Toi aussi ?
Dimanche 10 avril 2050 avec @Edwin Wellhister |
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Je n'arrive pas à me sortir cette image de la tête.
Ou ces paroles. Oui, c'était surtout les paroles. À propos de vacances. Je ne savais pas que- Est-ce qu'ils sont... ? Ça fait des jours que j'y pense et que je n'arrive pas à me concentrer en cours. Pas plus que d'habitude en fait, j'ai juste un nouveau passe-temps. Mais je me demande ce que ça fait d'avoir un papa aussi proche toute l'année. Il peut lui demander ce qu'il veut, à n'importe quel moment ! La chance. Ce serait bien d'en avoir un rien qu'un jour dans l'année.
J'ai essayé de me retenir, je le jure sur Merlin. Disons que je ne l'ai pas volontairement suivi à plusieurs moments, ni que je sais exactement où il se trouve en ce moment. Non. Il n'est pas sorti dans le parc pour aller près du lac. Et je ne suis pas en train de me demander si je ne vais pas un peu trop loin. Ça fait cinq minutes que j'hésite à le rejoindre, pour lui poser des questions probablement trop intimes. Et s'il ne veut pas y répondre ? Ça risque d'être bizarre comme conversation.
Je vais lui demander ce que ça fait ? Si... c'est bien ? Et il me répondra que ça ne me regarde pas. Ou alors en quoi ça m'intéresse. Je serai obligée de lui raconter toute l'histoire d'un malheureux père qui ne trouve pas d'autre idée que de fuir quand il apprend que la femme avec qui il est, enceinte depuis 9 mois, a malencontreusement accouché. Puis je risque de déprimer jusqu'à la fin du mois et même pleurer.
Une centaine d'inspirations plus tard, je me décide enfin à avancer, et je me retrouve même à courir. Dans le pire des cas je tombe dans l'eau et ça évite à tout le monde... ce qui risque d'arriver. Je vais me mettre à crier et lui dire de me donner un petit peu de son pourcentage de gentil papa pour que je puisse en avoir un aussi. Est-ce qu'il est venu travailler ici parce que son fils est là ?
Quand j'arrive juste derrière lui, je retire mes chaussures et mes chaussettes en les posant loin de l'étendue noire, avant de retrousser mon legging et de faire comme lui ; les pieds dans l'eau. « Coucou. » Je fais bouger mes jambes, réfléchissant à un bon moyen de mettre le sujet sur la table sans passer pour une psychopathe. « J-je t'ai vu avec Mister Locke, là dernière fois et... » Merlin, pourquoi c'est si compliqué ? C'était pas aussi bizarre quand je demandais aux autres enfants avant ce qu'ils faisaient le week-end et qu'ils avaient fait plein d'activité incroyable avec leur papa. Ou leurs deux parents. « C'est ton papa, le bibliothécaire ? » Comme ça c'est dit. Je ne le regarde pas et c'est mieux.
Techniquement c'est le week-end, non ?
Toi aussi ?
Edwin étend les jambes devant lui, arrivant sans mal à plonger les pieds dans le lac sans trop se rapprocher de l'eau. C'est l'avantage quand on a des membres aussi longs que les siens : on peut avoir les pieds dans l'eau et quand même s'en tenir à 30 centimètres, voire plus. Il aime bien ça, Edwin, parce que ça lui retire la peur de tomber dans l'eau. Il a certes apprit à nager il y a quelques années et est d'ailleurs bien plus à l'aise une fois immergé mais ça ne veut pas dire qu'il apprécie beaucoup ça. L'eau lui donne toujours un sentiment étrange. Ce n'est pas de la panique, ni même vraiment de la gêne mais simplement la sensation de ne pas être à sa place. Il n'est pas un animal aquatique, alors il n'a rien à faire au fond d'un lac, et encore moins tout habillé.
Il remonte légèrement les pieds, juste histoire de faire sortir ses orteils de l'eau et s'amuse à les agiter avec un sourire. Le mouvement de l'eau lui chatouille la plante des pieds et Edwin est très sensible, alors ça a toujours le mérite de le faire rire puis de lui foutre des spasmes dans les pieds. Ca éclabousse, ça fout de l'eau partout mais c'est amusant et le cinquième année a décidé que son dimanche ne serait rythmé que par des trucs inutiles mais amusants. Il a passé une partie de la matinée à jouer de la guitare dans son dortoir, et puis quelques heures à gribouiller dans son carnet avant de décider qu'il avait envie de sortir. Il aurait bien embarqué Piou avec lui mais le boursoufflet avait commencé à bouder à l'idée de quitter son coussin et le Serpentard l'avait donc laissé tranquille. Si elle ne voulait pas sortir, ça ne servait à rien de l'y forcer. Il préférait ne pas contrarier la boule de poils qui dormait à ses pieds et qui avait quelques petites dents bien acérées quand elle le voulait. Il était presque sûr d'avoir une légère marque à l'arrière du gros orteils pour la fois où il l'avait bousculé sans faire exprès dans la nuit et où elle n'avait pas apprécié de se faire dégager comme une malpropre.
De toute façon, les vacances arrivaient à grands pas et Piou aurait tout le loisir de se balader dans l'appartement quand il rentrerait à Dublin : celui-ci était juste assez grand pour qu'elle ne s'ennuie pas et puisse passer des heures à se rouler par terre. Evidemment, son maître n'était jamais très loin et il fallait parfois que les deux adultes fassent attention à où ils marchaient pour ne pas écraser l'animal ou leur charge. Un adolescent de presque deux mètres qui s'étalait par terre, ça passait relativement inaperçu quand vous aviez un plat dans les mains. Heureusement, Edwin n'avait jamais été écrasé ni par son frère, ni par son amant et il en était relativement content. Pas que les deux soient trop gros, loin de là, mais parce qu'Edwin était quand même assez douillet quand on y regardait de plus près. On aurait pu croire qu'avec le temps, il aurait une plus grande tolérance à la douleur mais dans la réalité, c'était peu visible. Certaines blessures ne lui faisaient plus grand chose mais d'autres le faisait se tordre par terre comme la plus dramatique des reines outrées.
En parlant de vacances, Edwin n'avait pas arrêté d'harceler Owen à ce propos. Lui poser quatre ou cinq fois la question pour savoir s'il allait passer du temps à Dublin ou si Ennis avait prévu de rendre visite à son frère était peut-être un peu de trop mais voilà, mieux valait s'assurer de la véracité des informations et pour cela, la répétition était le seul moyen. Et ce n'était pas parce qu'Edwin était si excité qu'il peinait à tenir en place, pas du tout, nuh uh. Il avait toujours été plutôt habitué à passer ses vacances à Poudlard et en avait passé la majorité au château depuis sa première année alors c'était un grand garçon qui savait limiter les effusions d'énergie.
Enfin bon, si on devait être parfaitement honnête : ces vacances n'étaient pas comme les autres et, dans les faits, Edwin était infernal quand il commençait à en parler. Il ne savait pas pourquoi mais passer une semaine loin de l'école lui semblait comme la meilleure chose au monde et il s'imaginait déjà des balades de quatre heures dans les rues et des sessions de bricolage avec Domhall qu'il avait hâte de revoir. La période des examens n'allait pas tarder à débuter et ses camarades commençaient déjà depuis quelques semaines à parler des BUSES. C'était un peu stressant, alors avoir une pause lui ferait du bien. Et il avait très envie de revoir Ennis, si elle décidait de leur rendre visite. La jeune femme lui manquait plus qu'il ne l'avouait, même s'il ne se gênait pas vraiment pour le faire savoir.
Une autre éclaboussure envoya quelques gouttes d'eau dans l'air avant qu'Edwin ne se contente de patauger dans l'eau comme un enfant à la piscine. Le soleil qui lui tapait dans le dos était agréable et l'avait encouragé à attacher ses cheveux haut sur son crâne pour profiter des rayons sur sa nuque qui lui donnaient envie de ronronner comme un vieux chat. S'il avait pu profiter de la vision qu'il avait en étant allongé, il se serait étalé dans l'herbe de tout son long. Malheureusement, il avait fallut choisir entre une sieste et l'étendue d'eau qui dansait sous ses yeux et les reflets du soleil sur les flots avaient gagné.
Du mouvement à sa droite le fit sursauter et alors qu'il perdait sa concentration, il tourna la tête pour observer la nouvelle venue avec de grands yeux. Cherchant rapidement dans sa mémoire, il en vint à la conclusion qu'ils ne s'étaient jamais parlé et vue sa taille, elle devait à peine être en première année. Une minuscule petite fille qui était venue se coller à lui et dont il ne connaissait ni le nom, ni le visage, c'était pas commun mais bon, à Poudlard, ça arrivait assez souvent quand même. Il devait avoir une bonne tête, et ça lui allait : mine de rien, il aimait bien passer du temps avec les élèves plus jeunes. Et il était de toute façon obligé de le faire, puisqu'il était plus vieux de deux ans que les élèves de sa promo.
Salut lui dit-il avec un sourire calme, les yeux pétillants d'intérêt. Il observe les pieds de l'enfant batailler dans l'eau et attend qu'elle reprenne la parole. Les gens se posant des questions sur sa relation avec Owen ne sont pas rares, surtout avec les années qui passent. Edwin n'est de toute façon pas la personne la plus discrète même s'il essaie au maximum de ne pas donner de fausses idées aux autres. Heureusement, Owen n'est pas professeur parce que, sinon, il y aurait plus que quelques rumeurs sur des possibilités d'emprunter des livres plus longtemps que les autres. Malgré toutes les questions qu'on lui a posé au fil des mois et le nombre de fois où cette même interrogation - exactement la même que la fillette balance dans le vide - sort, il ne peut s'empêcher de rire. Un aboiement joyeux qui le fait se pencher en arrière, les mains dans l'herbe pour se soutenir. Il rit fort, sans gêne avant de se reprendre et de pencher la tête sur le côté pour observer la fillette avec un regard rieur. Merlin, non, il est bien trop jeune pour ça. Tu sais, j'ai déjà 17 ans moi, ça lui ferait un peu jeune pour être papa. C'est mon grand frère. Mon demi frère, en fait, du côté de ma mère.
Il se penche un peu en avant, se recroquevillant le long de ses jambes pour tendre les mains et relever un peu plus le legging de la première année, le nez retroussé. Elle n'a pas fait assez d'ourlets et, avec ses jambes longues comme des cures dents, le tissu finira plongé dans l'eau au moindre mouvement un peu brusque. Une fois fait, il lui tapote la cuisse une fois pour signifier la fin de sa tâche. Fais gaffe, si tu trempe ton legging tu vas tomber malade avant de retourner aux dortoirs. Pour peu qu'elle soit à Serdaigle ou à Serpentard, elle aura une sacrée trotte à faire et marcher dans des vêtements mouillés c'est la meilleure façon de chopper la mort. Enfin, Diarmuid lui refilera une potion et tout sera réglé mais ça ne veut pas dire qu'il faut jouer avec le feu. En plus, les potions, c'est un peu dégueulasse, même si elles sont utiles. Tu avais besoin de quelque chose ? Si t'as peur de lui demander un truc, j'peux t'aider mais il est gentil, tu sais. Il te mangera pas, il n'aime pas les enfants. Il préfère les petits vieux à la broche, avec une sauce au poivre. Dit-il, le visage sérieux pendant quelques secondes avant qu'il ne se fende d'un nouveau sourire, cette fois-ci du plus goguenard qu'on puisse faire.
Il remonte légèrement les pieds, juste histoire de faire sortir ses orteils de l'eau et s'amuse à les agiter avec un sourire. Le mouvement de l'eau lui chatouille la plante des pieds et Edwin est très sensible, alors ça a toujours le mérite de le faire rire puis de lui foutre des spasmes dans les pieds. Ca éclabousse, ça fout de l'eau partout mais c'est amusant et le cinquième année a décidé que son dimanche ne serait rythmé que par des trucs inutiles mais amusants. Il a passé une partie de la matinée à jouer de la guitare dans son dortoir, et puis quelques heures à gribouiller dans son carnet avant de décider qu'il avait envie de sortir. Il aurait bien embarqué Piou avec lui mais le boursoufflet avait commencé à bouder à l'idée de quitter son coussin et le Serpentard l'avait donc laissé tranquille. Si elle ne voulait pas sortir, ça ne servait à rien de l'y forcer. Il préférait ne pas contrarier la boule de poils qui dormait à ses pieds et qui avait quelques petites dents bien acérées quand elle le voulait. Il était presque sûr d'avoir une légère marque à l'arrière du gros orteils pour la fois où il l'avait bousculé sans faire exprès dans la nuit et où elle n'avait pas apprécié de se faire dégager comme une malpropre.
De toute façon, les vacances arrivaient à grands pas et Piou aurait tout le loisir de se balader dans l'appartement quand il rentrerait à Dublin : celui-ci était juste assez grand pour qu'elle ne s'ennuie pas et puisse passer des heures à se rouler par terre. Evidemment, son maître n'était jamais très loin et il fallait parfois que les deux adultes fassent attention à où ils marchaient pour ne pas écraser l'animal ou leur charge. Un adolescent de presque deux mètres qui s'étalait par terre, ça passait relativement inaperçu quand vous aviez un plat dans les mains. Heureusement, Edwin n'avait jamais été écrasé ni par son frère, ni par son amant et il en était relativement content. Pas que les deux soient trop gros, loin de là, mais parce qu'Edwin était quand même assez douillet quand on y regardait de plus près. On aurait pu croire qu'avec le temps, il aurait une plus grande tolérance à la douleur mais dans la réalité, c'était peu visible. Certaines blessures ne lui faisaient plus grand chose mais d'autres le faisait se tordre par terre comme la plus dramatique des reines outrées.
En parlant de vacances, Edwin n'avait pas arrêté d'harceler Owen à ce propos. Lui poser quatre ou cinq fois la question pour savoir s'il allait passer du temps à Dublin ou si Ennis avait prévu de rendre visite à son frère était peut-être un peu de trop mais voilà, mieux valait s'assurer de la véracité des informations et pour cela, la répétition était le seul moyen. Et ce n'était pas parce qu'Edwin était si excité qu'il peinait à tenir en place, pas du tout, nuh uh. Il avait toujours été plutôt habitué à passer ses vacances à Poudlard et en avait passé la majorité au château depuis sa première année alors c'était un grand garçon qui savait limiter les effusions d'énergie.
Enfin bon, si on devait être parfaitement honnête : ces vacances n'étaient pas comme les autres et, dans les faits, Edwin était infernal quand il commençait à en parler. Il ne savait pas pourquoi mais passer une semaine loin de l'école lui semblait comme la meilleure chose au monde et il s'imaginait déjà des balades de quatre heures dans les rues et des sessions de bricolage avec Domhall qu'il avait hâte de revoir. La période des examens n'allait pas tarder à débuter et ses camarades commençaient déjà depuis quelques semaines à parler des BUSES. C'était un peu stressant, alors avoir une pause lui ferait du bien. Et il avait très envie de revoir Ennis, si elle décidait de leur rendre visite. La jeune femme lui manquait plus qu'il ne l'avouait, même s'il ne se gênait pas vraiment pour le faire savoir.
Une autre éclaboussure envoya quelques gouttes d'eau dans l'air avant qu'Edwin ne se contente de patauger dans l'eau comme un enfant à la piscine. Le soleil qui lui tapait dans le dos était agréable et l'avait encouragé à attacher ses cheveux haut sur son crâne pour profiter des rayons sur sa nuque qui lui donnaient envie de ronronner comme un vieux chat. S'il avait pu profiter de la vision qu'il avait en étant allongé, il se serait étalé dans l'herbe de tout son long. Malheureusement, il avait fallut choisir entre une sieste et l'étendue d'eau qui dansait sous ses yeux et les reflets du soleil sur les flots avaient gagné.
Du mouvement à sa droite le fit sursauter et alors qu'il perdait sa concentration, il tourna la tête pour observer la nouvelle venue avec de grands yeux. Cherchant rapidement dans sa mémoire, il en vint à la conclusion qu'ils ne s'étaient jamais parlé et vue sa taille, elle devait à peine être en première année. Une minuscule petite fille qui était venue se coller à lui et dont il ne connaissait ni le nom, ni le visage, c'était pas commun mais bon, à Poudlard, ça arrivait assez souvent quand même. Il devait avoir une bonne tête, et ça lui allait : mine de rien, il aimait bien passer du temps avec les élèves plus jeunes. Et il était de toute façon obligé de le faire, puisqu'il était plus vieux de deux ans que les élèves de sa promo.
Salut lui dit-il avec un sourire calme, les yeux pétillants d'intérêt. Il observe les pieds de l'enfant batailler dans l'eau et attend qu'elle reprenne la parole. Les gens se posant des questions sur sa relation avec Owen ne sont pas rares, surtout avec les années qui passent. Edwin n'est de toute façon pas la personne la plus discrète même s'il essaie au maximum de ne pas donner de fausses idées aux autres. Heureusement, Owen n'est pas professeur parce que, sinon, il y aurait plus que quelques rumeurs sur des possibilités d'emprunter des livres plus longtemps que les autres. Malgré toutes les questions qu'on lui a posé au fil des mois et le nombre de fois où cette même interrogation - exactement la même que la fillette balance dans le vide - sort, il ne peut s'empêcher de rire. Un aboiement joyeux qui le fait se pencher en arrière, les mains dans l'herbe pour se soutenir. Il rit fort, sans gêne avant de se reprendre et de pencher la tête sur le côté pour observer la fillette avec un regard rieur. Merlin, non, il est bien trop jeune pour ça. Tu sais, j'ai déjà 17 ans moi, ça lui ferait un peu jeune pour être papa. C'est mon grand frère. Mon demi frère, en fait, du côté de ma mère.
Il se penche un peu en avant, se recroquevillant le long de ses jambes pour tendre les mains et relever un peu plus le legging de la première année, le nez retroussé. Elle n'a pas fait assez d'ourlets et, avec ses jambes longues comme des cures dents, le tissu finira plongé dans l'eau au moindre mouvement un peu brusque. Une fois fait, il lui tapote la cuisse une fois pour signifier la fin de sa tâche. Fais gaffe, si tu trempe ton legging tu vas tomber malade avant de retourner aux dortoirs. Pour peu qu'elle soit à Serdaigle ou à Serpentard, elle aura une sacrée trotte à faire et marcher dans des vêtements mouillés c'est la meilleure façon de chopper la mort. Enfin, Diarmuid lui refilera une potion et tout sera réglé mais ça ne veut pas dire qu'il faut jouer avec le feu. En plus, les potions, c'est un peu dégueulasse, même si elles sont utiles. Tu avais besoin de quelque chose ? Si t'as peur de lui demander un truc, j'peux t'aider mais il est gentil, tu sais. Il te mangera pas, il n'aime pas les enfants. Il préfère les petits vieux à la broche, avec une sauce au poivre. Dit-il, le visage sérieux pendant quelques secondes avant qu'il ne se fende d'un nouveau sourire, cette fois-ci du plus goguenard qu'on puisse faire.
1516.
"T'a Smaug sur son tas d'or et t'as Edwin sur son tas de rédacteurs" - Isaac Powell
Edwin Wellhister (17 ans, cinquième année)
Edwin Wellhister (17 ans, cinquième année)
Toi aussi ?
Je l'écoute prendre la parole et je pense que mon visage pourrait devenir aussi rouge que le blason des Gryffondor. Même plus. Ce n'est pas son papa. C'est son frère. Je me suis fait des idées là-dessus pendant des jours mais j'avais tout faux. Je sais même pas si je suis déçue, là. Ils avaient l'air aussi proches qu'un père et son fils. Je me contente de hocher la tête, avec un petit sourire, les yeux toujours fixés sur l'eau noire. Moi j'ai Xan ici. Même si notre relation n'est pas exactement pareille. Avec Mister Locke qui est adulte et mature, il doit avoir une figure parentale. Celle qui s'en rapproche le plus avec moi c'est Rhys. Et peut-être Cinaed maintenant, mais je n'ose pas l'embêter pour tout et pour rien comme je le fais avec mes frères. J'ai peur qu'il parte de nouveau et ne réponde plus à mes lettres. Je crois que je serais beaucoup trop triste. Il a dit qu'il serait là comme il le pouvait mais je ne sais pas ce que ça veut dire. Il serait capable de tout quitter ici pour que je ne le retrouve plus et que je le laisse tranquille avec cette histoire de papa ?
Parfois j'aime à croire que non. Qu'il sera présent, même par courrier. Et que je pourrai le voir et lui raconter ma journée après lui avoir fait un câlin.
J'observe sans voix le grand qui se penche vers l'eau, et j'ai peur qu'il puisse vouloir aller dans l'eau tout habillé. Même si elle est froide, il risque de couler. Mais il retrousse un petit peu plus mon legging et le geste me fait sourire. Je murmure un « merci » avant de vraiment regarder son visage. Et ses cheveux surtout. Ils sont longs et ils ont l'air incroyablement doux. C'est bizarre de penser ça. « Merci pour le legging. » Je pense que l'eau aurait séchée. Il fait beau aujourd’hui. Mais je ne dis rien. Je ne pensais pas qu'il serait aussi gentil. Pas qu'il ait une tête de méchant mais... il vient de me dire qu'il a dix-sept ans. En général les grands n'aiment pas les première année qui viennent les déranger. Je bouge une nouvelle fois mes pieds dans l'eau pour me concentrer dessus.
Sa blague - c'est bien une blague ? - me fait écarquiller les yeux parce que je ne suis plus si sûre de moi. Est-ce qu'il est sérieux ? Son rire me soulage et je rigole à mon tour, même si je ne suis pas rassurée. Les adultes peuvent manger des gens. Je secoue la tête avec un sourire et je me lance enfin. Lui il ne peut pas me manger, si ? « Je ne veux pas lui demander quelque chose. C'est juste que je vous ai vus parler de... vacances, et vous aviez l'air proche. Je... » ... n'arrête pas de bégayer. C'est grave. « Je me demandais ce que ça faisait d'avoir un papa aussi proche. C'est bizarre, mais... Oui, je voulais te poser la question. » Est-ce que son vrai papa est aussi sympa ?
Parfois j'aime à croire que non. Qu'il sera présent, même par courrier. Et que je pourrai le voir et lui raconter ma journée après lui avoir fait un câlin.
J'observe sans voix le grand qui se penche vers l'eau, et j'ai peur qu'il puisse vouloir aller dans l'eau tout habillé. Même si elle est froide, il risque de couler. Mais il retrousse un petit peu plus mon legging et le geste me fait sourire. Je murmure un « merci » avant de vraiment regarder son visage. Et ses cheveux surtout. Ils sont longs et ils ont l'air incroyablement doux. C'est bizarre de penser ça. « Merci pour le legging. » Je pense que l'eau aurait séchée. Il fait beau aujourd’hui. Mais je ne dis rien. Je ne pensais pas qu'il serait aussi gentil. Pas qu'il ait une tête de méchant mais... il vient de me dire qu'il a dix-sept ans. En général les grands n'aiment pas les première année qui viennent les déranger. Je bouge une nouvelle fois mes pieds dans l'eau pour me concentrer dessus.
Sa blague - c'est bien une blague ? - me fait écarquiller les yeux parce que je ne suis plus si sûre de moi. Est-ce qu'il est sérieux ? Son rire me soulage et je rigole à mon tour, même si je ne suis pas rassurée. Les adultes peuvent manger des gens. Je secoue la tête avec un sourire et je me lance enfin. Lui il ne peut pas me manger, si ? « Je ne veux pas lui demander quelque chose. C'est juste que je vous ai vus parler de... vacances, et vous aviez l'air proche. Je... » ... n'arrête pas de bégayer. C'est grave. « Je me demandais ce que ça faisait d'avoir un papa aussi proche. C'est bizarre, mais... Oui, je voulais te poser la question. » Est-ce que son vrai papa est aussi sympa ?
Toi aussi ?
Ses joues prennent une jolie teinte rose quand la fillette le remercie et Edwin agite sa main, l'air de dire "n'en parle pas". Certains réflexes sont difficiles à contrôler et Edwin commence à bouger avant de vraiment réfléchir, en tout cas la plupart du temps. Généralement ce n'est pas dérangeant parce que les élèves les plus jeunes ne hurlent pas au scandale, mais ça peut vite tourner à la catastrophe quand il fait ça avec les plus vieux. Pour sa défense, tout le monde est généralement bien plus petit que lui alors il est parfois difficile de déterminer les âges pour lui qui ne fixe pas intensément chaque visage qui passe. Et puis, même s'il le faisait ça ne changerait pas grand chose : les gens ont souvent tendance à paraître plus jeunes ou plus vieux qu'ils ne le sont généralement. C'est un peu comme une blague de la vie qui s'amuse à retourner son cerveau dans tous les sens en donnant à des plus jeunes plus de moustache qu'il n'aura jamais, et à des plus vieux un menton aussi doux que le sien.
Pendant un instant, il se sent un peu coupable d'avoir fait sa blague : la fillette le regarde avec de grands yeux et le jeune adulte n'est pas sûr qu'elle ait bien comprit le sens de sa remarque. Il lui semble étrange que les enfants ne sachent pas que les adultes ne mangent pas d'enfants, mais tout le monde est un peu naïf à son âge. Enfin, quand il avait onze ans, lui, il ne pensait pas tout ça. Mais bon, à onze ans, il était bien différent et il ne souhaitait à personne l'étrange maturité mal placée qu'il avait eu. Heureusement, elle se met à rire à sa suite et Edwin laisse échapper un soupir soulagé. Il n'a pas envie qu'elle aille hurler partout que Edwin Wellhister avoue haut et fort que les adultes mangent les petits enfants. Il ne veut pas se transformer en une version bizarre du père fouettard ou du croque-mitaine.
Il penche la tête un peu plus, comme un, chat curieux et retrousse le bout du nez en riant. Oh, oui, on vit ensemble. Enfin, je vis chez lui, c'est pour ça que je lui demandais ce qu'on allait faire pour les vacances. C'est mon tuteur du coup, mais heureusement c'est pas mon père ! Un petit sourire désolé prend place sur ses lèvres à la suite de son explication : si elle veut savoir ce que ça fait de vivre avec son père, elle sera vite déçue de sa réponse. Edwin, il sait plus ce que c'est depuis qu'il a quatre ans. Aujourd'hui, il ne se souvient même plus des choses qu'ils auraient pu faire durant ces années, ni même des quelques fois où ils se sont vus par la suite. L'adolescent n'est même pas certain de pouvoir reconnaître le visage de son géniteur, mais bon, même celui de sa mère commence à s'effacer de son esprit. Parfois, il se demande ce qu'elle fait et comment elle va. Pourquoi elle ne le contacte pas, aussi, ou même si elle a les moyens de le faire. Probablement qu'il le saura un jour et que ce sera à lui de prendre les devants. Il le fera quand il se sentira prêt.
Je sais pas dit-il simplement avec douceur. J'ai pas vu mon père depuis des années, ça doit même faire dix ans depuis le dernier message à Noël. Enfin, j'crois, quelque chose dans ces eaux-là. Edwin fredonne et hausse les épaules, comme pour faire comprendre à l'autre que ce n'est pas si grave. C'est parce que t'es parents te manquent ? La première année à Poudlard c'est toujours un peu difficile, je suppose. C'est beaucoup de changements, en plus. Tu es bien en première année, hein ? Tu t'appelles comment ? Peut-être que la plus jeune commençait à se sentir mal uniquement maintenant. Ce ne serait pas déconnant : l'année était certes bien entamée mais la perspective des vacances d'été était encore loin et il suffisait qu'elle ne puisse pas rentrer en Avril pour se sentir seule. La joie des internats.
Pendant un instant, il se sent un peu coupable d'avoir fait sa blague : la fillette le regarde avec de grands yeux et le jeune adulte n'est pas sûr qu'elle ait bien comprit le sens de sa remarque. Il lui semble étrange que les enfants ne sachent pas que les adultes ne mangent pas d'enfants, mais tout le monde est un peu naïf à son âge. Enfin, quand il avait onze ans, lui, il ne pensait pas tout ça. Mais bon, à onze ans, il était bien différent et il ne souhaitait à personne l'étrange maturité mal placée qu'il avait eu. Heureusement, elle se met à rire à sa suite et Edwin laisse échapper un soupir soulagé. Il n'a pas envie qu'elle aille hurler partout que Edwin Wellhister avoue haut et fort que les adultes mangent les petits enfants. Il ne veut pas se transformer en une version bizarre du père fouettard ou du croque-mitaine.
Il penche la tête un peu plus, comme un, chat curieux et retrousse le bout du nez en riant. Oh, oui, on vit ensemble. Enfin, je vis chez lui, c'est pour ça que je lui demandais ce qu'on allait faire pour les vacances. C'est mon tuteur du coup, mais heureusement c'est pas mon père ! Un petit sourire désolé prend place sur ses lèvres à la suite de son explication : si elle veut savoir ce que ça fait de vivre avec son père, elle sera vite déçue de sa réponse. Edwin, il sait plus ce que c'est depuis qu'il a quatre ans. Aujourd'hui, il ne se souvient même plus des choses qu'ils auraient pu faire durant ces années, ni même des quelques fois où ils se sont vus par la suite. L'adolescent n'est même pas certain de pouvoir reconnaître le visage de son géniteur, mais bon, même celui de sa mère commence à s'effacer de son esprit. Parfois, il se demande ce qu'elle fait et comment elle va. Pourquoi elle ne le contacte pas, aussi, ou même si elle a les moyens de le faire. Probablement qu'il le saura un jour et que ce sera à lui de prendre les devants. Il le fera quand il se sentira prêt.
Je sais pas dit-il simplement avec douceur. J'ai pas vu mon père depuis des années, ça doit même faire dix ans depuis le dernier message à Noël. Enfin, j'crois, quelque chose dans ces eaux-là. Edwin fredonne et hausse les épaules, comme pour faire comprendre à l'autre que ce n'est pas si grave. C'est parce que t'es parents te manquent ? La première année à Poudlard c'est toujours un peu difficile, je suppose. C'est beaucoup de changements, en plus. Tu es bien en première année, hein ? Tu t'appelles comment ? Peut-être que la plus jeune commençait à se sentir mal uniquement maintenant. Ce ne serait pas déconnant : l'année était certes bien entamée mais la perspective des vacances d'été était encore loin et il suffisait qu'elle ne puisse pas rentrer en Avril pour se sentir seule. La joie des internats.
689.
"T'a Smaug sur son tas d'or et t'as Edwin sur son tas de rédacteurs" - Isaac Powell
Edwin Wellhister (17 ans, cinquième année)
Edwin Wellhister (17 ans, cinquième année)
Toi aussi ?
Je l’écoute parler, avec sa voix un peu douce, et je sais pas pourquoi, mais ça me fait un drôle de truc dans le ventre. Pas un truc qui fait mal, non. Mais un truc serré. Comme quand on lit un livre triste et qu’on fait semblant que ça va, même si nos yeux sont mouillés. Il est en train de me parler du bibliothécaire. De la façon dont il le connaît. De ce qu’il est pour lui. Et moi, je reste là, toute droite, comme si mon corps voulait pas bouger parce qu'il avait peur de faire tomber quelque chose de fragile.
Je veux pas qu’il voie mon visage. Enfin, pas trop. Parce que je sens que j’ai un sourire bizarre qui arrive, un sourire pas content. Un sourire triste. Et j’ai pas envie qu’il croit que je suis jalouse. Même si… peut-être que je le suis. Un tout petit peu. Pas de lui.Juste… de ce qu’il a eu. De ce lien-là. Moi, j’ai jamais eu un adulte qui me regarde comme ça, comme le bibliothécaire le regarde, lui. J’ai jamais eu quelqu’un qui me montre que je compte, rien qu’avec des petits gestes.
Alors j’essaie de faire comme si j’écoutais calmement. Mais en vrai, dans ma tête, c’est le bazar. Il dit qu’il vit avec son demi-frère. Je me dis que c’est pas commun mais pourquoi pas. Et puis il dit "tuteur". Et là, j’ai un bug. Mon cerveau s’arrête. Je connais ce mot. C’est quelqu’un qui s’occupe de toi quand t’as plus de parents, ou qu’ils peuvent pas le faire. Et tout à coup, mes sourcils se froncent tout seuls. J’ai pas besoin qu’il m’explique. Ou peut-être que si. J’ai compris. Il vit pas avec ses parents. Pas du tout. Seulement avec son frère.
Je sens mon cœur qui se fait tout petit dans ma poitrine. Il bat vite, mais pas parce que je suis en colère. Parce que je suis triste. Et aussi parce que… je me sens bête. J’étais venue lui parler, avec mes histoires, mes questions bizarres, mes pensées à moitié rangées. Et lui, il vit un truc dur. Peut-être plus dur que moi. Et moi, j’ai foncé dedans sans regarder, comme une enfant qui court avec ses lacets défaits. Rhys m'a dit que c'était dangereux.
J’ai envie de m’excuser. Vraiment. D’un coup, j’ai envie de dire pardon. Mais j’y arrive pas. Ma bouche s’ouvre un peu, comme si les mots allaient venir tout seuls. Mais rien. Même pas un petit bout de phrase. Je reste là, la bouche entre-ouverte, comme une idiote, et j’arrive pas à sortir ce que je ressens. Je me dis que de toute façon, même si je trouvais les bons mots, ça servirait à rien. Qu’est-ce que je pourrais lui dire ? "Je suis désolée" ? Ça sonnerait faux. "Moi aussi je connais ça" ? Mais je suis même pas sûre. J’ai jamais vraiment eu de parents normaux, alors comment je pourrais savoir ? Et puis, il continue de parler. Sa voix me traverse comme un courant d’air froid, et ses dix premiers mots me font l’effet d’un coup de vent qui emporte toutes mes barrières. C’est comme s’il avait appuyé sur un bouton dans ma poitrine, un bouton qui dit : "attention, émotion". Je sens mes paumes qui deviennent toutes moites. Mes mains sont moches maintenant. Collantes. Je les essuie vite fait sur mes jambes, comme si ça allait enlever ce que je ressens. Mais ça marche pas.
Je le regarde plus. Je peux pas. Parce que si je le regarde, il va voir. Il va voir mes yeux qui piquent. Qui piquent très fort. Et je veux pas qu’il voie. Je veux pas qu’il voie que je suis sur le point de pleurer. Je veux pas qu’il lise sur mon visage que j’ai envie de lui faire un câlin géant. Un câlin long. Un câlin avec les bras qui tremblent et les larmes dans les manches.
Alors je renifle un peu. Juste un petit "snif", pas trop fort. Et je garde ma bouche bien fermée. Je colle mes lèvres l’une contre l’autre comme deux morceaux de pâte à modeler. Je les ouvre plus. Je veux pas que ma voix sorte. Parce que si elle sort, elle va trembler. Et si elle tremble, c’est fini. Je vais pleurer. Devant lui. Et je veux pas.
Je veux pas être la fille qui pleure encore une fois. La dernière fois, j’avais tellement explosé que j’avais mis un coup de boule. Vraiment. Un coup de boule à Cinaed. Pas exprès. Enfin… si. Mais c’est parce que j’en pouvais plus. J’étais en colère, et triste, et fatiguée, et tout est sorti d’un coup comme une bouteille qui déborde. Je veux pas que ça arrive encore. Pas ici. Pas avec lui.
« Adeline. »
Et tout d’un coup, j’en ai marre de faire semblant. J’en ai marre de faire comme si j’étais forte, comme si tout allait bien, comme si j’avais pas un cœur tout abîmé à l’intérieur. Je veux le serrer fort. Lui faire un vrai câlin. Un câlin où on ferme les yeux très fort et où on pense à rien. Où on sent juste que l’autre est là, qu’il respire, qu’il bouge pas. Je veux qu’on se serre comme deux gâteaux qui ont fondu l’un contre l’autre. Je veux qu’on soit comme une équipe, lui et moi, une équipe qui chasse les papas méchants. Ceux qui partent sans se retourner. Ceux qui disent rien. Ceux qui font mal et qui disparaissent. Qu’on prenne des sacs à dos et qu’on aille les chercher, pour leur demander pourquoi.
Je baisse les yeux. Mon regard tombe sur mon legging. Celui qu’il m’a aidée à retrousser. J’avais même pas remarqué, mais il avait été super doux quand il l’a fait. Il a pas fait de blague, il a pas rigolé. Il a juste aidé. Gentiment. Tranquillement. Et je me demande. Je me demande comment il fait pour être aussi gentil. Alors que lui aussi, il a mal. Peut-être plus que moi.
Et sans trop réfléchir, je parle. Tout bas. « En fait… je me demandais ce que ça faisait de… d’avoir un papa gentil. » Voilà. C’est sorti. Comme une bulle qui éclate.
Je le regarde pas. Je préfère regarder mes genoux. Ou mes chaussures. Je hausse les épaules, comme il l’a fait tout à l’heure. Je fais un geste qui veut dire : "je sais pas trop", ou peut-être "c’est pas grave", ou peut-être juste "j’existe". Parce qu’en vrai, mes parents, ils me manquent pas. Comment on peut manquer des gens qu’on connaît pas ? C’est flou dans ma tête. J’ai jamais eu une vraie image d’eux. Juste des petits souvenirs, des trucs inventés, des "et si" que je raconte dans ma tête le soir. Mais lui… lui, il l’a connu. Son papa. Et il est parti quand même. Et ça, je sais pas si c’est pire ou mieux.
Je veux pas qu’il voie mon visage. Enfin, pas trop. Parce que je sens que j’ai un sourire bizarre qui arrive, un sourire pas content. Un sourire triste. Et j’ai pas envie qu’il croit que je suis jalouse. Même si… peut-être que je le suis. Un tout petit peu. Pas de lui.Juste… de ce qu’il a eu. De ce lien-là. Moi, j’ai jamais eu un adulte qui me regarde comme ça, comme le bibliothécaire le regarde, lui. J’ai jamais eu quelqu’un qui me montre que je compte, rien qu’avec des petits gestes.
Alors j’essaie de faire comme si j’écoutais calmement. Mais en vrai, dans ma tête, c’est le bazar. Il dit qu’il vit avec son demi-frère. Je me dis que c’est pas commun mais pourquoi pas. Et puis il dit "tuteur". Et là, j’ai un bug. Mon cerveau s’arrête. Je connais ce mot. C’est quelqu’un qui s’occupe de toi quand t’as plus de parents, ou qu’ils peuvent pas le faire. Et tout à coup, mes sourcils se froncent tout seuls. J’ai pas besoin qu’il m’explique. Ou peut-être que si. J’ai compris. Il vit pas avec ses parents. Pas du tout. Seulement avec son frère.
Je sens mon cœur qui se fait tout petit dans ma poitrine. Il bat vite, mais pas parce que je suis en colère. Parce que je suis triste. Et aussi parce que… je me sens bête. J’étais venue lui parler, avec mes histoires, mes questions bizarres, mes pensées à moitié rangées. Et lui, il vit un truc dur. Peut-être plus dur que moi. Et moi, j’ai foncé dedans sans regarder, comme une enfant qui court avec ses lacets défaits. Rhys m'a dit que c'était dangereux.
J’ai envie de m’excuser. Vraiment. D’un coup, j’ai envie de dire pardon. Mais j’y arrive pas. Ma bouche s’ouvre un peu, comme si les mots allaient venir tout seuls. Mais rien. Même pas un petit bout de phrase. Je reste là, la bouche entre-ouverte, comme une idiote, et j’arrive pas à sortir ce que je ressens. Je me dis que de toute façon, même si je trouvais les bons mots, ça servirait à rien. Qu’est-ce que je pourrais lui dire ? "Je suis désolée" ? Ça sonnerait faux. "Moi aussi je connais ça" ? Mais je suis même pas sûre. J’ai jamais vraiment eu de parents normaux, alors comment je pourrais savoir ? Et puis, il continue de parler. Sa voix me traverse comme un courant d’air froid, et ses dix premiers mots me font l’effet d’un coup de vent qui emporte toutes mes barrières. C’est comme s’il avait appuyé sur un bouton dans ma poitrine, un bouton qui dit : "attention, émotion". Je sens mes paumes qui deviennent toutes moites. Mes mains sont moches maintenant. Collantes. Je les essuie vite fait sur mes jambes, comme si ça allait enlever ce que je ressens. Mais ça marche pas.
Je le regarde plus. Je peux pas. Parce que si je le regarde, il va voir. Il va voir mes yeux qui piquent. Qui piquent très fort. Et je veux pas qu’il voie. Je veux pas qu’il voie que je suis sur le point de pleurer. Je veux pas qu’il lise sur mon visage que j’ai envie de lui faire un câlin géant. Un câlin long. Un câlin avec les bras qui tremblent et les larmes dans les manches.
Alors je renifle un peu. Juste un petit "snif", pas trop fort. Et je garde ma bouche bien fermée. Je colle mes lèvres l’une contre l’autre comme deux morceaux de pâte à modeler. Je les ouvre plus. Je veux pas que ma voix sorte. Parce que si elle sort, elle va trembler. Et si elle tremble, c’est fini. Je vais pleurer. Devant lui. Et je veux pas.
Je veux pas être la fille qui pleure encore une fois. La dernière fois, j’avais tellement explosé que j’avais mis un coup de boule. Vraiment. Un coup de boule à Cinaed. Pas exprès. Enfin… si. Mais c’est parce que j’en pouvais plus. J’étais en colère, et triste, et fatiguée, et tout est sorti d’un coup comme une bouteille qui déborde. Je veux pas que ça arrive encore. Pas ici. Pas avec lui.
« Adeline. »
Et tout d’un coup, j’en ai marre de faire semblant. J’en ai marre de faire comme si j’étais forte, comme si tout allait bien, comme si j’avais pas un cœur tout abîmé à l’intérieur. Je veux le serrer fort. Lui faire un vrai câlin. Un câlin où on ferme les yeux très fort et où on pense à rien. Où on sent juste que l’autre est là, qu’il respire, qu’il bouge pas. Je veux qu’on se serre comme deux gâteaux qui ont fondu l’un contre l’autre. Je veux qu’on soit comme une équipe, lui et moi, une équipe qui chasse les papas méchants. Ceux qui partent sans se retourner. Ceux qui disent rien. Ceux qui font mal et qui disparaissent. Qu’on prenne des sacs à dos et qu’on aille les chercher, pour leur demander pourquoi.
Je baisse les yeux. Mon regard tombe sur mon legging. Celui qu’il m’a aidée à retrousser. J’avais même pas remarqué, mais il avait été super doux quand il l’a fait. Il a pas fait de blague, il a pas rigolé. Il a juste aidé. Gentiment. Tranquillement. Et je me demande. Je me demande comment il fait pour être aussi gentil. Alors que lui aussi, il a mal. Peut-être plus que moi.
Et sans trop réfléchir, je parle. Tout bas. « En fait… je me demandais ce que ça faisait de… d’avoir un papa gentil. » Voilà. C’est sorti. Comme une bulle qui éclate.
Je le regarde pas. Je préfère regarder mes genoux. Ou mes chaussures. Je hausse les épaules, comme il l’a fait tout à l’heure. Je fais un geste qui veut dire : "je sais pas trop", ou peut-être "c’est pas grave", ou peut-être juste "j’existe". Parce qu’en vrai, mes parents, ils me manquent pas. Comment on peut manquer des gens qu’on connaît pas ? C’est flou dans ma tête. J’ai jamais eu une vraie image d’eux. Juste des petits souvenirs, des trucs inventés, des "et si" que je raconte dans ma tête le soir. Mais lui… lui, il l’a connu. Son papa. Et il est parti quand même. Et ça, je sais pas si c’est pire ou mieux.
Toi aussi ?
Parfois, il est difficile de déterminer exactement ce qu'il faut dire dans une situation donnée. Edwin, ça lui arrive souvent de se tromper, d'ailleurs. En voyant la fillette détourner les yeux, les lèvres pincées comme si elle se retenait de pleurer, l'adolescent se demande ce qu'il a pu dire de si horrible que ça. Il se sent mal, pendant un instant, persuadé qu'il a détruit morceau par morceau la première image qu'il s'est fait d'elle. L'image d'une jeune fille sautillante comme le sont la majorité des première année. Il ne comprend pas bien les gens, souvent. Même qu'il est quasiment toujours un peu perdu quand il leur parle, même s'il fait de son mieux. Il n'est donc pas exclu - une petite voix criarde et vilaine lui susurre au fond de la tête - qu'il ai été complètement insensible et qu'il ai brisé le cœur d'un enfant sans le vouloir. Ca le touche plus que ça ne devrait parce qu'Edwin est un adolescent sympa, quand on y regarde de près. Par dessus tout, il se sent la fibre fraternelle avec tous les plus jeunes qu'il croise, même ceux qui ont l'air d'avoir deux neurones qui se battent en duel, en sachant qu'il ne s'agissait déjà pas des deux plus entrainés.
Il ne sait pas trop quoi faire alors il plane comme un oiseau peureux, un bras levé. Sa main ne s'approche pas assez du dos de l'autre pour se faire sentir, mais Edwin sent ses muscles tirer et sait que son incertitude lui causera des crampes s'il ne se décide pas bien vite. S'il pose son bras autour de l'autre et qu'elle est en colère contre lui, elle le dégagera en brisant son amour propre et en le faisant se précipiter dans l'eau, et si elle n'ose pas se dégager, ça donnera simplement une situation très gênante qui lui donnera envie de s'enterrer lui même sous les racines d'un arbre. Il s'y recroquevillerait et attendrait que la nature fasse pousser quelques fleurs au dessus de lui, un joli cadeau pour s'excuser d'avoir été un idiot finit.
Euuuh.. Eh bien enchanté Adeline. C'est... C'est joli Adeline. Moi c'est Edwin. Mais elle doit déjà le savoir, si elle l'a vu papoter avec Owen suffisamment de fois ou suffisamment longtemps pour être curieuse de leur relation. Il récupère son bras, sans oser toucher l'autre, uniquement pour se frotter le visage et cacher son embarra. C'est un abruti, mais pour sa défense, les relations sociales c'est difficile. Et puis, ça, on ne leur apprend pas à Poudlard. Il apprend à écrire avec moins de fautes et à lancer des sortilèges mais personne n'explique comment parler à une enfant - parce que c'en est une, à onze ans - sans la pousser à la crise de larmes.
Le silence se fait. Quelques secondes passent avec pour seul bruit les clapotis de l'eau avant que l'autre ne reprenne la parole et soudainement, Edwin se sent encore plus mal. Il étend rapidement son bras et le passe autour des épaules de l'autres. Se rapprochant un peu, il se tortille jusqu'à être assit suffisamment proche pour laisser son bras ici sans douleur et frotte son épaule doucement. Au final, elle ne semble pas à deux doigts de pleurer parce qu'il est un abruti et Edwin ne sait pas si c'est mieux ou pas.
Un papa gentil ? Edwin se souvient de ce que c'est. Des mains qui lui chatouillaient la plante des pieds alors qu'il boudait sur son lit, des caresses douces dans ses cheveux à la sortie du bain et de toutes ces choses qu'on ne sait jamais situer mais qu'on est certains d'avoir vécu. Il serait incapable de ressortir une situation complète de sa mémoire, ou même de se souvenir avec certitude du timbre de voix de Newt Wellhister mais ces petites sensations là resteront à jamais gravées en plus. Des sensations agréables puis les cris et les disputes : voilà ce qu'Edwin a gardé de ce père parti faire sa vie dans de plus verts jardins.
Eh bien... Je me souviens plus trop, mais je suis sûr que mon père était sympa avant de s'engueuler avec ma mère. Et.. et pis même si Owen est pas mon père, il se comporte tout comme alors... Il hausse à nouveau les épaules, embarquant dans le mouvement la fillette qu'il tient toujours d'un bras. C'est difficile à expliquer, comme truc. Comment d'écrire tout ça ? Ce ne sont que des émotions, de petits trucs qui vous font vous sentir bien. Il grimace, incertain de comment aborder la question. J'suppose que c'est.. euh... C'est se sentir à la maison quelque part et se dire que quelqu'un tient à toi, je suppose ? Owen m'achète des vêtements et on mange ensemble, ces trucs là mais... Mais c'est plus les petits trucs qui sont importants, je crois ? Comme quand il m'a apprit à nager ou... ou quand il m'écoute parler 20 minutes même quand il comprend pas ce que je raconte. C'est un peu comme avoir un super copain mais qui... est pas ton copain ? Fin'... Comment dire... Je sais qu'il est là pour moi. Et... Et ouais, c'est un peu ça.
Ses yeux se perdent dans l'eau et il pèse le pour et le contre des mots avant de les prononcer. Mais je suppose que y'a pas besoin d'avoir un papa pour avoir ça. Les gens peuvent faire la même chose même s'ils sont pas liés par le sang avec toi. Owen dit que... fin', tout le monde dit un peu la même chose mais les membres de la famille on les choisit, quoi que ça veuille dire. Y'a des gens qui pourraient faire tout comme un père sans en être un. Et des mères qui avaient ce titre sans en être vraiment une. Edwin n'est plus certain d'avoir une maman, ces jours-ci. Il se demande si Either Forwel est simplement devenue une étrangère comme une autre. Et, si oui, quand est-ce qu'elle a arrêté d'être sa maman. Probablement que ça s'est fait dans les années où elle a arrêté de regarder son fils pour simplement le voir. Elle l'observait avec deux yeux qui arrivaient à comprendre ce qui se passait autour d'elle mais sans faire l'effort d'analyser les signaux. Deux yeux qui ne servaient qu'à observer et qui ne ressentaient plus.
Il ne sait pas trop quoi faire alors il plane comme un oiseau peureux, un bras levé. Sa main ne s'approche pas assez du dos de l'autre pour se faire sentir, mais Edwin sent ses muscles tirer et sait que son incertitude lui causera des crampes s'il ne se décide pas bien vite. S'il pose son bras autour de l'autre et qu'elle est en colère contre lui, elle le dégagera en brisant son amour propre et en le faisant se précipiter dans l'eau, et si elle n'ose pas se dégager, ça donnera simplement une situation très gênante qui lui donnera envie de s'enterrer lui même sous les racines d'un arbre. Il s'y recroquevillerait et attendrait que la nature fasse pousser quelques fleurs au dessus de lui, un joli cadeau pour s'excuser d'avoir été un idiot finit.
Euuuh.. Eh bien enchanté Adeline. C'est... C'est joli Adeline. Moi c'est Edwin. Mais elle doit déjà le savoir, si elle l'a vu papoter avec Owen suffisamment de fois ou suffisamment longtemps pour être curieuse de leur relation. Il récupère son bras, sans oser toucher l'autre, uniquement pour se frotter le visage et cacher son embarra. C'est un abruti, mais pour sa défense, les relations sociales c'est difficile. Et puis, ça, on ne leur apprend pas à Poudlard. Il apprend à écrire avec moins de fautes et à lancer des sortilèges mais personne n'explique comment parler à une enfant - parce que c'en est une, à onze ans - sans la pousser à la crise de larmes.
Le silence se fait. Quelques secondes passent avec pour seul bruit les clapotis de l'eau avant que l'autre ne reprenne la parole et soudainement, Edwin se sent encore plus mal. Il étend rapidement son bras et le passe autour des épaules de l'autres. Se rapprochant un peu, il se tortille jusqu'à être assit suffisamment proche pour laisser son bras ici sans douleur et frotte son épaule doucement. Au final, elle ne semble pas à deux doigts de pleurer parce qu'il est un abruti et Edwin ne sait pas si c'est mieux ou pas.
Un papa gentil ? Edwin se souvient de ce que c'est. Des mains qui lui chatouillaient la plante des pieds alors qu'il boudait sur son lit, des caresses douces dans ses cheveux à la sortie du bain et de toutes ces choses qu'on ne sait jamais situer mais qu'on est certains d'avoir vécu. Il serait incapable de ressortir une situation complète de sa mémoire, ou même de se souvenir avec certitude du timbre de voix de Newt Wellhister mais ces petites sensations là resteront à jamais gravées en plus. Des sensations agréables puis les cris et les disputes : voilà ce qu'Edwin a gardé de ce père parti faire sa vie dans de plus verts jardins.
Eh bien... Je me souviens plus trop, mais je suis sûr que mon père était sympa avant de s'engueuler avec ma mère. Et.. et pis même si Owen est pas mon père, il se comporte tout comme alors... Il hausse à nouveau les épaules, embarquant dans le mouvement la fillette qu'il tient toujours d'un bras. C'est difficile à expliquer, comme truc. Comment d'écrire tout ça ? Ce ne sont que des émotions, de petits trucs qui vous font vous sentir bien. Il grimace, incertain de comment aborder la question. J'suppose que c'est.. euh... C'est se sentir à la maison quelque part et se dire que quelqu'un tient à toi, je suppose ? Owen m'achète des vêtements et on mange ensemble, ces trucs là mais... Mais c'est plus les petits trucs qui sont importants, je crois ? Comme quand il m'a apprit à nager ou... ou quand il m'écoute parler 20 minutes même quand il comprend pas ce que je raconte. C'est un peu comme avoir un super copain mais qui... est pas ton copain ? Fin'... Comment dire... Je sais qu'il est là pour moi. Et... Et ouais, c'est un peu ça.
Ses yeux se perdent dans l'eau et il pèse le pour et le contre des mots avant de les prononcer. Mais je suppose que y'a pas besoin d'avoir un papa pour avoir ça. Les gens peuvent faire la même chose même s'ils sont pas liés par le sang avec toi. Owen dit que... fin', tout le monde dit un peu la même chose mais les membres de la famille on les choisit, quoi que ça veuille dire. Y'a des gens qui pourraient faire tout comme un père sans en être un. Et des mères qui avaient ce titre sans en être vraiment une. Edwin n'est plus certain d'avoir une maman, ces jours-ci. Il se demande si Either Forwel est simplement devenue une étrangère comme une autre. Et, si oui, quand est-ce qu'elle a arrêté d'être sa maman. Probablement que ça s'est fait dans les années où elle a arrêté de regarder son fils pour simplement le voir. Elle l'observait avec deux yeux qui arrivaient à comprendre ce qui se passait autour d'elle mais sans faire l'effort d'analyser les signaux. Deux yeux qui ne servaient qu'à observer et qui ne ressentaient plus.
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"T'a Smaug sur son tas d'or et t'as Edwin sur son tas de rédacteurs" - Isaac Powell
Edwin Wellhister (17 ans, cinquième année)
Edwin Wellhister (17 ans, cinquième année)
Toi aussi ?
« C'est joli aussi comme prénom, Edwin. »
Maintenant je me demande vraiment pourquoi je suis venue l'embêter avec ça. J'aurais pu aller voir Xan et lui dire que je me sentais pas bien. Il m'aurait fait un câlin, il aurait blagué sur le sujet et on serait passé à autre chose. Parce que c'est comme ça qu'on a grandi. Il fallait pas pleurer, pas poser de question, alors on jouait et on faisait n'importe quoi pour penser à autre chose.
Je me rends compte que j’ai gardé cette habitude un peu bancale, ce réflexe de faire comme si tout allait bien, même quand à l’intérieur, c’est le bazar total. On fait les clowns, on saute sur les canapés, on grimpe aux arbres, on se raconte n’importe quoi pour rigoler. On n’a jamais vraiment appris à mettre des mots sur ce qui fait mal, à s’arrêter pour dire « là, j’ai peur » ou « je me sens toute seule ». Peut-être que c’était plus facile comme ça. Peut-être que c’était la seule solution.
Mais maintenant, tout remonte. C’est pas juste une vieille tristesse qui passe vite. C’est un mélange de colère, de manque, de fatigue aussi. Comme si mon cœur voulait me dire quelque chose mais que je savais pas comment l’écouter. Je me dis que je suis peut-être la seule de nous trois, mes grands-frères et moi, à me demander ce que ça ferait vraiment si son papa était resté. Ou alors eux ils ne le montrent pas. Ça doit être ça. Je me pose trop de question et je me plains à tout le monde.
Et je déteste ça.
Le bras qui se pose sur mon épaule est à deux doigts de me faire craquer en larmes. Pourquoi est-ce qu'il doit être aussi gentil. C’est idiot, mais j’avais presque espéré qu’il me dise que j’étais pénible, que j’exagérais, comme ça je pourrais juste m’énerver et passer à autre chose. Mais là… non. Il est là, calme, et ça fait trop. Ça ouvre quelque chose. J’ai plus envie de partir, moi, maintenant. J’ai plus envie de grimper loin d’ici dans un arbre, et de pleurer seule un moment avant d’avancer. Je me sens comme coincée. Je regarde le lac, je compte les petites ondulations que font mes pieds qui bougent, je frotte mes mains l’une contre l’autre comme si ça allait m’occuper. Je me sens vide, et trop pleine en même temps.
Il faut que j'arrête de rester bloquée là-dessus.
Mais comment on fait ça, au juste ? Comment on fait pour poser les questions qu’on a gardées trop longtemps sans que ça explose de partout ? Comment on fait pour ne plus attendre quelque chose de quelqu’un qui n’a jamais été là ? C’est évident que Cinaed ne se rendait pas malade en pensant à moi, avant que je débarque dans sa boutique. Il aurait pu continuer sa vie tranquillement, et moi aussi, si je n'étais pas allée fouiller dans les affaires de maman. Je revois encore le carnet. L’écriture de maman, les dates, les morceaux de souvenirs notés à la va-vite. Une photo. Et ce nom. Son nom. Je croyais pas que ça me ferait cet effet-là. Je croyais que j’allais juste combler une curiosité.
J'écoute ce que dit Edwin en hochant la tête. Rhys est mon frère et il est là pour moi aussi. Mais... j'ai l'impression que c'est différent. Je me sens mal de lui demander parfois ce qu'un papa pourrait faire. M'emmener quelque part ou juste passer du temps avec lui, parce que je sais qu'il est occupé. Je sais que c'est pas son travail de nous gérer avec Xan, alors qu'il a fait ça depuis qu'il était petit parce que maman ne pouvait pas s'en occuper.
Je revois Rhys, plus jeune que maintenant, avec ses bras trop maigres pour porter autant de responsabilités. Il avait ce regard sérieux, presque adulte, alors qu’il devait à peine avoir l’âge d’un adolescent. Il nous faisait à manger, il nous consolait sans jamais vraiment dire qu’il allait mal. J’ai l'impression d'être un poids pour lui, et que ça l'empêche de faire toutes les choses incroyables qu'il pourrait faire. Il passe le plus souvent possible à la maison, il s'inquiète pour nous... mais il n'a plus le temps de s'occuper de lui. Et je suis beaucoup trop égoïste pour sacrifier tous ces moments avec lui et lui dire "pense à toi, maintenant". Je me sens coupable rien que d’y penser. Comme si le simple fait d’avoir envie de garder Rhys près de moi faisait de moi quelqu’un d’ingrat. Je devrais le pousser à partir, à construire sa vie, à être heureux sans avoir à porter tout ça. Mais je peux pas. Je suis pas prête. Et lui, il me laisse pas non plus. C’est un cercle. On s’accroche parce qu’on sait pas faire autrement.
Je souffle doucement, comme si j’espérais qu’un grand soupir allait effacer le nœud que j’ai dans le ventre. Je me frotte les bras, j’essaye de pas trop trembler. Je me rends compte que j’ai été silencieuse un peu trop longtemps, et je me tourne enfin vers Edwin.
Je plante mes yeux dans les siens, et même si j’ai encore un peu d’eau dans le regard, je souris. Un sourire timide, fragile, mais sincère. « Tu crois que ça s’arrête un jour ? Cette sensation de... manquer un morceau ? Ou est-ce qu’on apprend juste à vivre avec ? » Je baisse un peu la tête, puis je reprends, d’une voix plus douce : « Et toi, t’as déjà eu cette impression que t’étais... de trop, quelque part ? »
Maintenant je me demande vraiment pourquoi je suis venue l'embêter avec ça. J'aurais pu aller voir Xan et lui dire que je me sentais pas bien. Il m'aurait fait un câlin, il aurait blagué sur le sujet et on serait passé à autre chose. Parce que c'est comme ça qu'on a grandi. Il fallait pas pleurer, pas poser de question, alors on jouait et on faisait n'importe quoi pour penser à autre chose.
Je me rends compte que j’ai gardé cette habitude un peu bancale, ce réflexe de faire comme si tout allait bien, même quand à l’intérieur, c’est le bazar total. On fait les clowns, on saute sur les canapés, on grimpe aux arbres, on se raconte n’importe quoi pour rigoler. On n’a jamais vraiment appris à mettre des mots sur ce qui fait mal, à s’arrêter pour dire « là, j’ai peur » ou « je me sens toute seule ». Peut-être que c’était plus facile comme ça. Peut-être que c’était la seule solution.
Mais maintenant, tout remonte. C’est pas juste une vieille tristesse qui passe vite. C’est un mélange de colère, de manque, de fatigue aussi. Comme si mon cœur voulait me dire quelque chose mais que je savais pas comment l’écouter. Je me dis que je suis peut-être la seule de nous trois, mes grands-frères et moi, à me demander ce que ça ferait vraiment si son papa était resté. Ou alors eux ils ne le montrent pas. Ça doit être ça. Je me pose trop de question et je me plains à tout le monde.
Et je déteste ça.
Le bras qui se pose sur mon épaule est à deux doigts de me faire craquer en larmes. Pourquoi est-ce qu'il doit être aussi gentil. C’est idiot, mais j’avais presque espéré qu’il me dise que j’étais pénible, que j’exagérais, comme ça je pourrais juste m’énerver et passer à autre chose. Mais là… non. Il est là, calme, et ça fait trop. Ça ouvre quelque chose. J’ai plus envie de partir, moi, maintenant. J’ai plus envie de grimper loin d’ici dans un arbre, et de pleurer seule un moment avant d’avancer. Je me sens comme coincée. Je regarde le lac, je compte les petites ondulations que font mes pieds qui bougent, je frotte mes mains l’une contre l’autre comme si ça allait m’occuper. Je me sens vide, et trop pleine en même temps.
Il faut que j'arrête de rester bloquée là-dessus.
Mais comment on fait ça, au juste ? Comment on fait pour poser les questions qu’on a gardées trop longtemps sans que ça explose de partout ? Comment on fait pour ne plus attendre quelque chose de quelqu’un qui n’a jamais été là ? C’est évident que Cinaed ne se rendait pas malade en pensant à moi, avant que je débarque dans sa boutique. Il aurait pu continuer sa vie tranquillement, et moi aussi, si je n'étais pas allée fouiller dans les affaires de maman. Je revois encore le carnet. L’écriture de maman, les dates, les morceaux de souvenirs notés à la va-vite. Une photo. Et ce nom. Son nom. Je croyais pas que ça me ferait cet effet-là. Je croyais que j’allais juste combler une curiosité.
J'écoute ce que dit Edwin en hochant la tête. Rhys est mon frère et il est là pour moi aussi. Mais... j'ai l'impression que c'est différent. Je me sens mal de lui demander parfois ce qu'un papa pourrait faire. M'emmener quelque part ou juste passer du temps avec lui, parce que je sais qu'il est occupé. Je sais que c'est pas son travail de nous gérer avec Xan, alors qu'il a fait ça depuis qu'il était petit parce que maman ne pouvait pas s'en occuper.
Je revois Rhys, plus jeune que maintenant, avec ses bras trop maigres pour porter autant de responsabilités. Il avait ce regard sérieux, presque adulte, alors qu’il devait à peine avoir l’âge d’un adolescent. Il nous faisait à manger, il nous consolait sans jamais vraiment dire qu’il allait mal. J’ai l'impression d'être un poids pour lui, et que ça l'empêche de faire toutes les choses incroyables qu'il pourrait faire. Il passe le plus souvent possible à la maison, il s'inquiète pour nous... mais il n'a plus le temps de s'occuper de lui. Et je suis beaucoup trop égoïste pour sacrifier tous ces moments avec lui et lui dire "pense à toi, maintenant". Je me sens coupable rien que d’y penser. Comme si le simple fait d’avoir envie de garder Rhys près de moi faisait de moi quelqu’un d’ingrat. Je devrais le pousser à partir, à construire sa vie, à être heureux sans avoir à porter tout ça. Mais je peux pas. Je suis pas prête. Et lui, il me laisse pas non plus. C’est un cercle. On s’accroche parce qu’on sait pas faire autrement.
Je souffle doucement, comme si j’espérais qu’un grand soupir allait effacer le nœud que j’ai dans le ventre. Je me frotte les bras, j’essaye de pas trop trembler. Je me rends compte que j’ai été silencieuse un peu trop longtemps, et je me tourne enfin vers Edwin.
Je plante mes yeux dans les siens, et même si j’ai encore un peu d’eau dans le regard, je souris. Un sourire timide, fragile, mais sincère. « Tu crois que ça s’arrête un jour ? Cette sensation de... manquer un morceau ? Ou est-ce qu’on apprend juste à vivre avec ? » Je baisse un peu la tête, puis je reprends, d’une voix plus douce : « Et toi, t’as déjà eu cette impression que t’étais... de trop, quelque part ? »
Toi aussi ?
Un sourire illumine ses lèvres alors qu'il joue avec une de ses mèches de cheveux. Merci fredonne-t-il joyeusement. Plein de gens n'aiment pas leur prénom mais Edwin, c'est l'inverse. Il trouve que ça lui va bien et la sonorité lui est tellement habituelle qu'il ne se verrait jamais en changer. Edwin Wellhister, tout en w et en è et ça lui convient parfaitement, un peu comme si son nom se tortillait sur sa langue avant d'atteindre ses lèvres. Un nom farceur et énergique, comme lui. Enfin, ça c'est son avis : il n'a jamais cherché ce que "Edwin" signifiait et il s'en fiche pas mal : il est lui même si son nom ne correspond pas à son caractère ou, Merlin l'en préserve, même si son signe astrologique est à l'opposé.
Il ne dit rien de plus et laisse la fillette réfléchir. Elle a l'air perdu dans un monde bien trop éloigné pour qu'il puisse même espérer y mettre un pied. De toute façon, il ne pense pas que quiconque puisse y entrer dans tous les cas. Pour les choses comme ça, on a besoin d'être seul dans sa propre tête, histoire de souffler la poussière sur de vieux souvenirs et essayer de ne pas s'étouffer avec les particules autant qu'avec quelques les sentiments qui nous reviennent en mémoire et nous tirent le cœur hors de la poitrine.
Lui, tout ce qu'il peut faire c'est la tirer un peu plus proche - pas qu'elle ait l'air de s'en rendre compte - et frotter son épaule avec la douceur d'un battement d'aile. De son autre main, il balade ses doigts dans l'herbe et fredonne un rythme qu'il est le seul à pouvoir suivre en battant des pieds. C'est calme, comme situation même s'il se rend bien compte que cette plénitude n'est qu'extérieure. A l'intérieur de la tête de l'autre, ça doit être le bordel. C'est toujours comme ça de toute façon et quand on reprend contact avec la réalité, on se demande toujours comment le monde peut continuer à tourner alors que nous on se noie. Le monde trop calme devient un ennemi parce que qui a le droit d'être aussi calme alors que nous, on va aussi mal ?
Pendant des années, Edwin en avait voulu à la terre entière. Aux gens qui riaient trop fort, aux nuits trop calmes, au soleil trop chaud. Tout ce qui faisaient que la vie était belle mais qui ne suffisaient plus à faire s'illuminer quelque chose en lui. Il aurait voulu que le ciel devienne aussi gris que son cœur pour ne pas se sentir encore plus décalé. Parce que, soyons honnêtes : il n'y avait pas pire sentiment d'aller très mal autour de gens qui allaient très bien. On ne savait pas pourquoi on était pas comme eux, et on s'imaginait toutes les choses qui faisaient qu'on était moins méritant. Que si, nous, on était pas heureux alors que les gens l'étaient autant c'était soit parce qu'on ne méritait pas un peu de joie, soit parce que les gens autour faisaient semblant histoire de nous enfoncer encore plus. Probablement pour ça qu'il était devenu si agressif dans ces premières années : c'était plus facile de faire du mal aux autres pour qu'ils soient aussi malheureux que lui. Bien plus facile que d'essayer d'aller mieux alors qu'il ne savait pas comment y arriver.
Quand Adeline reprend la parole, Edwin se tourne à nouveau vers elle, tous les sens en alerte. La question le prend un peu au dépourvu mais il lui refait un sourire doux, peut-être un peu triste aussi. Il se l'est posé pendant des années, cette fichue question. Est-ce qu'on arrivait à se reconstruire quand les gens nous brisaient et partaient avec un morceau ? Edwin s'était senti comme un puzzle durant des années. Un joli puzzle à qui on vole des pièces pour en construire d'autre. Sa mère lui avait volé tout ce qu'elle avait pu pour espérer remplir ses propres creux, et puis la vie avait continué à lui piquer ses pièces sans jamais lui en offrir en échange.
Il savait ce que c'était d'être obsédé par cette unique question : "Un jour, est-ce que j'irais mieux ?". Le pire, c'était que quand on se la posait, c'était parce qu'on était certains, au fond, que non. Personne ne se demande s'il est heureux ou s'il va l'être s'il pense que oui. Tous les jours. répond-il simplement, décidant de commencer par la deuxième question. La première, se dit-il, mérite un contexte. Ma mère a toujours été malheureuse. dit-il sans détour. Avec mon père, ils se battaient tout le temps et quand il est parti, y'avait plus que elle et moi et j'étais pas suffisant pour qu'elle soit heureuse. Les petits déjeuners au lit ça l'aidait pas à se lever, et même si je faisais tout pour être gentil, elle arrivait toujours à trouver un moyen de me gueuler dessus ou juste... d'oublier que j'étais là, je suppose.
Il retire quelques fils sur son pantalon avec sa main libre, le regard ailleurs, avant de continuer. Du coup, je me disais que c'était pas de moi qu'elle avait besoin, et que j'avais rien à faire ici. Elle était plus heureuse quand elle sortait avec des gens pour aller boire que quand on était tous les deux à la maison. Et puis après, je suis devenu un sorcier et.. je sais pas. Un sorcier qui n'aime pas les filles, c'était sûrement trop pour elle. Il laisse échapper un rire nerveux et se frotte la nuque.
Il s'était senti de trop toute son enfance, et tout son début d'adolescence. De trop à la maison, de trop à l'école, de trop à Poudlard. Comme si le monde tournait toujours mieux sans lui, comme si les gens étaient plus heureux quand il ne venait pas leur mettre des bâtons dans les roues. Et puis, avec Owen, il s'était senti de trop parce qu'il savait que son frère faisait de son mieux et que gérer un adolescent traumatisé tout seul, c'était dur. Edwin doutait qu'à la place de l'autre, il aurait tenu aussi longtemps mais Owen avait toujours été du genre à s'acharner jusqu'à être sûr que son petit frère soit aussi heureux qu'il pouvait l'être. Ca avait fait encore plus mal au cœur, au début, de se rendre compte qu'il n'arrivait pas à être plus heureux qu'avant alors que Owen faisait autant d'efforts.
Je... suis pas sûr qu'on arrête de se sentir cassé quand on l'a été. On peut arrêter de se sentir de trop, et se sentir plein la majorité du temps mais une fois que quelque chose est cassé, ça ne revient jamais à l'état d'origine. Il serre légèrement l'autre contre lui et cligne plusieurs fois des yeux histoire de retirer les quelques poussières qui s'y sont logées. Mais ça veut pas dire qu'on peut pas réparer, tu vois ? Je serais jamais la personne que j'aurais été si j'avais jamais été triste, et c'est pas si grave. Je suis quelqu'un de différent, mais ça veut pas dire que je serais jamais heureux. Toi non plus. Juste... faut accepter qu'on a pas la vie parfaite qu'on voulait et qu'il faut faire avec les trucs qu'on nous donne. Il lui fait un grand sourire, tout en encouragement et en espoir. Du coup, si je devais répondre clairement à ta question ce serait : On apprend à vivre avec mais sans que ça fasse mal pour toujours. On évolue, on est comme un verre cassé. Si on recolle les morceaux, on peut quand même l'utiliser, même si c'est plus le même qu'avant. Et ça, c'est cool.
Il n'est pas sûr d'avoir balancé autant de choses sur lui à quelqu'un depuis Lili et Owen. C'est bizarre de se sentir à l'aise de partager tout ça avec Adeline, mais ce n'est pas dérangeant. Elle a le code de triche de l'enfant à deux doigts de fondre en larmes alors Edwin ne se demande pas une seule seconde si elle peut lui vouloir du mal ou lui en faire avec ce qu'il lui avoue.
Il ne dit rien de plus et laisse la fillette réfléchir. Elle a l'air perdu dans un monde bien trop éloigné pour qu'il puisse même espérer y mettre un pied. De toute façon, il ne pense pas que quiconque puisse y entrer dans tous les cas. Pour les choses comme ça, on a besoin d'être seul dans sa propre tête, histoire de souffler la poussière sur de vieux souvenirs et essayer de ne pas s'étouffer avec les particules autant qu'avec quelques les sentiments qui nous reviennent en mémoire et nous tirent le cœur hors de la poitrine.
Lui, tout ce qu'il peut faire c'est la tirer un peu plus proche - pas qu'elle ait l'air de s'en rendre compte - et frotter son épaule avec la douceur d'un battement d'aile. De son autre main, il balade ses doigts dans l'herbe et fredonne un rythme qu'il est le seul à pouvoir suivre en battant des pieds. C'est calme, comme situation même s'il se rend bien compte que cette plénitude n'est qu'extérieure. A l'intérieur de la tête de l'autre, ça doit être le bordel. C'est toujours comme ça de toute façon et quand on reprend contact avec la réalité, on se demande toujours comment le monde peut continuer à tourner alors que nous on se noie. Le monde trop calme devient un ennemi parce que qui a le droit d'être aussi calme alors que nous, on va aussi mal ?
Pendant des années, Edwin en avait voulu à la terre entière. Aux gens qui riaient trop fort, aux nuits trop calmes, au soleil trop chaud. Tout ce qui faisaient que la vie était belle mais qui ne suffisaient plus à faire s'illuminer quelque chose en lui. Il aurait voulu que le ciel devienne aussi gris que son cœur pour ne pas se sentir encore plus décalé. Parce que, soyons honnêtes : il n'y avait pas pire sentiment d'aller très mal autour de gens qui allaient très bien. On ne savait pas pourquoi on était pas comme eux, et on s'imaginait toutes les choses qui faisaient qu'on était moins méritant. Que si, nous, on était pas heureux alors que les gens l'étaient autant c'était soit parce qu'on ne méritait pas un peu de joie, soit parce que les gens autour faisaient semblant histoire de nous enfoncer encore plus. Probablement pour ça qu'il était devenu si agressif dans ces premières années : c'était plus facile de faire du mal aux autres pour qu'ils soient aussi malheureux que lui. Bien plus facile que d'essayer d'aller mieux alors qu'il ne savait pas comment y arriver.
Quand Adeline reprend la parole, Edwin se tourne à nouveau vers elle, tous les sens en alerte. La question le prend un peu au dépourvu mais il lui refait un sourire doux, peut-être un peu triste aussi. Il se l'est posé pendant des années, cette fichue question. Est-ce qu'on arrivait à se reconstruire quand les gens nous brisaient et partaient avec un morceau ? Edwin s'était senti comme un puzzle durant des années. Un joli puzzle à qui on vole des pièces pour en construire d'autre. Sa mère lui avait volé tout ce qu'elle avait pu pour espérer remplir ses propres creux, et puis la vie avait continué à lui piquer ses pièces sans jamais lui en offrir en échange.
Il savait ce que c'était d'être obsédé par cette unique question : "Un jour, est-ce que j'irais mieux ?". Le pire, c'était que quand on se la posait, c'était parce qu'on était certains, au fond, que non. Personne ne se demande s'il est heureux ou s'il va l'être s'il pense que oui. Tous les jours. répond-il simplement, décidant de commencer par la deuxième question. La première, se dit-il, mérite un contexte. Ma mère a toujours été malheureuse. dit-il sans détour. Avec mon père, ils se battaient tout le temps et quand il est parti, y'avait plus que elle et moi et j'étais pas suffisant pour qu'elle soit heureuse. Les petits déjeuners au lit ça l'aidait pas à se lever, et même si je faisais tout pour être gentil, elle arrivait toujours à trouver un moyen de me gueuler dessus ou juste... d'oublier que j'étais là, je suppose.
Il retire quelques fils sur son pantalon avec sa main libre, le regard ailleurs, avant de continuer. Du coup, je me disais que c'était pas de moi qu'elle avait besoin, et que j'avais rien à faire ici. Elle était plus heureuse quand elle sortait avec des gens pour aller boire que quand on était tous les deux à la maison. Et puis après, je suis devenu un sorcier et.. je sais pas. Un sorcier qui n'aime pas les filles, c'était sûrement trop pour elle. Il laisse échapper un rire nerveux et se frotte la nuque.
Il s'était senti de trop toute son enfance, et tout son début d'adolescence. De trop à la maison, de trop à l'école, de trop à Poudlard. Comme si le monde tournait toujours mieux sans lui, comme si les gens étaient plus heureux quand il ne venait pas leur mettre des bâtons dans les roues. Et puis, avec Owen, il s'était senti de trop parce qu'il savait que son frère faisait de son mieux et que gérer un adolescent traumatisé tout seul, c'était dur. Edwin doutait qu'à la place de l'autre, il aurait tenu aussi longtemps mais Owen avait toujours été du genre à s'acharner jusqu'à être sûr que son petit frère soit aussi heureux qu'il pouvait l'être. Ca avait fait encore plus mal au cœur, au début, de se rendre compte qu'il n'arrivait pas à être plus heureux qu'avant alors que Owen faisait autant d'efforts.
Je... suis pas sûr qu'on arrête de se sentir cassé quand on l'a été. On peut arrêter de se sentir de trop, et se sentir plein la majorité du temps mais une fois que quelque chose est cassé, ça ne revient jamais à l'état d'origine. Il serre légèrement l'autre contre lui et cligne plusieurs fois des yeux histoire de retirer les quelques poussières qui s'y sont logées. Mais ça veut pas dire qu'on peut pas réparer, tu vois ? Je serais jamais la personne que j'aurais été si j'avais jamais été triste, et c'est pas si grave. Je suis quelqu'un de différent, mais ça veut pas dire que je serais jamais heureux. Toi non plus. Juste... faut accepter qu'on a pas la vie parfaite qu'on voulait et qu'il faut faire avec les trucs qu'on nous donne. Il lui fait un grand sourire, tout en encouragement et en espoir. Du coup, si je devais répondre clairement à ta question ce serait : On apprend à vivre avec mais sans que ça fasse mal pour toujours. On évolue, on est comme un verre cassé. Si on recolle les morceaux, on peut quand même l'utiliser, même si c'est plus le même qu'avant. Et ça, c'est cool.
Il n'est pas sûr d'avoir balancé autant de choses sur lui à quelqu'un depuis Lili et Owen. C'est bizarre de se sentir à l'aise de partager tout ça avec Adeline, mais ce n'est pas dérangeant. Elle a le code de triche de l'enfant à deux doigts de fondre en larmes alors Edwin ne se demande pas une seule seconde si elle peut lui vouloir du mal ou lui en faire avec ce qu'il lui avoue.
1345.
"T'a Smaug sur son tas d'or et t'as Edwin sur son tas de rédacteurs" - Isaac Powell
Edwin Wellhister (17 ans, cinquième année)
Edwin Wellhister (17 ans, cinquième année)
