La faveur formatrice
18 mars 2046
Manoir des Houston – Wellington
9 ans
« Nous serons absents cet après-midi, » a annoncé Isabel lors du repas. Et depuis, Ashley n'attend qu'une chose : le départ de ses parents. Le déjeuner lui a paru extrêmement long, comme s'ils faisaient exprès de manger lentement et de prendre leur temps pour faire durer le moment avec elle et profiter un peu plus de sa présence. Mais elle, elle veut juste qu'ils s'en aillent, qu'ils arrêtent de lui parler et de lui poser des questions. Ils se reverront le soir, de toute façon, et tout reprendra comme d'habitude. Elle n'a qu'une hâte, et c'est de pouvoir rejoindre la bibliothèque pour passer l'après-midi à lire. Ou se balader dans le jardin, pour s'allonger dans l'herbe et feuilleter son bouquin. Ce qui, au final, revient au même, car elle sait que quoiqu'il arrive, elle finira par lire, peu importe où, quand et quoi.
Puis Papa a dit que Miss Pinehead viendrait s'occuper d'elle, et son visage s'est renfrogné. Elle n'a pas envie qu'on s'occupe d'elle. Elle se débrouille très bien toute seule, depuis que Natanaël n'est plus là pour passer du temps avec elle, même s'il lui manque énormément et qu'elle n'ose pas se l'avouer. Et c'est pareil pour Marilyn, qui a accepté un poste de professeur à la Magifac, et qui n'a donc plus le temps de venir lui dire toutes ces choses intéressantes sur la magie, l'art, les plantes et la musique. C'est son violon qui manque le plus à Ashley, elle qui aime tant l'écouter et qui admire la facilité avec laquelle elle glisse l'archet sur les cordes, la simplicité avec laquelle elle fait résonner chaque note aussi merveilleusement que si c'était elle qui avait écrit le morceau. Elle n'a que faire des quelques autres précepteurs qui viennent, qui disent aussi des choses intéressantes mais qui le font d'une façon qui lui donne envie de se boucher les oreilles, car ils ne savent pas être aussi captivants que Marilyn ou Natanaël, ou même ses parents lorsqu'ils ne s'absentent pas. Ashley leur en veut de l'abandonner aux mains de Miss Pinehead.
Au fond, elle sait qu'elle n'est pas bien méchante, cette dame à l'air strict et intransigeant. Elle la trouve même plutôt passionnée, même si elle fait un peu peur. Elle ressemble un peu à Grand-mère. Mais, quand même, quitte à choisir entre être avec ses parents, ou être seule mais avec Miss Pinehead, Ashley préfère la première option, parce que là au moins elle peut faire ce qu'elle veut, apprendre ce qu'elle veut et s'intéresser à ce qu'elle veut. Ce qui n'est pas le cas avec les autres adultes, et ça a le don de la frustrer énormément. Alors lorsque la porte s'ouvre pour laisser entrer cette grande dame rigide et élégante, c'est un « Bonjour » un peu bougon qui l'accueille de la part d'Ashley, au milieu des politesses de ses parents qui la remercient grandement de cette faveur et lui promettent qu'ils lui rendront visite prochainement. Ils le font d'une façon qui les rend désirables, qui donne envie de discuter avec eux un peu plus longtemps, et encore une fois, Ashley leur en veut de partir. Ils auraient pu rester prendre le thé avec Miss Pinehead, plutôt que d'aller rendre visite à une vieille connaissance habitant trop loin pour qu'elle puisse les accompagner. Ça aurait été tout aussi bien, si ce n'est mieux, car le savoir de Miss Pinehead est impressionnant, et qu'une conversation entre eux trois donnerait naissance à des merveilles.
Puis, dans le grand hall vide du manoir, ce n'est plus que l'adulte et Ashley, qui espère que l'après-midi passera vite et que ses parents ne rentreront pas trop tard. Mais elle espère aussi que l'amie de ses parents ne sera pas trop froide et voudra bien répondre à toutes ses questions. Cet espoir-là est plus fort qu'elle et c'est avec celui-ci qu'elle emmène son aînée dans le salon.
Manoir des Houston – Wellington
9 ans
« Nous serons absents cet après-midi, » a annoncé Isabel lors du repas. Et depuis, Ashley n'attend qu'une chose : le départ de ses parents. Le déjeuner lui a paru extrêmement long, comme s'ils faisaient exprès de manger lentement et de prendre leur temps pour faire durer le moment avec elle et profiter un peu plus de sa présence. Mais elle, elle veut juste qu'ils s'en aillent, qu'ils arrêtent de lui parler et de lui poser des questions. Ils se reverront le soir, de toute façon, et tout reprendra comme d'habitude. Elle n'a qu'une hâte, et c'est de pouvoir rejoindre la bibliothèque pour passer l'après-midi à lire. Ou se balader dans le jardin, pour s'allonger dans l'herbe et feuilleter son bouquin. Ce qui, au final, revient au même, car elle sait que quoiqu'il arrive, elle finira par lire, peu importe où, quand et quoi.
Puis Papa a dit que Miss Pinehead viendrait s'occuper d'elle, et son visage s'est renfrogné. Elle n'a pas envie qu'on s'occupe d'elle. Elle se débrouille très bien toute seule, depuis que Natanaël n'est plus là pour passer du temps avec elle, même s'il lui manque énormément et qu'elle n'ose pas se l'avouer. Et c'est pareil pour Marilyn, qui a accepté un poste de professeur à la Magifac, et qui n'a donc plus le temps de venir lui dire toutes ces choses intéressantes sur la magie, l'art, les plantes et la musique. C'est son violon qui manque le plus à Ashley, elle qui aime tant l'écouter et qui admire la facilité avec laquelle elle glisse l'archet sur les cordes, la simplicité avec laquelle elle fait résonner chaque note aussi merveilleusement que si c'était elle qui avait écrit le morceau. Elle n'a que faire des quelques autres précepteurs qui viennent, qui disent aussi des choses intéressantes mais qui le font d'une façon qui lui donne envie de se boucher les oreilles, car ils ne savent pas être aussi captivants que Marilyn ou Natanaël, ou même ses parents lorsqu'ils ne s'absentent pas. Ashley leur en veut de l'abandonner aux mains de Miss Pinehead.
Au fond, elle sait qu'elle n'est pas bien méchante, cette dame à l'air strict et intransigeant. Elle la trouve même plutôt passionnée, même si elle fait un peu peur. Elle ressemble un peu à Grand-mère. Mais, quand même, quitte à choisir entre être avec ses parents, ou être seule mais avec Miss Pinehead, Ashley préfère la première option, parce que là au moins elle peut faire ce qu'elle veut, apprendre ce qu'elle veut et s'intéresser à ce qu'elle veut. Ce qui n'est pas le cas avec les autres adultes, et ça a le don de la frustrer énormément. Alors lorsque la porte s'ouvre pour laisser entrer cette grande dame rigide et élégante, c'est un « Bonjour » un peu bougon qui l'accueille de la part d'Ashley, au milieu des politesses de ses parents qui la remercient grandement de cette faveur et lui promettent qu'ils lui rendront visite prochainement. Ils le font d'une façon qui les rend désirables, qui donne envie de discuter avec eux un peu plus longtemps, et encore une fois, Ashley leur en veut de partir. Ils auraient pu rester prendre le thé avec Miss Pinehead, plutôt que d'aller rendre visite à une vieille connaissance habitant trop loin pour qu'elle puisse les accompagner. Ça aurait été tout aussi bien, si ce n'est mieux, car le savoir de Miss Pinehead est impressionnant, et qu'une conversation entre eux trois donnerait naissance à des merveilles.
Puis, dans le grand hall vide du manoir, ce n'est plus que l'adulte et Ashley, qui espère que l'après-midi passera vite et que ses parents ne rentreront pas trop tard. Mais elle espère aussi que l'amie de ses parents ne sera pas trop froide et voudra bien répondre à toutes ses questions. Cet espoir-là est plus fort qu'elle et c'est avec celui-ci qu'elle emmène son aînée dans le salon.
Quatrième année | Corneille du Chant | #741b47 | Saumon indépendant | Préfubbies aspirateur
La faveur formatrice
« Bonjour mademoiselle. »
Une fois encore, seule la petite Houston vient ouvrir la porte. Sans se départir de son regard dur et intransigeant, Églantine ne peut cependant s'empêcher de ressentir une certaine peine pour cette enfant. Au cours de sa carrière de formatrice, elle avait bel et bien noté plusieurs catégories de familles. Il y a celles qui accompagnent leurs enfants de bout en bout, à chaque étape du processus, apprenant presque autant qu'eux. Celles qui, dépassées par leurs responsabilités, n'ont d'autre choix que de se tourner vers des gens comme la fine brune, pour accomplir ce qu'ils sont incapables de faire.
Et enfin, il existe les familles qui pourraient, si elles le voulaient, se tenir aux côtés de leurs enfants.
Cette dernière catégorie, Églantine ne l'avouerait jamais à voix haute, mais elle leur vouait un mépris des plus profonds. Elle-même ne laissait son enfant qu'avec grand regret et grande inquiétude à son père, et la préceptrice veillait à ce que chaque leçon qu'elle reçoive en son absence soit d'une qualité égale à celle qu'elle pourrait dispenser. Alors elle aurait pu cracher aux visages de ces gens, qui ponctuaient de visites régulières sa petite librairie, lorsqu'ils lui avaient demandé le service d'éduquer leur fille.
Mais son amour du savoir dépassait de très loin son mépris envers les gens ignorants. Et par conséquent, saisir l'occasion de former un esprit vierge, c'était bien quelque chose qu'elle aurait été incapable de refuser. Le bruit de ses talons ponctuent celui des petits pas d'Ashley, et son ombrelle flotte magiquement, accompagnant sa veste et son grand chapeau stylisé jusqu'à leurs emplacements respectifs.
« Que voilà une bien triste mine, mademoiselle. »
Un coup de canne sur le sol dur, achevant mon arrêt au milieu de ce salon vide. Quelle tristesse... Quel manque de goût évident, quel affichage ostentatoire d'un esprit aussi stérile qu'un livre vide. Qu'importe. Je ne suis point un substitut aux carences des parents, aussi, mon attention se reporte sur l'enfant, un coup de baguette amenant mon sac à mes pieds.
« Bien, à présent... Où nous étions-nous arrêtées ? »
En réalité, la préceptrice sait exactement où les derniers cours se sont interrompus. Mais d'ores et déjà, les tests commencent.
Une fois encore, seule la petite Houston vient ouvrir la porte. Sans se départir de son regard dur et intransigeant, Églantine ne peut cependant s'empêcher de ressentir une certaine peine pour cette enfant. Au cours de sa carrière de formatrice, elle avait bel et bien noté plusieurs catégories de familles. Il y a celles qui accompagnent leurs enfants de bout en bout, à chaque étape du processus, apprenant presque autant qu'eux. Celles qui, dépassées par leurs responsabilités, n'ont d'autre choix que de se tourner vers des gens comme la fine brune, pour accomplir ce qu'ils sont incapables de faire.
Et enfin, il existe les familles qui pourraient, si elles le voulaient, se tenir aux côtés de leurs enfants.
Cette dernière catégorie, Églantine ne l'avouerait jamais à voix haute, mais elle leur vouait un mépris des plus profonds. Elle-même ne laissait son enfant qu'avec grand regret et grande inquiétude à son père, et la préceptrice veillait à ce que chaque leçon qu'elle reçoive en son absence soit d'une qualité égale à celle qu'elle pourrait dispenser. Alors elle aurait pu cracher aux visages de ces gens, qui ponctuaient de visites régulières sa petite librairie, lorsqu'ils lui avaient demandé le service d'éduquer leur fille.
Mais son amour du savoir dépassait de très loin son mépris envers les gens ignorants. Et par conséquent, saisir l'occasion de former un esprit vierge, c'était bien quelque chose qu'elle aurait été incapable de refuser. Le bruit de ses talons ponctuent celui des petits pas d'Ashley, et son ombrelle flotte magiquement, accompagnant sa veste et son grand chapeau stylisé jusqu'à leurs emplacements respectifs.
« Que voilà une bien triste mine, mademoiselle. »
Un coup de canne sur le sol dur, achevant mon arrêt au milieu de ce salon vide. Quelle tristesse... Quel manque de goût évident, quel affichage ostentatoire d'un esprit aussi stérile qu'un livre vide. Qu'importe. Je ne suis point un substitut aux carences des parents, aussi, mon attention se reporte sur l'enfant, un coup de baguette amenant mon sac à mes pieds.
« Bien, à présent... Où nous étions-nous arrêtées ? »
En réalité, la préceptrice sait exactement où les derniers cours se sont interrompus. Mais d'ores et déjà, les tests commencent.
Cavalier de l'Apocalypse de 2050 - 2b1146
« Les élèves s'abstiendront de conversations à voix haute. »
« Les élèves s'abstiendront de conversations à voix haute. »
La faveur formatrice
Et voilà ses parents partis. Ashley jette un dernier coup d'œil à la porte fermée qui maintient cette interminable distance entre elle et eux, avant de lui tourner définitivement le dos et de conduire cette dame grande et glaciale jusqu'au salon. Le chemin lui parait terriblement long, et même s'il n'y a que le hall à traverser, elle a l'impression de marcher des kilomètres. Elle sent la présence de Miss Pinehead derrière elle, et d'une certaine façon, cela la rassure. Ashley n'irait pas jusqu'à penser qu'elle s'est habituée à sa froideur. Mais il est vrai que lorsqu'elle entend ses talons résonner derrière elle sur le sol du manoir, elle commence à trouver ce bruit familier, presque apaisant. Aussi affreuse que soit la présence de la préceptrice, car elle est tout ce que ses parents ne sont pas et représente par la plus terrible des manières leur absence, au moins Ashley n'est-elle plus seule. Alors peut-être qu'au fond, elle s'y est habituée, à ces bruits de talons, à cette grande adulte, et peut-être même qu'elle commence à bien l'aimer.
« Bien l'aimer » sont des mots un peu forts. Car si Ashley n'aime pas l'absence de ses parents, ce n'est que lorsqu'il y a quelqu'un d'autre pour les remplacer. Si elle avait été toute seule, soit ; les rares fois où c'est arrivé, et où elle a pu goûter à la liberté totale que cela procure, ont pour elle été de vrais moments de délivrance où elle était sûre de pouvoir faire ce qu'elle voulait (c'est-à-dire, lire) sans craindre d'être interrompue, ou sans avoir à se demander si ce qu'elle faisait n'était pas mal, ou si elle ne devrait pas arrêter de s'isoler autant, comme le lui reproche souvent sa mère. Dans ces moments-là, Ashley apprécie l'absence de ses parents, car elle passe d'une semi-liberté à une liberté totale. C'est moins le cas lorsqu'ils lui annoncent qu'un précepteur, ou un de leurs amis, va venir s'occuper d'elle. Elle doit faire face à une absence totale de liberté, et cela ne lui plait pas, et explique en partie sa mauvaise humeur, ou plutôt sa « bien triste mine ». Mais elle ne peut pas en vouloir à l'adulte de faire son travail, et peut-être que c'est ça le plus énervant. Miss Pinehead fait son travail et Ashley apprécie la voir être si passionnée quand elle, elle aimerait avoir l'air désintéressée. Inutile de préciser que ses résolutions prises s'évaporent dès que les leçons commencent, et qu'elle boit ses paroles comme elle dévore ses livres.
Alors dans le fond, Ashley aime bien Miss Pinehead, qui lui fait oublier sa solitude et ce désagréable sentiment d'abandon. Mais elle n'aime pas la façon dont sa présence lui est imposée. Peut-être qu'elle pourrait s'avouer qu'elle l'aime bien, et accepter cette chaleur tout au fond de son cœur lorsqu'elle entend le son familier des talons de l'adulte résonner sur le sol, si elle n'était pas tout de suite associée au rôle de préceptrice et, par conséquent, ne symbolisait pas l'absence totale de ses parents, et donc de liberté. Et pour refuser ce sentiment, Ashley s'efforce d'être la plus distante possible. Elle maintient cette froideur entre elles, reste polie et tente de sa petite voix d'être aussi neutre que possible. Ce n'est pas toujours facile, et parfois elle sent son ton se craqueler, montrer une blessure qu'elle préfèrerait garder cachée, mais qui en même temps a besoin d'être montrée pour qu'elle se sente rassurée, comme lorsqu'elle prononce ce « Vous avez fait bon voyage ? ». La contradiction de ses sentiments lui tiraille le ventre et elle invite Miss Pinehead à s'asseoir avec raideur, avant de s'installer sur le canapé comme si ce n'était pas chez elle et qu'elle n'osait se mettre à l'aise.
En revanche, la question de la préceptrice ramène Ashley directement aux leçons précédentes, et elle en oublierait presque son précédent vœu du retour rapide de ses parents. Leur absence est éclipsée par la possibilité de recevoir le savoir que lui offre l'adulte, et l'enfant n'a plus hâte que d'une chose : que la leçon commence. C'est donc d'une voix sûre d'elle, car elle se souvient parfaitement de ce qu'elles ont vu la dernière fois, et car elle sait qu'elle a juste, qu'elle répond à Miss Pinehead.
« On en était aux fantômes de Poudlard et on a commencé l'histoire de la Dame Grise. »
Ashley redresse la tête en disant ces mots, et son corps se détend légèrement. Finalement, ce n'est pas si mal que ça, d'avoir une préceptrice. Et lorsqu'elle est du niveau de Miss Pinehead, c'est même un peu rassurant.
« Bien l'aimer » sont des mots un peu forts. Car si Ashley n'aime pas l'absence de ses parents, ce n'est que lorsqu'il y a quelqu'un d'autre pour les remplacer. Si elle avait été toute seule, soit ; les rares fois où c'est arrivé, et où elle a pu goûter à la liberté totale que cela procure, ont pour elle été de vrais moments de délivrance où elle était sûre de pouvoir faire ce qu'elle voulait (c'est-à-dire, lire) sans craindre d'être interrompue, ou sans avoir à se demander si ce qu'elle faisait n'était pas mal, ou si elle ne devrait pas arrêter de s'isoler autant, comme le lui reproche souvent sa mère. Dans ces moments-là, Ashley apprécie l'absence de ses parents, car elle passe d'une semi-liberté à une liberté totale. C'est moins le cas lorsqu'ils lui annoncent qu'un précepteur, ou un de leurs amis, va venir s'occuper d'elle. Elle doit faire face à une absence totale de liberté, et cela ne lui plait pas, et explique en partie sa mauvaise humeur, ou plutôt sa « bien triste mine ». Mais elle ne peut pas en vouloir à l'adulte de faire son travail, et peut-être que c'est ça le plus énervant. Miss Pinehead fait son travail et Ashley apprécie la voir être si passionnée quand elle, elle aimerait avoir l'air désintéressée. Inutile de préciser que ses résolutions prises s'évaporent dès que les leçons commencent, et qu'elle boit ses paroles comme elle dévore ses livres.
Alors dans le fond, Ashley aime bien Miss Pinehead, qui lui fait oublier sa solitude et ce désagréable sentiment d'abandon. Mais elle n'aime pas la façon dont sa présence lui est imposée. Peut-être qu'elle pourrait s'avouer qu'elle l'aime bien, et accepter cette chaleur tout au fond de son cœur lorsqu'elle entend le son familier des talons de l'adulte résonner sur le sol, si elle n'était pas tout de suite associée au rôle de préceptrice et, par conséquent, ne symbolisait pas l'absence totale de ses parents, et donc de liberté. Et pour refuser ce sentiment, Ashley s'efforce d'être la plus distante possible. Elle maintient cette froideur entre elles, reste polie et tente de sa petite voix d'être aussi neutre que possible. Ce n'est pas toujours facile, et parfois elle sent son ton se craqueler, montrer une blessure qu'elle préfèrerait garder cachée, mais qui en même temps a besoin d'être montrée pour qu'elle se sente rassurée, comme lorsqu'elle prononce ce « Vous avez fait bon voyage ? ». La contradiction de ses sentiments lui tiraille le ventre et elle invite Miss Pinehead à s'asseoir avec raideur, avant de s'installer sur le canapé comme si ce n'était pas chez elle et qu'elle n'osait se mettre à l'aise.
En revanche, la question de la préceptrice ramène Ashley directement aux leçons précédentes, et elle en oublierait presque son précédent vœu du retour rapide de ses parents. Leur absence est éclipsée par la possibilité de recevoir le savoir que lui offre l'adulte, et l'enfant n'a plus hâte que d'une chose : que la leçon commence. C'est donc d'une voix sûre d'elle, car elle se souvient parfaitement de ce qu'elles ont vu la dernière fois, et car elle sait qu'elle a juste, qu'elle répond à Miss Pinehead.
« On en était aux fantômes de Poudlard et on a commencé l'histoire de la Dame Grise. »
Ashley redresse la tête en disant ces mots, et son corps se détend légèrement. Finalement, ce n'est pas si mal que ça, d'avoir une préceptrice. Et lorsqu'elle est du niveau de Miss Pinehead, c'est même un peu rassurant.
Quatrième année | Corneille du Chant | #741b47 | Saumon indépendant | Préfubbies aspirateur
La faveur formatrice
Un mince sourire aux lèvres, Églantine prend acte de l'invitation de son élève à s'asseoir, prenant son temps pour calmement s'installer. N'oubliant pas de faire venir à elle magiquement son nécessaire à dispenser les cours : une tablette, une liasse de parchemins, de l'encre, et un nombre impressionnant de livres dissimulés tout au fond de son sac à main sans fond. Une fois sa position assurée, elle prit le temps de répondre à la petite blonde.
« Le voyage n'est pas ce qui importe. C'est la destination qui compte, c'est ce qui demeure avec nous, une fois tout le reste laissé derrière soi. »
Le chemin, le trajet, le voyage, c'était bien beau. Mais en aucun cas les connaissances que nous acquérons à la fin de son trajet ne sont dues à ce dernier. C'est là où l'on va qui est l'important, l'objectif que l'on veut remplir. Les voyages ne nourrissent que guère l'esprit, si l'on est point accompagné par le bon livre.
La réponse, presque immédiate, de son élève, lui valu un hochement de tête et un doux sourire.
« Bien. »
Quelques grattements de sa plume blanche sur le parchemin, et voilà l'introduction à sa leçon du jour entamée. Le trajet, comme elle pensait précédemment, n'était qu'une formalité pour arriver jusqu'aux savoirs qu'elle voulait dispenser à son élève ce jour. L'histoire de la Dame Grise. L'un de ses sujets préférés, de surcroît, qui aurait parfaitement pu être le thème de son doctorat à l'université. Simple chimère, illusion d'une histoire fantasmée et bien souvent déformée, le sachant se devait être des plus prudents en enseignant cette légende. Essentielle, pourtant, malgré ses travers, après tout, il s'agissait là d'une partie de l'histoire de de la fondatrice de la meilleure des quatre maisons, la Grande Dame, la sachante absolue... L'une des rares figures historiques qu'Églantine appréciait, et admirait réellement.
Car oui, si Églantine contait ce cours, c'était toujours pour en revenir au même point : Rowena Serdaigle. Au final, elle n'avait que peu d'intérêt pour sa petite sotte de fille.
« Avant d'être un fantôme, la Dame Grise, nous ne l'ignorez certainement pas, fut la fille de l'une des quatre fondatrices de Poudlard. Cependant, contrairement à sa mère, qui acquit son savoir grâce à son travail acharné et sa grande érudition, Helena pensa l'acquérir par un bien matériel. Absurde, pitoyable, et ridicule. Cela lui coûta d'ailleurs la vie. Si la mort est venue de la main d'un vulgaire homme, violent et profane, comme à leurs habitudes, c'est bel et bien sa cupidité qui en fut l'origine. »
Une petite pause pour laisser le temps aux mots de s'imprégner, dont pas un ne dépassait l'autre.
« Cet homme parcourt encore aujourd'hui les couloirs de cette somptueuse école. Sauriez-vous me dire sous quel pseudonyme le connaît-on ? »
« Le voyage n'est pas ce qui importe. C'est la destination qui compte, c'est ce qui demeure avec nous, une fois tout le reste laissé derrière soi. »
Le chemin, le trajet, le voyage, c'était bien beau. Mais en aucun cas les connaissances que nous acquérons à la fin de son trajet ne sont dues à ce dernier. C'est là où l'on va qui est l'important, l'objectif que l'on veut remplir. Les voyages ne nourrissent que guère l'esprit, si l'on est point accompagné par le bon livre.
La réponse, presque immédiate, de son élève, lui valu un hochement de tête et un doux sourire.
« Bien. »
Quelques grattements de sa plume blanche sur le parchemin, et voilà l'introduction à sa leçon du jour entamée. Le trajet, comme elle pensait précédemment, n'était qu'une formalité pour arriver jusqu'aux savoirs qu'elle voulait dispenser à son élève ce jour. L'histoire de la Dame Grise. L'un de ses sujets préférés, de surcroît, qui aurait parfaitement pu être le thème de son doctorat à l'université. Simple chimère, illusion d'une histoire fantasmée et bien souvent déformée, le sachant se devait être des plus prudents en enseignant cette légende. Essentielle, pourtant, malgré ses travers, après tout, il s'agissait là d'une partie de l'histoire de de la fondatrice de la meilleure des quatre maisons, la Grande Dame, la sachante absolue... L'une des rares figures historiques qu'Églantine appréciait, et admirait réellement.
Car oui, si Églantine contait ce cours, c'était toujours pour en revenir au même point : Rowena Serdaigle. Au final, elle n'avait que peu d'intérêt pour sa petite sotte de fille.
« Avant d'être un fantôme, la Dame Grise, nous ne l'ignorez certainement pas, fut la fille de l'une des quatre fondatrices de Poudlard. Cependant, contrairement à sa mère, qui acquit son savoir grâce à son travail acharné et sa grande érudition, Helena pensa l'acquérir par un bien matériel. Absurde, pitoyable, et ridicule. Cela lui coûta d'ailleurs la vie. Si la mort est venue de la main d'un vulgaire homme, violent et profane, comme à leurs habitudes, c'est bel et bien sa cupidité qui en fut l'origine. »
Une petite pause pour laisser le temps aux mots de s'imprégner, dont pas un ne dépassait l'autre.
« Cet homme parcourt encore aujourd'hui les couloirs de cette somptueuse école. Sauriez-vous me dire sous quel pseudonyme le connaît-on ? »
Cavalier de l'Apocalypse de 2050 - 2b1146
« Les élèves s'abstiendront de conversations à voix haute. »
« Les élèves s'abstiendront de conversations à voix haute. »
La faveur formatrice
Droite sur le canapé, Ashley n'est pas sûre de totalement comprendre la profondeur des paroles de Miss Pinehead. Mais elle les écoute aveuglément, les buvant comme si elles portaient une vérité qu'elle ne peut pas encore saisir, mais que si elle retient, elle comprendra plus tard – lorsqu'elle sera plus grande et plus sage. Pour l'instant, elle se contente de regarder l'adulte avec des yeux grands ouverts, et rattache ses paroles au « La fin justifie les moyens » que sa grand-mère, sa mère et même sa sœur, disent souvent lorsqu'elles parlent de leurs projets personnels ou pour la famille (ce qui la terrifie souvent, et elle n'a aucune envie d'y participer ni d'y penser). Il est vrai cependant, et Ashley n'en a pas encore conscience, qu'elle serait prête à presque tout pour acquérir les connaissances qui l'intéressent, ou pour obtenir ce qu'elle souhaite avoir et désire posséder. Elle a encore moins conscience que cela la rapproche de sa famille quand elle préfèrerait s'en éloigner, comme ses parents s'éloignent d'elle lorsqu'elle voudrait qu'ils soient là, en face d'elle, à la place de Miss Pinehead.
Mais à peine cette pensée est formulée qu'elle est effacée par le doux sourire de la préceptrice lorsqu'elle confirme le sujet d'étude actuel. Ashley, au fond, ne recherche que son approbation, ne veut que prouver sa valeur, et ce « Bien » prononcé si simplement a toute la valeur du monde aux yeux de l'enfant, il lui réchauffe le cœur comme si elle n'avait attendu que ça toute sa vie. Elle baisse la tête, gênée et fière d'elle, glissant ses mains sous ses jambes pour s'empêcher de les tordre et pour se concentrer sur autre chose que sur cette joie à la pensée de rendre fière Miss Pinehead, ou même d'avoir ses simples mais rares compliments.
Ashley cependant change bien vite de position pour se saisir de son propre carnet et de son crayon posés sur la table basse. Si elle a une bonne mémoire, elle a tout de même appris à noter les informations essentielles, habitude qu'elle a prise à force de voir les enseignements (et enseignants) s'enchaîner sans qu'elle puisse tout retenir en se contentant de les écouter. Elle ouvre le carnet là où s'arrête son écriture, relisant quelques mots de sa dernière leçon. Pas de phrases, elle n'en a pas le temps ; il y a seulement des mots-clés qui lui permettent de retracer le plan du cours, agrémentés de temps en temps de détails qu'elle n'aurait pas retenu autrement. Les éléments essentiels sont dans sa tête. Elle opine du chef en écoutant Miss Pinehead, se remémorant peu à peu leur dernière leçon, notant avec application ce qu'elle a oublié (par exemple, que les hommes sont tous habituellement violents et profanes, même si elle pense que cela ne s'applique qu'à ceux ne répondant pas au nom de Papa, car il est impossible qu'un homme comme son père soit ainsi). L'adulte marque une pause et Ashley relève la tête, les sourcils légèrement froncés par la concentration et ses propres pensées qui s'enchainent dans son esprit, formant des liens entre elles, créant peu à peu des idées, mais surtout des questions qu'elle posera après avoir répondu à celle de sa préceptrice.
« C'est le Baron Sanglant. »
Elle baisse la tête, sentant le rouge lui monter aux joues.
« Mais j'ai oublié son vrai nom. »
Par Morgane, qu'elle déteste avouer cela ! Ce n'est pas faute d'avoir essayé de s'en rappeler, pourtant. Mais cette connaissance lui reste délibérément inaccessible, fermée par un trou de mémoire qui lui est de plus en plus insupportable.
« Pourquoi il a fait ça ? »
Ashley n'ose pas prononcer le mot tuer, qui sonne dans sa bouche avec horreur, et qu'elle préfère rejeter de toutes ses forces. En plus, il lui rappelle le métier de Maman, et il n'y a rien de pire que ce métier là. Ne pas prononcer ce mot le chasse de ses pensées, et par conséquent chasse sa mère, donc son absence et celle de Papa, et il ne reste dans l'esprit d'Ashley plus que Miss Pinehead et le savoir qu'elle a à lui apporter, ce qui vaut mille fois plus que le mot-qui-ne-devrait-pas-exister.
Mais à peine cette pensée est formulée qu'elle est effacée par le doux sourire de la préceptrice lorsqu'elle confirme le sujet d'étude actuel. Ashley, au fond, ne recherche que son approbation, ne veut que prouver sa valeur, et ce « Bien » prononcé si simplement a toute la valeur du monde aux yeux de l'enfant, il lui réchauffe le cœur comme si elle n'avait attendu que ça toute sa vie. Elle baisse la tête, gênée et fière d'elle, glissant ses mains sous ses jambes pour s'empêcher de les tordre et pour se concentrer sur autre chose que sur cette joie à la pensée de rendre fière Miss Pinehead, ou même d'avoir ses simples mais rares compliments.
Ashley cependant change bien vite de position pour se saisir de son propre carnet et de son crayon posés sur la table basse. Si elle a une bonne mémoire, elle a tout de même appris à noter les informations essentielles, habitude qu'elle a prise à force de voir les enseignements (et enseignants) s'enchaîner sans qu'elle puisse tout retenir en se contentant de les écouter. Elle ouvre le carnet là où s'arrête son écriture, relisant quelques mots de sa dernière leçon. Pas de phrases, elle n'en a pas le temps ; il y a seulement des mots-clés qui lui permettent de retracer le plan du cours, agrémentés de temps en temps de détails qu'elle n'aurait pas retenu autrement. Les éléments essentiels sont dans sa tête. Elle opine du chef en écoutant Miss Pinehead, se remémorant peu à peu leur dernière leçon, notant avec application ce qu'elle a oublié (par exemple, que les hommes sont tous habituellement violents et profanes, même si elle pense que cela ne s'applique qu'à ceux ne répondant pas au nom de Papa, car il est impossible qu'un homme comme son père soit ainsi). L'adulte marque une pause et Ashley relève la tête, les sourcils légèrement froncés par la concentration et ses propres pensées qui s'enchainent dans son esprit, formant des liens entre elles, créant peu à peu des idées, mais surtout des questions qu'elle posera après avoir répondu à celle de sa préceptrice.
« C'est le Baron Sanglant. »
Elle baisse la tête, sentant le rouge lui monter aux joues.
« Mais j'ai oublié son vrai nom. »
Par Morgane, qu'elle déteste avouer cela ! Ce n'est pas faute d'avoir essayé de s'en rappeler, pourtant. Mais cette connaissance lui reste délibérément inaccessible, fermée par un trou de mémoire qui lui est de plus en plus insupportable.
« Pourquoi il a fait ça ? »
Ashley n'ose pas prononcer le mot tuer, qui sonne dans sa bouche avec horreur, et qu'elle préfère rejeter de toutes ses forces. En plus, il lui rappelle le métier de Maman, et il n'y a rien de pire que ce métier là. Ne pas prononcer ce mot le chasse de ses pensées, et par conséquent chasse sa mère, donc son absence et celle de Papa, et il ne reste dans l'esprit d'Ashley plus que Miss Pinehead et le savoir qu'elle a à lui apporter, ce qui vaut mille fois plus que le mot-qui-ne-devrait-pas-exister.
Quatrième année | Corneille du Chant | #741b47 | Saumon indépendant | Préfubbies aspirateur
La faveur formatrice
Églantine n'accordait que peu d'importance à l'avis que les personnes extérieures à sa vie pouvait bien avoir sur elle. Si l'on si penchait ne serait-ce qu'un peu, on découvrirait que même de sa propre fille, elle ne se souciait guère de son opinion. Sa fille était jeune, infantile, et la place des enfants n'était pas dans la contradiction, mais dans l'obéissance et le respect des figures d'autorité. Églantine avait veillé à ce que sa fille en prenne conscience le plus tôt possible, et elle ne doutait pas un seul instant de son futur comportement irréprochable à Poudlard...
Cependant, elle n'était jamais totalement insensible à la perception d'une élève aussi intéressée que mademoiselle Houston. Voir la satisfaction et la fierté inonder le visage de cette petite au seul petit commentaire méritant d'Églantine avait quelque chose de gratifiant. Mais elle n'était pas là pour ça. Et elle ne pouvait se contenter d'un niveau médiocre, elle ne pouvait se suffire à l'idée de gratter la surface du savoir. Aussi, lorsqu'Ashley ne fournit qu'une réponse partielle, la future bibliothécaire se redressa en silence, son index tapotant sa tablette.
« Ce n'est pas tout à fait exact. Si vous avez oublié sa réelle identité, c'est car celle-ci demeure inconnue. Plusieurs théories naviguent et ont survécu au temps, mais sans réelle preuve, il est inutile, vain, et stupide de s'attarder sur ce genre de détails. L'identité du Baron est tombé dans l'oubli, probablement car il a lui-même choisi de maintenir son apparence ensanglanté, et de porter ad vitam aeternam les chaînes de la pénitence. Peut-être que la Damnatio memoriae fait partie de cette pénitence. »
La question de la petite Ashley était totalement hors-sujet. Mais Eglantine avait appris à naviguer dans les eaux tumultueuses de l'inconstance des enfants, et n'avait aucune difficulté à rattacher chaque question pertinente au sujet du jour. De plus, elle soupçonnait une difficulté chez l'enfant, à savoir se confronter au concept de la mort. Pourquoi il a fait ça ? Une formulation des plus enfantines, mais Eglantine aimait mettre les mots sur les choses, et n'allait certainement pas se priver d'exactitude pour satisfaire le besoin d'approximation.
Délaissant un court instant sa plume et son parchemin, elle construisit en un instant sa réflexion avant de répondre.
« Pourquoi un chien mord-il l'os que nous lui tendons ? Pourquoi l'ours dévore-t-il le saumon vivant ? Pourquoi un homme assassine-t-il une femme simplement car elle refuse ses avances ? La question du pourquoi n'est pas la plus pertinente dans ce genre d'étude, mademoiselle Houston. »
Rajustant sa posture, elle laissa son dos épouser la forme du fauteuil.
« Cependant, l'histoire est plus ou moins rattachée à Rowena Serdaigle. Nous n'êtes pas sans ignorer que le Baron portait un amour sans limite à Helena, la fille de Rowena. Aussi, cette dernière, sur le point de mourir, utilisa l'amour de l'homme pour le pousser à convaincre sa fille de venir la voir une dernière fois. Mais les hommes ne savent pas accepter les refus, et lorsqu'Helena repoussa une nouvelle fois le Baron, il poignarda, avant de se suicider. Un événement aussi tragique que pathétique. Helena ne serait pas morte si elle n'avait pas voulu acquérir son savoir en trichant, et ne se serait pas éloigné de sa mère, qui n'aurait pas fait la faute d'utiliser l'amour pour tenter de la revoir. Ce n'est pas digne de la maison Serdaigle. »
Cependant, elle n'était jamais totalement insensible à la perception d'une élève aussi intéressée que mademoiselle Houston. Voir la satisfaction et la fierté inonder le visage de cette petite au seul petit commentaire méritant d'Églantine avait quelque chose de gratifiant. Mais elle n'était pas là pour ça. Et elle ne pouvait se contenter d'un niveau médiocre, elle ne pouvait se suffire à l'idée de gratter la surface du savoir. Aussi, lorsqu'Ashley ne fournit qu'une réponse partielle, la future bibliothécaire se redressa en silence, son index tapotant sa tablette.
« Ce n'est pas tout à fait exact. Si vous avez oublié sa réelle identité, c'est car celle-ci demeure inconnue. Plusieurs théories naviguent et ont survécu au temps, mais sans réelle preuve, il est inutile, vain, et stupide de s'attarder sur ce genre de détails. L'identité du Baron est tombé dans l'oubli, probablement car il a lui-même choisi de maintenir son apparence ensanglanté, et de porter ad vitam aeternam les chaînes de la pénitence. Peut-être que la Damnatio memoriae fait partie de cette pénitence. »
La question de la petite Ashley était totalement hors-sujet. Mais Eglantine avait appris à naviguer dans les eaux tumultueuses de l'inconstance des enfants, et n'avait aucune difficulté à rattacher chaque question pertinente au sujet du jour. De plus, elle soupçonnait une difficulté chez l'enfant, à savoir se confronter au concept de la mort. Pourquoi il a fait ça ? Une formulation des plus enfantines, mais Eglantine aimait mettre les mots sur les choses, et n'allait certainement pas se priver d'exactitude pour satisfaire le besoin d'approximation.
Délaissant un court instant sa plume et son parchemin, elle construisit en un instant sa réflexion avant de répondre.
« Pourquoi un chien mord-il l'os que nous lui tendons ? Pourquoi l'ours dévore-t-il le saumon vivant ? Pourquoi un homme assassine-t-il une femme simplement car elle refuse ses avances ? La question du pourquoi n'est pas la plus pertinente dans ce genre d'étude, mademoiselle Houston. »
Rajustant sa posture, elle laissa son dos épouser la forme du fauteuil.
« Cependant, l'histoire est plus ou moins rattachée à Rowena Serdaigle. Nous n'êtes pas sans ignorer que le Baron portait un amour sans limite à Helena, la fille de Rowena. Aussi, cette dernière, sur le point de mourir, utilisa l'amour de l'homme pour le pousser à convaincre sa fille de venir la voir une dernière fois. Mais les hommes ne savent pas accepter les refus, et lorsqu'Helena repoussa une nouvelle fois le Baron, il poignarda, avant de se suicider. Un événement aussi tragique que pathétique. Helena ne serait pas morte si elle n'avait pas voulu acquérir son savoir en trichant, et ne se serait pas éloigné de sa mère, qui n'aurait pas fait la faute d'utiliser l'amour pour tenter de la revoir. Ce n'est pas digne de la maison Serdaigle. »
Cavalier de l'Apocalypse de 2050 - 2b1146
« Les élèves s'abstiendront de conversations à voix haute. »
« Les élèves s'abstiendront de conversations à voix haute. »
La faveur formatrice
Le tapotement du doigt de Miss Pinehead sur sa tablette avale peu à peu toute la confiance qu'Ashley avait pu gagner en répondant juste aux questions de l'adulte. Elle sent, à ce "J'ai oublié", qu'elle a perdu des points et déçu sa préceptrice. Elle se mord la lèvre, honteuse, se fait petite sur son canapé, attend que la sentence tombe, que Miss Pinehead la réprimande, ou pire, qu'elle dise qu'elle ne veut plus lui enseigner quoi que ce soit si elle est incapable de retenir les informations les plus simples. Ce n'est pas faute d'avoir essayé, pourtant. Encore maintenant elle essaye de retrouver le nom du Baron Sanglant, ses sourcils se fronçant de plus en plus tandis qu'elle réfléchit du mieux qu'elle peut, tentant d'organiser sa mémoire pour retrouver l'information cruciale qu'il lui manque. Mais celle-ci lui échappe, sans cesse remplacée par la peur de décevoir sa préceptrice, par l'angoisse de la voir partir à son tour comme ses parents plus tôt. Non ! Il ne faut pas qu'elle parte, surtout pas, car alors Ashley se retrouvera toute seule et même si l'idée ne la dérangeait au début pas, maintenant quand elle imagine le manoir vide et froid, cela l'épouvante. Elle ne veut pas être abandonnée.
Puis l'adulte reprend la parole et ce ne sont pas les mots de rejet qu'elle pensait entendre qui tombent, mais ceux, patients, de l'explication de la professeure à son élève, qui la remet sur le droit chemin de la connaissance. Ashley se détend instantanément, accueille à bras grands ouverts sa mémoire qui s'éclaire, qui lui souffle Mais oui ! Il n'a pas de nom... comme le vent souffle le doux souvenir de l'oubli pour le penseur inattentif. Néanmoins les mots sonnent secs à son oreille et Ashley se recroqueville sous le regard de Miss Pinehead, baisse la tête, puis se redresse et fait face car non, elle ne veut plus avoir peur, elle a neuf ans, et à neuf ans, on n'a plus peur des adultes, à neuf ans, on n'a peur de rien, sauf du monstre sous son lit et des fantômes peuplant les histoires racontées par Valerian et Gwennaëlle et qui l'empêchent de dormir la nuit. Alors elle se redresse et ravale sa honte pour écouter avec le plus grand sérieux dont elle est capable ce que l'adulte a à lui apprendre.
Elle ne comprend pas ce qu'est la Damnatio memoriae alors elle la note avec le plus grand soin dans son carnet pour ne pas l'oublier. Peut-être même qu'elle osera couper l'adulte pour lui demander avant que le sujet ne change. Ou pas, car son esprit s'envole vers d'autres réflexions lorsque Miss Pinehead répond à sa question, à Pourquoi ? par d'autres Pourquoi. Ashley fait la moue et ses sourcils se froncent à nouveau. Elle ne comprend pas vraiment pourquoi, justement, sa question n'est pas la plus pertinente, car c'est avec le pourquoi qu'on obtient le comment, c'est avec le pourquoi que les réponses sont les plus justes. C'est avec le pourquoi qu'elle a appris à parler, à poser ses questions, et celles-ci ne seraient pas justes ? Un sentiment de contrariété1 s'immisce dans ses veines et le creux de ses tempes, lui tambourinant à la tête de ne pas écouter tout ce que dit l'adulte. Alors Ashley écoute cette petite voix obstinée et décide de ne rien répondre, se concentrant sur la suite du récit.
« Est-ce que, demande-t-elle, choisissant ses mots avec soin pour se retenir de lancer un nouveau Pourquoi ?, c'est pas la faute du Baron Sanglant ? »
Elle marque une pause, creuse son esprit pour en sortir les mots qu'elle cherche.
« Parce que c'est lui qu'a été aveuglé par son amour, et même que Rowena aussi, du coup Helena elle a juste été une victime de ça ? »
Puis, après une nouvelle pause : « Même si elle aussi elle a pas raison, du coup personne a raison, et c'est leur faute à tous. »
1. Ou, comme l'écrit si bien @Miya Ryuū, "EH LA VIEILLE TU ME TAPES SUR LE SYSTÈME"
Puis l'adulte reprend la parole et ce ne sont pas les mots de rejet qu'elle pensait entendre qui tombent, mais ceux, patients, de l'explication de la professeure à son élève, qui la remet sur le droit chemin de la connaissance. Ashley se détend instantanément, accueille à bras grands ouverts sa mémoire qui s'éclaire, qui lui souffle Mais oui ! Il n'a pas de nom... comme le vent souffle le doux souvenir de l'oubli pour le penseur inattentif. Néanmoins les mots sonnent secs à son oreille et Ashley se recroqueville sous le regard de Miss Pinehead, baisse la tête, puis se redresse et fait face car non, elle ne veut plus avoir peur, elle a neuf ans, et à neuf ans, on n'a plus peur des adultes, à neuf ans, on n'a peur de rien, sauf du monstre sous son lit et des fantômes peuplant les histoires racontées par Valerian et Gwennaëlle et qui l'empêchent de dormir la nuit. Alors elle se redresse et ravale sa honte pour écouter avec le plus grand sérieux dont elle est capable ce que l'adulte a à lui apprendre.
Elle ne comprend pas ce qu'est la Damnatio memoriae alors elle la note avec le plus grand soin dans son carnet pour ne pas l'oublier. Peut-être même qu'elle osera couper l'adulte pour lui demander avant que le sujet ne change. Ou pas, car son esprit s'envole vers d'autres réflexions lorsque Miss Pinehead répond à sa question, à Pourquoi ? par d'autres Pourquoi. Ashley fait la moue et ses sourcils se froncent à nouveau. Elle ne comprend pas vraiment pourquoi, justement, sa question n'est pas la plus pertinente, car c'est avec le pourquoi qu'on obtient le comment, c'est avec le pourquoi que les réponses sont les plus justes. C'est avec le pourquoi qu'elle a appris à parler, à poser ses questions, et celles-ci ne seraient pas justes ? Un sentiment de contrariété1 s'immisce dans ses veines et le creux de ses tempes, lui tambourinant à la tête de ne pas écouter tout ce que dit l'adulte. Alors Ashley écoute cette petite voix obstinée et décide de ne rien répondre, se concentrant sur la suite du récit.
« Est-ce que, demande-t-elle, choisissant ses mots avec soin pour se retenir de lancer un nouveau Pourquoi ?, c'est pas la faute du Baron Sanglant ? »
Elle marque une pause, creuse son esprit pour en sortir les mots qu'elle cherche.
« Parce que c'est lui qu'a été aveuglé par son amour, et même que Rowena aussi, du coup Helena elle a juste été une victime de ça ? »
Puis, après une nouvelle pause : « Même si elle aussi elle a pas raison, du coup personne a raison, et c'est leur faute à tous. »
1. Ou, comme l'écrit si bien @Miya Ryuū, "EH LA VIEILLE TU ME TAPES SUR LE SYSTÈME"
Quatrième année | Corneille du Chant | #741b47 | Saumon indépendant | Préfubbies aspirateur
La faveur formatrice
Eglantine se redressa sous la question innocente mais stupide la jeune enfant. La jeunesse n'excusait pas tout, et elle ponctua son début de réflexion d'un claquement de langue désapprobateur. Toute la splendeur du jeune âge, ignorer les aspects et les éléments importants pour se concentrer sur les questions naïves et déconnectées du monde réel. Malgré le fait que ce soit son rôle d'y remédier, et surtout de veiller à ce que jamais ces enfants ne débarquent à Poudlard sans y être préparée, elle se surpris à expirer lentement. Elle oubliait parfois que les jeunes pousses doivent être plus souvent redressées qu'on ne veut bien l'admettre.
Elle croisa ses mains veinées sur ses genoux, avant de reprendre, sans une tonalité au-dessus d'une autre. Le visage calme et posé, tout son être ne reflétait que sa concentration et son érudition calme.
« La faute n'est jamais simplement attribuable. Commença-t-elle calmement. Et n'est que rarement exclusive. Là où Helena s'est révélée d'une étonnante bêtise pour une Serdaigle de sang, le Baron Sanglant n'a fait que suivre sa nature. Peut-on parler de faute lorsqu'un homme agit comme il est conçu pour agir ? Si les hommes sont bel et bien dangereux par nature, il va de soi que les femmes doivent ne pas agir comme des idiotes. »
Elle tira de son sac sans fond un épais livre. Bien supérieur au niveau actuel de la jeune fille, elle lui tendit néanmoins.
« L'amour n'est pas une excuse à toutes les erreurs. Seuls les animaux agissent selon leur instinct. Une jeune femme, de haute naissance de surcroît, se doit d'observer un peu plus de dignité et de retenue. Elle a délaissé la recherche du savoir pour une satisfaction personnelle et surtout éphémère. Vous trouverez dans cet ouvrage une étude sur l'impact des relations humaines sur les recherches scientifiques. Vous y constaterez qu'à de nombreuses reprises, les décérébrés et les écervelés sont toujours ceux et celles qui font reculer les progrès. »
Une fois que l'enfant eut récupéré le livre, Eglantine s'adossa de nouveau, en silence.
« Il s'agit d'une solution de facilité de dire que personne n'a raison. La faute est certes souvent partagée, mais la nature de la faute est toujours singulière. Par sa nature, le Baron Sanglant s'est lâchement suicidé pour échapper à ses responsabilités. Par ses actes, la fille de la fondatrice de la maison Serdaigle a déshonoré ses valeurs, et cela lui a coûté la vie. Tirez-en une leçon, jeune fille. Ne faites jamais passer un homme avant vos études ni votre développement personnel, et ne vous dissimulez jamais derrière les émotions, vulgaires et animales. »
Eglantine était sur ce point exemplaire, bien naturellement. Jamais de sa scolarité cette vieille peau n'avait recherché la moindre relation humaine. Et même son mariage n'était issue qu'une d'une pratique commodité, doublé d'une affinité pour le moins opportune.
Elle croisa ses mains veinées sur ses genoux, avant de reprendre, sans une tonalité au-dessus d'une autre. Le visage calme et posé, tout son être ne reflétait que sa concentration et son érudition calme.
« La faute n'est jamais simplement attribuable. Commença-t-elle calmement. Et n'est que rarement exclusive. Là où Helena s'est révélée d'une étonnante bêtise pour une Serdaigle de sang, le Baron Sanglant n'a fait que suivre sa nature. Peut-on parler de faute lorsqu'un homme agit comme il est conçu pour agir ? Si les hommes sont bel et bien dangereux par nature, il va de soi que les femmes doivent ne pas agir comme des idiotes. »
Elle tira de son sac sans fond un épais livre. Bien supérieur au niveau actuel de la jeune fille, elle lui tendit néanmoins.
« L'amour n'est pas une excuse à toutes les erreurs. Seuls les animaux agissent selon leur instinct. Une jeune femme, de haute naissance de surcroît, se doit d'observer un peu plus de dignité et de retenue. Elle a délaissé la recherche du savoir pour une satisfaction personnelle et surtout éphémère. Vous trouverez dans cet ouvrage une étude sur l'impact des relations humaines sur les recherches scientifiques. Vous y constaterez qu'à de nombreuses reprises, les décérébrés et les écervelés sont toujours ceux et celles qui font reculer les progrès. »
Une fois que l'enfant eut récupéré le livre, Eglantine s'adossa de nouveau, en silence.
« Il s'agit d'une solution de facilité de dire que personne n'a raison. La faute est certes souvent partagée, mais la nature de la faute est toujours singulière. Par sa nature, le Baron Sanglant s'est lâchement suicidé pour échapper à ses responsabilités. Par ses actes, la fille de la fondatrice de la maison Serdaigle a déshonoré ses valeurs, et cela lui a coûté la vie. Tirez-en une leçon, jeune fille. Ne faites jamais passer un homme avant vos études ni votre développement personnel, et ne vous dissimulez jamais derrière les émotions, vulgaires et animales. »
Eglantine était sur ce point exemplaire, bien naturellement. Jamais de sa scolarité cette vieille peau n'avait recherché la moindre relation humaine. Et même son mariage n'était issue qu'une d'une pratique commodité, doublé d'une affinité pour le moins opportune.
Cavalier de l'Apocalypse de 2050 - 2b1146
« Les élèves s'abstiendront de conversations à voix haute. »
« Les élèves s'abstiendront de conversations à voix haute. »