Farce à retardement
Dimanche 22 juin 2042
Juste avant le couvre-feu
Juste avant le couvre-feu
Un dernier coup d’éclat, voilà ce que je souhaitais. Une ultime farce en ces murs entre lesquels j’ai eu plus d’un tour dans mon sac durant les sept dernières années. Demain, je vais emprunter le Poudlard Express pour la toute dernière fois et, bien que je sois heureuse d’en avoir enfin fini avec l’école, j’ai envie de laisser une trace même après mon départ, aussi infime soit-elle.
Bien sûr, je n’aspire pas à lancer des feux d’artifices dans la grande salle. Car même si je ne risque plus de me faire renvoyer, à la veille de mon départ, j’ai toujours préféré les farces plutôt discrètes. De celle qui vaille des réprimandes mais rarement des punitions. Alors que je compte terminer mon œuvre comme je l’ai commencé : dans la discrétion.
C’est pour cette raison que j’ai profité de la dernière sortie à Pré-au-Lard pour me rendre chez Zonko. J’ai longuement hésité entre ces étalages remplis de farces et attrapes. Il est difficile de faire un choix lorsque l’on sait que c’est la dernière fois et qu’on n’a pas une idée précise en tête tant les possibilités sont multiples. D’autant plus qu’il fallait que la farce puisse tenir assez longtemps pour ne s’activer qu’à la rentrée prochaine et je comptais sur la collection de la boutique pour m’aider dans la manoeuvre. Je suis rentrée au château après plus d’une heure de recherche mais impatiente de mettre mon plan à exécution.
Ce soir, j’ai avalé rapidement mon repas, ensuite j’ai attendu les dernières minutes avant le couvre-feu que la plupart des élèves soient retournés dans leur dortoirs pour faire un détour par les toilettes des filles. Là, Je me suis approchée du lavabo le plus éloigné de l’entrée et j’ai déposé, au coin de celui-ci, le petit objet que j’avais gardé toute la soirée dans ma poche: un savon sauteur. Normalement, avec le départ du train demain matin, il devrait y avoir peu de passages par ici en cette fin d’année scolaire. J’ignore qu’elle était la durée de vie de ce genre d’objets, mais s’il ne tenait pas les deux mois d’été, les toilettes seront peut-être remplies de petites grenouilles à la rentrée prochaine, ce qui n’enlevait rien à la drôlerie de la chose.
C’est étrange de me dire que je ne verrais peut-être jamais le résultat de cette farce, mais je trouve cela satisfaisant en même temps. C’est ce que je veux, après tout. Laisser une petite trace après ma scolarité. Qu’une élève que je n’ai peut-être jamais croisé dans les couloirs puisse un peu me connaitre. J’ai tout de même missionné une amie un peu plus jeune de surveiller cela de près et de m’informer si mon stratagème avait marché.
@Dawn Wolf
Employée chez Madame Guipure depuis le 28 février 2050
Farce à retardement
2 septembre 2042
Dawn venait de terminer son tout premier cours de magie de sa scolarité, un cours de métamorphose. Sa journée avait déjà mal commencé car, en plus d'avoir le trac, elle s'était perdue dans le dédale des couloirs du château et avait failli arriver en retard au cours, ce qui avait ajouté un stress supplémentaire à tout ceux qu'elle avait déjà...
Ce n'était pas facile pour l'enfant de onze ans qui débarquait dans un monde qu'elle ne connaissait pas: l'école. Scolarisée à la maison au contraire de son petit frère, Dawn avait développé un tempéramment très solitaire et timide. Alors, du jour au lendemain, se trouver loin des siens et être plongé dans un milieu aussi peuplé d'inconnus que Poudlard avait de quoi la paniquer.
La jeune fille se rendit aux toilettes des filles, pas tant pour assouvir un besoin pressant mais plutôt pour souffler un peu durant l'intercours. Elle s'était promis de repérer les différentes salles dans lesquelles elle aura ses prochains cours, mais vingt minutes étant de toute façon trop court pour entreprendre quoi ce ce soit de cet ordre, elle préférait tenter de se détendre avant de retourner dans le tumulte de la vie scolaire.
Sortant de l'une des cabines de toilettes, elle s'approcha d'un lavabo. Dawn ouvrit le robinet et entreprit de passer de l'eau sur son visage. La fraicheur du liquide incolore lui remit un peu les idées en place, même si elle était consciente qu'il lui faudrait bien plus pour s'adapter à sa nouvelle vie.
Elle n'était plus seule dans la pièce. D'autres filles l'avaient rejointe et défilaient vers les cabines. Il était temps pour Dawn de libérer les lieux. Elle attrapa le savon qui était déposé sur le bord du lavabo et le plongea sous l'eau qui tombait du robinet. Quelques secondes ont suffi pour que le bloc de savon, qui semblait normal à première vue, se mette à libérer des dizaines de petites grenouilles. La gamine lâcha le savon et recula d'un pas, sous le choc. Bien sûr, toujours sous l'eau, le bloc continua à libérer sa farce mais Dawn ne savait pas quoi faire tant les petits batraciens avaient envahi la pièce et commençaient à mettre la pagaille en effrayant les autres filles.
La jeune gryfonne recula d'encore quelques pas en direction de la porte. Elle avait l'impression que c'était sa faute et qu'elle devait réagir, mais n'avait aucune idée de la marche à suivre. Tout autour, des cris résonnaient si bien qu'un adulte ne tarderait sans doute pas à intervenir. Par crainte de se faire punir alors qu'elle n'était pas en faute, elle poussa la porte encore plus stressée que lorsqu'elle était entrée dans les toilettes. Elle ignorait qui avait bien pu lui jouer ce genre de tour mais elle se serait bien passée de toutes ces émotions.
**Étudiante à la FSCM, 2e année Vétérinomagie spécialité Créatures aquatiques**
La force de la meute est dans le loup. La force du loup est dans la meute.