Murmure de magie
Chez Ollivander, mois d’août 2050
La clochette tinta à peine lorsque Solveig poussa la lourde porte en bois. Depuis une semaine environ, elle savait qu’elle était une sorcière. Chaque pas qu’elle faisait dans ce nouveau monde semblait la guider vers une lumière éblouissante, et toujours plus loin de tout ce qu’elle connaissait. Et pourtant, chaque respiration, chaque bouffée d’air qu’elle prenait semblait difficile et laborieuse. Ses parents, aussi dépassés qu’elle, étaient restés sur le seuil, a l’extérieur, attendant qu’elle ai fini son achat, en papotant avec la professeure venue les aider a découvrir ce nouveau monde. Elle était donc entrée seule.
La boutique était sombre, étroite, saturée de l’odeur de bois ancien, de vieux parchemin brûlé et de poussière. Des étagères s’élevaient jusqu’au plafond, débordant de boîtes mystérieuses. Solveig baissa les yeux, mal à l’aise, comme écrasée par cette atmosphère étouffante. Ici, tout était étranger : les mots, les gestes, même l’air semblait vivant, vibrant d’une magie qu’elle ne comprenait pas encore.
— Ah, chère Solveig… Une voix surgit de l’ombre, doucereuse et légèrement inquiétante. Ce qui fit sursauter la rouquine. Un vieil homme apparut entre deux rayonnages, un coffret déjà en main. Scrutant la fillette de la tête aux pieds, il hocha la tête, posa le coffret qu’il tenait et en pris un autre de dessous une pile.
Il en sortit une baguette longue, sombre et fière.
— Bois de cerisier, ventricule de dragon, trente-cinq virgule un centimètres. Particulièrement rigide, idéale pour le duel.
Solveig la prit. Une chaleur puissante monta aussitôt dans sa main, comme une braise prête à s’enflammer. Sous la douce injonction du commerçant, elle essaya un mouvement. Une étincelle rouge jaillit, éclatante, allant terminer son chemin dans un vase qui trônait là... puis plus rien. Le bois devint lourd, presque hostile. Elle grimaça et rendit la baguette du bout des doigts, soudainement parcourue de frissons inexpliqués.
Ollivander hocha la tête. Hmmm non. Pas vous… trop fière, trop martiale.
Il disparut dans les rayonnages, et revint avec une autre boîte.
— Essayons celle-ci : bois de tremble, plume de phénix, vingt-huit centimètres.
La baguette était élégante, sans artifice, presque sévère. Dès que Solveig l’effleura, un frisson glacé parcourut son bras. Elle tenta de nouveau un geste, ne faisant apparaître que quelques étincelles blanches qui disparurent rapidement, aussitôt avalées par l’ombre de la boutique.
— Rigide, attirée par les sorciers énergiques… mais, non, elle ne vous conviendra pas, commenta Ollivander en reprenant l’objet avec délicatesse.
Une troisième boîte fut ouverte.
— Bois de châtaignier, ventricule de snallygaster, vingt-huit virgule huit centimètres. Flexible, avide de découvertes.
Cette fois, Solveig sentit tout de suite une légèreté, presque un appel. Elle leva la baguette, et une gerbe d’étincelles vertes illumina la pièce. Mais au lieu de se stabiliser, l’énergie s’échappa dans une déflagration désordonnée qui fit choir plusieurs boîtes dans un grand vacarme. Elle recula, effrayée, tandis qu’Ollivander rattrapait l’objet avant qu’il ne s’emballe.
— Trop fougueuse. Elle cherche un maître aventureux, vous n’êtes cependant pas cette personne.
Solveig baissa les yeux, l’angoisse montant dans sa poitrine. Et si aucune baguette ne voulait d’elle ? Elle se sentit à nouveau étrangère, presque imposteur dans ce monde qui ne l’attendait pas.
Alors Ollivander s’approcha encore, ses yeux brillants d’un éclat mystérieux.
— Une cliente difficile… mais je crois savoir.
Il tira du haut d’une étagère poussiéreuse, un coffret vert émeraude, de la même couleur que les yeux de la fillette et l’ouvrit. Une baguette de bois clair presque doré, reposait là, fine, élégante, une oeuvre d’art. Des reflets rougeâtre se laissaient voir, par moment, a la lumière ce qui donnait l’impression que le bois avait emprisonné des flammes en son sein.
— Bois de cenellier, plume de phénix. Vingt-quatre virgule trois centimètres. Assez élastique.
Solveig tendit la main. Au contact du bois, elle sentit une chaleur douce, rassurante, courir le long de son bras. La baguette vibra doucement, comme une respiration calée sur la sienne. Quand elle la brandit, un souffle de lumière dorée jaillit, dansant sans violence, éclairant la pièce d’une clarté tranquille.
Ollivander observa la scène, son regard soudain grave.
— Le cenellier est rare… Il choisit souvent des sorciers dont le courage est plus intérieur qu’extérieur. Ce bois protège les âmes capables de traverser les tempêtes sans se trahir. Associé à la plume de phénix, il promet de grandes épreuves, mais aussi une loyauté sans faille.
La lumière dorée traçait dans l’air de délicates arabesques, comme des coups de pinceau suspendus. Ollivander les suivit du regard, intrigué.
— C’est une baguette sensible aux esprits capables de donner forme à l’invisible. Elle répond à ceux qui transforment leurs émotions en matière, qui créent des éclats discrets et durables là où d’autres ne voient que le banal.
Il marqua une pause, puis ajouta plus doucement :
— Elle demande fidélité et constance. En retour, elle saura faire résonner vos propres nuances, celles que vous portez déjà en vous.
Solveig resta immobile, le cœur battant, reprenant son souffle qu’elle ne pensait pas avoir perdu. Dans cette lumière dorée, elle se sentit enfin entière. Elle n’était plus seulement une fille perdue dans un monde qui la dépassait : elle était une sorcière. Et sa baguette venait de le lui murmurer.
870 mots
Couleur :b88d00
La peinture est juste une autre manière de tenir un journal intime...
La clochette tinta à peine lorsque Solveig poussa la lourde porte en bois. Depuis une semaine environ, elle savait qu’elle était une sorcière. Chaque pas qu’elle faisait dans ce nouveau monde semblait la guider vers une lumière éblouissante, et toujours plus loin de tout ce qu’elle connaissait. Et pourtant, chaque respiration, chaque bouffée d’air qu’elle prenait semblait difficile et laborieuse. Ses parents, aussi dépassés qu’elle, étaient restés sur le seuil, a l’extérieur, attendant qu’elle ai fini son achat, en papotant avec la professeure venue les aider a découvrir ce nouveau monde. Elle était donc entrée seule.
La boutique était sombre, étroite, saturée de l’odeur de bois ancien, de vieux parchemin brûlé et de poussière. Des étagères s’élevaient jusqu’au plafond, débordant de boîtes mystérieuses. Solveig baissa les yeux, mal à l’aise, comme écrasée par cette atmosphère étouffante. Ici, tout était étranger : les mots, les gestes, même l’air semblait vivant, vibrant d’une magie qu’elle ne comprenait pas encore.
— Ah, chère Solveig… Une voix surgit de l’ombre, doucereuse et légèrement inquiétante. Ce qui fit sursauter la rouquine. Un vieil homme apparut entre deux rayonnages, un coffret déjà en main. Scrutant la fillette de la tête aux pieds, il hocha la tête, posa le coffret qu’il tenait et en pris un autre de dessous une pile.
Il en sortit une baguette longue, sombre et fière.
— Bois de cerisier, ventricule de dragon, trente-cinq virgule un centimètres. Particulièrement rigide, idéale pour le duel.
Solveig la prit. Une chaleur puissante monta aussitôt dans sa main, comme une braise prête à s’enflammer. Sous la douce injonction du commerçant, elle essaya un mouvement. Une étincelle rouge jaillit, éclatante, allant terminer son chemin dans un vase qui trônait là... puis plus rien. Le bois devint lourd, presque hostile. Elle grimaça et rendit la baguette du bout des doigts, soudainement parcourue de frissons inexpliqués.
Ollivander hocha la tête. Hmmm non. Pas vous… trop fière, trop martiale.
Il disparut dans les rayonnages, et revint avec une autre boîte.
— Essayons celle-ci : bois de tremble, plume de phénix, vingt-huit centimètres.
La baguette était élégante, sans artifice, presque sévère. Dès que Solveig l’effleura, un frisson glacé parcourut son bras. Elle tenta de nouveau un geste, ne faisant apparaître que quelques étincelles blanches qui disparurent rapidement, aussitôt avalées par l’ombre de la boutique.
— Rigide, attirée par les sorciers énergiques… mais, non, elle ne vous conviendra pas, commenta Ollivander en reprenant l’objet avec délicatesse.
Une troisième boîte fut ouverte.
— Bois de châtaignier, ventricule de snallygaster, vingt-huit virgule huit centimètres. Flexible, avide de découvertes.
Cette fois, Solveig sentit tout de suite une légèreté, presque un appel. Elle leva la baguette, et une gerbe d’étincelles vertes illumina la pièce. Mais au lieu de se stabiliser, l’énergie s’échappa dans une déflagration désordonnée qui fit choir plusieurs boîtes dans un grand vacarme. Elle recula, effrayée, tandis qu’Ollivander rattrapait l’objet avant qu’il ne s’emballe.
— Trop fougueuse. Elle cherche un maître aventureux, vous n’êtes cependant pas cette personne.
Solveig baissa les yeux, l’angoisse montant dans sa poitrine. Et si aucune baguette ne voulait d’elle ? Elle se sentit à nouveau étrangère, presque imposteur dans ce monde qui ne l’attendait pas.
Alors Ollivander s’approcha encore, ses yeux brillants d’un éclat mystérieux.
— Une cliente difficile… mais je crois savoir.
Il tira du haut d’une étagère poussiéreuse, un coffret vert émeraude, de la même couleur que les yeux de la fillette et l’ouvrit. Une baguette de bois clair presque doré, reposait là, fine, élégante, une oeuvre d’art. Des reflets rougeâtre se laissaient voir, par moment, a la lumière ce qui donnait l’impression que le bois avait emprisonné des flammes en son sein.
— Bois de cenellier, plume de phénix. Vingt-quatre virgule trois centimètres. Assez élastique.
Solveig tendit la main. Au contact du bois, elle sentit une chaleur douce, rassurante, courir le long de son bras. La baguette vibra doucement, comme une respiration calée sur la sienne. Quand elle la brandit, un souffle de lumière dorée jaillit, dansant sans violence, éclairant la pièce d’une clarté tranquille.
Ollivander observa la scène, son regard soudain grave.
— Le cenellier est rare… Il choisit souvent des sorciers dont le courage est plus intérieur qu’extérieur. Ce bois protège les âmes capables de traverser les tempêtes sans se trahir. Associé à la plume de phénix, il promet de grandes épreuves, mais aussi une loyauté sans faille.
La lumière dorée traçait dans l’air de délicates arabesques, comme des coups de pinceau suspendus. Ollivander les suivit du regard, intrigué.
— C’est une baguette sensible aux esprits capables de donner forme à l’invisible. Elle répond à ceux qui transforment leurs émotions en matière, qui créent des éclats discrets et durables là où d’autres ne voient que le banal.
Il marqua une pause, puis ajouta plus doucement :
— Elle demande fidélité et constance. En retour, elle saura faire résonner vos propres nuances, celles que vous portez déjà en vous.
Solveig resta immobile, le cœur battant, reprenant son souffle qu’elle ne pensait pas avoir perdu. Dans cette lumière dorée, elle se sentit enfin entière. Elle n’était plus seulement une fille perdue dans un monde qui la dépassait : elle était une sorcière. Et sa baguette venait de le lui murmurer.
870 mots
Couleur :b88d00
La peinture est juste une autre manière de tenir un journal intime...