1 oct. 2024, 22:28
 Inktober   RP++  Patacitrouilles et vents d'Automne
第一天
Sac-à-dos


    1er Septembre 2043
    Lina a 5 ans


    Sac-à-dos sur les épaules, j'essaie de suivre les pas rapides de ma mère. Mes petites jambes peinent à suivre la cadence. Pourtant, ma mère tient fermement ma main et me tire presque pour m'entraîner dans son rythme rapide digne d'une Mazurka1. Si l'on se dépêche tant, c'est parce que ma mère a peur que nous soyons en retard. Elle est toujours très pointilleuse sur les heures et tient à ce que l'on fasse preuve de ponctualité. C'est encore plus le cas en ce jour de rentrée scolaire. Ma première rentrée scolaire.
    Jusqu'ici, j'avais eu le droit d'aller en garderie de temps en temps. L'avantage d'avoir des parents qui travaillent au même endroit où l'on vit, c'est qu'ils peuvent me surveiller sans devoir me mettre à la nursery. La garderie, je n'y allais que pour côtoyer d'autres enfants de mon âge et avoir quelques activités que mes parents n'avaient pas le temps de me faire faire. Cela me faisait des compagnons de jeu, chose que je n'avais pas chez moi. En y repensant, c'est vrai que je m'ennuyais souvent quand je passais la journée entière à la maison, pendant que mes parents travaillaient.
    Mais aujourd'hui, c'est fini. Moi aussi je vais travailler. Comme une grande !
    Mon sac-à-dos sur les épaules, nous approchons de l'école de Soho. J'ai un peu peur. Je ne sais pas à quoi elle ressemble, et j'ai l'impression de mettre le pied dans un univers gigantesque auquel je ne suis pas habituée. Alors, même si ma mère m'entraîne à grande vitesse en direction de mon nouvel établissement, je traîne des pieds, une légère boule au ventre. Ma mère finit par le sentir.
    — Lina, avance un peu plus vite. Qu'est-ce qu'il y a ?
    — J'ai peur d'aller à l'école.
    Ma mère prend le temps de s'arrêter et venir à ma hauteur.
    — Qu'est-ce-qui te fait peur ?
    — Je sais pas. Je dis. Je ne connais personne, les autres enfants vont se moquer de moi, parce que je suis différente.
    — Lina...
    Ma mère mouille son doigt avec sa langue et essuie le coin de ma bouche dans lequel se trouve sûrement encore des traces de chocolat de mon petit-déjeuner. Je n'ai jamais compris pourquoi ma mère se sent obligée de m'étaler sa bave sur mon visage, je trouve ça dégoûtant.
    — Tous les autres enfants sont différents aussi. Et comme toi, c'est leur premier jour à l'école, ils ne connaissent personne. Et je suis sûre qu'ils ont tous un peu peur comme toi. Alors, pourquoi se moqueraient-ils ?
    — Je ne sais pas. Je réponds un peu penaude. Et si je n'arrive pas à me faire des amis ?
    — Tu as réussi à te faire des amis à la garderie, non ?
    J'acquiesce timidement.
    — Alors tu arriveras à te faire des amis à l'école. C'est exactement pareil, tu verras.
    Ma mère se relève et me tend sa main. Nous reprenons notre marche.

    Sac-à-dos sur les épaules, je regarde ma mère s'éloigner. Je viens d'arriver à la Primary School de Soho. Je me sens seule tout d'un coup, comme livrée à moi-même. Je me répète les sages enseignements de ma mère, pour tenter de me rassurer. Puis je sens un doigt me tapoter le bras, je me retourne et vois une fille qui me regarde.
    — Eh, regarde ! On a le même sac-à-dos !

    Aussi petite fut cette phrase, elle a été le début d'une amitié qui dura l'année. Ma mère avait raison, l'amitié, ce n'est pas plus compliqué que ça.



    1er Septembre 2049
    Sur les barques menant à Poudlard
    Lina a 11 ans


    Sac-à-dos sur les épaules, je regarde au loin la silhouette du château se dessiner. On voit quelques lumières s'échapper des vitraux et les grandes tours se dresser dans le début d'obscurité. L'école a l'air immense. Je me sens perdue. En réalité, je suis terrifiée. Comme il y a six ans, d'innombrables interrogations me viennent à l'esprit. Vais-je réussir à m'intégrer dans cette nouvelle école où je connais personne ?
    Je regarde alors autour de moi, posant les yeux sur les têtes de mes camarades de promotion. Ils semblent presque tous aussi perdus, se questionnant sans doute sur leur avenir dans cet établissement.
    Alors que mes questions ne se taisent pas, je me rappelle ces mots de ma mère : comme toi, c'est leur premier jour à l'école, ils ne connaissent personne. Et je suis sûre qu'ils ont tous un peu peur comme toi.

    Plus que jamais, ces mots étaient vrais. Littéralement, nous étions tous dans le même bateau.

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1 Danse traditionnelle polonaise, souvent très rythmée.
Dernière modification par Lina Zhao le 19 oct. 2024, 15:15, modifié 1 fois.

2è année RP

2 oct. 2024, 22:16
 Inktober   RP++  Patacitrouilles et vents d'Automne
第二天
Découvrir


    4 septembre 2049
    À l'extérieur du château


    C'est le premier samedi de septembre. J'ai eu mes premiers cours de magie : potions, défense contre les forces du mal, sortilèges, métamorphose et histoire. Dans la plupart de ces matières, les professeurs se sont contentés de nous expliquer de quoi il s'agissait. Certains se sont risqués à commencer le premier chapitre. Les programmes ont l'air tout aussi denses qu'à l'école ordinaire. Je savoure donc les premières heures de temps libres, consciente qu'elles se verront un jour remplies par d'autres obligations. D'autant plus que mes parents tiennent toujours à ce que je complète mes livrets d'école moldus.

    En ces premiers congés de fin de semaine, j'ai décidé de sortir. Le château est grand, et même si nous avons été invités à faire un tour pour découvrir le domaine, il y a sûrement des centaines de lieux dans lesquels je n'ai pas encore mis les pieds.
    Le parc est si grand. Il y a un énorme arbre magique qui trône en plein milieu. Son tronc élancé s'élève dans les hauteurs. Je le soupçonne de vouloir concurrencer les tours de Poudlard. Il y a certains endroits fleuris, je me demande si c'est ce parterre de fleurs dont m'a parlé Eileen qui attire tous les insectes de cette fin d'été.
    J'avance sur l'herbe. Mes pieds foulent ce tapis sauvage bien plus doux que les surfaces urbaines que j'ai côtoyées jusqu'ici. C'est comme un énorme jardin. Et c'est la première fois que j'en ai un, de jardin. J'admire déjà ce grand terrain de jeu, ces arbres aux mille branches qui n'attendent qu'à m'y voir grimper, ces étendues plates qui semblent destinées à m'y voir courir et ces innombrables cachettes qui ont, j'en suis certaine, été construites pour nos futures parties de cache-cache.
    Je découvre un air pur, celui de la campagne profonde de l'Écosse. Il y a tellement de monde dans l'école, et pourtant, j'ai soudain l'impression d'être seule au monde. Là, debout, contemplant le domaine de Poudlard, séparé du reste du pays par ce bras d'eau l'entourant.

    Je me mets alors à courir. J'ai envie de faire le tour de cette île. Je me dirige droit vers la rive la plus proche. L'eau grise qui reflète les nuages s'étale devant moi à présent. L'autre côté du lac semble boisé. J'admire un moment l'autre rive, comme un futur terrain à explorer. J'envie presque les oiseaux que je vois s'envoler et qui franchissent ce ravin rempli de cette eau trouble où, paraît-il, se cachent moult créatures.
    Puis, brisant le calme qui s'était jusque là imposé, je prends un caillou et décide de le lancer dans l'eau. Peut-être que j'arriverai à faire des ricochets ! Je n'en ai jamais fait. Et j'ignore la technique qui permet de faire rebondir les petites pierres sur la surface du lac. Alors je retente un lancer infructueux qui ne laisse derrière lui que les petites vagues circulaires, comme l'écho de ces fractures que ces bouts de roche engendrent en entrant dans l'eau.
    Puis je repars en courant, continuant la découverte de cette rive infinie. Je m'arrête un moment pour ôter mes chaussures et me risque à plonger les pieds sur les galets recouverts. L'eau est froide, glacée même. Mais la température revivifie cette impression d'aventure qui campait dans mon esprit depuis que je suis sortie du château. Je m'échappe du lac en courant, mes pieds cognent les galets pointus, et la douleur me ramène à la raison. Je remets donc mes chaussures avant de courir à nouveau.

    Ma course se poursuit sur le contour de l'île, jusqu'à rencontrer une racine aérienne. La vile plante m'attrape la cheville et je m'étale le long de mon corps sur la terre désherbée par les foulées répétées des promeneurs comme moi. Je me relève : plus de peur que de mal. J'examine mes mains toutes salies et mon pantalon tacheté. J'ai un réel don pour salir ce que je porte. J'imagine la réaction de mes parents s'ils me voyaient rentrer ainsi. Au moins, ils ne le sauront pas cette fois-ci.
    Je frotte mes mains pour en enlever la terre, puis reprends le chemin du château. Un coup de nettoyage s'impose.

2è année RP

3 oct. 2024, 21:42
 Inktober   RP++  Patacitrouilles et vents d'Automne
第三天
Bottes


    8 avril 2047
    À Winkfield Row
    15h15
    Lina a 9 ans


    Elles sont vraiment sales, je vais me faire gronder, c'est sûr.
    Je regarde mes pieds. Mes bottes sont recouvertes d'une couche de boue. J'ai presque honte de rentrer dans l'autobus de l'école, car je vais tout salir. À mieux y regarder, il n'y a pas que mes bottes qui sont sales. Mon pantalon est tacheté, mes mains aussi. Heureusement que mes parents m'ont donné des vieux vêtements à mettre pour la journée. Mais ce n'est pas le cas de mes bottes, qui sont toutes neuves, et que mon père souhaite revoir brillantes comme elles étaient.
    Puis je regarde les pieds de mes camarades de classe. Ils ne sont pas tous sales jusqu'aux genoux, mais quasiment toutes les semelles en caoutchouc sont recouvertes de boue. Ça me rassure quelque part, car « je ne suis pas la seule ».



    Le matin-même

    Nous sortons du bus scolaire qui nous a amenés jusqu'au petit village de Winkfield Row. C'est un amas de maison perdu dans la campagne, à environ une heure et demi de Londres. Nous y faisons une sortie pour découvrir une ferme. Pour les citadins que nous sommes presque tous, entrer dans le corps d'une ferme est une découverte.
    Pour l'occasion, notre enseignante nous a demandé de nous chausser d'une paire de bottes en caoutchouc. Les pluies de ce début de printemps ont rendu les terrains boueux, des chaussures adaptées n'étaient pas du luxe. Mais mon père, un peu soucieux de nos maigres économies et ne voyant pas l'intérêt de garder la paire de bottes en plastique une fois la sortie terminée, avait pour optique de ramener la paire au magasin pour se faire rembourser. Il pourrait bien prétexter qu'elles n'étaient pas à ma pointure. Aussi, il m'avait bien demandé de ne pas trop les salir, et encore moins de les abîmer. Je me retrouve donc, à la descente du car, à marcher précautionneusement pour éviter d'amasser une pellicule de gadoue sur mes bottines.

    Dans la matinée, le gérant de la ferme décide de nous faire visiter son établissement. Le terrain est bien trempé, et je pressens déjà que mes chaussures ne reviendront pas toutes propres à la maison. Suzy, ma meilleure amie, est au courant des consignes de mon père, et nous nous tenons l'une à l'autre pour éviter de trop piétiner dans la boue. Mais le sol glissant rend la tâche bien plus ardue et nous manquons une paire de fois de tomber, l'une en entraînant l'autre.
    Nous découvrons les prés où broutent plusieurs espèces d'animaux. Le fermier nous présente ses vaches, et dans l'enclos adjacent un troupeau de moutons. Certains bêlent tandis que l'on passe. Nous sommes plusieurs à les imiter.

    Nous passons l'heure du déjeuner dans la cour de la ferme. L'après-midi, une visite de l'intérieur est prévue. Le fermier nous expliquera notamment comment il fait son beurre. Ça m'intéresse déjà moins que de voir les animaux courir dans les enclos. En attendant, nous finissons de manger et profitons du temps libre que nous avons pour nous amuser un peu. L'inspiration du jour nous vient de notre visite de la matinée : Mǎ et moi commençons une partie de saute-mouton.
    L'une à la suite de l'autre, nous nous accroupissons pour laisser notre partenaire sauter par dessus nos épaules avant d'inverser les rôles. Nous nous amusons à ce jeu pourtant très simple, et finissons par oublier que le sol est toujours couvert de boue. L'humidité ambiante typique de l'Angleterre n'a pas asséché la terre. Si bien qu'à plusieurs reprises, nous retombons sur le sol en éclaboussant de terre humide les alentours. Shplak ! Nos vêtements se salissent au fur et à mesure que nous avançons en sautant l'une par dessus l'autre. Il y a même une fois où je glisse, et me rattrape tout juste sur les mains, évitant de tomber sur mon derrière. J'imagine bien la tête de mes parents s'ils me retrouvaient les fesses couvertes de boue. Je ne suis pas sûre non plus que l'on m'aurait laissé m'asseoir dans le bus au retour.

    C'est ainsi, salie un peu partout, que je suis rentrée en direction de Londres.



    C'est mon père qui est venu me chercher ce soir-là. C'est rare qu'il se rende disponible pour venir me récupérer à la sortie de l'école, et il faut forcément que ça tombe sur le soir où je rentre complètement sale. Et surtout, mes bottes sont complètement couvertes de terre. On ne voit à peine le caoutchouc sous la couche de gadoue.
    Mon père me voit arriver de loin avec toutes mes tâches brunes. Il croit peut-être que j'ai voulu me transformer en vache. Il ne peut retenir un râle, exaspéré.
    — Lina, regarde dans quel état tu es...
    J'ai tout prévu. Je lui tends le meilleur argument que j'ai trouvé en prenant le bus.
    — Y avait plein de boue, papa. Tout le monde a les bottes salies !
    Le fameux « je ne suis pas la seule ». Je suis convaincue : peu importe la gravité de mes bêtises, si je dis que je ne suis pas la seule, alors c'est pardonnable. Je dois bien avouer que ça marche assez peu souvent. Mais cette fois-ci, mon père n'a pas l'air si en colère.
    — Ce n'est rien. Dit-il. On les passera sous l'eau. J'espère qu'on arrivera à r'avoir ton pantalon.
    Franchement, je ne l'espère pas autant que lui. C'est un vieux jean que je ne porte plus parce qu'il est un peu trop petit. À quoi bon continuer de le garder ? Je ne vais pas le mettre jusqu'à ce que la couture arrière explose, si ?
    — Tu n'es pas en colère ? Je demande presque surprise.
    Mon père n'est pas si soupe-au-lait, mais je dois admettre qu'il a parfois un caractère de cochon. Ce n'est pourtant pas son signe astrologique.
    Mon père me sourit et me dit :
    — Lina... Ta mère et moi te connaissons par cœur. Même avec toutes mes consignes, nous savions que tu rentrerais avec plein de terre sur toi.

2è année RP

14 oct. 2024, 16:25
 Inktober   RP++  Patacitrouilles et vents d'Automne
第四天
Exotique


    26 juillet 2049
    Lina a 11 ans


    Je crois que c'est la première fois que j'en vois en vrai. Ça ne ressemble à aucun fruit qui pousse par ici. La peau est rose, et forme de petites écailles qui verdissent sur le bout. On dirait une fleur qui se serait refermée sur elle-même pour protéger ce qu'elle contient. En Chine, on appelle ça Huǒlóng guǒ (火龙果), littéralement « le fruit du dragon de feu ». En Angleterre, on appelle cela plus simplement fruit du dragon, ou du nom espagnol pitaya.
    Mon père en a ramené tout un cageot. Évidemment, je suis intriguée et je le suis jusque dans la cuisine en posant mille-et-une questions.
    — T'as acheté ça où ? Ça vient d'où ? Ça a quel goût ? Je peux en avoir ?
    Même si, généralement, ce que mon père ramène est pour le restaurant, j'ai la chance d'avoir le droit d'y goûter en avant-première. Cette fois-ci ne fait pas exception.
    — J'ai acheté ça au marché asiatique. Me répond mon père. Ça vient du Vietnam. Tiens, prends-en un.
    Il prend un fruit et me le lance. Je l'attrape toute contente.
    — Ça s'épluche comment ?
    La question fait rire mon père.
    — Prends un couteau et une cuillère, ça se mange comme un kiwi.
    Le kiwi, ça au moins, je connais !

    Je viens d'ouvrir le fruit. C'est blanc, avec plein de petites graines noires. C'est marrant, je n'aurais pas parié sur cette couleur. Je m'attendais à voir une chair rosée, identique à la peau.
    Je brandis ma cuillère et attaque l'intérieur du fruit. Ça doit être acide ? Ou alors c'est très sucré ? Je ne sais pas à quoi m'attendre. Finalement, je goûte la chair blanche et découvre un fruit doux et sucré. Mon père a raison, c'est presque comme un kiwi, du moins la partie blanche au milieu, très doux et pas trop sucré. Je r'attaque donc le fruit : hors de question que j'en laisse !
    C'est quand même bien étrange comme fruit. Je me demande comment c'est apparu...



    — Alba, tu es sûre que c'est par là ?
    — J'en suis sûre, Alvaro. Suis-moi !
    Le brouillard recouvrait la montagne, si bien que les deux explorateurs peinaient à distinguer la roche sur laquelle ils pouvaient poursuivre leur chemin. Ils le savaient : le moindre faux-pas pouvait les faire glisser. Chaque pas pouvait casser la roche ciselée par l'érosion. Et de chaque côté de la crête, d'immenses ravins entraîneraient celui qui chute vers une mort certaine. En bref, Alba et Alvaro n'avaient pas le droit à l'erreur, car même leurs pouvoirs magiques ne pourraient les sauver d'un pareil accident.
    Alors qu'ils continuaient de grimper, le souffle haletant et le cœur battant par le fort dénivelé, les deux sorciers entendirent un claquement dans le ciel, au-dessus d'eux. Ils s'immobilisèrent et parcoururent le plafond de nuages sur leur tête. Il était impossible de voir d'où le son provenait. Mais soudainement, le son se fit de nouveau audible, et Alba vit une grande ombre agitée dans la masse brumeuse. Un animal de grande envergure voler sur le flanc de la montagne, et Alba sut alors qu'ils y étaient presque. Elle le fit savoir à son compagnon en chuchotant.
    — On y arrive.
    Les deux alpinistes reprirent leur ascension à pas plus discrets. Ils se doutaient que s'ils se faisaient repérer par le grand animal, c'était fini pour eux.
    Alors qu'ils escaladaient, la brume se fit de moins en moins épaisse. La lumière du soleil se faisaient plus blanche, et Alba, qui marchait devant Alvaro, fut la première à apercevoir le bleu du ciel. Les battements d'ailes qu'ils entendaient se faisaient plus lointain, alors les sorciers osèrent sortir de la brume pour rejoindre le sommet de la crête. Le tableau qui s'ouvrait devant eux les laissèrent sans voix.
    Au-dessus des nuages, Alba et Alvaro purent enfin voir l'immensité du paysage. Devant eux s'étalait une mer de nuages d'un blanc cotonneux qui reflétait la lumière du soleil. Dans cette océan de blanc se dressaient comme d'immenses vagues les plus grands pics de la Cordillères des Andes, fendant de leur chaos l'allure paisible des moutons nuageux. Et au sommet de leur montagne, au-dessus d'une cheminée de roche, un nid gigantesque duquel s'était envolé un dragon. La majestueuse bestiole s'était échappée au loin, et avait laissé sa maison de branches.
    — Il faut qu'on en profite pendant qu'elle n'est pas là. Dit Alvaro, déterminé.
    Alba acquiesça. Elle s'arma de sa baguette et s'avança, suivie de son partenaire, en direction du nid. À l'aide de piolets, ils grimpèrent la cheminée de roche jusqu'au tas de bois. Là, ils trouvèrent enfin ce qu'ils étaient venus chercher.
    — Regarde ! Chuchota Alba, les étoiles dans les yeux.
    La sorcière se saisit de la trouvaille pour la montrer à Alvaro. Il s'agissait d'un œuf. L’œuf était d'une couleur rose et des écailles vertes parsemaient la coquille lui donnant un air unique en son genre. Jamais les deux experts n'avaient vu pareille chose. Alba en était même émue et sentit les larmes de joie lui monter aux yeux. Alvaro, lui, était plus prudent.
    — Il ne faut pas que l'on reste ici, il faut redescendre au plus vite maintenant.
    Alba savait que son ami avait raison. Elle aurait pourtant tant aimé rester un peu plus, prendre le temps d'étudier l'architecture du nid, analyser la fiente du dragon pour comprendre ses habitudes. Mais la dragonne ne tarderait pas à revenir, et il n'était pas question de la confronter. Alors les deux compères commencèrent leur descente.
    Tandis qu'ils s'éloignaient du nid, ils entendirent les claquements de grandes ailes derrière eux. Ils furent suivis d'un long cri de dinosaure qui les surprit. Ils se retournèrent sans être étonnés de l'origine de ce boucan. Un énorme dragon venait d'atterrir sur le tas de branches et pleurer la perte de son œuf. Alba ne put s'empêcher d'éprouver de la culpabilité de priver une mère de son futur petit. Mais elle savait aussi tout le bien que ferait sa découverte. Et de toute façon, la dragonne ne les remercierait pas s'ils décidaient d'aller lui rendre l’œuf. C'était trop tard, ils étaient des voleurs, et ils devaient s'enfuir comme les voleurs qu'ils étaient devenus. Alvaro, quant à lui, était davantage impressionné par la stature du dragon. La bestiole était majestueuse, immense, comme il n'en avait jamais vu. Mais il comprit au moment où le reptile rabaissa le cou que le feu n'allait pas tarder à jaillir vers eux. Ils avaient été repérés.
    — À terre ! Cria-t-il.
    Il ne laissa pas le temps à Alba de réagir qu'il bondit sur elle. Les deux sorciers tombèrent derrière le rocher sur lequel ils se tenaient, évitant de justesse les flammes. Dans leur chute, Alba avait lâché sa précieuse trouvaille qui avait roulé un peu plus bas dans la pente.
    — L’œuf !
    Sans réfléchir, elle avança à genoux vers lui, quittant le repère qui les cacher du dragon.
    — Alba !
    Alvaro voyait son amie prendre un risque qui allait lui être fatal. Le dragon s'apprêtait à r'attaquer. Alors, dans un ultime mouvement salvateur, il courut vers Alba et l'attrapa en transplanant.

Image


    Alba tenta de se relever, puis vomit dans l'herbe. Elle ne s'était pas attendue au transplanage et avait l'estomac retourné. Puis elle tâtonna l'herbe jusqu'à trouver une boule à la surface douce et écaillée. L’œuf, elle l'avait bien ramené ! Elle voulut faire part de sa joie quant à la réussite de leur mission auprès de son camarade d'aventure.
    — Alvaro !
    Mais alors qu'elle se tournait vers lui, elle vit l'alpiniste allongé, immobile. Une flaque de sang s'étalait sous sa jambe.
    — Alvaro...
    Elle lâcha l’œuf et courut en direction de son amie pour l'examiner. De la chaussure gauche jusqu'au genou, les vêtements de l'explorateur avaient brûlés. La chair du sorcier aussi avait bien pris la chaleur, et avait fini le transplanage en heurtant un rocher coupant qui avait tranché la jambe jusqu'à l'os. La sorcière tenta d'appliquer les premiers soins pour stopper l'hémorragie, mais elle savait que les sorts qu'elle connaissait n'étaient pas suffisants. Alors elle lança un sortilège de Patronus pour envoyer son messager, un ocelot, prévenir le médicomage du camp dans lequel Alvaro les avaient fait revenir en transplanant.

    Le médicomage arriva rapidement, au pas de course. Il constata les blessures profondes du sorcier et la panique dans les yeux d'Alba qui tenait fermement la main de son compagnon, espérant le moindre signe de vie. Le soigneur appliqua une pommade réparatrice sur la jambe brûlée. Mais le feu avait déjà bien rongé la chair. Il préféra être honnête avec Alba.
    — Je crains que l'on ne puisse plus faire grand chose.




    J'ai fait un dessin. Les pitayas m'ont donné l'inspiration du jour : j'ai fait un arbre à fruits du dragon. J'en suis plutôt fière, alors j'attrape mon père au moment où il passe devant moi pour le lui montrer.
    — Eh, papa ! Regarde ! J'ai fait un arbre à pitayas !
    Mon père s'arrête et se penche sur mon dessin. Il fronce un peu les sourcils. J'aurais aimé qu'il me dise que mon dessin est beau, mais j'ai l'impression que ça ne lui convient pas.
    — Ça pousse pas vraiment sur un arbre. Dit-il finalement.
    — Ah... Je fais une moue un peu triste avant de demander : Mais il est quand même beau mon dessin, non ?
    — Oh oui ! Il est très beau ! Me répond finalement mon père qui se rend compte que j'attendais son compliment. Les fruits du dragon, ça pousse sur une sorte de cactus.
    Un cactus ? Décidément, ce fruit est vraiment le plus bizarre que je connaisse.
    Mon père ajoute :
    — Si tu veux, on ira au jardin botanique, il y a plein d'espèces exotiques là-bas. On en trouvera peut-être !
    À la proposition de mon père, mon visage s'illumine. C'est si rare qu'il me propose de sortir, c'est souvent ma mère qui est à l'initiative de nos sorties. Je suis tellement contente, et j'ai soudain hâte de visiter ce jardin aux arbres et cactus exotiques.



    — Je suis terriblement désolée, c'est de ma faute.
    Alba tenait de nouveau fermement la main d'Alvaro. L'homme était allongé sur un lit d'hôpital du camp. Sa jambe avait dû être amputée. Comme l'avait dit le médicomage : il n'avait rien pu faire pour la guérir. Depuis, Alvaro ne s'était pas encore réveillé, son corps mettait du temps à recouvrir de ses plaies.
    — Si j'avais été moins stupide, tu n'aurais pas risqué ta vie pour sauver la mienne. Je m'en veux terriblement.
    Alors que les larmes coulaient sur les joues d'Alba, la main d'Alvaro frémit. La sorcière redressa la tête pleine d'espoir.
    — Alvaro ?
    Les lèvres de l'explorateur s'entrouvrirent lentement, et d'une voix rauque, il dit :
    — On a réussi.
    Alba ne put s'empêcher de fondre en larmes, heureuse de voir son ami revenir à lui. Elle l'agrippa et plongea sa tête au creux de son épaule.

    Plusieurs mois s'étaient désormais écoulés. Alvaro avait finalement guéri et réapprenait à marcher à l'aide d'une jambe-de-bois spécialement conçue pour lui. Il était encore loin de grimper à nouveau les flancs de la Cordillères des Andes, mais le sorcier avait bon espoir de pouvoir de nouveau explorer le monde aux côtés d'Alba. Cette dernière avait veillé sur lui pendant tout le temps de sa rémission, et même après.
    Alba s'était occupée de l’œuf de dragon. Selon leurs recherches dans les ruines quechuas1, l’œuf à l'écaille rose devait être enterré dans des braises ardentes. C'est ce qu'avait fait Alba. Depuis, une plante très étrange poussait. Elle avait l'air d'un cactus. Ses fleurs s'étaient ouvertes une nuit, puis depuis, des fruits grossissaient. Des fruits dont on disaient qu'ils avaient le pouvoir de fortifier les os. C'est pour ça qu'Alba et Alvaro s'étaient donnés tant de mal. Ils espéraient trouver un remède aux fractures et à la maladie des os de verre, et avaient bon espoir que ce fruit, mélangés à d'autres ingrédients, puisse donner une potion efficace et fortifiante. De longues études les attendaient. Mais Alba n'avaient pas peur. Depuis qu'Alvaro était revenu à lui, elle n'avait plus peur. Et ensemble, ils perceraient les secrets du fruit du dragon.



____________________
1 Civilisation inca.

2è année RP

14 oct. 2024, 21:38
 Inktober   RP++  Patacitrouilles et vents d'Automne
第五天
Jumelles


    14 octobre 2048
    Lina a 10 ans
    Parc de Soho


    — Regarde, quand tu regardes dedans à l'envers, ça fait l'inverse, tu vois tout en plus petit. C'est trop marrant.
    Suzanne me passe sa paire de jumelles. Je la récupère et la mets à l'envers. Rien ne change.
    — Mais non, pas à l'envers comme ça ! Regarde de l'autre côté !
    Mǎ retire les jumelles de mes mains pour me les replacer, grandes lentilles face à moi. C'est effectivement marrant, tout semble plus éloigné. Et en même temps, c'est normal, elles sont à l'envers.
    Suzy me fait coucou depuis l'autre côté, je la vois dans le grand tunnel rétrécissant que font mes jumelles retournées. Puis elle me dit :
    — Eh, ça te dit qu'on espionne les gens ? Genre on est des agents secrets.
    — Ah oui, bonne idée ! Faut qu'on se donne des noms de code !
    — On a déjà des noms de code, Shé.
    Je me sens un peu bête d'avoir proposé cette idée. Mǎ a raison, on en a déjà : et Shé, nos signes du zodiaque chinois en mandarin, nous servent déjà de noms de code dans la vie de tous les jours. Autant s'en servir dans cette mission spéciale d'espionnage des gens du parc.
    J'emmène alors Suzy avec moi, en direction des buissons les plus proches. Il faut qu'on se cache pour pouvoir observer, à l'aide de nos jumelles supersoniques, les faits et gestes des passants.
    C'est Mǎ qui commence les repérages. Elle parcourt un moment le parc depuis notre cachette, et s'écrit soudainement.
    — Lui, regarde ! Avec son menu McDo', tu le trouves pas louche ?
    Elle me passe les jumelles en m'indiquant la direction à regarder. Je porte la paire à mes yeux. À plusieurs mètres devant nous, un homme, d'une vingtaine, peut-être trentaine, d'années savoure un cheeseburger de la célèbre marque au clown. Je fais mine de réfléchir.
    — J'avoue, c'est louche de manger un hamburger à quatre heures de l'après-midi. C'est pas une heure à manger son repas.
    — Tout à fait, ça veut dire qu'il n'a pas mangé à midi. Parce qu'il était occupé.
    Mǎ me regarde soudain d'un air grave.
    — Il a commis un meurtre.
    Même si je sais que ce n'est qu'un jeu, un frisson me parcourt le dos. Nous avons donc en face de nous un criminel ! Qui l'eût cru ? Je reprends les jumelles et observe de nouveau notre suspect. Ce dernier prend son téléphone et décroche un appel qu'il venait sans doute de recevoir. Tout de suite, j'interpelle Mǎ.
    — Mǎ, Mǎ ! Il est au téléphone ! Il appelle sans doute un de ses complices.
    Suzy me prend les jumelles des mains pour regarder à son tour. Elle semble très impliquée dans cette enquête fictive.
    — C'est sûr ! Faut qu'on aille écouter !
    Nous sortons donc de notre cachette, et contournons le banc où se trouve l'homme, à distance, afin de ne pas être repérée. Nous finissons par nous cacher dans d'autres buissons, juste derrière l'homme. Mais ce dernier a terminé son appel, et son burger aussi. Il essuie ses mains grasses sur son jean et se lève en emportant avec lui les cartons de son menu McDonald's.
    — Zut, on arrive trop tard, le voilà parti.
    Mais Suzanne attire mon attention en direction du banc.
    — Regarde, il a laissé un papier. C'est forcément un indice.
    À pas de loup, Mǎ sort de la cachette et récupère fissa le morceau de papier oublié par l'homme. Elle le déplie. C'est un ticket de caisse ne présentant que le numéro de commande, en gros caractères, du burger acheté par notre cible.
    — 83, c'est juste le numéro de commande, non ?
    — Non, ça a forcément une autre signification. Je suis sûre que c'est le numéro d'une maison, il faut qu'on aille trouver la maison numéro 83 !
    — Mais de quelle rue ?
    Suzy hausse les épaules, elle ne sait visiblement pas. Nous observons de nouveau les passants, jusqu'à ce qu'une autre personne au téléphone attire notre attention.
    — Elle est au téléphone, c'est forcément une complice ! Regarde qui c'est !
    Je mets les jumelles devants mes yeux et observe. Je reconnais soudainement la silhouette de la personne.
    — Mǎ...
    — Qu'est-ce qu'il y a ?
    — C'est Madame Richard.
    Notre institutrice continue son chemin.
    — Elle est dans le coup aussi ?
    J'acquiesce.
    — Il faut qu'on sache où elle va. Suivons-la.
    Nous sortons furtivement de notre buisson et prenons madame Richard en filature. Nous marchons derrière elle, en faisant en sorte qu'elle ne nous voit pas. Puis elle sort du parc, nous la suivons depuis le trottoir d'en face. Soudain, son visage se tourne vers nous, alors nous nous abaissons d'un coup sec derrière les voitures.
    — Tu crois qu'elle nous a repérées ?
    — Impossible. Me chuchote Suzanne. On a été super discrètes.
    Nous nous relevons alors, et à peine sommes-nous sur nos jambes qu'une voix nous parle.
    — Qu'est-ce que vous faîtes à me suivre, jeunes demoiselles ?
    Madame Richard nous guette depuis l'autre côté de la voiture. Elle a traversé la route pour aller à notre rencontre. Je bredouille :
    — Euh, je...
    Mǎ y va plus franchement :
    — Nous enquêtons sur un meurtre. Est-ce que vous savez ce que signifie le numéro 83 ?
    J'avais envie d'arrêter Suzanne : il fallait pas donner le numéro à notre suspecte. Maintenant elle va avoir l'information pour rejoindre son complice, l'homme du McDo'.
    Madame Richard secoue la tête en négation et entre dans notre jeu :
    — Je n'en ai aucune idée. Mais j'ai entendu dire qu'il y avait eu des cris suspects dans le parc hier soir. Vous devriez y retourner faire votre enquête.
    Suzanne et moi nous regardons. Nous avons eu des informations cruciales pour notre enquête. Nous remercions notre institutrice et courons de nouveau en direction du parc.
    Quand j'y réfléchis aujourd'hui, je me dis que madame Richard est très douée pour se débarrasser de nous sans que nous nous apercevions qu'on la dérange.

2è année RP

15 oct. 2024, 21:51
 Inktober   RP++  Patacitrouilles et vents d'Automne
第六天
Randonnée


    15 avril 2049
    Aux Vapeurs de Hangzhou


    Vivre dans un restaurant a quelques inconvénients : il m'arrive souvent de me réveiller avec l'odeur de légumes sautés dans les narines, c'est souvent bruyant et je ne suis tranquille qu'à l'étage où se situe ma chambre, et je suis trop habituée à la bonne nourriture, ce qui fait que je n'apprécie sûrement pas autant les autres bons restaurants de Londres. Même si je dois bien avouer que j'aime manger ailleurs parfois, pour changer un peu de la nourriture épicée au poivre du Sichuan et des jiaozis que je m'enfile par demi-douzaines. Mais ces points négatifs sont très vite contrebalancés par les multitudes d'avantages qu'offre la vie près des cuisines : j'ai quelques choses de bon à manger et des biscuits à grignoter, si bien que je me demande pourquoi je suis toujours aussi fine ; je me fais plein d'amis parmi les enfants qui viennent manger, même si ça ne dure qu'une petite heure ; beaucoup de clients réguliers me connaissent, et j'ai même déjà eu des cadeaux de certains d'entre eux ; et j'ai l'immense privilèges de pouvoir écouter les histoires des gens.
    Il arrive régulièrement que des adultes me racontent ce qu'ils font dans la vie : des infirmiers qui me content quelques anecdotes cocasses de leur métier, des camionneurs qui me détaillent leur trajet dans tout l'Europe de l'Ouest ou encore des retraités qui me font l'éloge de leurs enfants et petits-enfants.
    Aujourd'hui, j'écoute les aventures d'un homme d'une trentaine d'années. J'ai eu la curiosité de lui demander où il avait acheté son chapeau rouge et noir en forme de dôme. Un chapeau de mandarin qu'il a acheté lors d'un voyage en Chine. Depuis, j'écoute ses aventures dans la région du Sichuan et du Yunnan.
    — Pour rejoindre Tagong, j'ai du prendre un bus qui passait par ce chemin.
    L'homme trace de son doigt un chemin invisible longeant la frontière ouest du Sichuan, celle qui le sépare du Tibet.
    — En passant par Kangding. Tu ne peux pas imaginer à quel point ça secoue. Le bus passe sur des routes de terres dans les montagnes, il n'y a pas intérêt à avoir le mal des transports. On est montés ainsi jusqu'à bien 3500 mètres d'altitude. Les montagnes sont hautes là-bas, il y a même des pics à plus de 7000 mètres.
    7000 mètres ? C'est plus grand que Big Ben, ça. Ça doit être impressionnant !
    — Tu as déjà été en montagne, toi ?
    — Euh non, je réponds impressionnée.
    L'homme continue :
    — Tagong, c'est un très joli village. Tu as un magnifique temple aux toits dorés, regarde.
    Le monsieur me montre des photos qu'il a prises avec son téléphone. C'est vrai que c'est joli. L'édifice bouddhiste aux tuiles dorées côtoie les grands sommets enneigés des massifs pré-himalayens. Sur les photos suivantes, il me montre des vastes plaines, parfois habitées par des yaks. Il me fait voir ses rencontres avec les tibétains durant ses randonnées, ses soirées passées avec eux aux bords de tentes proches des yourtes que l'on peut retrouver plus au nord du pays, les sourires échangés devant l'appareil photo immortalisant ces instants éphémères que l'esprit aurait fini par rendre flous.
    J'aime écouter ces histoires car elle me donne envie de découvrir tous ces endroits. Le trentenaire qui me conte ses péripéties connaît mieux que moi le pays de mes ancêtres. Alors, je me dis qu'un jour, je ferai comme lui : je partirai à la découverte de ces régions que j'aurais pu foulées dans une autre vie, si mes parents n'avaient pas décidé de mettre ou remettre les pieds en Angleterre. Un jour, j'irai voir ces plaines pour voir les yak, manger une fondue chinoise à Chengdu dans le Sichuan, visiter les temples du Hainan et parcourir la muraille de Chine à Jinshanling. Un jour, j'irai à Hangzhou, pour voir mes grands-parents.



    Le service est désormais terminé. Ma mère est encore en train de débarrasser les tables du restaurant. Moi, j'ai décidé d'aller voir mon père pour lui demander quand est-ce qu'on va voir mes grands-parents.
    — Papa, c'est quand que nous on va en Chine ?
    — Pas tout de suite.
    — Bientôt ?
    — Hm, non.
    Je souffle.
    — Mais papa, c'est pas juste. Le monsieur il a déjà été en Chine alors qu'il est même pas chinois. Et nous, on n'y va même pas.
    Mon père vient vers moi et s'accroupit à ma hauteur.
    — Ce n'est pas une question de justice. Si j'avais les moyens de t'emmener voir tes grands-parents, tu les verrais chaque année. Mais partir, ça a un prix. Et pour l'instant, je préfère te payer un bon collège qui te permettra d'un jour te payer tous ces beaux voyages que tu entends.
    — Oui, papa. Je dis, résignée.
    Mais quand même, c'est long !...

2è année RP

19 oct. 2024, 15:14
 Inktober   RP++  Patacitrouilles et vents d'Automne
第七天
Passeport


    12 juin 2049
    Chez Suzanne


    Mǎ et moi jouons depuis bien une heure maintenant dans la grande salle de jeu de chez elle. Les personnages en plastique et leurs habitations remplissent désormais le sol, dérangeant la pièce blanche aseptisée et d'ordinaire si bien rangée.
    Au centre de la salle, un énorme billard trône sous le plafond à la petite lustrerie élégante mais minimaliste. Nous n'y jouons pas avec Suzy, parce que son père nous l'interdit quand il n'est pas là. Il est très précautionneux avec ses affaires, et tient énormément à cette table de jeu. Il sait aussi qu'avec Mǎ, on peut avoir tendance à s'emporter un peu et ne pas faire attention à tout. J'imagine déjà les queues se planter dans le tapis vert du billard en l'arrachant ou les boules voler hors du terrain. Je ne sais pas combien coûte une pareille pièce, mais je doute que mes parents soient contents à l'idée de repayer un billard à la famille Liang.
    Mais de toute façon, Mǎ et moi n'y jouons pas. La dernière fois que nous avons essayé, nous peinions à toucher les balles au centre de la table, et nos coups maladroits envoyaient la boule blanche à des lieues de celles visées.

    Suzy et moi commençons à délaisser nos jouets. L'aventure d'exploration que nous venons de leur faire vivre vient de toucher à sa fin. Mǎ me sort alors, avec grand enthousiasme :
    — Je t'ai déjà montré mon passeport ?
    Je secoue la tête négativement.
    Je sais que Mǎ a beaucoup voyagé. Plus que moi, en tout cas. Ses parents ont une aisance financière bien meilleure que celle de mes parents, ce qui leur permet de bouger à chaque vacances.
    Le père de Suzanne est pneumologue, mon père dit que c'est un métier qui rapporte beaucoup d'argent. Et la mère de Suzanne enseigne le mandarin dans une université de Londres.
    Je dois bien avouer que, parfois, je suis jalouse de Suzanne. Sur les mois les plus maigres, mes parents peinent à ne pas devoir piocher dans leurs économies. Nos vacances d'été, nous les passons généralement à Londres, et profitons seulement de quelques journées dans les plages du sud de l'Angleterre. Suzy, quant à elle, a déjà été plusieurs fois à Pékin. Elle me ramène parfois quelques gâteaux que je connais déjà, mais ils ont une autre saveur quand c'est mon amie qui les ramène directement de Chine. Ses parents l'ont déjà emmenée visiter d'autres pays d'Asie. Je l'envie d'avoir pu explorer toutes ces régions qui me sont encore inconnues. Elle est comme ces personnages que nous jouons et à qui nous faisons vivre des aventures à travers le monde. Elle, elle les a vécues en vrai.
    Mǎ se lève alors et court chercher son passeport. Elle revient plus tard avec un petit livret qu'elle me tend. Je regarde la couverture bleue aux armoiries britanniques dorées. Je lis les inscriptions « UNITED KINGDOM OF GREAT BRITAIN AND NORTHERN IRELAND ». Puis, je commence à feuilleter le petit livret de voyage.
    — Ça, c'est ma page d'identité.
    Elle pointe du doigt la page sur laquelle je suis. C'est une page avec une photo d'identité. Elle a été prise il y a quelques années, Suzanne a bien changé depuis, bien qu'on la reconnaisse facilement avec ses petites nattes. Je lis les différentes informations, doublées en français, langue que je ne connais pas, mais que je trouve très amusante avec tous ces petits chapeaux sur les lettres.
    Puis je continue sur les pages tamponnées. Ce sont là tous les visas obtenus par Suzanne. Elle me fait alors la liste.
    — Ça, c'est la Chine. Celui-là aussi. Et ça, c'est quand on a été au Viet-Nam, il y a deux ans.
    — C'est trop bien. Moi aussi j'aimerais bien avoir un passeport pour voyager comme toi.
    Je continue de feuilleter le petit livret en parcourant les pages vides, attendant à leur tour d'être tamponnées.
    — Viens, on va prendre du papier, et on va créer nos propres passeport, pour dessiner tous les tampons des pays que l'on aimerait visiter !
    — Oh, bonne idée !
    Suzanne s'en va et revient avec une petite pile de papiers, des ciseaux et des feutres. Nous commençons alors à découper les feuilles pour créer des petits livrets sur lesquelles nous dessinons les passeports, puis les tampons que nous aimerions avoir. Mǎ dessine à nouveau quelques tampons chinois et viet-namien. Elle ajoute des tampons de pays d'Amérique du Sud, qu'elle invente car elle ne les connaît pas. Suzy rêve de voir la forêt amazonienne. Elle est souvent un décor que nous imaginons dans les aventures de nos personnages de plastique.
    De mon côté, je dessine plusieurs fois aussi le tampon chinois. J'ajoute celui du Viet-nam que je peux recopier du vrai passeport de Suzanne. Mon amie m'en a souvent parlé, et m'a souvent donné envie d'y aller. J'ajoute celui du Japon et de l'Afrique. Comme je ne connais pas beaucoup de pays de ce continent, je fais un tampon pour tous les visiter. Je rêve de voir tous les animaux qu'il y a là-bas.

2è année RP