Premier entretien
Samedi 17 septembre 2050
[ Vivariums de la zone SaCM ]
@Ernest Stevens
[ Vivariums de la zone SaCM ]
@Ernest Stevens

Dans le grand bâtiment destiné aux petites créatures terrestres, mes pas s'entrechoquaient entre les murs à mesure que j'avançais. Je n'avais pas de préférence concernant mes lieux préférés dans la zone où j'exerçais les soins aux créatures magiques, mais je commençais à connaître les fréquences de certains de mes élèves.
Mes pieds s'arrêtèrent net, et l'écho résonna une seconde avant d'y laisser un calme plat. J'entendais les légers bourdonnements de quelques insectes, l'eau couler, quelque part, là, derrière la vitre, et le froissement de quelques feuilles, parfois, quand une créature se déplaçait doucement. Dans la demi-pénombre, qui contrastait avec le soleil, à l'extérieur, je pouvais apercevoir une silhouette, assise sur le banc, observant le vivarium.
- Tu attends depuis longtemps ? dis-je, en souriant, bien que mon visage soit à peine éclairé par les lumières du vivarium qui nous faisait face.
Je fis le tour, et m'installais à côté du jeune garçon, en tailleur, le dos légèrement courbé par la matinée que je venais de passer, et observais mon filleul, comme si c'était la première fois de ma vie.
Un adolescent, qui me paraissait si grand et élancé, au regard timide, voire introverti, qui préférait visiblement les lieux peu peuplés pour s'y réfugier. Mon coeur se resserra. Je n'avais aucune envie de jouer les professeurs, à cet instant précis, et pourtant, c'était précisément pour cette raison que nous nous retrouvions ce jour-là.
- J'ai l'impression qu'on a fait que se croiser, dernièrement... commençais-je, mais mes lèvres se muèrent en un étrange silence.
J'observais le vivarium. L'ambiance presque mystique du lieu était propice aux confidences, et je n'avais pas envie de briser cette nouvelle sérénité. D'ici, je pouvais voir les crapauds se prélasser autour du point d'eau. Le clapotis était rassurant, et me berçait doucement. Cet entretien allait être spécial.
professeure et farfadet malicieux des Serpentard
DDM à partir de novembre 2050
DDM à partir de novembre 2050
Premier entretien
S’il y avait bien une chose qu’Ernest avait regretté en quittant Londres pour débuter sa scolarité à Poudlard, c’était son casque et son lecteur MP6. La musique lui avait toujours permis de s’écarter du tumulte de la ville et de celui de ses pensée. Elle lui permettait de mieux se concentrer et de lâcher prise. Au moins un peu. En arrivant dans l’école de Sorcellerie, il avait fallu trouver des alternatives. Pas seulement au bruit, mais aussi au silence. À force d’errance, il avait rapidement trouvé ses lieux de prédilection. Le fond de la serre ou le fond de la zone de SaCM. Tout dépendait de ce dont il avait besoin.
Les vivariums, ce n’était pas l’endroit le plus fréquenté. Peu nombreux étaient les élèves qui avaient des accointances avec les reptiles ou les insectes. Même magique. Ernest, lui, aimait toutes les créatures. Parce qu’elles ne le jugeaient pas. Quoique… il avait déjà été regardé de travers par l’une des têtes d’un Runespoor une fois. Mais apparemment, c’était normal. Il avait tenté de s’imaginer avec trois têtes et c’était assez effrayant à vrai dire. Il avait déjà du mal à en supporter une à certains moments. Est-ce que trois têtes, ça faisait trois fois plus de pensées ou alors est-ce que le flux était divisé par trois ? Dans ce cas là, ça pourrait être pratique. Mais à en juger par la réputation du Runespoor, les choses n’étaient pas si simples.
Assis en tailleur sur un banc, l’adolescent griffonnait sur son carnet, à la lumière diffuse des lampes chauffantes des vivariums. Ici, il ne faisait jamais vraiment froid. Même en hiver. Un peu comme dans la Serre Tropicale finalement. Ça le changeait des courants d’air glaciales des couloirs du Château. Dans cet espace, il n’y avait jamais beaucoup de bruit. Un peu comme un sanctuaire ou un musée, les gens de passage parlaient à voix passe. Mais il n’était jamais tout à fait silencieux non plus. Des écoulements, des froissements, des glissements, des bourdonnements… autant de sons qui composaient une mélodie à ses oreilles. Ou une respiration par laquelle il se laissait bercer, concentré sur ses croquis.
Il avait entendu Isée avant de la voir mais n’avait pas tourné son regard directement sur elle. Ils n’avaient pas besoin de se regarder pour se parler. Pour sentir la présence de l’autre. Il secoua la tête en signe de négation. Il n’attendait pas vraiment. Ernest était toujours occupé à quelque chose. L’ennui n’était pas un luxe que ses pensées étaient prêtes à lui accorder.
L’adolescent sentit le changement de ton de sa marraine. La suspension… Il tourna son regard clair vers elle, qui scintillait malgré l’obscurité, un peu comme ceux d’un chat pris dans le faisceau de lumière d’un lampadaire. Le garçon n’était pas encore tout à fait habitué à se retrouver à la même hauteur. Il se faisait encore surprendre plusieurs fois par jour par les centimètres qu’il avait gagnés durant l’été. Par ce nouveau point de vue tout à fait inédit. Doucement, il poussa son épaule contre celle de l’adulte dans un geste de complicité tendre.
“Se croiser un peu tous les jours… finalement, c’est un peu comme de se voir beaucoup une seule journée… et c'est mieux que rien, nan ?”
Probablement que sa mère tuerait pour ça. Ou peut-être pas. Ernest n’en était pas sûr. Mais il comprenait les contraintes. Lui, il avait un emploi du temps bourré de cours et d’options. Isée avait des dizaines de créatures à sa charge sur lesquelles il fallait veiller jour et nuit. Et il ne parlait pas des élèves. Et puis bon… il fallait dire qu’il s’était fait discret. Enfin, encore plus que d’habitude. Parce qu’en bon élève qu’il était, on l’avait déjà traité de fayot, mais si en plus les autres apprenaient le lien qui les reliaient… Même si finalement, “les autres”, ça ne voulait pas dire grand chose.
“Tu crois que ça fait vraiment très mal de se transformer en autre chose que ce qu’on est ?”
La question portrait sur la formation Animagus, évidemment. Mais peut-être pas que. Peut-être qu’elle était plus rhétorique que ce dont il avait réellement conscience. Ernest cherchait toujours encore qui il était. Quel Serpent il était ou allait devenir. Il tentait toujours de définir le moule et de savoir s’il souhaitait réellement s’y conformer.
Les vivariums, ce n’était pas l’endroit le plus fréquenté. Peu nombreux étaient les élèves qui avaient des accointances avec les reptiles ou les insectes. Même magique. Ernest, lui, aimait toutes les créatures. Parce qu’elles ne le jugeaient pas. Quoique… il avait déjà été regardé de travers par l’une des têtes d’un Runespoor une fois. Mais apparemment, c’était normal. Il avait tenté de s’imaginer avec trois têtes et c’était assez effrayant à vrai dire. Il avait déjà du mal à en supporter une à certains moments. Est-ce que trois têtes, ça faisait trois fois plus de pensées ou alors est-ce que le flux était divisé par trois ? Dans ce cas là, ça pourrait être pratique. Mais à en juger par la réputation du Runespoor, les choses n’étaient pas si simples.
Assis en tailleur sur un banc, l’adolescent griffonnait sur son carnet, à la lumière diffuse des lampes chauffantes des vivariums. Ici, il ne faisait jamais vraiment froid. Même en hiver. Un peu comme dans la Serre Tropicale finalement. Ça le changeait des courants d’air glaciales des couloirs du Château. Dans cet espace, il n’y avait jamais beaucoup de bruit. Un peu comme un sanctuaire ou un musée, les gens de passage parlaient à voix passe. Mais il n’était jamais tout à fait silencieux non plus. Des écoulements, des froissements, des glissements, des bourdonnements… autant de sons qui composaient une mélodie à ses oreilles. Ou une respiration par laquelle il se laissait bercer, concentré sur ses croquis.
Il avait entendu Isée avant de la voir mais n’avait pas tourné son regard directement sur elle. Ils n’avaient pas besoin de se regarder pour se parler. Pour sentir la présence de l’autre. Il secoua la tête en signe de négation. Il n’attendait pas vraiment. Ernest était toujours occupé à quelque chose. L’ennui n’était pas un luxe que ses pensées étaient prêtes à lui accorder.
L’adolescent sentit le changement de ton de sa marraine. La suspension… Il tourna son regard clair vers elle, qui scintillait malgré l’obscurité, un peu comme ceux d’un chat pris dans le faisceau de lumière d’un lampadaire. Le garçon n’était pas encore tout à fait habitué à se retrouver à la même hauteur. Il se faisait encore surprendre plusieurs fois par jour par les centimètres qu’il avait gagnés durant l’été. Par ce nouveau point de vue tout à fait inédit. Doucement, il poussa son épaule contre celle de l’adulte dans un geste de complicité tendre.
“Se croiser un peu tous les jours… finalement, c’est un peu comme de se voir beaucoup une seule journée… et c'est mieux que rien, nan ?”
Probablement que sa mère tuerait pour ça. Ou peut-être pas. Ernest n’en était pas sûr. Mais il comprenait les contraintes. Lui, il avait un emploi du temps bourré de cours et d’options. Isée avait des dizaines de créatures à sa charge sur lesquelles il fallait veiller jour et nuit. Et il ne parlait pas des élèves. Et puis bon… il fallait dire qu’il s’était fait discret. Enfin, encore plus que d’habitude. Parce qu’en bon élève qu’il était, on l’avait déjà traité de fayot, mais si en plus les autres apprenaient le lien qui les reliaient… Même si finalement, “les autres”, ça ne voulait pas dire grand chose.
“Tu crois que ça fait vraiment très mal de se transformer en autre chose que ce qu’on est ?”
La question portrait sur la formation Animagus, évidemment. Mais peut-être pas que. Peut-être qu’elle était plus rhétorique que ce dont il avait réellement conscience. Ernest cherchait toujours encore qui il était. Quel Serpent il était ou allait devenir. Il tentait toujours de définir le moule et de savoir s’il souhaitait réellement s’y conformer.
720
@Isée Cavell
@Isée Cavell
4ème année RP 50-51 - P&O / 15 ans
- PRÉSENCE RÉDUITE -
- PRÉSENCE RÉDUITE -
Premier entretien
Il s'était tourné vers moi, et mon coeur de marraine s'accéléra un instant. Il avait tant grandi, il avait tant mûri. Il n'était plus le tout petit, que j'avais pris dans les bras. Je me rappelle des premières fois, où il m'avait tendu des objets dans le creux de mes mains. Ses petits doigts, plein de terre, qui m'apportaient vers de terre ou escargots. Je les recueillais, comme des trésors, des secrets, entre lui et moi, et notre bulle semblait indestructible.
Et elle l'était. A ce moment précis, je pouvais ressentir les remous autour de nous, qui ne dérangeaient pas le moins du monde notre espace, qui demeurait intangible. J'aimais ce refuge qu'Ernest m'apportait, ici, à Poudlard, et ailleurs, quand j'étais loin de lui, et je faisais tout pour l'être pour lui aussi.
- C'est vrai... marmonnais-je, alors que mon esprit se réchauffait.
J'avais la chance de pouvoir voir Ernest chaque jour, un petit peu, et c'était déjà tellement plus que tout ce que je n'espérais. Mes voyages ne me permettaient pas cela, et le manque de mes proches se faisait ressentir lorsque je restais trop longtemps en mers. Je me raccrochais alors à des photos, des petits mots, des cartes postales. Des trésors et des secrets.
Et l'attente de le revoir me paraissait moins longue.
Je restais muette un instant, observant le calme des vivariums. Du coin de l'oeil, je pouvais voir quelques traces de doigt, laissées ça et là durant la visite d'un élève un peu trop curieux, mais je me retins de me lever pour les essuyer avec le bout de ma robe de sorcière. Je n'étais pas là pour m'occuper des serpents, j'étais là pour mon Serpent.
- Oui. dis-je simplement.
Sans artifice. Je n'aimais pas tourner autour du pot.
- Tu peux subir un nombre incalculable de métamorphoses, mais tu seras toujours le même, derrière tous ces "paraître".
Je me mordis la lèvre inférieure. Cette conversation me rappelait des souvenirs douloureux d'étudiante. De ceux où je cherchais la validation de mes pairs, à chaque instant, car rentrer dans une case importait bien plus que mon propre bonheur. Mais tôt ou tard, le Serpent finissait toujours par ressortir de son nid, et c'était bien pire encore.
- La formation n'est pas comme ça. lui dis-je, le regard toujours fixé sur le coin du vivarium. On cherche le vrai "toi", pas celui que tu veux montrer aux autres.
Et elle l'était. A ce moment précis, je pouvais ressentir les remous autour de nous, qui ne dérangeaient pas le moins du monde notre espace, qui demeurait intangible. J'aimais ce refuge qu'Ernest m'apportait, ici, à Poudlard, et ailleurs, quand j'étais loin de lui, et je faisais tout pour l'être pour lui aussi.
- C'est vrai... marmonnais-je, alors que mon esprit se réchauffait.
J'avais la chance de pouvoir voir Ernest chaque jour, un petit peu, et c'était déjà tellement plus que tout ce que je n'espérais. Mes voyages ne me permettaient pas cela, et le manque de mes proches se faisait ressentir lorsque je restais trop longtemps en mers. Je me raccrochais alors à des photos, des petits mots, des cartes postales. Des trésors et des secrets.
Et l'attente de le revoir me paraissait moins longue.
Je restais muette un instant, observant le calme des vivariums. Du coin de l'oeil, je pouvais voir quelques traces de doigt, laissées ça et là durant la visite d'un élève un peu trop curieux, mais je me retins de me lever pour les essuyer avec le bout de ma robe de sorcière. Je n'étais pas là pour m'occuper des serpents, j'étais là pour mon Serpent.
- Oui. dis-je simplement.
Sans artifice. Je n'aimais pas tourner autour du pot.
- Tu peux subir un nombre incalculable de métamorphoses, mais tu seras toujours le même, derrière tous ces "paraître".
Je me mordis la lèvre inférieure. Cette conversation me rappelait des souvenirs douloureux d'étudiante. De ceux où je cherchais la validation de mes pairs, à chaque instant, car rentrer dans une case importait bien plus que mon propre bonheur. Mais tôt ou tard, le Serpent finissait toujours par ressortir de son nid, et c'était bien pire encore.
- La formation n'est pas comme ça. lui dis-je, le regard toujours fixé sur le coin du vivarium. On cherche le vrai "toi", pas celui que tu veux montrer aux autres.
professeure et farfadet malicieux des Serpentard
DDM à partir de novembre 2050
DDM à partir de novembre 2050
Premier entretien
D’aussi longtemps qu’il s’en souvenait, Ernest avait toujours été intrigué par les capacités dont était dotée une personne capable d’Animagus. Enfin d’aussi longtemps qu’il était à Poudlard. La métamorphose l’avait toujours intéressé et au fil des années, elle avait grandi en lui. Mais plus il apprenait et moins précises étaient les réponses qu’il cherchait. À chaque nouvelle connaissance apprise s’ouvrait un pan entier de possibilités. Et de questions.
Il connaissait déjà de nombreux petits sortilèges anodins qui permettaient de changer ses cheveux en gazon ou en bois de cerf. Miss Crane lui avait même montré comment donner l’illusion d’écailles de serpent à sa peau. Mais ça restait de la poudre aux yeux. De simples visualisations. Transformer son corps entier en une autre espèce, c’était d’un autre niveau. D’un autre ordre, probablement. C’était fascinant. Et légèrement effrayant.
L’adolescent avait peur de la douleur, évidemment. Mais aussi de ce que ce genre de métamorphose pourrait dire de lui. Et Isée n’était pas passé par quatre chemins pour mettre le doigt là où c’était particulièrement sensible. Il n’en attendait pas moins d’elle cela dit. Elle n’avait jamais triché avec lui. Elle n’avait jamais cherché à prendre de raccourcis. Elle ne l’avait jamais épargné non plus. Que ce soit pour lui expliquer la cruauté splendide de la chaîne alimentaire ou simplement la beauté naturelle du cycle de reproduction des Prolocks.
Ernest posa son carnet sur ses genoux puis le referma finalement avant de déplier ses jambes. Le commentaire d’Isée faisait le tour de son esprit. Il fronça légèrement les sourcils et glissa ses mains sous ses cuisses, tout en scrutant le sol.
“Mais la magie… ça a un coût… et une métamorphose comme ça… ‘fin… ça doit pas laisser complètement indemne…”
Il pensa à nouveau à Elle. À la manière dont certaines parties d’elle pouvaient légèrement changer sans que ce soit même volontaire. À la manière dont elle ouvrait des fenêtres dans son esprit. Et ce qu’elle provoquait dans son corps aussi. Elle non plus, ne l’avait pas laissé indemne. Et c’était d’autant plus déstabilisant qu’il se sentait changer. Qu’il sentait son être se métamorphoser un peu plus chaque jour. Et qu’il avait l’impression de perdre le contrôle de lui-même alors qu’il apprenait à peine à se gouverner et à contenir ses émotions.
“Et ‘fin… j’sais pas, mais… on fait un peu le sacrifice de soi, nan ?”
La seconde remarque l’interpella un peu plus, le laissant interdit. Ernest n’avait jamais menti. À personne, mais encore moins à Isée. Avec elle, il s’était toujours senti libre d’être lui. Ou plutôt, il ne s’était jamais posé la question de qui il était. Il était, c’est tout. Leur échange avait cela de doux qu’ils étaient presque toujours dans le moment présent. Cette manière empirique de se frotter à la vie, c’était elle qui le lui avait appris.
“Mais… Isée…”
Le garçon soupira et passa une main derrière sa tête pour frotter sa nuque de manière un peu fébrile.
“Et si j’le trouve pas le vrai moi…”
Ernest avait toujours douté de sa place. Et s’il ne prenait plus autant d’espace dans son esprit, c’était simplement parce qu’il avait appris à le dissimuler. Entre les couvertures de ses livres, les pages de parchemins. Entre les lettres glissées sous l’oreiller ou les chaussettes bien rangées. Comme un boulimique de savoir, il bouffait les connaissances pour oublier que le doute le rongeait. Et ça marchait avec plus ou moins de succès. Ou c’était simplement la force de l’habitude.
“Et… Et si j'aime pas c'que j'trouve ?”
Le jeune homme releva la tête et se tourna légèrement vers sa marraine, cherchant dans son regard une vérité qu’il ne voulait pourtant pas connaître.
Il connaissait déjà de nombreux petits sortilèges anodins qui permettaient de changer ses cheveux en gazon ou en bois de cerf. Miss Crane lui avait même montré comment donner l’illusion d’écailles de serpent à sa peau. Mais ça restait de la poudre aux yeux. De simples visualisations. Transformer son corps entier en une autre espèce, c’était d’un autre niveau. D’un autre ordre, probablement. C’était fascinant. Et légèrement effrayant.
L’adolescent avait peur de la douleur, évidemment. Mais aussi de ce que ce genre de métamorphose pourrait dire de lui. Et Isée n’était pas passé par quatre chemins pour mettre le doigt là où c’était particulièrement sensible. Il n’en attendait pas moins d’elle cela dit. Elle n’avait jamais triché avec lui. Elle n’avait jamais cherché à prendre de raccourcis. Elle ne l’avait jamais épargné non plus. Que ce soit pour lui expliquer la cruauté splendide de la chaîne alimentaire ou simplement la beauté naturelle du cycle de reproduction des Prolocks.
Ernest posa son carnet sur ses genoux puis le referma finalement avant de déplier ses jambes. Le commentaire d’Isée faisait le tour de son esprit. Il fronça légèrement les sourcils et glissa ses mains sous ses cuisses, tout en scrutant le sol.
“Mais la magie… ça a un coût… et une métamorphose comme ça… ‘fin… ça doit pas laisser complètement indemne…”
Il pensa à nouveau à Elle. À la manière dont certaines parties d’elle pouvaient légèrement changer sans que ce soit même volontaire. À la manière dont elle ouvrait des fenêtres dans son esprit. Et ce qu’elle provoquait dans son corps aussi. Elle non plus, ne l’avait pas laissé indemne. Et c’était d’autant plus déstabilisant qu’il se sentait changer. Qu’il sentait son être se métamorphoser un peu plus chaque jour. Et qu’il avait l’impression de perdre le contrôle de lui-même alors qu’il apprenait à peine à se gouverner et à contenir ses émotions.
“Et ‘fin… j’sais pas, mais… on fait un peu le sacrifice de soi, nan ?”
La seconde remarque l’interpella un peu plus, le laissant interdit. Ernest n’avait jamais menti. À personne, mais encore moins à Isée. Avec elle, il s’était toujours senti libre d’être lui. Ou plutôt, il ne s’était jamais posé la question de qui il était. Il était, c’est tout. Leur échange avait cela de doux qu’ils étaient presque toujours dans le moment présent. Cette manière empirique de se frotter à la vie, c’était elle qui le lui avait appris.
“Mais… Isée…”
Le garçon soupira et passa une main derrière sa tête pour frotter sa nuque de manière un peu fébrile.
“Et si j’le trouve pas le vrai moi…”
Ernest avait toujours douté de sa place. Et s’il ne prenait plus autant d’espace dans son esprit, c’était simplement parce qu’il avait appris à le dissimuler. Entre les couvertures de ses livres, les pages de parchemins. Entre les lettres glissées sous l’oreiller ou les chaussettes bien rangées. Comme un boulimique de savoir, il bouffait les connaissances pour oublier que le doute le rongeait. Et ça marchait avec plus ou moins de succès. Ou c’était simplement la force de l’habitude.
“Et… Et si j'aime pas c'que j'trouve ?”
Le jeune homme releva la tête et se tourna légèrement vers sa marraine, cherchant dans son regard une vérité qu’il ne voulait pourtant pas connaître.
613
4ème année RP 50-51 - P&O / 15 ans
- PRÉSENCE RÉDUITE -
- PRÉSENCE RÉDUITE -