Le prix du reniement, au plus juste salaire

23 juin 2049 - 22h30

Aliosus battait le pavé à grand pas, ses longues enjambées lui faisait mettre de la distance avec la demeure de ses parents alors qu'il sentait son corps bouillir. Il détestait cela, et il se détestait pour ne pas être arrivé à garder son sang froid. Le talon ferré de ses souliers claquaient à grand bruit sur la Promenade des Sirènes sans qu'il n'y prête attention. Bien entendu c'était là qu'il était allé, après avoir claqué la porte, comme n'importe quel imbécile capricieux se maudissait il, il n'était pourtant plus un enfant, il était majeur, depuis dix neuf jours seulement mais il ne s'agissait pas de ça, il avait toujours su se contenir, c'était son p...

Il donna un coup de pied dans le fer forgé de la balustrade surplombant la Towy, après tout, il n'en était plus à ça près, avant de l'agripper et d'y serrer les mains. Le métal tiède n'avait pas encore eu le temps d'évacuer sa chaleur accumulée pendant les longues journées de l'été naissant. Son regard parcourait l'autre rive, l'eau coulant paresseusement, les arbres, sans rien regarder car il repassait dans son esprit les détails de la soirée.

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«Vous ne m'en avez pas parlé...»
Aliosus laissa la phrase en suspens, pas encore certain d'avoir eu raison de prononcer ces mots, mais à présent que cela était fait il faudrait bien voir ce qui se passerait.
«Parler de quoi Aliosus ?»
Quelque chose dans le regard de sa mère était différent, son ton était tout à fait naturel, sa voix toujours aussi douce, mais une subtile expression de son visage, un voile imperceptible sur ses yeux avaient donné les prémices d'un dérangement dans l'esprit de son fils.
«Et bien, enfin, de la visite de tante Renesmée à Poudlard et des distinctions qu'elle a...»
«Non nous n'en avons pas parlé.»
Cette fois la variation était largement perceptible. Son père n'avait pas dissimulé le caractère froid et menaçant comme un fer de lance de son ton. Il le regardait à travers ses petites lunettes avec lesquelles Aliosus le voyait de plus en plus souvent pendant les vacances.
«Und wir werden nicht darüber reden.»

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La rage et la déception n'étaient pas grand chose pour le jeune homme par rapport à ce sentiment d'avoir été trahi. A peine reformulait il cette pensée qu'un soubresaut de sanglot le repris et il dut lâcher la balustrade qu'il avait serré tant qu'il s'était fait mal, volontairement comme un fait exprès d'appuyer sur une blessure pensant que la douleur sera telle qu'après, on ne sentira plus grand chose, et de ses mains libres, il fit disparaitre les traces des larmes sur ses joues.

Hors de question de retourner là bas ce soir, quitte à s'endormir dans l'arrière salle d'un bar des bas quartiers, il n'y retournerait pas avant d'avoir eu le temps de rassembler ses idées. Il recommença a arpenter les rues de la capitale sorcière, pensant le faire au hasard, une bonne demie-heure durant, mais c'est en voyant la façade élégante d'une maison dont il ne connaissait que l'adresse qu'il se rendit compte que son inconscient l'avait dirigé tout ce temps durant.

Après tout, ce n'est que logique.

Il mit tout de même quelques longues minutes à frapper, hésitant sur l'heure, sur quoi dire, faisant son possible pour se rendre présentable, et puis enfin, il l'avait fait. Il avait saisit le heurtoir sombre et donné deux coups sur la porte, pas plus, pas trop fort non plus, espérait il que sa tante ne les entendent pas après tout ?

@Alice Sangblanc

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RENESMÉE NERRAH


Assise dans son fauteuil de velours, Renesmée relisait le compte rendu qui lui avait été remis à son départ du bureau. Rien d’alarmant, tout juste intéressant, cette lecture lui procurait un sentiment de contrôle bienvenue. Tout va bien, constatait-elle depuis des mois. Tout était sous contrôle.
Renesmée bu une gorgée de son vin rouge. Les notes fruitières roulaient sur sa langue délicate. Elle jeta un regard vers la bouteille, reposée sur sa table de bois sombre. Elle sourit. Finalement, l’Allemande avait eu raison de se laisser tentée par cette cuvée écossaise. Peut-être en ferait-elle profiter Magnus dans la semaine.

Là, dans le confort de son salon, Renesmée se sentait bien. Seule pour la nuit, mais jamais bien longtemps au petit matin. Cette solitude ne la pesait plus. Son quotidien était rythmée par le travail, ses soirées et congés par la présence de Carry. La jeune fille évoluait à vue d’oeil. Elle ne serait jamais parfaite, Renesmée en avait toute conscience. Mais chaque jour, elle s’employait à faire disparaître les marques des griffures de Dayla profondément ancrées dans les épaules de sa cadette.
Renesmée y parviendrait. Cela prendrait du temps, mais le plus fastidieux avait été accompli.

L’Allemande se redressa en entendant frapper à sa porte. Elle jeta un regard par dessus son épaule, ses sourcils légèrement froncés. Qui diable pouvait bien venir la déranger à cette heure tardive ?
Avec lenteur, Renesmée se releva. Elle reposa son compte rendu, son verre de vin et réajusta sa robe de chambre sur elle.
Jenny devait dormir, sans quoi elle se serait jeté à la porte pour accueillir le visiteur tardive.
D’un pas assuré, ses sourcils encore légèrement froncés, Renesmée marcha jusqu’à l’entrée sous le regard figé des nombreuses photographies accrochées au mur, ses boucles blondes dansant autour d’elle. Elle ouvrit la porte sans cérémonie aucune.

Toute marque de curiosité ou de mécontentement s’évaporèrent à la vue du jeune garçon.
Aliosus.
Elle l’observa, les lèvres légèrement entrouvertes par la surprise. Tant et tant de choses dansaient sur le visage de ce garçon au demeurant si réservé. Renesmée le quitta quelques instants des yeux pour voir si il était seul. Ce constat marqua un peu plus la curiosité de cette visite nocturne. Du liebes Kind
Quelle situation avait pu fêler l’armure si solide d’un Nerrah ? Quels mots avaient percés le cœur d’acier de celui qui portait sur ses frêles épaules l’avenir d’une si grande lignée ?
Sans mot dire, Renesmée observait son neveu. Pour la première fois, Renesmée ne l'avait que pour elle seule, et cette pensée égoïste emplissait le cœur de l'Allemande d'un sentiment de bonheur éteint depuis de longues années.

Renesmée poussa un peu plus la porte et, d’un geste de la main, invita son neveu à pénétrer dans sa demeure. Il n’y avait nulle besoin d’explication pour l’heure.

PNJ présent dans ce RP :Renesmée Nerrah, mère d'Alice
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Son cœur s'emballa lorsque la porte s'ouvrit, en toute simplicité, et elle apparut. Meine Tante. A la voir ainsi, sans le cérémonial strict de ses tenues, de ses coiffures, de son visage même, la voir soudain dans la simplicité d'une robe de chambre, dans sa simplicité de femme, démystifia soudainement la figure de Renesmée Nerrah autant que cela renforça son importance aux yeux du jeune homme. Il regretta aussitôt d'avoir prit la liberté de frapper à cette porte aussi tardivement, dans son esprit, c'était son idée de sa tante qui lui ouvrait, et non pas sa réalité, c'était la figure froide et statuesque qui l'accueillait, des adjectifs qui n'auraient pas été d'un grand réconfort pour qui que ce soit d'autre mais qui, pour Aliosus, revêtaient des airs de familiarité qu'il recherchait particulièrement en cette nuit. A la place se tenait devant lui une femme, dans toute sa simplicité et sa complexité mêlée, dans toute son intimité, sa vie privée qui pouvait se trouver radicalement éloignée de sa vie publique. Et cette femme se trouvait être sa tante, ça n'en constituait pas son identité première, c'était un détail, il venait d'en prendre conscience, et il savait que Renesmée avait compris cela avant lui. Il avait le net sentiment qu'il n'aurait pas du voir ce qu'il avait sous les yeux.

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«Vous auriez...»
«Non. Nous n'aurions pas. Rien du tout. Toi en revanche tu aurais du... »
«Magnus, bitte...»
«Tu aurais du voir la manœuvre, et de loin ! Et tu t'es prêté à cette Zeremonienparodie !»
«N'ai-je donc pas mérité ces mots ? Cette distinction ?»
«Aliosus, il ne s'agit pas...»
«Ein Verrat, daran waren Sie mitschuldig.»
«Comment osez-vous piétiner mes efforts, mes sacrifices... »
«Vos sacrifices ?»
«Ciúnas ! Sei ruhig ! Chacun de vous !»
Autour d'Aliosus une soudaine cacophonie cristalline emplit ses oreilles au moment où chaque verre, chaque flute, chaque cadre, chaque miroir de la pièce volait en éclats aux cris de Willow.

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Il entra. Il n'avait plus le choix à présent. Il passa à côté de Renesmée sans oser lui accorder encore un regard direct, toujours incertain de sa démarche, convaincu en revanche qu'elle n'était pas légitime. Il perçu une odeur florale qu'il ne parvint pas à nommer, souligné par une très légère touche capiteuse de vin, de vin rouge, cela en revanche, il pouvait en être sûr. Aux murs, les sujets des nombreuses photographies se tournaient vers cet étrange visiteur inopiné, il sentait leur curiosité et entendait leurs murmures intrigués.

«Ma tante, je suis vraiment navré de vous importuner à une heure aussi tardive...»

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Le couloir dans lequel pénétra Aliosus était à l’image d’une femme accordant une place précieuse aux souvenirs. Les murs étaient d’un rouge profond, tapissés d’arabesque dorés qui ne manquaint jamais de lui rappeler ses années à Durmstrang.
De nombreux tableaux étaient accrochés. Des paysages représentants la mer Baltique, d’autres une clairière au coeur de Schwarzwald, ainsi que le manoir de Mutter und Vater. Des vagues se fracassaient contre les rochers, les branches des conifères se mouvaient au gré du vent mais le manoir ? Il restait droit, digne, inébranlable.
Ses fils, immortalisés dans leur tendre jeunesse dans l’encre des photographies, avaient bien vite oublié l’étrange présence de leur cousin pour retourner à leurs ganacheries d’enfant.
Quant aux autres, nun ja… ils murmuraient. Le visage d’Aliosus leur était inconnu, au grand dam de l’allemande.
Ancêtres femmes, figures emblématiques de son éducation ou inspirations sorcières lointaines, toutes n’avaient poins l’habitude de voir si jeune visage en ces lieux.

« Tu ne m’importunes pas, Aliosus » déclara Renesmée en refermant la porte derrière lui. « Mein Heim ist das Deine. » Elle le contourna ensuite pour rejoindre le salon, au bout du couloir. Décoré avec la simplicité d’une femme qui préférait la sobriété à la superbe. Les fauteuils de velours vert forêt encadrait une cheminée sans flamme. Sur la table basse de bois vernis patientait un compte-rendu, une coupe de vin a peine entamé et sa bouteille. Tout cela reposait sur un grand tapis persan ancien aux entrelacs verts et or, rappel feutré de ceux qui couraient sur les murs du couloir.
A droite de la cheminée, une haute bibliothèque de bois sombre et satiné occupait tout un pan de mur. Les ouvrages y étaient classés par langue, puis par domaine. Ceux portant sur les théories et études de la Magie Noire n’étaient point ici. Il était parfaitement hors de question de laisser le loisir à Carry de s’en approcher.
Sur un guéridon à l’écart, un bouquet d’été commençait à pencher. Des glaïeuls, quelques tournesols, un brin de lavande. Le papier l’entourant était encore intact, preuve que Renesmée n’avait pas daigné le défaire entièrement. Elle l’avait accepté, parce qu’elle acceptait toujours ce qu’on lui offrait, mais l’avait laissé là, loin des zones de lumière, loin de son propre regard.

« Je t’en prie, mein lieber Neffe » dit elle en dépliant ses doigts vers un fauteuil. « Prends place. Désires-tu boire quelque chose ? Ce vin est exquis. » Un coup de baguette, et un verre se cristallisa dans sa main.

Les Astres savaient quels événements avaient amenés Aliosus à venir à leur servante, ce soir. Renesmée l’avait vu. Renesmée l’avait pressenti. Aussi avait-elle laissé Carry loin de sa demeure pour cette nuit et la suivante, dans l’éventualité d’une rencontre attendue et espérée.
Les Astres avaient murmurés, Renesmée avait écouté.

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«Danke, Ich... wusste nicht, wohin sollte ich gehen und...»
Et quoi d'ailleurs ? Il n'avait pas prévu de venir ici, les fils inextricables de la destiné l'avait conduit jusqu'à cette porte et cela ne semblait guère étonnant, mais cela restait inexplicable dans la bouche du jeune homme.

Il franchit le sas de l'entrée, barbacane de la citadelle de Renesmée, qui, sans qu'il n'ait eu à particulièrement observer chaque tableau aux clairs obscurs pâles typiques du naturalisme germanique, l'avait immergé dans une vague impression continentale, familière sans être pour autant chaleureuse, et pénétra dans le salon à la suite de sa tante qui reprenait place dans son fauteuil, dans un mouvement à la fluidité souligné par les pans de sa robe de chambre rouge qui détonnait dans l'atmosphère de cette nouvelle pièce.

Il aurait soudain cru entrer dans une partie secrète de la salle commune de Serpentard, à quelques nuance phtalocyanines près, et il fallait y regarder un peu plus longtemps pour remarquer les différences notables des styles d'ameublement. Il n'en eut pas particulièrement le temps, heureusement, il n'aurait pas voulu qu'un silence immobile ne rende la situation encore plus étrange. Il s'assit à l'invitation du geste dénué d'ambage qui lui désignait un fauteuil, sentant alors un début d'apaisement. Le moment présent était devenu subitement si singulier, si exceptionnel et si inattendu qu'il avait reléguer les prémices de cette soirée loin des préoccupations immédiates d'Aliosus.

«Je le gouterai avec plaisir, danke.» répondit-il à la proposition de sa tante. Une réminiscence du verre proposé par miss Valerion lors d'un échange dans son bureau lui revint momentanément. Il était adulte cette fois.

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Renesmée aurait dû s’arrêter aux mots prononcés par les lèvres de son neveu, plutôt que de goûter à la saveur particulière qu’avait sa langue natale sous celle de l’héritier. Un sourire avait fleurit sur son visage, celui d’une femme fière et touchée. Elle n’avait fait aucun commentaire sur la teneur des propos d’Aliosus : elle savait ce qui l’amenait ici. Les Astres l’avaient guidés jusqu’à son perron, jusqu’aux bras accueillant de sa tante bénie par Leur lumières.

Ses yeux bleus accrochés à ceux de son neveu, Renesmée servit une coupe de vin. Là encore, elle n’ajouta aucun mot, préférant donner à Aliosus le calme nécessaire pour calmer son coeur sans nul doute agité par les paroles cruelles d’un père courroucé. Là encore, nulle surprise pour l’Allemande.
Le liquide rouge sang versé, Renesmée s’approcha pour tendre le verre à Aliosus, un léger sourire ourlant ses lèvres. Elle ne se redressa pas tout de suite, laissant son regard fouillé celui de son sang. Du bout des doigts, elle vint effleurer sa joue, comme elle avait pu le faire par deux fois seulement. Elle inspira doucement, une vive émotion agrippant sa gorge.
La nostalgie.
Cruelle nostalgie. Un battement de cil, et Aliosus n’était plus qu’un nourrisson niché contre son ventre rond, son petit corps embrassé par Sa Lumière, comme c’était le cas aujourd’hui. Son pouce caressait la ligne de sa pommette. Il était un homme, désormais. Un homme qui porterait sur ses épaules les fardeaux du sang teuton. Du bout des doigts, elle repoussa une mèche blonde dans un sourire.

« Ich bedauere zutiefst, dich nicht aufwachsen gesehen zu haben, mein lieber Neffe », murmura Renesmée. Son autre main vint lisser les cheveux blonds, comme elle l’avait fait autrefois pour son petit frère. « Si tu savais à quel point tu ressembles à ton père à ton âge… Qu’a t-il dit pour que tu viennes trouver ta tante en pleine nuit ? »

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La façon qu'avait sa tante de le regarde différait tant de la dernière fois où ils s'étaient vu, dans le cadre protocolaire de la remise de la récompense qui avait provoqué le scandale qui l'avait finalement mené à elle. Y avait il un monde où tout cela avait pu être orchestré ? Si ce n'était par Renesmée elle même, au moins par une puissance qui lui était liée ?

Son regard si direct, si imposant, si droit naguère, s'était mué ce soir en un regard tendre, embrassant et maternel, et si Aliosus l'avait certes surprise dans sa soirée, ce regard du moins, elle aurait pu lui dissimuler, et elle ne l'avait pas fait.

Il saisit le verre tendu, et accueillit en fermant une demie seconde d'apaisement ses yeux la caresse de sa joue du bouts de doigts de sa tante. Était-ce leur premier contact ? En presque dix sept ans ? Oh ma tante...

Quel or n'aurait il pas donné pour avoir la force de poser son verre, de se lever et de se jeter dans ses bras ? De la sentir contre lui, et de pouvoir se laisser aller. Il fit de son mieux pour contenir ses émotions, serrant la mâchoire, mais le second assaut émotionnel emporta ses digues de bienséance.
Dieux ! Lui aussi regrettait, bien qu'il le savait pertinemment, il n'y était pour rien, il n'y pouvait rien, mais lui aussi aurait aimé grandir sous son regard. Ses yeux à lui s'humidifièrent lorsque la main glissa dans ses cheveux et qu'elle lu en lui comme dans un livre, et il enfouit son visage dans ses mains quelques secondes, pour reprendre une inspiration, pour expier le trop plein de cette soirée et pour purger ses larmes. Ce fut un regard rougit qu'il leva vers elle, mais son visage avait retrouvé son calme.

«Votre distinction de mai dernier n'a pas semblé... ravir Père.»

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Renesmée aurait aimé avoir un enfant comme Aliosus. Un enfant aux cheveux blonds comme les blés, aux yeux aussi bleus qu’un ciel d’été. Mais elle avait donné vies à des enfants pâles, aux cheveux blancs, aux yeux gris qui ne lui ressemblerait jamais.
Aliosus lui ressemblait. Il aurait pu être cet enfant qu’elle fantasmait lorsque les nuits étaient trop froides, lorsque ses draps étaient vides. Une main sur son ventre, Renesmée retrouvait la familiarité du corps qui se souvient pouvoir porter la vie.
Elle en voulait un. Juste un. Un petit Aliosus. Un petit Adelheid. Une petite Hermine. Un enfant à chérir. Juste un.

L’Allemande sentait la mâchoire teutonne se serrer sous ses doigts. Elle vit les yeux bleus -les mêmes que les siens- s’alourdir de larmes contenues qu’il ne verserait pas devant elle car ainsi fut son éducation. Avec Renesmée pour mère, Aliosus aurait compris que les larmes méritent d’être, qu’il ne servait à rien de retenir ses sentiments, qu’ils rongeaient petit à petit, que les laisser éclore permettaient de mieux les contrôler, qu’ils pourraient les confier aux Astres, qu’Eux, dans leur grande sagesse, sauraient qu’en faire. La force, la véritable force, réside dans la pleine acceptation de nos faiblesses. Si il avait grandit dans son giron, Renesmée lui aurait enseigné.

Les doigts caressaient les cheveux blonds. Les yeux goûtaient le visage d’Aliosus levé vers le sien.
Un sourire étira ses lèvres. Il était doux, ce sourire. Aussi doux que l’était le vin qui les parfumait encore.
Renesmée laissa ses doigts glisser jusqu’à sa nuque et, avec lenteur, attira le garçon contre elle. La joue fut abandonnée au profit de son dos. Elle le tint là, contre elle, un pouce traînant toujours dans ses cheveux qu’elle n’avait jamais eu l’occasion de caresser.
Si Aliosus voulait se détacher d’elle, Renesmée lui permettrait. Tout ce qu’elle désirait, c’était donner à son corps ce qu’il réclamait : retrouver le nourrisson qui lui avait été arraché. Celui pour qui elle avait imploré Mère-Lune.
Mère Lune, entends ta servante, murmurait les échos des souvenirs. Prends ce qu’il me reste de force, et protège les. Je t’en conjure, Mère Lune. Protège l’héritier de mon frère, et la dernière née de mon sang.

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Ça n'était pas normal.
Comment était-ce possible qu'il enlaçât sa propre tante pour la première fois depuis sa naissance ? Comment justifier que ce moment arrive presque sept année après avoir rencontrée Renesmée ? A quelle genre de famille appartenait il ? Son plus proche sang dissimulé onze année durant, et puis, et puis la distance, les rancœurs, les secrets, les trahisons. Ah, ça, les trahisons... En acceptant la récompense de sa tante, il aurait trahi son père, en repoussant l'étreinte de sa tante il l'aurait trahi, elle, et son amour tout maternel qu'elle lui portait. Et pourtant, n'était ce point pire qu'il trahît la fille de cette dernière, sa cousine, Alice, en l'acceptant ? Qu'en était il de Willow ? Ou se situait elle dans cet échiquier de relations familiales empoisonnées ? Et son oncle Dorian qu'il n'avait jamais pu voir ?

Pour une fois, Aliosus décida de céder à l'égoïsme, et de ne prendre en considération que le désir sincère d'un neveu qui a besoin de sa tante, qui a besoin d'un soutien, de sa main passée dans les cheveux, de respirer son odeur rassurante, de sentir son souffle, d'entendre battre son cœur. Il ne fallut qu'une seconde d'étreinte pour qu'il comprenne que Renesmée avait une soif au moins égale de ce moment, peut être même plus. Tout ce qui avait amené à ce moment ne comptait plus au regard de l'importance de la connexion qu'ils établissaient à cet instant : un pacte, une allégeance, une promesse. Demain la vie reprendrait son cours, demain elle serait de nouveau la Secrétaire d'État à l'Éduction, elle serait de nouveau la mère honnie par sa fille, l'ambivalente épouse d'un oncle trahi, la sœur autant aimée que crainte par son frère. Demain il y aurait des désaccords, des disputes, des confrontations, mais tout irait bien, car ce moment présent existerait pour toujours, en dépit de toutes les déceptions, malgré toutes les différences. Renesmée n'était pas parfaite, et Aliosus non plus, les circonstances jouaient contre eux et leur bonheur simple de profiter l'un de l'autre, alors, quand il était possible de vivre une bribe de ce qu'aurait du être leur relation, il se devait de le faire.

«Ich habe Sie vermisst.» murmura-t-il en rendant son étreinte à Renesmée.

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Une étreinte.
Voilà tout ce que son corps réclamait depuis des années. Sentir des bras tendre s’accrocher à elle pour y trouver un amour maternel qu’elle n’avait plus la possibilité de donner.
Ce droit lui avait été arraché par ses enfants ingrats, par leur père et ses aspirations naïves. Aucune mère ne devrait avoir à supporter cela.

Ses lèvres se déposèrent sur le crâne de l’enfant. Renesmée inspira l’odeur de ses cheveux, comme si elle pouvait retrouver celle du petit Aliosus d’autrefois. Un échos lointain chatouilla sa mémoire et lui arracha un maigre sourire nostalgique.

« Ich habe dich nie wirklich verlassen », murmura t-elle contre les mèches blondes. Mère-Lune avait veillé sur Aliosus, Renesmée en était convaincue. Elle avait porté sur lui l’amour d’une tante qui n’aura jamais pu voir son neveu grandir.

Renesmée finit par se reculer, ses mains posés sur les épaules d’Aliosus. Elle lui sourit tendrement. Ses doigts vinrent chercher ses joues pour les caresser, avant de finalement le relâcher, à contre cœur.
L’Allemande aurait pu passer de longues heures à rattraper le temps qui leur avait été arraché, à profiter d’une chaleur maternelle qu’elle savait éphémère. Elle regrettait soudain d’incarner ce soir non pas la tante, mais la Secrétaire d’État.

« Votre Père est-il chagriné de voir notre glorieux nom aux côté de trois Impures ? »
Dernière modification par Alice Sangblanc le 17 juil. 2026, 10:38, modifié 1 fois.

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