Arya PV : Aelle Bristyle

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Consommation excessive d’alcool
Bagarres


[PV : Aelle Bristyle]

Samedi 9 juillet 2050
23 heures passées


Londres, non loin du Pitiponk

« N’oublie pas mes herbes, ma grande citrouille », lui avait rappelé Flora le matin même.
La Fougerine et le Dictame dans sa besace, Gabryel quitta l’Apothic'herbes. Durant toutes ses années à l’école de magie, Fleurdelys n’avait finalement pas eu beaucoup l’occasion de visiter Londres. Les vacances d’été venaient de s’installer. Il passait depuis une bonne partie de ses journées à flâner dans les rues, à observer les moldus, et à se laisser aller à son activité préférée : rêvasser. Il était à peine 20 heures, et le soleil était encore de la partie. Le fond de l’air était doux, les Londonions grouillaient à leurs occupations.

À hauteur de Soho, le souvenir du Pitiponk lui revint à l’esprit. Cet endroit mythique pour les étudiants était le lieu idéal pour s’arrêter un petit moment boire un verre. Gabryel ne buvait pour ainsi dire jamais, mais depuis une semaine, son moral n’était pas toujours au beau fixe. L’ancien Gryffondor n’aurait jamais imaginé que quitter Poudlard définitivement aurait à ce point pu le toucher. Ses dernières nuits étaient jonchées de rêves relatifs au Château et à tout ce qu’il avait vécu, ces sept dernières années. Pour son malheur, ce ne sont pas les meilleurs moments qui se dessinaient dans son esprit. Dans ses songes, il revoyait inlassablement l’image d’Aelle ensanglantée sous un amoncellement de corps au bal des sorciers, et Penwyn l’épaule démise, souffrant en silence à l’infirmerie. Il était donc grand temps de se changer les idées. Il avait dix-huit ans depuis six mois, l’établissement l’accueillerait donc sans aucune difficulté.

~~~

Plus tard dans la soirée :

- Ça va aller mon bonhomme ? Vous allez retrouver votre chemin ? Par Merlin, ces septièmes années qui se mettent la tête à l’envers pour fêter leurs diplômes…

La mine quelque peu renfrognée, le dodu elfe de maison lâcha la taille du jeune sorcier, et s’assurera qu’il tenait encore sur ses jambes, avant de refermer derrière lui la grande porte de bois du Pitiponk. L’air frais fit un grand bien à Gabryel. Il s’était enfilé six grands verres de pur malt à lui seul. La sensation de chaleur parcourant ses veines était exquise. Les formes de cette jolie fille à qui il avait offert quelques breuvages ne quittaient pas son esprit. Il aurait bien aimé la revoir avant de partir. Si elle avait voulu, il aurait même bien passé la nuit avec elle. Il se sentait à l’instant capable de tout. Mais cette espèce d’immense crétin à la peau grise, avec sa grande gueule de lourdaud, avait décidé de marcher sur ses plates-bandes. Résultat, la demoiselle était partie, et l’Écossais avait terminé ses deux derniers verres seul.

Tandis que le garçon s’apprêtait à quitter la petite cour afin de rejoindre une des rues principales de Londres, il aperçu à quelques mètres devant lui les silhouettes de trois hommes. Dans un premier temps, il s’agissait de se concentrer pour ne pas glisser en avançant. Alors que les individus s’approchaient à sa hauteur, il reconnut la grande bringue à la peau cireuse.

- C’est lui les gars, le petit con qui m’a fait rater une super nuit avec le canon bien roulé dont je vous ai parlé.

Il n’y avait rien de bienveillant dans le ton de sa voix. Le Rouge et Or comprit instantanément que ces trois gaillards ne le laisseraient pas passer son chemin aussi facilement. Des bagarres, Gabryel en avait déjà connu lorsqu’il était plus jeune à Fife, dans son ancienne école moldu. Mais cela ne lui était plus arrivé depuis bien longtemps. L’alcool faisant, si ces types voulaient en découdre, il serait donc leur homme.

Même s’il avait aujourd’hui pris en épaisseur musculaire, mais aussi en agilité physique, il n’eut guère le temps d’attraper sa baguette dans sa besace, ni de se mettre en position d’éviter le premier coup. Une forte douleur à la mâchoire lui rappela instantanément qu’il fallait être plus vif. Le plus grand des trois venait de lui écraser son poing dans les gencives. Après avoir secoué la tête, l’écossais enfonça à son tour ses phalanges sur la joue gauche de son attaquant, puis dans son élan lui emplâtra la droite tout aussi puissament. Mais la situation ne joua pas en sa faveur. En une poignée de secondes, les deux autres types l’encerclèrent, et le collèrent dos au mur, les bras-dessus de la tête. Il tenta bien de se défendre avec ses pieds, à défaut d’avoir les mains libres, mais les trois violents soufflets suivants au niveau de son estomac ne le lui permirent pas. Lâché de son étreinte aux poignets, il glissa le long du mur, pour finir à genou, plié en deux sur le sol. Un talon de botte éclata son arcade sourciliére. Rendu à demi aveugle, du sang coulait sur son front, et de ses deux narines. Son oreille gauche n’avait pas été épargnée non plus.

S’y mettre à trois contre un seul homme ne relevait pas d’un grand courage. L’Écossais essuya son nez avec le revers de sa manche. À genou sur le sol, il s’aida du mur pour se relever du mieux qu’il put. Il saisit sa baguette de son sac, et les observa. Ses jambes tremblaient de rage, et la douleur tétanisait maintenant tout son corps. Il hurla :

- C’est tout ce que vous avez dans le froc, les mecs ?

- Il a sortit sa baguette le gros bébé. Il ne sait pas se battre comme un bonhomme. T’en veux encore, t’as pas eu ton compte ?

Les trois compères s’avancèrent d’un pas menaçant, un sourire mauvais sur le bord des lèvres.

- C’est vrai, ça faisait longtemps qu’on ne s’était pas payé un petit fils à son papa… On le termine une bonne fois les gars, et on se tire.
Dernière modification par Gabryel Fleurdelys le 30 juil. 2026, 18:18, modifié 6 fois.

Gabryel Fleurdelys
Sorcier diplômé
Médiateur PFR

Arya PV : Aelle Bristyle
Juillet 2050
Londres — Le Pitiponk
20 ans



Le soleil ne veut pas se coucher. La nuit aurait mieux convenue à mon état. Mais le soleil me nargue, astre qui ne veut pas se déloger de son ciel orgueilleux et qui étire derrière moi une ombre qui n'a pas de fin. Je tranplane avec maladresse de chez Ashley qui m'a mise à la porte de son appartement après une énième dispute. Peut-être l'ai-je insultée. À moins qu'elle n'ait pas apprécié mon silence boudeur ou mes répliques cinglantes quand je retrouvais la parole. Comment savoir ? Je transplane comme une ivrogne idiote. Je pourrais me désartibuler, dans cet état. J'aimerais que cela arrive. Pourrais-je me traîner de Soho à Camden Town ? Errer à travers les rues bruyantes d'une Londres estivale bourrée de touristes pour aller frapper à la porte du 180 Buck Street ? Et que dirais-je ? « Je suis blessée et je ne connais que toi en ville ». Et bien sûr, elle m'ouvrirait grand la porte et m'accueillerait avec une putain de tasse de...

Mes pensées se dissolvent dans l'atterrissage brutal. Je percute une poubelle et m'étale sur le sol crasseux de la petite ruelle qui donne sur le Pitiponk. Les paumes abîmées par les graviers, je me redresse en grimaçant. Je n'ai pourtant pas tellement bu. Quelques verres ; la moitié d'une bouteille. Je ne sais plus. C'était peut-être hier, ça. Ou avant hier ? Comment savoir ?

Je me frotte les paumes sur le côté de ma robe sorcière en soupirant. La soirée s'annonçait moins douloureuse que d'habitude. Rockfield a voulu m'entraîner à l'un de ces trucs idiots de fille de moldus, un concert, un événement, un spectacle, que sais-je. J'avais dit oui. Puis je l'ai insultée et elle m'a dit : « Dégage ». Maintenant, je me dirige vers l'entrée du Pitiponk en m'efforçant de me souvenir de l'air de Fais l'hippogriffe. Je marmonne les paroles à mi-voix, le pas traînant, les yeux baissés vers le sol et une main plongée dans la poche, mais aucun moyen de me souvenir de cette fichue musique que tout sorcier respectable connait pourtant sur le bout des doigts.

Une voix forte s'élève soudainement au bout de la rue ; une voix colérique, une voix qui tonne, qui m'arrache à mes airs enfantins. Automatiquement je tourne la tête vers l'origine du bruit et vois une silhouette se dresser en travers de la ruelle, à contre-jour. Une forme sombre face à trois autres, je reconnais la posture d'attaque, mes yeux tombent sur la baguette magique sortie. Je ne sais pas si c'est sa voix dont je connais les teintes et les aspérités par cœur ou si c'est sa silhouette que j'ai appris à connaître avant son développement, pendant et après. Quoi qu'il en soit je le reconnais et en réponse à la scène qui se joue devant moi, mon cœur s'envole à l'intérieur de mon corps et rebondit violemment contre ma cage thoracique. Je n'ai même pas le temps de m'étonner de le croiser par ici.

« Gabr..., » commencé-je en amorçant un pas dans sa direction avant que ma voix ne meure.

D'un regard, je prends conscience de la scène qui se déroule devant moi : ma présence invisible, les trois autres silhouettes imposantes qui s'approchent de lui, les cris qui ont été échangé, la tension dans l'air, les muscles bandés de Gabryel, la colère sournoise et moqueuse sur les visages des trois sur lesquels j'ai une vue bien plus claire que celle que j'ai de Gabryel. Pas besoin d'étincelle pour allumer un feu déjà vrombissant ; la colère fait bouillir mon sang dans mes veines, mes poings se serrent au bout de mes bras, mon souffle se bloque, mon visage se fige dans une expression fauve. C'est comme si une main géante m'attrapait pour me jeter au milieu de la bataille. Je ne cherche pas même à réfléchir, moi qui pourtant n'agit pas sans une certaine réflexion ; je ne cherche pas même à comprendre la situation, parce que je me fiche de qui est coupable. Les coupables sont tout trouvés pour moi. Et s'ils s'approchent d'un pas de plus de Gabryel...

« Eh ! » je lance d'une voix forte en avançant dans leur direction.

Ma baguette a déjà glissé dans ma main. J'approche comme si j'avais le monde entier contre moi, drapée de ma mauvaise humeur déjà bien présente depuis quelques mois et de cette rage silencieuse que je me trimbale depuis autant de temps. En fait, je n'ai aucune envie d'attendre qu'ils approchent davantage. Parce qu'en avançant, ma vision du garçon que je connais par cœur s'éclaircit et que je vois se dessiner sur sa peau habituellement si lisse des sillons vermillions qui m'arrachent un hoquet de fureur. Chaque plaie, chaque goutte de sang, chaque bleu qui commence à se dessiner m'enfonce davantage dans la colère qui prend possession de moi — je la laisse faire avec une exultation dérangeante. Je réagis au quart de tour, parce que la rage que je ressens est nourrie de centaines d'autres précédentes.

« Expluso ! »

Ma baguette fend l'air dans un sifflement aiguë. La magie fuse, percute un corps qui voltige en arrière. Le bruit qu'il fait en retombant violemment sur le sol m'arrache un grognement de satisfaction. Une seconde plus tard, je brandis mon arme dans une autre direction, j'impose une nouvelle torsion à mon poignet, un murmure et le sol se met à s'effondrer sous les pieds des deux autres.

Je n'ai pas cessé d'avancer et je me trouve désormais quelques pas devant Gabryel, le corps aussi tendu que le sien, les muscles bandés également bien que ce ne soit pas dans le même objectif. Mon souffle soulève mes épaules. Je ne desserre pas ma prise sur ma baguette tant mon envie de faire exploser les os des trois hommes est puissante. Je viserai d'abord les jambes et je réduirai en poussière les tibias, je me délecterai de leurs hurlements et je m'en servirai de moteur pour mon prochain sortilège destiné à leur faire du mal.

Bienvenue chez les adultes, mon cher !

Arya PV : Aelle Bristyle
Bien sûr qu’il sortait sa baguette. Ils étaient à trois contre lui, il n’avait pas le choix. Il s’étonna d’ailleurs que ces débiles n’aient pas encore fait de même. Manifestement, l’envie d’user de leurs poings en faisait d’authentiques brutes. Leur supériorité numérique leur conférait un avantage évident. L’expression du grand débile aurait fait sourire l’Écossais si ses lèvres n’étaient pas déformées par les coups reçus. « Se payer un fils à papa »… S’il savait, un fils à deux papas même !

La vue du Rouge et Or était fort altérée. Le choc du talon de botte contre son oreille ne l’avait pas épargné. Son arcade droite semblait avoir gonflée comme un poisson-globe. Gabryel tenta de compenser son manque de visibilité avec son autre iris. La rage nourrissait toutes les aspérités de son être. Il sentit que sa magie s’en délectait. L’électricité avait pris possession du bout de ses doigts, tandis que l’énergie contenue dans son catalyseur s’insinuait dans ses veines, se confondant à son sang, parcourant ses artères à une vitesse fulgurante. Il n’eut guére besoin de puiser dans un quelconque élément naturel. Sa colère auto-alimentait sa magie.

Le grand au teint cireux s’écroula soudainement aux pieds du Gryffon, le corps contorsionné de douleur. Le visage du type exprimait l’effarement, la soudaineté d’un choc brutal. Gabryel savait reconnaître les effets d’un Expulso quand il était sous son nez. Pas de doute, un sorcier lui avait fait son affaire sans crier gare. Il releva son outil. Si l’un des autres gars avait utilisé sa baguette, et mal visé au point d’atteindre l’un de ses potes, il fallait s’attendre à une seconde attaque toute aussi violente.

Soudain, le sol face à lui s’affaissa littéralement sous ses yeux. Les deux autres lascars perdurent l’équilibre, puis s’écroulèrent lourdement au milieu d’une partie des pavés enventrés. Fleurdelys apposa sa main sur le mur afin de ne pas glisser à son tour dans ce tas de pierres et de ciment. Le garçon observa au-delà de la ruelle afin de percevoir la source des sortilèges qui venaient de s’abattre. Une silhouette se dessinait au fond de la petite cour. Il plissa les yeux. Son cœur s’arrêta de battre un court instant. L’état dans lequel il se trouvait se jouait-il de sa perception ? Elle approchait, le regard plus sombre qu’un ciel gris et électrique. Le jeune sorcier ne parvenait pas à intégrer ce que son cerveau lui soufflait.

- Arya ?

À peine eut-il le temps de prononcer ce mot, qu’une des trois victimes au sol souleva, dans un effort douloureux, sa baguette vers Aelle. Gabryel hurla avec une rage incontrôlable « Petrificus Totalus ». Un faisceau lumineux illumina toute la rue. Les membres de son adversaire se figèrent instantanément, en lâchant son outil qui glissa sur le sol, au même rythme que les jambes de Fleurdelys. L’écossais sentit son sang couler de son oreille, puis sa vue s’embrouilla totalement.

- Aelle…

Gabryel Fleurdelys
Sorcier diplômé
Médiateur PFR

Arya PV : Aelle Bristyle
Mes yeux sombres épinglent l'homme qui commence à se redresser et à me menacer de sa baguette ; ce faisant, il interrompt Gabryel et le surnom qui s'est échappé de sa bouche. Je bande à peine les muscles dans l'intention de lui exploser les os que Gabryel réagit déjà. La lumière qu'émet son sortilège illumine son visage abîmé, je vois avec plus de précision ses blessures et remarque la façon dont il ferme un œil, comme si sa vision était entravée. Je ne regarde même pas l'idiot retomber inerte, atteint par le sortilège savamment lancé par celui qui n'a jamais fait du mal à qui que ce soit devant moi. Je suis bien trop occupée à observer son visage et essayer de contrôler mon souffle écrasé par la colère. De fait, je n'y parviens pas, parce que les images qui se dessinent dans mon esprit m'y empêchent.

Je vois Gabryel aux mains de ces hommes, je vois son corps qui prend des coups, ses yeux qui se ferment quand un poing s'approche de lui, des images de violence brute qui ne m'auraient pas dérangé si elles avaient concernées n'importe qui d'autre que lui. Je ne suis pas la dernière à imaginer faire subir ce genre de châtiment à qui me met hors de moi, mais l'idée que Gabryel ait pu en être la victime... La colère se cristallise, compagne réconfortante que je connais sur le bout des doigts ; je sais exactement quoi faire d'elle. Mais au même moment, les jambes de Gabryel cèdent sous son poids et je le vois dégringoler au sol en même temps que résonne le bruit du catalyseur abandonné de l'idiot pétrifié.

Je le rejoins en trois pas, incapable de savoir si les battements affolés de mon cœur proviennent de la rage sourde que je ressens ou de l'inquiétude qui me noue les entrailles. Je m'accroupis à ses côtés. Il s'est réceptionné sur les genoux et je suis rassurée de le voir capable de tenir la position. Je lui relève la tête d'une main impérieuse, les sourcils tellement froncés que mes yeux doivent paraître aussi noirs que la nuit. Je ne réfléchis pas, je ne vois que le sang, que les bleus, je ne vois que la douleur et sa bouche tordue en une grimace qui oscille entre colère et je ne sais quoi d'autre. Un liquide vermillon coule de son oreille et se dépose sur mes doigts placés sur le côté de son visage.

« T'es dans un sale état, » constaté-je d'une voix rauque.

Mais rien de grave, songé-je intérieurement en listant mentalement les sortilèges que j'utiliserai tout à l'heure pour le soigner. Mes yeux sautent de blessures en blessures, ils font le compte de tout ce que je dois mettre sur l'ardoise des trois agresseurs ; plus l'ardoise s'allonge, plus mon corps devient dur comme la pierre. Mes doigts se crispent autour de son visage. Mes mâchoires se resserrent dans un mouvement nerveux, je sens mon nez se retrousser, mon regard s'affermir. Il s'en faudrait de peu pour que je montre les dents. Mes doigts glissent du visage de Gabryel, de sa joue à son menton, quand je me redresse de toute ma taille, les poings resserrés en deux boules de colère ; je m'éloigne déjà de lui, pour ne pas lui laisser l'occasion de m'attraper.

Une colère froide se répand en moi, très différente de toutes les rages que j'ai ressenties ces derniers mois, qui prenaient la forme de flammes incandescentes et qui brûlaient tout sur leur passage, moi compris. Cette colère-là est profondément ancrée, elle est calme, elle est glaciale. Et sur mes ordres, elle cisaillera les cibles toutes désignées pour apaiser cette glace qui transforme mes envies en meurtre et ma colère en rage destructrice.

Je me tourne vers les deux hommes coincés dans la terre, les jambes entravées par le trou que j'ai ouvert sous leurs pieds. Ils ont écorchures sur le visage et de la poussière plein les joues. Je devine à leur façon de me regarder qu'ils me veulent autant de mal que je leur en souhaite. Je vois leurs lèvres bouger, je devine les insultes, je devine les menaces ; un rictus narquois s'affiche sur mes lèvres, parce qu'actuellement je suis la seule qui ait du pouvoir. Et je compte l'utiliser pour faire entendre aux londoniens leurs cris de douleur quand je briserai leurs membres et que je réduirai en poussière leurs os. Non, décidé-je au dernier moment, je vais leur faire exactement ce qu'ils lui ont fait.

Je lève ma baguette. Je n'ai aucune hésitation. Ma voix ne tremble pas quand j'articule :

« Acuo. »

Puis je dirige ma baguette vers le second tandis que les cris du premier envahissent la ruelle.

Arya PV : Aelle Bristyle
La joue du Rouge et Or frémit au contact de ses doigts. Seuls les marins rentrés à bond port après avoir affronté une mer déchaînée, où les soldats mutilés par la guerre, et dont la main de l’amour caressait à nouveau le front, pouvaient réellement appréhender cette sensation de se trouver là où était leur place. Si ses oreilles bourdonnaient, la voix d’Aelle le réconforta dans l’idée que son Petrificus, lancé afin de la protéger, avait eu l’effet escompté. Elle se trouvait devant lui, droite comme un i. Il leva les yeux pour croiser les siens. Les regards de la jeune femme composaient pour lui un langage muet, dont peu de vivants avaient le code. Pourtant, Gabryel en avait déchiffré le secret dès leur première rencontre. Chacune des fossettes au creux de ses joues, la moindre ridule au coin des paupières, le plus imperceptible mouvement de sourcil parlaient au garçon. À cet instant, ce qu’il perçut se dessiner sur son visage ne ressemblait à rien de familier jusqu’alors, mais il n’eut aucune difficulté à le déchiffrer. Nulle doute sur l’incommensurable colère exprimée dans les pupilles sombres de la sorcière. Dans un geste maîtrisé, Aelle visa l’un des hommes au sol. L’éclair du catalyseur s’acheva dans un hurlement de douleur inachevé. Tandis que l’Anglaise s’apprêtait à réitérer son geste, l’Écossais poussa ses poignées sur ses cuisses afin de se relever. Il essuya d’un revers de la main une coulée de sang issue de ses lèvres douloureuses, puis fit quelques pas vers la demoiselle. Il déposa délicatement ses doigts sur ses hanches, puis approcha ses lèvres au creux de son oreille. Le son de sa voix souffla tel une caresse sur sa tempe :

- Viens, on y va…

Le Gryffon harmonisa sa respiration avec celle de la Poufsouffle. Les mains du garçon étraignèrent tendrement sa fine taille.

- Viens…

Gabryel Fleurdelys
Sorcier diplômé
Médiateur PFR

Arya PV : Aelle Bristyle
Les lettres se dessinent déjà sur mes lèvres. Quatre petites lettres qui, mises les une avec les autres, offriront à cet abruti violent une douleur qu'il a bien mérité. La douleur sans trace, le nez brisé, le sang qui s'écoule... Quatre petites lettres qu'il me faut prononcer. J'ai déjà le a qui roule sur ma langue, les autres suivront bien rapidement — dans mon esprit, la visualisation est déjà complète, la colère bien ardente. Tout est là pour que le visage de cet homme se prenne des coups invisibles, pour que son nez se brise sous mon sortilège et que ses cris rejoignent la mélodie qui sort déjà de la bouche de son camarade.

Mais voilà, les doigts de Gabryel glissent sur ma hanche et je ravale le a, le c, et toutes les autres lettres. Je me tends d'abord, comme à chaque fois, mais je le reconnais bien vite et je me concentre de nouveau vers les deux hommes entravés dans le sol, les doigts crispés autour de ma baguette parce que je ne veux pas qu'il m'empêche de faire ce que je veux faire. J'ai besoin de les voir souffrir, j'ai besoin de leur faire du mal, parce que quiconque s'en prend à une personne à laquelle je tiens mérite de se déchirer la gorge dans des hurlements de souffrance. Le souffle de Gabryel s'accroche à mon oreille, ses mots s'immiscent dans la tempête de ma colère. Je ne bouge pas, je le laisse faire, si bien que bientôt ce sont ses deux mains qui se posent sur mes hanches. Et bien sûr, ses paroles parviennent à traverser le brouillard dans lequel je suis perdue et à s'accrocher à ma conscience.

Je n'ai pas envie de bouger. Je ne tourne que légèrement la tête pour lancer un bref regard à Gabryel avant d'en revenir aux deux abrutis dont un hurle encore et l'autre m'observe avec effroi en essayant de se dégager. Mes doigts se serrent autour de ma baguette magique. Pourquoi devrais-je écouter Gabryel, pourquoi devrais-je ne pas aller au bout de ma vengeance ? Je me sens trembler sous ma lutte interne, mon souffle rauque, mon visage coincé en une grimace colérique. C'est en écoutant le souffle qui se veut apaiser du Gryffondor que je me rappelle de son visage, de ses marques, de ses blessures, du sang qui coulait de son oreille, de sa souffrance. Je ne sais toujours pas ce que je préfère entre rester ici pour me venger ou m'éloigner pour m'occuper de lui... Pourtant, sans que je ne le décide, mes muscles se relâchent et je baisse ma baguette magique.

Je recule d'un pas, je le laisse m'emporter, m'empêcher de lutter pour revenir à ma colère. Puis je me libère doucement de son étreinte et me détourne pour ne plus voir le visage des salauds coincés dans le sol. Si je les regarde, si je croise leur regard je serais capable de poursuivre ce que j'avais commencé — je suis frustrée que les cris du premier se soit déjà éteints. Alors je fais en sorte de ne pas les regarder et j'accroche le regard de Gabryel. Mon cœur se serre à la vision de toutes ses blessures.

« On a intérêt de partir maintenant, lui lancé-je d'une voix rauque, parce que si on reste là, je vais faire réduire leurs os en cendres. »

Ma voix tremblante et mon souffle affolé en sont la preuve : je vais le faire, je vais vraiment le faire. Alors éloigne-moi, Gabryel, allons-nous en loin de cette scène.

Arya PV : Aelle Bristyle
Son arcade sourcilière éclatée, l’œil gonflé, la lèvre fendue, le tympan peut-être déchiré, une côte déplacée sous les coups, le corps marqué d’hématomes… rien de tout ça n’avait d’importance. Pas maintenant. Soutenu par Aelle, il ne pensait qu’à l’éloigner de ce champ de bataille. Il n’avait jamais douté de sa capacité à se défendre. L’Anglaise avait toujours été plus puissante que lui. Mais il n’aurait pas supporté de la voir mêlée aux autorités. Les types avaient eu leur compte. La ruelle n’avait plus rien à offrir.

Lorsqu’ils débouchèrent enfin sur une artère plus vivante, l’Écossais tira sa capuche sur son visage en un geste instinctif. Les noctambules moldus n’avaient pas besoin d’apercevoir son état. Le goût métallique du sang coulait encore de sa bouche. Mieux valait rester discret. Le parfum d’Aelle flottait près de lui, un apaisement presque irréel au milieu de la douleur. Il aurait mille questions à lui poser sur les raisons de sa présence, mais ils ne parlèrent pas. Pas un mot, jusqu’à ce square isolé. Là, il se laissa tomber de tout son long en position assise sur un banc, épuisé.

(* image à caractére potentiellement sensible)
Reducio
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Il relâcha sa ceinture, fit glisser sa capuche. Ses cheveux, poisseux de sang, collaient à la plaie de son front. Son visage se tourna vers Aelle. Son regard bleu s’illumina malgré la fatigue. Il pensa à leur dernier baiser. Combien de temps déjà ? Trop. Et soudain, il avait de nouveau la sensation de vivre. Pas de survivre. Vivre. Parce qu’elle était là.

- J’ai beaucoup bu… et puis ces types me sont tombés dessssus.

Sa voix était rauque, mais dénuée de honte. Pourquoi feindre ? Il n’était plus cet enfant de douze ans. Il avait déjà serré ses hanches entre ses mains, caressé sa peau, enlacé son corps contre le sien. Leurs lèvres s’étaient cherchées, liées. Alors, malgré ses blessures, un sourire douloureux, presque bravache, se dessina sur ses traits. Un sourire de Gryffon.

- Je ressemble ssssûrement à un troll des montagnes, hein ?

Gabryel Fleurdelys
Sorcier diplômé
Médiateur PFR

Arya PV : Aelle Bristyle
Nous quittons la ruelle sans qu'un mot ne soit échangé. Mon cœur frappe avec violence contre ma cage thoracique et j'ai du mal à desserrer mes poings qui contiennent toute ma rage. Il n'y a que les doigts de la main gauche que j'ouvre au moment de passer mon bras derrière le dos de Gabryel. Il est plus grand que moi, il doit s'appuyer sur mon épaule. Je sens son poids qui pèse sur mes muscles. Si je ne le soutenais pas, il tomberait certainement. Mes doigts s'entortillent autour du tissu de son tee-shirt. Nous avançons, mais je lutte pour ne pas l'abandonner contre un bâtiment pour repartir en arrière et faire regretter aux salauds ce qu'ils lui ont fait. Je n'ai qu'à tourner la tête légèrement sur le côté pour apercevoir son visage tuméfié. À chaque fois, mes mâchoires se crispent nerveusement et la colère enflamme de nouveau mes nerfs.

Je ne le lâche que lorsque nous arrivons près d'un banc sur lequel il se laisse tomber. Je reste devant lui, le culminant de toute ma taille. La nuit nous entoure, avec son calme et son obscurité. Ici, le silence est roi, seulement entrecoupé par le murmure du vent dans les branches des arbres ou par la lointaine rumeur des voitures. Maintenant que nous sommes loin de l'action de la ruelle, son visage n'en parait que plus abimé. Les couleurs des blessures commencent déjà à marquer sa peau. Le sang est sec à certains endroits et il raidit les mèches de cheveux qui en sont imbibés. Je l'observe silencieusement, les mâchoires crispés, le visage colérique, le souffle court.

En quelques mots il m'explique la situation. L'alcool dans son sang, la rixe avec les autres abrutis. Il trouve le moyen de me sourire, mais ce sourire ressemble à une grimace à cause de son visage tuméfié. Moi aussi j'ai bu, mais je n'ai pas terminé dans son état. D'ailleurs, la colère semble avoir forcé mes pensées avinées à se calmer. Je suis redescendue aussi vite que j'ai eu la tête qui a tourné, plus tôt dans la soirée. C'est du moins ce dont je me persuade. La colère m'empêche de ressentir la légèreté qui accompagne parfois l'alcool.

« Tu ressembles à un troll qui s'est pris un putain de rocher dans la gueule, Gabryel, sifflé-je d'une voix glaciale. Et tu es un troll des montagnes autant que tu leur ressembles. »

L'insulte est gratuite, moi-même j'en ai conscience. Je suis en colère contre lui et la vision de son visage n'arrange pas les choses. J'ai toujours ma baguette coincée entre mes doigts crispés. Je me plante devant Gabryel et m'accroupis sur le sol. Le visage levé vers lui, mes sourcils froncés par la concentration, je lance un sortilège pour le nettoyer du sang qui macule à la fois ses cheveux, son visage et ses vêtements. Tout le long du processus je l'observe de mon regard sombre en évitant soigneusement de croiser ses yeux. Je liste mentalement tous les sortilèges que je lui lancerai ensuite pour le guérir. Je ne pourrais pas m'occuper de tout, mais peut-être pourrais-je faire apparaître l'une de ces potions que Narym garde dans sa pharmacie pour les petits bobos de ses élèves... Il ne s'en rendra pas compte tout de suite.

Arya PV : Aelle Bristyle
Il était encore sous l’effet de l’alcool, le corps alourdi, la tête embrumée. La douleur pesait à chaque battement de cœur, mais elle avait quelque chose d’irréel. Tout autour de lui semblait bancal, et pourtant, il la voyait elle, ancrée dans le réel. Aelle, accroupie devant lui, concentrée, les gestes sûrs, comme tombée du ciel au beau milieu de ce merdier. L’étrangeté de la scène le frappa : Lui, le visage déformé, la mâchoire fendue, du sang séché jusque dans ses cheveux. Et elle, surgie de nulle part, comme une apparition, pour poser ses mains sur lui, et le soigner.

Le décor n’avait plus rien de commun avec la ruelle étroite. Ici, dans ce petit parc, la nuit imposait la sérénité. Le silence régnait, seulement troublé par le froissement des feuilles sous le vent. La violence passée contrastait brutalement avec cette paix, comme si l’univers entier voulait qu’il prenne conscience de la chance qu’il avait de l’avoir, elle, là, maintenant.

Ses doigts s’étaient crispés sur le bord du banc, ses phalanges égratignées, ses avant-bras tendus sous le tissu du tee-shirt, dessinant cette carrure masculine qu’il avait acquise au fil des ans. Chaque fois que la main fine d’Aelle effleurait sa peau, un frisson courait sous sur son visage abîmé, jusqu’à son ventre. Elle avait cette douceur féminine, attentive, qui contrastait avec son corps cabossé. Elle ne le touchait que pour le soigner, avec une maîtrise ferme. Pour lui, chaque effleurement devenait une caresse qu’il n’aurait jamais osé lui demander. Sa paume délicate explorait son visage marqué, ses doigts souples longeaient sa joue, sa mâchoire, et son arcade sourcilière. Lui, crispé et déstabilisé, et elle, souple et concentrée, silencieuse, le contraste était flagrant.

Accroupie devant lui, son visage se penchait, ses lèvres fines se pinçaient. Il mourait d’envie, comme à son habitude, de repousser tendrement les quelques mèches sombres qui glissaient le long de son front. Chacun de ses gestes résonnait en lui comme une douce brûlure, une sensuelle caresse offerte. Il la suivait du regard, centimètre par centimètre. La pointe de ses cils, le pli de ses sourcils qui s’adoucissait de temps en temps, ils les connaissaient par coeur. Et surtout, le passage de sa main sur sa lèvre fendue, et la douceur de ses doigts sur sa bouche tuméfiée le traversèrent d’un courant entier. Il retint son souffle. Dix-huit ans, et déjà la conscience de ce que la proximité de cette femme déclenchait en lui, une pulsion tendre et brutale à la fois.

Il eut soudain envie de la serrer contre lui, d’enfermer son corps fin dans dans ses bras puissants, de sentir sa taille mince sous ses mains larges, de faire voyager ses lèvres le long de sa nuque blanche comme l’hiver, et d’y respirer sa chaleur, son odeur. Il eut envie de l’embrasser, de goûter à nouveau ses lèvres, de retrouver ce vertige. Il la désirait, avec la conviction d’un jeune communié. Cette pulsion brûlante le tirailla, et il dut se retenir pour ne pas l’attirer vers lui, malgré ses blessures.

Le dictame, qu’elle fit couler sur ses plaies, apaisa la brûlure. Mais c’était moins la potion que la caresse de ses doigts féminins et sensuels qui l’atteignait. Il se laissa aller, ferma les yeux une seconde. Lorsqu’il rouvrit les paupières, elle avait toujours ce sérieux. Concentrée, elle évitait soigneusement son regard, comme pour ignorer son trouble. Il avala sa salive, un sourire hésitant sur les lèvres encore douloureuses. Sa pudeur naturelle l’empêcha d’en dire trop, mais le mot franchit ses lèvres, à demi-voix :

- Merci… pour tout à l’heure.

Ses gestes continuaient, méthodiques. Lui se contenta de l’admirer encore, jusqu’à oser froler son poignet fin de ses doigts rugueux. Il sentit son pouls battre vite, tambourner sous sa peau délicate. Il rerira aussitôt sa main, ne voulant pas s’imaginer qu’elle feignait d’être troublée, elle aussi.

Un peu plus tôt, elle l’avait traité de troll des montagnes. Sur le moment, il avait esquissé un sourire maladroit, presque gêné. Celà aurait pu le blesser venant de quelqun d’autre. Mais d’Aelle, c’était différent. Il savait ce qui se cachait derrière cette pique : L’inquiétude et la franchise brute qu’elle avait toujours eue avec lui. C’était attendrissant, au fond, de se savoir regardé ainsi.

Il finit par lui souffler, d’une voix presque tendre :

- Comment tu t’es retrouvée ici ?

Il n’insista pas. Son regard suivit la courbe de sa bouche, la tension de ses mâchoires. Il s’imprégna de cette image comme on conserve volontairement une douleur. Il redressa légèrement le dos, puis trancha le silence d’une douce maladresse :

- Je ferai un peu plus attention maintenant.

Ses yeux bleus accrochèrent enfin les siens. Le square s’évanouit. Il n’y eut plus qu’elle, et cette gratitude mêlée de désir, qu’il n’avait plus la force de cacher.

- Merci d’être tombée là. Sur mmmmoi.

Et dans le calme du parc, où la nuit semblait suspendue, il continua de l’observer. Chaque effleurement de peau gravait en lui la mémoire d’une caresse. À chaque seconde, il avait la tentation de l’attirer enfin contre lui, de la serrer de toutes ses forces dans ses bras d’homme pour la garder près de lui.

Gabryel Fleurdelys
Sorcier diplômé
Médiateur PFR

Arya PV : Aelle Bristyle
Le silence s'étire et ce n'est pas son maladroit sourire qui suffit à le rompre. Je serre les mâchoires pour ne pas me laisser attendrir par cette familière grimace. Des sourires maladroits de sa part, j'en ai eu à la pelle et j'en aurais encore tout un tas. Pour le moment, il ne m'inspire que de la colère, je n'ai pas envie de croiser son regard, je n'ai pas envie de savoir ce qu'il foutait au Pitiponk, je n'ai pas envie de savoir ce qu'il y a fait et surtout je n'ai plus envie de le voir là-bas, sous les poings de ces hommes, sous leurs insultes, sous leurs méchancetés, sous leur violence. Mais je ne fais que cela, le voir dans cette ruelle, car j'ai sous les doigts et sous les yeux son visage tuméfié. Alors je laisse le silence s'étirer, lui aussi le laisse s'installer, et la magie parle pour moi.

Je manipule son visage comme s'il m'appartenait et Gabryel me laisse faire comme s'il était effectivement tout à moi. Accroupie devant lui, je n'hésite plus à poser mes doigts sur sa peau, à soulever son menton, à longer la ligne franche de sa mâchoire meurtrie. Je ne pense pas aux derniers mois, à cette distance que j'instaurais naturellement entre lui et moi, excepté les rares fois et je l'ai laissé faire. Poser une main sur la mienne, soulever une mèche de cheveux, s'approcher de moi. Je n'y pense pas. Son visage tuméfié est une douleur qui me ceint le corps, je refuse de la supporter plus longtemps, il me faut effacer les bleus, refermer les entailles, essuyer le sang, le guérir.

Je ne m'interromps que pour faire apparaître magique cette potion que je vole sans honte dans les affaires de mon frère — je lui rendrai plus tard. La fiole remplace ma baguette magique. Mes doigts remplacent la magie. Je ne lui demande pas s'il veut s'en occuper lui-même. Je fais, tout simplement. Mes doigts sur son front, qui caressent ses tempes, qui courent le long de sa joue. Mon souffle qui l'effleure, le sien que je sens rebondir contre mon visage et auquel je m'efforce de ne pas penser, parce que sentir sa respiration, c'est me rappeler du baiser que nous avons partagé et de tout ce qui a suivi. Je m'occupe de la plaie sur ses lèvres, je les badigeonne sans tendresse, parce que je dois le faire, mais mes yeux courent sur la peau foncée et je me surprends à observer cet endroit de son corps comme j'observe parfois un paragraphe particulièrement intéressant de l'un de mes livres favoris. Je découvre que ses lèvres sont striées de minuscules rides, qu'elles sont plus pales que ce que je pensais, qu'elles s'entrouvrent légèrement quand je me penche pour atteindre une partie de son visage difficilement accessible dans ma position.

Je sais sans pouvoir mettre les mots dessus. Je sais, Gabryel. Je sais ton regard qui ne me quitte pas une seule seconde, je sais ton silence, je sais tes lèvres en attente, je sais ton corps tendu alors que je me retrouve à un pas de toi. Je sais, mais je ne comprends pas. Je sais seulement que dans sa petite tête de troll des montagnes, Gabryel ne s'en fait pas comme je m'en fais moi pour ces blessures qui parsèment son visage. Il pense à d'autres choses.

Il me remercie. Je pousse un grognement. Ses doigts m'effleurent. Mon cœur manque un battement.

J'écarte presque inconsciemment ma main, mais déjà il éloigne ses doigts. Je poursuis mon œuvre tout en me demandant pour la énième fois pourquoi. Pourquoi je n'éprouve pas d'agacement à avoir vu ma soirée gâchée ? Pourquoi je ne suis pas déçue de devoir me retrouver dans un parc moldu à m'occuper de lui ? Pourquoi la colère fait bouillir mon sang dans mes veines quand je l'imagine sous les coups des trois abrutis de la ruelle ? Pourquoi c'est aussi familier, sa peau sous mes doigts ? Pourquoi je connais par cœur l'angle de sa mâchoire, la couleur de ses cheveux, la façon dont la lune éclaircit ses mèches ? Pourquoi je connais l'odeur de son souffle, pourquoi tout est normal, là, moi accroupie entre ses jambes, lui devant moi qui a confiance en mon talent ? Pourquoi je sais qu'il me regarde alors que je fais tout pour ne pas croiser son regard ? Pourquoi je sais que mes doigts sur sa peau lui inspirent des choses que je ne comprends pas tout à fait ? Pourquoi je le connais suffisamment pour savoir qu'il ne va pas se tendre vers moi mais, au contraire, se redresser pour me questionner ?

Il se redresse et me questionne. Les sourcils durement froncés, je l'ignore pour poser une dernière couche de potion sur le côté de son visage. Pour je m'éloigne, sans pour autant me relever. Mes genoux sont enfoncés dans le sol. Je le laisse parler et fais disparaître la fiole dans ma poche avant de nettoyer magiquement mes mains. Le silence du parc forme comme une couche protectrice entre nous et le reste du monde. Il n'y a que le parc, le vent qui murmure dans les feuilles, le bruit des graviers quand je me redresse sur mes genoux.

Je lève enfin les yeux pour le regarder. Je parcoure lentement son visage du regard pour observer mon œuvre avant de tomber dans ses yeux bleus. J'y tombe comme on glisse parfois dans un gouffre. Subitement. Eux aussi me sont familiers. Je serre les dents. Pourquoi je sais que ses yeux bleus sont remplis d'une grande douceur, moi qui suis incapable de lire les émotions des autres ?

« Je n'ai pas fait exprès, articulé-je enfin lentement pour donner du poids à mes paroles et à mon ton cassant. Alors ne me remercie pas. J'étais juste là, c'est tout. »

Je hausse les épaules et détourne les yeux pour regarder l'obscurité du parc qui s'étire derrière le banc et derrière Gabryel. Je range ma baguette magique à sa place.

« J'allais au Pitiponk, comme toi, ajouté-je d'une voix morne parce que ça me parait loin, désormais, tout ça.

Le Pitiponk, Ashley qui m'a virée de chez elle, ma colère, mon esprit embrumé par l'alcool. Je pousse sur mes genoux pour me relever. Je ne prends pas la peine d'essuyer mes genoux. D'un geste familier, habituel et intime, je pousse rudement la jambe de Gabryel pour pouvoir m'asseoir à côté de lui sans le frôler. Je me laisse tomber sur le banc avec un soupir et croise les bras sur mon buste en observant le square plongé dans la nuit. Je sens son regard sur moi. Comme à chaque fois, il semble avoir une force palpable et physique. Comme si ses yeux étaient capables de me caresser. Je tourne la tête à l'opposée.

« Fais pas un peu plus attention, grommelé-je à la nuit. Fais attention, c'est tout. »

Ma voix est dure. Lui aussi trouvera cela peut-être familier.

« T'es un putain de sorcier. Transplane, au lieu de te battre comme un idiot. »