Vous les doués Privé

Un mercredi après-midi de novembre 2049
Oscar, troisième année (filière Auror), treize ans
Coucou Rappeltout @Narcisse Brando

Il s'appelait Narcisse et Oscar savait ce que ce prénom signifiait. Il se souvenait des cours que sa préceptrice avait consacrés aux mythologies et n'avait pas oublié le destin macabre de cet homme qui s'aimait trop. Il pensait parfois à ce récit quand il croisait Narcisse Brando ou qu'il l'observait s'entrainer et il se demandait si lui aussi s'aimait trop ou s'il ne se flattait jamais des richesses qu'il possédait.

Oscar avait l'impression de croiser Narcisse tout le temps. Il lui était même arrivé de se demander s'il ne faisait pas exprès de se planter sur son chemin pour le narguer, s'arrangeant pour qu'Oscar soit témoin d'une de ces prouesses qu'il effectuait comme ça, l'air de rien. Il tournait à gauche dans un couloir et Narcisse venait de réussir le sortilège de Métamorphose qui avait donné toutes les peines du monde à Oscar durant leur dernier cours. Il traversait une cour et, oh, surprise ! qui voilà ? Narcisse Brando qui s'amusait à lancer un sort appris en Défense contre les forces du Mal dont Oscar n'arrivait pas à venir à bout.

Savait-il avec quelles peines Oscar s'entrainait parfois, le soir, quand personne ne regardait ? Savait-il ce qu'il ressentait quand il était le dernier à maîtriser un sortilège pendant un cours ? Connaissait-il le goût de l'angoisse qui lui montait quand Miss Priddy évoquait un nouveau nom latin venu d'ailleurs alors qu'il désespérait encore de pouvoir lancer correctement certains sortilèges de deuxième année ? Non, Narcisse ne savait rien de tout ceci, et c'était injuste. Le provoquait-il ? Que pensait-il de lui ? Le trouvait-il ridicule ? Se moquait-il de lui, parfois, avec ses amis ?

Oscar n'avait pas peur des monstres, pas peur de ses professeurs, pas peur des grands quand ils prenaient leurs airs, il ne craignait pas le feu, n'avait pas besoin de lampe de chevet pour s'endormir, mais eux les doués, eux il ne les aimait pas. Il ne l'avait jamais avoué à personne et ces tracas ne se voyaient pas, car en leur présence Oscar riait et parlait plus fort que tout le monde pour bien leur faire savoir qu'il était à l'aise et qu'il n'avait rien à leur prouver. Dans le secret de ses cauchemars, pourtant, il lui arrivait d'entendre de sales ricanements qui l'immobilisaient de honte. Narcisse ricanait-il de lui ?

Rien ne permettait à Oscar de nourrir ces mauvaises craintes car depuis trois ans il n'avait jamais vu l'étonnante sympathie de Narcisse flancher. Tout indiquait qu'il était réellement le garçon agréable et innocent qu'il montrait aux yeux de tous, mais comment lire les secrets de son esprit et connaitre les rumeurs crochetées de la salle commune des Poufsouffle ? Il n'avait pas peur que Narcisse ne l'aime pas, non, son affection lui était plutôt égale. Il craignait qu'il ne se moque de lui. Il craignait que Narcisse soit le miroir qui lui renverrait sa propre médiocrité. Narcisse n'avait pas besoin d'aller jusqu'à se moquer de lui, en réalité... son talent suffisait pour placer Oscar dans un inconfort qui lui était de plus en plus insupportable.

Il ne faisait pas beau mais il ne pleuvait pas. Oscar s'était rendu dans le parc avec l'intention de s'entrainer à lancer Herbifors, un sortilège de deuxième année qui lui avait posé de sérieux soucis. Il n'aimait pas rattraper son retard à la vue de tous alors il cherchait un endroit isolé, et tandis qu'il marchait sans trop savoir où il allait exactement, il l'aperçut. Narcisse était là. Oscar resta à plusieurs mètres pendant plus d'une minute, immobile, il l'admirait et il le maudissait. Il avait posé son écharpe par terre et s'amusait à l'accabler d'Accio puis de Repulso, la faisant venir jusqu'à lui puis l'éjectant aussi loin qu'il le pouvait. Ils n'avaient même pas encore vu Repulso en cours.

Il n'y tint plus et s'approcha de lui à pas pressés. « Narcisse ! », l'appela-t-il, car le garçon ne l'avait pas encore vu, Oscar s'étant placé derrière lui pour l'observer. Quand son regard noir croisa ses yeux bleus, il ne trouva qu'une chose à lui dire.

« Comment tu fais ça ? Comment c'est possible ? »

N'hésite surtout pas à me le dire si tu veux que je modifie quoi que ce soit !

Devant mon ordi j'attends le chaos
Troisième année RP