Les yeux rivés vers le sol

Samedi 12 mars 2050, dans l'après-midi


Elle aurait pu perdre n'importe quoi ! Une boucle d'oreille, un bracelet, un collier... Ce n'était pas ce qui manquait, avec tous les bijoux qu'elle portait. Mais non, il avait fallu qu'elle fasse tomber la seule bague qu'elle possédait. Elle n'en avait qu'une, une petite bague plaquée or, avec une petite émeraude ronde sur le dessus, et il avait fallu qu'elle la perde. Renn était dégoûtée. Si encore elle s'en était aperçue tout de suite, qu'il manquait quelque chose autours de son annulaire droit... Mais non, elle venait à peine de passer l'entrée de la salle commune quand elle s'en rendit compte : la bague avait disparu.

La voilà qui se retrouvait donc à marcher dans ses propres traces, suivant le chemin inverse de celui qu'elle venait de faire, les yeux rivés sur le sol. Renn sentait déjà une tension apparaître dans sa nuque, à force d'être ainsi penchée en avant. Elle releva la tête en arrière, histoire de s'accorder une petite pause. Pause qu'elle prit en s'adossant quelques instants au mur du hall d'entrée. Renn soupira. Elle venait déjà de faire tout le chemin inverse depuis sa salle commune, traversant tous les couloirs par lesquels elle était passée en remontant. Parce qu'elle était certaine d'une chose : elle avait encore sa bague à son doigt avant de sortir faire un tour dans le parc, un peu plus tôt. Il ne lui restait plus que les extérieurs de l'école, soit la partie la plus longue de son parcours, en réalité. Rien que d'y penser, c'était décourageant.

*Bon allez Renn, plus vite tu sors plus t'as de chance de la retrouver.* Elle se décolla du mur, et sortit dehors, sans aucune once de motivation. Enfin si, peut-être une puisqu'elle était dehors à chercher du mieux qu'elle pouvait une petite bague probablement perdue dans l'herbe, mais ce n'était pas grand chose.

C'est les mains enfoncées dans ses poches et le bas du visage caché sous son écharpe que Renn tenta de retrouver son parcours. Elle avait retenu plus ou moins des passages clefs, mais de là à marcher exactement dans ses pas... On ne peut pas autant lui en demander. Donc elle faisait de l'approximatif, s'attardant un peu plus à certains endroits qu'à d'autres.

La brune finit par arriver à proximité d'une fille, installée dans un coin par lequel elle était passée plus tôt dans la journée. Elle ne savait pas trop ce qu'elle faisait, et n'avait pour le moment pas la moindre envie de le savoir. Mais la fille était bien la première qu'elle croisait qui était susceptible d'avoir pu voir quelque chose, peut-être qu'elle pourrait lui demander ?

« Excuse-moi ? T'aurais pas vu une bague par terre, par hasard ? »

Point positif d'être impulsive, finalement, Renn n'avait pas réfléchi deux fois avant de poser sa question. Elle adressa un sourire gêné à la fille, sachant pertinemment qu'elle la coupait dans son activité.

@Elsie Clancharlie et voilà ! Dis-moi s'il y a quelque chose à modifier ^^

रेन #241431 — 7ème année, 18 ans
« elle viendra un jour de pluie dessiner le soleil »

Les yeux rivés vers le sol
Poudlard, 12 mars 2050
Elsie, 15 ans (Cinquième année)
Parc


Prise dans le feu faustien du sensible, Elsie effleurait sa renaissance à la surface du Parc. Les amandes pianesques de ses yeux s'y posaient avec la grâce de l'hirondelle qui, dit-on, revient toujours chanter au printemps. Quel spectacle ! A la lisière entre l'effroi et la fascination, l'adolescente s'enthousiasmait devant la Géante nature, qui déployait ses charmes subtils jusqu'aux confins de l'horizon. Le paysage était semblable à ces allégories antiques (souvent féminines, s'était souvent étonnée Elsie) dont les formes généreuses se portent garantes d'un temps clément, de la fertilité des sol et des êtres, de la vie, du printemps. Les hommes avaient tant représenté la nature dans des œuvres picturales devenues incontournables que la jeune fille ne savait plus si ce qui l'émerveillait tant était du à l'immensité de la nature ou aux corrélations artistiques que celle-ci provoquait en son for intérieur. Peu importait, cette beauté était à la lisière de l'innommable, pour ne pas dire de l'impensable. On ne pense pas le sublime.

Immobile comme un hêtre, perdue dans des pensées ondoyantes et fugaces, Elsie-la-songeuse respirait, par le corps et par l'esprit, hors de son cabinet de travail. Son métronome intérieur entonnait une bergamasque.

Ce rythme pastoral fut brisé par un contrepoint venu d'Ailleurs, une voix dont Elsie n'eut pas le temps d'identifier la provenance, ni de comprendre le sens qu'elle portait. Les mots arrivaient en ordre dispersé et se cognaient contre son crâne sans faire sens. Prise à contrepied, elle sursauta, surprise, et rendit à son interlocutrice le sourire gêné qui lui était adressé. Ne pas répondre était d'une impolitesse pure, qui lui pèserait longtemps sur la conscience. Même si cette incursion était venue bouleverser le calme de ses pensées, Elsie n'était pas en colère ; elle transpirait de honte, car elle ne savait même pas ce qui lui était demandé (car il lui semblait bien qu'on lui avait posé une question ; n'est-ce pas d'ailleurs le point de départ de toute discussion ?)...

« Q-quoi ? » balbutia-t-elle, les sourcils légèrement froncés.

Elle n'avait rien trouvé de mieux que cette formulation aussi bancale que spontanée, trahissant sa faiblesse d'emblée. La situation était à vrai dire fort inconfortable, et elle se maudissait d'être aussi distraite dans ces moments de solitude, qui la rendaient ridicule dès lors qu'elle était amenée à échanger avec d'autres personnes. Habituée au confort de ses rêveries solitaires et intérieures, elle avait eu une tendance (qui allait croissant au fil des années) à ne pas aller à la rencontre du Visage de l'Altérité, bien qu'elle fut consciente de ce qu'elle manquait. Mais l'idée même d'autre lui donnait des frissons, puisqu'elle appelait une conversation, une compréhension mutuelle, et Elsie avait l'impression d'être de moins en moins apte à se faire comprendre. Prisonnière aveugle de son Intérieur, elle s'était rendue incapable de sortir de la cage qu'elle avait créée.

« Je... Je suis désolée, je n'ai pas écouté ce que tu m'as dit. Que se passe-t-il ? »

*J'ai l'air de quoi, Merlin*

Cet aveu lui coûtait, mais Elsie détestait le mensonge. Elle préférait s'exposer à la colère des autres que de déformer la substance malléable du réel. Quand il lui semblait pertinent de parler (ce qui n'était certes pas fréquent), elle le faisait toujours avec franchise, d'une voix atone, tranchante car calme, douloureuse car sincère. Ses parents lui avaient souvent dit qu'elle n'avait pas le compliment facile. Son goût pour le vrai était, dans le bal masqué du monde social, parfois très mal reçu. Mais il constituait aussi une qualité, car on savait toujours à quoi s'en tenir lorsqu'on s'adressait à elle, songeait Elsie, toujours aussi mal à l'aise cependant. Elle avait confessé ne pas avoir intercepté correctement les paroles de la Rouge, et craignait que cette dernière ne s'en offense : on a coutume de tenir en horreur ceux qui ne nous écoutent pas.

Elsie plongea les mains dans ses poches et se redressa, pour se donner une certaine contenance.*Hmmm* Elle lança à l'adolescente un regard interrogateur : ça y est, elle était disposée à entendre la requête.

Plus voir qu'avoir

Les yeux rivés vers le sol
Renn restait plantée là, devant la fille, en attendant une réponse. Réponse qui tardait à arriver... Visiblement, elle avait tellement surgi de nulle part dans l'univers de sa camarade que cette-dernière n'avait eu le temps d'enregistrer la question. Donc Renn restée là, avec son sourire gêné et le sentiment d'avoir trop dérangé la brune.

« Q-quoi ? »

Ah. Super, elle n'avait absolument pas écouté ce que Renn lui avait demandé. Ses épaules s'affaissèrent, Renn passa une main dans ses cheveux. Elle n'était pas spécialement mal à l'aise, juste gênée d'avoir autant dérangé sa camarade pour... pas grand chose finalement. Certes, elle était dégoûtée d'avoir perdu sa bague, mais de là à interpeller quelqu'un qui à coups sûrs ne l'avait même pas remarquée dans l'herbe ?

« Non mais t'inquiète si t'es occupée c'est pas grave je vais voir quelqu'un d'autre ! commença-t-elle précipitamment. Ou j'arrête de chercher parce que j'en ai marre, enfin bref. Je cherchais une bague, je l'ai perdue je sais pas où et je sais pas quand, mais comme j'étais par là tout à l'heure je me demandais si tu l'avais pas vu par hasard ? »

Mais si sa camarade n'avait pas aperçu un quelconque bout de bijou près de l'endroit où elle s'était installée, Renn abandonnait. Elle avait l'impression de chercher une aiguille dans une botte de foin, un grain de sel dans un tas de sable. Bref, elle en avait marre, tant pis pour sa bague. A tout moment quelqu'un était tombé dessus avant elle, et l'avait récupéré sans savoir à qui elle appartenait.

« Après si tu l'as pas vu c'est pas grave, hein, tant pis, finit-elle dans un haussement d'épaules. »

Renn ne criait pas défaite facilement. Pourtant, elle avait débuté sa recherche vaine avec si peu de motivation qu'elle laissait tomber. Elle renfonça ses mains dans les poches de sa veste.

« Je t'ai pas trop dérangée au moins ? »

@Elsie Clancharlie Je suis vraiment vraiment désolée pour le retard :/

रेन #241431 — 7ème année, 18 ans
« elle viendra un jour de pluie dessiner le soleil »

Les yeux rivés vers le sol
Elsie demeurait très embarrassée par cette situation. Son esprit avait quitté son corps si doucement qu'elle ne l'avait pas senti s'éloigner d'elle. Il avait glissé entre les pierres massives de son crâne comme un filet d'eau clair, et avait dégouliné avec grâce sur les herbes aussi folles que raisonnables du Parc. C'était à se demander si ce n'était pas elle qui devenait *folle* — à lier le verre et l'airain, le bleu et le vert.

L'impression d'avoir blessé sa camarade l'envahit en observant les épaules de la Rouge et Or s'affaisser soudainement. Avait-elle paru si rustre, si taciturne ? Il est vrai que la compagnie des autres me met parfois mal à l'aise, reconnut-elle dans le secret de ses pensées. Mais jamais je n'ai je crois éprouvé de haine, de ressentiment envers ses Reflets-de-Chair, si ressemblants et et si atrocement différents. Un frisson parcourut son échine : elle était droite, si droite d'un coup, *méprisante presque*, dans un corps qui se jouait d'elle. Toute sa volonté luttait avec vigueur contre l'inertie de ses membres mais en vain, en vain. Rien n'y faisait et Elsie Clancharlie s'enfonçait dans sa honte, sa colère d'avoir honte et sa honte d'être en colère. Que peut-on contre le sourire narquois d'une enveloppe scellée ? Rien sans doute, car elle demeura aussi raide que le tronc d'un pin d'Alep.

« Tu... Non, non, tu ne m'as pas dérangée, j'étais juste perdue dans mes pensées. Je suis... J'suis vraiment désolée. »

La suspension de ses phrases en disait long sur son trouble, à en faire noircir un peu plus les eaux sombres du Lac. Elle avait perdu l'usage de la langue, elle était le pendant de l'oreille de Vincent, amputée d'une partie d'elle-même, noyée au bord du navire censé la relier aux terres lointaines des Autres. De l'embarras au trouble il n'y avait qu'un pas, qu'un pont fait du bois de Noé.

Maintenant qu'elle avait compris — avec un léger retard — la nature de la quête de cette héritière de Godric, peut-être aurait-elle l'intelligence de retrouver sa bague ? Sans doute était-ce la meilleure manière de se racheter, et de jeter par-dessus bord ce prélude chaotique afin qu'il s'enfonce lentement dans les flots du Léthé.

« Je veux bien t'aider à la retrouver ! Tu penses que quelque chose pourrait me permettre de la distinguer ? »

Plus voir qu'avoir