Nous en sommes les oiseaux
22 MAI 2050, 13h
COUR DE MÉTAMORPHOSE, POUDLARD,
Alyona, 20 ans,
COUR DE MÉTAMORPHOSE, POUDLARD,
Alyona, 20 ans,
Déambuler dans les couloirs de Poudlard, les doigts longeant les murs de pierre froide, d'un souffle aspirer l'air et les souvenirs qui traînent et hantent la mémoire comme les fantômes disparus, le regard dans le vide, lentement, silencieusement, presque solennellement. Je retrouve les terres de mon passé avec une délicatesse qui me bouleverserait presque. C'est tellement étrange, tellement troublant. Les lieux ont des odeurs. Et les images éclosent dans mes pensées comme des bouquets de fleurs, je les cueille avant qu'elles ne fanent ; à droite, c'est le chemin que je prenais pour aller en botanique, après mes cours à l'étage ; là, nous aimions nous asseoir avec Ecco en attendant que la bibliothèque ouvre ; et la vue de cette fenêtre m'a toujours semblé grandiose, je crois que c'est un des points d'observation que je préfère, on peut y voir toute une partie du parc, en hiver c'est merveilleux. Merlin, je ne pensais pas y revenir, j'avais dit adieu à ces crevasses dans les murs, à ce sol de pierre et à ces bruits d'élèves qui ne se taisent jamais. J'y avais renoncé comme un rêveur qui laisse son songe lui échapper. Le vent, je le pensais, avait tout emporté. Et pourtant me revoilà.
J'ai l'impression qu'on m'a plongée dans le passé. Je suis sous l'eau, entre les vagues d'hier et celles d'il y a neuf ans, transportée par les images, les parfums, les mélodies des lieux et tout ce que j'en ai conservé dans mes poches. Je suis de nouveau élève ici, j'ai onze ans, douze ans, treize ans, je m'émerveille en suivant Anaë pour ne pas me perdre, je sélectionne des livres de la bibliothèque au hasard pour les feuilleter, je marche dans le parc jusqu'à avoir des insectes sur les genoux, je colle mon front aux vitres pour la sensation du souffle coupé, je cours dans les couloirs et bouscule quelques grands élèves, je révise et je travaille et j'apprends, et cela me plaît ; j'ai treize, quatorze ou quinze ans, ma magie fourmille au bout de mes doigts, les serres sont ma nouvelle bibliothèque et j'ai mes endroits favoris dans le parc, je mange dans la Grande Salle en discutant avec des amis, j'ai peur en découvrant le monde et sa cruauté, je réfléchis et je pense beaucoup à demain et au passé, je grandis ; j'ai seize, dix-sept ou dix-huit ans, je connais le château mieux que chez moi, j'engloutis tout ce qu'il peut m'offrir, j'ai mes premiers diplômes et plus peur de me perdre.
L'eau monte, monte, monte. Je suis trempée de passé, ma pensine ruisselle sur ma chair, et ma peau absorbe tout, jusqu'à ce que je ne sois plus qu'une ancienne élève qui redécouvre le lieu où elle a passé sept ans de sa vie, avec sur la langue une nostalgie douce-amère qui la fait surtout sourire.
Mes pas me portent, sans que je ne m'en rende vraiment compte, jusqu'à la cour de métamorphose. C'est un lieu où je passais peu, et pourtant c'est vers là que je me dirige, et non dans le parc qui a toujours fleuri de réconfort. Le souvenir de quelques phrases se répand à l'arrière de mon crâne comme de la sève ; j'ai entendu qu'il y avait dans cette cour un arbre encore jeune, qui y a été planté pour sa magie, une sorte d'arbre monde. Ses racines semblent assez grandes pour s'être enroulées autour de mes chevilles : ce sont elles qui m'appellent et me conduisent jusqu'ici. Ma curiosité me prend la main, et ses doigts sont chauds comme ceux d'une sœur.
La cour est presque déserte. Sa chanson est si douce qu'elle m'invite à m'avancer jusqu'à son cœur. J'ai l'air si fragile, si étrangère dans ce paysage qui n'est plus le mien, à croire que je suis entrée dans le mauvais tableau, que je me suis trompée. Je suis un oiseau migrateur qui se pose sur l'aube le temps d'en cueillir la lumière. On n'entendra même pas le battement de mes ailes.
La clarté rebondit sur mon corps et éclaire ma peau. Des vagues de surprise roulent jusqu'à mes bottines et mouillent le bas de ma cape. Des plantes y poussent. Mon souffle se tord et mes yeux s'arrondissent. Une brise soulève une de mes mèches enflammées et dévoile mon regard fasciné.
Il y a bien un petit arbre, au centre de la cour, un arbre qui n'y était pas avant. Il est encore jeune, mince, sûrement fragile. Ses rameaux lui font des bras déjà prêts à embrasser le monde. C'est sûrement un nouvel élève qui découvre aussi les lieux, commence à s'y sentir à l'aise et n'a plus peur de demain, puisqu'il sait qu'ici il ne pourra que bien s'épanouir. Il est protégé des vents, entouré des pierres qui ont résisté à tout, et tout vu, tout écouté, tout absorbé. Des jeunes sorciers partagent son air et s'abreuvent à sa lumière. Il est ancré pour longtemps, peut-être des siècles ; il en verra des hivers, des batailles de boules de neige, des étés où les oiseaux chantent, des automnes où les feuilles se tapiront à son pied pour se blottir contre son tronc, des printemps où les rires et le vert le feront fleurir avant l'heure ; il en connaîtra, des sorciers et des saisons.
Merlin ! Il y a une nouvelle pousse dans mon jardin de souvenirs ! Je ne pensais pas qu'il me restait encore des plantes à découvrir à Poudlard. Mais celle-ci n'est pas comme les autres. Elle brille un peu plus, et je suis tellement sensible à sa lumière.
Alors, je reste figée, là, à regarder cet arbre, et l'aura qu'il dégage pose ses doigts chauds sur ma joue.
Texte pensé pour se satisfaire en tant qu'OS, mais peut devenir un RP classique si quelqu'un-e souhaite le rejoindre.
De préférence, pas de 1A et 2A. Je ne serai pas exigeante sur les délais de réponse.
De préférence, pas de 1A et 2A. Je ne serai pas exigeante sur les délais de réponse.
Dernière modification par Alyona Farrow le 20 août 2025, 18:05, modifié 2 fois.
#466962 ‖ Botaniste au Jardin de Draíocht
Nous en sommes les oiseaux
Pourquoi avait-elle accepté de participer aux salons de l'orientation, cette année-là ? A dix jours de ses BUSEs, elle avait perdu un week-end, passé à la bibliothèque, à attendre que des gens viennent lui adresser la parole, à répéter toujours la même chose. Elle aimait sa filière, et d'un côté, elle était contente de pouvoir la représenter avec Erin et elle n'avait pas passé un mauvais moment, mais d'un autre côté... Elle avait tant de choses à faire, tant de cours à réviser, qu'elle avait simplement eu l'impression d'une perte de temps. Et aussi, peut-être, aurait-elle eu envie de passer interroger les anciens élèves qui représentaient les écoles post-Poudlard. Certes, elle savait précisément quelle école elle voulait faire, mais c'était toujours intéressant de discuter avec une personne ayant vécu cette école ; comment était-ce là-bas ? Comment fonctionnaient les cours ? Est-ce que l'examen d'admission était compliqué ? Est-ce que la personne était contente de l'avoir intégrée ? Que souhaitait-elle faire plus tard, une fois qu'elle aurait son diplôme en poche ? Les questions bourgeonnaient à foison dans son cerveau d'aiglonne curieuse, et à présent que les salons étaient terminés, elle regrettait de ne pas avoir demandé à Erin de gérer seule leur stand pendant quelques minutes, pour qu'elle aille parler avec l'ancienne Serdaigle qui représentait l'Institut de Médicomagie et des Sciences Magiques.
Sa chatte dans les bras, elle descendait les escaliers pour se rendre jusqu'au parc. Les salons s'étaient terminé quelques minutes auparavant, et elle avait pu quitté la bibliothèque pour se rendre dans sa salle commune. Là-bas, c'était une Lojae surexcitée qui l'avait accueillie et elle en avait conclu que ses devoirs seraient pour plus tard ; de toute façon, elle n'avait aucune motivation pour les faire à l'heure actuelle, donc autant se balader une petite heure dans le parc avant de s'y mettre. Elle serait probablement plus productive ainsi.
Alors qu'elle traversait la cour de métamorphose pour se rendre ensuite dans le hall d'entrée, une silhouette qui lui semblait familière attira son œil. Rousse, la jeune femme qui se tenait là semblait un peu trop âgée pour être une élève de Poudlard, mais Ellana était certaine qu'il ne s'agissait pas non plus d'une employée du château, elle l'aurait reconnue tout de suite sinon... Elle resta une seconde à l'observer, avant qu'un déclic ne se fasse : c'était la sorcière qui tenait le stand de l'IMSM aux salons tout à l'heure. Lojae sauta de ses bras à ce moment-là, mais la brune n'en fit rien ; sa chatte pouvait bien aller là où elle voulait, du moment qu'elle ne s'éloignait pas trop. Le doute la prit ; devait-elle apostropher l'étudiante ? Il n'était pas encore trop tard, pour poser toutes les questions qu'elle avait sur le bout de la langue... D'un autre côté, elle n'avait pas envie de la déranger. Elle sentit ses joues s'empourprer, alors même qu'elle n'avait pas encore dit un mot. Pourquoi fallait-elle qu'elle soit si timide ? Elle expira lentement, le plus silencieusement possible et fit un premier pas vers l'avant. Elle le regretterait si elle ne disait rien. "Il est beau, n'est-ce pas ?" murmura-t-elle dans un souffle, son regard posé vers l'arbrisseau.
Sa chatte dans les bras, elle descendait les escaliers pour se rendre jusqu'au parc. Les salons s'étaient terminé quelques minutes auparavant, et elle avait pu quitté la bibliothèque pour se rendre dans sa salle commune. Là-bas, c'était une Lojae surexcitée qui l'avait accueillie et elle en avait conclu que ses devoirs seraient pour plus tard ; de toute façon, elle n'avait aucune motivation pour les faire à l'heure actuelle, donc autant se balader une petite heure dans le parc avant de s'y mettre. Elle serait probablement plus productive ainsi.
Alors qu'elle traversait la cour de métamorphose pour se rendre ensuite dans le hall d'entrée, une silhouette qui lui semblait familière attira son œil. Rousse, la jeune femme qui se tenait là semblait un peu trop âgée pour être une élève de Poudlard, mais Ellana était certaine qu'il ne s'agissait pas non plus d'une employée du château, elle l'aurait reconnue tout de suite sinon... Elle resta une seconde à l'observer, avant qu'un déclic ne se fasse : c'était la sorcière qui tenait le stand de l'IMSM aux salons tout à l'heure. Lojae sauta de ses bras à ce moment-là, mais la brune n'en fit rien ; sa chatte pouvait bien aller là où elle voulait, du moment qu'elle ne s'éloignait pas trop. Le doute la prit ; devait-elle apostropher l'étudiante ? Il n'était pas encore trop tard, pour poser toutes les questions qu'elle avait sur le bout de la langue... D'un autre côté, elle n'avait pas envie de la déranger. Elle sentit ses joues s'empourprer, alors même qu'elle n'avait pas encore dit un mot. Pourquoi fallait-elle qu'elle soit si timide ? Elle expira lentement, le plus silencieusement possible et fit un premier pas vers l'avant. Elle le regretterait si elle ne disait rien. "Il est beau, n'est-ce pas ?" murmura-t-elle dans un souffle, son regard posé vers l'arbrisseau.
Coucou ! J'espère que ça te convient 
530 mots
530 mots
Nous en sommes les oiseaux
L'émotion qui se déploie dans mon cœur est étrange. C'est une fascination respectueuse, dense comme un nuage de fumée mais légère, qui en prenant de l'importance me coupe du reste. Je deviens un Icare prudent, qui, envoûté, connaît pourtant ses limites, et dépourvu de vanité, parviens à se faire l'observateur discret des merveilles qu'il sait ne pas devoir convoiter. Le souffle me manque un peu. Je me sens comme un oiseau. Mon regard se pose sur les rameaux et je tâte de la pensée l'avenir que l'arbre offre au château. Les après-midi d'été sous ses feuilles, les jeux d'échecs à ses racines, les rendez-vous discrets et secrets près de son écorce, les entraînements et révisions de sortilèges surveillés par les gourmands de son tronc. Je pourrai être envieuse, jalouse de ne pas avoir la possibilité de connaître ces futurs délices, mais l'unique sentiment qui en coule, c'est un apaisement confortable et fleuri, contre lequel je m'affale comme dans un canapé. Mes yeux se ferment, je souris. Qu'il est agréable de savoir que ceux qui passeront plus tard dans cette cour auront cet arbre pour les protéger de la pluie, les abriter du vent, les soutenir dans leur peine et les accompagner dans leur croissance. L'apaisement qu'il dégage chasse ma nostalgie et mon inquiétude, me laissant dans un état de sérénité et d'émerveillement que je ne pensais pas trouver là, dans ce lieu où je n'avais pas forcément pensé à me rendre.
Même les pas et le murmure qui s'élance non loin de moi ne parviennent pas à m'arracher à ce bien-être. La magie de l'arbre semble empêcher l'approche de toutes les ombres. Je lui en suis secrètement reconnaissante, avoir toute cette lumière sur le visage et dans les mains est bien plus agréable, et j'aime les sentiments doux que cela m'apporte, et qui sont plus légers à porter que tous les autres.
Mes lèvres s'étirent davantage. « Beau », c'est une épithète simple, mais pourquoi en faudrait-il un autre ? Celui-ci correspond bien. Plus tard, on pourrait le pendre à une branche comme une lanterne, il y sera à sa place.
« Oui, très, réponds-je en me tournant vers le nouvelle venue. J'en avais entendu parler, mais c'est toujours différent de le découvrir. Il est très apaisant. »
La jeune sorcière qui s'est approchée de moi ne m'est pas étrangère. Elle vient secouer tout un tas de vieux souvenirs remontant à ma scolarité dans le château, mais je ne parviens pas à retrouver celui qui l'évoque. Nous sommes-nous seulement déjà parlées ? Cela doit être lointain, profondément enfoui dans cet amas de feuilles mortes. À moins que ce ne soit que son visage qui m'est familier, parce qu'issu d'un lieu que j'ai eu l'habitude de parcourir ? Mon instinct me murmure qu'il s'agit sûrement d'une Serdaigle. Le bleu est une couleur que je lui associe naturellement. Pourtant, je serai incapable de mettre un nom sur ses traits. Les souvenirs perdent de leur couleur.
Mon regard glisse de nouveau sur le petit arbre, attiré comme un papillon. Il tourne autour, et, presque inconsciemment, surveille des détails qui pourraient trahir un mauvais état. C'est là une étrange tendance que mes études de botanique m'ont apportée : je peux difficilement m'empêcher d'observer les plantes comme s'il était de ma responsabilité de m'en occuper, d'en prendre soin, de les tenir en bonne santé et de les protéger des dangers. Pourtant, ici, ce n'est clairement pas mon rôle. N'est-ce pas aussi évident de penser que je peux avoir confiance en ceux qui sont chargés d'entretenir cette plante et les autres ? Là n'est probablement pas la question, car j'ai confiance en eux. Je peux juste difficilement retenir mes impulsions.
Je n'ajoute rien pour la jeune sorcière, demeurant silencieuse et immobile, observatrice, me gorgeant de cette vision, que je sais ne pas pouvoir revoir de sitôt. Peut-être même que je ne reviendrai plus jamais dans cette cour. Cependant, ma présence en ce jour modère mes pensées et tend à effacer les « plus jamais » que j'avais forgé. Les portes peuvent toujours être réouvertes si l'opportunité se présente.
Même les pas et le murmure qui s'élance non loin de moi ne parviennent pas à m'arracher à ce bien-être. La magie de l'arbre semble empêcher l'approche de toutes les ombres. Je lui en suis secrètement reconnaissante, avoir toute cette lumière sur le visage et dans les mains est bien plus agréable, et j'aime les sentiments doux que cela m'apporte, et qui sont plus légers à porter que tous les autres.
Mes lèvres s'étirent davantage. « Beau », c'est une épithète simple, mais pourquoi en faudrait-il un autre ? Celui-ci correspond bien. Plus tard, on pourrait le pendre à une branche comme une lanterne, il y sera à sa place.
« Oui, très, réponds-je en me tournant vers le nouvelle venue. J'en avais entendu parler, mais c'est toujours différent de le découvrir. Il est très apaisant. »
La jeune sorcière qui s'est approchée de moi ne m'est pas étrangère. Elle vient secouer tout un tas de vieux souvenirs remontant à ma scolarité dans le château, mais je ne parviens pas à retrouver celui qui l'évoque. Nous sommes-nous seulement déjà parlées ? Cela doit être lointain, profondément enfoui dans cet amas de feuilles mortes. À moins que ce ne soit que son visage qui m'est familier, parce qu'issu d'un lieu que j'ai eu l'habitude de parcourir ? Mon instinct me murmure qu'il s'agit sûrement d'une Serdaigle. Le bleu est une couleur que je lui associe naturellement. Pourtant, je serai incapable de mettre un nom sur ses traits. Les souvenirs perdent de leur couleur.
Mon regard glisse de nouveau sur le petit arbre, attiré comme un papillon. Il tourne autour, et, presque inconsciemment, surveille des détails qui pourraient trahir un mauvais état. C'est là une étrange tendance que mes études de botanique m'ont apportée : je peux difficilement m'empêcher d'observer les plantes comme s'il était de ma responsabilité de m'en occuper, d'en prendre soin, de les tenir en bonne santé et de les protéger des dangers. Pourtant, ici, ce n'est clairement pas mon rôle. N'est-ce pas aussi évident de penser que je peux avoir confiance en ceux qui sont chargés d'entretenir cette plante et les autres ? Là n'est probablement pas la question, car j'ai confiance en eux. Je peux juste difficilement retenir mes impulsions.
Je n'ajoute rien pour la jeune sorcière, demeurant silencieuse et immobile, observatrice, me gorgeant de cette vision, que je sais ne pas pouvoir revoir de sitôt. Peut-être même que je ne reviendrai plus jamais dans cette cour. Cependant, ma présence en ce jour modère mes pensées et tend à effacer les « plus jamais » que j'avais forgé. Les portes peuvent toujours être réouvertes si l'opportunité se présente.
Merci de m'avoir rejoint ! Je suis bien contente de pouvoir réécrire avec toi.
#466962 ‖ Botaniste au Jardin de Draíocht