Carabistouilles et citrouilles solo

Il était à peine six heures du matin que Lynde ne tenait déjà plus en place. Elle n'avait pratiquement pas dormi de la nuit depuis qu'elle avait reçu sa lettre d'admission à la grande école de sorcellerie de Poudlard. Elle était partagée entre impatience et appréhension. C'était une nouvelle chance pour elle, peut être enfin l'occasion rêvée de se sentir à sa place contrairement à ce quotidien qu'elle devait subir la plupart du temps enfermée chez elle à se faire la plus discrète possible. Les oiseaux sifflotaient dehors, chantant leur mélodie douce et virevoltante comme pour l'appeler à passer le bout de son nez dehors. Elle se leva, frotta ses petits yeux irrités de n'avoir pas eu beaucoup de repos cette nuit et ouvra la fenêtre de sa chambre qui donnait sur le grand jardin de sa maison. Elle observa un moment les oiseaux qui semblaient danser dans le ciel.

- Qu'est-ce que j'aimerais les rejoindre et voler comme eux…
Songea-t-elle

Elle enfila ses chaussons, descendit les longues marches, poussa la porte vitrée et sortie dans le jardin pour s'asseoir dans l'herbe. Elle resta ainsi quelques minutes, plongée dans ses pensées quand un craquement retint son attention. C'était sa grande sœur Selma qui se tenait derrière elle, un sourire amusé au coin des lèvres.

- Eh bien alors Lynde ? Depuis quand tu es aussi matinale toi !

- Et toi donc ?! S'exclama Lynde en riant.

Selma se mit à courir pour la rejoindre, et s'assit à côté d'elle. Elles restèrent ainsi, côte à côte un instant, puis l'ainée brisa le silence.

- Je sais bien ce qui te tracasse Lynde.

Le sourire de Lynde se mit à se fondre dans un regard plus triste. Elle ne pouvait manifestement rien cacher à sa sœur. Être séparée une nouvelle fois de celle qui avait toujours été à ses côtés était difficile pour elle. Cette fois encore ce serait différent. Elle ne pourrait la voir que beaucoup plus rarement. Sa sœur mais aussi ses parents qu'elle voyait si peu déjà. Ça ne serait plus une simple séparation d'établissement, il lui faudrait s'intégrer dans ce qui serait son nouveau foyer et sa nouvelle vie pour les longues années à venir. Elle devrait se débrouiller, s'intégrer seule.
Selma qui observait le regard attristé de sa sœur passa son bras autour de ses épaules pour la serrer contre elle.

- Allez, ne t'en fais pas. Tu vas découvrir des supers amis là-bas, j'en suis sûre ! Par contre je veux absolument que tu me racontes tout une fois que tu y seras !

- Je t'enverrai des lettres aussi souvent que je peux Selma ! Je deviendrai une grande sorcière, tu verras !

- J'espère bien ! Dis… tu crois que c'est vrai que les professeurs transforment les mauvais élèves en grenouilles..? Répondit Selma avec un air faussement terrifié.

- Pff n'importe quoi ! Se mit à rire Lynde

Sa sœur s'amusait à imiter le crapaud avec les grimaces les plus répugnantes. Cela ne manqua pas de faire rire Lynde à gorge déployée ! Rire qui malheureusement ne passa pas inaperçu au vu de la puissance sonore quelque peu incontrôlée de la jeune fille. Et surtout pas inaperçue pour la vieille voisine d'à côté un dimanche matin…
Selma qui se rendit compte que Lynde allait finir par réveiller tout le quartier s'efforça de la faire taire tout en s'empêchant elle-même d'exploser de rire à son tour.

- Chuut Lynde ! On va réveiller tout le monde !

La femme âgée qui habitait la maison d'à côté se réveilla, furieuse. Cette retraité fort grincheuse au tempérament colérique ne manquait jamais une occasion de réprimander les deux chahuteuses. Au moment où Lynde se rendit compte qu'elle riait trop fort, elle se tue et reçut une citrouille sur la tête. Il était manifestement trop tard ! La voisine avait déjà eu le temps de descendre dans son potager pour régler le compte des jeunes filles et faire cesser ce raffut.

- Moi j'vais dire deux mots à vos parents ! S'exclama la vieille femme énervée. C'est pas comme ça qu'on élève ses gamines !

Cette voisine avait à plusieurs reprises causé du soucis à leur famille et notamment depuis qu'elle avait appris la déscolarisation de la petite Lynde à l'école moldue. Depuis ses suspicions autour des Walters, elle avait souvent cherché à leur mener la vie dure et à trouver toutes sortes de prétextes pour les faire partir du quartier. Il faut dire que les deux jeunes filles n'éprouvaient plus beaucoup de remords à l'idée de taquiner Mme. Richards.

- Vu le poids de la citrouille ça va te faire une belle bosse sur le front Lynde ! Faut vite qu'on s'en aille avant de se prendre une pluie de légumes pas mûrs sur la tête ! S'exclama Selma alors que Lynde se frottait le front avec une grimace de douleur.

- Attends, j'ai une idée. Répondit sa sœur avec un petit sourire malicieux.

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Carabistouilles et citrouilles solo
Lynde fila à toute vitesse dans le cabanon du jardin pour en sortir une petite catapulte en bois. Le jouet pouvait projeter l'équivalent d'une balle de tennis.

- La catapulte de papi Albert ? S'étonna Selma

- On va lui renvoyer ses légumes à la vieille, elle avait qu'à pas nous les balancer dans la figure !
Répondit Lynde sur un ton revanchard.

- Après tout, on ne fait que lui rendre ce qui lui appartient. Surenchérit Selma avec un sourire faussement angélique.

Les deux filles reprirent les légumes qui étaient couchés sur le sol et les chargèrent dans le jouet de bois. Et une carotte, puis deux, puis une petite citrouille… Cela ne fit qu'empirer l'état d'énervement de la voisine. C'était une guerre sans fin. Les légumes fusaient d'un jardin à l'autre, à tel point qu'un radis finit par atterrir sur la fenêtre de la chambre des parents Walters.
Jonathan se réveilla au vu du raffut qui faisait place dehors. Il ouvrit la fenêtre, et découvrit le spectacle avec agacement. Il mit son peignoir, ses chaussons et descendit les escaliers rapidement. Il sortit dans le jardin d'un pas pesant et s'arrêta net à côté de ses filles. C'est en entendant le claquement de la porte du jardin que les deux sœurs eurent une sueur froide.

- Rentrez immédiatement. Je ne me répéterai pas.

Le ton de leur père était sec, et ferme. Il n'avait pas besoin de hausser le ton pour que les jeunes filles comprennent qu'il était fortement en colère. La fermeté dans sa voix, qui pourtant restait posée, voulait déjà tout dire. Elles savaient très bien que dans ce genre de situation il n'était pas nécessaire d'espérer la moindre protestation ou justification. Lynde se sentit tout à coup très mal. Elle baissa les yeux et courut avec Selma jusqu'au salon. Les filles s'asseyèrent sur le canapé, abattues d'avoir mises leur père en colère. Lynde se trouvait bien bête maintenant. Elle avait seulement voulu s'amuser un peu, et régler le compte de cette vieille mégère au passage, il faut bien l'avouer…

- Tu penses qu'il va dire quoi papa à Mme. Richards ? Finis par dire Selma inquiète.

- Je sais pas, mais on risque d'avoir des ennuis Selma. Répondit Lynde.

Elle se leva du canapé pour regarder à travers la porte vitrée. Jonathan semblait discuter avec la voisine de manière plutôt posée malgré l'énervement de la vieille femme.

- Attention, il revient ! S'exclama Selma.

Lynde courut s'asseoir dans le canapé pour ne pas que son père voit qu'elle l'espionnait. Jonathan ouvrit la porte, s'assit près de ses filles sur le canapé et resta un instant silencieux. Lynde afficha une moue triste. Pas tant pour sa bêtise en elle-même, mais plus à cause de l'agacement qu'elle avait provoqué à son père qu'elle aimait tant. Celui-ci finit par prendre la parole au vu des visages atterrés de ses filles.

- Je suis déçu par votre comportement les filles. Surtout le tien Selma, en tant que grande sœur, tu es censé veiller sur Lynde. Dit-il fermement.

- Pardon papa... répondit l'ainée.

- On lui a juste rendu ses légumes… Marmonna Lynde. Et elle ne fait que vous causer du soucis à toi et maman, je voulais seulement...

- Te venger Lynde ? Ça n'est pas la vengeance qui règle les problèmes. Mme. Richards n'a pas été tendre avec notre famille, mais ça n'est pas une raison pour se venger. La vengeance attire la vengeance Lynde, retient ça.

Lynde répéta la phrase que venait de lui dire son père dans sa tête cherchant à comprendre. Ses parents lui avaient toujours appris à préférer être pacifiste plutôt qu'à chercher le conflit. Mais elle avait tendance à avoir la vengeance facile lorsqu'on la provoquait.
Désormais un peu moins énervé, le père passa son bras autour de Selma et prit Lynde sur ses genoux.

- Bon, j'ai réussis à calmer la voisine, mais ça ne passera pas à chaque fois. Je lui ai promis de lui préparer un tourte avec les légumes endommagés que vous avez catapultés dans son jardin… C'est votre mère qui va être contente en apprenant ça…
Reprit le père en soupirant sur un ton un peu ironique.
La tension retomba tranquillement. Ses filles semblaient avoir compris la leçon, c'était le principal.

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