Solo L'infini se fracasse et les mouettes

L'infini se fracasse et les mouettes (me narguent sans fin de la crête)

Voir la mer et mourir
- en paix en se perdant dans l'âme de l'océan, cette abysse sans fond qui n'admet pas de fin, ce délice absurde d'une étendue grise qui au loin s'épuise en côtoyant les sirènes, qui dans une folie soudaine concurrencent les selkies, folklore contre folklore en une valse incessante, et moi entre les deux qui ne sait plus quoi faire. Je n'ai pas vu Naples, mais j'ai vu la mer.

La Tamise est bien triste dans son lit si étroit. Moi je n'avais vu qu'elle ; maintenant, elle me déçoit. Ses eaux grises n'étaient là que pour nous tourmenter ; mais maintenant je le sais, la mer, la mer ! , elle, elle me fait rêver. Je voulais une étendue sur laquelle glisser mon regard, repousser les barrières ; avec des ailes je rêvais que mon regard planait jusqu'à l'autre bout du monde. J'ai eu un infini -omniscient, impassible mais fier. Je n'ai pas vu Naples, mais j'ai vu la mer.

Je me demande pourquoi cela n'était pas arrivé avant. Finalement tant de choses n'arrivent juste pas. Elles s'asseyent là en silence, en attendant leur tour, fantômes qui peuplent nos vies sans qu'on ne s'en rende compte, et puis elles crient un peu, pour qu'on se rappelle d'elles, et l'on se demande alors ce que l'on attendait, comme si l'on avait toujours su qu'elles étaient là. Moi je ne savais pas que je voulais voir la mer ; mais maintenant que je l'ai vu, je peux
Dernière modification par Ada Bentley le 22 mai 2025, 00:17, modifié 1 fois.

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~My smile wraps around my head splitting it in two, two

Solo L'infini se fracasse et les mouettes
Mourir en paix. N'est-ce pas ce qu'ils disent ? Voir Naples et mourir : voilà bien une drôle d'idée. Si Naples était si belle, on ne la quitterait pas. Je regarde la côte, et la première chose qui me surprend est le vent. Londres aussi a du vent, mais jamais aussi fort ; on dirait qu'il a peur de cesser d'exister, alors il souffle un peu trop fort. Peut-être que c'est tous les rêves qu'on envoie vers la mer qui le nourrissent, et lui en retour il nous rappelle sur Terre.

Je ne veux pas mentir : j'ai un peu peur de m'envoler.

Je ne suis pas bien grande, et tout mon corps se bat pour garder l'équilibre. C'est drôle, je ne pensais pas que voir la mer me rappellerait ma nécessaire mortalité. La falaise me faisait peur ; ça aussi, c'est drôle, mais je n'ai pas envie de tomber d'une centaine de mètres de haut. Je ne sais pas vous, mais ce n'est pas dans ma to-do list -et les parachutistes, je vous emmerde. Elle me faisait peur, c'est vrai, mais je la trouvait aussi jolie : mon papa dit que c'est une falaise de craie, mais je vois pas comment ça serait possible. Mais depuis mes cheveux cachent sa terrifiante beauté, alors j'ai le droit de nier un peu l'existence du vide à quelques mètres de moi, et le fait qu'elle soit faite du même matériaux que les crayons des profs.

Je devrais les attacher. Mes cheveux. Mais j'ai oublié mon élastique.

C'est bête.

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Solo L'infini se fracasse et les mouettes
Mon frère Benedict a déjà les pieds dans l'eau. Quelle inconscience. Elle est probablement trop froide, trop grise, trop dure, trop violente, mais mon frère n'a peur ni des crabes ni des courants. Moi j'ai peur de tout, ou du moins, de ça. Se baigner dans l'infini, très peu pour moi.

Je reste sur mon perchoir, à regarder les petits Otis et Victor rejoindre Benedict. Je n'ai pas peur pour eux, mais je suis très bien là où je suis. Benedict se moque, disant que je devrais m'y construire un nid, si je voulais jouer à l'oiseau grincheux, mais je me contente de lui renvoyer une grimace en retour. Je ne suis pas sûre qu'il m'ait vue. Il me crie de sauter et de le rejoindre dans l'eau, mais la sécurité de la chose fait grimacer maman.

A raison...

Les cris et les rires de mes frères me parviennent, et même maman descend de la falaise pour se jeter à l'eau. Je les regarde faire, sans aucune envie, juste contente de les voir si heureux. Papa est à côté, et on échange un regard de connivence. Lui non plus, il n'est pas fan de l'eau.

Enfin, quand c'est de l'eau grise, opaque, menaçante et froide. Si c'était un lac immobile, on serait probablement en train de faire de la brasse, tranquillement, ou à se laisser flotter sur le dos. Sauf qu'on ne veut pas se noyer ni boire la tasse dans une eau capricieuse, et surtout pas à côté de falaises. Craie ou pas, elles étaient trop dures pour prendre le risque de s'y jeter par mégarde, emporté par la masse bleue. Alors on reste à regarder, l'esprit rêveur et le corps bien au sec. Papa n'a pas le pied marin, il appartient à la terre, ferme sous les pas et qui sent bon après la pluie. J'imagine que je suis la digne fille de mon père, parce que moi aussi, je préfère les plantes et les surfaces qui ne bougent pas quand on marche dessus -même si je reconnais que la mer a un certain charme, une beauté inexplicable et presque indescriptible.

Moi et papa, on a le pied terrestre.

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