Typiquement moldu

Depuis la veille au soir, Maxwell avait l'impression de s'être fait rouler dessus par le Poudlard Express. Et en même temps, ce n'est pas comme s'il avait été projeté dans un monde dont il ne connaissait rien, et où tout échappait aux lois de la physiques. La nourriture apparaissait dans les plats sur un claquement de doigt de la directrice, les cravates se nouaient toutes seules autour des cous, et les manuels s'ouvraient d'eux-mêmes à la bonne page. Et tout cela, comme par magie. Enfin, par magie plutôt : il allait falloir qu'il efface de son vocabulaire cette expression typiquement moldue.
Avant d'arriver ici, Maxwell était très enthousiaste à l'idée de pouvoir lancer ses premiers sorts mais, désormais, chaque fois qu'il prenait sa baguette pour tenter de l'utiliser en suivant les consignes des professeurs, il était prit d'un certain malaise : il ne comprenait pas. Comment un simple bout de bois agité en l'air en prononçant quelques mots pouvait-il faire voler un objet ? Il avait retourné sa baguette en bois de cerisier dans tous les sens, l'avait inspectée sous toutes les coutures. Il y avait forcément une astuce, un petit mécanisme caché qui expliquerait tout. Peut-être cette baguette émettait-elle un champ électromagnétique qui expliquerait l'action qu'elle pouvait exercer sur certains objets ? A chaque fois qu'il questionnait quelqu'un, il recevait la même réponse : "C'est la magie, c'est comme ça". "Pourquoi ces mots là spécifiquement produisent cet effet ?", "Comment est-ce possible de transformer un objet en autre chose sans respecter le principe d'équation chimique ?" : toujours et encore : "c'est la magie, c'est comme ça". "Sous quelle forme la magie est-elle présente dans un individu ?" : hochement d'épaules perplexes. "C'est comme ça, c'est en toi, en nous, c'est tout".
La magie ne s'expliquait pas, et Maxwell s'en serait arraché les cheveux : pour la première fois, il était confronté à quelque chose auquel sa curiosité ne pouvait pas se nourrir d'une réponse qui aurait calmé sa faim et son désir insatiable d'apprendre.
Un peu perdu, il avait erré dans les couloir de ce grand château où il ne pouvait s'empêcher de passer ses mains sous les rambardes des escaliers pour trouver un mécanisme qui expliquerait leur mouvement. Un peu par hasard, et surtout poussé par sa curiosité, il avait poussé la porte de ces toilettes qui semblaient abandonnées.
Il avait jeté un regard dans la pièce et décidé de faire une pause ici, dans ces toilettes décrépies qui n'avaient rien de magique, pour se passer un peu d'eau froide sur le visage et se remettre d'aplomb. Maxwell se dirigea vers un lavabo et fit couler de l'eau, qui ruissela sur la céramique fissurée, laissant filtrer le liquide qui coula quelque peu sur les chaussures du jeune homme. Maxwell se frotta vigoureusement le visage sous l'eau glacée et se redressa, satisfait. Il croisa le regard de son reflet dans le miroir fendu. Ses yeux tombèrent sur sa cravate bleue striée d'argent. Maxwell avait tout d'abord éprouvé une stupide déception à l'idée de rejoindre la maison Serdaigle : les héros, les vrais, selon lui, étaient à Gryffondor ou à Serpentard. Mais il s'était finalement rendu compte qu'il était ridicule, et trouvait que cette maison lui convenait plutôt bien. Il était décidé à s'y investir pleinement mais, avant toute chose, il allait falloir qu'il reprenne rapidement ses esprits : un peu dans ses pensées et en proie à ses incompréhensions, il n'avait encore parlé à personne, lié d'amitié avec aucun autre sorcier, et cela aussi lui pesait. Mais bon, chaque chose en son temps !