17 juil. 2025, 16:18
Une table, deux verres, ses yeux par-dessus la bouteille  PV   PNJ 
Jeudi 3 février 2050
21 heures


Aujourd’hui, Marshall avait tatoué un Détraqueur aux prises avec un Patronus en forme d’hermine sur le dos d’un jeune sorcier de vingt-quatre ans qui avait vécu deux années dans le noir et qui s’en sortait tout juste. Le travail avait duré six heures et il avait passé autant de temps à discuter avec le jeune homme des choses de la vie, des difficultés que l’on traverse, de la lumière que l’on voit au bout du tunnel et de la façon dont on ressort du gouffre un peu plus grand que lorsqu’on y était entré. À la fin de sa journée de travail, Marshall avait fait une petite pause de décompression et regardé la fin d’un épisode de Doctor Who avec Zikomo. Il s’était étonné de ne pas voir sa colocataire et son amie quitter précipitamment les lieux, l’une courant après l’autre, leurs visages contractés par la colère. Il s’était même demandé si elles n'avaient pas transplané et quitté les lieux en toute discrétion. C’était Zikomo qui lui avait affirmé qu’elles étaient toujours dans le coin : il sentait aisément la présence d’Aelle à proximité.

Lorsque l’épisode de la plus célèbre série d’Angleterre fut terminé, Marshall et le petit renard bleu se décidèrent à monter tous les deux au dernier étage de l’immeuble londonien. Ils trouvèrent Yshre et Aelle installées silencieusement d’un bout à l’autre de la pièce : la première était assise à table et copiait les pages d’un livre sur son carnet à la couverture de cuir noir tandis que la seconde était confortablement installée sur le canapé et feuilletait les pages d’un autre livre. Marshall s’étonna de ce calme parfait et Zikomo, dès qu’il vit Aelle, la rejoignit en trottant sur ses toutes petites pattes.

Les deux jeunes (ou moins jeunes) femmes aidèrent Marshall (vêtu de son inégalable tablier Ratatouille) à préparer le repas, un colombo de poulet, l’une plus activement que l’autre. Aelle semblait gênée et se faisait discrète. Ce qui risquait de ne pas durer, puisque Marshall avait sorti une bouteille de rhum qu’il appelait affectueusement « le brûle-gosier des pirates ». Il jurait que cela se mariait très bien avec le colombo de poulet. Il avait également sorti une bouteille de jus multifruit pour aider le rhum à descendre. Tous se mirent à table dans un silence de mort : heureusement ou malheureusement, Marshall n’était pas le genre d’homme à laisser un silence gênant s’installer.

***


« Yshre qui me ramène quelqu’un à dîner et qui l’invite à dormir… ça se fête, fit Marshall en me jetant un regard moqueur en coin tandis qu’il remplissait nos verres. »

Je lui adressai un regard plus noir que mes yeux clairs auraient dû le permettre, à la fois pour le fond de ses paroles et pour la forme. Je n'aimais pas me faire appeler par ce faux prénom d'Yshre et je détestais plus encore qu'Aelle l'entende. Je craignais qu'il instille le doute dans son esprit. J’attendis que tout le monde fût servi pour trinquer (je vérifiai qu’Aelle connaissait la règle qui imposait de se regarder dans les yeux quand les verres se touchaient) et je bus quelques gorgées du cocktail préparé par Marshall, qui n’était pas si mauvais que cela. En fait, qui était même plutôt bon. Sucré. Traître, de toute évidence…

Reducio
- Votre PJ est présent ? oui
- Nom et prénom du PNJ : Marshall Rose, colocataire de Kristen
- Lien vers la fiche du PNJ : par là !
- Intérêt d'utiliser ce PNJ dans ce RP précis pour votre PJ : Il sait cuisiner le colombo de poulet :yes: fort pratique pour nourrir sa colocataire et son invitée.

Mère du dragon - Justice funèbre - Grande Prêtresse Noire - Dark Sasuke - DJ Kraken - Koala-Garou de compagnie de Lloyd

17 juil. 2025, 18:37
Une table, deux verres, ses yeux par-dessus la bouteille  PV   PNJ 
Une table, nos deux verres près de nos mains respectives et ses yeux par-dessus la bouteille de rhum. Marshall l'a abandonnée là après avoir confectionné nos cocktails, juste entre nous deux. Alors dès que j'en ai eu l'occasion, à un moment où tout le monde regardait ailleurs, c'est à dire en direction du plat qui a passé la dernière heure à mijoter, j'ai discrètement poussé la bouteille pour que son goulot cesse de me gâcher le visage de Kristen. Puis je me suis rencognée contre le dossier de ma chaise, les doigts serrés autour du verre d'alcool. Elle m'a regardée avec insistance quand nous avons trinqué, tout à l'heure. Juste après que Marshall ait prononcé une phrase qui a rendu ses yeux à elle tout noirs, même si je n'ai pas compris pourquoi. Son regard s'est enfoncé dans le mien et a coulé jusque dans mon cœur. J'ai cru qu'elle voulait me faire passer un message, j'ai froncé les sourcils mais elle n'a rien dit, elle s'est juste contenté de ce regard insistant avant de tremper les lèvres dans son verre, alors moi aussi j'ai bu, mais c'était une longue gorgée. C'était doux, sucré, pas assez fort. Alors j'en ai bu une deuxième.

Depuis que nous sommes remontées dans la cuisine, j'ai l'impression que ses regards me transpercent. Parfois, elle levait la tête de son carnet sur lequel elle griffonnait et surprenait mes yeux sur elle. Nos regards se coulaient l'un dans l'autre. Je finissais toujours par baisser la tête la première. Je serre les doigts un peu plus fort autour de mon verre. À certains moments, je me surprends à penser à demain ou à après-demain ou, pire, à jeudi prochain. J'ai alors l'impression qu'un monstre enfouit sous la surface sort ses tentacules et agrippe vivement mon cœur. Je me sens tanguer. Puis je croise son regard d'une façon ou d'une autre et la douleur se transforme, je recommence à avoir le vertige, comme tout à l'heure dans l'escalier. Mes doigts autour de mon verre m'aident à garder pied, à maintenir le contact avec la réalité. Quand le monstre revient ou alors quand la conversation file sans que j'ai besoin d'intervenir, je me ressers de ce cocktail trop doux. Parfois, je sers les autres. Mais d'autres fois, leurs verres sont déjà plein quand je souhaite remplir le mien.

Mes pensées commencent à s'effilocher dans mon esprit. Elles s'espacent les unes des autres. Par-dessus la bouteille, j'observe son visage taillé dans une pierre rare, les brefs sourire qui l'illuminent, ses yeux comme deux saphirs qui parfois se tournent vers moi. La chaleur commence à grimper sur ma peau. Plus les minutes passent, plus je m'affaisse sur ma chaise, un bras nonchalamment appuyé sur la table, l'autre terminé par mon verre. Dans mon esprit, le silence reprend ses droits. Je me coule dans cette douce torpeur, apaisée par sa présence. Puisqu'elle est juste là, sous mon regard, je ne ressens pas la même chose que lors des soirées de la semaine dernière, je n'ai pas cette angoisse au creux du corps, cette peur lancinante coincée dans la gorge. Je me contente de flotter et de boire. Plus je bois, plus je flotte.

Parfois, je parle. Je donne mon avis, je réponds à une question. Je me retiens d'arracher ce nom de la bouche de Marshall, Yshre, et de lui en donner un autre à la place. Je préférerais qu'ils ne soient pas là. Marshall qui parle beaucoup et Zikomo, royalement installé sur le plan de travail nettoyé qui nous regarde de son perchoir. J'aimerais qu'il n'y ait qu'elle et moi. Je crois que j'aurais pu rire s'il n'y avait eu qu'elle. J'aurais ri de ce vertige que je ressens quand je la regarde, j'aurais ri de la douceur de cette soirée qui ne doit jamais, jamais se terminer. J'aurais ri de mes pensées envolées et je lui aurais dit : « buvez avec moi », juste pour voir sa réaction. Mais ils sont là, alors je me contente de flotter, de profiter et de prier tous les dieux auxquels je ne crois pas de faire que cette soirée ne touche jamais à sa fin.

Je parviens tant bien que mal à me redresser. J'y vois flou, je crois. Ce n'est pas grave, il n'y a qu'une chose que j'ai véritablement besoin de regarder et je peux le faire même si ses traits s'affaissent dans mes yeux. Je dédaigne le fond de cocktail qu'il reste pour attraper directement le goulot de la bouteille. Je penche la tête en arrière pour faire tomber dans ma bouche les dernières gouttes orangées puis j'entreprends lentement, un peu laborieusement je l'avoue, de déboucher la bouteille de rhum dans l'idée de remplir le fond de mon verre avec un liquide qui me brûlera la bouche et l'esprit.

18 juil. 2025, 11:37
Une table, deux verres, ses yeux par-dessus la bouteille  PV   PNJ 
Je buvais lentement mais sûrement, juste pour mouiller ma bouche entre deux fourchettes. Marshall avait une bonne descente mais les quantités d’alcool ingérées lors des concerts des Arcane Riot dans les bars semblaient l’avoir immunisé aux effets néfastes de l’alcool. Quant à Aelle, si frêle et fatiguée, elle enchaînait gorgées et verres comme une adolescente qui ne connaît pas encore ses limites, ou qui veut volontairement les dépasser pour observer les effets de l’ivresse sur son esprit. Quand elle aspira les plus infimes gouttelettes de jus au rhum qui reposaient au fond de son verre comme une morte de soif, je haussai un sourcil surpris. Un deuxième sourcil se leva quand elle décida d’abandonner le goût sucré du jus pour se contenter du brûle-gosier des pirates au fond de son verre. Depuis le début du repas, elle était déjà descendue de quelques centimètres sur sa chaise, plus affalée qu’auparavant. Elle n’avait pas fini son assiette, ce qui lui aurait au moins permis d’éponger…

« Tu as très soif, fis-je remarquer le plus calmement du monde. »

Marshall me lança un nouveau regard étrange avant de se tourner vers Aelle. Il pointa son pouce vers moi tandis qu’il s’adressait à elle :

« Tu me l’aurais pas ensorcelée, par hasard ? Elle est trop bizarre depuis la semaine dernière. Encore plus qu’avant, je veux dire. »

Je me figeai un instant et je tentai de jouer la gamine pour rattraper le coup. Ma voix s’adoucit mais elle sonnait plus faux qu’un concerto de Beethoven joué par un gamin de cinq ans qui touche un violon pour la première fois et qui s’obstine à ignorer son manque flagrant de talent.

« Ha-ha…! C’est p’têt toi l’ensorcelé, mon pote ! »

Marshall se retourna brusquement vers moi, ses deux yeux étaient plus ronds que des balles de golf. Je m’étais promis d’arrêter de faire semblant : j’étais une si mauvaise actrice qu’on n’aurait pas voulu de moi pour faire de la figuration dans une publicité vendant des assurances. Je restai prudente quant à ma consommation d’alcool, j’avais trop risqué de gaffer la semaine passée, mais je me cachai tout de même derrière mon verre de rhum-jus-de-fruit pour faire passer la honte qui m’accablait. P’têt, mon pote ! Non mais franchement, qu’est-ce qui m’avait pris ? Bientôt, je sortirai des énormités telles que : « alors, ça gaze ? » et autres bêtises qui devaient déjà me sembler ringardes quand j’étais gamine.

« J’vais finir par croire que vous vous fichez de moi, c’est clair… C’est pas beau de pranker celui qui vous loge et vous nourrit ! dit-il en secouant la tête, visiblement amusé. »

Je fixai Aelle avec connivence et je lui adressai un petit sourire entendu.

« On adore les blagues. On passe notre temps à se taper des barres, Aelle et moi. »

Je retins un petit rire que je fis mourir dans le creux de mon verre, car il n'y avait pas plus grosse blague que celle que je venais d'énoncer.

C'est officiel, Aelle a atterri dans la 4e dimension.

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18 juil. 2025, 12:26
Une table, deux verres, ses yeux par-dessus la bouteille  PV   PNJ 
Je remplis un tiers de mon verre avant de reposer la bouteille et de la refermer soigneusement — presque trop soigneusement puisqu'il me faut un temps infini pour réussir à faire rentrer le bouchon à la place qui est la sienne. À Kristen qui m'observe de l'autre côté de la table, je me contente d'un regard et d'un sourcil dressé, parfait miroir du sien un instant plus tôt. Oui, j'ai soif, et alors ? Je n'arrive pas à savoir s'il y a un sous-entendu dans cette évidence, alors je n'essaie pas d'en chercher. Depuis quand Kristen Loewy énonce-t-elle des évidences ? Je me rencogne contre le dossier de la chaise, accompagnée de mon verre. La première gorgée manque de m'arracher la gorge ; à moins que ça ne soit l'intervention de Marshall qui me fasse tousser ?

Mon regard passe de lui à celle qu'il désigne d'un pouce inquisiteur. Ensorcelée, moi ? Bizarre depuis la semaine dernière, elle ? Mon cœur se soulève un peu et cela n'a rien à voir avec l'alcool. Je ne peux pas m'empêcher de me demander si c'est à cause de moi qu'elle est bizarre depuis la semaine dernière. Puisque mes pensées sont légèrement embourbées, la première chose à laquelle je pense me fera honte plus tard : je me dis que, comme moi, son comportement a changé parce qu'elle est perturbée de m'avoir retrouvée, je me demande comment elle a supporté ça, elle, quand moi j'étais en train d'oublier dans l'alcool ; a-t-elle été en colère ou au contraire très heureuse, est-ce qu'elle lui a parlé de moi, qu'est-ce qui a changé par rapport à avant, comment ai-je influencé son comportement ? Puis soudainement, je me souviens d'Yshre et de tout le reste — j'ai enfin honte d'avoir complètement oublié tout ça pour me persuader que c'était moi l'origine de ses changements de comportement.

Impossible de ne pas comprendre, dès lors, que c'est ça qu'il veut dire en parlant d'ensorcellement : Yshre n'a pas du tout le même comportement que Kristen. Je le sais, je l'ai vue, Yshre n'est que le reliquat de l'âme qui habitait ce corps avant, un parasite que j'ai peur de voir revenir. Évidemment que Marshall se pose des questions. Cette prise de conscience me noue affreusement les entrailles. Je n'ai pas la moindre envie de penser à Yshre, ça réveille le monstre qui sommeil dans mes entrailles.

Je trempe donc une nouvelle fois mes lèvres dans le rhum en jetant des coups d’œil à Kristen pour surveiller sa réaction. Et manque de m'étouffer encore quand cette phrase ridicule sort de sa bouche avec sa voix. Celle avec laquelle elle m'a dit tout à l'heure : « Que nous sommes bêtes quand nous nous faisons la guerre comme ça ». Vient-elle réellement d'utiliser le mot pote ? De mâcher un mot pour le réduire comme le font les adolescents ? Je la regarde avec de grands yeux écarquillés et peut-être avec un air légèrement gêné. Pas parce qu'elle est ridicule, non, mais parce que Kristen Loewy n'a jamais parlé comme ça devant moi et que ça ne lui ressemble vraiment pas. C'est la première fois que sa façon d'être et de parler correspond à ce corps que je ne connais pas. Et ça ne me plait pas. Si Marshall n'avait pas eu l'air aussi choqué que moi, l'angoisse m'aurait envahi.

Je continue de la fixer toute le long de la scène qui se joue devant mes yeux et quand elle m'offre ce demi-sourire qui m'écrase au passage le cœur mais qui n'est en fait qu'un quelque chose de complice censé accompagner la phrase incohérente prononcée, je parviens enfin à me détourner pour lancer un regard à Marshall.

Elle fait semblant, songé-je après de longues secondes silencieuses à hésiter entre me noyer moi-même dans mon verre ou la noyer elle dans le sien pour oser me forcer à me questionner sur celle qui a actuellement le contrôle du corps. Mais quelque chose me dit qu'Yshre n'aurait jamais sous-entendu qu'elle et moi nous tapions des barres. S'il y avait des choses à taper entre nous, ça aurait plutôt été son visage. C'est bien Kristen que j'ai face à moi. Et elle et moi partageons le plus beau secret de l'univers : celui de son existence.

Le désarroi dans lequel m'a plongé cette scène éclate comme une bulle de savon. Nous avons un secret que Marshall ne connait pas. Il ne sait pas que lorsque je la regarde, je vois ma directrice. Il ne sait pas non plus que celle qu'il regarde n'est pas cette femme de vingt ans qu'elle paraît être. Non, il ne voit pas. Il ne voit pas ces yeux comme une banquise, son visage aux joues creuses, sa mèche blanche dans ses cheveux noirs, ses traits coupés au couteau. Il ne sait pas, mais moi je sais. Et ça me grise, comme si une étincelle était en train de me parcourir. En réponse, un gloussement amusé m'échappe, que je tente vainement de cacher en penchant la tête. Et s'il a quelques secondes de décalage par rapport à l'intervention de Kristen, je n'en tiens pas compte.

« Et encore, articulé-je d'une voix molle en essayant d'accommoder sur Marshall, tu l'as pas vue il y a quelques années, elle était encore plus tordante. »

Mes yeux coulent vers Kristen. Comprendra-t-elle que ce n'est pas vrai, qu'elle n'a jamais été tordante, pas plus maintenant qu'il y a plusieurs années ? Avec un temps de retard, je prends conscience que notre complicité s'arrête là, puisqu'elle n'a aucun souvenir de ce qu'elle était il y a plusieurs années. J'avale une gorgée plus longue que la précédente avant de repartir en quête de ses yeux : je préfère le silence entrecoupé de quelques agréables paroles que nous partageons depuis que nous sommes sorties de la cage d'escaliers que toutes les pensées parasites que je pourrais avoir.

18 juil. 2025, 22:58
Une table, deux verres, ses yeux par-dessus la bouteille  PV   PNJ 
Son gloussement amusé n’avait rien de semblable aux rires mourants de folie qui lui avaient échappés quelques heures auparavant, lorsque nous étions toutes les deux cloîtrées dans l’étroite cage d’escalier. Le petit écho de rire à demi-ravalé qu'elle venait de m'offrir était l'un de ces rires qui rendait infiniment heureux dès qu’on prenait conscience de son extrême rareté. Je lui rendis un nouveau sourire complice. Moi, tordante ? Même si j’avais pu retrouver l’entièreté de mes souvenirs, je n’y aurais jamais vu une Kristen Loewy tordante. J’en avais l’intime conviction. La femme que j’avais vue en Une du vieux numéro de La Gazette du Sorcier n’avait rien d’une femme tordante.

« Sûrement plus tordue que tordante…, fis-je dans un murmure amusé. »

Tordue au point d’écrire des lettres d’au revoir qui ne voulaient rien dire, au point d’inventer des énigmes sans queue ni tête, se prendre d’affection pour une jeune élève boudeuse de son école de magie, l’inviter à rencontrer son dragon en haut d’un plateau entouré de pins, l’encourager à dépasser les limites puis trop s’inquiéter quand elle avait l’idée de le faire, la quitter et l’attendre mais ne surtout pas lui donner de nouvelles ; tordue à ce point-là et plus encore.

***


La soirée passa, le colombo de poulet fut consommé, les verres vidés, Marshall finit les assiettes de ceux qui n’avaient plus faim, je m’amusai presque à faire voltiger ma baguette pour laver la vaisselle, l’alcool et la présence d’Aelle m’aidant à y trouver un peu de joie, puis mon colocataire embarqua deux scones, trois chocogrenouilles et quelques patacitrouilles pour végéter devant la télévision de sa chambre. Zikomo, le petit renard bleu d’Aelle, annonça quant à lui qu’il s’en allait chasser. Je haussai un sourcil en le regardant s’échapper, car je me demandais bien ce qu’il pouvait chasser à Londres, à part des rats et des pigeons - ce qui me semblait indigne d’une créature magique de sa stature.

Il ne restait plus qu’Aelle, qui avait vidé quelques verres et qui s’était un peu plus affalée sur sa chaise, et moi, qui avais vidé quelques verres et qui tentais de maintenir le cap et sauvegarder ma dignité. Sur la table, j’avais sorti un fondant du chaudron et des dragées surprise de Bertie Crochue. J’allumai une cigarette et posai le cendrier face à moi. J’aspirai goulument la fumée et la recrachai en direction de la fenêtre entrouverte qui laissait passer un filet d’air froid.

Au bout de quelques secondes à observer Aelle dans le silence et le calme de notre solitude retrouvée, je dis doucement :

« Aelle. »

Nouvelle bouffée de fumée. Pour me donner du courage, pour temporiser, pour faire comme si je n’étais pas si affectée par la question qui me trottait dans la tête depuis quelques heures maintenant, pour remettre les mots dans le bon ordre tandis que l’alcool avait tendance à les mélanger quand ils passaient le seuil de ma bouche, ou encore pour me cacher derrière la fumée toxique de ma cigarette…

« Ton sortilège d’illusion, de… Enfin, comme tout à l’heure. Saurais-tu le lancer à nouveau ? Je ne suis pas sûre d’apprécier que tu joues avec mon esprit, mais enfin… je dois bien admettre que c’est plutôt… pratique… Pour avoir un support visuel. »

L’image d’Aude Luneau traversa brièvement mon esprit tandis que je me replongeais dans ce moment étrange et mon cœur se gonfla de tout l’amour que j’avais éprouvé pour cette femme oubliée. Un instant, un instant seulement, mes yeux s’échappèrent dans le vague tandis que je tâchai de la redessiner face à moi, et je voulais la saisir, la serrer dans mes bras, l’embrasser, lui confier tous mes maux et qu’elle me rassure en passant sa main dans mes cheveux, me murmurant que tout allait finir par s’arranger.

Je secouai la tête et mon regard flouté par le rhum put se raccrocher à la réalité, mon esprit se concentra sur son nouvel objectif. J’avais besoin de savoir pourquoi j’étais une enflure qui méritait d’aller se faire foutre plutôt trois fois qu’une. Je devais évacuer mes hypothèses avant de les laisser m’envahir cette nuit. Qu’est-ce que j’avais pu lui infliger pour qu’Aelle soit capable de penser que j’avais voulu la conduire dans la tombe, par Morgane ?

Et puis, dans le fond, je méritais bien qu'Aelle me réprimande en me mettant face à mes agissements, comme les mauvais maîtres forcent leurs chiens à se pencher sur un tapis imbibé de pipi.

« Pourrais-tu me montrer ce que tu as traversé… Quand je suis partie ? Ou bien… serait-ce trop douloureux pour ce soir ? »

J'étais loin de me rendre compte qu'il me fallait trois verres de rhum dans le sang pour cesser d'imposer mes exigences.

Mère du dragon - Justice funèbre - Grande Prêtresse Noire - Dark Sasuke - DJ Kraken - Koala-Garou de compagnie de Lloyd

19 juil. 2025, 09:53
Une table, deux verres, ses yeux par-dessus la bouteille  PV   PNJ 
Un sourire complice et une réplique tranchante ; voilà le pouvoir de Kristen Loewy : offrir un présent inestimable tout en énonçant le genre de vérité qui vous brise un cœur. Je ne sais plus très bien, à présent, si je dois me réjouir de ce sourire qui me fait me sentir immense ou m'enfoncer dans la fissure que sa vérité a rouvert en moi. Comme d'habitude, je ne choisis ni l'un ni l'autre. Je me drape de son sourire complice et me laisse tomber tête en avant dans la fissure.

*

Zikomo bondit sur la table débarrassée après avoir annoncé son envie d'aller chasser et trottine entre les verres pour venir jusqu'à moi. Quand il lève ses yeux mordorés vers mon visage, je comprends sa question silencieuse. Est-ce que ça ira ? Je lui réponds d'un clignement de paupières. Évidemment, oui. Son regard reste un peu trop longtemps posé sur moi ; il doute. Je détourne le mien, pour qu'il ne voit pas ce même doute passer dans mes yeux.

Il finit par se faufiler par la fenêtre entrouverte et s'enfuir dans la nuit londonienne. Il sera absent longtemps : il traversera toute la capitale pour trouver des terrains de chasse plus verdoyants. Je ne m'en fais pas pour lui. Mes épaules s'affaissent légèrement : nous sommes enfin seules. Le silence retombe dans la cuisine. Mes yeux glissent sur le fondant du chaudron qu'elle a posé là, choisissant parmi le tas de sucreries celle-ci et pas une autre. Comme si elle savait que c'était ma friandise préférée. Je la laisse là pour l'instant, je préfère l'observer en me disant qu'elle l'a mise là pour moi que la manger. À la place, j'attrape une cigarette que j'allume d'un mouvement de baguette, faisant grésiller le bout incandescent. Bientôt, la fumée monte vers le plafond, seulement dérangée par le courant d'air frais qui souffle par la fenêtre entrouverte.

Et voilà, me dis-je, c'est tout. Le silence, le murmure de nos cigarettes et son corps immobile derrière la table débarrassée. Je suis suffisamment anesthésiée pour que mes pensées ne tombent pas dans des gouffres inattendus, aussi puis-je simplement profiter en me laissant couler dans un esprit faussement apaisé. Au cœur de cette nuit qui débute à peine, j'ai la sensation que nous vivons un moment qui jamais n'aura de fin, l'un de ceux qui se suspendent et qui ne terminent que lorsque l'on ferme les yeux pour s'endormir. Mais je compte bien lutter contre mes paupières lourdes d'un sommeil en retard depuis plusieurs jours, je ne m'endormirai pas, je continuerai de m'enivrer de cette soirée qui a la douceur des moments légers. Je n'en ai pas connu depuis une éternité, peut-être depuis toujours. Je refuse que tout cela se termine. Je le refuse parce que derrière mes yeux plissés, à travers les volutes de ma fumée, j'aperçois son visage aux traits apaisés, ses yeux tournés vers moi et c'est la plus b...

Mon prénom sort brusquement de sa bouche. Mon cœur se soulève au ralentit et reste en apesanteur à l'intérieur de moi. Je suspends même le geste de ma main qui montait vers ma bouche. Sur mon front, un sourcil inquisiteur se dresse. Quand une femme comme celle-ci vous appelle par votre prénom, vous ne pouvez faire qu'une seule chose : espérer qu'elle ne vous réduira pas en pièce d'un mot ; qu'importe que le mot soit de l'arsenic ou du velours ? Je veux juste qu'elle aille au bout de sa pensées. Mais dès qu'elle parle du sortilège d'illusion en s'embrouillant quelque peu dans ses explications, signe qu'elle aussi est atteinte par le mal de l'alcool, je comprends brutalement et un peu violemment ce à quoi elle pense. Je détourne le regard pour me protéger de mes propres pensées et je suis fière de ne pas sentir mon visage s'affaisser.

Évidemment qu'elle est en train de penser à Aude Luneau. Celle qui a été sa femme. Qui l'est peut-être encore, pour ce que j'en sais. Si je devais aimer quelqu'un au point de me marier, ce qui n'arrivera évidemment jamais, moi aussi je ferai tout pour la voir, même à travers une illusion qui joue avec esprit. Bien malgré moi, je suis en train d'extirper de ma mémoire les détails que j'ai d'ele pour créer une image qui lui serait fidèle, comme tout à l'heure. J'essaie de ne pas faire attention à mon cœur en berne et à ma déception. C'est seulement qu'en entendant son prénom dans ma bouche, j'espérais autre chose. Je ne sais pas quoi. Autre chose. Mais l'éternité ne prend pas encore fin, n'est-ce pas ? Elle est encore là, juste devant moi, et ce moment n'est pas près de se terminer alors... Alors je vais le faire et tant pis pour le reste. Tant pis. Des yeux, je cherche vainement la bouteille dans laquelle il restait un fond ; j'aurais aimé remplir mon verre. Mais il l'a rangée tout à l'heure, en même temps qu'il débarrassait la table. Ce fichu Marshall.

Mes doigts jouent déjà avec ma baguette magique, je rassemble ma concentration, je me prépare. Autant en finir au plus vite pour que nous puissions passer à autre chose. Aude Luneau, vous n'êtes pas la bienvenue dans notre moment. Je vais devoir écourter votre présence parmi nous. J'essaie de ne pas regarder vers Kristen parce qu'à l'orée de ma vision je vois bien qu'elle a ce regard dans le flou qui dit : je pense à une personne qui n'est pas toi et ça prend toute la place. Je ne veux pas penser à ça. J'attends juste qu'elle termine sa demande.

Ce qu'elle fait. Mais ce n'est pas du tout ce à quoi je m'attendais.

Je lève un regard étonné sur elle. Lui montrer ce que j'ai traversé ? Quoi ? J'ouvre la bouche, la referme, fronce les sourcils ; si c'est trop douloureux ? Tout à coup, en même temps que je réalise un peu brutalement que j'ai été la seule à penser à Aude Luneau et que c'est une excellente nouvelle, je me vois de nouveau là-bas, dans le bunker. Les longues journées et les longues nuits qui se mélangeaient, l'obscurité totale dans cette pièce creusée sous terre, la solitude poignante, la folie à laquelle je n'aime pas penser.

« Ce que j'ai traversé ? » demandé-je un peu brusquement en penchant la tête sur le côté.

Elle a envie que je lui montre mon corps qui glisse contre un mur, les mains accrochées aux cheveux, les hurlements sans fin qui traversaient ma bouche et que personne n'entendait ? Elle veut que je lui montre les nombreux coups contre les murs, sa cache que j'ai ravagée, brûlée sans que ça me fasse du bien ? Ou les semaines qui ont suivi qui sont tellement floues que je ne peux guère m'en rappeler ?

Je ne sais pas très bien ce qu'elle veut alors je me contente de la regarder, le rythme de mon cœur affolé comme une mélodie dans les oreilles. Je me demande si elle a envie de voir ces choses par elle-même pour mieux me dire : tu avais tort, je suis revenue. Pourquoi maintenant, Kristen ? Ne devrions-nous pas laisser nos tempêtes pour demain ?

19 juil. 2025, 16:54
Une table, deux verres, ses yeux par-dessus la bouteille  PV   PNJ 
Quand on a bu, juste un peu trop, on n’a pas envie de répéter les choses : les mots s’emmêlent, on se fatigue de n’être pas compris, on craint de l’être moins encore lorsque l’on devra répéter sa demande. Je me refis le film des dernières heures passées auprès d’Aelle, alors que nous avions réussi à sauvegarder notre accord de paix. Ce n’était pas le moment de m’agacer et d’être désagréable. Je n’avais aucune raison de m’agacer, n’est-ce pas ? Je devais me déguiser en absolue patience… Je soufflai très doucement et je répétai un peu trop difficilement :

« Oui, quand je suis partie… »

Je tirai sur ma cigarette pour faire redescendre la tension et résister à l’envie de lui demander ce qu’elle ne comprenait pas dans ma question.

« Tu as dit que tu aurais pu crever sur le chemin. Je voudrais savoir pourquoi… Ce qu'il s'est passé... Et puis, à la fin, tu as parlé d’un bunker en Allemagne. »

L’Allemagne où se cachait le sourire aux dents trop blanches. Je passai ma main sur mon front comme si ce geste pouvait m’aider à évacuer son image ; sans succès : il remplaçait trop facilement la divine Aude Luneau dans mes pensées, il s'imposait trop bien dans ma réalité faite de rhum, de fumée de cigarette et d'Aelle, comme un fantôme qui me hanterait toujours, caché non loin, qui s'emparait de la moindre pensée, même la plus fugace, pour remplir à nouveau tout l'espace de mon crâne. Aelle l’avait-elle croisé, lui, sans même le savoir ? Avait-elle trouvé des traces de sa présence dans ce qu’elle appelait mon repaire ? Comment avait-elle pu savoir, à ce moment-là, que je ne reviendrais pas – du moins pas tout de suite, pas sous la forme qu’elle connaissait ? Qu’avait-elle trouvé de plus là-bas qui échappait encore à mes souvenirs ?

« Je crois me souvenir de cet endroit… vaguement. »

Mère du dragon - Justice funèbre - Grande Prêtresse Noire - Dark Sasuke - DJ Kraken - Koala-Garou de compagnie de Lloyd

19 juil. 2025, 21:52
Une table, deux verres, ses yeux par-dessus la bouteille  PV   PNJ 
Le bout incandescent de sa cigarette lance une lueur orangée sur le dessus de ses lèvres quand elle tire dessus. La fumée danse devant son visage et s'entortille entre nous, me cachant très brièvement l'éclat de son regard. Se mélangent au-dessus de la table les tourbillons gris nés de nos deux cigarettes. En parfait miroir, sans penser au fait que je reproduis ses gestes, je glisse le fin tube de tabac entre mes lèvres et aspire doucement, concentrée sur le son de sa voix qui étire mes pensées d'une drôle de manière. L'alcool, certainement. Je le sens couler dans mes veines, mais peut-être n'est-ce qu'une impression. Il circule juste sous ma peau et me donne l'impression de flotter au même rythme que la fumée qui s'élève vers le plafond avant d'être aspirée par le courant créé par la fenêtre entrouverte.

Au mot crever, je baisse la tête pour observer de nouveau Kristen, abandonnant les volutes à leur destin. Ainsi donc, c'est cela qu'elle veut savoir. Ce qui m'est arrivé là-bas. S'inquiète-t-elle de m'avoir menée sur le chemin de la mort ? Cherche-t-elle à comprendre ce qui a pu la motiver à me laisser cette énigme que je ne lui ai pas encore pardonné ?

« Oh, murmuré-je en faisant rougeoyer le bout de ma cigarette. Ça. »

Je lève la bouche vers le plafond pour ne pas lui envoyer la fumée au visage, un sourire étrange étirant mes lèvres alors que rien ne me fait rire. Je garde les yeux braqués dans les siens, de l'autre côté de la table. Je préfère lui parler de cela que de la folie que j'ai côtoyé lorsque j'étais seule dans son bunker, celui dont elle dit se souvenir. Je crois que jamais je ne lui parlerai de ça, jamais je lui montrerai ces images-là. Moi-même ai du mal à les regarder en face, je ne risque pas de les lui montrer. D'ailleurs, je m'empresse de les repousser pour remonter quelques jours avant, quand j'étais sur l'Île de Drear. Que pensera-t-elle de tout cela ? Jugera-t-elle mon périple comme ne méritant pas qu'on lui associe le verbe crever ? Si je devais être sincère avec moi-même, je m'avouerais que je lui ai jeté ce mot au visage parce que j'étais en colère, tout à l'heure. Je n'ai pas failli crever là-bas. Perdre des morceaux, peut-être. Me vider de mon sang, peut-être. Crever ? Je suis la seule qui peut décider de ma propre mort, même aujourd'hui j'en suis encore persuadée. Mais bizarrement, je n'ai pas envie de le lui dire. Je préfère qu'elle y croit réellement. Que j'ai failli mourir. C'est une maigre vengeance pour le reste. Pour la vraie mort qui a guetté en son absence.

« Le sortilège d'illusion s'ra jamais fidèle, 'savez, marmonné-je alors en me penchant sur la table pour faire tomber la cendre dans le cendrier. Vaudrait mieux une pensine, pour ça. Enfin... »

Je laisse retomber mon dos contre le dossier de la chaise, le regard perdu sur mon verre qu'elle a rempli d'eau, tout à l'heure, et que j'ai royalement dédaigné. Je ne veux pas d'eau. Je ne veux pas que le voile qui s'est déposé sur mon esprit se soulève.

« C'est pas comme si on en avait une sous la main, alors... »

Je pousse sur mes genoux pour me lever. Une main accrochée au dossier de ma chaise, je fais le tour de la table en la tirant derrière moi. Le bruit des pieds qui raclent sur le dossier en aurait fait grimacer plus d'un. Je m'arrête devant elle, tourne la chaise pour pouvoir m'asseoir face au dossier — et face à elle.

Je ne sais pas pourquoi j'ai fait ça. J'aurais pu lui lancer le sortilège de l'autre côté de la table. J'aurais pu le lui lancer de l'autre côté de la pièce, d'ailleurs. Mais non, je suis là. Juste devant elle. Plus de table pour nous séparer. Plus de cage d'escaliers pour nous protéger de nos tempêtes. Un accès direct à son regard. Je ne veux rien manquer quand Kristen Loewy verra ce qu'elle m'a forcé à subir alors que j'étais à peine diplômée de Poudlard — ce qui aurait été une aventure excitante dans un tout autre contexte mais qu'elle a transformé en quête désespérée qui a laissé des marques.

Pendant une seconde, je m'imagine lui montrer autre chose. Le bunker et ma folie. Je m'imagine le faire, là, sans prévenir. La longue nuit qui était peut-être le jour, l'attente, les meubles fracassés, les hurlements qui n'en finissaient pas, mes phalanges abîmées, ma voix enrouée. Son absence, dans sa plus grande pureté. Ou alors un peu plus loin, lui montrer la pensine, lorsque j'étais ivre de nos souvenirs et que Zikomo a dû me retenir, cette fois-là. J'avais envie... Je ne sais pas très bien. Je voulais avoir encore plus mal, pour oublier à quel point je souffrais d'elle, je voulais...

Son visage juste devant le mien, les dernières heures que nous venons de passer, son regard de l'autre côté de la pièce quand je la surprenais le visage tourné vers moi. L'alcool dans mes veines. Je reviens brutalement au moment présent et m'étonne de trouver ces mauvaises pensées dans ma tête alors que je passe un aussi bon moment. D'une pichenette mentale j'éloigne mes souvenirs. Un sourire tordu m'étire les lèvres, du genre que l'on ne peut retenir parce qu'on s'est enfilé un tiers d'une bouteille de rhum.

« Fermez les yeux, » soufflé-je en appuyant mes coudes sur le dossier. Ses yeux occupent tous les miens. Ma baguette pend négligemment dans ma main droite. « Vous me déconcentrez. »

Et je commence déjà à invoquer sur la toile vierge de mes pensées des images de quintapeds et celle de mon mollet ensanglanté.

21 juil. 2025, 11:27
Une table, deux verres, ses yeux par-dessus la bouteille  PV   PNJ 
Son apparent détachement me fit hausser un sourcil : la façon qu’elle avait de parler de « ça » comme si ce n’était pas grand-chose, alors que ces événements semblaient l’avoir ravagée de l’intérieur et avaient suscité des crises de colère, ne me dupait pas. J’attendis tout simplement qu’elle engage la suite de son histoire et je notai à nouveau l’absolue nécessité de mettre la main sur ce qu’elle appelait Pensine. Il était de plus en plus évident que cet artéfact magique me permettrait de recouvrer les parties perdues de ma mémoire en passant par celle d’Aelle… dans un premier temps, du moins.

Dans le silence le plus parfait, je suivis du regard ma jeune amie (vraiment ?) tandis qu’elle s’approchait en faisant racler la chaise contre le sol. Elle s’assit à l’envers près de moi comme si cette position évidemment inconfortable pouvait lui donner plus d’assurance. Mon œil bleu et mon œil vert étaient fixés dans les siens avec un air de demi-défi : illusionne-moi donc, Aelle, montre-moi l’horreur que tu as vécue ! Alors qu’elle m’ordonna de clore mes paupières, je maintins le contact quelques secondes, approchant très légèrement ma tête de la sienne pour plonger mes yeux plus profondément dans les siens. Par pure provocation, certes. Vraiment, je te déconcentre ? Eh bien, fais avec, cela rajoute du challenge ! Je souris en expirant un petit rire par le nez, je posai ma cigarette presque terminée sur le bord du cendrier, puis je collai mon dos sur le dossier de ma chaise, prête à subir les images qu’elle voudrait bien me montrer.

L’environnement se déforma autour de moi et je me sentis transportée dans un monde hostile, froid et humide, dont les contours étaient flous mais où les sensations semblaient terriblement réelles. Si j’avais eu plus de sang moldu dans mes veines – ou si j’avais eu les références d’Yshre en la matière, cette partie de moi qui faisait mine de s’accommoder du monde non-magique -, j’aurais pu m’imaginer dans une salle de cinéma en quatre dimensions, plongée dans une réalité virtuelle ultra-performante, à la pointe de la technologie. En l’occurrence, parce que j’étais vraiment moi, je fus tout simplement transportée dans les yeux d’Aelle, plusieurs années auparavant.

Je volais à toute vitesse au-dessus d’une mer déchaînée et je pouvais presque sentir les embruns transportés par le vent frapper mon visage et s’y enfoncer comme de petites aiguilles. Malgré les incohérences de l’illusion : les contours flous, les vaguelettes dans l’image, je m’y croyais si bien que je pus ressentir l’air glacé s’infiltrer dans chaque pore de ma peau. Je sentis mon corps se contracter et je sursautai un peu quand je manquai de perdre l’équilibre et de sombrer dans les flots. Je volais vite, je cherchais quelque chose dans le désert aqueux. Si Aelle l’avait su au moment où elle l’avait vécu, ce n’était pas mon cas et je me sentis parfaitement déboussolée. Au bout d’un moment, je vis à travers les yeux d’Aelle une île sombre se dresser au milieu de la mer. Pas très imposante, complètement isolée, du genre qui aurait dû se faire dévorer par l’océan il y a bien longtemps. Les vagues se fracassaient contre les roches et les falaises qui la bordaient, comme si la mer et la terre luttaient pour prendre le pouvoir l’une sur l’autre. Je volai plus vite et je survolai l’île comme pour cartographier l’espace. Finalement, je plongeai vers le sol tandis que moi, qui étais encore assise sur une chaise de la cuisine de Marshall, je me collai un peu plus sur le dossier de ma chaise comme pour résister à la puissance de la chute.

Aussitôt, je ne vois plus l’île, je ne vois plus le ciel et je ne vois plus la mer : ma vision se colle contre la boue. Et puis, l’obscurité demeure. Je n’ai aucune idée de ce qu’Aelle a vécu pendant les secondes qui ont suivi sa chute, je ne comprends même pas pourquoi elle est ainsi tombée sur le sol boueux de cette île. Enfin, comme un screamer dans les films d’horreur moldus, une horrible bête aux poils roux, aux dents acérées et a l’air meurtrier se jette à mon visage, je recule sur ma chaise et je n’entends que le raclement des pieds contre le sol pour me rappeler que je suis plongée dans une illusion générée par Aelle. Mes doigts se crispent malgré tout contre l’assise de la chaise et je me fige. La bête est repoussée loin de moi et je peux observer la totalité de son corps, ses cinq pattes velues qui se terminent en pieds humains déformés, le sang dans son regard, ses dents qui claquent et qui menacent de me dévorer. Il ne faudrait qu’une demi-seconde d’hésitation pour qu’elle déchire ma peau et se repaisse de ma chair, j’en suis absolument convaincue. Fuis, Aelle, fuis, fuis, fuis !

Je ne saurais si la suite était fidèle à la réalité ou si l’illusion d’Aelle était endommagée par l’alcool dans son sang, mais la bête apparut plus près de moi, puis elle s’éloigna, elle se jeta à nouveau à mon visage, apparut plus loin, encore et encore, dans des flashs rapides et répétés. Mon rythme cardiaque accéléra et je me crispai un peu plus sur ma chaise. Je fis tout mon possible pour me concentrer un instant sur l’odeur du tabac qui s’échappait de ma cigarette posée dans le cendrier. Cette odeur était réelle, contrairement à l’affreuse créature qui s’amusait à me sauter au visage. Quoi que… Aelle avait véritablement vécu quelque chose de similaire. Elle les avait vues, ces bêtes. Avait-elle vraiment failli mourir, alors ? Pourquoi l’avais-je envoyée se faire déchiqueter par ces monstres, sur une île loin de tout ?

Le visage de la créature à cinq pattes apparaît en flashs de plus en plus rapides, elle se déforme et devient plus hideuse qu’elle ne l’est déjà, ses yeux se décalent et ne sont plus en face l’un de l’autre, sa bouche dentelée remonte sur son front, son nez retroussé et aplati comme le groin d’un porc s’étire sur toute la largeur de son visage et soudain, le noir envahit ma vision. Je relâche mes poumons qui s’étaient contractés sans que je m’en aperçoive. C’est fini ?

Non, ce n’est pas fini. Je suis dans une maison à l’abandon et je ne distingue presque rien. Une boule lumineuse devrait m’aider à y voir plus clair mais elle prend trop d’espace et je suis éblouie. Je monte des escaliers qui me semblent prêts à se dérober sous mes pieds, puis je me vois chercher sous des lits, dans des placards, au plafond, j’ouvre chaque porte, le tout dans une succession d’images sans véritable cohérence. Puis, la créature velue et ses dents pointues reparaissent, je ne vois que ses dents plantées dans ma jambe. Quand elle s’en détache sous l’impulsion d’un sortilège, le sang qu’elle maintenait dans mon corps jaillit de mes plaies et forme une petite pluie rouge entre elle et moi. Son visage me semble encore plus terrifiant quand il est ainsi barbouillé de mon sang – du sang d’Aelle.

Une nouvelle coupure dans ma vision et je me vois assise sur le sol froid et humide, apparemment en sécurité. Mon pantalon est poisseux et collé contre ma jambe à cause des écoulements de sang. Je me démène pour tenter de me soigner mais je n’y parviens pas : le sang coule, coule, et très vite, il semble s’évaporer dans les airs et colorer le ciel d’une lueur rouge comme un coucher de soleil, la mer autour s’en imprègne aussi, il y en a partout, partout…

Je sors de l’illusion le souffle coupé et je rouvre brusquement les yeux. Je ne parviens pas à bouger, complètement figée sur ma chaise. Quelle folie m’a poussée à conduire Aelle dans ce lieu terriblement dangereux où elle aurait pu se faire dévorer vivante ? Aucun mot ne veut sortir de ma bouche. Je n’aurais pas assez d’une vie à m’excuser pour me faire pardonner. Parfois, il vaut mieux la fermer, hein ? Je ne la regarde pas. Je ne veux pas voir ses yeux et y découvrir les restes de la terreur qu’elle a dû ressentir là-bas. Je ne veux pas qu’elle voie les miens non plus, l’humidité qui s’y immisce, le choc, l’horreur, l’inquiétude et l’infinie culpabilité qui y sommeillent. Alors, je force mon corps à se mettre en mouvement et je tends trop doucement la main vers la cigarette presque entièrement consumée que j’ai abandonnée dans le cendrier avant de plonger dans l’illusion. Ma main tremble quand j’essaie de la porter à ma bouche. Elle est éteinte. Je n’ai pas le courage de la rallumer, ce serait trop de gestes, et je me contente de poser ma main contre le rebord de la table, le tube de tabac éteint coincé entre mon index et mon majeur.

Aelle a vécu toutes ces horreurs pour me retrouver. Et au bout du chemin, je n’étais même pas là. C’était pour rien. Elle a risqué sa vie, elle a failli se noyer, se faire bouffer, tout ça pour qu’à la fin, je me pointe devant elle comme si sa quête n’avait rien changé. Elle aurait pu s’éviter tous ces drames, le résultat aurait été le même.

Je me sentais rarement bête. Ce soir, j'étais convaincue de mon immense stupidité.

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22 juil. 2025, 10:48
Une table, deux verres, ses yeux par-dessus la bouteille  PV   PNJ 
Je ne ferme les yeux qu'après qu'elle ait clos les siens, après m'être légèrement reculée, étonnée qu'elle s'avance vers moi avec cet air insolent sur les traits. Raisonnable, elle finit par m'obéir. Je la regarde un instant, hypnotisée par ses globes oculaires que je vois bouger derrière ses paupières. Puis j'inspire longuement par le nez et me plonge dans mes souvenirs.

Si par nécessité je ne rouvre pas les yeux, sinon je perdrai le contrôle sur un sortilège que j'ai déjà bien du mal à maintenir dans mon état actuel, cela ne m'empêche pas d'entendre ses sursauts et de sentir son corps se crisper de l'autre côté du dossier de la chaise. J'aurais aimé la regarder, mais je me rends compte que les images que je lui envoie sont déjà bien trop fragiles pour prendre le risque de me laisser déconcentrer. Alors je me contente de penser, de visualiser et de m'y revoir, là-bas. Sur l'île de Drear. Je ne ressens pas grand chose chose si ce n'est ce sentiment poisseux qui accompagne généralement les souvenirs de cette période. Quelque chose de sombre et de désagréable qui colle à la peau. Une rancune profonde et tenace, du genre dont on ne peut pas se débarrasser, jamais. Je laisse couler, trop concentrée sur le sortilège et sur le maintient des images que j'envoie. C'est une lutte constante de ne pas me laisser déconcentrer par les dizaines de pensées impromptues qui atterrissent dans ma tête et qui essaient de m'amener avec elles. Parfois, je n'arrive pas à lutter et je sens que je perds prise sur les images, je les vois se déformer, se flouter avant que je ne récupère le contrôle.

J'arrête le sortilège. Je redresse le dos, récupère mes bras que je pose sur mes genoux. Cette fois-ci, je ne m'empêche pas de la regarder avec avidité. Ses yeux encore fermés, ses traits tendus. Enfin, elle s'extirpe de l'illusion comme on sort parfois d'un cauchemar : dans un sursaut. Ses yeux écarquillés, son souffle affolé. Je m'attendais à ce qu'elle me jette un regard à mi-chemin entre l'horreur et la moquerie, mais rien. Elle ne me regarde même pas. Elle se contente de lever le bras pour prendre une taffe ; elle ne termine jamais son geste. Je suis sa main des yeux, les sourcils froncés. Elle tremble. Sa cigarette est pratiquement consumée, la cendre rattachée au bout menaçant de tomber à chaque instant. J'avais oublié la mienne, dans un état plus ou moins semblable même s'il lui reste encore un peu de tabac.

Dans un geste machinal, je m'étire pour faire tomber la cendre dans le cendrier et pose ma cigarette sur le rebord de celui-ci. Je lance des coups d'œil à Kristen. Son silence me plait autant qu'il me questionne. Est-elle choquée par ce qu'elle a vu ? Se torture-t-elle de culpabilité ? Je n'arrive pas à y croire. À vrai dire, je ne sais pas ce qu'elle peut bien penser. Mais je sais ce que j'ai peur qu'elle pense : que tout cela n'était pas grand chose. Mon cœur bat au ralentit dans mon corps. Je lui ai montré mes pires moments de l'île. Peut-être est-elle en train de prendre conscience que c'est vrai, tout ça ? Que j'ai failli y passer de diverses manières. Ai-je droit de l'espérer ? Moi, je ne suis pas horrifiée par ce que j'ai vécu là-bas, ça ne m'inspire qu'un puissant sentiment de lassitude. Mais je me souviens encore de la douleur des crocs de ces créatures quand ils s'enfonçaient dans mon épaule ou mon mollet, le sang qui coulait sans discontinuer, la douleur lancinante, la peur de sentir ma force m'échapper. Je me souviens du froid, de la solitude ressentie sur cette île éloignée de tout seulement habituée par des créatures qui voulaient ma mort. Oui, qu'un puissant sentiment de lassitude.

Lentement, j'approche ma main de celle de Kristen. Je retire d'entre ses doigts la cigarette quasi consumée. Je fais attention à ne pas faire tomber la cendre sur ses doigts. Je l'écrase dans le cendrier avant de plonger la main dans la poche de ma cape pour récupérer mon paquet de cigarettes. J'en sors une, je la glisse entre mes lèvres et je l'allume à l'aide de ma baguette sans détourner les yeux du visage fuyant de Kristen. Je fais grésiller le bout avant de l'ôter de ma bouche pour la glisser entre son index et le majeur, au même endroit où l'autre se trouvait tout à l'heure. Puis je récupère ma propre cigarette sur le cendrier et inspire une longue taffe.

« J'ai trouvé un portoloin sur l'île quelque temps après la dernière scène qu'vous avez vu, » dis-je enfin à mi-voix. J'expulse la fumée vers le plafond. « Qui m'a emmenée au bunker. Là-bas aussi j'ai passé du temps à vous chercher. »

Un gloussement intempestif me secoue les épaules. Je le camoufle en avalant mes lèvres et en baissant les yeux mais c'est trop tard. Ce n'est pas l'un de ces rires nerveux qui m'effraie. C'est seulement l'alcool qui me secoue les sens et qui me fait trouver très drôle ceci :

« Mais y'avait pas de quintaped, là-bas. »

Juste la solitude, mais elle avait des crocs aussi grands que les leurs, vous savez, qui m'ont arraché des bouts d'âme comme eux m'ont arraché des morceaux de chair.