Une femme de grand honneur Angleterre, manoir Wighters

Manoir Wighters,
23 aout 2049


Argentella voulait aller chercher à dîner dans la cuisine. Elle comptait bien esquiver le dîner familial et rester calfeutrer dans sa chambre. Elle marchait dans les couloirs, le froid du parquet ciré passant à travers ses chaussettes de laine. Alors qu’elle venait de dépasser la porte du salon, elle entendit un éclat de voix. La jeune fille recula de quelques pas et jeta un regard dans la pièce. Sa mère était debout en plein milieu de la pièce, encore vêtue de sa cape bleue pour le froid et brandissant une lettre décachetée, faisant face à sa grand-mère qui buvait calmement une tasse de thé, assise droitement sur le canapé. Elle ne savait pas que sa mère était au manoir, et visiblement elle était venue avec beaucoup de colère.

« Ça doit cesser. Vous devez arrêter de vous servir d’elle comme votre outil. Elle n’a rien à faire avec vos histoires, et vous lui pourrissez la vie. Déjà cette histoire de mariage, cette pression constante sur les résultats, et maintenant ça ? Et vous pensiez pouvoir en parler tranquillement dans une lettre ? C’est de l’avenir de ma fille dont on parle ! »

Argentella se recula précipitamment et se plaqua contre le mur boisé. Sa mère parlait d’elle. Elle ne savait pas de quoi parlait cette lettre, mais cela semblait avoir grandement énervé sa mère.

« Adelise. Asseyez-vous donc. Je n’ai jamais dit que c’était absolument définitif. Je suis ouverte à la discussion, comme vous avez pu le lire. »

La mère de la jeune fille laissa échapper un soupir désabusé et s’assit sans élégance dans un fauteuil, croisant les bras sur sa poitrine.

« Ouverte à la discussion ? Vous me prenez pour un veracrasse ? Potions ou droit. Je n’appelle pas ça un choix, moi. »

« Pourtant, c’en est un. Je lui laisse le choix. Et notez que je n’ai pas strictement dit potions. La botanique m’irait aussi très bien. Mais j’ai cru comprendre que les potions étaient plus hautes dans son cœur. »

Sa grand-mère n'avait pas tord, pensa la jeune sorcière. S'il y avait plus d'une possibilité, alors oui, c'était un choix.

« Et est-ce que vous vous êtes demandé ce qu’elle, elle avait envie de faire ? Elle a déjà perdu le Quidditch, en parti à cause de vous – et n’essayez pas de me contredire, je ne suis pas idiote – et elle suit ces stupides cours d’Histoire de la Magie uniquement parce que vous lui demandez. Ce n’est pas suffisant ? Vous voulez aussi qu’elle fasse des études qu’elle n’aime pas, suivit d’un travail qu’elle n’aime pas, juste à cause de vous ? »

Est-ce que sa grand-mère essayait de choisir ses études pour elle ? Cela ne la surprenait pas. Mais c’était dans si longtemps…

« Voyons, Adelise. Il ne me semble pas que la petite déteste les potions. Elle semble très intéressée, je dirais même. »

« C’est Argentella, elle est comme ça. Elle s’intéresse à plein de choses. Ça ne veut pas dire qu’elle veut en faire son métier ! Est-ce que vous avez la moindre idée de ses vraies passions ? De ce dont elle n’arrête jamais de me parler quand je suis avec elle ? De ce qu’elle a vraiment envie de faire plus tard ? »

Sa grand-mère resta silencieuse. Adelise semblait reprendre son souffle.

« Elle a deux passions. L’art et les langues. Quand elle est à la maison, sa maison, elle est tout le temps en train d’écrire, de peindre, de me parler de choses linguistiques que je ne sais même pas d’où elle sort ! Quand elle me parle des livres de votre bibliothèque, ce ne sont pas vos nombreux livres de potions qui l’intéressent ! Ce sont vos vieux ouvrages sur les langues anciennes. Vous saviez qu’elle s’est fixée le défi de parler cinq langues d’ici la fin de ses études ? Non ! Évidemment ! Vous n’en avez strictement rien à faire de ce qu’elle veut, de ce qu’elle aime ! »

La voix de sa mère se brisa, à cause de la colère et de sn souffle qui cédait. Emerald reprit d’une voix froide, visiblement peu affectée par le discours de sa mère.

« Elle n’a que 15 ans. Elle a trois ans pour revenir à la raison. Déjà que j’ai accepté qu’elle suive la filière Auror et non celle de Sciences. Je penserais que cela lui ôterait ces idées de filière « spéciale » de la tête. Visiblement non. Il n’est pas question qu’elle devienne peintre ou qu’elle passe sa vie dans des vieilles caves à lire de vieux documents. Elle reprendra un jour les rênes de la famille, et mon héritière aura un métier digne de cette famille. »

« Vous avez donc si peu de respect pour elle. Elle n’ose pas vous dire ce qu’elle pense. Vous lui faites peur. Vous le saviez ça ? »

Pour la première fois, Argentella sembla déceler une lueur d’émotion dans le regard de sa grand-mère. Elle ne s’y attendait pas. Est-ce qu’au fond, à sa manière, Emerald aimerait elle sa petite-fille ? Si c’était le cas, c’était subtil.

Adelise sembla elle aussi déceler cette faiblesse dans le regard de la vieille femme.

« Je ne vous demande pas grand-chose. Juste de la laisser vivre un peu sa vie. Laissez là étudier ce qu’elle a envie d’étudier. Ce n’est pas tant que ça, si ? »

L’éclat triste brilla encore un instant dans le regard de la matriarche, avant de disparaitre et d’être remplacé par quelque chose de plus… calculateur.

« Vous seriez prête à me rendre un service ? Si je promettais de la laisser vivre sa vie scolaire comme elle l’entend ? »

« Tout ce que vous voulez », répondit rapidement Adelise d’une voix empreinte de soulagement.

« Je ne prétendrais pas que je suis une femme d’un grand honneur. Je suis prête à faire ce qu’il faut pour parvenir à mes fins, y compris acheter les gens. Mais il y a une chose que je n’aime pas faire, c’est mentir. Or, j’ai besoin de présenter l’image d’une famille soudée, qui me soutient. Je sais que vous ne m’adorez pas, pas plus que vous n’approuvez mes visions politiques. Mais les élections du prochain Président du Conseil arrive, et j’aimerais qu’il s’agisse d’une présidente. J’aimerais qu’il s’agisse de moi. Quand les citoyens pourront voter, si je laisse Argentella tranquille, est-ce que vous voteriez pour moi ? C’est tout ce que je demande. Mon nom dans une urne. »

Sa mère resta silencieuse quelques instants. Cela lui faisait visiblement mal d’aller à l’encontre de ses convictions ainsi. Mais sa fille comptait plus que tout.

« C’est d’accord. Mais vous avez intérêt à tenir votre parole. »

Sans laisser à son interlocutrice le temps de répondre, Adelise sortit de la pièce dans un grand mouvement de cape, et se dirigea vers le hall du manoir, sans même remarquée sa fille qui, toujours derrière la porte, s’était tapie contre le mur en entendant sa mère sortir.

Argentella resta confuse quelques instants, digérant encore ce qui venait de se passer, avant de se précipiter derrière sa mère, ses chaussettes dérapant sur le parquet parfaitement ciré.
- Votre PJ est présent ? oui
- Nom et prénom du PNJ (+ lien avec votre PJ + utilisation "actif" ou "prétexte") : Adelise "Lise" Wighters, mère, active
Emerald Wighters, grand-mère, active

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- Intérêt d'utiliser ce(s) PNJ dans ce RP précis pour votre PJ : Écrire un moment déterminant sur l'avenir professionnel et familial d'Argentella, ainsi qu'ayant des implications dans la politique sorcière.

Dialogue #778899 | fourth year