Portree, Ecosse PNJ Le sentier des rencontres

Début Juillet 2050 - Aux abords de Portree
@Lukas Sharp
PNJ : Shona McGregor

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C’était un après-midi d’été paisible à Achachork, un hameau niché sur les hauteurs de Portree. Les collines verdoyantes s’étendaient à perte de vue, ponctuées de murets de pierre et de touffes de bruyère en fleurs. La maison des McGregor, modeste mais chaleureuse, se dressait à l’écart du chemin, baignée par la lumière douce de juillet. À l’intérieur, l’air portait encore une légère odeur de tourbe et d’herbes séchées.
Dans la cuisine, Shona rassemblait des feuilles de manuscrits en petites piles ordonnées. Sur la table, une enveloppe soigneusement cachetée attendait. Lorsqu’elle entendit les pas de Torren, elle releva la tête et esquissa un sourire distrait.

« Ah, te voilà. J’aurais besoin que tu déposes cette lettre à la poste de Portree », dit-elle en la lui tendant.

Torren fronça les sourcils.
« Pourquoi tu n’y vas pas toi ? » demanda-t-il en pinçant les lèvres.
Il n’aimait ni les rues animées ni le vacarme du port. Il préférait de loin la tranquillité des sentiers, le bruissement des herbes et le silence des collines.

Sa mère secoua doucement la tête.
« Je suis déjà débordée Torren... Les poules n’ont pas encore été nourries, la barrière du jardin menace de céder, et Mme Leod doit passer dans l’après-midi pour me rapporter des notes sur mon manuscrit. Je ne peux pas tout laisser en plan. Et puis... tu es assez grand maintenant. Je peux compter sur toi. »

Il hocha la tête sans protester et baissa les yeux vers l’enveloppe. Le nom inscrit en lettres penchées accrocha aussitôt son regard : Alasdair Fergusson.

« Fergusson ? Le collègue de papa ? » demanda-t-il en glissant la lettre dans sa poche.

Sa mère esquissa un sourire rassurant.« Oui, c’est bien lui. Il faut que je lui fasse passer un mot. » Elle s’interrompit, l’observa un instant.
« Tu t’inquiètes encore pour ton père, n’est-ce pas ? »

« Tu crois qu’il va bien ? » murmura-t-il en levant les yeux vers elle.

Elle s’approcha et posa une main sur son bras.
« Torren... ça fait à peine trois jours qu’il est parti. Laisse-lui le temps de s’installer dans son nouveau camp. Il a promis qu’il nous écrirait dès qu’il le pourra, tu n’as pas à t’en faire. »

Le garçon baissa légèrement la tête.
« Je sais... mais c’est la première fois qu’il part aussi longtemps depuis l’Islande. »

« Je comprends, mon p’tit loch. » répondit-elle d’une voix douce. « Mais tu sais combien il aime être sur le terrain. Les observations, c’est ce qui l’apaise. »
Un sourire amusé étira ses lèvres.
« Ah ça, c’est sûr, vous vous ressemblez beaucoup tous les deux ! » ajouta-t-elle en feignant une lassitude légère.

Puis, avec une caresse affectueuse dans ses cheveux :
« Allez ! File maintenant. Cette enveloppe ne va pas s’envoyer toute seule ! »


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Portree s’étendait en contrebas, ses maisons colorées alignées le long du port comme des coquillages serrés les uns contre les autres. L’été avait attiré son lot de visiteurs : les voix se mêlaient aux cris des mouettes, et les pavés résonnaient du pas pressé des habitants comme des touristes. Des enfants couraient entre les étals de poissons, un marchand vantait à pleine voix ses filets encore brillants d’écaille, et les parfums mêlés de sel et de friture emplissaient l’air. Torren avançait dans l’agitation avec la discrétion d’une ombre, une main posée sur l’enveloppe glissée dans sa poche. Il n’aimait pas ces foules qui parlaient trop fort, ce flot incessant qui lui donnait l’impression d’être avalé par la ville. Ici, rien ne laissait place au silence ni aux pensées.
Il se faufila dans une ruelle plus calme, jusqu’à repérer une petite boîte aux lettres peinte en rouge, adossée à un mur de pierre. D’un geste rapide, il y glissa l’enveloppe, écoutant le léger froissement du papier disparaître derrière la fente métallique. L’affaire était réglée.

Il ne perdit pas de temps. Déjà, il pressait le pas pour quitter les ruelles animées et retrouver la lande. Quand le brouhaha s’éteignit derrière lui, remplacé par le chant discret des insectes et le froissement des fougères, un soulagement visible se peignit sur son visage. Il avançait d’un pas plus léger lorsque quelque chose d’inhabituel attira son regard.

Un insecte allongé, d’un vert tendre presque translucide, s’était perché sur une tige de callune à seulement quelques centimètres de lui. Ses pattes antérieures, fines et dentelées, étaient repliées contre son corps comme dans une étrange posture de prière. Sa tête triangulaire, minuscule, semblait posée sur un cou trop frêle, et tout son corps se tenait parfaitement immobile, à la manière d’une brindille vivante.
Torren plissa les yeux, incrédule. Ce n’était pas une sauterelle, ni un criquet... mais une mante religieuse. Une mante ? Ici, en Écosse ? Jusqu’alors, elles n’avaient existé pour lui qu’à travers les pages des livres ou quelques dessins, et jamais il n’aurait cru en apercevoir dans sa ville natale, si éloignée des climats plus chauds où il les pensait cantonnées.
Il s’accroupit un instant pour mieux l’observer, fasciné par la précision fragile de son corps vert pâle. Mais l’insecte, indifférent à son attention, déploya ses ailes translucides et reprit son envol, se laissant porter au gré du vent.
Bien décidé à l'idée d'immortaliser cette rencontre dans son carnet, Torren n'hésita pas une seconde à la suivre. Ses pas quittèrent le sentier principal pour s’engager dans des chemins plus étroits, à l’écart des passages habituels. Peu à peu, Portree s’effaça derrière lui, avalée par les collines et la végétation sauvage.

La mante finit par se poser à nouveau, un peu plus loin, sur une fleur de bruyère à demi dissimulée dans l’ombre d’un talus. Ici, la lande semblait plus silencieuse encore, comme si le bourdonnement du port s’était définitivement effacé derrière les collines.
Torren ralentit, craignant de la faire fuir, puis s’approcha avec précaution. Il se laissa glisser à genoux, le cœur battant d’excitation. Sa main trouva aussitôt son carnet, dont la couverture usée portait déjà les marques de tant d’observations griffonnées.
D’un geste mesuré, il l’ouvrit sur une page blanche. Ses yeux parcouraient la silhouette singulière de l’insecte, essayant de saisir chaque détail avant de le coucher sur le papier.
Le temps semblait suspendu. Dans ce recoin de lande, seul avec l’insecte et son carnet, Torren avait l’impression d’être le témoin d’un secret que personne d’autre ne verrait.


Absorbé, il ne perçut pas les pas qui s’approchaient...
Dernière modification par Torren McGregor le 31 août 2025, 22:52, modifié 3 fois.

#ab8422
"La robe ne fait pas le mage"

Portree, Ecosse PNJ Le sentier des rencontres
Plus les années passent, et plus je trouve difficile de m’intégrer aux moldus de Portree. Surtout ceux de mon âge. Chaque été, je retrouve les mêmes regards qui me dévisagent. Chaque été, il faut que je leur explique que mon école privée est au Japon. Mes parents ont trouvé la parade parfaite pour éviter de ne pas savoir quoi répondre à la question : « pourquoi est-ce que ton école privée, elle est pas sur Internet ? ». Au moins, je peux leur envoyer l’argument qu’ils ne parlent pas japonais et que c’est normal s’ils ne trouvent rien sur leur téléphone.

Ce matin, j’ai dû apporter mon ballon de basket pour espérer m’intégrer aux cinq autres garçons déjà présents sur le terrain. Je les reconnais et je connais leur prénom par cœur, mais force est de constater qu’ils oublient le mien chaque année. Une année entière à se côtoyer, ça rapproche et ça efface les prénoms étrangers. Car c’est tout ce que je suis pour eux : un étranger qui ne revient que les étés. Et maintenant que je divise mon été en deux chez ma mère et mon père, je pars avec un pourcentage de chance de réussite encore plus bas. Alors je redouble d’efforts. Je crois que personne de Poudlard ne me reconnaîtrait. Je prête mon ballon, je ris à leurs blagues aux références que je n’ai pas — parfois je leur demande de m’expliquer mais je vois bien que leur patience s’amenuise. Je suis devenu un né sorcier. Il n’y a plus rien de moldu en moi si ce n’est mes vêtements. Et encore, leur mode change tellement vite que je dois obliger mon père à m’emmener dans les magasins pour m’acheter de nouveaux pantalons et t-shirts plus à la mode.

Heureusement, je marque encore des points au basket, et je gagne le droit d’être invité au Cafe Arriba. Ils ont les meilleurs milkshakes au chocolat, là-bas. J’ai l’impression de passer mon temps à les imiter, à les copier pour être une parfaite copie de ce qu’ils sont. Et je ne sais plus. Je ne sais plus si m’intégrer à leur groupe m’est bénéfique. Alors, à la sortie, je prétends devoir passer au port pour commander le fish and chips de ce soir — pourtant tout le monde sait qu’au Fish and Chips du Quay Street, personne ne prend de commande — et je les quitte. Je sais qu’ils diront sur moi que je suis un menteur et un lâcheur, mais je ne trouve rien d’autre pour partir plus tôt.

Une fois devant le Rosedale Hotel, je longe la Beaumont Cres pour remonter jusqu’à Mill Road. Je sais que les riverains n’aiment pas me voir escalader leur talus de terre si proche de la route, mais je sais aussi que c’est la seule manière d’arriver plus rapidement dans la nature.

J’ai l’impression de pouvoir enfin respirer alors que la pente m’a épuisé. Les mains posées sur les hanches, j’observe le port de Portree et ses maisons colorées et me retourne vers les collines de végétation où il n’y a pers… Pourquoi est-ce qu’il y a ce gamin assis là, dans cette position ? Curieux, certes, mais n’ayant pas tellement envie de m’y attarder, je me décide à le contourner. Je reprendrai le chemin qui mène au nord et puis voilà. Lorsque j’arrive près de lui, je glisse un rapide salut qui n’a pas vocation à être répondu ; ou du moins, qui n’attend pas un dialogue, puisque je continue mon chemin, mais il a au moins le mérite d’exister.

Fiche PR - 5e année RP - 1m73

Portree, Ecosse PNJ Le sentier des rencontres
Un grand adolescent venait de surgir du sentier, comme s’il avait toujours été là. Tout entier absorbé par son croquis, Torren n’avait rien entendu venir. Il sursauta, le crayon dérapa sur la page, et il leva brusquement les yeux. Le nouveau venu passa près de lui. Mais sans attendre de réponse, il poursuivait déjà son chemin, ses pas réguliers s’éloignant sur le sentier. Torren suivit machinalement sa silhouette du regard... jusqu’à voir où son pied s’apprêtait à se poser. Son cœur se serra. La mante. Elle était toujours là, posée sur sa touffe de bruyère, minuscule et fragile, directement sur la trajectoire de l’adolescent...

Tout sembla se dilater. Le bruit du vent dans les herbes s’éteignit, les battements d’ailes d’un insecte au loin se firent assourdissants, et même la respiration de Torren lui parut trop lente. Le pas du marcheur, suspendu au-dessus de la terre, lui apparut soudain immense, lourd comme une pierre prête à s’écraser. Chaque détail devenait net : la poussière soulevée par ses chaussures, le balancement d’une fougère qui s’inclinait au passage, le battement imperceptible des antennes de la mante.
Le temps semblait retenir son souffle.
Torren sentit un froid lui courir dans la poitrine. Son crayon tomba de ses doigts, oublié. Sa gorge se noua, mais un cri jaillit malgré tout :

« Attention !! »

Sa voix se brisa dans l’air, trop faible, trop tardive. L’adolescent avançait déjà, son pied prêt à s’abattre sur la bruyère. Dans un réflexe désespéré, Torren tendit la main. Ses yeux se fermèrent un instant, comme pour échapper à l’inévitable. Tout son corps criait son impuissance...

Alors, la terre sembla réagir. Une fougère voisine se redressa brusquement, animée d’une vigueur inconnue. Sa fronde fouetta l’air avant de s’enrouler fermement autour de la cheville du nouveau venu. Le pas se suspendit, stoppé net. L’adolescent vacilla, surpris, et le silence retomba aussitôt, comme si rien n’avait eu lieu.(*)

La mante, elle, déploya ses ailes d’un battement léger et reprit son envol, indifférente au tumulte.


(*) action vue avec le joueur

#ab8422
"La robe ne fait pas le mage"