Éconduire le brouillard
1ER JANVIER 2050, 17h26,
CHAUDRON BAVEUR, LONDRES
Alyona, 20 ans,
CHAUDRON BAVEUR, LONDRES
Alyona, 20 ans,
Assise au bout d'une table au Chaudron Baveur, je regarde le temps passer à la surface de ma tasse de thé. Dehors, le jour tombe et le ciel est inondé par une nuit claire. L'encre déborde des fenêtres pour envahir ma cape, mon petit coin de salle, ma boisson et mes pensées. Tout est d'un noir révélateur.
Le premier janvier deux-mille-cinquante. La moitié du siècle. Le premier jour de cette nouvelle année. J'ai vingt ans. Je traîne dans mon sillage des chaînes lourdes de temps et de souvenirs. L'avenir rayonne, demain m'attend, le futur m'ouvre les bras. C'est l'heure de regarder vers l'avant, de prendre des décisions, de figer ses envies, ses idées, ses désirs, de penser à ce qui suivra et de s'y diriger. Traditionnellement, ce jour apporte avec lui des résolutions enrobées de promesses et de progrès. C'est aujourd'hui qu'on détermine nos plans pour l'année à venir. Et elle s'annonce pleine d'avancées. On se dit : pour les trois-cent-soixante-cinq levers de soleil qui viendront, je veux obtenir un diplôme, passer plus de temps avec ma famille, prendre davantage soin de moi, apprendre à jouer d'un instrument, faire du sport, réussir à lancer le sortilège du Patronus, voyager, lire plus de livres, emmener mes amis dans de nouveaux endroits, et caetera, et caetera. C'est une liste à cocher. Mais pourquoi ? Et qu'apportera-t-elle ? De la satisfaction ? Sur quoi est-elle basée ? Des souhaits ? Des espoirs ? Vis à vis de l'année passée ? Ou de hier en général ?
Je me questionne en tournant ma cuillère dans ma tasse, et je finis par glisser le long de celle-ci, droit vers mon reflet songeur, et plonger dans le liquide en même temps qu'à l'intérieur de mon crâne. Je tombe dans mes pensées à la recherche de moi-même.
Il y a un an, je débutais mes études. J'avais les yeux remplis de doutes, de curiosité, et d'un puissant attrait pour tout ce qui se dévoilait à moi. Désormais, c'est différent. (Ça l'est toujours.) Mon regard se tourne davantage vers le monde professionnel, et les questions qu'il apporte. Que ferai-je ? Que deviendrai-je ? Qui serai-je ? Où travaillerai-je ? C'est un refrain et un étau qui tourne autour de moi et se resserre. Et il tourne si vite qu'à certains moments, je ne peux voir plus que lui ; tout le reste devient flou, s'échappe, m'échappe ; seul demeure cet avenir en suspension, en pointillé, incertain mais de plus en plus proche ; je m'avance sur ces fils qu'on a tissés pour moi, sans savoir où ils m'amèneront. Mais je leur fais confiance, je crois.
Tiens, un nouveau sorcier s'approche de moi. Il s'assied à une table. Nous sommes-nous déjà rencontrés ? Son visage m'est familier. Il évoque un souvenir si lointain que je ne parviens plus à remonter jusqu'à lui. Qui est-il ?
Et moi ? Qui suis-je ? Qui étais-je ? Qui serai-je ?
Ah ! Mes pensées me torturent. Elles ne cessent de divaguer, de s'en aller et de revenir, comme des vagues. À chaque passage, elles apportent de nouveaux sujets de réflexion sur la plage de mes idées. Je suis tant préoccupée que je ne sais plus où regarder. L'avenir est plein de vides et de creux. En cherchant à le percer, je trébuche. Ce n'est pas solide, l'horizon ; peu importe où l'œil s'y pose, il finit par glisser. Moi aussi, je dérape. Déjà ; encore. Je pense à ma famille, à ma mère, à mes amis, à Kaliska, à mes études, à mon stage. Tout mérite mon attention, et je m'essouffle à courir dans chacune de ces directions, sans même savoir ce que je cherche. Le bonheur ? Quel étrange mot-valise pour désigner ce qui se cache dans le brouillard. Nous ne sommes jamais sûrs de mettre la main dessus. Et quand on croit le trouver, l'erreur se referme sur nos doigts en claquant.
Par Circé ! Il faudrait que je m'en aille. Ce n'est pas raisonnable de rester ici, à penser dans le vide. J'ai du travail, ailleurs. Mes études m'obligent ; ma famille me responsabilise ; mes devoirs me contraignent. Me noyer dans mon reflet ne me permettra pas d'avancer. Au contraire. Je recule dans le temps. Je remonte le fil des jours. Je réfléchis à l'avenir en retournant dans le passé. Je me souviens de toutes les questions qui m'ont frappée, et je les repasse dans mon crâne pour essayer d'en trouver les réponses. Cela ne mène à rien. Le monde est plein de silence. Je ne sais pas lire les cartes. Je pense donc je me perds.
Trois sorbets citron sont posés en face de mes doigts. J'en attrape un, l'ouvre, et le glisse dans ma bouche.
@Britanny Huggins, en espérant que ce texte assez confus te conviendra tout de même.
#466962 ‖ Botaniste au Jardin de Draíocht
Éconduire le brouillard
Samedi 1er janvier 2050,
Fin d'après-midi.
Fin d'après-midi.
Britanny entourait la tasse remplie de chocolat chaud de ses mains, le regard perdu dans les petite bulles de mousse qui éclataient au fil des secondes. Une de moins à chaque fois. Et rien ne venait la remplacer. Elle laissait derrière elle quelques éclaboussures, plus ou moins importantes, et inévitables. Elles venaient toucher les autres bulles, les rendant plus fragiles. Parfois même, venaient salir les parois de l'objet, brisant ainsi l'uniformité de la couleur, et le parant de marques. Les paumes particulièrement pâles de la rousse, rendu chaude par leur exposition à la tasse fumante, sentaient désormais que cette sensations s'évaporait peu à peu. Elle aspirait la chaleur pour ne laisser qu'un liquide froid, qui serait certainement imbuvable si elle tardait trop. Elle prit alors une gorgée, et reposa la tasse doucement, observant le nouveau mouvement du liquide, créé par la manœuvre.
Son père était remonté dans la chambre qu'ils avaient réservé pour cette nuit, souhaitant s'avancer dans son travail pour pouvoir profiter de la dernière soirée avec sa fille. Quant à elle, elle avait dit vouloir rester un peu ici, avec son chocolat chaud. Entendre son père gratter un parchemin dans le silence de la pièce ne ferait que créer une ambiance pesante pour elle. Il était préférable de se trouver là, au milieu d'autres personnes, dans un brouhaha ambiant. Cela lui permettait de se fondre dans la masse. Personne ne ferait attention à elle, une adolescente et son chocolat chaud, un magazine de Quidditch ouvert sur la table pour donner le change. D'ailleurs, elle n'était pas la seule, elle avait remarqué cette autre fille pas loin.
Une nouvelle bulle qui disparait. Il semblerait que cela soit le thème de cette année en réalité. Pourtant, il lui avait semblé que la disparition de ses démons étaient une bonne chose. Enfin, pas la totale disparition, mais il y avait une nette amélioration quant à la gestion de ses émotions. Elle parvenait enfin à agir sans se laisser guider uniquement par la peur. Puis il y avait eu cette presque disparition de son amitié avec Alex. Ou une disparition dans un sens ? Non. Une évolution, plutôt. Vers quelque chose qu'elle n'avait même pas envisagé jusqu'alors. Quelque chose qu'elle aimait bien. Mais septembre avait décidé de marquer le coup. L'éclatement silencieux d'une nouvelle bulle sembla faire écho à la disparition de Rafael Mason et de cet équilibre agréable qu'il avait créé à Gryffondor. Une bulle éclata tout de suite après celle-ci. Le Quidditch. Son refuge, ce qui lui avait permis de créer ses premiers liens, qui lui avaient apporté des amis, une équipe et un poste. La bulle n'existait plus à présent. Il n'en restait pas beaucoup. Deux autres disparitions. Alex et Onyx. Une équipe sans eux. Et une presque disparition tant elle était l'emblème des Griffes Ardentes : Cap'taine Ginger. On avait essayé de les remplacer, mais la bulle ne serait jamais la même. C'était utopique de l'espérer. Il n'en restait plus qu'une à présent, qui naviguait dans le chocolat tiède. Elle était là depuis le début, tenant bon malgré les explosions autour d'elle. S'affichant comme un solide rempart, qui ne disparaitrait jamais. Mais le temps l'avait bien évidemment fragilisé, comme les autres. La rousse le savait, et elle ne pouvait qu'attendre le moment fatidique. Rien qu'elle puisse faire ne permettrait d'éviter l'inévitable. Oslo avait été un compagnon de route exemplaire, attachant, et unique. Il avait toujours été là, usant de sa truffe pour lui faire redresser la tête, de ses poils pour lui tenir chaud comme dans un cocon, et même parfois de sa langue pour exprimer sa présence. Son soutien, son meilleur ami, bien avant Alex et Helen. Et il avait bien évidemment faiblit. La bulle n'est pas immortelle, après tout.
Un battement de cil. Plus de bulle. Elle n'avait pas vu le moment fatidique. Cette fois encore, elle n'avait pas été là. Parallèle assez ironique. Elle n'avait pas été présente quand Oslo était parti, se contentant de devoir fixer cette vie sans lui, à l'image du liquide désormais libéré à sa surface. Il n'y avait plus rien, une surface plane. Et on ne peut pas remplacer les bulles.
@Alyona Farrow pardon j'ai eu quelques soucis, me voilà avec un texte qui m'a fait du bien, j'espère que tu l'appréciera aussi.
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7ème année RP en 2050-2051 - #800000
Nos sentiments comptent
Éconduire le brouillard
Ma bouche est pleine de mots qui s'entassent, me blessent, m'envahissent, se bousculent, se confondent et surtout ne sortent pas. Ils restent enfermés. Ils ne tombent pas. Ils sont là, au sommet de mes dents, à danser, à s'agiter, à valser et à se mélanger mais ils ne trébuchent pas. Ils pourraient glisser. Je les pousserai de ma langue et ils s'écrouleraient contre le sol après avoir essayé de s'accrocher à mes lèvres. Désespérément. Sans succès. Ils sont là et ils vivent dans les profondeurs humides de ma bouche mais ils y restent. Pourquoi, pourquoi, pourquoi ? C'est une grotte sombre et mouillée faite pour les champignons. Mes mots sont des ordures. Ils s'entassent et s'ajoutent les uns aux autres, deux, quatre, huit, seize, trente-deux, soixante-quatre. C'est moi qui vais tomber si cela continue. Ils me pousseront dehors.
Parfois j'aimerais les cracher sur le monde. Les jeter, les balancer, les foutre dehors. Lâchez-moi, par Merlin ! Allez-vous-en ! Faites vos ravages ailleurs. Faites vos bagages et ne revenez pas. Déchirez d'autres corps ! Je ne vous supporte plus. Parfois j'aimerais qu'on puisse venir les cueillir et les retirer de ma langue contre laquelle ils poussent. Il faudrait les saisir avec courage plus que par délicatesse, les prendre par pelletées, par poignées, par flots. Arracher leurs racines de ma gorge. Et les brûler dans l'air vif pour n'en laisser que des cendres.
Ce sont des mots sur mon silence. Le silence est une ombre, le saviez-vous ? Il dissimule, cache et avale tant de faits qu'il grandit et finit par tout ingurgiter. Et après il fait noir comme la nuit, la pupille et l'abysse.
Mais puisque je ne peux pas les dire, les sortir, les extirper de la grotte dans laquelle ils se sont cachés, puisque je ne peux pas leur donner de ma voix, les crier, les murmurer, les chanter, les chuchoter, les hurler, les siffler, les cracher, je vais en arrondir les angles et les tirer jusqu'à ma pensée. Je vais saisir ces mots, mes mots, à pleine main et les remonter jusqu'à mon crâne pour en tapisser les parois. Je vais les graver, les noter et ne plus jamais les effacer. Ils existent trop pour se laisser plonger dans l'oubli. Alors ils vont monter, déménager un instant dans ma pensée. Elle les mettra en couleur, les forgera, les consolidera. Et après, quand ils redescendront dans la cavité moite de mon palais, peut-être trouveront-ils en chemin l'élan pour sortir. Au rose de la bouche succédera le rose de la vie. Ils éclateront sur le sol en mille morceaux d'échec. Et d'autres viendront planter leurs racines dans ma gorge pour les remplacer.
C'est un cercle vicieux.
Mon silence est plein de phrases, de mots et de textes débutés mais jamais terminés. Parfois, quelques paroles coulent, s'échappent et courent hors de ma bouche portées par un espoir, une folie ou quelque chose de ce genre qui leur donne la force de traverser des terres froides, arides et désertes pour sortir de leurs cages. Il arrive qu'elles soient rattrapées. D'autres fois, elles donnent le courage à d'autres de se faufiler. Quelques autres rares fois, elles libèrent toute une mer de mots sauvages et si vrais, réfléchis et mûris qu'ils balaient tout sur leur passage. Mais la plupart du temps, aucune parole ne tombe loin de la grande main du silence. Elle est agile, attentive et aux aguets. Elle ne laisse pas grand-chose passer. Elle attrape, pince et retient derrière tous ses longs doigts le courage, l'audace et les envies de libertés. Elle se porte sur ma bouche pour la plonger dans le noir quand le silence tant préservé et sanctifié faiblit.
Surtout ne dites rien. Surtout, ne dis rien. Reste à ta place. Si tu bouges, c'est fini. Si tu parles, c'est fini. Si tu penses, c'est fini.
J'explore mes limites sans jamais les approcher.
Mais non, rien n'est grave, rien n'est terrible, rien n'est dur. Il n'y a pas à s'en faire. C'est moi qui contrôle cette grande main et tous ces doigts qui se posent sur mes lèvres. Je me repais de mon silence, je me plais dans ce champ de fleurs qui envahit ma bouche. J'en ai besoin. Je ne parlerai pas. Je laisserai les mots mûrir. J'aime réfléchir. Je dois tâtonner avant d'avancer. Et j'ai confiance en la voie que j'emprunte, qu'elle soit droite ou anguleuse, plate ou escarpée. Je sais qu'elle me mènera là où je dois être. C'est peut-être pour cela que je garde le silence ; certains mots doivent être enfermés en soi pour continuer à marcher. Et Merlin sait qu'avant toute autre chose, je veux et j'ai besoin d'avancer.
Dans la salle à manger du Chaudron Baveur, mon regard s'est perdu, loin, très loin. Il est posé, quelque part entre une chevelure rousse qui m'évoque la mienne et le mur du fond. Pourtant, il voit et plonge au-delà de ces formes sur lesquelles il s'est arrêté.
Parfois j'aimerais les cracher sur le monde. Les jeter, les balancer, les foutre dehors. Lâchez-moi, par Merlin ! Allez-vous-en ! Faites vos ravages ailleurs. Faites vos bagages et ne revenez pas. Déchirez d'autres corps ! Je ne vous supporte plus. Parfois j'aimerais qu'on puisse venir les cueillir et les retirer de ma langue contre laquelle ils poussent. Il faudrait les saisir avec courage plus que par délicatesse, les prendre par pelletées, par poignées, par flots. Arracher leurs racines de ma gorge. Et les brûler dans l'air vif pour n'en laisser que des cendres.
Ce sont des mots sur mon silence. Le silence est une ombre, le saviez-vous ? Il dissimule, cache et avale tant de faits qu'il grandit et finit par tout ingurgiter. Et après il fait noir comme la nuit, la pupille et l'abysse.
Mais puisque je ne peux pas les dire, les sortir, les extirper de la grotte dans laquelle ils se sont cachés, puisque je ne peux pas leur donner de ma voix, les crier, les murmurer, les chanter, les chuchoter, les hurler, les siffler, les cracher, je vais en arrondir les angles et les tirer jusqu'à ma pensée. Je vais saisir ces mots, mes mots, à pleine main et les remonter jusqu'à mon crâne pour en tapisser les parois. Je vais les graver, les noter et ne plus jamais les effacer. Ils existent trop pour se laisser plonger dans l'oubli. Alors ils vont monter, déménager un instant dans ma pensée. Elle les mettra en couleur, les forgera, les consolidera. Et après, quand ils redescendront dans la cavité moite de mon palais, peut-être trouveront-ils en chemin l'élan pour sortir. Au rose de la bouche succédera le rose de la vie. Ils éclateront sur le sol en mille morceaux d'échec. Et d'autres viendront planter leurs racines dans ma gorge pour les remplacer.
C'est un cercle vicieux.
Mon silence est plein de phrases, de mots et de textes débutés mais jamais terminés. Parfois, quelques paroles coulent, s'échappent et courent hors de ma bouche portées par un espoir, une folie ou quelque chose de ce genre qui leur donne la force de traverser des terres froides, arides et désertes pour sortir de leurs cages. Il arrive qu'elles soient rattrapées. D'autres fois, elles donnent le courage à d'autres de se faufiler. Quelques autres rares fois, elles libèrent toute une mer de mots sauvages et si vrais, réfléchis et mûris qu'ils balaient tout sur leur passage. Mais la plupart du temps, aucune parole ne tombe loin de la grande main du silence. Elle est agile, attentive et aux aguets. Elle ne laisse pas grand-chose passer. Elle attrape, pince et retient derrière tous ses longs doigts le courage, l'audace et les envies de libertés. Elle se porte sur ma bouche pour la plonger dans le noir quand le silence tant préservé et sanctifié faiblit.
Surtout ne dites rien. Surtout, ne dis rien. Reste à ta place. Si tu bouges, c'est fini. Si tu parles, c'est fini. Si tu penses, c'est fini.
J'explore mes limites sans jamais les approcher.
Mais non, rien n'est grave, rien n'est terrible, rien n'est dur. Il n'y a pas à s'en faire. C'est moi qui contrôle cette grande main et tous ces doigts qui se posent sur mes lèvres. Je me repais de mon silence, je me plais dans ce champ de fleurs qui envahit ma bouche. J'en ai besoin. Je ne parlerai pas. Je laisserai les mots mûrir. J'aime réfléchir. Je dois tâtonner avant d'avancer. Et j'ai confiance en la voie que j'emprunte, qu'elle soit droite ou anguleuse, plate ou escarpée. Je sais qu'elle me mènera là où je dois être. C'est peut-être pour cela que je garde le silence ; certains mots doivent être enfermés en soi pour continuer à marcher. Et Merlin sait qu'avant toute autre chose, je veux et j'ai besoin d'avancer.
Dans la salle à manger du Chaudron Baveur, mon regard s'est perdu, loin, très loin. Il est posé, quelque part entre une chevelure rousse qui m'évoque la mienne et le mur du fond. Pourtant, il voit et plonge au-delà de ces formes sur lesquelles il s'est arrêté.
Pardon pour ce texte ! Je ne sais pas s'il est adapté à ce rp, ou même s'il a du sens, mais il m'est venu comme cela. Et je me suis dit « pourquoi pas ? ». Mais maintenant, je ne sais pas trop. Il ne mène pas à grand-chose. Bref, j'ai tenté. Je peux toujours le changer ou le réécrire s'il faut.
#466962 ‖ Botaniste au Jardin de Draíocht
Éconduire le brouillard
696
C'était trop. Trop difficile de voir cette surface vidée de ce qui faisait, encore quelques secondes avant, toute sa singularité. Trop difficile de se dire que ces bulles ont disparu à jamais. Du moins, la dernière. La plus importante, la plus solide, celle qui est restée malgré tout le chaos autour d'elle. Celle sui aurait dû rester jusqu'à la fin. Un rêve impossible. Même le phénix, qui renait de ses cendres, change à chaque fois, même imperceptiblement. C'est certain. Mais Oslo, lui, n'est plus. Et ses cendres n'ont pas redonné vie à un autre être qui aurait pu lui ressembler. Non, elles ne signifiaient que la... Mort. Tout ce qu'il reste d'un ami. De la poussière, qui se volatilise dans la nature dès qu'on lui en donne l'occasion. Elle avait voulu assister au moins à ça, n'ayant pas été là lorsqu'il avait rendu son dernier souffle. Mais cela avait été trop. Elle avait compris que son chien n'était plus en vie, lorsqu'elle avait reçu cette lettre. Elle avait pleuré, s'était isolée, ne faisant que repenser à qui elle avait perdu. Mais lorsqu'elle s'était retrouvée chez elle, dans une maison sans poils au sol, sans trace de terre mouillée en plein hiver, sans tâche plus sombre sur un coin du tapis, et avec cette seule urne qui contenait toutes ces petites choses, elle avait fait face à la réalité. Elle n'avait pas fait ce deuil à cet instant, et aujourd'hui encore, cette constatation était la même. L'épisode joyeux des AMICOs semblait s'être déroulé dans une autre vie. Avec ses proches, elle avait replongé dans cette tristesse semblant insurmontable. Un état qui l'avait empêché de vraiment parler.
Elle ne voulait pas parler. C'était comme si chaque mot, provenant de sa gorge, grossissait à mesure qu'il en faisait l'ascension. Jusqu'à ne plus pouvoir se frayer un chemin. Jusqu'à se retrouver bloqué, à la limite de la bouche, obstruant les cordes vocales. Et à chaque fois qu'elle essayait de forcer le passage, son système nerveux envoyait un signal d'alerte. Un signal se répercutant dans tout son corps, et se traduisant par une détresse, et des pleurs incontrôlés. En réalité, aucun mot n'avait sa place après la barrière de ses lèvres. Si elle aurait pu échanger la parole contre la vie de son chien, elle n'aurait pas hésité. Elle aurait échangé beaucoup de choses pour lui. Même le Quidditch, même la formation Animagus, même sa possibilité d'aller en France. Les trois combinés même. Tout ce pour quoi elle avait travaillé avec dévotion n'avaient plus aucun sens. Tout semblait dérisoire. Alors même qu'elle s'était préparé à cette perte, elle savait qu'un jour elle y ferait face. Mais cela n'avait rien atténué. Elle avait éparpillé des cendres avec ses parents et ses frères, le corps tremblant, avant de laisser tomber l'objet, aussi vide qu'elle. C'est Nathan qui l'avait gardé contre lui, l'empêchant à son tour de s'effondrer au sol.
La rousse bu la moitié de son chocolat tiède d'une traite. Le bruit de la tasse reposée sur la table sembla résonner fort, alors qu'il s'était en réalité perdu dans les bruits ambiants du Chaudron Baveur. Une tasse de plus posée sur le bois d'une table. Rien de choquant. Cependant, son ressenti était tout autre. C'était comme si on avait fait sonner une cloche entre deux montagnes. Aujourd'hui, elle laissait le cocon familiale, retournant dès le lendemain à Poudlard. Une montagne, et une autre. Elle aurait aimé que Nathan soit là. Ou Charlie ? Peu importe. Mais demain elle rejoindrait Alexander. L'entre-deux, qu'elle vivait à cet instant, semblait cependant trop grand, trop long, trop difficile, trop douloureux. Comme pour le liquide stagnant dans sa tasse, il lui restait la moitié du chemin avant de terminer le pont imaginaire qu'elle traversait. Et qu'y aurait-il au bout ? Un masque certainement. Une jolie peinture blanche, mais tâchée par endroit d'un reste de boisson marron. Des tâches tenaces, mais qui montrait que la tasse avait vécu. Des évènements qui étaient désormais ancré chez l'anglaise, et avec lesquels elle devra vivre. Alors que le chocolat était désormais bien fade. Même les cheveux roux plus loin, similaires aux siens, n'arrivaient pas à redonner de la nuance à son environnement.
Tant que tu apprécie l'écrire, moi ça me convient
7ème année RP en 2050-2051 - #800000
Nos sentiments comptent
Éconduire le brouillard
Avance, progresse, marche, suis le chemin, vas-y, bouge, un pas après l'autre, un jour après l'autre, surtout ne t'arrête pas, surtout ne pense pas trop, surtout regarde en face, l'horizon, toujours, jamais derrière, n'oublie pas qu'Orphée s'est trompé, apprends de son erreur, ne perds pas ta volonté, c'est elle ta force, fais face et crois, dépasse-toi, cours, accélère, et même si parfois tu te traînes, ce n'est pas grave, tu as le droit de vagabonder, de durer, de flâner, d'errer, mais surtout ne t'arrête pas, c'est une marche à travers le temps, chemine, progresse, avance, c'est comme cela que le jour en vient à se lever.
Merlin, je n'ai que ce mot à la bouche. Avance. Il flotte à la surface de ma tasse et se reflète sur ma cuillère. À croire que je l'ai bavé partout.
Avance, Alyona ! Arrête de tomber, arrête de douter, arrête de toujours ressasser, là, tout le temps, à mâcher sans cesse les mêmes pensées. Il y a un moment où il faut passer à autre chose, faire un choix, décider, trancher, ne plus stagner, en décomposition, ne pas prendre racine dans de la boue, lever la tête, regarder loin et avoir un peu d'ambition. Merlin, c'est trop demandé ? Tu as de la force ou tu n'en as pas, il faut savoir. Tu es ma fille ou tu ne l'es pas, il faut te décider. Alors, tu mets les voiles ou tu restes au port ? Le monde ne t'attendra pas.
Par Circé, je n'arrête pas de penser à ma mère.
Ma mère.
Elle est partout là où j'erre. C'est elle qui dégouline de moi, dans la rousseur de mes cheveux, la finesse de mes traits, l'arrondi de mon nez, la blancheur de ma peau, la forme de mon corps, et même dans les gestes qui sont miens et les mots que je choisis. On s'emmêle sans se toucher, maman. Mais on se sépare aussi. Comment cela pourrait-il ne pas être le cas ? C'est le fardeau du temps de séparer ceux qui s'aiment. Avancer, c'est aussi s'éloigner, n'est-ce pas ?
Ma mère, oui.
Nous n'avons jamais été aussi loin l'une de l'autre. Même quand nous partageons la même ville, la même rue, le même toit, le même air, même quand nous partageons tout, nous sommes distantes. Et elle me donne l'impression que c'est de ma faute, comme si c'était moi qui partais. Mais n'a-t-elle pas dit « avance » ?
Et « choisis », alors ? L'a-t-elle prononcé également ?
Non. Cela ne lui arrive jamais d'être claire, d'être franche, de ne pas imposer à ses mots des détours à travers son regard, ses mains, les moues de son visage ou les sous-entendus de sa voix. Ma mère joue avec les signes et les non-dits. Elle manipule mon cœur et courbe mes sentiments. Il y a ce qu'elle est et ce qu'elle renvoie, ce qu'elle pense et ce qu'elle dit. Et entre les deux, des nuages comme des murs de secrets.
Souvent, ces derniers temps, je pense à elle. Peut-être parce que mes doigts tâtonnent pour connaître ses limites. Que veut-elle ? Qu'attend-elle de moi ? Que pense-t-elle ? Qu'espère-t-elle ? Comment la satisfaire ? Comment ne pas la décevoir ? Comment être celle qu'elle veut que je sois ? Et à quoi dois-je renoncer ? Que ne puis-je pas changer ? Quelles valeurs doivent être les miennes ? Quelles idées ne puis-je pas avoir ? J'ai l'impression de devoir tout deviner. Pourtant, quand je me trompe, son rappel à l'ordre est brutal comme une claque. Elle me blesse, me met en colère et m'interroge. Et si elle avait tort ? Et si elle se trompait ? Et si son horizon n'était pas le bon ? Comment savoir ? « Choisis, Alyona ! Décide-toi ! » Ses idées sont-elles meilleures que les miennes ? Sont-elles celles qu'il faut ?
Elle sait comment m'attendrir. Quand elle m'appelle à son bureau, quand elle dépose une toile dans ma chambre, quand elle glisse son parfum de citron dans la maison, quand elle me parle du passé, quand elle prend cette voix, ce timbre de confidence, cette douceur qui me donne l'impression que je suis importante. Comment se dresser contre elle ? Comment remettre en question ses croyances ? Comment douter ? C'est ma mère, mon sang, ma fierté. Puis-je lui être infidèle plus qu'aux autres ? En ai-je le droit, moi qui lui dois tout ?
Maman, parfois tu me rends folle.
Je l'aime comme cette enfant de dix ans qui voit dans la silhouette maternelle toute la force, la tendresse et la grandeur du monde. Je lui en veux comme cette adolescente qui reconnaît le mépris et l'ambition dans son regard terreux. J'en suis fière comme cette sorcière toute jeune qui découvre le bonheur de raconter aux autres que sa mère est Secrétaire d'État. Je la condamne comme cette jeune adulte qui perçoit dans son comportement l'égoïsme, la haine et la soif de pouvoir. Elle me tranche le coeur en deux.
Comment penser, alors ? Que penser ? Qu'écouter ? Quel jugement poser ? Puis-je être dure ? Dois-je l'être ? Ai-je tort de l'observer si froidement ? Est-ce que je me trompe ? Devrai-je tenter de la comprendre ? Ma mère ! que je ne comprends pas. À qui j'en veux. Qui me secoue dans chacune de mes pensées. Dont je réprouve l'hostilité.
Et que j'aime, oui, que j'aime tellement que pour un de ses sourires, je pourrais tout accepter. Merlin, comme le monde est cruel.
Mon regard est tombé sans bruit dans ma tasse. Je me demande, parfois, si je suis seule à connaître ces difficultés. Dans cette salle au parfum de la banalité, qui peut se targuer de n'avoir aucune douleur de famille ? Est-ce possible que ce soit aussi la justification de la présence de cette deuxième rousse solitaire, à quelques mètres de moi ? Qui sait ?
Je porte ma tasse à mes lèvres.
Merlin, je n'ai que ce mot à la bouche. Avance. Il flotte à la surface de ma tasse et se reflète sur ma cuillère. À croire que je l'ai bavé partout.
Avance, Alyona ! Arrête de tomber, arrête de douter, arrête de toujours ressasser, là, tout le temps, à mâcher sans cesse les mêmes pensées. Il y a un moment où il faut passer à autre chose, faire un choix, décider, trancher, ne plus stagner, en décomposition, ne pas prendre racine dans de la boue, lever la tête, regarder loin et avoir un peu d'ambition. Merlin, c'est trop demandé ? Tu as de la force ou tu n'en as pas, il faut savoir. Tu es ma fille ou tu ne l'es pas, il faut te décider. Alors, tu mets les voiles ou tu restes au port ? Le monde ne t'attendra pas.
Par Circé, je n'arrête pas de penser à ma mère.
Ma mère.
Elle est partout là où j'erre. C'est elle qui dégouline de moi, dans la rousseur de mes cheveux, la finesse de mes traits, l'arrondi de mon nez, la blancheur de ma peau, la forme de mon corps, et même dans les gestes qui sont miens et les mots que je choisis. On s'emmêle sans se toucher, maman. Mais on se sépare aussi. Comment cela pourrait-il ne pas être le cas ? C'est le fardeau du temps de séparer ceux qui s'aiment. Avancer, c'est aussi s'éloigner, n'est-ce pas ?
Ma mère, oui.
Nous n'avons jamais été aussi loin l'une de l'autre. Même quand nous partageons la même ville, la même rue, le même toit, le même air, même quand nous partageons tout, nous sommes distantes. Et elle me donne l'impression que c'est de ma faute, comme si c'était moi qui partais. Mais n'a-t-elle pas dit « avance » ?
Et « choisis », alors ? L'a-t-elle prononcé également ?
Non. Cela ne lui arrive jamais d'être claire, d'être franche, de ne pas imposer à ses mots des détours à travers son regard, ses mains, les moues de son visage ou les sous-entendus de sa voix. Ma mère joue avec les signes et les non-dits. Elle manipule mon cœur et courbe mes sentiments. Il y a ce qu'elle est et ce qu'elle renvoie, ce qu'elle pense et ce qu'elle dit. Et entre les deux, des nuages comme des murs de secrets.
Souvent, ces derniers temps, je pense à elle. Peut-être parce que mes doigts tâtonnent pour connaître ses limites. Que veut-elle ? Qu'attend-elle de moi ? Que pense-t-elle ? Qu'espère-t-elle ? Comment la satisfaire ? Comment ne pas la décevoir ? Comment être celle qu'elle veut que je sois ? Et à quoi dois-je renoncer ? Que ne puis-je pas changer ? Quelles valeurs doivent être les miennes ? Quelles idées ne puis-je pas avoir ? J'ai l'impression de devoir tout deviner. Pourtant, quand je me trompe, son rappel à l'ordre est brutal comme une claque. Elle me blesse, me met en colère et m'interroge. Et si elle avait tort ? Et si elle se trompait ? Et si son horizon n'était pas le bon ? Comment savoir ? « Choisis, Alyona ! Décide-toi ! » Ses idées sont-elles meilleures que les miennes ? Sont-elles celles qu'il faut ?
Elle sait comment m'attendrir. Quand elle m'appelle à son bureau, quand elle dépose une toile dans ma chambre, quand elle glisse son parfum de citron dans la maison, quand elle me parle du passé, quand elle prend cette voix, ce timbre de confidence, cette douceur qui me donne l'impression que je suis importante. Comment se dresser contre elle ? Comment remettre en question ses croyances ? Comment douter ? C'est ma mère, mon sang, ma fierté. Puis-je lui être infidèle plus qu'aux autres ? En ai-je le droit, moi qui lui dois tout ?
Maman, parfois tu me rends folle.
Je l'aime comme cette enfant de dix ans qui voit dans la silhouette maternelle toute la force, la tendresse et la grandeur du monde. Je lui en veux comme cette adolescente qui reconnaît le mépris et l'ambition dans son regard terreux. J'en suis fière comme cette sorcière toute jeune qui découvre le bonheur de raconter aux autres que sa mère est Secrétaire d'État. Je la condamne comme cette jeune adulte qui perçoit dans son comportement l'égoïsme, la haine et la soif de pouvoir. Elle me tranche le coeur en deux.
Comment penser, alors ? Que penser ? Qu'écouter ? Quel jugement poser ? Puis-je être dure ? Dois-je l'être ? Ai-je tort de l'observer si froidement ? Est-ce que je me trompe ? Devrai-je tenter de la comprendre ? Ma mère ! que je ne comprends pas. À qui j'en veux. Qui me secoue dans chacune de mes pensées. Dont je réprouve l'hostilité.
Et que j'aime, oui, que j'aime tellement que pour un de ses sourires, je pourrais tout accepter. Merlin, comme le monde est cruel.
Mon regard est tombé sans bruit dans ma tasse. Je me demande, parfois, si je suis seule à connaître ces difficultés. Dans cette salle au parfum de la banalité, qui peut se targuer de n'avoir aucune douleur de famille ? Est-ce possible que ce soit aussi la justification de la présence de cette deuxième rousse solitaire, à quelques mètres de moi ? Qui sait ?
Je porte ma tasse à mes lèvres.
#466962 ‖ Botaniste au Jardin de Draíocht
Éconduire le brouillard
682
A cet instant, Britanny aimerait être dans un bain d'eau froide. Que cette brûlure glacée occupe complètement son esprit, sans laissé l'opportunité à ses pensées de se conforter dans l'espace de sa tête. Elle pourrait même plonger sa tête sous cette eau, pour étouffer les sons extérieurs. Ne plus rien entendre qui pourrait stimuler son esprit. Elle aurait aimé mettre son esprit sur pause, ne rien entendre, de rien sentir, ne rien ressentir, pouvoir se concentrer uniquement sur une chose. Pouvoir rediriger sa déception, ses craintes, sa frustration, sa colère et sa peine, dans une douleur physique uniquement. Et n'avoir à ce soucier uniquement de cela. Sous l'eau, elle serait comme isolée. Protégée de tous ces évènements, ne pas avoir à y faire face, le temps de quelques secondes. Mais le rhume puissant qu'elle avait développé cette fin de vacances ne lui avait permis qu'une échappatoire sous la couette. Et seul le sommeil l'avait sauvé de ses tourments.
En observant la surface de son chocolat chaud, elle se demandait si, en fait, elle ne pourrait pas se noyer si elle ne parvenait pas à avancer. Se noyer sous toutes ces choses qu'elle avait enduré cette année. Toutes ces peines qui l'avaient accompagnées. Parfois, elle avait en effet eu l'impression d'étouffer. L'impression qu'il y avait trop de choses d'un coup. Qu'elle ne parvenait pas à retrouver la surface, rattrapée à chaque fois par des pensées négatives, qui se superposaient directement aux moments de bien-être. Et le poids qui se rajoutait ainsi à chaque fois semblait peser lourd. Elle savait que rentrer à Flagley-le-Haut était une bonne décision - que ses parents avaient d'ailleurs pris sans réellement lui demander son avis - et que cela lui avait permis tout de même de s'éloigner du quotidien d'étudiante, retirant ainsi une sorte de pression de ses épaules. Mais elle avait eu du mal à se détacher du reste.
Elle avait pleuré pour Oslo, entourée par ses frères. Elle avait pleuré pour son poste arraché et celui qu'elle n'aurait jamais, dans les bras de son père. Elle avait pleuré pour ce poste rendu mais changé, contre sa mère. Elle avait écouté silencieusement ses frères avouer à leurs parents toutes les bêtises qu'ils avaient fait faire à leur chien, ne parvenant même pas à esquisser un sourire à ces anecdotes. Elle avait crier à l'injustice devant son père, listant les décisions absurdes qui avaient été prises, par une personne non qualifiée à son poste, d'après elle. Elle avait expliqué à sa mère, s'assurant que son père n'écoutait pas, qu'elle ne savait même pas si elle voulait vraiment revenir dans l'équipe, avec l'impression de devoir de nouveau s'y faire une place. Une deuxième fois, alors que ce n'avait pas été facile pour elle, la première fois, et sous la supervision de quelqu'un qu'elle avait elle-même aidé à s'améliorer. Elle avait l'impression de devoir tout reconstruire, alors que tout était là, une seconde avant. On avait comme soufflé sur cette flamme de passion, et elle se sentait épuisé à l'heure qu'il est pour réussir à la rallumer. Epuisée par ce cumul d'évènements.
Une goutte d'eau tomba dans la tasse, ébranlant le calme du liquide. Egalement troublée par le mouvement, Britanny se reconnecta à ses sens. La trainé humide qu'elle sentit sous son œil indiqua qu'il s'agissait d'une larme. Elle essuya la zone rapidement et plongea sa cuillère dans la tasse en remuant doucement. Elle noya ainsi les mouvements provoquée par sa larme, dans le tourbillon créé. Personne ne pourrait se rendre compte alors des tourments qui l'agitaient. Elle devait les noyer, essayer de les diluer pour y faire de moins en moins attention. Les étouffer, avant qu'ils ne l'étouffent. Elle savait que les enfouir n'était cependant pas le bon moyen d'avancer, elle l'avait compris durant ses longs mois de thérapie. Mais, à cet instant, elle ne savait pas vraiment comment aller de l'avant. La peine était comme ancrée dans son corps, comme un tatouage qui la marquait désormais. Elle ne savait pas encore si tenter de le cacher serait une bonne idée, mais elle devait essayer de l'ignorer, au moins.
7ème année RP en 2050-2051 - #800000
Nos sentiments comptent
Éconduire le brouillard
Le thé chaud coule dans ma bouche et se rue dans ma gorge. J'avale, le sens descendre dans mon corps. Son goût me calme. Thé vert. Le préféré de mon père. Pourtant, à lui, le bleu va beaucoup mieux. Entre le ciel et l'eau, il navigue toujours dans cette couleur que ses yeux transportent. C'est un homme de la nature, contrairement à ma mère. Pourtant, c'est leur passion commune pour l'astronomie qui les a rassemblés. À moins que ce ne soit cette facilité à apporter à l'autre ce qui lui est nécessaire ? Un nom de choix et une place dans cette société étrangère pour l'une, et la solidité de quelqu'un qui gère sa maison et le laisse vaquer à ses occupations pour l'autre ? Difficile à dire. Mes parents sont très différents, mais Merlin sait qu'ils se complètent à leur manière, probablement parce qu'ils se comprennent. C'est le feu et l'eau qui se regardent dans les yeux. Et moi, je dois être l'air qui les fait se lever, virevolter par sa seule présence. Pour les emporter où ? Étrange famille qu'est la mienne.
Le contact de ma tasse rougit la pulpe de mes doigts. L'hiver frappe la région et les cœurs. C'est peut-être à cause de cette saison que nous sommes tous là, en solitaire ou à plusieurs, assis au chaud dans notre dôme de solitude, sans voir les autres, sans même les percevoir, et encore moins les considérer. Nous souhaitons échapper à la morsure du froid. Ou plutôt, nous préférons la remplacer par celle d'une indifférence générale les uns aux autres. Parfois, cela me dérange un peu, cette manière que nous avons dans les pubs comme celui-ci de rester chacun à notre table, sans nous mélanger. Les cloisons m'angoissent. Mais la plupart du temps, je les comprends. S'ouvrir, c'est quelquefois se fondre, et à trop se diluer on s'oublie. Cependant, à force de remuer toujours le même terreau de pensées, l'envie d'aller voir ailleurs finit par germer dans mes yeux. De chenille je me fais papillon. Métamorphose naturelle. J'abats les cartes et les toiles. Mon propre cocon s'éteint dans l'oubli. Sans quitter ma chaise, je voyage. Mon regard se lève et s'envole. Je délaisse le bois qui transforme ses éclats en échardes pour les paysages nouveaux de ces visages qui m'entourent. Je prends le risque de quitter l'abri de mon dôme.
Mes iris s'élancent et se posent sur les sorciers qui partagent avec moi cette salle. Les familles, pères, mères, enfants ; les cercles d'amis ; les adultes seuls ; les jeunes en groupe ; les jeunes seuls. Tous ont des histoires à partager. Certaines me retiennent. Je rebondis d'une phrase à l'autre, suivant les dialogues sans les comprendre totalement, à moitié absente à moi-même, ne percevant que partiellement, la majorité de mes sens demeurant tournés vers les pensées qui sommeillent dans mon crâne et constellent mon paysage intérieur. Pourquoi certains sont-ils seuls ? Cette femme là-bas espère-t-elle que sa fille deviendra une grande sorcière ? Et cet homme au regard songeur, accompagné pourtant par trois autres sorciers rieurs, quelle est l'ombre qui voile ses yeux ? Il y a quelques années, la jeune sorcière que j'étais aurait été trop intriguée, trop tentée ; elle se serait rapprochée de l'autre sorcière rousse, à l'autre bout de la salle, ou elle aurait souri à toutes ces personnes sur lesquelles son regard se serait posé. C'était sa manière de tendre une main pour balayer les nuages des uns et des autres. Désormais, j'ai changé. Quand mon regard se pose, il le fait avec pudeur et curiosité ; je n'observe plus pour agir mais pour comprendre, comparer, me projeter. Je vois plus loin. Parfois trop.
Et c'est peut-être parce que je regarde ailleurs que soudain, inévitablement et pourtant sans surprise, je repose ma tasse au mauvais endroit, ou peut-être trop brusquement, ou peut-être d'une mauvaise manière (difficile à dire, mes yeux étaient loin d'elle, ils l'avaient délaissée), d'une façon qui toutefois entraîne son contenu au-dessus des bords du récipient, comme des vagues qui se jettent sur la jetée, et implique que la chaleur de mon thé, bien loin de se glisser dans ma gorge, se dépose sur le dos de ma main et le bois de la table. Je sursaute avec un hoquet trop sonore.
Dans l'éternité de cette ambiance de café, ma plume dérape et trace une virgule. Les regards convergent sur moi. Je replonge sous ma terre, à l'abri dans les galeries de ma tanière intérieure, le cœur tonnant à un tempo imprudent. Minuit sonne, et comme le carrosse qui redevient citrouille, le papillon retourne à son état de chenille. Échec.
Le rideau est tombé, les lumières sont braquées, le public est alerte. On attend mon monologue. Ma gorge est sèche, les mots m'échappent, mais je ne baisse pas les yeux. Corps immobile jusqu'à ce que le thé parte en fumée. Je rougis.
Le contact de ma tasse rougit la pulpe de mes doigts. L'hiver frappe la région et les cœurs. C'est peut-être à cause de cette saison que nous sommes tous là, en solitaire ou à plusieurs, assis au chaud dans notre dôme de solitude, sans voir les autres, sans même les percevoir, et encore moins les considérer. Nous souhaitons échapper à la morsure du froid. Ou plutôt, nous préférons la remplacer par celle d'une indifférence générale les uns aux autres. Parfois, cela me dérange un peu, cette manière que nous avons dans les pubs comme celui-ci de rester chacun à notre table, sans nous mélanger. Les cloisons m'angoissent. Mais la plupart du temps, je les comprends. S'ouvrir, c'est quelquefois se fondre, et à trop se diluer on s'oublie. Cependant, à force de remuer toujours le même terreau de pensées, l'envie d'aller voir ailleurs finit par germer dans mes yeux. De chenille je me fais papillon. Métamorphose naturelle. J'abats les cartes et les toiles. Mon propre cocon s'éteint dans l'oubli. Sans quitter ma chaise, je voyage. Mon regard se lève et s'envole. Je délaisse le bois qui transforme ses éclats en échardes pour les paysages nouveaux de ces visages qui m'entourent. Je prends le risque de quitter l'abri de mon dôme.
Mes iris s'élancent et se posent sur les sorciers qui partagent avec moi cette salle. Les familles, pères, mères, enfants ; les cercles d'amis ; les adultes seuls ; les jeunes en groupe ; les jeunes seuls. Tous ont des histoires à partager. Certaines me retiennent. Je rebondis d'une phrase à l'autre, suivant les dialogues sans les comprendre totalement, à moitié absente à moi-même, ne percevant que partiellement, la majorité de mes sens demeurant tournés vers les pensées qui sommeillent dans mon crâne et constellent mon paysage intérieur. Pourquoi certains sont-ils seuls ? Cette femme là-bas espère-t-elle que sa fille deviendra une grande sorcière ? Et cet homme au regard songeur, accompagné pourtant par trois autres sorciers rieurs, quelle est l'ombre qui voile ses yeux ? Il y a quelques années, la jeune sorcière que j'étais aurait été trop intriguée, trop tentée ; elle se serait rapprochée de l'autre sorcière rousse, à l'autre bout de la salle, ou elle aurait souri à toutes ces personnes sur lesquelles son regard se serait posé. C'était sa manière de tendre une main pour balayer les nuages des uns et des autres. Désormais, j'ai changé. Quand mon regard se pose, il le fait avec pudeur et curiosité ; je n'observe plus pour agir mais pour comprendre, comparer, me projeter. Je vois plus loin. Parfois trop.
Et c'est peut-être parce que je regarde ailleurs que soudain, inévitablement et pourtant sans surprise, je repose ma tasse au mauvais endroit, ou peut-être trop brusquement, ou peut-être d'une mauvaise manière (difficile à dire, mes yeux étaient loin d'elle, ils l'avaient délaissée), d'une façon qui toutefois entraîne son contenu au-dessus des bords du récipient, comme des vagues qui se jettent sur la jetée, et implique que la chaleur de mon thé, bien loin de se glisser dans ma gorge, se dépose sur le dos de ma main et le bois de la table. Je sursaute avec un hoquet trop sonore.
Dans l'éternité de cette ambiance de café, ma plume dérape et trace une virgule. Les regards convergent sur moi. Je replonge sous ma terre, à l'abri dans les galeries de ma tanière intérieure, le cœur tonnant à un tempo imprudent. Minuit sonne, et comme le carrosse qui redevient citrouille, le papillon retourne à son état de chenille. Échec.
Le rideau est tombé, les lumières sont braquées, le public est alerte. On attend mon monologue. Ma gorge est sèche, les mots m'échappent, mais je ne baisse pas les yeux. Corps immobile jusqu'à ce que le thé parte en fumée. Je rougis.
Pardon pour le délai et ce post dont je ne peux pas me dire très satisfaite.
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Éconduire le brouillard
691
Le chocolat chaud était désormais complètement froid. Elle le sentait. Ses doigts qui entouraient la tasse n'étaient plus soumis à une douce chaleur. Juste le froid de la céramique. Britanny se mordit la lèvre un instant, avant de porter l'objet à ses lèvres. Le plaisir de la boisson s'était lui aussi dissipé. Ce n'était qu'un banal chocolat froid. Et dans sa gorge, il sembla rafraichir encore plus son corps, qui pourtant ne demandait que de la chaleur. Qu'une bouffée d'espoir chaude et réconfortante. Elle termina alors la tasse d'une traite, abrégeant cette désagréable sensation d'impuissance et de désarroi. La tasse fut reposée loin de sa buveuse, comme pour éloigner loin d'elle les pensées froides et amères. Mais l'espace devant elle n'était à présent que du vide. Soufflant, elle posa ses avant-bras sur la table et releva les yeux sur la salle.
Elle ne faisait que rarement attention aux gens qui l'entouraient. Une habitude qu'elle avait prise encore enfant, pour tenter de se dérober des regards insistants. Si elle ne les regardait pas, elle avait moins cette impression qu'on la regardait, elle. Mais ici, elle passait inaperçue. Une banale étudiante, si proche de la majorité qu'on ne voyait certainement pas la différence, dans un pub sorcier assez célèbre pour y trouver des personnes bien différentes. Et puis, les groupes faisaient de toute façon assez de bruits pour attirer les regards sur eux plutôt que sur les sorciers seuls. Alors elle s'autorisa à observer. Elle se demandait si elle était la seule perdue dans ce dédale de pensées difficiles et oppressantes. Si d'autres faisaient une évaluation des évènements de ces derniers mois. Si on avait aussi arraché des rêves à certains, ou si d'autres se relevaient d'une épreuve. Et puis, il y avait cette fille, aux cheveux roux. Elle aussi observait les alentours. Etait-elle aussi prisonnière de son esprit, incapable de s'en détacher ? Est-ce qu'elle observait, ou juste regardait machinalement les autres ? La rouquine baissa le regard, honteuse d'avoir été si insistante, même sans une seule parole. Ce n'était pas particulièrement poli de faire ça. Et elle ne souhaitait pas gêner cette sorcière, qui plus est. Mais devant elle, la tasse vide ne l'aidait pas à se sentir mieux. Elle jeta un coup d'œil vers la porte qu'avait emprunté son père quelques instants plus tôt. Avait-il bientôt terminé ? Elle oscillait toujours entre ce besoin d'être seule et celui d'être entourée. Souhaitant une solitude qui lui pesait finalement rapidement. Et à cet instant, elle voulait qu'il vienne combler cette espace vide qui semblait s'emparer d'elle. Que cela soit dans son environnement ou dans sa tête. Elle savait qu'il s'inquiétait. La rousse n'avait pas touché une seule fois un balai durant ces quelques jours, et ne s'était pas entrainée une seule fois, en quoi que ce soit. Et il n'avait pas demandé si elle en avait envie. Etrange, le connaissant. Lui qui prônait la résilience. "Ne jamais se laisser abattre". Il lui avait juste dit de faire comme elle le sentait. Mais même ça, elle ne savait pas quoi en faire. Elle sentait une douleur. Et pour le moment, elle la paralysait, sur divers plans.
Un bruit contrastant avec le brouhaha ambiant se fit entendre. C'était cette fille, et une maladresse banale. Mais, évidemment, elle suffisait à attirer les regards. Elle observa le visage gêné, comme aurait pu être le sien. Un épisode qui semble anodin, mais qui l'aurait rendue à coup sûr particulièrement mal à l'aise, au milieu de ces inconnus. Brusquement, et en faisant volontairement frotter bruyamment le bois contre le sol, Britanny recula sa chaise. Et voilà, une nouvelle proie pour les yeux curieux. C'était facile. Légèrement rouge - ne pouvant l'empêcher - l'anglaise se releva. L'autre fille était libérée des regards insistants. Elle récupéra sa tasse et alla la déposer au comptoir. Une fois sortie de la pièce, tout le monde aurait oublié la petite scène, et aucune des deux filles ne se sentirait plus longtemps observée. Elle se retourna alors, et s'éloigna de ces gens. Elle n'osa pas un regard vers cette autre sorcière, c'était inutile. Elles pouvaient de nouveau se replonger là où elles étaient, tranquillement.
@Alyona Farrow une fin pour moi (si ça te convient). Merci beaucoup pour ce RP, c'était un plaisir !
7ème année RP en 2050-2051 - #800000
Nos sentiments comptent
Éconduire le brouillard
Sous le feu de ces regards qui m'observent sans me voir, trébuchant sur mon propre désir de radier mon erreur, je m'emmêle les pinceaux et il me faut lancer deux fois le sort pour effacer toute trace du liquide sur la table que j'occupe. Je n'arrive pas à me concentrer, à viser juste dans mes mouvements, j'ai la sensation d'être observée, comme si la solitude de toutes ces personnes se tournait vers moi parce que je l'avais secouée et réveillée, comme si leurs pupilles s'étaient jetées sur mon dos, sur mes bras, sur mon visage et mes doigts qui s'agitent et parviennent difficilement à leur objectif. Mon souffle est retenu, coincé dans une tour d'ivoire. On m'a jetée sur scène sans me demander mon avis. Je suis le loup qui tourne dans sa cage sans comprendre qu'il y restera.
Je me sens mal à l'aise, comme si toutes mes réflexions m'avaient guidées vers un cauchemar. Je voudrais reculer, trouver une porte dans un mur et m'y fondre, ou disparaître sous la table jusqu'à ce que je service prenne fin, attendre que tout se calme, que l'année s'ouvre sur quelque chose de nouveau, qui me permettrait de découvrir et non de ressasser les mêmes problèmes. Cette tasse que j'ai renversée m'a drôlement secouée.
La lumière se jette sur ma peau, m'illumine et me dévoile. Tout droit sortie de mes entrailles serrées et inquiètes, elle m'aveugle. Pourtant, j'ai beau plisser les yeux et les conserver baissés, regard crocheté à ma table tachée, la présence du public, comme des milliers d'aiguilles glissées sous ma cape, me pique ma chair et rend mes mouvements incertains, risqués et douloureux. Je ne peux pas me dégager, je suis tenue en laisse, je suis prise au piège dans un coin sombre et poussiéreux, enfermée dans un bocal comme un vulgaire insecte, les ailes clouées au sol, et les regards, les regards sont des soleils qui me brûlent le visage et le font éclater dans chaque iris. Pourtant, aucune lumière n'est tournée vers moi. C'est de mon âme qu'est née l'ennemie, c'est de mon corps que fleurit le moisi.
Personne ne me regarde, personne ne me voit. Ma tasse a chuté, le bruit a bondi, le liquide s'est répandu, la honte est apparue, l'embarras s'est installé, le rouge a taché, les yeux se sont baissés, les muscles se sont crispés, la peur a mordu, mais aucun regard, absolument aucun regard ne s'est posé sur moi plus d'une demi-seconde. Je construis mon cauchemar.
Et, néanmoins, je suis sur scène. Le micro dans la main, la gorge sèche et nouée et les pensées éparpillées, mais contrainte à parler, à me justifier, à renoncer à mon orgueil pour déposer ma honte à leurs pieds. Je tremble un peu, c'est trop.
Que dire ? Je ne peux rien dire. Personne ne me regarde, personne ne s'intéresse. Dois-je me racler la gorge ? Dois-je oser lever les yeux ? Dois-je courir vers l'excuse pour balayer l'erreur ? Il n'y a plus aucune trace, si ce n'est celle de la gêne sur mon visage. Est-ce elle que je dois désormais chercher à effacer ? Mais comment s'y prendre sans sortilège ?
Les pensées appuient de leurs mains oppressantes sur mon corps, l'embarras frappe de son poing sur mes joues et mon ventre, et l'air se tord, chargé des réflexions que j'y ai laissées, de cette famille absente et pourtant étouffante, aux regards toujours collés sur moi, à la bouche toujours déçue, aux mots toujours acerbes. Je suis le souffle enfermé dans un ballon, qu'on comprime, qu'on comprime, qu'on comprime. Et qui éclate brusquement, cette fois sans faire le moindre bruit.
Je glisse ma baguette dans sa poche, attrape mon sac et ma cape d'une main et sors, comme un papillon de nuit qui retrouve enfin son monde, se séparant des folles lumières qui lui rongeaient l'esprit.
Les lourds rideaux de velours sont baissés doucement, laissant le public face à leur rougeur, seul lui aussi, désormais.
Je me sens mal à l'aise, comme si toutes mes réflexions m'avaient guidées vers un cauchemar. Je voudrais reculer, trouver une porte dans un mur et m'y fondre, ou disparaître sous la table jusqu'à ce que je service prenne fin, attendre que tout se calme, que l'année s'ouvre sur quelque chose de nouveau, qui me permettrait de découvrir et non de ressasser les mêmes problèmes. Cette tasse que j'ai renversée m'a drôlement secouée.
La lumière se jette sur ma peau, m'illumine et me dévoile. Tout droit sortie de mes entrailles serrées et inquiètes, elle m'aveugle. Pourtant, j'ai beau plisser les yeux et les conserver baissés, regard crocheté à ma table tachée, la présence du public, comme des milliers d'aiguilles glissées sous ma cape, me pique ma chair et rend mes mouvements incertains, risqués et douloureux. Je ne peux pas me dégager, je suis tenue en laisse, je suis prise au piège dans un coin sombre et poussiéreux, enfermée dans un bocal comme un vulgaire insecte, les ailes clouées au sol, et les regards, les regards sont des soleils qui me brûlent le visage et le font éclater dans chaque iris. Pourtant, aucune lumière n'est tournée vers moi. C'est de mon âme qu'est née l'ennemie, c'est de mon corps que fleurit le moisi.
Personne ne me regarde, personne ne me voit. Ma tasse a chuté, le bruit a bondi, le liquide s'est répandu, la honte est apparue, l'embarras s'est installé, le rouge a taché, les yeux se sont baissés, les muscles se sont crispés, la peur a mordu, mais aucun regard, absolument aucun regard ne s'est posé sur moi plus d'une demi-seconde. Je construis mon cauchemar.
Et, néanmoins, je suis sur scène. Le micro dans la main, la gorge sèche et nouée et les pensées éparpillées, mais contrainte à parler, à me justifier, à renoncer à mon orgueil pour déposer ma honte à leurs pieds. Je tremble un peu, c'est trop.
Que dire ? Je ne peux rien dire. Personne ne me regarde, personne ne s'intéresse. Dois-je me racler la gorge ? Dois-je oser lever les yeux ? Dois-je courir vers l'excuse pour balayer l'erreur ? Il n'y a plus aucune trace, si ce n'est celle de la gêne sur mon visage. Est-ce elle que je dois désormais chercher à effacer ? Mais comment s'y prendre sans sortilège ?
Les pensées appuient de leurs mains oppressantes sur mon corps, l'embarras frappe de son poing sur mes joues et mon ventre, et l'air se tord, chargé des réflexions que j'y ai laissées, de cette famille absente et pourtant étouffante, aux regards toujours collés sur moi, à la bouche toujours déçue, aux mots toujours acerbes. Je suis le souffle enfermé dans un ballon, qu'on comprime, qu'on comprime, qu'on comprime. Et qui éclate brusquement, cette fois sans faire le moindre bruit.
Je glisse ma baguette dans sa poche, attrape mon sac et ma cape d'une main et sors, comme un papillon de nuit qui retrouve enfin son monde, se séparant des folles lumières qui lui rongeaient l'esprit.
Les lourds rideaux de velours sont baissés doucement, laissant le public face à leur rougeur, seul lui aussi, désormais.
Cela me convient tout à fait ! Merci à toi de m'avoir accompagnée dans ce rp un peu particulier, c'était un plaisir. En espérant te recroiser un jour au détour de quelques mots !
#466962 ‖ Botaniste au Jardin de Draíocht