Que tout s’éteigne
Rhéa entra sans un bruit. La porte se referma derrière elle, coupant le monde net.1er octobre 2050
Salle sensorielle
Seule
Silence.
Juste l’eau, la lumière, et ce froid qui lui mordait les pieds. Elle posa ses chaussures dans le panier, ses pensées dans un coin — ou essaya.
Impossible.
Son esprit continuait de tourner, page après page, comme un livre qu’on ne peut plus refermer.
Elle avança sur les galets. Chaque pas la ramenait vers le même vertige. Trop de choses dans la tête. Des mots, des visages, des souvenirs. Rien ne s’arrêtait jamais. Elle se sentit vieille d’un coup, usée de trop réfléchir, d’apprendre sans fin, sans pause. L’apprentissage… ce mot lui brûlait les lèvres. À quoi bon, si elle ne savait même plus oublier ?
L’eau l’attendait. Bleue, vivante, mouvante.
Elle y entra d’un geste sec. Le froid remonta d’un coup, jusqu’à la poitrine. Un choc net. Enfin une émotion claire. Pas ces pensées floues qui l’étouffaient. L’eau la traversait, la découpait presque. Elle inspira. Ferma les yeux.
Le mur d’eau se tordait devant elle, avalant la lumière puis la rendant plus douce. Chaque couleur semblait raconter quelque chose d’elle — un souvenir, un éclat du passé, une version d’elle-même qu’elle ne reconnaissait plus.
Elle tendit la main. L’eau lui répondit. Froide, tiède, froide encore. Elle pensa qu’un bon auteur saurait décrire ce moment mieux qu’elle. Qu’il trouverait les bons mots. Elle, non. Elle se contentait de le vivre.
Elle s’assit. L’eau lui couvrit les jambes. La lumière dansait sur sa peau.
Les émotions montaient, lentes, indisciplinées. Trop fortes. Trop nombreuses. Elle aurait voulu glisser un marque-page entre deux pensées, figer le temps, ne rien ressentir pendant un instant. Ne plus penser. Ne plus être.
Le bruit de l’eau emplissait tout. Plus de place pour le reste. C’était étrange, ce calme. Un genre de paix brutale, presque violente. Peut-être que c’était ça, finalement : apprendre à se taire. À laisser couler. À ne rien contrôler.
Les lumières pâlirent. Trente minutes.
Déjà.
Rhéa se leva, trempée, vidée. L’eau glissait le long de ses jambes comme un souvenir qui refuse de s’effacer. Elle se regarda dans le reflet mouvant — son propre passé, brouillé.
Et d’une voix basse, rauque :
— Que tout s’éteigne.
Elle sortit.
La salle s’endormit derrière elle.
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Mots en italique pour Moi, le magicien
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"On n'apprend pas à marcher en suivant les traces des autres."
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