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Le Dimanche 24 Avril 2050,
Durant l'après midi.
Inverness, demeure familiale des Sgaeyl.
Avec Arianna Sgaeyl (@Adeline Sgaeyl).
La facilité à pouvoir obtenir tout un tas d'informations sur les gens était presque risible. Oh, bien sûr, il doutait que sa méthode d'engager un détective privé après s'être perdu dans l'Allée des Embrumes eut été très légale, mais ça avait donné les résultats attendu. Finalement, et vu l'emplacement de la demeure des Sgaeyl, il aurait pu simplement demander à ses parents et économiser quelques dizaines de galions dans l'opération, mais alors, il aurait eu à répondre à diverses questions auxquelles il n'avait vraiment pas envie de donner suite. Sa mère ne savait pas qu'une enfant sortie de nulle part proclamait être la sienne et c'était tant mieux : si elle l'apprenait, et que ce soit vrai ou faux, elle ferait une crise. En l'occurrence, c'était faux, mais mieux valait prévenir que guérir. On ne chatouillait pas un dragon avec une plume d'Augurey quand on pouvait se contenter de lui piquer une écaille dans son sommeil.
Même si c'était probablement ce qu'il s'apprêtait à faire alors qu'il toquait avec force sur la porte joliment ouvragée. Il avait suffisamment repousser l'échafaud et s'était engagé à aller voir l'autre femme pour lui tirer l'autorisation de voir son moucheron alors il devait honorer ses paroles. Il ne l'avait, certes, promis à personne, mais la directrice de Poudlard avait une lettre écrite de sa main - autant que pouvait l'être une lettre à la plume à papote - qui indiquait clairement sa volonté de venir déranger la vieille Arianna. Et la tête de la demeure et du jardin entretenu ne devait pas le faire fuir. D'un côté, il avait l'impression de rendre visite à ses parents - qui n'habitaient d'ailleurs qu'à quelques quartiers de là - et cette pensée n'était pas plus réconfortante que celle de se retrouver face à une ex conquête pour lui annoncer qu'il n'était pas le père de sa fille. Enfin, elle devait bien le savoir. La question c'était plutôt de savoir pourquoi elle n'avait pas dit la vérité à sa fille tout en la laissant se balader partout avec une photo que les deux adultes avaient prit des années auparavant.
Le détective engagé n'avait pas eu beaucoup de mal à retrouver la trace de son père et l'adresse des Sgaeyl et pourtant, Cinaed n'était là qu'un mois plus tard. Personne ne pourrait vraiment lui en vouloir, pas vrai ? Ce n'était pas tous les jours qu'un truc pareil vous tombait sur le coin du chaudron et tout le monde aurait eu besoin de quelques semaines à tourner en rond avant de se convaincre de faire quelque chose. Cinaed, lui, il avait eu besoin d'un voyage en Allemagne, de deux lettres avec la directrice de Poudlard et encore d'une semaine avant de prendre son courage inexistant à deux mains et de se jeter dans la gueule du loup. Voilà une bonne raison pour laquelle il n'avait pas été réparti à Gryffondor, toutes ces années auparavant. Il trouvait ça stupide de tendre le bâton pour se faire battre mais il n'avait techniquement pas d'autre choix. L'autre option aurait été d'annoncer à l'enfant son absence de père par lettre et ça lui semblait encore plus horrible qu'un après-midi à se battre avec une famille de richeux.
Il n'avait d'ailleurs pas pensé que la famille d'Adeline serait si bien placée dans la hiérarchie du monde. Quand elle lui avait parlé, Cinaed avait simplement imaginé sa famille comme une famille normale. Ni aisée, ni pauvre, ce qui aurait placé sa mère au rand de simple compagne de soirée à l'époque où ils s'étaient vus. Finalement, elle avait peut-être été une compagne de soirée mondaine chez ses parents des années plus tôt, ou même quand ils s'étaient vu pour s'amuser et ça rendait le tout un peu horrible. A l'époque, il ne devait plus faire beaucoup d'apparition chez ses parents mais il aurait tout à fait été du genre de sa mère de l'inviter ou le forcer à rencontrer des gens pour qu'il se fiance un jour. Et si Arianna était de bonne famille, c'était peut-être comme ça qu'ils s'étaient vus. Il n'espérait pas, Merlin savait que ce serait encore plus gênant que s'ils avaient toujours été des parfaits inconnus. L'idée d'avoir pu se voir durant son enfance avant de coucher ensemble ne l'enchantait vraiment pas, même si, dans les faits, ça ne changeait pas grand chose.
En tout cas, il avait préparé son texte et avait révisé sa scène comme une mauvaise pièce de théâtre. Une comédie qui tournerait au drame mal écrit, peut-être même avec une issue absolument dévastatrice dans laquelle Cinaed finirait enterré dans le jardin. Allez savoir, c'était bien parce que les femmes avaient tendance à bien cacher leur jeu que Cinaed se sentait plus à l'aise de créer quelque chose de durable avec des hommes. Même s'il n'avait aucune envie de penser à créer quelque chose avec un certain homme aujourd'hui. Cela lui faisait bouger quelque chose dans l'estomac et il n'arrivait pas à statuer si c'était une bonne ou une mauvaise chose. Alors mieux valait prévenir que guérir, juste au cas où ce soit dangereux en plus.
Bref, le plan était simple : Toquer, demander à voir Arianna, et ensuite... Aviser. En fait, il n'avait pas vraiment réfléchit plus loin qu'un "Bonjour, Cinaed Wallace, puis-je m'entretenir avec mademoiselle Sgaeyl ?". Il n'avait pas su quoi préparer et ne savait d'ailleurs toujours pas comment il allait arriver à mettre le sujet sur le tapis. Vu ce que la fillette lui avait dit, il était aussi possible que Cinaed passe totalement le dialogue et ne se mette à lui tirer les cheveux à grands renforts de claque derrière le crâne comme Ewan faisait tout le temps quand il faisait une grosse connerie. Adeline ne s'était pas épanchée des heures dessus mais les quelques bribes qu'elle avait dit ou écrit suffisait à savoir que sa mère n'était pas quelqu'un que Cinaed allait apprécier et qu'elle méritait effectivement de se faire passer un savon.
D'ailleurs, il espérait qu'elle soit là et pas à l'adresse qu'il avait récupéré à Godric's Hollow. Il n'était pas certain de son coup mais avait cru se souvenir qu'Adeline avait indiqué vivre à Inverness, alors il avait tablé sur la demeure familiale directement. De toute façon, si elle n'était pas là, quelqu'un pourrait toujours l'appeler par cheminette si elle était à la capitale. Vive les moyens de transport magiques qui facilitaient énormément la vie.
La porte s'ouvrit et Cinaed redressa le dos. Se faisant il tira sur sa chemise qu'il avait soigneusement rentré dans son pantalon - tout pour paraître un peu présentable - et leva les yeux vers la maison. Il écoutait peu souvent son éducation mais avait décidé, pour une fois, de s'habiller comme sa mère le tannait à chaque fois qu'il devait voir quelqu'un d'important. Il n'en avait jamais vu l'attrait mais sa mère répétait souvent que les vêtements étaient comme une armure, et qu'une tenue de guerre était de mise quand on s'apprêtait à demander quelque chose d'important. Son père ajoutait parfois qu'une bonne tenue donnait aux gens envie de vous écouter, ce que Cinaed trouvait idiot : il n'avait jamais eu envie d'écouter le blabla incessant des convives que ses parents invitaient durant leur grandes soirées, et peinait aussi à écouter celui de ses parents. M'enfin, il allait leur faire confiance pour ce coup là.
Bonjour ! s'exclama-t-il à la personne, la créature ou même le monstre - il ne pouvait pas encore bien voir ce que c'était - qui ouvrait la porte. Cinaed Wallace. Je souhaiterais m'entretenir avec mademoiselle Arianna Sgaeyl, serait-ce possible ? Normalement, le 24 sonnait la fin des vacances pour les élèves de Poudlard et le Poudlard Express était probablement parti dans la matinée alors il ne devrait pas y avoir Adeline, ni ses frères. Il aurait été gênant d'avoir cette conversation avec la jeune fille à proximité, car Cinaed ne se souvenait plus de ce qu'elle avait voulu faire pour ses vacances. Peut-être était-elle rentrée, ou peut-être pas : c'était sûrement écrit dans une des lettres échangées puisque la jeune Serdaigle était bavarde mais alors, il n'en avait plus aucun souvenir.
Il afficha son plus beau sourire hypocrite à l'être qui lui avait ouvert la porte, les yeux légèrement plissés pour le faire paraître sincère tout en tendant d'une main ferme une copie presque parfaite de la photo que la jeune fille lui avait présenté quelques semaines auparavant. Vive les photos magiques et la capacité des gens à les dupliquer. Il avait dû chercher quelques bonnes heures dans de vieux dossiers et de vieux albums - pourquoi Ewan avait autant d'album le concernant, c'était un mystère, mais utile - mais avait finit par retrouver un tas de photos à moitié décolorées à cause du peu de soin qu'il y accordait. Dans ledit tas, il avait encore dû chercher jusqu'à trouver celle de lui et d'Arianna - ou du moins, une de celles qu'ils avaient prit à l'époque - tout en faisant attention de ne pas la confondre avec une autre conquête.
Finalement, il avait brulé toutes les autres qui ne lui avaient pas apporté de particulièrement bons souvenirs. Les noms des visages avaient disparu de sa mémoire, de toute façon, alors ça n'aurait servit à rien de les garder.
Ce serait à ce propos ! Ajouta-t-il avec une fausse gaieté qui était cependant très convaincante. Les vêtements n'étaient pas les seules armures que Cinaed avait apprit à porter quand il était jeune, même s'il avait depuis préféré se balader avec ses émotions nues comme des vers sur le visage. Il n'était, finalement, pas si dur de revenir aux jolis visages mondains même si cela lui donnait envie de se noyer dans un ou deux verres de whisky. C'était pour la bonne cause, et au moins il aurait une bonne raison de proposer un verre ou deux à Morgan après tout ce fiasco. Peut-être 10.
Durant l'après midi.
Inverness, demeure familiale des Sgaeyl.
Avec Arianna Sgaeyl (@Adeline Sgaeyl).
La facilité à pouvoir obtenir tout un tas d'informations sur les gens était presque risible. Oh, bien sûr, il doutait que sa méthode d'engager un détective privé après s'être perdu dans l'Allée des Embrumes eut été très légale, mais ça avait donné les résultats attendu. Finalement, et vu l'emplacement de la demeure des Sgaeyl, il aurait pu simplement demander à ses parents et économiser quelques dizaines de galions dans l'opération, mais alors, il aurait eu à répondre à diverses questions auxquelles il n'avait vraiment pas envie de donner suite. Sa mère ne savait pas qu'une enfant sortie de nulle part proclamait être la sienne et c'était tant mieux : si elle l'apprenait, et que ce soit vrai ou faux, elle ferait une crise. En l'occurrence, c'était faux, mais mieux valait prévenir que guérir. On ne chatouillait pas un dragon avec une plume d'Augurey quand on pouvait se contenter de lui piquer une écaille dans son sommeil.
Même si c'était probablement ce qu'il s'apprêtait à faire alors qu'il toquait avec force sur la porte joliment ouvragée. Il avait suffisamment repousser l'échafaud et s'était engagé à aller voir l'autre femme pour lui tirer l'autorisation de voir son moucheron alors il devait honorer ses paroles. Il ne l'avait, certes, promis à personne, mais la directrice de Poudlard avait une lettre écrite de sa main - autant que pouvait l'être une lettre à la plume à papote - qui indiquait clairement sa volonté de venir déranger la vieille Arianna. Et la tête de la demeure et du jardin entretenu ne devait pas le faire fuir. D'un côté, il avait l'impression de rendre visite à ses parents - qui n'habitaient d'ailleurs qu'à quelques quartiers de là - et cette pensée n'était pas plus réconfortante que celle de se retrouver face à une ex conquête pour lui annoncer qu'il n'était pas le père de sa fille. Enfin, elle devait bien le savoir. La question c'était plutôt de savoir pourquoi elle n'avait pas dit la vérité à sa fille tout en la laissant se balader partout avec une photo que les deux adultes avaient prit des années auparavant.
Le détective engagé n'avait pas eu beaucoup de mal à retrouver la trace de son père et l'adresse des Sgaeyl et pourtant, Cinaed n'était là qu'un mois plus tard. Personne ne pourrait vraiment lui en vouloir, pas vrai ? Ce n'était pas tous les jours qu'un truc pareil vous tombait sur le coin du chaudron et tout le monde aurait eu besoin de quelques semaines à tourner en rond avant de se convaincre de faire quelque chose. Cinaed, lui, il avait eu besoin d'un voyage en Allemagne, de deux lettres avec la directrice de Poudlard et encore d'une semaine avant de prendre son courage inexistant à deux mains et de se jeter dans la gueule du loup. Voilà une bonne raison pour laquelle il n'avait pas été réparti à Gryffondor, toutes ces années auparavant. Il trouvait ça stupide de tendre le bâton pour se faire battre mais il n'avait techniquement pas d'autre choix. L'autre option aurait été d'annoncer à l'enfant son absence de père par lettre et ça lui semblait encore plus horrible qu'un après-midi à se battre avec une famille de richeux.
Il n'avait d'ailleurs pas pensé que la famille d'Adeline serait si bien placée dans la hiérarchie du monde. Quand elle lui avait parlé, Cinaed avait simplement imaginé sa famille comme une famille normale. Ni aisée, ni pauvre, ce qui aurait placé sa mère au rand de simple compagne de soirée à l'époque où ils s'étaient vus. Finalement, elle avait peut-être été une compagne de soirée mondaine chez ses parents des années plus tôt, ou même quand ils s'étaient vu pour s'amuser et ça rendait le tout un peu horrible. A l'époque, il ne devait plus faire beaucoup d'apparition chez ses parents mais il aurait tout à fait été du genre de sa mère de l'inviter ou le forcer à rencontrer des gens pour qu'il se fiance un jour. Et si Arianna était de bonne famille, c'était peut-être comme ça qu'ils s'étaient vus. Il n'espérait pas, Merlin savait que ce serait encore plus gênant que s'ils avaient toujours été des parfaits inconnus. L'idée d'avoir pu se voir durant son enfance avant de coucher ensemble ne l'enchantait vraiment pas, même si, dans les faits, ça ne changeait pas grand chose.
En tout cas, il avait préparé son texte et avait révisé sa scène comme une mauvaise pièce de théâtre. Une comédie qui tournerait au drame mal écrit, peut-être même avec une issue absolument dévastatrice dans laquelle Cinaed finirait enterré dans le jardin. Allez savoir, c'était bien parce que les femmes avaient tendance à bien cacher leur jeu que Cinaed se sentait plus à l'aise de créer quelque chose de durable avec des hommes. Même s'il n'avait aucune envie de penser à créer quelque chose avec un certain homme aujourd'hui. Cela lui faisait bouger quelque chose dans l'estomac et il n'arrivait pas à statuer si c'était une bonne ou une mauvaise chose. Alors mieux valait prévenir que guérir, juste au cas où ce soit dangereux en plus.
Bref, le plan était simple : Toquer, demander à voir Arianna, et ensuite... Aviser. En fait, il n'avait pas vraiment réfléchit plus loin qu'un "Bonjour, Cinaed Wallace, puis-je m'entretenir avec mademoiselle Sgaeyl ?". Il n'avait pas su quoi préparer et ne savait d'ailleurs toujours pas comment il allait arriver à mettre le sujet sur le tapis. Vu ce que la fillette lui avait dit, il était aussi possible que Cinaed passe totalement le dialogue et ne se mette à lui tirer les cheveux à grands renforts de claque derrière le crâne comme Ewan faisait tout le temps quand il faisait une grosse connerie. Adeline ne s'était pas épanchée des heures dessus mais les quelques bribes qu'elle avait dit ou écrit suffisait à savoir que sa mère n'était pas quelqu'un que Cinaed allait apprécier et qu'elle méritait effectivement de se faire passer un savon.
D'ailleurs, il espérait qu'elle soit là et pas à l'adresse qu'il avait récupéré à Godric's Hollow. Il n'était pas certain de son coup mais avait cru se souvenir qu'Adeline avait indiqué vivre à Inverness, alors il avait tablé sur la demeure familiale directement. De toute façon, si elle n'était pas là, quelqu'un pourrait toujours l'appeler par cheminette si elle était à la capitale. Vive les moyens de transport magiques qui facilitaient énormément la vie.
La porte s'ouvrit et Cinaed redressa le dos. Se faisant il tira sur sa chemise qu'il avait soigneusement rentré dans son pantalon - tout pour paraître un peu présentable - et leva les yeux vers la maison. Il écoutait peu souvent son éducation mais avait décidé, pour une fois, de s'habiller comme sa mère le tannait à chaque fois qu'il devait voir quelqu'un d'important. Il n'en avait jamais vu l'attrait mais sa mère répétait souvent que les vêtements étaient comme une armure, et qu'une tenue de guerre était de mise quand on s'apprêtait à demander quelque chose d'important. Son père ajoutait parfois qu'une bonne tenue donnait aux gens envie de vous écouter, ce que Cinaed trouvait idiot : il n'avait jamais eu envie d'écouter le blabla incessant des convives que ses parents invitaient durant leur grandes soirées, et peinait aussi à écouter celui de ses parents. M'enfin, il allait leur faire confiance pour ce coup là.
Bonjour ! s'exclama-t-il à la personne, la créature ou même le monstre - il ne pouvait pas encore bien voir ce que c'était - qui ouvrait la porte. Cinaed Wallace. Je souhaiterais m'entretenir avec mademoiselle Arianna Sgaeyl, serait-ce possible ? Normalement, le 24 sonnait la fin des vacances pour les élèves de Poudlard et le Poudlard Express était probablement parti dans la matinée alors il ne devrait pas y avoir Adeline, ni ses frères. Il aurait été gênant d'avoir cette conversation avec la jeune fille à proximité, car Cinaed ne se souvenait plus de ce qu'elle avait voulu faire pour ses vacances. Peut-être était-elle rentrée, ou peut-être pas : c'était sûrement écrit dans une des lettres échangées puisque la jeune Serdaigle était bavarde mais alors, il n'en avait plus aucun souvenir.
Il afficha son plus beau sourire hypocrite à l'être qui lui avait ouvert la porte, les yeux légèrement plissés pour le faire paraître sincère tout en tendant d'une main ferme une copie presque parfaite de la photo que la jeune fille lui avait présenté quelques semaines auparavant. Vive les photos magiques et la capacité des gens à les dupliquer. Il avait dû chercher quelques bonnes heures dans de vieux dossiers et de vieux albums - pourquoi Ewan avait autant d'album le concernant, c'était un mystère, mais utile - mais avait finit par retrouver un tas de photos à moitié décolorées à cause du peu de soin qu'il y accordait. Dans ledit tas, il avait encore dû chercher jusqu'à trouver celle de lui et d'Arianna - ou du moins, une de celles qu'ils avaient prit à l'époque - tout en faisant attention de ne pas la confondre avec une autre conquête.
Finalement, il avait brulé toutes les autres qui ne lui avaient pas apporté de particulièrement bons souvenirs. Les noms des visages avaient disparu de sa mémoire, de toute façon, alors ça n'aurait servit à rien de les garder.
Ce serait à ce propos ! Ajouta-t-il avec une fausse gaieté qui était cependant très convaincante. Les vêtements n'étaient pas les seules armures que Cinaed avait apprit à porter quand il était jeune, même s'il avait depuis préféré se balader avec ses émotions nues comme des vers sur le visage. Il n'était, finalement, pas si dur de revenir aux jolis visages mondains même si cela lui donnait envie de se noyer dans un ou deux verres de whisky. C'était pour la bonne cause, et au moins il aurait une bonne raison de proposer un verre ou deux à Morgan après tout ce fiasco. Peut-être 10.
1663.
Comte Wallace, chevalier Modératus, Seigneur des Sylves - Aaron Bagans
Aussi polyvalente qu'un Fa dièse d'après la grande Abigail Grey
"Ton perso il a passé plus de temps à pécho qu'à taffer" - Nyxis Calderon
Aussi polyvalente qu'un Fa dièse d'après la grande Abigail Grey
"Ton perso il a passé plus de temps à pécho qu'à taffer" - Nyxis Calderon
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Arianna Sgaeyl (PNJ)
45 ans
Je suis seule.
Ça fait des années que je le suis, mais ce matin, cette réalité a un goût plus amer que d’habitude. Peut-être parce que la maison est trop silencieuse, trop bien rangée, trop vide. Peut-être parce que le vent tape contre les vitres comme s’il voulait me rappeler que dehors, le monde continue de tourner. Sans moi. Je suis seule, et personne n’attend rien de moi aujourd’hui. C’est à la fois un soulagement et une angoisse. J’ai du temps, enfin. Du silence. Mais dès qu’il s’installe, je n’arrive plus à respirer.
Je reste assise au bord du lit, droite, les mains croisées sur les genoux. Mes yeux glissent sur les rideaux tirés, la pierre lisse du sol, les livres soigneusement empilés. Pas un bruit, pas un froissement. Pas de Rhys dans la cuisine, pas de Alexander qui passe en courant avec un balai sur l’épaule. Et surtout, pas d’Adeline. Je pense à elle — à contre-cœur. Elle me ressemble trop. Ou pas assez. Je n’arrive jamais à décider. Elle est là comme une écharde, une présence dont je n’ai jamais su quoi faire. Depuis sa naissance, quelque chose cloche. Une tension, un rejet instinctif, une fatigue qui ne passe pas. Elle m’agace. Elle me provoque avec son innocence. Elle parle trop. Elle s’impose. Elle me regarde avec ces yeux foncés comme des dagues, et je me sens jugée, mise à nu, détestée. Peut-être qu’elle me déteste. Peut-être que je le mérite. Mais c’est elle qui est arrivée trop tard, dans un corps déjà usé, dans une vie qui n’avait plus la place.
Je n’ai pas su l’aimer.
Je pourrais dire que j’ai essayé, mais ce serait mentir. J’ai supporté. J’ai supporté ses caprices, son besoin de lumière. Elle me faisait de l’ombre. Elle en fait encore. Même loin. Même à Poudlard. Et pourtant, parfois, je me demande si j’aurais pu faire autrement. Si j’avais su la prendre autrement. Mais ces questions tournent en rond. Elles n’ouvrent aucune porte. Je ne ressens pas de vraie culpabilité. Juste cette sensation désagréable d’un devoir mal fait. Comme une couture qui bâille.
Je me lève.
Je remets de l’ordre dans mes gestes. Une robe simple, blanche, longue. Je connais mes lignes. Je sais ce qu’on attend de moi, même si plus personne ne le dit à voix haute. À quarante-cinq ans, on ne vous regarde plus de la même manière. On vous évalue. On vous classe. Trop stricte. Trop froide. Trop seule. Trop vieille. Trop tout. Je sors dans le couloir. Mes talons claquent sur la roche, écho discret dans la maison sans voix. J’aur ais voulu que Rhys soit là. J’aurais voulu qu’il reste. Mais il travaille. Et je ne pose pas de questions. Il est parti un matin, comme tant d’autres, et je me suis contentée de refermer la porte derrière lui. Je ne veux pas être cette mère qui harcèle. Je veux croire qu’il sait que je suis là.
Je suis là.
Je traverse le couloir, longe les cadres sur les murs. Des photos figées, souriantes, menteuses. Moi, plus jeune, avec des enfants dans les bras et le cœur déjà ailleurs. Brendan. Le nom me serre la poitrine, sans vraiment faire mal. Juste une vieille brûlure. C’est un souvenir rangé dans une boîte fermée, dont je connais parfaitement le poids. Je passe la main sur la rampe. Je pourrais rester là, accrochée à mes pensées. Mais quelque chose m’interpelle. Un frisson, un froissement.
Et c’est là que je le vois.
Un oiseau de papier. Plié avec soin. Il flotte lentement, comme s’il avait oublié d’arriver à l’heure. Il s’immobilise à quelques pas de moi, suspendu, puis descend en volutes lentes jusqu’à ma hauteur. Je tends la main, presque malgré moi, et il s’ouvre entre mes doigts. Un mot. Sobre. Une écriture soignée, familière.
« Quelqu'un demande à vous voir dans le hall, Madame. »
Je plie le papier et le glisse dans ma manche. Je sens mon cœur se tendre, légèrement. Pas de peur. Pas d’excitation. Un sursaut d’attention. Quelqu’un est là. Quelqu’un pense à moi. Ou a besoin de moi. Et c’est suffisant pour avancer.
Je pousse la porte du salon. Je sens l’air plus frais, plus lourd. Je franchis le seuil, et je le vois.
Cinaed.
Le temps ralentit. Je reste figée, comme si mon corps avait oublié comment bouger. Comme si l’image devant moi n’avait aucun sens, ou au contraire, en avait trop. Trop de poids. Trop de mémoire.
Il est là.
Ici.
Dans mon manoir.
Je ressens d’abord une vague de chaleur glacée. Une brûlure derrière les paupières, dans la gorge. Une panique qui monte sans prévenir. Ce n’est pas logique. Il ne devrait pas être là. Il n’a rien à faire ici. Ce n’est pas un hasard, pas une coïncidence. Il m’a cherchée. Il est venu. Mais pourquoi ?
Et surtout… comment ose-t-il ?
Je l’observe. Je le détaille. Les années ne l’ont pas détruit. Ni adouci. Il est… égal à lui-même. Présent. Sûr. Peut-être un peu plus marqué. Mais il a toujours ce regard — ce regard qui, autrefois, m’avait accrochée, dérangée, amusée. Ce regard que je n’ai jamais oublié, même quand j’aurais préféré. Je ne dis rien. Pas tout de suite. Mon cœur bat trop vite, mes mains tremblent à peine. Je me redresse imperceptiblement. Mon dos se tend, mon menton se relève. Je redeviens moi. Arianna Sgaeyl. Maîtresse du lieu. Femme respectable. Mère de trois enfants, deux fois abandonnée, mille fois jugée. Il n’a pas le droit de me faire vaciller. Pas lui.
Je me souviens. Du feu, du silence, de cette nuit. D’un lit trop étroit, de draps froissés et de ma peau contre la sienne. Je me souviens de ses mains, de son rire, de l’odeur de l’alcool dans l’air. Je me souviens de mon envie — cette pulsion brutale, ce besoi , que j’avais alors justifiée par l’ennui, par la solitude, par la fatigue d’être constamment conforme. J’avais envie d’exister. D’exploser. Et il était là. Disponible. Assez beau pour faire illusion. Assez loin de mon monde pour qu’il ne représente aucun danger. Ou du moins, c’est ce que je croyais.
Mais le danger est là maintenant. Dans le simple fait qu’il se tienne dans cette pièce. Le danger, ce n’est pas ce qu’il est. C’est ce que moi je deviens quand je le regarde.
Je prends une inspiration lente.
Je décide. Je tranche. Je ne le connais pas.
Il n’a jamais compté. Il n’est qu’un visiteur.
Je souris. Froidement. Avec toute la grâce dont je suis capable. Je prends le masque. Celui que j’ai appris à porter depuis l’enfance. Celui que ma mère me répétait de ne jamais laisser tomber. « Ce que les gens ne voient pas, ils ne peuvent pas salir. » Je fais quelques pas. Mes talons résonnent sur le carrelage.
« Bonjour. Que puis-je pour vous ? »
Ma voix est calme, contrôlée. Aucune faille. Aucun tremblement. Je le regarde comme une inconnue polie regarderait un visiteur importun. Avec cette distance courtoise, cette neutralité glacée qu’on apprend dans les salons mondains. Il n’a pas besoin de savoir. Il ne saura rien. Je ne lui offrirai pas ce pouvoir.
Mais derrière mes paupières, les souvenirs tourbillonnent. Ce n’était qu’un moment. Une erreur. Une parenthèse qui ne devait jamais être rouverte. Je ne lui dois rien. Je me tiens droite. Ma robe tombe impeccablement. Mon regard ne flanche pas. Il n’y a que mon cœur qui s’agite, en silence, comme un oiseau battant des ailes dans une cage d’or. D'un signe de tête léger je fais signe à l'employé qui l'a fait attendre qu'il peut se retirer.
Je pense à mes parents. À ce qu’ils diraient, s’ils savaient qu’un homme — un homme de cette sorte — mettait les pieds dans notre Manoir. Ils auraient hurlé. Déshonorée. Perdue. J’entends déjà le mot dans leur bouche : « honte ». Et ma mère, les lèvres pincées, le regard tranchant. Ils n’auraient même pas posé de questions. Le fait serait suffisant.
Et pourtant… Je suis là.
Devant lui.
Debout. Toujours debout.
Je fais mine d’attendre sa réponse, mes doigts croisés devant moi, parfaitement immobile.
Reducio
- Votre PJ est présent ? oui / non
- Nom et prénom du PNJ (+ lien avec votre PJ + utilisation "actif" ou "prétexte") : Arianna Sgaeyl, mère d'Adeline, active
- Lien vers la fiche du PNJ : ici
- Intérêt d'utiliser ce(s) PNJ dans ce RP précis pour votre PJ : Arianna doit donner son accord à Cinaed pour qu'il puisse rencontrer Adeline à Pré-au-Lard et lui annoncer qu'il n'est pas réellement son père.
Mousse de l'équipage Ad2OC.
— deuxième année • #222666 • discord : poowtato —
« dishonor on your cow. »
— deuxième année • #222666 • discord : poowtato —
« dishonor on your cow. »
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L'employé qui lui ouvre la porte ne jette qu'un rapide regard à la photo avant de lui faire signe d'entrer. Si Cinaed s'amusait à deviner, il serait certain que l'autre se fiche complètement du petit polaroïd sorcier qu'il lui a tendu. D'un côté, c'est compréhensible : si l'autre femme est sa maîtresse, il n'a aucune raison de s'intéresser à ce qu'elle a bien pu faire de sa vie avant ce jour. Le personnel de maison n'est pas fait pour s'intéresser à la vie des habitants de la demeure qu'il tient, au mieux, ils gardent quelques informations pour en parler ensemble après autour d'un thé mais c'est tout. Ils font leur travail parce qu'ils le doivent, et parce qu'ils n'ont sûrement rien d'autre à faire et puis voilà. A la fin de la journée, ils rentrent chez eux ou s'enferment dans leurs appartements s'ils vivent sur place mais ils ne font pas vraiment partie de la famille. Des fantômes qui se baladent dans les murs d'un manoir hanté par la richesse de ses habitants qui leur fait souvent perdre beaucoup de leur humanité.
Chez les Wallace, le personnel de maison était composé d'elfes mais dans bien d'autres maisons, il s'agissait de vrais sorciers, ainsi l'ébéniste ne fut pas surprit par la présence de l'autre. Chacun avait ses préférences et des moyens différents, mais ses parents n'auraient jamais voulu que des parfaits inconnus se baladent dans leur maison toute la journée. D'après eux, les elfes avaient une fiabilité qu'on ne retrouverait jamais chez un être humain.
Parfois, Cinaed se demandait si ses parents considéraient vraiment leurs elfes comme des créatures dotées de raison et pas comme un animal de compagnie amusant à regarder. Les chiens étaient loyaux, c'était même comme ça qu'on les décrivait le plus souvent mais il était assez malvenu de ne décrire un être doté de raison que par ça. Dans tous les cas, cette manie d'engager des gens pour les petites choses qu'un être riche ne s'abaissait pas à faire, ce n'était qu'une des nombreuses choses qui dégoutaient Cinaed de ce monde. Il n'avait jamais été fait pour y vivre, de toute façon : même enfant, il n'avait jamais compris pourquoi les gens s'intéressaient autant au nom ou au contenu de la bourse de ses voisins. A l'époque, ça lui avait simplement suffit de comprendre que les elfes étaient là pour l'aider et qu'il pouvait leur demander absolument n'importe quoi. Avec le temps, il avait compris que son comportement avait probablement été problématique aussi mais l'idée ne restait jamais assez longtemps dans sa tête pour qu'il choisisse de s'y intéresser vraiment. Le passé était le passé, non ?
Observant autour de lui, il attendit patiemment que son hôte n'arrive, appréciant simplement le sortilège que l'autre envoya afin de la prévenir. Et puis, sans prévenir, elle apparaît. S'il avait fait plus attention à son environnement, il aurait pu entendre ses talons mais Cinaed jurerait qu'elle s'était mise à les claquer en passant l'encadrement qui séparait le hall du reste de la maison. Que c'eut été une manœuvre pour l'impressionner ou pas, le bruit des talons claquant sur le carrelage aurait eu le même résultat : Cinaed soupira et leva les yeux et rattrapa le petit sourire hypocrite qu'il avait lâché durant les quelques secondes qu'il avait passé à observer autour de lui. C'était un beau manoir et s'il n'avait pas été en mission, il aurait pu papoter des heures des boiseries et des meubles, mais ce n'était pas l'ordre du jour. La femme en face de lui, par contre, si.
Il se sentait peut-être un peu honteux d'avoir imaginé voir une monstruosité débarquer mais l'image qu'il avait eu de son ancienne conquête avait été celle d'une femme aigrie, violente et méchante. Pas une femme qui semblait à peu près normale, quoiqu'un peu guindée comme l'étaient toutes les femmes de bonne famille. Peut-être qu'elle cachait bien mieux son jeu que lui n'aurais jamais pu le faire, mais à cet instant, il se retrouva déstabilisé. Il ne pouvait pas dire qu'il la reconnaissait - après tout, à part la photo, il n'avait gardé aucun souvenir d'elle - mais elle avait quelque chose d'étrange, de presque familier. Probablement que tous les gens qui avaient déjà couché avec une autre personne trouveraient cette même familiarité chez leur anciens partenaires mais il s'agissait là d'un sentiment bien étrange.
Durant de longs instants, il fut d'ailleurs incapable de trouver quelque chose à dire. Il se contenta de l'observer, attendant peut-être en silence qu'elle ne se transforme en la femme qu'il avait imaginé. Son esprit était encore binaire comme celui d'un enfant sur bien des choses, et la dichotomie entre le bien et le mal en faisait partie mais quand il imaginait quelqu'un de mauvais, il l'imaginait toujours avec des caractéristiques peu flatteuses. En réalité, Arianna était comme n'importe qui. Peut-être paraissait-elle un peu fatiguée mais tous les sorciers de plus de quarante ans avaient l'air fatigué : c'était l'âge où on commençait à regretter de vivre bien plus longtemps que les moldus puisque la retraite s'en retrouvait également repoussée. Un moldu de 70 ans était vieux et remplaçable dans la plupart des métiers mais cet âge était presque l'âge d'or chez un sorcier. On ne pouvait pas tout le temps avoir de la chance.
Finalement, il se râcla la gorge et - sans faire un pas vers elle - tendit la photo vers l'autre. Cinaed ne ferait pas le choix de les rapprocher, alors il laissait l'autre se planter devant lui si elle avait envie ou rester là où elle se trouvait. La conversation serait gênante dans tous les cas, qu'ils soient à 20 centimètres ou à 3 mètres l'un de l'autre alors autant limiter la casse en ne forçant pas un contact qui avait de grandes chances d'être mal perçu. Tu n'as pas beaucoup changé depuis la photo. dit-il simplement. Certes, les années avaient passé et ça se voyait, mais elle avait étonnamment bonne mine, compte tenu de ce qu'il savait d'elle. C'était maigre, mais ça avait suffit à lui donner l'impression que l'autre serait une épave. Il s'y était préparé, à devoir la soutenir quand elle s'effondrerait au milieu de la conversation. Finalement, il était soulagé qu'elle ne soit pas du genre à s'étaler par terre à la moindre émotion forte.
Ta fille, Adeline, elle est venue me voir à la boutique. Instinctivement, il avait laissé tombé le vouvoiement, comme il le faisait toujours. Il était arrivé devant la maison dans l'optique de mener une bataille acharnée et, finalement, il avait l'impression de papoter d'un sujet simple et sans accroc. Elle ne paraissait pas plus menaçante que ça, même s'il voyait bien qu'elle tenait un masque tout comme lui. Le sien était plus sympa, cela dit, elle n'avait pas l'air prêt à sortir un nimbus 2000 d'où il ne fallait pas. Elle m'a tendu cette photo, et heureusement j'en avais une copie dans de vieux albums. Enfin, un ami à moi, mais ça ne fait rien. Elle m'a dit que l'homme sur le cliché était son père. Il fit une pause de quelques secondes, le regard soudainement grave. Mais on sait tous les deux que c'est pas moi, n'est-ce pas ? La question était rhétorique : il avait déjà découvert le mensonge et n'attendait à aucun moment que Arianna ne valide ce dénouement. C'était plutôt une manière de lui demander sans un mot si elle avait menti à sa fille ou si Adeline s'était simplement fait des idées.
Pourquoi elle ne sait pas qui c'est ? Il avait peut-être prit un ton un peu accusateur, mais qu'y pouvait-il ? Cette idée le révoltait depuis qu'il avait apprit que Adeline n'était pas sa fille. Pourquoi Arianna ne lui avait-elle pas parlé de son géniteur ? Cinaed ne connaissait pas grand chose à la parentalité mais ça lui semblait quand même être la base. Même sans jamais le voir, la fillette devait avoir besoin de connaître quelques détails sur celui qui partageait son ADN. Comment se construire quand il manquait une figure à votre vie ? Cinaed se sentait presque l'âme à lui proposer de rester cette figure là mais pas tant qu'il n'aurait pas de réponse. Il ne la forcerait pas à s'attacher à un vieux bonhomme incapable si elle avait la possibilité d'avoir deux vrais bons parents.
Il ferma les yeux, se frottant une seconde plus tard le front de sa main libre. La partie de lui qui souhaitait hurler au visage de la femme plus vielle s'était réveillée et déversait un feu dans ses veines qu'il s'efforçait de contrôler. Cinaed était profondément dérangé, chose qui lui arrivait peu souvent mais il savait aussi que ce n'était pas le moment de se mettre à gueuler. Pas en premier, et pas sur une femme dans sa propre maison. Elle est plutôt mature pour son âge, elle comprendrait qu'elle ne puisse pas le voir. Elle était aussi incroyablement gamine et se roulait par terre en pleurant quand quelque chose ne lui plaisait pas mais la démarche de retrouver celui qui avait participé à lui donner la vie démontrait quand même une étincelle d'intelligence. Ou alors, c'était le dernier signe d'un cerveau défaillant qui essayait de se raccrocher à ce qu'il pouvait sans trop y arriver. On ne pouvait jamais vraiment savoir de quoi serait fait son encéphalogramme.
Chez les Wallace, le personnel de maison était composé d'elfes mais dans bien d'autres maisons, il s'agissait de vrais sorciers, ainsi l'ébéniste ne fut pas surprit par la présence de l'autre. Chacun avait ses préférences et des moyens différents, mais ses parents n'auraient jamais voulu que des parfaits inconnus se baladent dans leur maison toute la journée. D'après eux, les elfes avaient une fiabilité qu'on ne retrouverait jamais chez un être humain.
Parfois, Cinaed se demandait si ses parents considéraient vraiment leurs elfes comme des créatures dotées de raison et pas comme un animal de compagnie amusant à regarder. Les chiens étaient loyaux, c'était même comme ça qu'on les décrivait le plus souvent mais il était assez malvenu de ne décrire un être doté de raison que par ça. Dans tous les cas, cette manie d'engager des gens pour les petites choses qu'un être riche ne s'abaissait pas à faire, ce n'était qu'une des nombreuses choses qui dégoutaient Cinaed de ce monde. Il n'avait jamais été fait pour y vivre, de toute façon : même enfant, il n'avait jamais compris pourquoi les gens s'intéressaient autant au nom ou au contenu de la bourse de ses voisins. A l'époque, ça lui avait simplement suffit de comprendre que les elfes étaient là pour l'aider et qu'il pouvait leur demander absolument n'importe quoi. Avec le temps, il avait compris que son comportement avait probablement été problématique aussi mais l'idée ne restait jamais assez longtemps dans sa tête pour qu'il choisisse de s'y intéresser vraiment. Le passé était le passé, non ?
Observant autour de lui, il attendit patiemment que son hôte n'arrive, appréciant simplement le sortilège que l'autre envoya afin de la prévenir. Et puis, sans prévenir, elle apparaît. S'il avait fait plus attention à son environnement, il aurait pu entendre ses talons mais Cinaed jurerait qu'elle s'était mise à les claquer en passant l'encadrement qui séparait le hall du reste de la maison. Que c'eut été une manœuvre pour l'impressionner ou pas, le bruit des talons claquant sur le carrelage aurait eu le même résultat : Cinaed soupira et leva les yeux et rattrapa le petit sourire hypocrite qu'il avait lâché durant les quelques secondes qu'il avait passé à observer autour de lui. C'était un beau manoir et s'il n'avait pas été en mission, il aurait pu papoter des heures des boiseries et des meubles, mais ce n'était pas l'ordre du jour. La femme en face de lui, par contre, si.
Il se sentait peut-être un peu honteux d'avoir imaginé voir une monstruosité débarquer mais l'image qu'il avait eu de son ancienne conquête avait été celle d'une femme aigrie, violente et méchante. Pas une femme qui semblait à peu près normale, quoiqu'un peu guindée comme l'étaient toutes les femmes de bonne famille. Peut-être qu'elle cachait bien mieux son jeu que lui n'aurais jamais pu le faire, mais à cet instant, il se retrouva déstabilisé. Il ne pouvait pas dire qu'il la reconnaissait - après tout, à part la photo, il n'avait gardé aucun souvenir d'elle - mais elle avait quelque chose d'étrange, de presque familier. Probablement que tous les gens qui avaient déjà couché avec une autre personne trouveraient cette même familiarité chez leur anciens partenaires mais il s'agissait là d'un sentiment bien étrange.
Durant de longs instants, il fut d'ailleurs incapable de trouver quelque chose à dire. Il se contenta de l'observer, attendant peut-être en silence qu'elle ne se transforme en la femme qu'il avait imaginé. Son esprit était encore binaire comme celui d'un enfant sur bien des choses, et la dichotomie entre le bien et le mal en faisait partie mais quand il imaginait quelqu'un de mauvais, il l'imaginait toujours avec des caractéristiques peu flatteuses. En réalité, Arianna était comme n'importe qui. Peut-être paraissait-elle un peu fatiguée mais tous les sorciers de plus de quarante ans avaient l'air fatigué : c'était l'âge où on commençait à regretter de vivre bien plus longtemps que les moldus puisque la retraite s'en retrouvait également repoussée. Un moldu de 70 ans était vieux et remplaçable dans la plupart des métiers mais cet âge était presque l'âge d'or chez un sorcier. On ne pouvait pas tout le temps avoir de la chance.
Finalement, il se râcla la gorge et - sans faire un pas vers elle - tendit la photo vers l'autre. Cinaed ne ferait pas le choix de les rapprocher, alors il laissait l'autre se planter devant lui si elle avait envie ou rester là où elle se trouvait. La conversation serait gênante dans tous les cas, qu'ils soient à 20 centimètres ou à 3 mètres l'un de l'autre alors autant limiter la casse en ne forçant pas un contact qui avait de grandes chances d'être mal perçu. Tu n'as pas beaucoup changé depuis la photo. dit-il simplement. Certes, les années avaient passé et ça se voyait, mais elle avait étonnamment bonne mine, compte tenu de ce qu'il savait d'elle. C'était maigre, mais ça avait suffit à lui donner l'impression que l'autre serait une épave. Il s'y était préparé, à devoir la soutenir quand elle s'effondrerait au milieu de la conversation. Finalement, il était soulagé qu'elle ne soit pas du genre à s'étaler par terre à la moindre émotion forte.
Ta fille, Adeline, elle est venue me voir à la boutique. Instinctivement, il avait laissé tombé le vouvoiement, comme il le faisait toujours. Il était arrivé devant la maison dans l'optique de mener une bataille acharnée et, finalement, il avait l'impression de papoter d'un sujet simple et sans accroc. Elle ne paraissait pas plus menaçante que ça, même s'il voyait bien qu'elle tenait un masque tout comme lui. Le sien était plus sympa, cela dit, elle n'avait pas l'air prêt à sortir un nimbus 2000 d'où il ne fallait pas. Elle m'a tendu cette photo, et heureusement j'en avais une copie dans de vieux albums. Enfin, un ami à moi, mais ça ne fait rien. Elle m'a dit que l'homme sur le cliché était son père. Il fit une pause de quelques secondes, le regard soudainement grave. Mais on sait tous les deux que c'est pas moi, n'est-ce pas ? La question était rhétorique : il avait déjà découvert le mensonge et n'attendait à aucun moment que Arianna ne valide ce dénouement. C'était plutôt une manière de lui demander sans un mot si elle avait menti à sa fille ou si Adeline s'était simplement fait des idées.
Pourquoi elle ne sait pas qui c'est ? Il avait peut-être prit un ton un peu accusateur, mais qu'y pouvait-il ? Cette idée le révoltait depuis qu'il avait apprit que Adeline n'était pas sa fille. Pourquoi Arianna ne lui avait-elle pas parlé de son géniteur ? Cinaed ne connaissait pas grand chose à la parentalité mais ça lui semblait quand même être la base. Même sans jamais le voir, la fillette devait avoir besoin de connaître quelques détails sur celui qui partageait son ADN. Comment se construire quand il manquait une figure à votre vie ? Cinaed se sentait presque l'âme à lui proposer de rester cette figure là mais pas tant qu'il n'aurait pas de réponse. Il ne la forcerait pas à s'attacher à un vieux bonhomme incapable si elle avait la possibilité d'avoir deux vrais bons parents.
Il ferma les yeux, se frottant une seconde plus tard le front de sa main libre. La partie de lui qui souhaitait hurler au visage de la femme plus vielle s'était réveillée et déversait un feu dans ses veines qu'il s'efforçait de contrôler. Cinaed était profondément dérangé, chose qui lui arrivait peu souvent mais il savait aussi que ce n'était pas le moment de se mettre à gueuler. Pas en premier, et pas sur une femme dans sa propre maison. Elle est plutôt mature pour son âge, elle comprendrait qu'elle ne puisse pas le voir. Elle était aussi incroyablement gamine et se roulait par terre en pleurant quand quelque chose ne lui plaisait pas mais la démarche de retrouver celui qui avait participé à lui donner la vie démontrait quand même une étincelle d'intelligence. Ou alors, c'était le dernier signe d'un cerveau défaillant qui essayait de se raccrocher à ce qu'il pouvait sans trop y arriver. On ne pouvait jamais vraiment savoir de quoi serait fait son encéphalogramme.
1552.
Comte Wallace, chevalier Modératus, Seigneur des Sylves - Aaron Bagans
Aussi polyvalente qu'un Fa dièse d'après la grande Abigail Grey
"Ton perso il a passé plus de temps à pécho qu'à taffer" - Nyxis Calderon
Aussi polyvalente qu'un Fa dièse d'après la grande Abigail Grey
"Ton perso il a passé plus de temps à pécho qu'à taffer" - Nyxis Calderon
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Le silence qui plane est bien plus pesant que celui qui m'étouffait plus tôt. Celui-ci me met profondément mal à l'aise et je me demande un instant s'il ne m'a pas entendue. Ou s'il choisit de ne pas m'entendre. Je ne sais toujours pas pourquoi il est là, ce qu'il attend de moi, ni même s'il compte rester longtemps. Je n'ai pas son temps, et si mes parents ou Rhys devaient apparaître, comme la plus malheureuse des coïncidences, maintenant, je pense que je dirais déjà adieu à cette vie qui n'a fait que me détruire. "Elle a encore ramené quelqu'un." Les moqueries qui ne sont pas prononcées sur un ton amusé, non.
"Tu n'as pas intérêt à tomber enceinte une nouvelle fois."
Le mouvement de l'homme devant moi me fait hausser le sourcil, et c'est seulement quand il explique son geste que mon cœur loupe un battement. J'imagine le pire scénario, qu'il vienne sous mon toit pour me menacer avec des photos compromettantes. Je lève ma baguette et fait venir à moi le petit bout de papier d'un mouvement du poignet. Mes doigts le pince sur le bord et je n'arrive pas à m'empêcher de détailler ce souvenir. Un rire ironique, agacé, fatigué m'échappe. Je ne savais pas qu'il avait gardé un cliché. Le mien doit être soigneusement rangé dans mon album, celui qui renferme toutes ces choses que j'ai faites et que je ne referai plus. Probablement par regret, peut-être parce que je n'en ai plus l'âge et assurément à cause des répercussions que cela pourrait avoir sur ma famille. Je ne sais pas quoi dire. Dois-je seulement dire quelque chose ? Vient-il ici pour de l'argent ? Ou alors se sent-il simplement seul, comme moi. Avec un besoin maladif de passer le temps autrement qu'en remuant les bas fonds de son passé.
Mais les trois mots suivants qu'il prononce font disparaître toute nostalgie ou mélancolie de mon regard. Évidemment. Il ne peut pas se passer une seule journée sans qu'elle n'ait besoin de s'imposer. Ce matin elle a insisté pour que je les accompagne, elle et son amie, au train. Quelle belle preuve d'amour maternel c'eût fait si j'avais cédé. Elle ne peut décidément pas rester en place, dans son coin, calme et invisible. Comme si ça ne suffisait pas que ces pensées et cette silhouette que j'ai de l'avoir mise au monde me rappellent constamment qu'elle existe.
Je m'approche pendant qu'il continue de m'exposer tous les problèmes dans lesquels ma fille a pu se mettre. Il m'arrive de me demander si c'est compulsif. Si elle ressent en permanence le besoin d'attirer toute la lumière sur elle, et elle seule, en faisant n'importe quoi. À son âge je brillais de par mes notes et mon bon comportement pour faire la fierté de mes parents. Il s'est vite révélé que ça ne suffirait jamais, n'étant pas Jade. Puis j'avais sombré et moi-même fait des bêtises, bien moins enfantines. Mais uniquement pour énerver ces parents dont je ne recevrai jamais l'approbation, aussi parfaite aurais-je pu devenir.
Et ça me déplaît au plus haut point qu'elle marche dans mes pas. Parce qu'elle l'a déjà, toute cette attention rivée sur elle.
« Quelle sotte. » Ce sont les seuls mots qui me viennent. Et ça m'énerve d'autant plus de réaliser que Cinaed n'est définitivement pas venu pour moi. En tous cas pas pour me demander des nouvelles. « C'est évident que tu n'es pas son père. Ne t'en fais pas trésor, je ne te réclamerai pas de pensions. » Je ne sais pas dans quel domaine il travaille. M'y suis-je déjà intéressé, rien qu'une fois, la première fois que nous nous sommes rencontrés. Je suppose que non. J'avais besoin d'une distraction, pas d'un psychologue ni d'un interlocuteur envahissant qui aurait posé des questions trop personnelles.
Tout comme celle qui suit.
Je retiens le soupir qui veut sortir. Ou bien est-ce un cri ? Cette question qu'il me lance à la figure, je la lis dans les regards de tous ceux dont je croise le chemin. Trois enfants. Différents. Aucun père. Et d'un coup cette minuscule goutte d'eau menace de me faire exploser. J'en ai marre qu'on me juge, qu'on me dise quoi faire. Parce que, Merlin, ils n'ont pas mis au monde cette personne qui allait détruire leur vie. Ils n'ont jamais autant regretté d'avoir voulu garder un bébé. Ils n'ont pas vu leur monde s'écrouler quand on leur a annoncé que c'était une fille. Par dessus tout, ils ne se sont pas effondrés quand leur partenaire, le père, est parti. Laissant une lettre et un bébé derrière lui.
J'aurais dû m'y attendre, après deux rejets. Jamais deux sans trois, m'a-t-on dit. Mais il s'agissait d'une fille. Elle était destinée à être faible, vulnérable dans cette société où seuls les hommes sont réellement reconnus. J'aurais dû lui dire combien le monde est cruel, lui dire qu'il m'avait laissée en morceau et que ce serait la même chose pour elle.
« Ça ne te regarde en rien », craché-je, mon masque enfin tombé. J'aimerais que seule la colère de son indélicatesse soit visible, mais la douleur, la honte et l'impuissance que je ressens son présents dans chaque mot que je prononce. « La prochaine fois qu'elle vient te voir, signale-le à des autorités compétentes, je ne veux pas qu'elle traîne dans les rues. Si j'apprends que tu continues à la voir, je m'assurerai de te coller une injonction d'éloignement. Ne t'approche pas d'elle et assure-toi qu'elle aussi reste loin de toi. » J'essaie de ne pas penser à tous les moyens qu'elle a dû mettre en place pour le retrouver. Ce talent et ce temps gâchés me font presque grincer des dents au vu des notes de son bulletin.
Elle se laisse trop distraire. Elle finira mal.
Elle est tout sauf mature.
Adeline sait très bien que son père ne reviendra jamais, et que c'est de sa faute. Je me suis assurée suffisamment de fois de faire rentrer ça dans sa petite tête. Je lui ai interdit de pleurer parce qu'elle n'en a simplement aucun droit. Je suis celle qui a souffert, tant physiquement que mentalement. Maintenant j'ai envie d'étrangler ce brun qui se permet de me juger. De le secouer pour lui dire que cet enchaînement de mauvaises décisions, dont il fait partie, m'a mené là. De lui dire que ç'aurait pu être lui, le père. Aurait-il assumé, alors ? Non, bien sûr que non.
« Adeline connaît le nom de son père, mais elle ne sait pas à quoi il ressemble. Elle a dû l'oublier, comme absolument tout ce qu'on lui dit parce qu'elle ne réfléchit jamais. » Je laisse transparaître toute la rancœur qu'elle m'inspire quand je continue. « Elle agit comme ça lui chante, ne retient jamais rien et ne réfléchit pas aux conséquences. Dans une situation pareille elle ne se demande pas si elle aurait pu se faire enlever, mais si son soi-disant père l'aimera comme sa mère ne l'a jamais aimée parce qu- » Elle n'est qu'une déception. Je prends compte de tout ce que je viens de dire et je suis en colère contre moi-même d'avoir été aussi faible. Je retiens le besoin de déchiqueter la photo entre mes mains, et la plaque sans douceur contre le torse de Cibaed quand je passe devant lui pour qu'il l'a récupère.
Photo de malheur.
Sans elle Adeline n'aurait jamais joué les détectives et ne m'aurait pas de nouveau mise dans une position délicate. « Allons dans le salon, j'ai besoin d'un verre et d'être assise pour continuer cette conversation. » Je pousse les portes de ladite pièce et me dirige droit vers le bar pour me servir à boire. Quelque chose de très chargé.
"Tu n'as pas intérêt à tomber enceinte une nouvelle fois."
Le mouvement de l'homme devant moi me fait hausser le sourcil, et c'est seulement quand il explique son geste que mon cœur loupe un battement. J'imagine le pire scénario, qu'il vienne sous mon toit pour me menacer avec des photos compromettantes. Je lève ma baguette et fait venir à moi le petit bout de papier d'un mouvement du poignet. Mes doigts le pince sur le bord et je n'arrive pas à m'empêcher de détailler ce souvenir. Un rire ironique, agacé, fatigué m'échappe. Je ne savais pas qu'il avait gardé un cliché. Le mien doit être soigneusement rangé dans mon album, celui qui renferme toutes ces choses que j'ai faites et que je ne referai plus. Probablement par regret, peut-être parce que je n'en ai plus l'âge et assurément à cause des répercussions que cela pourrait avoir sur ma famille. Je ne sais pas quoi dire. Dois-je seulement dire quelque chose ? Vient-il ici pour de l'argent ? Ou alors se sent-il simplement seul, comme moi. Avec un besoin maladif de passer le temps autrement qu'en remuant les bas fonds de son passé.
Mais les trois mots suivants qu'il prononce font disparaître toute nostalgie ou mélancolie de mon regard. Évidemment. Il ne peut pas se passer une seule journée sans qu'elle n'ait besoin de s'imposer. Ce matin elle a insisté pour que je les accompagne, elle et son amie, au train. Quelle belle preuve d'amour maternel c'eût fait si j'avais cédé. Elle ne peut décidément pas rester en place, dans son coin, calme et invisible. Comme si ça ne suffisait pas que ces pensées et cette silhouette que j'ai de l'avoir mise au monde me rappellent constamment qu'elle existe.
Je m'approche pendant qu'il continue de m'exposer tous les problèmes dans lesquels ma fille a pu se mettre. Il m'arrive de me demander si c'est compulsif. Si elle ressent en permanence le besoin d'attirer toute la lumière sur elle, et elle seule, en faisant n'importe quoi. À son âge je brillais de par mes notes et mon bon comportement pour faire la fierté de mes parents. Il s'est vite révélé que ça ne suffirait jamais, n'étant pas Jade. Puis j'avais sombré et moi-même fait des bêtises, bien moins enfantines. Mais uniquement pour énerver ces parents dont je ne recevrai jamais l'approbation, aussi parfaite aurais-je pu devenir.
Et ça me déplaît au plus haut point qu'elle marche dans mes pas. Parce qu'elle l'a déjà, toute cette attention rivée sur elle.
« Quelle sotte. » Ce sont les seuls mots qui me viennent. Et ça m'énerve d'autant plus de réaliser que Cinaed n'est définitivement pas venu pour moi. En tous cas pas pour me demander des nouvelles. « C'est évident que tu n'es pas son père. Ne t'en fais pas trésor, je ne te réclamerai pas de pensions. » Je ne sais pas dans quel domaine il travaille. M'y suis-je déjà intéressé, rien qu'une fois, la première fois que nous nous sommes rencontrés. Je suppose que non. J'avais besoin d'une distraction, pas d'un psychologue ni d'un interlocuteur envahissant qui aurait posé des questions trop personnelles.
Tout comme celle qui suit.
Je retiens le soupir qui veut sortir. Ou bien est-ce un cri ? Cette question qu'il me lance à la figure, je la lis dans les regards de tous ceux dont je croise le chemin. Trois enfants. Différents. Aucun père. Et d'un coup cette minuscule goutte d'eau menace de me faire exploser. J'en ai marre qu'on me juge, qu'on me dise quoi faire. Parce que, Merlin, ils n'ont pas mis au monde cette personne qui allait détruire leur vie. Ils n'ont jamais autant regretté d'avoir voulu garder un bébé. Ils n'ont pas vu leur monde s'écrouler quand on leur a annoncé que c'était une fille. Par dessus tout, ils ne se sont pas effondrés quand leur partenaire, le père, est parti. Laissant une lettre et un bébé derrière lui.
J'aurais dû m'y attendre, après deux rejets. Jamais deux sans trois, m'a-t-on dit. Mais il s'agissait d'une fille. Elle était destinée à être faible, vulnérable dans cette société où seuls les hommes sont réellement reconnus. J'aurais dû lui dire combien le monde est cruel, lui dire qu'il m'avait laissée en morceau et que ce serait la même chose pour elle.
« Ça ne te regarde en rien », craché-je, mon masque enfin tombé. J'aimerais que seule la colère de son indélicatesse soit visible, mais la douleur, la honte et l'impuissance que je ressens son présents dans chaque mot que je prononce. « La prochaine fois qu'elle vient te voir, signale-le à des autorités compétentes, je ne veux pas qu'elle traîne dans les rues. Si j'apprends que tu continues à la voir, je m'assurerai de te coller une injonction d'éloignement. Ne t'approche pas d'elle et assure-toi qu'elle aussi reste loin de toi. » J'essaie de ne pas penser à tous les moyens qu'elle a dû mettre en place pour le retrouver. Ce talent et ce temps gâchés me font presque grincer des dents au vu des notes de son bulletin.
Elle se laisse trop distraire. Elle finira mal.
Elle est tout sauf mature.
Adeline sait très bien que son père ne reviendra jamais, et que c'est de sa faute. Je me suis assurée suffisamment de fois de faire rentrer ça dans sa petite tête. Je lui ai interdit de pleurer parce qu'elle n'en a simplement aucun droit. Je suis celle qui a souffert, tant physiquement que mentalement. Maintenant j'ai envie d'étrangler ce brun qui se permet de me juger. De le secouer pour lui dire que cet enchaînement de mauvaises décisions, dont il fait partie, m'a mené là. De lui dire que ç'aurait pu être lui, le père. Aurait-il assumé, alors ? Non, bien sûr que non.
« Adeline connaît le nom de son père, mais elle ne sait pas à quoi il ressemble. Elle a dû l'oublier, comme absolument tout ce qu'on lui dit parce qu'elle ne réfléchit jamais. » Je laisse transparaître toute la rancœur qu'elle m'inspire quand je continue. « Elle agit comme ça lui chante, ne retient jamais rien et ne réfléchit pas aux conséquences. Dans une situation pareille elle ne se demande pas si elle aurait pu se faire enlever, mais si son soi-disant père l'aimera comme sa mère ne l'a jamais aimée parce qu- » Elle n'est qu'une déception. Je prends compte de tout ce que je viens de dire et je suis en colère contre moi-même d'avoir été aussi faible. Je retiens le besoin de déchiqueter la photo entre mes mains, et la plaque sans douceur contre le torse de Cibaed quand je passe devant lui pour qu'il l'a récupère.
Photo de malheur.
Sans elle Adeline n'aurait jamais joué les détectives et ne m'aurait pas de nouveau mise dans une position délicate. « Allons dans le salon, j'ai besoin d'un verre et d'être assise pour continuer cette conversation. » Je pousse les portes de ladite pièce et me dirige droit vers le bar pour me servir à boire. Quelque chose de très chargé.
Mousse de l'équipage Ad2OC.
— deuxième année • #222666 • discord : poowtato —
« dishonor on your cow. »
— deuxième année • #222666 • discord : poowtato —
« dishonor on your cow. »
Retour aux sources
Cinaed n'était pas un homme violent. Evidemment, il lui arrivait de se battre ou de s'énerver, mais ce n'était jamais sans raison. Il ne trouvait pas d'atrait à tout ça, et ça n'avait pour lui aucun sens. Surtout, il ne savait pas s'énerver comme un adulte. Rester cohérent quand il sentait la frustration monter, c'était impossible, alors il perdait souvent les joutes et finissait par bouder dans un coin, voilà son maximum. Il jouait des poings quand il en avait besoin, et à bien y réfléchir, il l'avait rarement fait avec sérieux. C'était arrivé au détour d'un bar avec un gars trop collant autour d'une femme quelconque, ou quand on le poussait à bout quand il avait un peu bu, mais rien de plus. Il se défenfait souvent, attaquait rarement. Il lui semblait simplement que toute bataille sans raison était inutile, surtout qu'il n'avait jamais apprécié user de la magie pour ça. Ces derniers mois, il se rendait au club de duel de Godric's Hollow quelques fois par mois mais c'était surtout pour apprendre à se défendre et éviter de se retrouver à nouveau en mauvaise posture dans l'Allée comme il avait pu l'être par le passé.
Et puis, c'était aussi pour Avaleen. S'il ne pouvait pas se défendre, comment pourrait-il protéger sa filleule ? Surtout que, à l'époque, sa condition physique laissait vraiment à désirer. Evidemment, il n'était pas devenu athlète en si peu de temps mais il avait été plutôt content de constater qu'il arrivait à courir sans avoir envie de mourir à la fin des trois premières mètres. Il avait compris à quel point cela pouvait être utile dans sa vie de tout les jours et à quel point avoir une bonne condition physique lui permettait de passer de meilleurs moments avec sa famille. Poursuivre Avaleen dans des parcs pour lui coller des brins d'herbe dans les cheveux n'avait jamais paru aussi facile et il s'amusait tellement plus que c'en était presque fascinant. Un simple changement dans une routine qui faisait des merveilles, d'autant que Magnus commençait à lui parler avec sérieux de l'accompagner quelques fois faire de la boxe. Le sport, ça rapprochait, mine de rien.
Mais revenons-en à nos moutons : Cinaed n'était pas un homme violent. Il pouvait paraître imposant de loin, effrayant peut-être mais cette bulle éclatait dès qu'on le voyait se mouvoir dans l'espace. L'ébéniste était un électron libre, certes, mais entouré de coton et de paillettes : en somme, plus un nounours qu'une figurine de combat. Malgré cela, une vague de haine déferla en lui, si intense qu'il eut envie - pendant un instant - de se jeter sur l'autre. Il ne savait pas ce qu'il aurait pu faire et ne le saurait sans doute jamais car elle avait reprit la parole juste après, l'arrêtant dans son élan mais un grondement sourd se dégagea tout de même de ses lèvres. Déjà qu'il s'était tendu comme un arc quand elle avait commencé à parler - car qui parlait de sa fille en ces termes ? - mais la menace avait été la goutte d'eau qui avait fait déborder le vase.
Adeline n'était pas sa fille, et il ne partageait rien avec elle. Rien que quelques lettres et des larmes dans une boutique vide. Les paroles de l'autre n'auraient pas dû le toucher aussi durement et quelques années auparavant, Cinaed aurait ignoré les mots avec une facilité déconcertante. Peut-être que devenir tonton et de voir de ses yeux ce que deux parents aimants saccrifiaient pour leur progéniture l'avait un peu changé. Il n'avait jamais trop compris ça, avant, parce qu'il était impossible pour un enfant de concevoir parfaitement ce que vivaient ses parents. Mais voir son meilleur ami devenir papa ? Ca, ça foutait une sacré claque. Il avait vu Avaleen quand elle ressemblait encore à une taupe toute fripée, l'avait tenue dans ses bras en sentant au plus profond de lui qu'il ne serait jamais à la hauteur d'un être humain aussi exceptionnel et avait quand même décidé de faire de son mieux.
Et, pourtant, il n'était même pas son père, même pas son oncle. Un parrain qui pouvait disparaître du jour au lendemain, un parrain qui était persuadé qu'il ne serait jamais capable de s'occuper d'un enfant correctement. Un parrain qui faisait des erreurs, oubliait les horaires de repas et les habitudes alimentaires acceptables pour un enfant de six ans mais un parrain qui faisait de son mieux. Qui la laissait le coiffer, jouer avec ses ongles, l'habiller en princesse pour Halloween et qui allait se faire perçer les oreilles en même temps qu'elle car elle était trop peureuse pour y aller seule. Il n'était pas un papa, ne voulait pas l'être et avait ardemment espéré que Adeline se trompe dans sa recherche et pourtant jamais il n'aurait parlé de l'enfant avec de tels mots, avec un tel venin dans la voix.
Il était absolument outré par l'autre, et soudainement l'image de femme de bonne famille vola en éclat et Cinaed comprit que les gens n'avaient pas besoin de ressembler à des monstres pour en adopter le comportement.
Il attrape la photo quand l'autre la lache, avant qu'elle ne tombe mais ne s'en empare pas avec délicatesse. Son poing se referme dessus avec violence, froissant le cliché, le déchirant peut-être même. Il ne prend pas la peine de le ranger dans sa poche et le laisse simplement tomber au sol, incapable d'y jeter même un seul coup d'oeil. Il se sent profondément dégoûté. Peut-être que ça aurait été mieux qu'il soit le père de la gamine, parce que cela lui aurait donné une bonne raison de lui envoyer sa main au milieu du visage. Mais, s'il l'avait été, ça n'aurait pas été une simple haine pour l'autre qu'il aurait ressenti à cet instant mais aussi une pour lui même. Qui pourrait entendre une mère avouer qu'elle n'aimait pas sa fille sans se sentir mal de l'avoir abandonnée là ? Allait-il se sentir mal de ne pas avoir été ce père absent qui aurait pu, au moins, faire quelque chose en revenant ? Parce que la réalité était que Cinaed n'avait aucun pouvoir. L'autre le menaçait avec quelque chose que Cinaed ne pourrait pas empêcher, et sous tout ce dégoût se tortillait une peur viscérale. Il ne savait pas pour quoi ou pour qui, mais elle était là.
Ses jambes s'enclenchent par réflexe pour suivre l'autre dans la pièce attenante et puis, d'un coup, tout explose. Il ne sait pas pourquoi, peut-être parce qu'il n'a pas eu l'occasion de prendre la parole avant. Pourquoi ne lui a-t-il pas coupé la parole, comme il le fait si souvent ? Il aurait pu décharger un peu avant que ça n'éclate.
Cinaed Wallace n'était pas un homme violent mais, eh bien, chacun a ses propres limites, non ?
Sa main atteint l'épaule de l'autre juste avant qu'elle n'arrive au bar et il utilise une force qu'il sait bien supérieure à celle d'une femme qui ne s'entraine pas pour tourner Arianna vers lui. Sans douceur, mais sans chercher à lui faire mal ou à serrer son épaule jusqu'à lui éclater. Ce n'est pas le but, parce qu'il n'a pas envie de la blesser. Enfin, si, il en aurait envie, mais la vie ne fonctionne pas comme ça et actuellement il est plus intéressé par faire valoir son point de vue plutôt que de lui casser le nez. Une fois face à face, sa main gauche agripe sans gêne le col de la robe de l'autre - elle est blanche, remarque-t-il enfin, et ça ne la fait pas paraître plus pure - et tire en avant, ammenant son visage proche de celui de l'autre. Elle est plus vieille que lui mais il est plus grand, et dans un moment comme ça, l'âge ne change rien à la domination exercée par une taille avantagée.
Les dents serrées, il siffle : Si tu veux traîter ta fille d'idiote sans te ridiculiser, ne menace pas quelqu'un avec une chose qui pourrait se retourner contre toi. Parce que si tu crois que tu gagnerais ce petit jeu, tu te mets la baguette dans l'oeil. Et détrompe toi, ce n'est pas une menace, simplement un fait. Je doute que tu aies envie que le monde voit en toi une mauvaise mère en plus d'une femme pathétique, non ? C'est un peu du bluff, parce qu'il ne connaît pas bien le système judiciaire sorcier - à part pour quelques brouilles, mais c'était il y a longtemps - et encore moins tout ce qui touche à l'enfance, mais il est presque sûr qu'une mère qui maltraite émotionnellement sa fille, ça ne passerait pas. Et si ça passe, alors il gueulera jusqu'à ce que la limite s'affine et que sa connerie ne puisse plus passer entre les mailles du filet. Il n'a jamais cru en l'utilité de l'argent, mais à cet instant il n'a qu'une envie : tracer jusqu'à chez ses parents, vérifier avec eux si les Sgaeyl sont moins aisés et les écraser. Tous.
Et il est pratiquement certain que la réponse est oui, parce que sa mère a toujours dit qu'ils auraient fait de parfaits sang-purs si la lignée avait été plus travaillée au lieu de partir avec quelques nés-moldus, alors c'est que les finances doivent suivre. Merci aux grands parents et aux arrières-grands parents, et à tout ces foutus sorciers et cette foutue entreprise familiale dont il se fichait pas mal.
Il repousse légèrement la quarantenaire mais sans retirer sa main de son col pour le moment. Il ne l'étrangle pas mais sert le tissu. S'il le voulait, il n'aurait aucun mal à la propulser par dessus le bar et sans baguette mais une partie de lui hurle à l'intérieur de sa tête que cela ferait plus de mal que de bien à Adeline. Et, Morgane, quand est-ce qu'il avait pensé à quelqu'un d'autre -qui ne fasse pas partie de sa famille - avant ses propres intérêts pour la dernière fois ? Et, par Merlin, arrête de t'appeler une mère. Tu te fais honte. Il lâche sa robe et la toise du regard quelques secondes avant de s'éloigner à grands pas sans la quitter des yeux. Qu'elle ose sortir sa baguette et il risquerait de ne plus répondre de rien.
S'il avait été un enfant gonflé à la magie accidentelle, nul doute que toutes les bouteilles présentes dans la pièce auraient explosées.
Dans l'état actuel des choses, il se contente de rejoindre lesdites bouteilles et d'en tirer deux qu'il reconnaît être du whisky et qui sont, par miracle, déjà entammées. Sans poser la question, il en ouvre une et va claquer la seconde contre la poitrine d'Arianna. Il n'a pas besoin d'un verre, et elle non plus. Il serait vide bien trop vite dans une situation comme celle-ci.
Tu vas me donner l'autorisation écrite de m'entretenir avec elle pour lui annoncer la nouvelle, et tu te retiendras de lui envoyer un hibou. De toute façon, je doute que tu lui aies envoyé beaucoup de lettres dans ta triste vie. Il débouche la bouteille et porte le goulot à ses lèvres mais se ravise à la première gorgée et reprend la parole. Tu étais déjà ça à notre rencontre ? dit-il, faisant un signe de la main - celle qui tient la bouteille - vers l'autre. C'est bien la première fois qu'il se sent sale pour une question de coucherie. Erk. C'est pas parce que tu supportes pas ton reflet que tu dois cracher sur la gueule des autres, même moi je sais ça, c'est dire. Cette fois-ci, il prend une gorgée, ne grimace même pas à la piqure de l'alcool à laquelle il est habitué. Sans gêne, il l'est certainement, mais punaise, qui peut lui reprocher de se servir dans le bar d'un inconnu après ça ? Adeline m'a dit qu'elle avait des frères. Eux aussi, tu les traites comme de la bouse d'Eruptif ou tu gardes ça pour ta petite dernière ?
Fais chier, Adeline aura le droit à un câlin s'il arrive à avoir cette foutue autorisation. Et même sans, en fait, parce qu'elle reviendra forcément à Pré-au-Lard un jour et alors, là, même avec une possible injonction d'éloignement, il écrasera la plus jeune dans une poigne de papa ours. C'est une envie qui lui vient des tripes, qu'il n'a jamais ressenti mais, Merlin, ce que c'est puissant. Tout ça pour quelques malheureux mots, même pas si violents quand il y réfléchit bien, mais révélateurs de tellement d'autres choses. Heureusement, elle ne lui a jamais levé la main dessus. Enfin, pas à ce qu'il sache, mais s'il apprend une connerie pareille, il quittera la demeure avant de penser à pulvériser les meubles.
Et puis, c'était aussi pour Avaleen. S'il ne pouvait pas se défendre, comment pourrait-il protéger sa filleule ? Surtout que, à l'époque, sa condition physique laissait vraiment à désirer. Evidemment, il n'était pas devenu athlète en si peu de temps mais il avait été plutôt content de constater qu'il arrivait à courir sans avoir envie de mourir à la fin des trois premières mètres. Il avait compris à quel point cela pouvait être utile dans sa vie de tout les jours et à quel point avoir une bonne condition physique lui permettait de passer de meilleurs moments avec sa famille. Poursuivre Avaleen dans des parcs pour lui coller des brins d'herbe dans les cheveux n'avait jamais paru aussi facile et il s'amusait tellement plus que c'en était presque fascinant. Un simple changement dans une routine qui faisait des merveilles, d'autant que Magnus commençait à lui parler avec sérieux de l'accompagner quelques fois faire de la boxe. Le sport, ça rapprochait, mine de rien.
Mais revenons-en à nos moutons : Cinaed n'était pas un homme violent. Il pouvait paraître imposant de loin, effrayant peut-être mais cette bulle éclatait dès qu'on le voyait se mouvoir dans l'espace. L'ébéniste était un électron libre, certes, mais entouré de coton et de paillettes : en somme, plus un nounours qu'une figurine de combat. Malgré cela, une vague de haine déferla en lui, si intense qu'il eut envie - pendant un instant - de se jeter sur l'autre. Il ne savait pas ce qu'il aurait pu faire et ne le saurait sans doute jamais car elle avait reprit la parole juste après, l'arrêtant dans son élan mais un grondement sourd se dégagea tout de même de ses lèvres. Déjà qu'il s'était tendu comme un arc quand elle avait commencé à parler - car qui parlait de sa fille en ces termes ? - mais la menace avait été la goutte d'eau qui avait fait déborder le vase.
Adeline n'était pas sa fille, et il ne partageait rien avec elle. Rien que quelques lettres et des larmes dans une boutique vide. Les paroles de l'autre n'auraient pas dû le toucher aussi durement et quelques années auparavant, Cinaed aurait ignoré les mots avec une facilité déconcertante. Peut-être que devenir tonton et de voir de ses yeux ce que deux parents aimants saccrifiaient pour leur progéniture l'avait un peu changé. Il n'avait jamais trop compris ça, avant, parce qu'il était impossible pour un enfant de concevoir parfaitement ce que vivaient ses parents. Mais voir son meilleur ami devenir papa ? Ca, ça foutait une sacré claque. Il avait vu Avaleen quand elle ressemblait encore à une taupe toute fripée, l'avait tenue dans ses bras en sentant au plus profond de lui qu'il ne serait jamais à la hauteur d'un être humain aussi exceptionnel et avait quand même décidé de faire de son mieux.
Et, pourtant, il n'était même pas son père, même pas son oncle. Un parrain qui pouvait disparaître du jour au lendemain, un parrain qui était persuadé qu'il ne serait jamais capable de s'occuper d'un enfant correctement. Un parrain qui faisait des erreurs, oubliait les horaires de repas et les habitudes alimentaires acceptables pour un enfant de six ans mais un parrain qui faisait de son mieux. Qui la laissait le coiffer, jouer avec ses ongles, l'habiller en princesse pour Halloween et qui allait se faire perçer les oreilles en même temps qu'elle car elle était trop peureuse pour y aller seule. Il n'était pas un papa, ne voulait pas l'être et avait ardemment espéré que Adeline se trompe dans sa recherche et pourtant jamais il n'aurait parlé de l'enfant avec de tels mots, avec un tel venin dans la voix.
Il était absolument outré par l'autre, et soudainement l'image de femme de bonne famille vola en éclat et Cinaed comprit que les gens n'avaient pas besoin de ressembler à des monstres pour en adopter le comportement.
Il attrape la photo quand l'autre la lache, avant qu'elle ne tombe mais ne s'en empare pas avec délicatesse. Son poing se referme dessus avec violence, froissant le cliché, le déchirant peut-être même. Il ne prend pas la peine de le ranger dans sa poche et le laisse simplement tomber au sol, incapable d'y jeter même un seul coup d'oeil. Il se sent profondément dégoûté. Peut-être que ça aurait été mieux qu'il soit le père de la gamine, parce que cela lui aurait donné une bonne raison de lui envoyer sa main au milieu du visage. Mais, s'il l'avait été, ça n'aurait pas été une simple haine pour l'autre qu'il aurait ressenti à cet instant mais aussi une pour lui même. Qui pourrait entendre une mère avouer qu'elle n'aimait pas sa fille sans se sentir mal de l'avoir abandonnée là ? Allait-il se sentir mal de ne pas avoir été ce père absent qui aurait pu, au moins, faire quelque chose en revenant ? Parce que la réalité était que Cinaed n'avait aucun pouvoir. L'autre le menaçait avec quelque chose que Cinaed ne pourrait pas empêcher, et sous tout ce dégoût se tortillait une peur viscérale. Il ne savait pas pour quoi ou pour qui, mais elle était là.
Ses jambes s'enclenchent par réflexe pour suivre l'autre dans la pièce attenante et puis, d'un coup, tout explose. Il ne sait pas pourquoi, peut-être parce qu'il n'a pas eu l'occasion de prendre la parole avant. Pourquoi ne lui a-t-il pas coupé la parole, comme il le fait si souvent ? Il aurait pu décharger un peu avant que ça n'éclate.
Cinaed Wallace n'était pas un homme violent mais, eh bien, chacun a ses propres limites, non ?
Sa main atteint l'épaule de l'autre juste avant qu'elle n'arrive au bar et il utilise une force qu'il sait bien supérieure à celle d'une femme qui ne s'entraine pas pour tourner Arianna vers lui. Sans douceur, mais sans chercher à lui faire mal ou à serrer son épaule jusqu'à lui éclater. Ce n'est pas le but, parce qu'il n'a pas envie de la blesser. Enfin, si, il en aurait envie, mais la vie ne fonctionne pas comme ça et actuellement il est plus intéressé par faire valoir son point de vue plutôt que de lui casser le nez. Une fois face à face, sa main gauche agripe sans gêne le col de la robe de l'autre - elle est blanche, remarque-t-il enfin, et ça ne la fait pas paraître plus pure - et tire en avant, ammenant son visage proche de celui de l'autre. Elle est plus vieille que lui mais il est plus grand, et dans un moment comme ça, l'âge ne change rien à la domination exercée par une taille avantagée.
Les dents serrées, il siffle : Si tu veux traîter ta fille d'idiote sans te ridiculiser, ne menace pas quelqu'un avec une chose qui pourrait se retourner contre toi. Parce que si tu crois que tu gagnerais ce petit jeu, tu te mets la baguette dans l'oeil. Et détrompe toi, ce n'est pas une menace, simplement un fait. Je doute que tu aies envie que le monde voit en toi une mauvaise mère en plus d'une femme pathétique, non ? C'est un peu du bluff, parce qu'il ne connaît pas bien le système judiciaire sorcier - à part pour quelques brouilles, mais c'était il y a longtemps - et encore moins tout ce qui touche à l'enfance, mais il est presque sûr qu'une mère qui maltraite émotionnellement sa fille, ça ne passerait pas. Et si ça passe, alors il gueulera jusqu'à ce que la limite s'affine et que sa connerie ne puisse plus passer entre les mailles du filet. Il n'a jamais cru en l'utilité de l'argent, mais à cet instant il n'a qu'une envie : tracer jusqu'à chez ses parents, vérifier avec eux si les Sgaeyl sont moins aisés et les écraser. Tous.
Et il est pratiquement certain que la réponse est oui, parce que sa mère a toujours dit qu'ils auraient fait de parfaits sang-purs si la lignée avait été plus travaillée au lieu de partir avec quelques nés-moldus, alors c'est que les finances doivent suivre. Merci aux grands parents et aux arrières-grands parents, et à tout ces foutus sorciers et cette foutue entreprise familiale dont il se fichait pas mal.
Il repousse légèrement la quarantenaire mais sans retirer sa main de son col pour le moment. Il ne l'étrangle pas mais sert le tissu. S'il le voulait, il n'aurait aucun mal à la propulser par dessus le bar et sans baguette mais une partie de lui hurle à l'intérieur de sa tête que cela ferait plus de mal que de bien à Adeline. Et, Morgane, quand est-ce qu'il avait pensé à quelqu'un d'autre -qui ne fasse pas partie de sa famille - avant ses propres intérêts pour la dernière fois ? Et, par Merlin, arrête de t'appeler une mère. Tu te fais honte. Il lâche sa robe et la toise du regard quelques secondes avant de s'éloigner à grands pas sans la quitter des yeux. Qu'elle ose sortir sa baguette et il risquerait de ne plus répondre de rien.
S'il avait été un enfant gonflé à la magie accidentelle, nul doute que toutes les bouteilles présentes dans la pièce auraient explosées.
Dans l'état actuel des choses, il se contente de rejoindre lesdites bouteilles et d'en tirer deux qu'il reconnaît être du whisky et qui sont, par miracle, déjà entammées. Sans poser la question, il en ouvre une et va claquer la seconde contre la poitrine d'Arianna. Il n'a pas besoin d'un verre, et elle non plus. Il serait vide bien trop vite dans une situation comme celle-ci.
Tu vas me donner l'autorisation écrite de m'entretenir avec elle pour lui annoncer la nouvelle, et tu te retiendras de lui envoyer un hibou. De toute façon, je doute que tu lui aies envoyé beaucoup de lettres dans ta triste vie. Il débouche la bouteille et porte le goulot à ses lèvres mais se ravise à la première gorgée et reprend la parole. Tu étais déjà ça à notre rencontre ? dit-il, faisant un signe de la main - celle qui tient la bouteille - vers l'autre. C'est bien la première fois qu'il se sent sale pour une question de coucherie. Erk. C'est pas parce que tu supportes pas ton reflet que tu dois cracher sur la gueule des autres, même moi je sais ça, c'est dire. Cette fois-ci, il prend une gorgée, ne grimace même pas à la piqure de l'alcool à laquelle il est habitué. Sans gêne, il l'est certainement, mais punaise, qui peut lui reprocher de se servir dans le bar d'un inconnu après ça ? Adeline m'a dit qu'elle avait des frères. Eux aussi, tu les traites comme de la bouse d'Eruptif ou tu gardes ça pour ta petite dernière ?
Fais chier, Adeline aura le droit à un câlin s'il arrive à avoir cette foutue autorisation. Et même sans, en fait, parce qu'elle reviendra forcément à Pré-au-Lard un jour et alors, là, même avec une possible injonction d'éloignement, il écrasera la plus jeune dans une poigne de papa ours. C'est une envie qui lui vient des tripes, qu'il n'a jamais ressenti mais, Merlin, ce que c'est puissant. Tout ça pour quelques malheureux mots, même pas si violents quand il y réfléchit bien, mais révélateurs de tellement d'autres choses. Heureusement, elle ne lui a jamais levé la main dessus. Enfin, pas à ce qu'il sache, mais s'il apprend une connerie pareille, il quittera la demeure avant de penser à pulvériser les meubles.
2114.
Comte Wallace, chevalier Modératus, Seigneur des Sylves - Aaron Bagans
Aussi polyvalente qu'un Fa dièse d'après la grande Abigail Grey
"Ton perso il a passé plus de temps à pécho qu'à taffer" - Nyxis Calderon
Aussi polyvalente qu'un Fa dièse d'après la grande Abigail Grey
"Ton perso il a passé plus de temps à pécho qu'à taffer" - Nyxis Calderon
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Je n'ai pas le temps de faire trois pas que cet imbécile a l'audace de me toucher. Je m'apprête à l'envoyer contre le mur d'un simple sort mais tous mes muscles se crispent quand je rencontre son regard. Je m'efforce de rien laisser paraître dans ma façon de rester immobile mais pour une fois, pour la première fois, j'ai peur. C'est effrayant de ne plus avoir le contrôle. Cet homme que j'avais qualifié de simple pion à l'époque pour me défouler. Je le pensais seulement grand séducteur. Je l'observe avec des yeux brûlants, et je me promets de me venger un jour. De mettre feu à sa boutique, de détruire sa famille et de rire quand il pleurera et suppliera. Il n'a rien de différent avec tous ces hommes dehors. Qui se pavanent et prétendent être des gens bien, qui se convainquant qu'ils ne s'abaisseraient jamais à ça. Foutaises. Les hommes sont faibles. Je pourrais proposer des milliers à celui qui me crache au visage pour qu'il ferme enfin sa bouche et qu'il parte de chez moi.
Une mauvaise mère. C'est le comble.
Que les gens s'occupent enfin de leurs propres problèmes et me laissent m'occuper des miens. Adeline est un problème. Je sers les poings. Ce serait tellement facile de lui trancher la gorge. D'un simple mouvement fluide pour qu'il arrête enfin de prendre la défense de cette bâtarde qui n'est même pas foutue de se rappeler que son père s'appelle Chase, pas Cinaed. Sa main sur mon cou me fait voir rouge. Je pourrais appeler tous ces gens qui travaillent ici pour le maîtriser et le faire arrêter pour agression. Je pourrais. Mais ça impliquerait de reléguer ce sale travail, celui de lui faire regretter son acte, à quelqu’un d’autre. Ça impliquerait mes parents, toutes les familles hautement placées qui auraient vent de l’affaire. Elle est faible. Ses mauvaises fréquentations se retournent enfin contre elle. Quelle honte. Merlin sait que les rumeurs qui courent sont pire qu’un Feudeymon, la moitié de l’Angleterre serait au courant avant demain.
Je laisse échapper une respiration tremblante quand il me lâche enfin et s’éloigne suffisamment pour ne pas m’entendre au bord de la crise de panique. La bouteille qu’il me lance presque dessus me fait légèrement reculer et je n’arrête pas de le détailler pendant qu’il se déplace en maître des lieux. Il ne perd rien pour attendre. Cette humiliation qu’il m’a infligée finira punie. De la pire des manières.
Mes oreilles n’écoutent qu’à moitié son monologue de saint. Un sourire mauvais ourle mes lèvres et je l’écoute me salir encore plus. Toujours plus. A-t-il des enfants pour me faire la leçon pareillement ? Subit-il chaque jour, chaque heure de la journée, le poids de leurs actions ? Quand il mentionne les frères d’Adeline je perds patience. Évidemment, il fallait qu’elle crie sur les toits toute notre situation familiale. Je ne réfléchis pas, je pointe ma baguette sur la bouteille d’alcool dans sa main et l’envoie droit contre le mur en face de moi. Ce serait trop beau que le bruit n’alerte pas tout le monde alors je ferme aussi rapidement les portes de la petite pièce.
À nous deux Wallace.
« C’est elle qui me rendue comme ça. À croire que quand je l’ai mise au monde, elle a aspiré tout mon âme et ma joie de vivre pour la décupler et devenir cette fille que tout le monde juge d’adorable et pleine de vie, alors qu’elle se contente de crier et bouger dans tous les sens. » Je prends une nouvelle inspiration, les phalanges blanchies autour du verre de la bouteille. « Son père est parti à cause d’elle, et je me demande chaque jour comment seraient les choses si j’avais fait une fausse couche ce jour-là. » Je tremble de rage maintenant. Contre elle de m’avoir transformée ainsi. Contre lui d’être venu pour ressasser toute cette merde. Je les déteste.
« Ces frères ne cherchent pas les ennuis ni leur père, ils ne demandent pas constamment mon attention et je sais qu’ils feront ma fierté. C’est tout le problème avec elle. Il n’y a que sa petite personne qui existe et c’est pathétique. » J’avale une gorgée pour oublier. Tout. Lui, elle, eux. Qu’ils aillent tous se faire voir. Qu’ils aillent tous se faire détester par toute leur famille et mépriser par leur entourage à cause d’une simple enfant. « Tu peux te la mettre où je pense, ton autorisation. Je ne sais pas comment ni où elle t’a rencontré la première, ce qu’elle a pu dire pour te faire tomber sous son charme et plaider sa misérable cause, mais ça n’a plu intérêt de se reproduire. Jamais. Menace-moi comme ça te chante, je suis sa mère. » Et je ne le laisserai pas approcher ma fille une nouvelle fois pour qu’elle ait de nouveau l’occasion de raconter n’importe quoi. Cette petite est un danger public.
Une mauvaise mère. C'est le comble.
Que les gens s'occupent enfin de leurs propres problèmes et me laissent m'occuper des miens. Adeline est un problème. Je sers les poings. Ce serait tellement facile de lui trancher la gorge. D'un simple mouvement fluide pour qu'il arrête enfin de prendre la défense de cette bâtarde qui n'est même pas foutue de se rappeler que son père s'appelle Chase, pas Cinaed. Sa main sur mon cou me fait voir rouge. Je pourrais appeler tous ces gens qui travaillent ici pour le maîtriser et le faire arrêter pour agression. Je pourrais. Mais ça impliquerait de reléguer ce sale travail, celui de lui faire regretter son acte, à quelqu’un d’autre. Ça impliquerait mes parents, toutes les familles hautement placées qui auraient vent de l’affaire. Elle est faible. Ses mauvaises fréquentations se retournent enfin contre elle. Quelle honte. Merlin sait que les rumeurs qui courent sont pire qu’un Feudeymon, la moitié de l’Angleterre serait au courant avant demain.
Je laisse échapper une respiration tremblante quand il me lâche enfin et s’éloigne suffisamment pour ne pas m’entendre au bord de la crise de panique. La bouteille qu’il me lance presque dessus me fait légèrement reculer et je n’arrête pas de le détailler pendant qu’il se déplace en maître des lieux. Il ne perd rien pour attendre. Cette humiliation qu’il m’a infligée finira punie. De la pire des manières.
Mes oreilles n’écoutent qu’à moitié son monologue de saint. Un sourire mauvais ourle mes lèvres et je l’écoute me salir encore plus. Toujours plus. A-t-il des enfants pour me faire la leçon pareillement ? Subit-il chaque jour, chaque heure de la journée, le poids de leurs actions ? Quand il mentionne les frères d’Adeline je perds patience. Évidemment, il fallait qu’elle crie sur les toits toute notre situation familiale. Je ne réfléchis pas, je pointe ma baguette sur la bouteille d’alcool dans sa main et l’envoie droit contre le mur en face de moi. Ce serait trop beau que le bruit n’alerte pas tout le monde alors je ferme aussi rapidement les portes de la petite pièce.
À nous deux Wallace.
« C’est elle qui me rendue comme ça. À croire que quand je l’ai mise au monde, elle a aspiré tout mon âme et ma joie de vivre pour la décupler et devenir cette fille que tout le monde juge d’adorable et pleine de vie, alors qu’elle se contente de crier et bouger dans tous les sens. » Je prends une nouvelle inspiration, les phalanges blanchies autour du verre de la bouteille. « Son père est parti à cause d’elle, et je me demande chaque jour comment seraient les choses si j’avais fait une fausse couche ce jour-là. » Je tremble de rage maintenant. Contre elle de m’avoir transformée ainsi. Contre lui d’être venu pour ressasser toute cette merde. Je les déteste.
« Ces frères ne cherchent pas les ennuis ni leur père, ils ne demandent pas constamment mon attention et je sais qu’ils feront ma fierté. C’est tout le problème avec elle. Il n’y a que sa petite personne qui existe et c’est pathétique. » J’avale une gorgée pour oublier. Tout. Lui, elle, eux. Qu’ils aillent tous se faire voir. Qu’ils aillent tous se faire détester par toute leur famille et mépriser par leur entourage à cause d’une simple enfant. « Tu peux te la mettre où je pense, ton autorisation. Je ne sais pas comment ni où elle t’a rencontré la première, ce qu’elle a pu dire pour te faire tomber sous son charme et plaider sa misérable cause, mais ça n’a plu intérêt de se reproduire. Jamais. Menace-moi comme ça te chante, je suis sa mère. » Et je ne le laisserai pas approcher ma fille une nouvelle fois pour qu’elle ait de nouveau l’occasion de raconter n’importe quoi. Cette petite est un danger public.
Mousse de l'équipage Ad2OC.
— deuxième année • #222666 • discord : poowtato —
« dishonor on your cow. »
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TW langage cru et sous entendus
Il observe bêtement sa main quelques secondes, sans arriver à croire qu'il ai pu lâcher la bouteille à cause d'un simple coup de baguette. Il perdait la main, mais surtout la bouteille. Quel dommage.
Cinaed fléchit ses doigts une fois, puis deux, les yeux ronds comme des culs de bouteille avant que son regard ne suive - même avec quelques longues secondes de retard - la trajectoire qu'avait effectué son précieux brevage avant de s'écraser contre le mur. Il se tourne juste légèrement pour pouvoir contempler les dégats sans perdre de vue l'autre et observe, presque avec fascination, l'alcool couler contre le mur. Il tâche le papier peint et ne manquera pas de coller si personne ne lance un recurvite dessus rapidement. Par contre, le papier peint sera sûrement foutu même avec ça. Des débris de verre au sol, accompagnant la tâche de whisky sur le parquet finissent de poser le décor de cette scène d'une barbarie exceptionnelle. Il se note distraitement de faire attendre à où il marche et se décale d'un pas vers le côté, histoire de ne pas se précipiter dans les débris sans y faire attention. Il ne sait pas ce qui est le plus important actuellement : le fait qu'il soit absolument outré qu'elle ai osé gâcher un bon whisky - parce que Cinaed n'était pas un amateur et avait évidemment prit la meilleure bouteille - ou la rage qu'elle ai levé sa baguette sur lui.
Mais, bien fait pour sa tronche, et qu'elle essaie à nouveau : il lui montrerait sans mal ce que ça faisait de sentrainer toutes les semaines dans un club de duel. Il s'était nettement amélioré avec le temps et n'y avait jamais vu l'autre. Il ne voulait pas s'imaginer avec un avantage qu'il n'avait peut-être pas car c'était le meilleur moyen de se faire dégommer, mais il n'avait pas trop peur de la défaite. Etrangement, il avait une bonne raison de gagner un duel si duel il y avait et dans ces cas là, ça influait beaucoup.
Tu sais que c'était techniquement ton whisky à toi, hein ? La bouteille devait bien valoir 200 livres moldues. Elle est foutue maintenant. Pourquoi l'autre se battait-elle, si ce n'était pour elle même ? Cela devait la rendre bien faible dans un vrai duel. Lever sa baguette non pas pour soit mais pour quelqu'un d'autre, c'était différent et même si la sienne était toujours tranquillement rangée dans son étui - un seul mouvement et une demie seconde suffiraient à la faire sauter dans sa main - il se sentait une force nouvelle. T'as pas encore passé l'âge de faire des cacas nerveux et de casser tes jouets quand t'es pas contente ? Son ton est mielleux, presque aussi chantant que celui qu'il prend quand il flirte mais il n'est absolument pas difficile d'y déceler le mépris qu'il n'essaie même pas de cacher. Pas même un petit peu, car s'il avait pu lui cracher au visage, elle s'y serait noyée vu la quantité.
Il se rapproche à nouveau de l'autre, repousse d'un geste sec le bras avec lequel elle tend sa baguette et se met à appuyer son index contre son torse, ponctuant chacun de ses mots d'un nouveau mouvement. Il ne l'a pas désarmée, pas encore, parce qu'elle n'a pas tenté de l'attaquer lui, si ça doit signifier quelque chose. Dans tous les cas, il ne lancera pas le premier sortilège. Si son père est parti, c'est sûrement pas de la faute de la gamine. Il fronce le bout du nez, allant jusqu'à découvrir une partie de ses dents tellement la grimace de dégout est poussée et continue Même si j'étais désespéré de... faire prospérer l'espèce, je m'embêterais pas avec toi, et tu veux savoir pourquoi ? Parce que t'as beau avoir un visage pas trop désagréable à regarder, t'as l'air pourrie de l'intérieur quand tu ouvres la bouche. Pas étonnant qu'il se soit barré. Il hausse un sourcil, penche la tête et ajoute avec un sourire sec, du genre de ceux qui pourraient vous trancher l'âme en deux même sans essayer : Pis, c'était pas le premier, non ?
Il se redresse de toute sa hauteur, le regard noir. Si c'était pour la traiter comme ça, fallait pas s'embêter. T'avais plein d'options si t'en avais pas voulu, mais tu la gardes et tu lui craches à la gueule pour une bonne raison, non ? Est-ce que tu aimes ça ? De foutre tous tes échecs sur une gamine qui peut pas se défendre ? Ca doit être le pied d'avoir un punching ball émotionnel qui prend tout sans se plaindre, juste pour que tu puisses continuer à vivre dans ton déni sans te remettre en question.
Il ne sait pas s'il est soudainement calme ou, à contrario, trop en colère pour encore ressentir quelque chose mais il se sent engourdi et un peu à l'ouest. Il ne tremble plus et son esprit est, pour une fois, d'une clarté presque parfaite, c'est étrange. Peut-être que ça devrait lui mettre le doxy à l'oreille et peut-être que c'est révélateur de quelque chose de plus gros qui se prépare. Mais, quel intérêt ? Il n'a pas fini de dire ce qu'il avait à dire. C'est une enfant, bordel, bien sûr qu'elle va être chiante un jour sur deux, faire des crises de larmes et demander un peu d'attention de la part de la personne qui l'a porté neuf mois. T'as eu deux enfants avant elle, t'avais pas encore comprit ça ?
Il ne s'écarte pas mais arrête de maltraiter le milieu de ses côtes en y enfonçant viscieusement son doigt à chaque argument. Dans une pareille situation, elle ne risque pas de lui lancer un sort si elle ne s'écarte pas un miminum. Si elle essaie, il n'aura aucun mal à lui arracher sa baguette. C'est la magie d'avoir deux mains libres et une poigne de sculpteur. Peut-être qu'elle va le frapper, mais ça ne l'inquiète pas trop. Appelez-le un sexiste si vous le souhaitez, mais une claque d'une femme qui semble aussi frêle qu'elle, ça ne lui fait pas peur. La seule chose qui l'empêche d'apparaître comme une femme malade, c'est cette rage qui émane d'elle par vague.
Il n'arrive pas à saisir si elle est enragée contre sa fille ou dégoutée d'elle-même, mais ça ne l'intéresse pas. Tous les problèmes personnels du monde, tout le malêtre psychologique, toutes les difficultés qu'une mère peut rencontrer, rien de cela ne justifie un comportement comme le sien. On peut aller mal et être un bon parent, tant qu'on essaie et qu'on fait de son mieux. Chacun fait des erreurs et personne n'est parfait, mais il y a une nette différence entre un parent malade qui essaie et la femme qui se tient devant lui. Pour le moment, elle l'est mais tu crois vraiment qu'un truc comme toi arriverait à plaider sa cause au tribunal ?
Il ne veut absolument pas en arriver là - parce que, au final, il n'est pas du tout certain de s'il gagnerait - mais bon, il peut bluffer. Au minimum, elle serait forcée de suivre une thérapie ou un truc du genre, non ? La justice n'était pas idiote, il suffisait de l'écouter 30 secondes pour comprendre qu'un truc n'allait pas. Miracle, le veritaserum, ça existait, en plus. J'ne te menace pas, je te demande une autorisation pour être un meilleur parent que toi. Manifestement, ça sera pas super difficile, même si moi j'ai aucun gène en commun avec elle. Bon sang, c'était pas pour ça qu'il était venu : comment ça avait pu partir autant en cacahuètes ? De base, il aurait simplement dû lui demander l'autorisation, elle aurait dit oui et puis voilà. Il avait pensé que Adeline exagérait un peu le comportement de sa mère comme le faisaient tous les enfants, mais au final c'était peut-être l'inverse, et de très mais alors très loin. Tu me la signes et je me barre. Fin de l'histoire, fermez les rideaux, le spectacle de clown est fini.
Il observe bêtement sa main quelques secondes, sans arriver à croire qu'il ai pu lâcher la bouteille à cause d'un simple coup de baguette. Il perdait la main, mais surtout la bouteille. Quel dommage.
Cinaed fléchit ses doigts une fois, puis deux, les yeux ronds comme des culs de bouteille avant que son regard ne suive - même avec quelques longues secondes de retard - la trajectoire qu'avait effectué son précieux brevage avant de s'écraser contre le mur. Il se tourne juste légèrement pour pouvoir contempler les dégats sans perdre de vue l'autre et observe, presque avec fascination, l'alcool couler contre le mur. Il tâche le papier peint et ne manquera pas de coller si personne ne lance un recurvite dessus rapidement. Par contre, le papier peint sera sûrement foutu même avec ça. Des débris de verre au sol, accompagnant la tâche de whisky sur le parquet finissent de poser le décor de cette scène d'une barbarie exceptionnelle. Il se note distraitement de faire attendre à où il marche et se décale d'un pas vers le côté, histoire de ne pas se précipiter dans les débris sans y faire attention. Il ne sait pas ce qui est le plus important actuellement : le fait qu'il soit absolument outré qu'elle ai osé gâcher un bon whisky - parce que Cinaed n'était pas un amateur et avait évidemment prit la meilleure bouteille - ou la rage qu'elle ai levé sa baguette sur lui.
Mais, bien fait pour sa tronche, et qu'elle essaie à nouveau : il lui montrerait sans mal ce que ça faisait de sentrainer toutes les semaines dans un club de duel. Il s'était nettement amélioré avec le temps et n'y avait jamais vu l'autre. Il ne voulait pas s'imaginer avec un avantage qu'il n'avait peut-être pas car c'était le meilleur moyen de se faire dégommer, mais il n'avait pas trop peur de la défaite. Etrangement, il avait une bonne raison de gagner un duel si duel il y avait et dans ces cas là, ça influait beaucoup.
Tu sais que c'était techniquement ton whisky à toi, hein ? La bouteille devait bien valoir 200 livres moldues. Elle est foutue maintenant. Pourquoi l'autre se battait-elle, si ce n'était pour elle même ? Cela devait la rendre bien faible dans un vrai duel. Lever sa baguette non pas pour soit mais pour quelqu'un d'autre, c'était différent et même si la sienne était toujours tranquillement rangée dans son étui - un seul mouvement et une demie seconde suffiraient à la faire sauter dans sa main - il se sentait une force nouvelle. T'as pas encore passé l'âge de faire des cacas nerveux et de casser tes jouets quand t'es pas contente ? Son ton est mielleux, presque aussi chantant que celui qu'il prend quand il flirte mais il n'est absolument pas difficile d'y déceler le mépris qu'il n'essaie même pas de cacher. Pas même un petit peu, car s'il avait pu lui cracher au visage, elle s'y serait noyée vu la quantité.
Il se rapproche à nouveau de l'autre, repousse d'un geste sec le bras avec lequel elle tend sa baguette et se met à appuyer son index contre son torse, ponctuant chacun de ses mots d'un nouveau mouvement. Il ne l'a pas désarmée, pas encore, parce qu'elle n'a pas tenté de l'attaquer lui, si ça doit signifier quelque chose. Dans tous les cas, il ne lancera pas le premier sortilège. Si son père est parti, c'est sûrement pas de la faute de la gamine. Il fronce le bout du nez, allant jusqu'à découvrir une partie de ses dents tellement la grimace de dégout est poussée et continue Même si j'étais désespéré de... faire prospérer l'espèce, je m'embêterais pas avec toi, et tu veux savoir pourquoi ? Parce que t'as beau avoir un visage pas trop désagréable à regarder, t'as l'air pourrie de l'intérieur quand tu ouvres la bouche. Pas étonnant qu'il se soit barré. Il hausse un sourcil, penche la tête et ajoute avec un sourire sec, du genre de ceux qui pourraient vous trancher l'âme en deux même sans essayer : Pis, c'était pas le premier, non ?
Il se redresse de toute sa hauteur, le regard noir. Si c'était pour la traiter comme ça, fallait pas s'embêter. T'avais plein d'options si t'en avais pas voulu, mais tu la gardes et tu lui craches à la gueule pour une bonne raison, non ? Est-ce que tu aimes ça ? De foutre tous tes échecs sur une gamine qui peut pas se défendre ? Ca doit être le pied d'avoir un punching ball émotionnel qui prend tout sans se plaindre, juste pour que tu puisses continuer à vivre dans ton déni sans te remettre en question.
Il ne sait pas s'il est soudainement calme ou, à contrario, trop en colère pour encore ressentir quelque chose mais il se sent engourdi et un peu à l'ouest. Il ne tremble plus et son esprit est, pour une fois, d'une clarté presque parfaite, c'est étrange. Peut-être que ça devrait lui mettre le doxy à l'oreille et peut-être que c'est révélateur de quelque chose de plus gros qui se prépare. Mais, quel intérêt ? Il n'a pas fini de dire ce qu'il avait à dire. C'est une enfant, bordel, bien sûr qu'elle va être chiante un jour sur deux, faire des crises de larmes et demander un peu d'attention de la part de la personne qui l'a porté neuf mois. T'as eu deux enfants avant elle, t'avais pas encore comprit ça ?
Il ne s'écarte pas mais arrête de maltraiter le milieu de ses côtes en y enfonçant viscieusement son doigt à chaque argument. Dans une pareille situation, elle ne risque pas de lui lancer un sort si elle ne s'écarte pas un miminum. Si elle essaie, il n'aura aucun mal à lui arracher sa baguette. C'est la magie d'avoir deux mains libres et une poigne de sculpteur. Peut-être qu'elle va le frapper, mais ça ne l'inquiète pas trop. Appelez-le un sexiste si vous le souhaitez, mais une claque d'une femme qui semble aussi frêle qu'elle, ça ne lui fait pas peur. La seule chose qui l'empêche d'apparaître comme une femme malade, c'est cette rage qui émane d'elle par vague.
Il n'arrive pas à saisir si elle est enragée contre sa fille ou dégoutée d'elle-même, mais ça ne l'intéresse pas. Tous les problèmes personnels du monde, tout le malêtre psychologique, toutes les difficultés qu'une mère peut rencontrer, rien de cela ne justifie un comportement comme le sien. On peut aller mal et être un bon parent, tant qu'on essaie et qu'on fait de son mieux. Chacun fait des erreurs et personne n'est parfait, mais il y a une nette différence entre un parent malade qui essaie et la femme qui se tient devant lui. Pour le moment, elle l'est mais tu crois vraiment qu'un truc comme toi arriverait à plaider sa cause au tribunal ?
Il ne veut absolument pas en arriver là - parce que, au final, il n'est pas du tout certain de s'il gagnerait - mais bon, il peut bluffer. Au minimum, elle serait forcée de suivre une thérapie ou un truc du genre, non ? La justice n'était pas idiote, il suffisait de l'écouter 30 secondes pour comprendre qu'un truc n'allait pas. Miracle, le veritaserum, ça existait, en plus. J'ne te menace pas, je te demande une autorisation pour être un meilleur parent que toi. Manifestement, ça sera pas super difficile, même si moi j'ai aucun gène en commun avec elle. Bon sang, c'était pas pour ça qu'il était venu : comment ça avait pu partir autant en cacahuètes ? De base, il aurait simplement dû lui demander l'autorisation, elle aurait dit oui et puis voilà. Il avait pensé que Adeline exagérait un peu le comportement de sa mère comme le faisaient tous les enfants, mais au final c'était peut-être l'inverse, et de très mais alors très loin. Tu me la signes et je me barre. Fin de l'histoire, fermez les rideaux, le spectacle de clown est fini.
1338.
Comte Wallace, chevalier Modératus, Seigneur des Sylves - Aaron Bagans
Aussi polyvalente qu'un Fa dièse d'après la grande Abigail Grey
"Ton perso il a passé plus de temps à pécho qu'à taffer" - Nyxis Calderon
Aussi polyvalente qu'un Fa dièse d'après la grande Abigail Grey
"Ton perso il a passé plus de temps à pécho qu'à taffer" - Nyxis Calderon
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TW : vulgarité
J'ignore volontairement sa remarque sur la bouteille explosée. Non, pire même : je l'écrase de tout mon mépris. Qu'il ose me scandaliser pour une bouteille alors que c'est précisément parce qu'elle coûte si cher qu'elle n'a pas à se retrouver entre ses mains. Il n'a aucun respect. Ni pour les choses précieuses. Ni pour moi alors qu'il est chez moi. Il agit comme si tout lui était dû, comme si ma maison était un terrain vague où il pouvait débarquer à n'importe quelle heure pour pleurnicher ou me faire la morale. Sa comparaison avec de la monnaie moldue me fait grimacer. Je retiens une insulte. Merlin. J'ai couché avec ça. Il s'appitoie sur une bouteille. Je veux qu'il sorte. Là. Tout de suite. Qu'il disparaisse. Qu'il cesse d'exister, même brièvement , dans mon champ de vision. J'aurais dû me douter qu'une visite, aujourd'hui, n'aurait rien d'anodin ni de plaisant.
La migraine qui a suivi son monologue s'est logée à l'arrière de mon crâne comme une écharde empoisonnée enfoncée trop profond. Elle pulse maintenant comme une menace, me cognant les tempes à chaque battement de cœur. Et lui, il parle. Il parle encore. Il ne sait pas que je suis à deux doigts de faire quelque chose de terrible pour retrouver mon silence, mon calme, ma paix. Pour qu'il se taise, qu'il parte et oublie tout ça. Je ne sais pas comment il a fait pour faire le lien avec moi quand Adeline est soi-disant allée lui parler. À moins qu'elle ait également donné son nom de famille. Une connerie digne de son niveau. A-t-elle reçu une éducation de son précepteur ou est-elle seulement seulement née avec ce gène du chaos, incapable de respecter la moindre consigne, surtout celles qui visent à la protéger ? Parler à un inconnu. Se rendre dans sa boutique. Ça ne m'étonnerait pas qu'elle y soit allée seule. Elle en est parfaitement capable. Je la vois, menton relevé, fière d'elle, croyant tout contrôler alors qu'elle ne maitrise rien. Je n'imagine pas le foutoir qu'elle aurait pu mettre si elle était tombée sur des gens mauvais, qui l'auraient retenue en otage. On aurait dû verser une somme astronomique simplement pour la libérer. Quelque part, heureusement qu'elle ne s'est retrouvée que face à Cinaed. Ce faux dur qui se prend pour un mauvais garçon alors qu'il est aussi inoffensif qu'un chat mouillé. Il joue les méchants devant moi, à me mettre sous le nez mes conneries, mais il ne serait pas capable de faire du mal à qui que ce soit. Il n'a rien dans le pantalon pour ça.
Alors j'affiche un désintérêt glacial quand il se donne à nouveau le droit de me toucher. À croire qu'il aime ça. Moi pas. Je ne supporte pas son doigt qui me blesse là où ses mots n'y arrivent pas. Ou presque. Il ne sait rien. Il croit tout comprendre. Il ne se rend pas compte le nombre de gens avant lui qui m'ont dit la même chose. Qu'il n'est qu'un échos de tous les autre. Le même discours. Le même regard. Les mêmes accusations. Il n'est pas le premier, ne sera certainement pas le dernier, mais je n'ai aucune leçon à recevoir de lui. Surtout qu'il se plante sur toute la ligne. Il croit que Chase est parti à cause de moi. Il croit que ma vie amoureuse est un cimetière à cause de mon caractère. Chase est parti à cause de la voie sans issue que représente Adeline. Tout se passait très bien avant. Et elle a tout brisé. Je cligne des yeux, violemment, pour chasser la larme qui menace de couler quand il parle de mes aventures précédentes. Je ne lui donnerai pas ce plaisir. Il ne mérite pas de voir ça. Si seulement il savait. Tous ces hommes qui ont traversé ma vie, ils l'ont quittée à cause d'une femme. Brendan, qui m'a laissée parce que sa famille voulait qu'il en épouse une autre. Erwin, qui m'a larguée parce qu'il était déjà fiancé à une autre. Chase... parce qu'Adeline était dans l'équation. Mais lui, ce moins que rien, il continue à parler. Sans arrêt. Je n'écoute plus que par bribes. Je n'entends plus qu'un mot sur deux, concentrée sur ce mouvement répétitif qu'il exerce sur ma poitrine, comme s'il pensait tatouer ses mots sur ma peau. Il m'énerve. Tellement. Viscéralement. J'ai envie de la gifler. Fort.
Une nouvelle fois on vient m'insulter au sujet de cette blonde sans intérêt. Encore. Toujours. Parce que dans sa bouche, son nom sonne comme un reproche. Qu'ils arrêtent tous de venir la défendre, merde ! Elle se débrouille très bien seule pour me ruiner l'existence. Avec ses regards de biche blessée, faussement tristes. Elle a tout. Un toit, de la nourriture, des frères, une famille. Une putain de famille qui l'aime ! Elle a l'amour que je n'ai jamais eu. Moi. je n'ai pas eu tout ça parce qu'on n'en a jamais eu rien à faire de moi. Moi, on ne s'est jamais inquiétée pour moi. Elle, il lui suffit d'une égratinure au genou pour que le monde entier rapplique. Mais moi ? Personne ne me demande à moi, ce que ça fait. On m'a conseillé de consulter, que j'étais peut-être en pleine dépression post-partum, que ça se soignait. Stupide. Ce n'est pas une maladie, c'est une vérité. Elle me détruit. Si elle subit autant, c'est uniquement ce qu'elle mérite. Œil pour œil, dent pour dent. Elle a gâché ma vie, je lui en ai offerte une, parfaite, sur un plateau d'or. Mais il fallait aussi qu'elle détruise la mienne aussi. « Rhys et Alexander ne m'ont jamais humiliée de la sorte, ils n'ont jamais fait de crises pour rien, non. Elle, elle est différente. Elle n'a rien à voir avec eux et c'est là tout le problème. » Les mots sortent comme de l'acide entre mes dents serrées. Il ne comprend pas. Personne ne comprendra jamais et je pensais être passée au-dessus de tout ça mais il faut croire que non. Mes deux plus grands sont parfaits, et personne ne se dit que le seul point noir pourrait être la petite dernière. Ça n'a rien à voir avec ma façon de l'éduquer ou de décider de l'ignorer. Elle est comme ça. Et j'ai compris il y a des années que je ne pourrais rien y changer, que je ne le voulais pas non plus, parce qu'elle est tout simplement une énième erreur que j'ai commise.
Elle est tout simplement irrécupérable.
« Pour quelqu'un qui me trouve détestable et pourrie, tu me touches beaucoup. Je préférerais que tu arrêtes, tu pourrais finir contaminé », souris-je faussement en reculant d'un pas. Il prétend être un héros mais il ne fait que balancer des accusations dans le vide est ça devient fatiguant. Il croit que ses paroles vont m'atteindre. Mais elle glissent sur moi comme des gouttes de pluie.
Puis le mot tribunal dans la bouche de l'autre me fait hausser un sourcil. Des menaces, toujours des menaces. Il ne comprend pas qu'il ne gagnera jamais. Il ne se rend pas compte que même tous les arguments de la Terre ne me ferait ni perdre la garde d'Adeline, ni mettre en prison. Tout simplement parce qu'il est lui, et que mon nom suffit pour l'écraser. Il est ridicule de venir ici pour ça. Je devrais lui couper la langue pour qu'il le comprenne enfin et cesse de dire autant de conneries. Surtout quand il remet cette histoire d'autorisation sur la table. « Je peux savoir comment tu comptes la voir ? Comme quelqu'un qui attire les petits enfants dans une ruelle avec des bonbons ? » Elle n'est même pas en troisième année, elle n'est pas censée sortir du domaine de l'école. La direction de Poudlard laisse clairement à désirer si elle laisse les élèves fourmiller partout excepté là où ils devraient être. Je me dirige vers un meuble plus loin et en sort de quoi écrire. Il partira peut-être après. Je ne sais pas quoi faire avec lui. Et je suis tentée d'écrire à la directrice de l'école pour m'assurer qu'Adeline ne vagabonde pas comme un lutin où elle veut.
Mousse de l'équipage Ad2OC.
— deuxième année • #222666 • discord : poowtato —
« dishonor on your cow. »
— deuxième année • #222666 • discord : poowtato —
« dishonor on your cow. »
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Une des règles de la société était de ne pas juger sans savoir. Cinaed y arrivait plutôt bien la plupart du temps vu qu'il se fichait entièrement de ce que les gens faisaient ou ne faisaient pas. Il n'avait aucun mal à ne pas émettre de jugement et à ne pas se faire de fausses idées car, pour cela, il fallait que les autres aient quelque chose qui vous intéressait suffisamment pour que vous vous fassiez des films. Quand la vie des autres vous passait au dessus, vous n'émettiez aucun jugement. Pas d'intérêt sur les habits, les mimiques, les noms, la famille, c'était tout ça Cinaed Wallace. Un homme simple qui se contentait de faire sa petite vie dans son coin et qui ne jaugeait les autres que pour une raison : une appréciation purement esthétique. Cinaed, il trouvait du beau partout. Quand on cherchait bien, chaque petite peluche de poussière était jolie à sa manière et c'était bien la seule chose à laquelle Cinaed faisait attention quand il observait le monde qui l'entourait. En sachant cela, il était très étrange de voir à quel point il se permettrait d'émettre des jugements de valeurs sur la femme en face de lui.
Si ça se trouvait, ses partenaires l'avaient aimé de tout leur cœur et avaient été forcés de partir, si ça se trouvait c'était une bonne mère et si ça se trouvait, toute la situation était bien différente de ce qu'elle paraissait être. Mais, honnêtement ? Il n'en avait plus rien à faire. Si Cinaed émettait des jugements de valeurs aussi ignobles les uns que les autres, s'il sifflait ses mots comme une vipère et s'il espérait ardemment que l'autre se morde la langue au milieu de ses phrases, juste pour le plaisir de la voir crachoter par terre, c'était parce que toute cette histoire était devenue personnelle. Elle n'aurait jamais dû l'être, parce que, après tout, rien de tout ça ne le concernait vraiment. Mais tout ce foutoir était là maintenant, la laideur du monde étallée juste sous ses yeux ses ses prunelles qui se refusaient à détourner le regard comme il l'avait pourtant tant fait par le passé. Il n'étais pas aussi naïf que les gens le pensaient : Cinaed savait que le monde était laid. Il l'avait vu à de nombreuses reprises et la seule raison pour laquelle il continuait à approcher chaque personne qu'il voyait avec la même énergie enfantine c'était parce qu'il avait choisi de détourner les yeux. Les choses existaient mais c'était à lui de choisir si elles le touchaient en son fort intérieur ou non.
Et, égoïstement, Cinaed Wallace avait choisit d'emprunter la voie où il souffrait le moins. La voie la plus facile, où il n'avait pas besoin de se battre pour les autres, pour leurs droits ou les siens. La voie simple, celle qui était choisie autant par les gens qui ne voulaient pas s'impliquer que par ceux qui ne pouvaient pas. La vérité, cependant, c'était que Cinaed l'avait choisit parce qu'il l'avait voulu. S'il avait été moins égoïste, il aurait eu la force de batailler pour tout un tas de choses mais la réalité c'était que tout cela le laissait pratiquement apathique. La politique, l'écologie et tant de choses lui coulaient sur les épaules sans jamais réussir à s'agripper à ses vêtements pour alourdir le poids qu'il portait. Il était léger, Cinaed, il ne voulait pas dans la vie comme certains le faisait. Il n'était jamais attiré par le fond, ni par des idées qui vous rongeaient l'âme et vous rendaient si désespérément mauvais qu'il n'y avait plus aucun espoir pour vous mais pas non plus par des combats trop nombreux et trop lourds à porter pour espérer changer le monde.
Cinaed naviguait sur un bateau qui flottait au dessus des vagues sans jamais les percuter mais sans chercher à les calmer non plus. Il se faufilait entre toutes ces choses importantes pour tant de gens mais que lui voyait comme une perte de temps. Et Adeline aurait dû être une de ces choses là. Elle l'avait été d'ailleurs. Enfin, l'ébéniste avait espéré aussi fort possible qu'elle le soit. Il avait espéré l'oublier une fois celle-ci de retour à Poudlard et avait espéré encore plus fort en engageant le détective privé. L'autre avait été payé pour lui apporter une raison de continuer son chemin sans se retourner et sans s'inquiéter une seconde de ce qu'il laissait derrière lui.
Et puis, le jour où il avait eu la lettre dans la main, il avait décidé tout seul de tourner les talons pour faire marche arrière. Un choix inconscient qu'il n'avait pas compris tout de suite mais qui avait été préparé dès qu'il avait accepté de marcher avec l'autre. Non, même avant, quand il l'avait laissé pleurer sur le sol de sa boutique et lui avait offert un mouchoir. Ca n'avait pas été que pour avoir une bonne image face à Ewan. Tout ce cirque n'avait pas été fait que dans l'unique but de plaire à son ami et de ne pas se faire trop engueuler après parce que leur amitié aurait survécu à tout ça. Il s'était persuadé lui-même que non, parce que ça lui donnait une excuse de s'occuper de l'enfant sans se poser de question.
Il avait choisi dès le départ de rebrousser chemin pour attraper cette petite main qui ressemblait encore à celle d'un jeune enfant et de tirer Adeline derrière lui. C'était juste qu'il avait marché à son rythme, sans se soucier de si elle le suivait sans mal, comme pour oublier qu'elle était là. Mais c'était lui qui était venu la chercher, sur ce chemin métaphorique qu'il ne savait trop comment appeler. Il venait simplement de s'en rendre compte. Et il ne savait pas s'il se sentait prêt à ralenti pour laisser l'enfant marcher à ses côtés. Ce serait la reconnaître et reconnaître qu'il s'y était attaché alors qu'il avait tant essayé de se persuader que non.
Il avait fallut des années aux côtés de Ewan pour que celui-ci commence à passer avant lui dans toute cette connerie de course au bonheur. Des années et surtout des disputes, des claques dans la gueule et des cœurs brisés, tout ça pour que Cinaed comprenne enfin ce que c'était de faire passer le bonheur de quelqu'un d'autre avant son confort. Adeline, ça avait prit trois mois. 3 petits mois et il se trouvait là, devant une femme aussi détestable qu'il était humainement possible de l'être, à se retenir de lui balancer sa main dans le visage. Il l'aurait fait, il y a un trimestre. Parce que son confort passait avant le reste et là, il avait envie de la baffer.
Pourtant, il se contenta de serrer avec puissance le meuble sur lequel il avait décidé de s'appuyer. Il leva les yeux vers le plafond, penchant la tête vers l'arrière et prit une inspiration. Une longue, très longue inspiration jusqu'à ce que ses poumons lui fassent mal. Il aurait voulu garder ce souffle en lui jusqu'à ce qu'il gonfle, embrasé par le feu qui se tortillait dans son estomac pour souffler ensuite des flammes jusqu'à ce que ce salon tout entier ne soit plus qu'un brasier géant mais il se retrouva à relâcher la pression. Un soupir tremblant s'échappa de ses lèvres.
Il ne se sentait pas plus calme qu'avant. Ceux qui disaient que respirer aidait étaient des idiots. Par contre, son cerveau n'avait jamais été aussi clair avant. Des listes de possibilités se déroulaient sous le regard inquisiteur d'une projection mentale de lui-même et, en l'espace de quelques secondes, Cinaed avait catégorisé et enfermé dans un coin de sa mémoire tous les détails importants de cet échange. Toute la haine d'une mère pour sa propre fille. Craquer maintenant et l'attaquer ne servirait qu'à rendre caduc tous les potentiels efforts qu'il pourrait fournir après.
Mais il ne quitterait pas cette maison sans un plan d'attaque, et au diable toute cette bêtise à propos de garder ses distances. Il n'y en avait jamais eu, Adeline s'était glissée dans un creux de sa poitrine dès qu'elle avait haussé la voix dans la boutique. Dès qu'elle avait laissé entendre que sa mère n'était pas une femme gentille. Le doute s'était installé et avait servit d'engrais à tout un tas d'autres sentiments. Si elle avait été dans un foyer aimant, peut-être que Cinaed n'aurait jamais regardé derrière lui mais ce n'était pas le cas, et il ne pouvait pas laisser passer ça. Il n'avait jamais mené aucun combat dans sa vie, à part ceux qui servaient ses intérêts à lui, quitte à écraser les autres sur son passage. Quitte à marcher sur des gens qui l'appréciaient mais que Cinaed considérait comme de simples connaissances. Se battre pour quelqu'un d'autre, il ne savait pas ce que c'était du coup, mais il était persuadé que ça commençait comme ça : une haine viscérale pour une situation qu'on avait envie d'éclater en morceaux, quitte à devoir se salir les mains.
Et Cinaed savait comment il pouvait salir les siennes pour que ce soit utile. Il lui suffisait de se glisser dans la peau des gens qu'il appréciait si peu, d'échanger quelques flutes de champagnes avec les amis de ses parents et le tour serait joué. Parce qu'Arianna pouvait menacer autant qu'elle voulait : Cinaed n'avait aucun doute de gagner la guerre. Probablement pas toutes les batailles, mais Arianna ne se sortirait pas d'une situation pareille avec toutes ses plumes si elle décidait de se tenir entre lui et son objectif.
Il ne répond pas à ce qu'elle lui a dit précédemment - pour être honnête, il a l'impression d'avoir eu la tête dans l'eau pendant les cinq dernières minutes et de n'avoir compris que la moitié - et observe son dos. Elle écrit quelque chose, mais Cinaed ne force pas pour savoir ce que c'est. Non, il attend, le regard fixe et qui semble en même temps à des kilomètres de là où il est posé. Tout ce qu'il retient, c'est le sous-entendu très clair de ses paroles. Un sous entendu qui lui donne soudainement envie de pleurer parce que qu'elle mère digne de ce nom pourrait sortir un truc comme ça sans s'inquiéter une seule seconde pour sa progéniture ? Il avait dit à Adeline qu'il ne ferait pas un bon papa parce qu'il était à peu près sûr de ne jamais pouvoir l'aimer aussi fort qu'Ewan aimait Avaleen. Jamais aussi fort que son propre père l'aimait lui.
Et au final, être un parent n'avait rien à voir avec une quelconque forme d'amour. Les deux notions étaient parfaitement distinctes. Les parents n'aimaient pas leurs enfants parce que c'était leur rôle, mais pour cette raison obscure pour laquelle les gens portaient de l'intérêt aux corps qui les entouraient. Et cette foutue chose, ça remettaient beaucoup de choses en question. Surtout, ça remettait en question toutes ces années où il avait balayé l'affection de ses parents en pensant - à tort - que c'était leur rôle. Et puisque ça avait été leur rôle, cette affection n'avait rien de spécifique : elle était là parce que c'était la vie qui le dictait, pas parce que les gens le voulaient. Soudain, toutes les fois où Ewan s'était énervé, agacé par son comportement et son manque de considération pour ce que ses parents faisaient pour lui, toutes ces fois avaient un sens.
Il se rapprocha d'Arianna en se sentant soudainement vaincu et la contourna pour espérer voir ce qu'elle écrivait. Étais-ce la fameuse autorisation ?
Levant les yeux, il observa le visage de son ancienne conquête et ne ressenti qu'une apathie totale. C'était comme regarder une poupée. On ne ressentait pas grand chose quand on regardait ces visages de porcelaine parce qu'il n'y avait rien de vivant en eux. Et Arianna était pareille.
Pourquoi tu l'as gardée ? Peu importait au final qu'Arianna déteste sa fille, ou que celle-ci ai fait fuir l'amour de sa vie. On s'en fichait de la raison pour laquelle Adeline, aujourd'hui, cherchait de l'amour au détour d'une boutique pleine de statuettes en bois. La vraie question c'était : pourquoi s'acharner à garder près de soi un enfant pour qui on ne ressent que du mépris ? Il se racla la gorge, la voix soudainement enraillée. Tu aurais pu abandonner bien avant sa naissance, ou même laisser le bébé à l'hôpital. Pourquoi tu l'as gardée ? Si l'amour n'était pas programmé pour arriver dès qu'on devenait parent, alors pourquoi avait-elle fait subir à Adeline toutes ces choses ? L'enfant aurait sûrement été plus heureuse ailleurs, non ? Chez quelqu'un qui, même sans être un vrai parent, pouvait aimer tout aussi fort.
Est-ce qu'on pouvait vraiment aimer quelqu'un sans être obligé ? Et surtout, est-ce qu'on aimait les gens simplement par choix personnel, sans qu'un quelconque instinct prenne le dessus ? La sensation d'être aimé était écrasante et Cinaed n'aimait pas ça. Il avait l'impression de se sentir tout petit et, surtout, observé. Comme si des centaines d'yeux tournaient autour de lui, déchiquetant toutes les couches de cette confiance en lui. Parce qu'un amour qui n'était pas forcé, ça voulait bien dire que ce n'était pas un amour infini, non ? Enfin, pas forcément. Les gens pouvaient choisir d'arrêter d'aimer ? Si oui, à quel moment considérait-on qu'il était trop tard pour réparer les brèches qu'un adolescent débile avait creusé à pleines mains ?
Plus de 20 ans de conflits pour une idée bête selon laquelle ses parents s'occupaient de lui parce que c'était leur boulot. Qui était le plus con dans l'histoire, au final ?
Si ça se trouvait, ses partenaires l'avaient aimé de tout leur cœur et avaient été forcés de partir, si ça se trouvait c'était une bonne mère et si ça se trouvait, toute la situation était bien différente de ce qu'elle paraissait être. Mais, honnêtement ? Il n'en avait plus rien à faire. Si Cinaed émettait des jugements de valeurs aussi ignobles les uns que les autres, s'il sifflait ses mots comme une vipère et s'il espérait ardemment que l'autre se morde la langue au milieu de ses phrases, juste pour le plaisir de la voir crachoter par terre, c'était parce que toute cette histoire était devenue personnelle. Elle n'aurait jamais dû l'être, parce que, après tout, rien de tout ça ne le concernait vraiment. Mais tout ce foutoir était là maintenant, la laideur du monde étallée juste sous ses yeux ses ses prunelles qui se refusaient à détourner le regard comme il l'avait pourtant tant fait par le passé. Il n'étais pas aussi naïf que les gens le pensaient : Cinaed savait que le monde était laid. Il l'avait vu à de nombreuses reprises et la seule raison pour laquelle il continuait à approcher chaque personne qu'il voyait avec la même énergie enfantine c'était parce qu'il avait choisi de détourner les yeux. Les choses existaient mais c'était à lui de choisir si elles le touchaient en son fort intérieur ou non.
Et, égoïstement, Cinaed Wallace avait choisit d'emprunter la voie où il souffrait le moins. La voie la plus facile, où il n'avait pas besoin de se battre pour les autres, pour leurs droits ou les siens. La voie simple, celle qui était choisie autant par les gens qui ne voulaient pas s'impliquer que par ceux qui ne pouvaient pas. La vérité, cependant, c'était que Cinaed l'avait choisit parce qu'il l'avait voulu. S'il avait été moins égoïste, il aurait eu la force de batailler pour tout un tas de choses mais la réalité c'était que tout cela le laissait pratiquement apathique. La politique, l'écologie et tant de choses lui coulaient sur les épaules sans jamais réussir à s'agripper à ses vêtements pour alourdir le poids qu'il portait. Il était léger, Cinaed, il ne voulait pas dans la vie comme certains le faisait. Il n'était jamais attiré par le fond, ni par des idées qui vous rongeaient l'âme et vous rendaient si désespérément mauvais qu'il n'y avait plus aucun espoir pour vous mais pas non plus par des combats trop nombreux et trop lourds à porter pour espérer changer le monde.
Cinaed naviguait sur un bateau qui flottait au dessus des vagues sans jamais les percuter mais sans chercher à les calmer non plus. Il se faufilait entre toutes ces choses importantes pour tant de gens mais que lui voyait comme une perte de temps. Et Adeline aurait dû être une de ces choses là. Elle l'avait été d'ailleurs. Enfin, l'ébéniste avait espéré aussi fort possible qu'elle le soit. Il avait espéré l'oublier une fois celle-ci de retour à Poudlard et avait espéré encore plus fort en engageant le détective privé. L'autre avait été payé pour lui apporter une raison de continuer son chemin sans se retourner et sans s'inquiéter une seconde de ce qu'il laissait derrière lui.
Et puis, le jour où il avait eu la lettre dans la main, il avait décidé tout seul de tourner les talons pour faire marche arrière. Un choix inconscient qu'il n'avait pas compris tout de suite mais qui avait été préparé dès qu'il avait accepté de marcher avec l'autre. Non, même avant, quand il l'avait laissé pleurer sur le sol de sa boutique et lui avait offert un mouchoir. Ca n'avait pas été que pour avoir une bonne image face à Ewan. Tout ce cirque n'avait pas été fait que dans l'unique but de plaire à son ami et de ne pas se faire trop engueuler après parce que leur amitié aurait survécu à tout ça. Il s'était persuadé lui-même que non, parce que ça lui donnait une excuse de s'occuper de l'enfant sans se poser de question.
Il avait choisi dès le départ de rebrousser chemin pour attraper cette petite main qui ressemblait encore à celle d'un jeune enfant et de tirer Adeline derrière lui. C'était juste qu'il avait marché à son rythme, sans se soucier de si elle le suivait sans mal, comme pour oublier qu'elle était là. Mais c'était lui qui était venu la chercher, sur ce chemin métaphorique qu'il ne savait trop comment appeler. Il venait simplement de s'en rendre compte. Et il ne savait pas s'il se sentait prêt à ralenti pour laisser l'enfant marcher à ses côtés. Ce serait la reconnaître et reconnaître qu'il s'y était attaché alors qu'il avait tant essayé de se persuader que non.
Il avait fallut des années aux côtés de Ewan pour que celui-ci commence à passer avant lui dans toute cette connerie de course au bonheur. Des années et surtout des disputes, des claques dans la gueule et des cœurs brisés, tout ça pour que Cinaed comprenne enfin ce que c'était de faire passer le bonheur de quelqu'un d'autre avant son confort. Adeline, ça avait prit trois mois. 3 petits mois et il se trouvait là, devant une femme aussi détestable qu'il était humainement possible de l'être, à se retenir de lui balancer sa main dans le visage. Il l'aurait fait, il y a un trimestre. Parce que son confort passait avant le reste et là, il avait envie de la baffer.
Pourtant, il se contenta de serrer avec puissance le meuble sur lequel il avait décidé de s'appuyer. Il leva les yeux vers le plafond, penchant la tête vers l'arrière et prit une inspiration. Une longue, très longue inspiration jusqu'à ce que ses poumons lui fassent mal. Il aurait voulu garder ce souffle en lui jusqu'à ce qu'il gonfle, embrasé par le feu qui se tortillait dans son estomac pour souffler ensuite des flammes jusqu'à ce que ce salon tout entier ne soit plus qu'un brasier géant mais il se retrouva à relâcher la pression. Un soupir tremblant s'échappa de ses lèvres.
Il ne se sentait pas plus calme qu'avant. Ceux qui disaient que respirer aidait étaient des idiots. Par contre, son cerveau n'avait jamais été aussi clair avant. Des listes de possibilités se déroulaient sous le regard inquisiteur d'une projection mentale de lui-même et, en l'espace de quelques secondes, Cinaed avait catégorisé et enfermé dans un coin de sa mémoire tous les détails importants de cet échange. Toute la haine d'une mère pour sa propre fille. Craquer maintenant et l'attaquer ne servirait qu'à rendre caduc tous les potentiels efforts qu'il pourrait fournir après.
Mais il ne quitterait pas cette maison sans un plan d'attaque, et au diable toute cette bêtise à propos de garder ses distances. Il n'y en avait jamais eu, Adeline s'était glissée dans un creux de sa poitrine dès qu'elle avait haussé la voix dans la boutique. Dès qu'elle avait laissé entendre que sa mère n'était pas une femme gentille. Le doute s'était installé et avait servit d'engrais à tout un tas d'autres sentiments. Si elle avait été dans un foyer aimant, peut-être que Cinaed n'aurait jamais regardé derrière lui mais ce n'était pas le cas, et il ne pouvait pas laisser passer ça. Il n'avait jamais mené aucun combat dans sa vie, à part ceux qui servaient ses intérêts à lui, quitte à écraser les autres sur son passage. Quitte à marcher sur des gens qui l'appréciaient mais que Cinaed considérait comme de simples connaissances. Se battre pour quelqu'un d'autre, il ne savait pas ce que c'était du coup, mais il était persuadé que ça commençait comme ça : une haine viscérale pour une situation qu'on avait envie d'éclater en morceaux, quitte à devoir se salir les mains.
Et Cinaed savait comment il pouvait salir les siennes pour que ce soit utile. Il lui suffisait de se glisser dans la peau des gens qu'il appréciait si peu, d'échanger quelques flutes de champagnes avec les amis de ses parents et le tour serait joué. Parce qu'Arianna pouvait menacer autant qu'elle voulait : Cinaed n'avait aucun doute de gagner la guerre. Probablement pas toutes les batailles, mais Arianna ne se sortirait pas d'une situation pareille avec toutes ses plumes si elle décidait de se tenir entre lui et son objectif.
Il ne répond pas à ce qu'elle lui a dit précédemment - pour être honnête, il a l'impression d'avoir eu la tête dans l'eau pendant les cinq dernières minutes et de n'avoir compris que la moitié - et observe son dos. Elle écrit quelque chose, mais Cinaed ne force pas pour savoir ce que c'est. Non, il attend, le regard fixe et qui semble en même temps à des kilomètres de là où il est posé. Tout ce qu'il retient, c'est le sous-entendu très clair de ses paroles. Un sous entendu qui lui donne soudainement envie de pleurer parce que qu'elle mère digne de ce nom pourrait sortir un truc comme ça sans s'inquiéter une seule seconde pour sa progéniture ? Il avait dit à Adeline qu'il ne ferait pas un bon papa parce qu'il était à peu près sûr de ne jamais pouvoir l'aimer aussi fort qu'Ewan aimait Avaleen. Jamais aussi fort que son propre père l'aimait lui.
Et au final, être un parent n'avait rien à voir avec une quelconque forme d'amour. Les deux notions étaient parfaitement distinctes. Les parents n'aimaient pas leurs enfants parce que c'était leur rôle, mais pour cette raison obscure pour laquelle les gens portaient de l'intérêt aux corps qui les entouraient. Et cette foutue chose, ça remettaient beaucoup de choses en question. Surtout, ça remettait en question toutes ces années où il avait balayé l'affection de ses parents en pensant - à tort - que c'était leur rôle. Et puisque ça avait été leur rôle, cette affection n'avait rien de spécifique : elle était là parce que c'était la vie qui le dictait, pas parce que les gens le voulaient. Soudain, toutes les fois où Ewan s'était énervé, agacé par son comportement et son manque de considération pour ce que ses parents faisaient pour lui, toutes ces fois avaient un sens.
Il se rapprocha d'Arianna en se sentant soudainement vaincu et la contourna pour espérer voir ce qu'elle écrivait. Étais-ce la fameuse autorisation ?
Levant les yeux, il observa le visage de son ancienne conquête et ne ressenti qu'une apathie totale. C'était comme regarder une poupée. On ne ressentait pas grand chose quand on regardait ces visages de porcelaine parce qu'il n'y avait rien de vivant en eux. Et Arianna était pareille.
Pourquoi tu l'as gardée ? Peu importait au final qu'Arianna déteste sa fille, ou que celle-ci ai fait fuir l'amour de sa vie. On s'en fichait de la raison pour laquelle Adeline, aujourd'hui, cherchait de l'amour au détour d'une boutique pleine de statuettes en bois. La vraie question c'était : pourquoi s'acharner à garder près de soi un enfant pour qui on ne ressent que du mépris ? Il se racla la gorge, la voix soudainement enraillée. Tu aurais pu abandonner bien avant sa naissance, ou même laisser le bébé à l'hôpital. Pourquoi tu l'as gardée ? Si l'amour n'était pas programmé pour arriver dès qu'on devenait parent, alors pourquoi avait-elle fait subir à Adeline toutes ces choses ? L'enfant aurait sûrement été plus heureuse ailleurs, non ? Chez quelqu'un qui, même sans être un vrai parent, pouvait aimer tout aussi fort.
Est-ce qu'on pouvait vraiment aimer quelqu'un sans être obligé ? Et surtout, est-ce qu'on aimait les gens simplement par choix personnel, sans qu'un quelconque instinct prenne le dessus ? La sensation d'être aimé était écrasante et Cinaed n'aimait pas ça. Il avait l'impression de se sentir tout petit et, surtout, observé. Comme si des centaines d'yeux tournaient autour de lui, déchiquetant toutes les couches de cette confiance en lui. Parce qu'un amour qui n'était pas forcé, ça voulait bien dire que ce n'était pas un amour infini, non ? Enfin, pas forcément. Les gens pouvaient choisir d'arrêter d'aimer ? Si oui, à quel moment considérait-on qu'il était trop tard pour réparer les brèches qu'un adolescent débile avait creusé à pleines mains ?
Plus de 20 ans de conflits pour une idée bête selon laquelle ses parents s'occupaient de lui parce que c'était leur boulot. Qui était le plus con dans l'histoire, au final ?
2259.
Comte Wallace, chevalier Modératus, Seigneur des Sylves - Aaron Bagans
Aussi polyvalente qu'un Fa dièse d'après la grande Abigail Grey
"Ton perso il a passé plus de temps à pécho qu'à taffer" - Nyxis Calderon
Aussi polyvalente qu'un Fa dièse d'après la grande Abigail Grey
"Ton perso il a passé plus de temps à pécho qu'à taffer" - Nyxis Calderon
Retour aux sources
Il ne parle plus.
Et moi, je n’arrive plus à respirer.
Ce silence me détruit plus sûrement que s’il m’avait crié dessus, en fin de compte. Il ne me regarde même pas avec colère. Juste avec ce vide terrible. Plus de mépris, plus de fureur. Rien. Et dans ce rien, je me perds. Je me demande s’il me voit encore comme une femme ou juste comme une coquille vide. Une erreur. Une faute de frappe de la vie. Je serre les dents, les poings. Je ne veux pas qu’il voie que je tremble.
Je prends un parchemin. La main ferme, même si tout en moi vacille. J’écris d’un trait :
"Je soussignée Arianna Sgaeyl, mère et tutrice légale d’Adeline Sgaeyl, autorise Cinaed Wallace à la rencontrer."
Je signe, celle le tout avec le sceau de la famille et le lui tends sans un mot. Je ne veux pas croiser son regard. Je ne veux pas affronter ce qu’il pense. Je sais déjà.
Je sais qu’il croit avoir gagné quelque chose. Arraché un consentement. Cassé une armure. Mais il n’a rien gagné. Pas vraiment. Parce que je n’ai pas signé pour lui. Je n’ai rien cédé. J’ai seulement... cédé à cette nécessité de le faire taire. D’éteindre son insistance, son regard. Qu’il arrête de me scruter comme si j’étais une bête à disséquer. Je ne suis pas sûre qu’il reste quelque chose à sauver. Et franchement, je ne sais même pas si je le souhaite.
Je n’éprouve pas de tristesse à l’idée qu’il puisse parler à Adeline. Je n’éprouve rien. Ou si, peut-être : un agacement tenace, une fatigue rugueuse. Parce que je sais ce qu’elle va faire. Elle va l’écouter. Elle va hocher la tête, avec ses grands yeux pleins d’espoir, comme une gamine qui croit encore aux contes. Et elle va revenir. Avec ses questions. Son envie de comprendre. Son besoin de moi.
Et je ne veux pas de ça.
Je ne veux pas de sa lumière. De sa voix qui déborde. De sa manie de rire pour rien. Elle a toujours été comme ça, Adeline. Trop vivante. Trop collante. Elle voulait que je l’écoute, que je la regarde, que je l’aime. Comme si c’était normal. Comme si c’était évident. Mais ce n’est pas évident. Pas avec elle. Elle n’aurait pas dû exister. Pas elle. Pas cette fille qui m’a pris ce qu’il restait de fragile. J’avais deux fils. Ils comprenaient. Ils encaissaient. Ils savaient ne pas poser de questions. Ils ne demandaient rien. Ils acceptaient l’espace que je leur laissais. Un espace sec, mais clair.
Mais elle, elle est née avec ce besoin constant d’attention, de proximité. Et l'autre, son père, il est parti à cause d’elle. Il ne voulait pas d’une fille. Moi non plus, pas vraiment. Mais je n’ai pas eu le choix. Et elle est restée. Comme une épine dans la peau. Elle ne m’a jamais regardée avec autre chose qu’un amour ridicule. Elle me colle encore à onze ans comme si elle espérait que ça change. Comme si un jour, je deviendrais ce qu’elle mérite. Mais ce jour ne viendra pas. Et elle ferait mieux de s’y faire.
Rien en elle ne me touche. Sa joie me dérange. Sa tendresse me donne des nausées. Son espoir me fait honte, mais pas pour les raisons qu’elle imagine. Elle me fait honte parce qu’elle insiste, malgré tout. Parce qu’elle croit encore qu’il y a quelque chose ici. Elle ne comprend pas que parfois, il ne reste rien à sauver. Pas parce qu’on est mauvais, mais parce qu’on est vidé.
J’ai été vidée. Et c’est elle qui m’a vidée.
C’est un constat brut, cru, sans détour. Il n’y a pas de drame, pas de tragédie. Juste un fait. Un avant et un après. Avant elle, j’avais encore des morceaux de ce qu’on appelle une mère. J’avais au moins le simulacre, la carcasse. Avec mes fils, c’était supportable. Ils ne demandaient pas. Ils prenaient ce qu’on leur donnait et faisaient avec. Ils avaient cette résilience tranquille. Ce silence utile. Mais Adeline, elle voulait du bruit. Du vrai. Du vivant. Elle voulait me tirer vers quelque chose de plus grand, de plus doux. Elle voulait trop. Elle voulait que je change. Elle voulait que je sois une autre femme. Une autre mère. Et chaque fois qu’elle me regardait avec cet espoir idiot dans les yeux, je sentais quelque chose en moi se refermer encore plus fort.
Je ne changerai pas. C’est trop tard. Ou peut-être que je n’ai jamais été censée changer. Peut-être que je suis juste la somme de mes limites. Et elle est la preuve vivante de ce que je n’ai jamais su faire. De ce que je n’ai jamais voulu être. Une mère pour elle. Je suis restée cette femme sèche, cette mère inapte. Non pas parce que je refuse d’évoluer, mais parce que je ne crois pas à cette illusion. On ne guérit pas du vide. On s’y adapte. On le meuble de colère, de sarcasmes, de silence bien organisé. On ne devient pas mère avec le temps. On l’est ou on ne l’est pas. Et moi, je ne l’étais pas. Je ne le suis toujours pas.
Alors quand je la vois sourire, je ne ressens pas d’amour. Je ressens une pression. Comme une lumière crue en plein visage. Une lumière qui ne pardonne rien. Qui montre ce qu’on est vraiment. Et ce que je suis, ce n’est pas une femme triste d’avoir échoué. C’est une femme lucide, lasse, qui a arrêté de jouer à faire semblant. Je ne suis pas celle qu’on rêve. Je suis celle qu’on évite. Celle qu’on tolère. Celle qu’on finit par oublier.
Je ne veux pas de rédemption. Je ne veux pas qu’on me sauve. Et je ne veux pas qu’elle, surtout elle, essaie de me sauver. Parce qu’elle s’y brûlera les ailes. Parce qu’elle mérite peut-être mieux, mais pas de moi. Pas ici. Pas dans cette maison, pas dans cette histoire. Elle va grandir. Elle va comprendre. Peut-être qu’elle deviendra forte à force de s’être cognée à mon indifférence. Peut-être que c’est ça que je lui ai offert, malgré moi : une dureté utile. Un blindage. Un refus d’attendre quoi que ce soit des autres. Peut-être qu’elle survivra grâce à ce que je ne lui ai pas donné.
Ou peut-être qu’elle tombera. Que toute cette lumière finira par s’éteindre. Et que ce sera ma faute. Mais je ne le sentirai pas. Parce que ce serait encore lui donner trop d’espace. Trop d’importance. Il ne reste que ça, au fond : une lassitude, une sorte de calme amer. J’ai fini de lutter. Contre elle. Contre les autres. Contre moi-même. Il n’y a plus de rage, plus de drame. Seulement cette certitude glaciale : je ne suis pas ce qu’elle veut.
Et je ne le serai jamais.
« Je l'ai gardée parce que je ne suis pas le monstre que tu penses que je suis », réponds-je d'une voix basse et brisée. « Je voulais d'un fils pour Chase, je n'avais pas l'intention d'avorter, mais j'ai accouché d'une fille. Tu aurais préféré que je l'abandonne sur le trotoir ou dans un orphelinat minable dans lequel elle serait sûrement morte ? » Je lâche un rire nerveux à l'idée qu'il puisse penser qu'Adeline aurait eu une meilleure enfance, une meilleure existence, sans moi. « Elle a une belle vie, même si tout le monde la fait passer pour la victime. De toute façon mes parents ne m'auraient pas laissée la jeter de la maison. »
À croire qu'elle a du sang de vélane dans les veines pour faire tomber sous son charme toutes les personnes qu'elle rencontre.
Je déverrouille la porte du petit salon en pointant mon catalyseur dessus. « Ne reviens plus jamais. » Je fais venir à moi ma veste et mon sac en me dirigeant vers le hall. Il trouvera bien la sortie seul. Et je transplane loin d'ici, vers un endroit où je pourrai oublier mes soucis.
Et moi, je n’arrive plus à respirer.
Ce silence me détruit plus sûrement que s’il m’avait crié dessus, en fin de compte. Il ne me regarde même pas avec colère. Juste avec ce vide terrible. Plus de mépris, plus de fureur. Rien. Et dans ce rien, je me perds. Je me demande s’il me voit encore comme une femme ou juste comme une coquille vide. Une erreur. Une faute de frappe de la vie. Je serre les dents, les poings. Je ne veux pas qu’il voie que je tremble.
Je prends un parchemin. La main ferme, même si tout en moi vacille. J’écris d’un trait :
"Je soussignée Arianna Sgaeyl, mère et tutrice légale d’Adeline Sgaeyl, autorise Cinaed Wallace à la rencontrer."
Je signe, celle le tout avec le sceau de la famille et le lui tends sans un mot. Je ne veux pas croiser son regard. Je ne veux pas affronter ce qu’il pense. Je sais déjà.
Je sais qu’il croit avoir gagné quelque chose. Arraché un consentement. Cassé une armure. Mais il n’a rien gagné. Pas vraiment. Parce que je n’ai pas signé pour lui. Je n’ai rien cédé. J’ai seulement... cédé à cette nécessité de le faire taire. D’éteindre son insistance, son regard. Qu’il arrête de me scruter comme si j’étais une bête à disséquer. Je ne suis pas sûre qu’il reste quelque chose à sauver. Et franchement, je ne sais même pas si je le souhaite.
Je n’éprouve pas de tristesse à l’idée qu’il puisse parler à Adeline. Je n’éprouve rien. Ou si, peut-être : un agacement tenace, une fatigue rugueuse. Parce que je sais ce qu’elle va faire. Elle va l’écouter. Elle va hocher la tête, avec ses grands yeux pleins d’espoir, comme une gamine qui croit encore aux contes. Et elle va revenir. Avec ses questions. Son envie de comprendre. Son besoin de moi.
Et je ne veux pas de ça.
Je ne veux pas de sa lumière. De sa voix qui déborde. De sa manie de rire pour rien. Elle a toujours été comme ça, Adeline. Trop vivante. Trop collante. Elle voulait que je l’écoute, que je la regarde, que je l’aime. Comme si c’était normal. Comme si c’était évident. Mais ce n’est pas évident. Pas avec elle. Elle n’aurait pas dû exister. Pas elle. Pas cette fille qui m’a pris ce qu’il restait de fragile. J’avais deux fils. Ils comprenaient. Ils encaissaient. Ils savaient ne pas poser de questions. Ils ne demandaient rien. Ils acceptaient l’espace que je leur laissais. Un espace sec, mais clair.
Mais elle, elle est née avec ce besoin constant d’attention, de proximité. Et l'autre, son père, il est parti à cause d’elle. Il ne voulait pas d’une fille. Moi non plus, pas vraiment. Mais je n’ai pas eu le choix. Et elle est restée. Comme une épine dans la peau. Elle ne m’a jamais regardée avec autre chose qu’un amour ridicule. Elle me colle encore à onze ans comme si elle espérait que ça change. Comme si un jour, je deviendrais ce qu’elle mérite. Mais ce jour ne viendra pas. Et elle ferait mieux de s’y faire.
Rien en elle ne me touche. Sa joie me dérange. Sa tendresse me donne des nausées. Son espoir me fait honte, mais pas pour les raisons qu’elle imagine. Elle me fait honte parce qu’elle insiste, malgré tout. Parce qu’elle croit encore qu’il y a quelque chose ici. Elle ne comprend pas que parfois, il ne reste rien à sauver. Pas parce qu’on est mauvais, mais parce qu’on est vidé.
J’ai été vidée. Et c’est elle qui m’a vidée.
C’est un constat brut, cru, sans détour. Il n’y a pas de drame, pas de tragédie. Juste un fait. Un avant et un après. Avant elle, j’avais encore des morceaux de ce qu’on appelle une mère. J’avais au moins le simulacre, la carcasse. Avec mes fils, c’était supportable. Ils ne demandaient pas. Ils prenaient ce qu’on leur donnait et faisaient avec. Ils avaient cette résilience tranquille. Ce silence utile. Mais Adeline, elle voulait du bruit. Du vrai. Du vivant. Elle voulait me tirer vers quelque chose de plus grand, de plus doux. Elle voulait trop. Elle voulait que je change. Elle voulait que je sois une autre femme. Une autre mère. Et chaque fois qu’elle me regardait avec cet espoir idiot dans les yeux, je sentais quelque chose en moi se refermer encore plus fort.
Je ne changerai pas. C’est trop tard. Ou peut-être que je n’ai jamais été censée changer. Peut-être que je suis juste la somme de mes limites. Et elle est la preuve vivante de ce que je n’ai jamais su faire. De ce que je n’ai jamais voulu être. Une mère pour elle. Je suis restée cette femme sèche, cette mère inapte. Non pas parce que je refuse d’évoluer, mais parce que je ne crois pas à cette illusion. On ne guérit pas du vide. On s’y adapte. On le meuble de colère, de sarcasmes, de silence bien organisé. On ne devient pas mère avec le temps. On l’est ou on ne l’est pas. Et moi, je ne l’étais pas. Je ne le suis toujours pas.
Alors quand je la vois sourire, je ne ressens pas d’amour. Je ressens une pression. Comme une lumière crue en plein visage. Une lumière qui ne pardonne rien. Qui montre ce qu’on est vraiment. Et ce que je suis, ce n’est pas une femme triste d’avoir échoué. C’est une femme lucide, lasse, qui a arrêté de jouer à faire semblant. Je ne suis pas celle qu’on rêve. Je suis celle qu’on évite. Celle qu’on tolère. Celle qu’on finit par oublier.
Je ne veux pas de rédemption. Je ne veux pas qu’on me sauve. Et je ne veux pas qu’elle, surtout elle, essaie de me sauver. Parce qu’elle s’y brûlera les ailes. Parce qu’elle mérite peut-être mieux, mais pas de moi. Pas ici. Pas dans cette maison, pas dans cette histoire. Elle va grandir. Elle va comprendre. Peut-être qu’elle deviendra forte à force de s’être cognée à mon indifférence. Peut-être que c’est ça que je lui ai offert, malgré moi : une dureté utile. Un blindage. Un refus d’attendre quoi que ce soit des autres. Peut-être qu’elle survivra grâce à ce que je ne lui ai pas donné.
Ou peut-être qu’elle tombera. Que toute cette lumière finira par s’éteindre. Et que ce sera ma faute. Mais je ne le sentirai pas. Parce que ce serait encore lui donner trop d’espace. Trop d’importance. Il ne reste que ça, au fond : une lassitude, une sorte de calme amer. J’ai fini de lutter. Contre elle. Contre les autres. Contre moi-même. Il n’y a plus de rage, plus de drame. Seulement cette certitude glaciale : je ne suis pas ce qu’elle veut.
Et je ne le serai jamais.
« Je l'ai gardée parce que je ne suis pas le monstre que tu penses que je suis », réponds-je d'une voix basse et brisée. « Je voulais d'un fils pour Chase, je n'avais pas l'intention d'avorter, mais j'ai accouché d'une fille. Tu aurais préféré que je l'abandonne sur le trotoir ou dans un orphelinat minable dans lequel elle serait sûrement morte ? » Je lâche un rire nerveux à l'idée qu'il puisse penser qu'Adeline aurait eu une meilleure enfance, une meilleure existence, sans moi. « Elle a une belle vie, même si tout le monde la fait passer pour la victime. De toute façon mes parents ne m'auraient pas laissée la jeter de la maison. »
À croire qu'elle a du sang de vélane dans les veines pour faire tomber sous son charme toutes les personnes qu'elle rencontre.
Je déverrouille la porte du petit salon en pointant mon catalyseur dessus. « Ne reviens plus jamais. » Je fais venir à moi ma veste et mon sac en me dirigeant vers le hall. Il trouvera bien la sortie seul. Et je transplane loin d'ici, vers un endroit où je pourrai oublier mes soucis.
Fin pour moi, merci encore pour cet écrit 
Mousse de l'équipage Ad2OC.
— deuxième année • #222666 • discord : poowtato —
« dishonor on your cow. »
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