Ouïstiti ?
QUINZIÈME JOUR DU MOIS DE SEPTEMBRE 2047
L'appareil photo ressurgit de la malle
@Ashley Houston
L'appareil photo ressurgit de la malle
@Ashley Houston
La pochette de cuir me battait les flancs. Je la pris dans mes mains alors que je marchais pour figer le trésor qu'elle renfermait. Sans baisser le regard, je traçai les contours de mon appareil à travers le textile. La pulpe de mon pouce se baladait sur la bordure de l'objectif, longeait les contours élimés par de trop nombreuses aventures en forêt et une caresse perpétuelle, grattait la sangle épaisse et explorait le creux des rayures sur le bouton métallique maintenant l'ensemble en place. Je me sentais me consumer du désir de créer. Mon visage rouge d'envie m'encourageait à presser le pas et garder les yeux grand ouverts. Il s'agissait d'accéder simultanément à la violence de la beauté dans l'entièreté de ses manifestations puis d'agir assez vivement pour parvenir à en capturer un fragment.
Avant mon départ pour Poudlard, j'avais confié à Papa la garde de mes 'échantillons du sublime'. Ils témoignaient des délices de l'existence quand l'esprit n'y accédait plus. Souvent, je m'allongeais et plaçais sur mon visage l'une de ces photographies. J'aimais à penser que la surface collante du papier glacé se fondait contre mon épiderme par ma volonté d’accéder aux sensations authentiques du souvenir capturé. Le début des cours avait marqué ce qui m'avait paru être la mort temporaire de mon art. Le soir de la cérémonie de la répartition, malgré une fatigue écrasante, j'avais pris le temps de m'installer en rangeant mes effets personnels au fond d'une malle. C'était à regret que j'avais renfermé celle-ci sur mon précieux argentique. Puis, les jours avaient défilé à une vitesse ahurissante, me laissant à peine le temps nécessaire pour m'organiser et mettre en place une routine adaptée à mon nouvel environnement.
Il m'avait fallu attendre deux semaines complètes, doublées d'une infinité d'escaliers parcourus, pour enfin retrouver mon partenaire de toujours. A présent, j'errais dans les couloirs -désertés par les élèves désireux de savourer le soleil du parc - mue par l'ivresse de la création. Je cherchais avidement une chose que je ne trouvais pas. Portes sculptées, dallages luxueux, portraits animés, colonnes puissantes, mouchetage de lumière : rien ne semblait correspondre à mes besoins, à te point que la frustration grandissait. Elle grondait, doucement d'abord puis tous crocs dehors, de sorte que ma gorge se noua et je luttai contre l'envie de pleurer. Je marquai une pause pour canaliser mon énergie en sautillant sur place et expirant bruyamment avant de continuer ma quête, apaisé.
J'avais volontairement décidé d'emprunter des couloirs différents de ceux que j'empruntais au quotidien pour me familiariser avec la globalité du château. Ma mission pouvait être considérée comme réussie haut la main puisque aucun élément à mes alentours ne m'évoquait quoi que ce soit. Pour le formuler autrement : j'étais certainement perdu. Les lieux avaient par leur immensité cette habilité à ne pas évoquer l'enfermement, en dépit de la réalité du pensionnat. Je me voyais déjà sept ans dans le futur, toujours à parcourir chaque recoins, découvrant de nouveaux mystères cachés sous mon nez. J'arrivai au terme du couloir, lequel laissait place à un escalier discret qui s'enfonçait de quelques mètres dans un élégant mouvement de courbe. Quelques flammes dansaient sur les parois de sa cage dénuées d'ouvertures vers l'extérieur. Depuis mon emplacement, je percevais voix enjouées et pas pressés. Mon envie de chercher l'art dans l'inhumain ayant piteusement échoué, je changeai de stratégie et partis à la rencontre de visages. En descendant les marches, je m'amusai à poser le centre de ma voûte plantaire contre leur arrête pour créer une douce sensation d'appui que j'appréciais.
Le palier qui m’accueillit avait une lumière légèrement plus tamisée que son voisin du dessus, qui plongeait l'espace dans un manteau de nuances chaudes. Je sortis mon appareil photo de son étui, retirai le couvercle de l'objectif qui glissa au fond de ma poche et montai le boitier à hauteur de mes yeux. Ces derniers s'écarquillèrent et mon pouls accéléra sans prévenir. Séparé de moi par le boitier, le profil charmant mais glaçant de la mystérieuse brune du premier soir se tenait à portée de main. Sans réfléchir, j'enfonçai le déclencheur et attendis le ronronnement routinier des entrailles la machine pour me signifier que son travail était fini.
ça m'avait manqué
Ouïstiti ?
15 Septembre 2047
Couloirs – Poudlard
1ère année
C'est l'un de ses jours où tout est nouveau, merveilleux et incroyable. Arrivée il y a moins d'un mois à Poudlard, j'ai envie de découvrir chaque coin du Château. Et en ce troisième dimanche passé ici, je compte bien profiter de ma journée de liberté pour mettre à profit mes plans d'exploration. J'ai préparé cette journée toute la semaine durant, profitant de mes nombreux temps libres pour m'avancer sur mes devoirs et ainsi avoir tout le temps que je veux pour me perdre dans les nombreux couloirs de l'école, laissant les escaliers agir comme ils le souhaitent pour m'emmener là où ils me guideront.
J'ai tout de même attendu l'après-midi avant de m'aventurer dans ce labyrinthe de pierres, et ai choisi de profiter du soleil brillant dehors pour sortir ce matin au parc et ainsi ne pas passer toute la journée enfermée. Maman m'a dit de souvent prendre l'air pour ne pas perdre mes couleurs. J'ai du mal à voir de quelles couleurs elle parle, car on ne peut pas dire que mes joues soient très rosées. Peut-être qu'elle ne veut juste pas que je me transforme en l'un de ses cadavres qu'elle aime tant. L'idée de ressembler à ces horreurs m'a suffisamment motivée pour sortir au moins une fois par jour, chose que je m'applique à faire avec assiduité.
Carnet en main, sacoche passée sur une épaule, je marche avec énergie dans les couloirs, empruntant chaque couloir caché et passant d'ordinaire inaperçu. Je fais attention à mon entourage, l'oeil cherchant à toute vitesse un détail original, quelque chose détonnant avec les habituelles dalles et armures peuplant les lieux. De temps en temps, il m'arrive de repérer un tableau ou une statue étrange, que je m'empresse alors d'esquisser dans mon précieux livret. Je le remplis rapidement de quelques dessins, avant de finalement décider de passer à des sujets plus vivants. Je monte un escalier, traverse un couloir vide, bifurque dans un autre plus peuplé avant de m'arrêter en son milieu. Là, devant, une armure se tient droite, sans bouger d'un centimètre. Les élèves passent devant à toute vitesse, lui prêtant peu attention, cachant de ma vue les détails de son casque, plastron et jambières. Je me colle sur le mur d'en face, appréciant la fraicheur de la pierre contre mon dos. Voilà qui sera plus difficile : suis-je capable de dessiner un objet fixe parmi des mouvements m'empêchant parfois de le voir ?
Enivrée par ce nouveau défi, fière de l'avoir trouvé de moi-même, je m'apprête à tracer le premier trait de crayon, celui qui sera décisif, lorsqu'un clic étranger détourne mon attention et me fait vivement tourner la tête sur le côté. À quelques mètres de moi, un objectif est pointé dans ma direction. D'abord énervée d'avoir été de la sorte interrompue, mon agacement fait vite place à de la curiosité. L'élève, qui porte les couleurs de Serdaigle et semble être dans ma classe, m'a, si je ne m'abuse, prise en photo. Surprise, je me contente de le fixer, plissant les sourcils pour essayer de deviner à travers la distance qui nous sépare ce qui a bien pu le motiver à un tel geste.
Couloirs – Poudlard
1ère année
C'est l'un de ses jours où tout est nouveau, merveilleux et incroyable. Arrivée il y a moins d'un mois à Poudlard, j'ai envie de découvrir chaque coin du Château. Et en ce troisième dimanche passé ici, je compte bien profiter de ma journée de liberté pour mettre à profit mes plans d'exploration. J'ai préparé cette journée toute la semaine durant, profitant de mes nombreux temps libres pour m'avancer sur mes devoirs et ainsi avoir tout le temps que je veux pour me perdre dans les nombreux couloirs de l'école, laissant les escaliers agir comme ils le souhaitent pour m'emmener là où ils me guideront.
J'ai tout de même attendu l'après-midi avant de m'aventurer dans ce labyrinthe de pierres, et ai choisi de profiter du soleil brillant dehors pour sortir ce matin au parc et ainsi ne pas passer toute la journée enfermée. Maman m'a dit de souvent prendre l'air pour ne pas perdre mes couleurs. J'ai du mal à voir de quelles couleurs elle parle, car on ne peut pas dire que mes joues soient très rosées. Peut-être qu'elle ne veut juste pas que je me transforme en l'un de ses cadavres qu'elle aime tant. L'idée de ressembler à ces horreurs m'a suffisamment motivée pour sortir au moins une fois par jour, chose que je m'applique à faire avec assiduité.
Carnet en main, sacoche passée sur une épaule, je marche avec énergie dans les couloirs, empruntant chaque couloir caché et passant d'ordinaire inaperçu. Je fais attention à mon entourage, l'oeil cherchant à toute vitesse un détail original, quelque chose détonnant avec les habituelles dalles et armures peuplant les lieux. De temps en temps, il m'arrive de repérer un tableau ou une statue étrange, que je m'empresse alors d'esquisser dans mon précieux livret. Je le remplis rapidement de quelques dessins, avant de finalement décider de passer à des sujets plus vivants. Je monte un escalier, traverse un couloir vide, bifurque dans un autre plus peuplé avant de m'arrêter en son milieu. Là, devant, une armure se tient droite, sans bouger d'un centimètre. Les élèves passent devant à toute vitesse, lui prêtant peu attention, cachant de ma vue les détails de son casque, plastron et jambières. Je me colle sur le mur d'en face, appréciant la fraicheur de la pierre contre mon dos. Voilà qui sera plus difficile : suis-je capable de dessiner un objet fixe parmi des mouvements m'empêchant parfois de le voir ?
Enivrée par ce nouveau défi, fière de l'avoir trouvé de moi-même, je m'apprête à tracer le premier trait de crayon, celui qui sera décisif, lorsqu'un clic étranger détourne mon attention et me fait vivement tourner la tête sur le côté. À quelques mètres de moi, un objectif est pointé dans ma direction. D'abord énervée d'avoir été de la sorte interrompue, mon agacement fait vite place à de la curiosité. L'élève, qui porte les couleurs de Serdaigle et semble être dans ma classe, m'a, si je ne m'abuse, prise en photo. Surprise, je me contente de le fixer, plissant les sourcils pour essayer de deviner à travers la distance qui nous sépare ce qui a bien pu le motiver à un tel geste.
Quatrième année | Corneille du Chant | #741b47 | Saumon indépendant | Préfubbies aspirateur
Ouïstiti ?
Le visage était doux derrière l'objectif. La scène semblait sortie d'un rêve. La peau pâle agrippait la lumière et parvenait à irradier au milieu des dizaines de figures qui se mouvaient sans arrêt d'avant en arrière. A côté des élèves pressés, on aurait dit que le temps n'avait pas d'emprise sur la fille. Mieux que cela, on aurait dit qu'elle avait réussi à le dompter pour le convaincre de ralentir un peu, juste pour elle. Cela ne semblait pas la déranger. Parfaitement à part, elle tenait entre ses doigts un carnet. D'une main, elle croquait l'armure qui lui faisait face. Il y avait quelque chose d'intime dans cet échange qui me mettait un peu mal à l'aise, j'avais l'impression d'être de trop. L'artiste et la muse, la muse et l'artiste. Le regard aussi était agile. Il parvenait à capturer ce qu'il voyait et à le libérer sur le papier. Je comprenais difficilement que personne ne s'arrêtât pour admirer la scène.
Malgré son apparente concentration, la brune perçut le cliquetis de l'argentique. M'en voulant d'avoir brisé le charme, je continuai à l'observer à travers l'objectif alors qu'elle fronçait les sourcils dans ma direction. Je me protégeais derrière mon appareil avant d'affronter enfin la situation. Je pouvais être du genre fuyard. Entre nous la foule ; les passants qui nous séparaient ne parvenaient pas à rompre le questionnement silencieux. Je baissai l'arme du crime et récupérai dans ma sacoche le couvercle de l'objectif. Le tout retrouva bientôt son étui et me laissa nu face à l'inconnue.
Je ne savais pas quoi faire. À vrai dire, je n'avais pas vraiment réfléchi avant de prendre cette photo. Je réfléchissais rarement dans ce genre de situations. La photographie, c'était une affaire d'instinct ! Si l'on n'agissait pas rapidement, le moment pouvait disparaître. Je restai debout sans bouger, à fixer devant moi, à compter mes respirations. Conservant une attitude posée, j'attendis ma septième expiration avant de lancer un sourire en direction de la fille. Je ne m'approchai d'elle qu'à la onzième.
Je m'arrêtai à une distance prudente. Le tableau qui s'offrait à ma vue ressemblait en tout point à celui de la rentrée : les traits fins, la beauté froide et l'indéniable énergie. Il y avait chez elle quelque chose qui me poussait à la prendre au sérieux. Pas de sarcasme, encore moins de tentatives de charme. Comme le silence s'étirait, je réalisai qu'il fallait que je parle. Tout ce qui me vint fut : "Désolé pour la photo, j'voulais pas te déranger.", puis "J'crois qu'elle va vraiment être parfaite." Peut-être était-ce une remarque stupide, mais la photo allait réellement être parfaite. Le genre de perfection qui se glisse dans une poche de chemise, collée contre le cœur, et se strie de lignes blanches d'avoir été trop montrée.
Malgré son apparente concentration, la brune perçut le cliquetis de l'argentique. M'en voulant d'avoir brisé le charme, je continuai à l'observer à travers l'objectif alors qu'elle fronçait les sourcils dans ma direction. Je me protégeais derrière mon appareil avant d'affronter enfin la situation. Je pouvais être du genre fuyard. Entre nous la foule ; les passants qui nous séparaient ne parvenaient pas à rompre le questionnement silencieux. Je baissai l'arme du crime et récupérai dans ma sacoche le couvercle de l'objectif. Le tout retrouva bientôt son étui et me laissa nu face à l'inconnue.
Je ne savais pas quoi faire. À vrai dire, je n'avais pas vraiment réfléchi avant de prendre cette photo. Je réfléchissais rarement dans ce genre de situations. La photographie, c'était une affaire d'instinct ! Si l'on n'agissait pas rapidement, le moment pouvait disparaître. Je restai debout sans bouger, à fixer devant moi, à compter mes respirations. Conservant une attitude posée, j'attendis ma septième expiration avant de lancer un sourire en direction de la fille. Je ne m'approchai d'elle qu'à la onzième.
Je m'arrêtai à une distance prudente. Le tableau qui s'offrait à ma vue ressemblait en tout point à celui de la rentrée : les traits fins, la beauté froide et l'indéniable énergie. Il y avait chez elle quelque chose qui me poussait à la prendre au sérieux. Pas de sarcasme, encore moins de tentatives de charme. Comme le silence s'étirait, je réalisai qu'il fallait que je parle. Tout ce qui me vint fut : "Désolé pour la photo, j'voulais pas te déranger.", puis "J'crois qu'elle va vraiment être parfaite." Peut-être était-ce une remarque stupide, mais la photo allait réellement être parfaite. Le genre de perfection qui se glisse dans une poche de chemise, collée contre le cœur, et se strie de lignes blanches d'avoir été trop montrée.
Ouïstiti ?
Le Serdaigle ne daigne pas baisser son appareil photo, et son visage reste délibérément caché à ma vue. Je ne sais pas si c'est parce qu'il n'ose pas se montrer, ou parce qu'il trouve ça drôle de rester anonyme et qu'il prépare sa fuite avec une photo de mon visage sans que je ne puisse le reconnaître, lui. Dans les deux cas, je n'apprécie pas être ainsi prise au dépourvu et j'ai bien envie de le lui faire comprendre – en le poursuivant s'il s'enfuit, par exemple. Finalement, l'appareil retrouve son étui et dévoile le visage de l'inconnu. Il n'a rien de particulier, hormis ses longs cheveux bouclés, et si je ne me rappelle son nom, il me semble l'avoir déjà vu en cours. Ses traits encore enfantins me prouvent de toute façon qu'il ne dépasse pas la deuxième année ; j'ai donc peu de chances de me tromper.
Il m'adresse finalement un sourire auquel je ne réponds pas, me contentant de continuer de le fixer, le visage de marbre. Mes sourcils, cependant, se sont détendus, n'affichant plus qu'une expression neutre. Expression que je garde lorsque quelques secondes plus tard, le Bleu s'approche de moi. Je reste délibérément silencieuse, me contentant de détailler son visage, d'en retenir les détails et de le graver dans ma mémoire. Je me souviendrai de lui non pas car il m'intéresse (bien que ses gestes, ses expressions et son calme me rappellent Natanaël), mais car il a quelque chose dans son silence qui me donne envie de le comprendre et de voir ce qu'il cache derrière son appareil. Cela se rapproche de l'intérêt, au final, mais pour rien au monde je ne me l'avouerais.
J'essuie une première déception lorsqu'il me sort des excuses plates et des banalités sur sa photo. Pensait-il vraiment que je ne remarquerais rien ? Que je suis si aveugle que même dans un couloir bondé, je ne vois pas ce qui détonne, ce qui est différent et ne passe pas inaperçu ?
« Trop tard », commenté-je avec un certain sarcasme dans la voix.
Je me demande s'il pense vraiment ce qu'il dit ; et si oui, il est bien bête de croire que je n'aurais pas été dérangée d'être prise en photo alors que je n'ai absolument rien demandé. Dans tous les cas il m'a déconcentrée, et pour ça je lui en veux beaucoup, sûrement plus que nécessaire, et notamment car tout au fond, j'ai envie qu'il ne soit pas comme les autres première année et se montre un tant soit peu plus intelligent. Mais c'est de sa faute s'il m'a détournée de ce que je voulais faire avec tant d'empressement et si à cause de lui, l'armure restera pour toujours un simple croquis inabouti. Cependant, sa remarque sur sa photo éloigne de mes pensées mes reproches à son égard et je soulève un sourcil, intriguée. De mon point de vue, il n'a aucun moyen de s'assurer que son cliché est parfait. Premièrement, parce qu'il y a du monde dans le couloir, donc des mouvements. Il peut très bien être flou ou avoir un élément qui me cache de l'objectif. Deuxièmement, car je ne suis pas quelqu'un à prendre en photo. Il y a des gens photogéniques. Par exemple, Gwennaëlle en fait partie ; pas moi.
« Comment tu peux en être sûr ? »
Il m'adresse finalement un sourire auquel je ne réponds pas, me contentant de continuer de le fixer, le visage de marbre. Mes sourcils, cependant, se sont détendus, n'affichant plus qu'une expression neutre. Expression que je garde lorsque quelques secondes plus tard, le Bleu s'approche de moi. Je reste délibérément silencieuse, me contentant de détailler son visage, d'en retenir les détails et de le graver dans ma mémoire. Je me souviendrai de lui non pas car il m'intéresse (bien que ses gestes, ses expressions et son calme me rappellent Natanaël), mais car il a quelque chose dans son silence qui me donne envie de le comprendre et de voir ce qu'il cache derrière son appareil. Cela se rapproche de l'intérêt, au final, mais pour rien au monde je ne me l'avouerais.
J'essuie une première déception lorsqu'il me sort des excuses plates et des banalités sur sa photo. Pensait-il vraiment que je ne remarquerais rien ? Que je suis si aveugle que même dans un couloir bondé, je ne vois pas ce qui détonne, ce qui est différent et ne passe pas inaperçu ?
« Trop tard », commenté-je avec un certain sarcasme dans la voix.
Je me demande s'il pense vraiment ce qu'il dit ; et si oui, il est bien bête de croire que je n'aurais pas été dérangée d'être prise en photo alors que je n'ai absolument rien demandé. Dans tous les cas il m'a déconcentrée, et pour ça je lui en veux beaucoup, sûrement plus que nécessaire, et notamment car tout au fond, j'ai envie qu'il ne soit pas comme les autres première année et se montre un tant soit peu plus intelligent. Mais c'est de sa faute s'il m'a détournée de ce que je voulais faire avec tant d'empressement et si à cause de lui, l'armure restera pour toujours un simple croquis inabouti. Cependant, sa remarque sur sa photo éloigne de mes pensées mes reproches à son égard et je soulève un sourcil, intriguée. De mon point de vue, il n'a aucun moyen de s'assurer que son cliché est parfait. Premièrement, parce qu'il y a du monde dans le couloir, donc des mouvements. Il peut très bien être flou ou avoir un élément qui me cache de l'objectif. Deuxièmement, car je ne suis pas quelqu'un à prendre en photo. Il y a des gens photogéniques. Par exemple, Gwennaëlle en fait partie ; pas moi.
« Comment tu peux en être sûr ? »
Quatrième année | Corneille du Chant | #741b47 | Saumon indépendant | Préfubbies aspirateur