Portree OS Syndrome de Spirit

Jeudi 22 juillet 2049
Deuxième année
Portree, après cet incident


Le trente-et-un juillet. Voilà le jour où mes parents auraient dû me voir rentrer à la maison. Seul.
Ainsi, quelle ne fut pas sa surprise lorsqu'il me vit débarquer, le vingt-deux juillet, complètement figé par un sortilège, aux côtés d'Eli, elle aussi paralysée, et du concierge de Poudlard.

D'abord étonné par l'entrée de Kohler, puis ahuri par les propos rapportés, mon père s'empresse de contacter ma mère par leur système de communication mis en place. Pas de téléphone, mais un petit interrupteur magique qu'il n'actionne qu'en cas de grande urgence ; et c'en est une. Une fois l'objet pressé, il met quelques secondes avant de se retourner vers moi, hésitant sur ce qu'il peut dire, doit dire, sans savoir même si je l'entends. Je le vois se risquant à quelques pas vers moi pour observer ce que l'enchantement a provoqué sur son fils, mais toujours aucunes prémices de dialogue. Il reste volontairement silencieux, alors que moi, on m'a imposé ce silence. Depuis combien de temps n'avons-nous pas été aussi proches, dans une même pièce et sans personne autour ? Nous nous observons, espérant tout deux que ma mère viennent nous libérer de cette situation gênante, où finalement aucun de nous ne parlerait, même si cela nous était possible. Et voilà qu'elle arrive par transplanage, baguette en main, les yeux ronds de stupeur et d'incompréhension. Les vrais ennuis peuvent commencer.

Il ne lui faut que quelques secondes pour mettre fin au sortilège, la peur et l'amour d'une mère révélant toute la puissance d'un coup de baguette habilement jeté. Elle se précipite sur moi pour prendre mon visage entre ses mains encore refroidies par l'affolement, et fixe mon regard à la recherche d'indices qu'il m'est impossible de lui offrir. Je laisse mon père expliquer la situation, avec les termes qu'il a retenus d'un langage qu'il ne saisit pas toujours, et son expression change. Ses pupilles trahissent d'une déception à laquelle, certes, je m'attendais, mais qui me demande une certaine force pour m'y habituer. Je sens ses doigts glisser et se retirer, et une de ses mains vient se plaquer contre sa bouche. Est-ce de l'effroi ? De la compassion pour la pauvre Miss Pimpin ? De la honte ? De la colère ?

Aucun mot ne sort et ce silence est d'une lourdeur à me faire regretter le camp pédagogique. Je n'ose pas démarrer cette bataille, j'attends que le premier coup arrive, mais c'est à mon père que ma mère s'adresse en se retournant vers lui. Comme si j'étais encore figé, comme si je n'étais pas là.

Tu veux qu'on en parle avant, ensemble ?, demande-t-elle la voix basse mais directe, comme si le temps lui était compté, mais qu'elle cherchait tout de même à régler cela à deux.

Mon père hausse les épaules, le bras droit suit le mouvement et il se retourne, se délaissant de toute autorité.

Je t'avais dit que c'était pas une bonne idée ce truc..

La colère de ma mère monte aussi et je peux sentir que gérer les deux lui est impossible.

Monte dans ta chambre !, m'adresse-t-elle enfin. Durant une seconde, je veux rétorquer, ma bouche s'entrouvre et ma voix est prête à se défendre, mais son regard - bien pire que celui du concierge - m'oblige à écouter et à suivre l'ordre donné.

Alors que j'ai monté les deux premières marches, je me retourne pour assister au départ de mon père, déjà las de la situation. J'entends ma mère le prévenir qu'étant seule pour donner cette punition, il n'aura pas son mot à dire ; ce à quoi, sans difficulté aucune, il accepte. Soufflant contre les deux hommes avec qui elle habite, elle s'empare d'un mouchoir sur le comptoir de la cuisine et croise mon regard qui l'observe, curieux. Je me retourne aussitôt et fonce dans ma chambre pour l'y attendre, sans broncher. Je reste debout, planté là quelques secondes, réfléchissant à tous les arguments et mensonges possibles à lui envoyer mais c'est le trou noir complet.

Lorsque soudain, elle arrive, je la vois s'approcher de moi, et ce, de plus en plus rapidement. Je n'ai jamais eu peur de ma mère à l'idée qu'elle puisse lever la main sur moi, mais je ne peux réfréner le mouvement de recul qui veut me protéger d'une quelconque altercation physique. Impossible, sa main se pose inévitablement sur mon bras et les mêmes sensations ressenties plus tôt avec Kohler arrivent. Nous transplanons.

Les mains plaquées sur mes genoux pour reprendre mon souffle et ma respiration, ma mère me tend le mouchoir saisi plus tôt pour que je m'essuie la bouche, suite à la nausée impossible à réfréner. Deux transplanages en une journée par deux sorciers en colère, ce n'est pas la meilleure stratégie pour garder son repas. Je relève la tête et remarque une grande plaine du Nord de l'Ecosse, là où l'on venait souvent randonner. Là où aucun moldu ne peut venir. Pris dans mes souvenirs, la voix de ma mère vient interrompre la contemplation.

Je t'assure que j'essaie, Lukas ! Je t'assure que.. Sa voix se casse et c'est un nouveau silence que j'encaisse.

Même les vallées semblent plus bruyantes que sa réflexion. Même les oiseaux des plaines écossaises n'ont pas tant de tristesse en eux.

Je croyais qu'en t'inscrivant à ce camp, tu en profiterais pour te rattraper ! T'avais deux semaines ! Juste deux ! Et t'as tenu quoi ? Cinq jours ! Sa main vient se placer à nouveau contre sa bouche, comme pour se donne un nouveau temps de pause. Qu'est-ce que tu cherches à me montrer ? Hein ? Que tu sais mieux que tout le monde ? T'as douze ans, Lukas, alors je suis désolée, mais non, tu ne sais pas mieux que tout le monde ! Ton bulletin montre clairement le contraire ! T'as pensé à tes professeurs ? A cette pauvre intervenante que tu déranges ? Tu crois qu'on est tous à ta disposition ?!

Elle se retourne, regrettant sûrement le ton et certains mots qu'elle emploie et marche comme si la suite de la remontrance était plus loin, cachée quelque part. Elle tente de se calmer et moi, je ne fais rien, j'encaisse, je me nourris de cette douleur qui depuis un an crée la mienne. Si je pouvais lire dans son esprit, j'y verrais ses tourments, sa culpabilité de ne rien faire face à son mari qui s'éloigne, et celle de manquer à l'éducation de son fils. J'y verrais son impuissance et son combat dans son rôle de parent qu'elle tient seule. Mais je ne peux pas, alors je crois y voir de la colère et de la déception.

Son corps s'approche de moi, s'accroupit et saisit mes main en les enfermant dans les siennes.

Dis-moi ! Dis-moi ce que je peux faire. Mais il faut que tu me parles !

Je n'ai jamais entendu ce ton dans sa voix. Ce ton fatigué et implorant que l'épreuve s'arrête, que tout revienne à la normale. Sauf que je ne peux pas, je ne sais pas faire, je ne saurais même plus par où commencer, alors je me tais, car c'est ce que je sais faire de mieux pour ne pas l'énerver. Les minutes passent, le silence revient et je vois dans le regard de ma mère qui s'abaisse que l'abandon est là, pas loin. Il me suffit d'attendre encore quelques minutes. Elle soupire, et ordonne ce que tout parent doit ordonner - car au moins cela, elle en est sûre - avant de se redresser.

Dès demain, tu écriras à tous les adultes du camp pour t'excuser et ..

Non !, lâché-je enfin en sortant de mon mutisme éternel. Steplaît, je ...

Tu préfères le faire en face ?!

Mon corps reprend ses habitudes, ses tensions, son cri à l'injustice et se tait, encore. Alors comme plus tôt, sa main vient se poser sur mon bras et me ramène, sans avertissement, à ma chambre, comme si nous ne l'avions jamais quittée. Imitant mon silence, elle sort de ma chambre, sans même fermer la porte derrière elle.

Fiche PR - 5e année RP