RPG+ Tu peux t'appuyer sur moi

◊ Septembre 2048
@Iphis Diotimē
Rien n'était plus agréable que de sentir le vent frais venir caresser ses joues. Il n'y avait rien de plus gratifiant aux yeux de l'anglaise que de retrouver les grands chênes, les pins qui s'étendaient à perte de vue et la paisible étendue d'eau qui bordait le château. Son vivarium miniature en main, Cybele foulait le sol verdoyant en quête d'un coin reculé pour que ses quelques insectes puissent profiter d'un environnement moins étriqué. Tout naturellement, Orphée lui tenait sagement compagnie ; les paupières du boursouflet commençaient à se faire lourdes ce qui fit esquisser un sourire amusé à sa maitresse.

Les vacances d'été avaient été enrichissantes. Cybele avait fini par assimiler le fait qu'elle n'aurait jamais l'affection de son beau-père et que sa mère n'aurait jamais le cran d'admettre - à l'instar de son nouvel époux - que toute cette situation la dépassait. En toute franchise, la jeune adolescente n'était même pas irritée par ce constat ; elle les comprenait dans une certaine mesure. Certes, elle n'allait pas feindre que cette observation l'indifférait mais la gryffondor savait qu'il lui restait des proches sur qui compter. Son grand-père bien entendu mais également les solides relations qu'elle avait forgé à Poudlard ; Dakota, Marine, Eyphah... Le Serdaigle et Cybele s'étaient bien trouvés ; les rires fusaient dès qu'ils passaient du temps ensemble et Eyphah était un garçon assez mûr pour que lui et la jeune fille puissent avoir des conversations sérieuses.

Cybele cessa brusquement de se torturer l'esprit avec le souvenir de ses vacances lorsque sa petite boule de poils décida de babiller comme une mandragore. Orphée était un fin chanteur et il était surtout très loquace. La jeune fille caressa doucement son pelage lilas tandis qu'elle laissa ses cloportes ramper dans l'herbe fraichement coupée. Cybele avait choisi un horaire stratégique - le début de l'après-midi - pour que personne ne vienne l'importuner.

« Orphée, tu veux bien arrêter de t'agiter ? Tu ne mangeras pas les scarabées, je t'ai apporté autre chose. » sermonna-t-elle en levant les yeux au ciel.

Castor et Pollux étaient deux scarabées que Cybele avait adoptés au début de l'année. Leur carapace bleutée étincelait comme deux petits saphirs. Pour Orphée, l'anglaise s'était aventurée dans les sous-sols et avait récupéré quelques petites araignées dans des coins moites. Son boursouflet raffolait de ces minuscules encas. Cybele sortit de sa poche de pantalon une minuscule boîte où des cadavres d'araignée gisaient ; les yeux céruléens d'Orphée se mirent à briller lorsque Cybele lui donna son casse-croûte.

Toutefois, le regard de la sorcière fut happé par un mouvement brusque à sa gauche. Une jeune élève se mouvait difficilement dans l'herbe et Cybele constata aussitôt qu'elle s'appuyait sur une canne. L'objet n'avait rien à envier à la vieille canne de son grand-père ; les détails étaient somptueux et cette dernière avait l'apparence d'un caducée. La gryffone était trop loin pour examiner l'objet dans ses moindres détails mais elle fut assurément intriguée par ce personnage énigmatique.

« Eh ! Oui, toi ! » interpella la gryffone avec désinvolture. « Ta canne est vraiment superbe. » ajouta-t-elle en s'approchant davantage. À cette distance, elle put commencer à apercevoir les traits de son visage et fut prise d'un doute ; on aurait pu s'y méprendre et envisager que l'élève était un garçon.

⋄ Cybele Price ⋄ #4d401b
Merci de ne pas mentionner l'année RP/devoir

RPG+ Tu peux t'appuyer sur moi
FIN SEPTEMBRE 2048
[Βοηδρομιών, Ol.706-4]
Parc, Poudlard
Iphis, 1ère année, 12 ans


Fuite en avant, les poumons avides de l’air frais contrastant tant avec la pierre renfermée. Hors des murs réside cette impression de liberté, illusoire certes, mais fondamentale pour la survie quotidienne. Cette île a beau être une prison, les extérieurs n’ont rien en commun avec le carcan rocailleux du Château lui-même. Les entraves sont posés au cœur de l’Être, sous la peau et dans les flux mêmes de l’existence— pourtant, visage fouetté par le souffle d’Éole, il est plus aisé de surmonter l’horreur des cages. Euros me malmène ouvertement, vents heurtant ma peau sans relâche. Pas de mensonges dissimulés. Je clos les paupières un instant, et me fie à ma canne pour me mener à ma destination. Ermite traçant un chemin d’errance, je ne recherche que la solitude, sans certitude quant au lieu qui m’accueillera— les rives, très certainement, leur entre-deux rassurant, mais où ? Là où mes pas et ma canne me porteront. Dans cette prison hors de la pierre, tant de recoins restent encore à explorer. Me laisser porter par ce songe permet de ne pas étouffer. Mes pieds foulent une terre qui n’est pas mienne, arpentent un sol inconnu, entourés de corps étrangers. Mais les vents demeurent incorruptibles ; traversant l’univers et portant la vie. Oxygène vital, le souffle éolien recèle de fragments intemporels de l’existence : promesses, chants, notes musicales. Sur ses murmures planent les oiseaux transportant nos lettres scellées. En le laissant s’engouffrer dans mon corps, je me lie aux êtres humains inspirant au lointain, respirant depuis des contrées inconnues. Je me lie à Ma, et Maman. Jamais les vents ne sont immobiles, leur emprisonnement impossible— le destin ne peut être évité trop longtemps, et comme Ulysse se l’est si bien vu rappelé, le domaine des Anemoi est le mouvement. J’aimerais être l’un d’eux, échapper à mon incarnation incarcérante. Fondre de chair à air. Fusionner avec l’éther. Tout ceci est inatteignable, ce qui n’a jamais ralenti mes rêveries. Plongeon dans les tréfonds de l’esprit en recherche incessante d’un échappatoire au corps. Dans mes songes, j’ai des ailes immatérielles et non une forme lourde et restreignante. Les ailes de ma canne-kerykeion accrochées aux talons, portant les messages infinis des cieux. Hermès m’est si proche, divinité priée quotidiennement comme de nombreuses autres, m’accompagnant dans mes moindres déplacements. Quelques pas sont durs lorsqu’un corps est aussi familier que le mien avec la gravité et la chute, et le dieu soutient mes membres fragiles. J’ai une conscience aiguisée du privilège qu’implique le mouvement, des efforts fournis par les corps pour se mouvoir. Et je révère ces efforts autant que je les abhorre.

L’exclamation m’interrompt si brusquement que je manque de chuter, mes épaules se crispant instinctivement et ma prise sur ma canne se réaffirmant pour échapper au déséquilibre. Quelques instants auparavant, cet espace était si calme. Empli d’un silence peu caractéristique de ces lieux, sans doute dû à mon éloignement progressif des murs— après tout, je fuis la Foule autant que la pierre. Réflexion intrigante puisque des pierres se dressent justement non loin derrière moi, cet endroit au nom étrange. Quoi qu’il en soit, le calme régnait jusqu’à présent. Qu’un être ait l’audace de briser la douceur tranquille de l’air... Cela manque de me faire grimacer, main libre s’occupant déjà à frapper mes doigts les uns contre les autres en un rythme effréné. La voix me rattrape alors que je vais résumer ma progression. Plus proche, soudainement. Après une seconde fractionnée d’hésitation et d’inquiétude, je tourne la tête vers la source du bruit. Une fille, plus âgée. Teint cuivrée, belle chevelure. Sa silhouette ne m’est pas inconnue, mais son identité l’est. Impossible de me rappeler où mes yeux ont auparavant capté son apparence, je décide qu’il doit uniquement s’agir d’une élève parmi d’autres, croisée dans les couloirs. Peut-être la seule cause de la familiarité s’en dégageant est le nombre réduit d’élèves de ce lieu arborant comme moi une peau n’étant pas blanche immaculée. Sourcils froncés, je tente de déchiffrer les raisons de son avancée, tout en reportant le regard sur l’instrument si précieux qu’elle a désigné. Je penche la tête, attendant qu’elle soit suffisamment près pour laisser s’échapper un hésitant
« Merci ? » , audible tout en demeurant à la frontière du murmure.

premier cycle
solit[air]e