16 déc. 2024, 21:30
J'aime regarder les filles
RUBY, 15 ans
2 septembre 2048 14:06
Près du Cromlech, Parc, Poudlard


[dream]
•••

C'est probablement le deux centième nuage que je vois passer, pourtant je ne me lasse pas de ce spectacle sans fin. La brise qui les transporte de gauche à droite effleure mon visage avec la délicatesse d'une main affectueuse. Le climat est encore doux, lui aussi, en ce début septembre ; une des raisons qui m'ont poussée à m'échapper dans le Parc pour quelques heures de tranquillité. Les cours ont repris, et avec eux leur lot d'incertitudes mais aussi de joies : être en cinquième année me ravit, et je frémis déjà à l'idée des connaissances qu'il me sera donné d'accumuler dans les prochains mois.
Allongée dans l'herbe, je dois dire que je lutte pour garder mes paupières ouvertes et espérer voir passer le deux cent unième nuage. Les rayons du soleil m'ont toujours rendue faible face au sommeil et à la perspective de quelques minutes de léthargie complète. Rien que moi, acceptant l'abandon de toute enveloppe corporelle, retrouvant le calme des illusions qui me bercent dans mes rêves.

Je me suis réconciliée avec les siestes, le repos, et par extension avec la nuit. Chose plutôt inespérée, au vu de mon passif avec les cauchemars et les soirées agitées. Je ne me rappelle que trop bien à quel point Pearl, puis Ashley, ont su m'envahir jusque dans mes songes. Je peine cependant à me rappeler quand le changement exact a opéré — l'année dernière, peut-être ? ou bien à la fin de ma troisième année ? — mais la date importe peu : je me satisfais pleinement de cette évolution. Désormais, tout est plus simple et je ne crains plus de voir l'obscurité prendre le dessus sur la lumière du jour.

Le soleil provoque toujours ma conscience en duel. Je crois bien que cette fois, je ne serai pas de taille. Mes muscles relâchés, je n'ai pas le temps de sentir ma tête s'affaisser contre mon épaule gauche : je suis déjà partie. Glissant lentement vers cet engourdissement de l'esprit, incapable d'arrêter cette machine infernale qui ne me veut que du bien.

•••

L'éclat de cet astre qui me crible de ses rais de lumière s'est intensifié. Je m'apprête à ramener ma main en visière près de mon front pour atténuer l'aveuglement qui m'assaille, mais je n'en ai pas le temps : une silhouette se détache sous mes yeux, à contre-jour, masquant la clarté qui me brûlait la rétine. Les traits de son visage sont obscurcis, mais je n'ai pas besoin de les voir pour démasquer l'inconnue. Je sais déjà que Leta Blackbirds se tient devant moi.
Je me redresse vivement sur mes avant-bras, histoire de lui présenter un profil convenable plutôt qu'une Ruby affalée de tout son long sur cette pelouse. Pour une raison que j'ignore, sa présence me réconforte, et je souris machinalement. C'est comme si son absence m'avait été pesante, sans que je ne le sache, sans que je ne parvienne à mettre le doigt sur la pièce du puzzle qui n'était pas à sa place. Je me reprends bien vite, face à cette pensée ; j'ai presque envie de rire ou de secouer la tête pour la chasser, tant elle est dérisoire. Le fait est que Leta et moi nous sommes vues neuf jours auparavant, chez elle, à Godric's Hollow. Nous voilà de retour à Poudlard depuis deux jours : j'aurais donc dû me dire « J'ai tout le temps de la revoir, nul besoin qu'elle me manque. » Il semblerait que le contraire se soit produit, et je ne suis pas, je ne suis plus habituée à cette sensation.
Je ne saurais dire comment Leta a réussi à me trouver, tandis que je ne l'ai pas aperçue une seule fois depuis mon arrivée hier. Suis-je à ce point prévisible dans mes habitudes, ma routine ? Est-elle trop observatrice ? Si c'est le cas, je suis flattée qu'elle ait exercé ses compétences sur ma personne.

En réponse, mon sourire trouve un écho sur son visage. Elle ne bouge pas, alors dans un mouvement irraisonné, résultant sans doute de l'ensommeillement qui affecte encore ma capacité à agir de façon sensée, je lui tends ma main gauche pour l'inciter à s'allonger aussi. Elle accepte, et ce faisant, me réconforte un peu plus fort.

Je ne me demande même pas pourquoi aucune d'entre nous n'a encore prononcé un mot. Tout paraît si simple et naturel à cet instant. C'est comme un rêve qui se déroulerait comme je le souhaiterais. Et je me surprends violemment à avoir souhaité un tel rêve ; mais je n'en laisse rien paraître. À la place, j'occupe mes pensées en détaillant le visage qui me fait face, les yeux dans lesquels je me perdais il y a une semaine ou presque. Sa chevelure, aussi, ainsi exposée au soleil, se pare de chatoiements roux : les avais-je déjà remarqués avant ? Et le contact de sa main douce contre ma paume, est-il censé s'éterniser ainsi ? Mieux : cela m'importune-t-il tant que cela ?
À cet instant, je n'ai pas les réponses qu'il me faudrait pour m'éclaircir l'esprit. Je sais seulement que je me sens bien, le corps ainsi étendu à une trentaine de centimètres du sien. En cela, il n'y a rien de surprenant, à vrai dire. J'ai toujours préféré être entourée par la gent féminine, la côtoyer ; leur proximité ne m'a jamais dérangée. Si je me pose véritablement la question et que j'y réponds ensuite honnêtement, je ne peux pas en dire autant pour leurs homologues masculins. D'ailleurs, ceux qui ne me sont pas de parfaits inconnus doivent pouvoir se compter sur les doigts de la main. Il faut dire que je ne leur prête pas une attention particulière lorsque je déambule dans le château, ou que je me promène en ville. J'ai surtout tendance à me retourner sur les filles que je croise, admirant leurs tenues et leurs physionomies parfaites. Je me plais à les laisser me fasciner. Ce doit être une question d'inspiration, de désir de leur ressembler un peu plus. Je n'ai pourtant jamais été du genre à complexer et à me sentir inférieure aux autres filles que je croise, loin de là ; alors je ne m'explique pas ce besoin de rapprochement entre elles et moi. Je me contente de reporter mon attention sur Leta et de me laisser être heureuse pour une poignée de minutes supplémentaires.

J'oublie mes attaches au monde réel, le quotidien, le dîner tout à l'heure, les cours demain. Dans un coin de ma tête, je garde seulement à l'esprit que des élèves autour de nous se promènent, empruntant le chemin qui les mène vers l'Est de l'île. Je me dis qu'il y a une chance pour qu'ils nous aperçoivent, ainsi proches l'une de l'autre, blotties dans un silence qui n'est en rien inconfortable, puisque comblé par nos regards et nos échanges muets. Je me dis aussi que cela ne me pose pas de problème, qu'ils peuvent bien voir ce qu'ils veulent dans ce tableau pour le moins idyllique, dans tous les sens du terme. Au fond, je crois que je me réjouirais presque d'un tel amalgame. Tromper l'esprit des gens, leur laisser penser que mes relations amicales féminines cachent plus qu'il n'y paraît, et puis que mon dédain pour les garçons va jusqu'à refuser de les fréquenter comme le ferait ordinairement toute jeune fille de mon âge : oui, tout cela m'amuse, me provoque une certaine fierté, une satisfaction sans pareil, une grande plénitude, aussi.
Non pas que j'utilise Leta à des fins égocentriques et insensibles, non ; au contraire, je la trouve belle, intelligente, et tout un tas d'autres qualificatifs qui lui conviendraient très bien. Je suis heureuse à l'idée que cette intimité déroutante, ce soit avec moi qu'elle ait choisi de la partager, et que je le lui rende bien en retour. Je serais heureuse et flattée à l'idée que les gens nous confondent pour ce que nous ne sommes pas. Ce ne sont définitivement pas des sentiments de contrefaçon que je porte en moi, et pour preuve : je crois bien que mes joues ont rosi depuis que Leta a posé ses yeux pers sur chaque partie de mon visage. Mon cœur tressaute lorsque je la vois enfin s'apprêter à parler ; mais aucun mot ne franchit la barrière de ses lèvres. À la place, comme aspirée par la toile de fond de cette scène, mon amie se fond dans le décor — depuis quand y a-t-il un décor ?

Le noir se fait ; je ne suis déjà plus là.

•••

C'est avec la bouche sèche et un mal de crâne indécent que je rouvre les yeux, avant de les refermer bien vite, éblouie par l'astre qui n'a pas changé de place, ou presque. Le soleil a effectivement commencé à décliner. Au vu de sa position et de mes connaissances toutes relatives en Astronomie, il devrait être aux alentours de quinze heures ; j'ai dû m'assoupir pendant près d'une heure. Et à cette pensée, le contenu de mon rêve me revient brusquement en mémoire.
Je passe furtivement la main sur mes joues, constatant qu'elles sont plus fiévreuses que de coutume, mais bien incapable d'en déterminer la cause exacte : le soleil ou le songe ?

C'est comme si mes sens avaient complètement absorbé les sensations-qui-n'étaient-pas-censées-s'être-produites. Épongées par mon corps, qui palpite encore sous l'effet d'une proximité fantasmée, qui pourrait tout dégorger sous l'effet d'une simple pression. Le contentement, le trouble, l'agitation de l'âme : tout y est. Je fronce les sourcils en me remémorant ce que mon imagination avait fait de Leta, dans ce rêve. Difficile de ne pas voir où mon cerveau avait voulu en venir, pourtant rien de tout cela n'est censé équivaloir à la réalité. Des versions améliorées de nous-mêmes, des visions utopiques : voilà ce dont il s'agit. Dans mes rêves, j'ai toujours réussi à différencier l'impossible du vraisemblable ; alors je ne saisis pas pourquoi mon corps réagit aussi vivement, pourquoi mon cerveau joue les thaumatropes en voulant me faire confondre les deux. Je me repasse les évènements de Godric's Hollow, sa demeure, sa chambre, espérant y trouver un indice qui ferait pencher la balance. Sans succès : je ne parviens pas à en tirer de conclusion nette et limpide. Mes tempes me font mal, et je me mets à les masser d'un air las. Je continue à me questionner, à soudainement me demander si de tels rêves viendront à se produire de nouveau. D'ailleurs, serait-ce vraiment la fin du monde ? Les apparitions nocturnes d'autres adolescentes, qui me sont connues ou inconnues, et plus récemment de Leta, ne m'ont jamais été désagréables.

Je me mords la lèvre, pas plus avancée, même bien plus confuse qu'au départ. Une pensée absurde mais irrésistible me traverse : devrais-je en parler à Leta ? Un rire léger dissipe cette folie qui me prend : elle est bien vaine, cette entreprise. Il serait ridicule de l'approcher, de la saluer, de lui dire sans détour que j'ai encore rêvé d'elle et que j'ai aimé ça.
Les filles, c'est mon filet de sécurité quand je ne sais pas vers qui me tourner ; les rêves, c'est ce qui m'unit à Leta depuis la première nuit où je l'ai rencontrée ; le trouble, c'est inédit et je ne saurais dire pourquoi il attise le conflit entre ces deux éléments qui pourraient si bien s'harmoniser ensemble. Je n'ai aucune foutue idée de ce qui m'arrive. Une insolation, sûrement.
Désorientée, je me relève tant bien que mal de mon écrin de verdure. Un dernier regard à l'endroit où devrait se trouver Leta, où le gazon lisse aurait dû capturer l'empreinte de ses contours, puis je repars simplement vers le château, avec mon incertitude comme seule compagne.




fin.

Ruby-Amber, Gryffone alchimiste, bijou bientôt rouillé

30 janv. 2025, 00:24
J'aime regarder les filles
Nous rêvons donc ?
Étrange.
Pourquoi ne me l’on a pas dit plus tôt ?
Et elle, n’est-elle qu’un fruit de mon imagination ?
On ne dirait pas.
Un bonjour voudrait sortir de ma bouche.


•••


J'ouvre les yeux. Le soleil brille et ses rayons viennent taper ma rétine. Je ferme les yeux.

Je me retrouve à déambuler, pieds nus.
Je sens l'herbe fraiche sous mes pieds. Elle glisse entre mes orteils à chaque pas que je fais. C'est agréable. Le soleil réchauffe ma peau, j'étends mes bras et mes mains pour profiter de la sensation.

J'entends le clapotis de l'eau. Il est doux, caressant mes tympans. Il y a le vent dans les arbres et les buissons aussi. Puis le bruit des élèves. C'est la fin de l'été.

L'air n'est pas trop sec. Il a un goût de myrtille. Est-ce possible ? Je tire la langue.

Je pense que de la terre s'est glissée sous mes ongles de pied. En réalité, je m'en fiche.

•••


J'ouvre les yeux. Je suis devant une grande pierre. Je tourne autour de moi. Il y a déjà moins de monde. J'aperçois des tulipes au sol. Elles sont jolies. Je me rapproche.

Ce ne sont pas des tulipes. C'est une fille.

Je la reconnais, facilement. Elle était dans mon jardin. Il y avait des fleurs exotiques. J'ai toujours aimé les fleurs.
Je me tiens alors devant son corps allongé. Je suis désolée, je te retire le Soleil.

Elle se relève subitement et souris. C'est un beau sourire.

Je prends sa main, elle est chaude. Je m'allonge à sa gauche et tourne ma tête vers elle. Je garde sa main dans la mienne. J'espère qu'elle remarquera que je ne l'ai pas lâchée.

Mes sentiments auraient pu être confus. Sauf que non. Tout est si clair. Je me souviens du rêve maintenant. Celui où l'on avait dansé. J'étais si libre. Nous l'étions ? Nous étions légères.

J'observe ses yeux, la répartition de ses cils, le volume de son iris, l'éclat de la lumière sur cet organe si visqueux. Je regarde avec attention. Je connais ce visage, pourtant chaque seconde l'efface, le transforme : je l'explore, le définit.

Je souris à mon tour.

Combien de minutes se sont écoulées ? J'ai l'impression d'avoir disparu du temps.

Mes yeux se posent sur
son nez puis glissent
jusqu'à sa bouche.


Paroxysme
Incandescence


J'y repense soudainement. En fait non. Brûle Je le ressens à nouveau. Faible, sourde, profondement enfouie. Mais elle est


L'Incandescence m'appelle.

Je fonds dans ses yeux. Ma main fusionne avec la sienne. Mon cœur marque un arrêt. Est-ce normal ?

La réalité se distord. Cède ! Je vois que ses joues sont rougies.

Je brûle. Cède lui ! Est-elle gênée ?


Puis tout disparaît.

Tu l'as écris toi même
Où s'arrête le rêve ?

FSCM - 19 ans - Fille de papier.