Tenter de tirer son épingle du jeu solo

Vendredi 1e novembre 2047


Ca y est, je l’ai fait. Je n’aurais jamais cru m’en sentir capable. Après quatre années passées à travailler dans cet atelier, j’ai enfin trouvé le courage de déposer ma démission. J’ai beaucoup appris à cet endroit : la rigueur qu’il me manquait et des techniques de couture professionnelles que l’on apprend pas lorsque l’on apprend presque en autodidacte. Tous les jours, je me suis rendue au travail. J’ai réparé ou retouché des tenues, raccourci ou élargi des capes, ajouté une petite broderie pour rendre un vêtement un peu plus original. Et ce, sans jamais voir la tête des clients. Parfois, nous avions la chance de pouvoir travailler sur une robe de mariée. De toutes les tâches, c’était ma préférée, car elle demande du temps, de la minutie et beaucoup de travail. Mais je n’étais pas la seule à le vouloir et les occasions étaient malheureusement rares. Avec le temps, je me suis lassée de mon métier, lassée de passer mes journées à travailler sur des vêtements imaginés par d’autres.

Mon rêve, ce serait d’ouvrir ma boutique et d’y vendre mes propres créations. Je voudrais créer ma marque et être reconnue dans le milieu de la mode et de l’habillement. Travailler pour moi seule et être au contact des gens. C’est ce sens que j’aimerais donner à ma vie et ce à quoi j’aspire depuis que j’ai commencé la couture auprès de ma grand-mère. Qu’est-ce qu’elle serait fière de moi si j’y arrivais.

J’ai fini par me rendre compte que tout cela prenait du temps et que si je voulais y parvenir, j’allais devoir m’en dégager. Démissionner est alors devenu un besoin. J’ai longtemps tardé à le faire. D’habitude si impulsive, le confort d’un salaire fixe avait pris le pas sur mes réelles envies. Mais je ne pouvais plus me lever chaque matin en attendant seulement la fin de la journée. Alors j’ai sauté le pas. C’était effrayant mais si libérateur. Je me sens enfin libre de répondre à toutes mes idées. J’ai l’impression d’être à nouveau capable de respirer. Cela me fait un bien fou au moral.

Je sais que je suis encore jeune, j’ai à peine vingt-trois ans. Ma carrière ne fait que commencer et j’ai encore beaucoup à apprendre. Je n’ai ni contact dans le milieu, ni clientèle fidèle. Mais j’ai le sentiment que c’était le bon moment pour me lancer. Le réseau solide qu’il me manque, je vais me le créer. Peu importe le temps que cela prendra, je suis déterminée à aller au bout des choses. Et puis, l’avantage, c’est que je n’ai pas encore quitté le domicile de mes parents. Ils peuvent bien m’héberger quelques temps supplémentaires. Je saurais comment les remercier si mon rêve devient réalité. Il ne reste plus qu’à leur annoncer ma démission…

Employée chez Madame Guipure depuis le 28 février 2050

Tenter de tirer son épingle du jeu solo
Lundi 4 novembre 2047


Est-ce que j’ai déposé ma démission sans même avoir réfléchi à ce que j’allais faire concrètement ? C’est bien possible. Mais pour l’instant, prise dans l'euphorie du moment, je ne m’en inquiète guère. Je suis juste heureuse d’avoir fait ce premier pas.

Je sais ce que je veux de toute façon. J’ai déjà dessiné quelques croquis de ma collection vêtements et j’ai même créé un ou deux prototypes. Du point de vue créatif, je ne suis pas en manque d’idées et je sais où je veux mener ma barque. Mon objectif final est clair et bien ancré dans ma tête ainsi que dans mon cœur. Ce qu’il me manque, c’est le côté “Business”. Je n’ai aucune idée de comment mener une affaire et encore moins comment gérer une boutique. Je n’ai pas de notion de législation, ni de comptabilité. Ce n'est pas ma partie préférée mais j’apprendrai

De toute façon, avant de pouvoir ouvrir une boutique, je vais devoir mettre pas mal d’argent de côté. Mon précédent boulot ne me permettait pas d'économiser énormément et maintenant, je n’ai plus aucun revenu. Difficile d'établir un Business plan sur base de rien. Mon entreprise, je vais la débuter dans ma chambre, chez mes parents. J’y ai déjà le matériel nécessaire à mon activité : Des mètres de tissus, du fil, des aiguilles, une machine à coudre et même un mannequin. La plupart des objets hérités de ma grand-mère, elle-même couturière.

J'ai tout de même une idée précise de la toute première étape de mon projet. Pour commencer, je dois trouver des clients et ils ne vont pas apparaître comme par magie, même après avoir étudié à Poudlard. Je vais devoir aller les chercher, les intéresser à mon travail. Et pour cela, j'ai commencé par répandre la nouvelle autour de moi: la famille éloignée, les amis, les voisins, d'anciennes connaissance de l'école, j'ai fait en sorte que tous soient au courant de ma nouvelle activité. Mais je ne peux pas m'arrêter là et compter sur le simple bouche à oreille. Alors, je me suis assise derrière mon bureau où j'ai entrepris la création d’une petite affiche que j’ ai dupliqué un nombre incalculable de fois.

Et me voilà dans les rues de Godric's Hollow, placardant mes feuillets un peu partout sans me soucier si je peux faire une telle chose où si j'aurais dû demander une autorisation avant. Je fais tout de même attention aux endroits où je les colle, respectant les bâtiments. J'en distribue également au passant et en dépose dans des commerces. J'en ai trop de toute façon.

Si avec ça la capitale n'est pas au courant qu'un nouvel atelier de couture et de création textile ouvre en ville, je ne sais pas ce que je dois faire…

Employée chez Madame Guipure depuis le 28 février 2050