++ OS PNJ Noyée sous un reste de lucidité

Reducio
- Votre PJ est présent ? oui
- Nom et prénom du PNJ (+ lien avec votre PJ + utilisation "actif" ou "prétexte") : Maria Thatch (Actif), Theodor Morley (prétexte)
- Lien vers la fiche du PNJ : Ici
- Intérêt d'utiliser ce(s) PNJ dans ce RP précis pour votre PJ : Faire avancer l'histoire de mon personnage, sert à son évolution familial.


20 juin 2050
One-shot


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Tu serais bien incapable de décrire le regard de ta mère à cet instant précis — un mélange étrange d’incrédulité, de joie, et… d’autre chose. Quelque chose de plus trouble, plus silencieux. Ses yeux se posent sur ta tignasse ramenée à la va-vite dans un chignon lâche. Quelques boucles s’en échappent déjà, et l’ensemble menace de se casser la gueule à la moindre rafale. Tu tires ta valise derrière toi, ses roues brinquebalant sur les cailloux, se coinçant parfois dans les interstices du sol. Autour de toi, ça se serre, ça s’étreint, ça rit — oncles, tantes, parents, grands-parents, tuteurs : les retrouvailles explosent de partout. Toi, tu marches au milieu de ce bonheur comme un fantôme.

Tu ne sais même pas si tu dois te forcer à sourire. Bien sûr que tu es contente de la revoir, ta mère, après tout ce temps. Mais c’est tout. Tu n’as aucune envie de remettre les pieds dans cette foutue cité. Encore moins dans cet appart miteux aux murs gris et aux volets défoncés. Tu t’arrêtes, face à elle. Tu lèves les yeux. Elle ne bouge pas. Toi non plus. Juste ce long échange de regards. Un silence lourd, suspendu entre deux mondes. Puis le présent vous rattrape, doucement, comme une vague tiède. Hésitante, elle lève la main et rabat une mèche rebelle derrière ton oreille. Sa lèvre tremble.

« Tu… ça fait longtemps que t’as plus les cheveux longs… »

Tu retires sa main d’un geste sec, visage fermé, lèvres tordues. « À cause de qui ? » Tu recules d’un pas. « J’imagine que la tondeuse m’attend ? »

Elle baisse légèrement les yeux. « Asher… tu sais que c’était pour éviter les poux. »

« Mon cul, ouais. » Tu la contournes sans ménagement, sourcils froncés, marmonnant entre tes dents, plus pour toi que pour elle.

Elle te suit du regard, t’observe t’éloigner. Et puis elle panique. Elle bouge. Elle traverse la foule à grandes enjambées, craignant de te perdre dans ce tourbillon de gens qui n’arrête pas de bouger. Elle finit par poser la main sur ton épaule, avec une douceur presque maladroite. Elle te force à la regarder. « Je vais essayer de voir… pour qu’il ne te les coupe pas. »

Tu la fixes, muette. Tu n’y crois pas une seconde. C’est lui qui a le pouvoir. Pas elle. Elle peut promettre tout ce qu’elle veut, elle ne l’aura jamais, le dernier mot. Et pourtant, elle continue d’y croire. Elle s’accroche. Elle espère. Parce qu’elle l’aime encore, peut-être. Tu trouves ça con, l’amour. Tu le trouves cruel. Tu renifles. Ton regard s’ancre dans le sien, un regard éteint contre un regard encore plein de ce fichu espoir. Cet espoir qui survit à tout, même à la honte, même à la peur. Et t’as envie d’être méchante. De la blesser. De lui jeter en pleine figure la vérité qu’elle refuse de voir. Mais tu ravales. La pique reste coincée dans ta gorge, noyée sous un reste de lucidité.

Tu te souviens. Elle est autant prisonnière que toi. Victime du même enfer.

« Laisse tomber. » Tu souffles ça plutôt que tu ne le dis vraiment, dans un soupir qui s’échappe entre tes dents, les épaules haussées, le regard déjà ailleurs. T’accrocher à cette nonchalance bancale, c’est tout ce qu’il te reste pour prétendre encore tenir les rênes.

Alors tu reprends ta route comme si de rien n’était. Ta mère aussi. Elle garde le silence, fuyant ton regard, sa main toujours posée sur ton épaule, légère, trop légère. Comme si elle s’attendait à ce que tu t’évapores à tout moment. Comme si elle voulait juste vérifier que tu es encore là. Et parfois, ouais… tu te dis que disparaître, ça serait pas si mal.

Mais soudain, elle s’arrête. Net. Tu sens ses doigts se crisper sur ton épaule, ses ongles qui s’enfoncent un peu trop. Tu fronces les sourcils, encore plus qu’avant, et tu tournes la tête, moitié curieuse, moitié agacée. Elle, elle garde les yeux braqués droit devant. Et ça, c’est pas normal. L’agacement se transforme en alerte. En instinct. Tu suis son regard.

Un homme se tient là, immobile, planté comme une statue au milieu du passage, les yeux écarquillés. Il la fixe avec une intensité qui t’électrise les nerfs. Il a un visage long, tiré, fatigué. Des rides aux coins des yeux, une mèche rebelle qui s’échappe d’une coiffure trop bien peignée, des rouflaquettes à l’ancienne et un manteau qui pue le vieux monde sorcier. Celui des gens importants. Celui des gens sûrs d’eux. Celui des gens qui n’ont jamais eu à fuir.

Il a l’allure de ceux qui n’ont jamais connu le manque.

Son regard glisse vers toi. S’arrête. Et soudain, ses yeux s’arrondissent un peu plus encore, comme s’il venait de comprendre quelque chose. Il te regarde, puis regarde Maria, puis toi encore. Une question muette flotte dans l’air. Elle est lourde, épaisse, presque tangible. Elle te serre la gorge.

« Maman ? Tu le connais ? » tu demandes, la voix plus tremblante que tu ne l’aurais voulu.

« Non. » La réponse fuse, sèche, dure. Elle t’empoigne le bras et tire brusquement. T’as pas le temps de résister qu’elle t’entraîne déjà à grandes enjambées, le souffle court, le teint blême. Comme si elle avait vu un fantôme.

Et là, tu piges. Elle ment.

Ta mère. Ta mère ne ment jamais. Parce qu’elle ne sait pas mentir.

Tu la regardes, droit dans les yeux, et ton silence crie plus fort que n’importe quel mot. Elle le sent. Mais elle s’obstine, s’enfonce. « C’est personne. » qu’elle répète, mais sa voix est creuse, éraillée. Elle presse le pas, cherche à s’éloigner aussi vite que possible, fuyant un passé qui semble lui coller aux talons. « Allez, on rentre… et tu me raconteras tout, hein ? Comment c’était, si tu t’es fait des amies… Tes lettres étaient… courtes. »

Tu pourrais insister. Demander encore. Mais t’as déjà compris. Alors tu lâches, dans un souffle las : « Ouais… » Et tu la suis. Mais tu regardes encore derrière toi. Il est là, à l’endroit où vous vous teniez un peu plus tôt. Vos regards se croisent, le sien vacille. Il y a là quelque chose de familier que tu ne saurais nommer.

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1ère année • Elle • 12 ans • #9C3940
Tout recommencera, tout reviendra
Tout disparaîtra, tout survivra