avant qu'il n'ait pu l'atteindre. Ce ne fut pas le cas. Elian laissait plutôt reposer tranquillement ses bagages contre le muret derrière lui, un sourire apaisé sur le visage, un peu comme s'il l'avait attendu. Son père était habitué à ses réactions illogiques, mais celle-ci avait quelque chose de très étrange : il ne devait pas se laisser attendrir. Arrivé à son niveau, le sorcier eut pour réflexe d'agripper le bras d'Elian. La fureur que son corps entier dégageait l'empêchait de produire des phrases en adéquation.

« C'est..! Vraiment..! Qu'est-ce que..! beuglait-il en attirant des regards inquiets.
— Tu n'aimes pas le cadeau ?! » s'alarmait Elian. Son visage exprimait une douleur que le grand sorcier ne pouvait pas accepter : il était le seul être blessé ici, à devoir courir après lui qui revenait tout juste d'une absence de plusieurs mois. Et il y avait bien pire que cela, à vrai dire :
« Tu comptais vraiment partir comme ça ?! »

Il était dur de contenir la rage qui continuait de l'assaillir. Comme s'il se défendait, Elian secouait la tête de gauche à droite avec effroi.

« C'est ce train que je dois prendre, Edith a dit. A l'entente de ce prénom, Evelyn Kernac'h pâlit. Il s'agissait donc d'un de ces plans bien rôdés signés Edith, son aînée. J'ai tout bien fait comme elle a dit : le Magicobus, la station, et après le bateau. Et puis ça aussi ! Egayé, Elian sortit deux billets de train de sa poche et tendit l'un d'eux à son père. C'est ton cadeau, on a tout planifié avec Edith. »

Le prendre au dépourvu à travers Elian était sûrement la seule façon qu'Edith disposait pour tenter de réunir les deux fragments de leur famille. Quand elle voulait quelque chose, elle l'obtenait, mais c'était aussi le cas du sorcier. Pour le moment, il désirait retrouver le calme et la piété de Lavernock comme prévu, selon son plan. Ignorant le billet de train, il lâcha sa grippe sur Elian pour attraper la valise, visiblement toujours agité par cette situation. Cela dit, quelque part, savoir qu'Elian avait pensé voyager avec lui l'avait un peu calmé. Il parvenait au moins à retrouver le fil des événements : d'abord, il fallait retrouver le Chemin de Traverse car une chambre au Chaudron Baveur les attendait. Pour cela, il lui suffisait de convaincre Elian que rien de ce qu'il avait entrepris pour quitter le territoire pouvait aboutir.

« Elian, tu es gentil, mais il faut que tu m'écoutes maintenant. Je ne sais pas ce que t'a dicté Edith - par courrier je présume ? - mais tout ça, c'est pas possible du tout. »

Le jeune sorcier eut un mouvement de recul, perdu.

« Je comprends, tu pensais que c'était une jolie surprise. Tu nous voyais à Paris dès ce soir ? Je... » Il s'interrompit avant d'exprimer réellement le fond de sa pensée. Avec Elian, si on ne se montrait pas délicat, les choses pouvaient dégénérer. Les yeux baissés sur ses billets de train, ce dernier paraissait ailleurs.
« Alors... Tu ne veux pas le cadeau ? questionna-t-il.
— Bien sûr que si. C'est une très bonne idée... On en discutera plus tard, ensemble », mentit le sorcier d'une voix doucereuse.

Il tendit sa main pour récupérer ces billets de train et enterrer cette lubie une bonne fois pour toute. Il reçut un billet. Un seul. Leurs regards se croisèrent : Elian rangeait dans sa poche l'autre billet avec l'air d'un garçon protégeant son dernier rêve.

« Edith a dit que tu dirais ça. Elle a dit aussi que si tu disais ça, je devais monter dans le train sans toi parce que sinon je n'aurais pas d'autres trains et moi j'ai dit à Edith et Maman qu'on se verra ce soir. »

Un sifflet retentit, un gros moteur vrombit et Evelyn Kernac'h retrouva sa terrible pâleur. Incapable de bouger, il observait son fils récupérer simplement le terrarium sous le bras. Il s'approcha pour prendre sa valise, mais la main du sorcier s'agrippait à la poignée.

« Papa ta main est accrochée à ma valise », observait Elian en tentant de la récupérer.

Le sorcier n'arrivait pas à desserrer ses doigts. Elian qui quittait le territoire britannique ? Quelle idée absurde. Il y avait bien au moins une centaine de lois contre cela, n'est-ce pas ?

« Papa je vais crier... » prévint Elian. Son regard ne cessait de revenir sur le train, comme s'il s'assurait qu'il restait bien immobile.

Est-ce que cette menace avait un quelconque poids contre ce quai dépeuplé de sa présence ? Lui se battait à chaque instant depuis le quatorze avril deux mille trente-et-un à une heure trente du matin pour le garder auprès de lui. Leurs yeux humides s'observèrent : chacun campait dans sa décision.

« Rejoins-nous à Paris ! » décida finalement Elian en retenant ses reniflements plutôt que sa valise.

Evelyn Kernac'h ne s'était pas rendu compte tout de suite que son fils avait laissé son dernier bagage derrière lui pour pouvoir gagner les portes du wagon avant qu'elles ne se referment définitivement. Est-ce que le regard pesant d'un chef de gare pouvait suffire à le dissuader d'utiliser sa magie ? Le grand sorcier y pensait depuis un moment, à cet Imperium interdit qui lui brûlait les doigts. Mais il restait figé, comme si son Elian avait lancé un maléfice en premier. Il n'avait pas raté son coup, ce garçon à lui. Le rejoindre à Paris ? Et pourquoi pas le rejoindre dans ce train, malgré la colère ? Au creux de sa main qui ne s'agrippait pas à la valise, le grand sorcier sentait toujours le billet de train. Tout cela n'avait aucun sens, c'était même tout à fait irréel. Le train avait disparu, Elian avait disparu... Le quai était dépeuplé, la neige continuait de tomber. Comme des racines, les bras du sorcier encerclèrent une valise aussi abandonnée que lui.

Diplômé de Poudlard en RP - Avatar : @Vicky Xie
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On a tendance à s'assimiler des choses et à les restituer en croyant que c'est de soi alors que c'est d'un autre. – Hergé