Mélange de fer et de carbone gris argenté
TW : crise d’angoisse, déréalisation, sentiment de vide
TREIZE DÉCEMBRE 2049
Je me réveille ce matin
Le sang ne circule plus jusqu'à mes mains
Je suis devenu acier
Mélange de fer et de carbone gris argenté
Le sang ne circule plus jusqu'à mes mains
Je suis devenu acier
Mélange de fer et de carbone gris argenté
Je laisse le froid du sol me parcourir le corps au travers de ma fine paire de chaussettes, en pressant mes mains de tout mon poids sur la céramique brisé des robinets. J'observe mon reflet, éparpillé sur les fragments du miroir surplombant les lavabos. J'ai du mal à le reconnaitre. Seule l'image d'un inconnu aux joues creusées, le teint blafard et aux yeux vides, les cernes violets les cerclant encore plus prononcés qu'au paravent me parviens.
Je me suis réveillé avec cet horrible gout de métal dans la bouche. Le même que si j'avais sucer des pièce de monnaie rouillées dans mon sommeil. J'ai envie de me laver la bouche à l'eau de javel pour m'en séparer, de me brosser les dents frénétiquement, quitte à me poncer les papilles gustatives.
Cela fait plusieurs jours que ça dure. Mes nuits se caractérisent par de longs épisodes de somnolence, et de réveils à répétition. Je me lève à la fin du couvre feu, alors qu'il fait toujours nuit et que je suis encore dans mon pyjama, puis divague dans les couloirs encore vides du château avant le début des cours.
Ce matin, c'est sur les toilettes abandonnées que j'ai jeter mon dévolu. Je ne sais plus quand j'ai choisi cet endroit comme lieu d'isolement. Mais je sais que j'ai été convaincu par le peu de passage qu'il subit.
Je me sens minable. Je ne ressens rien mais un vide béant dans la poitrine. J'ai envie de rien. Je voudrais être partout et nulle part à la fois. Je suis absent partout, tout le temps. Plus maître de moi même. Contemplateur des actions qui ne sont pas miennes.
Je me déplace tel un fantôme dans l'espace, flottant, pour m'assoir, la tête dans les genoux, mes pieds se chevauchant comme seule conscience de mon propre corps sur les toilettes de la cabine la plus éloignée de la porte de sortie. La spirale de pensées donnant suite à une avalanche de larmes qui dévalent mes joues pour venir s'écraser aux coins de mes lèvres et dans le creux de mes narines, bientôt dégoulinantes de morve que j'essuierai lamentablement sur les manches de mon pyjama. Mes ongles s'enfoncent et viennent arracher les peaux de mes cuticules ensanglanté, comme pour me ramener à la réalité.
Dans un dernier souffle, un nuage de buée s'échappe d'entre mes lèvres, tellement sèches que je ne parviens pas à les ouvrir sans que le liquide au goût de fer ne s'écoule de leur sillons.
L’esprit et le corps entièrement vidés, le coeur entier sonnant creux, je me résous à sortir de ma cachette avant que le jour se lève complètement, profitant que seuls quelques rayons transpercent les immenses vitres de l’école.
C’est la boule au ventre, la vue brouillée par les larmes, qui me laisse encore une impression de brûlure à l’acide sur ma peau, et avec la sensation qu’on me martèle la boîte crânienne, que je rejoins d’un pas lourd, la porte de mon dortoir. Tout en priant pour ne croiser personne sur ma route.