Ballinglanna Et paf ! T'es morte ! SOLO

Vendredi 1er janvier 2049
8h du matin
Reducio
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Oscar Brando, 40 ans
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Claire Harper, 38 ans, marraine de Narcisse
Les premiers rayons de soleil frappèrent avec une exquise douceur la maison des Brando, en ce lendemain de soirée de nouvel an. Mais, en cette matinée, aucune douceur de la part de l'astre solaire n'aurait pu empêcher Claire de pousser un grognement de protestation.

"Roh... non... Cinq minutes..."

La blonde se retourna dans le lit de la chambre d'ami, enterrant sa tête sous l'oreiller, ne se préoccupant que guère de ses cheveux emmêlés. Un piaffement lui échappa, lorsqu'elle ferma à nouveau ses yeux, tentant d'ignorer autant que faire se peut sa gorge desséchée. La psychiatre ne connaissait que trop bien les effets de l'alcool sur le corps humain : déshydratation, perte de l'équilibre, diminution des réflexes physiques et oculaires, mais aussi fun, suuuper fun. Elle pouffa de rire comme une idiote, ce qui lui causa une immanquable douleur aiguë à l'arrière de ses yeux. Plissant les paupières jusqu'à se les rompre, elle fit des efforts surhumains pour tenter d'ignorer la lumière du soleil perçant à travers les rideaux, inondant la pièce.

En vain.

Sa tête était une boule de bowling, palpitant au rythme de ses pulsions cardiaques, sa gorge aussi asséchée qu'un parchemin suppliait pour recevoir ne serait-ce qu'une goutte d'eau. Dans un nouveau grognement bestial et râleur, la femme étendit son bras sur la table de nuit pour attraper sa gourde. Elle tapota le bois plusieurs minutes, avant de soupirer en se résignant.

C'est vrai, elle n'était pas chez elle...

"Meeerde..."

Bon, quand il faut, il faut.

Faisant appel à l'ensemble de ses maigres forces, courbaturées sur l'ensemble de son corps, réveillant des douleurs à des endroits dont elle n'aurait même pas soupçonné l'existence, elle se redressa péniblement. Elle jeta un regard laiteux sur le côté de son lit, peut-être qu'avec un peu de chance... Et non, seule, elle était. Elle pouffa de rire. Nouvelle vague de douleur, transperçante, impitoyable, à l'image d'une décharge électrique partant de sa nuque pour glisser jusqu'à son coccyx. Ses mains se plaquèrent sur ses tempes.

"Oh... putain de merde de..."

Elle s'enveloppa avec toute la délicatesse qu'elle put dans sa couverture, tremblante autant de froid que de faiblesse. À quelle heure s'était-elle endormie ? À quelle s'était-elle couchée, même ? Attends... Elle ne se souvenait même pas s'être endormie, ni même être montée dans sa chambre... Plusieurs secondes s'écoulèrent, durant lesquelles elle fixa d'un air absent le mur en face d'elle. Brusquement, elle rougit en se recroquevillant sur elle-même.

Elle ne s'était pas couchée, elle ne s'était pas déshabillée, et pourtant, elle était en robe de chambre.

"Honor... espèce de..."

Revigorée par une énergie nouvelle, elle bondit hors du lit. Et le regretta aussitôt. Le tournis qui s'empara de sa tête aurait pu renverser la tour de Pise, et l'envie de vomir qui s'ensuivit ne manqua pas de parachever le tout avec une touche de sublime.

"Je boirai plus jamais..."

Affirmation dans laquelle elle croyait autant qu'elle savait se mentir à elle-même. Et cela l'amusait. Mais là, tout de suite, elle se jura de ne plus jamais, jamais porter à ses lèvres un nouveau verre d'alcool. Les brumes éthérées entourant son cerveau se dissipaient lentement, le bruit de la porte qui s'ouvre résonna trop violemment à ses oreilles lorsqu'elle l'ouvrit.

"Shhh..."

Un avant-goût de la vieillesse lui était offert, un aperçu de ce qui attendait son petit corps dans quelques décennies. Courbatures sur courbatures, ses articulations se mouvant aussi lentement que ses pensées s'agitaient. Elle qui, d'habitude, s'arrogeait la palme de l'intelligence, elle n'aurait pas été capable de résoudre une grille de mots croisés. Un café, vite, il en allait de sa survie. Précautionneusement, elle descendit les escaliers, savourant la moquette de ses pieds nus. Une marche après l'autre, doucement, sans se presser, se tenir à la rampe, ne pas laisser de bout de peau dépasser, il faisait trop froid !

Ah, miracle, le feu dans le salon semblait avoir survécu à la nuit... Et... Tout était déjà rangé ? Et... elle se figea, fronçant les sourcils, son cerveau se dérouillant lentement.

Elle fit l'inventaire de ce qu'elle voyait : le feu était nouveau, la table du salon nettoyé, les volets ouverts, et...

"Claire !! Coucou, ça va ?!"

Narcisse la salua de la table de la cuisine, l'air insolemment de bonne humeur.

Sons de cloche à ses oreilles, tournis, papillonnement des paupières, éclairs de douleur zébrant ses paupières, marquant sa tête, ce petit garçon était un vrai petit amour, pensa-t-elle.

"Narcisse. T'es déjà réveillé mon grand ? Pas trop fatigué ?
Nan ! On est réveillé d'puis 6 heures, tu veux boire un truc ?
On ?.."

Narcisse secoua la tête de droite à gauche avec énergie pour répondre, son éternel sourire. Claire avait commencé à se rapprocher, avant de buter sur ce fameux on. Qui...

"Bonjour, Claire."

La blonde sursauta, avant de s'agripper la tête en grimaçant. Honor venait d'apparaître, et s'était accoudée contre l'encolure du mur séparant le salon de la cuisine. La psychiatre n'en revenait toujours pas de la ténacité et la résistance de son aînée. Cette petite vicieuse avait toujours tenu l'alcool mieux qu'elle, et elle n'avait jamais manqué une occasion de la taquiner avec ça. Son petit sourire vicieux en témoignait encore une fois.

Mais alors qu'elle s'apprêta à répondre d'une répartie cinglante comme elle en avait le secret, un détail attira son attention.

Narcisse portait un t-shirt de compression, noir, à manches courtes, avec son jogging gris. Honor portait sa brassière de sport et son jogging également. Elle écarquilla de grands yeux en tendant un index tremblant vers eux.

"Mais... où vous...
Mh, on revient d'l'entraînement ! Tu tombes tout pile !"

Le garçon avala sa gorgée de jus de pomme, avant de partir dans un éclat de rire cristallin, qui figea sur place Claire, autant que le regard moqueur d'Honor, qui haussa les épaules.

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Ballinglanna Et paf ! T'es morte ! SOLO
Claire était encore en train d'accepter la dure réalité qu'elle devait peut-être adopter un rythme de vie plus sain, lorsqu'Honor s'approcha d'elle, aussi souple qu'un serpent, pour la prendre par le bras et l'aider à aller dans la cuisine. La blonde tenta d'opposer une farouche résistance en piaillant des protestations.

"Mais, mais tu fais quoi là ? Je peux encore marcher toute seule !
Oui, c'est ça. Allez, viens t'asseoir, tu es pâle comme un linge."

En vain, essayer de s'opposer à Honor, c'était comme tenter de déplacer un rocher. Effort méritoire, mais futile, en somme. Narcisse s'étouffa de rire dans son jus, et Claire jura de trouver un moyen de lui faire payer cet outrage. Mais le sourire qu'il lui fit en se levant pour aller lui chercher un petit-déjeuner eut tôt fait de lui rappeler pourquoi elle adorait cet enfant.

"Tu veux quoiii ?
Ce qu'il y a, ne t'embête pas.
Okkk, c'est parti !"

Lorsqu'elle posa ses fesses sur le tabouret haut, et que le bip des plaques en vitrocéramiques retentit, Claire s'accorda enfin à reconnaître que sa tête lui faisait trop mal pour lutter. S'accoudant lourdement sur la table, appuyant sa tête sur ses mains, elle se mit à masser ses tempes douloureuses. Un soupir s'échappa de ses lèvres, elle perdit Honor de vue. Elle piaffa pitoyablement, avant de déglutir dans des souffrances abominables. Sa voix croassante supplia.

"T'as du café ?..
Non."

Clac.


Le tintement du verre sur la table de la cuisine força la blonde à ouvrir ses paupières. La grande brune venait de déposer un verre d'eau rempli à ras-bord devant elle. Une moue boudeuse déforma ses lèvres, elle se redressa dans une plainte étouffée.

"Han... Mais c'est pas bon l'eau..."

Honor s'assit doucement, les bras croisés sur la table, devant son assiette et son verre vide. Son regard se posa sur Claire. Longuement, patiemment. Sans qu'elle ne dise un mot, seul un sourire à la fois doux et malicieux ornait ses lèvres, et la blonde fut forcée de battre en retraite après plusieurs secondes de vaine lutte. Le crépitement de la poêle dans laquelle les œufs brouillés cuisaient, et l'odeur du riz qu'on réchauffait réveilla les sens de Claire, qui se sentit enfin retrouver un semblant de contrôler sur son corps.

Ses doigts se tendirent avec une lenteur infinie en direction du verre, sans que son regard provocateur ne quitte celui de son aînée, qui souriait toujours. Elle lui rendit une grimace moqueuse.

"Pourrais-je, au moins, avoir une aspirine ? Si ce n'est pas trop demander ?"

Et à sa grande surprise, Honor lui répondit instantanément en secouant la tête négativement. Mais là, tout jeu avait disparu. Cette dernière se redressa, avant de croiser les mains devant elle.

"Tu vas bientôt avoir tes règles, ce n'est pas raisonnable.
Meeeerde... J'avais oublié putaain...
Tsk, langage."

Claire avait commencé à siroter une gorgée d'eau, savourant la vie qui revenait peu à peu dans son corps. Viens à moi, douce source de vie, délicieux remède à mes maux, apaise ma migraine et mes courbatures. Mais lorsqu'Honor lui rappela cette triste nouvelle, sa tête bascula en avant pour venir doucement taper la table, d'un air plus que désespéré. Elle ignora copieusement le rappel sur son langage, trouvant la brune bien culottée.

Un véritable désespoir s'empara d'elle alors qu'elle se préparait mentalement à affronter ces prochains jours. Aussi, comme toute personne mature et raisonnée, elle réagit de façon calme et posée. Elle redressa la tête, tira la langue à Honor et lui fit un pied de nez, en amenant son verre à ses lèvres, le culot raclant la table.

"Psychopathe va...
Je t'en prie."

Car oui, après tout, seule une psychopathe pouvait à se point traquer ses menstruations, et s'en souvenir ainsi. Mais même si elle ne le montrait pas, Claire se révéla extrêmement touchée par cette attention, et elle savait que dans des circonstances similaires, elle aurait fait de même. Enfin... Dans un autre monde, ou dans un passé hors d'atteinte. Désormais, la question ne se posait plus pour Honor. Cette dernière, comme si elle percevait les pensées de son amie, blêmit imperceptiblement, et son sourire se transforma. Plus doux et attentionné, celui de Claire l'accompagna. Leurs regards se mélangèrent plusieurs longues secondes.

Puis Narcisse débarqua, tonitruant, tout sourire, brisant ce moment, ce flottement délicieux et appréciable entre les deux femmes. Mais bon, vu ce qu'il rapportait, la blonde se trouvait peut-être disposée à lui pardonner...

"Voilààà ! Œufs brouillés à la crème et riz au beurre, avec son lit de haricots vr... -verts, oh crotte !"

Les deux femmes pouffèrent de rire lorsque Narcisse mélangea ses mots, après avoir fait tous ces efforts pour ne pas laisser sortir son tic de langage. Et l'absence de naturel qui s'affichait alors qu'il juxtaposait ces mots qui; pour lui; devait l'ennuyer, était touchante. Aussi, Claire le remercia en prenant doucement l'assiette qui lui tendait, avec un sourire chaleureux aux lèvres.

"Merci mon grand. Ça a l'air délicieux, vraiment."

Mais alors qu'elle posa l'assiette sur la table, Narcisse l'interrompit d'un geste de l'index.

"A-ha ! C'est pas gratuit tu sais ?"

Claire ouvrit de grands yeux écarquillés. Elle rajusta une mèche derrière son oreille, puis lança un regard empli de confusion vers Honor, haussa les épaules, toute aussi décontenancée que sa cadette. Aussi droite sur sa chaise que Claire était avachie sur la sienne, elle se demanda bien depuis quand son fils était devenu aussi vénal...

Puis le garçon bondit dans les bras de sa marraine, pouffant de rire dans le câlin au sein duquel il s'immergeait sans se soucier de rien.

"Un câlin !"

Elle s'esclaffa, visiblement soulagée, avant de reprendre ses esprits pour le serrer dans ses bras en retour, l'entourant de sa couverture et posant sa joue dans ses cheveux. Ses yeux se fermèrent, sa respiration humait la douce odeur qui émanait de ses cheveux.

"Et bien... les prix ont augmentés depuis la dernière fois.
Hihi !
Regardez-moi ce petit vicieux, qui l'eut crû ?
Je ne te permets pas, comment tu parles de mon fils là ?"

Narcisse fut le premier à éclater de rire, laissant aller à contrecœur sa marraine, pour retourner s'asseoir en bondissant à côté de sa mère. Claire commença à manger en souriant, hochant la tête d'un air approbateur, comme pour valider le plat. Malgré ses nausées, ingurgiter quelque chose de consistance lui faisait du bien, et le fait qu'il la resserve en eau une fois qu'elle eut fini son premier verre ne fit qu'arranger les choses.

Honor posa sa main sur l'épaule de Narcisse, un sourcil arqué, un sourire léger flottant sur ses lèvres.

"Et moi alors ?"

Narcisse éclata de rire en se jetant contre elle, se laissant engloutir par ses bras en essayant de la serrer aussi fort qu'il put contre lui. Cette vision provoqua chez Claire une montée de sentiments contradictoires. Une joie sans borne, teintée d'une profonde affection, mais entremêlée d'une émotion qu'elle n'arrivait pas totalement à identifier, et qui lui pinça le cœur malgré elle.

Depuis qu'elle la connaissait, Honor avait toujours eu quelque chose qu'elle n'avait eu. Son sourire s'estompa légèrement, son regard se baissa pour contempler son assiette, elle expira doucement. Elle était heureuse de constater que l'émotion qui demeurait, à la fin, s'approchait davantage de la joie que de cette jalousie mal placée.

Brusquement, le câlin fut interrompu par le craquement d'une marche sur laquelle on marchait. Honor se redressa, sans laisser partir Narcisse, un sourire aux lèvres.

"Et voilà le dernier."

Elle regarda Claire d'un air malicieux.

"Comme quoi, on trouve toujours pire que toi, marmotte.
Gngngngngn.
Moi aussi je t'aime."

La blonde pouffa de rire en secouant la tête, pour à son tour tourner la tête afin de regarder Oscar qui descendait laborieusement les escaliers.

Et elle ne put retenir un éclat de rire cristallin qui résonna dans toute la maison.

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