A.M. Ce pull me hait

Avril 2050, un vendredi
@Alizée Melrose


Tic...Tac... Yesenia fixait l'horloge, dans la salle de classe de Défenses Contre les Forces du Mal. Le temps passait si lentement qu'elle crût un instant que les aiguilles s'étaient complètement figées, marquant la terrible mort de l'horloge. Mais non, l'aiguille destinée aux secondes fonctionnait toujours, poursuivant sa course inlassable, et recommençant tout de suite après, appelant l'aiguille suivante à avancer d'un centimètre à peine. Pas plus. Le temps était une chose mystérieuse à Poudlard. Pourquoi était-il aussi court lorsque la Serpentard était accompagnée de ses amis, et si long ensuite lorsqu'elle s'asseyait derrière un pupitre. Tic... Tac...

Yesenia soupira discrètement. Elle jeta un oeil par la fenêtre. Ici, du premier étage du château, l'adolescente avait une vue imprenable sur le parc, et sur la Cour de la tour de l'horloge. Lorsque la sonnerie retentirait, elle se faufilerait rapidement parmi la foule, et dévalerait les marches jusqu'à arriver dans les extérieurs du château.

Ce n'était pas tant le cours qui la dérangeait, mais plutôt ce qui l'attendait ensuite qui la rendait aussi impatiente. Yesenia aimait beaucoup les cours de Défense Contre les Forces du Mal, et surtout le professeur qui enseignait. De manière générale, Yesenia s'abreuvait de chaque parole, n'interrompant jamais le cours. Ses compétences dans la matière s'étaient nettement améliorées au fil des années, et elle appréciait comprendre les rouages de chaque sort de défense. Tout cela était vraiment important pour son futur.

Tic... Tac... Yesenia tapota nerveusement le bout de ses doigts contre le bois de sa table. Un regard indigné en biais lui fit comprendre qu'il valait mieux qu'elle cesse immédiatement tout bruit parasite. Elle grimaça, et baissa les yeux sur son manuel, puis sur sa pile de parchemin. Le papier avait bu les gouttes d'encre qui se déversaient de sa plume, plume qu'elle tenait en lévitation de sa main droite et qui n'avaient pas écrit un traitre mot du cours entier.

Yesenia se mordit la lèvre inférieure. Ce n'était pas sérieux. L'année prochaine, elle serait en septième année. Sa dernière année. Il n'était plus question d'être une petite fille immature qui ne prenait pas compte de sa scolarité, comme elle avait pu l'être auparavant. C'était ce qui lui avait empêché de continuer le préfectorat, d'ailleurs. Yesenia eut un pincement au coeur en pensant à son badge de préfète et ô combien son amitié avec Kelly Fullbuster en avait souffert par la suite.

Tic...Tac... Finalement, ressasser de vieux souvenirs avaient permis de ne pas penser à l'heure. Elle se réjouit. Il ne restait que deux minutes. Yesenia rangea discrètement son encrier, vissant le bouchon, vérifiant qu'il n'allait pas - encore - se vider dans son sac à bandoulière, puis, essuya le bout sa plume avec un torchon. Elle expédia le tout dans son sac à bandoulière, usé par le temps, puis en sortit rapidement un baume à lèvre mentholé. Elle passa le beurre contre ses lèvres, ressentant une grande sensation de frais, et un légèrement picotement. Elle recoiffa sa frange, grâce à son reflet dans la fenêtre, et enfin, elle fut prête.

Entre les raclements de chaises, et le brouhaha des élèves qui s'élevait, Yesenia n'entendit même plus le tic tac de l'horloge. L'adolescente fit comme tous les autres élèves : elle se faufila rapidement vers la sortie, sans oublier de saluer son professeur avec respect.

Dans les couloirs du château, le flot d'élèves était à son comble. Yesenia se demanda si un sortilège d'engorgement n'avait pas soudain été jeté sur l'entièreté du château. Yesenia soupira, évitant des coudes mal placés, ou des pieds prêts à faire des croche-pattes. Les escaliers n'en faisaient pas à leur tête, aujourd'hui, tant mieux pour elle. Elle sautilla jusqu'à la dernière marche, les yeux fermés. Après tant d'années, elle avait finit par connaître les escaliers par coeur.

L'air frais s'immisça en elle d'un coup, comme si on lui avait déversé un grand seau d'eau glacé, lorsqu'elle ouvrit les portes qui menaient à la Cour de la Tour de l'Horloge. Le début de printemps était rude. Elle traversa la Cour à grand pas, attendant au rendez-vous habituel. Mais le froid avait rapidement raidi le bout de ses doigts. Elle sortit son pull, qu'elle enfila par dessus son uniforme de sorcière. Le début de la récréation sonnait également la non-obligation de respecter à la lettre l'uniforme, et Yesenia le savait très bien. Elle savait aussi, que lorsqu'elle irait à son cours suivant, le pull serait à nouveau rangé dans son sac à bandoulière.

Elle n'avait plus qu'à attendre son bien-aimé. Il lui avait promit de se retrouver ici. Les mois défilaient à une telle vitesse, qu'Yesenia ne voulait pas perdre le moindre instant précieux avec Aliosus. Evidemment, l'adolescente faisait en sorte de lui laisser de l'espace tout de même. C'était un septième année, il avait d'autres obligations ailleurs, des amis avec qui profiter. Même si Yesenia éprouvait une pointe de jalousie, elle ne lui en tenait pas rigueur, préférant se concentrer sur les moments à deux, ensemble, main dans la main.

L'attente était encore plus interminable que dans la salle de classe. Le froid était toujours aussi mordant, et ce pull grattait à des endroits improbables. Il n'avait jamais gratté avant. Yesenia se gratouilla doucement le coude, espérant que personne ne la voit. Elle n'avait pas envie que l'on croit qu'elle ait des puces, ou un autre parasite dérangeant. Le fait d'y penser lui donna envie de se gratter l'avant bras. Et puis, ce pull était vraiment petit. Il s'arrêtait au dessus du nombril. Yesenia avait déjà remarqué quelques Moldues porter leur pull de cette manière. Elle trouvait cela très joli, lorsque le nombril était apparent. Mais là, elle se sentait comme une énorme bavboule, enrobées de couches.

Et ce pull qui grattait... Qui était riquiqui... Quelle était donc cette sorcellerie ?

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