Sous la même pluie

Aucune date dans l'immédiat, chronologie oblige
Avec @Enola Smith


L’après-midi sent la terre mouillée et les plantes qu’on a manipulées.
Le cours de botanique devait être simple: observer, prendre des notes, et éviter de toucher les racines trop vives. Puis le vent s’est levé suivi d’une pluie qui n’avait rien d’un crachin. Un vrai rideau d’eau. Le professeur a levé les bras au ciel puis a déclaré la séance "interrompue". Une évidence qu’il aurait pu reconnaître plus tôt..

Les élèves courent vers le château, capes levées et sacs serrés contre eux.
Moi, je coupe à travers la pelouse avec mes bottes trempées. Non pas d'une marche rapide. Pas envie de courir. Pas envie de les rejoindre non plus.

J’aperçois les ruines d’un vieux muret près de la cour, vestige d’un mur d’enceinte.
Il reste une arche tordue couverte de mousse. Juste assez large pour se mettre à l’abri. On se croirait à Edimbourg. Je m’y glisse pour souffler un coup et laisse tomber mon sac à côté.

L’air est froid mais ça ne me dérange pas. Ça sent la boue, la pierre humide, le lac qui est proche. Un parfum d’hiver qui s’invite trop tôt. Je ne m'en plains pas, au contraire.

Je ferme les yeux quelques minutes. La pluie s’écrase sur la pierre d'une façon régulière. Presque apaisante. J’aime ces moments où tout s'arrête. Quand plus rien ne réclame qu’on parle ou qu’on bouge. Un moment où je n'ai plus à réfléchir. Une sorte d’équilibre fragile mais authentique.

Un bruit de pas brise tout ça.
Je n’ouvre pas tout de suite les yeux.
Forcément, c’est toujours par là qu’elle passe après les cours d’extérieur.

Elona Smith.

Le genre de hasard qu’on appelle souvent "mauvais timing".
Je rouvre les yeux. Elle est là, trempée, les cheveux collés aux joues.
Elle me remarque à peine et s’abrite sous la même arche le dos tourné.
Silence total.

On ne s’aime pas. On ne se déteste pas non plus.
Mais depuis cette histoire de livre abîmé, quelque chose s’est cassé. C'était un grimoire de métamorphose que je lui avais prêté. Elle l’avait rendu abîmé ainsi que les pages tachées d’encre. Rien de grave en soi, mais j’avais mal pris le geste. Et surtout, j’avais mal rendu la remarque. Elona n’avait pas répondu. Elle s’était juste éloignée comme si ça ne valait pas la peine de s’expliquer.

Depuis on s’évite. Et voilà qu’on se retrouve coincés sous la même arche..

Elle garde les bras croisés tandis que je continue de fixer l’eau qui s’écrase au sol. Le silence est lourd mais pas désagréable. La pluie discute à notre place.

Je me demande si je devrais dire quelque chose. Peut-être pas. Mes mots ont tendance à empirer les choses. Mais le silence aussi parfois.

Je jette un coup d’œil vers elle sans tourner la tête. Ses chaussures dégoulinent et le bas de sa cape est trempée. Elle semble fatiguée, pas en colère. C'est déjà ça. Je me surprends à penser que tout ça est ridicule. Une histoire de papier froissé qui nous fait agir comme deux inconnus.

J'ai besoin de reprendre une respiration plus lente sans comprendre pourquoi. Je ne compte cependant pas ouvrir la discussion et m'excuser. Problème d'égo sans doute. Mais je ne ferai pas semblant de ne pas entendre si elle parle la première.

Le vent passe à travers la pierre et fait siffler l’arche. L’eau y glisse le long du mur en petites rivières. Je regarde le lac au loin où la pluie s'écrase sur la surface comme des petits astéroïdes.

Un jour, peut-être, on rira de cette histoire. Mais pas aujourd’hui.
Aujourd’hui, il pleut. Et c’est déjà assez à gérer.

Non inscrit dans la chronologie.
4ème année 2050-2051

Sous la même pluie
Comme souvent en début d'année, la fillette était d'excellente humeur. Le retour à Poudlard était pour elle le meilleur moment de son année, de même que l'automne. Surtout qu'au château, la saison se faisait tout particulièrement sentir. Les feuilles étaient devenues orangées un bon bout de temps auparavant, la pluie pointait régulièrement le bout de son nez et les températures avaient drastiquement baissé.

La jeune anglaise avait donc le sourire aux lèvres, pas du tout dérangée, quand une averse se déclencha et qu'elle dut aller s'abriter. Lisant dans la cour de la tour de l'horloge depuis une vingtaine de minutes, elle protégea aussi son livre sous sa cape tout en examinant les alentours pour trouver un endroit où se protéger de la pluie. Elle avait beau aimé cette meteo, elle ne tenait pas particulièrement à terminer trempée. Quand elle repéra un endroit à l'abris, elle ne réfléchit pas plus de quelques secondes avant d'y courir, sans réaliser qu'il y avait déjà quelqu'un en dessous.

Une fois protégée de l'eau, la brune réalisa la présence de quelqu'un d'autre sous l'arche. Elle croisa son regard en posant son livre sur le côté, sentant la culpabilité s'emparer d'elle. Callen. Il lui avait prêté un livre une fois, un livre que son chat avait abîmé sans qu'elle ne puisse y faire quoi que ce soit. Elle avait essayé de trouver un autre exemplaire, en vain, et avait été obligée de lui rendre tel quel. Sans surprise, le garçon avait ete agacé, et la brunette avait eu trop honte pour répondre à son agacement. Elle-même aurait été énervée. Il devait probablement la détester, depuis ce jour.

Un silence s'installa entre les deux, seulement interrompu par le son des gouttes de pluie tombant sur la pierre. Les joues rosées par la gêne, chose rare chez Enola, elle finit par prendre la parole. Elle n'avait pas pour habitude de s'excuser, mais elle savait reconnaître ses tords.

- Hum.. j'voulais dire, hésita-t-elle quelques secondes. Enfin.. euh.. désolée pour la dernière fois. Pour ton livre, je veux dire.

Le garçon aurait probablement pu être moins désagréable en lui faisant sa remarque, ce qui l'avait agacée ce jour-là, mais avec le recul, elle voyait bien qu'elle aurait dû dire quelque chose. Lui rendre le livre sans explication ni excuse n'avait pas été son idée la plus brillante.

Troisième année 2050/2051 - Fiche PR
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Sous la même pluie
Elle finit par parler.
Sa voix se perd presque dans le bruit de la pluie. Pas sûre d’elle. Pas très forte non plus. Le genre de ton qu’on prend quand on préfère ne pas être entendu, mais qu’on parle quand même. En tout cas, elle a plus de courage que moi.

Moi ? Mon regard se perd dans le paysage. J'ai cette tendance à répondre sans regarder les gens. Je compte les secondes avant de répondre pour ne pas dire une connerie.
C’est pas que je sois rancunier. Juste mauvais pour passer à autre chose.

Je relève un peu le regard.
Elle a les joues rougies par le froid, pas par la honte. Elle n’a pas l’air de jouer la comédie.




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Callen Kerrigan-RowleHoche la tête, lentement.
C'est rien.

Deux mots. Pas plus. Le ton qu’on prend quand on veut que ça s’arrête, mais sans casser le peu d’équilibre qu’il reste.
Je racle doucement la semelle de ma botte contre la pierre. Le bruit couvre le reste.

Je pense à ce foutu livre. Les coins abîmés, l’encre qui avait bavé.
J’avais passé la soirée à essayer de le recoller, persuadé que ça arrangerait quelque chose.
Évidemment que ça n'a pas marché. Les pages étaient restées tordues, comme si elles se souvenaient encore de l’incident. J’ai toujours eu ce réflexe idiot de tenir à mes affaires.
Pas par avarice. Par habitude, je crois.

À la maison, Cerys cassait tout. Pas volontairement, elle ne faisait jamais exprès. Mais tout ce qu’elle touchait finissait en morceaux.
Une figurine, un encrier, un vieux jeu d’échecs sorcier que mon grand-père m’avait offert. Le roi noir s’était fendu net en deux. Je me souviens encore du bruit, sec, comme un os qu’on casse.
Elle avait pleuré. Moi pas. J’étais resté planté là à recoller les morceaux, sans dire un mot.

Depuis, je garde tout un peu trop près. Les livres, surtout. J’y écris, j’y note des choses que rien ne remplace. Les pages, ça garde la mémoire mieux que la tête.
Alors quand quelqu’un abîme un de mes livres, même sans le vouloir, j’ai l’impression qu’il efface un peu de ce que j’y ai mis.
C’est idiot, mais ça ne se contrôle pas.

Je soupire sans bruit. Juste assez pour que la buée passe un instant devant moi.
La pluie martèle toujours la pierre, régulière.
Et mon sac, posé à côté, dégouline comme s’il me faisait payer mes choix.


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Callen Kerrigan-RowleCale son dos contre la pierre.
J’ai réussi à le réparer, le bouquin. Enfin.. à peu près.
T’étais dehors pour quoi, à la base ?

Que je demande, histoire de pas laisser le silence retomber.
Ma voix reste neutre, presque lasse.
Je cherche pas spécialement à recoller les morceaux. Je ne sais pas y faire. Juste à comprendre ce qui l’a ramenée sous la flotte, un livre à la main.
Peut-être qu’on finira par parler d’autre chose.



485 mots

Non inscrit dans la chronologie.
4ème année 2050-2051

Sous la même pluie
La pluie continuait à tomber, plus forte encore que quand la fillette avait rejoint l'abris, quand le garçon finit par lui répondre. Enola, qui n'était pas bien sûre qu'il le ferait, sentit son ventre se desserrer légèrement, quoique la réponse en question n'arrangea pas grand chose à la situation. Le Poufsouffle lui en voulait clairement encore, les deux mots à peine soufflés hors de sa bouche. Comme si ça lui faisait du mal de répondre. Si ça agaça légèrement la petite sorcière, elle n'en laissa rien paraître. C'était elle qui était en tord et, si elle l'avait un peu oublié la fois précédente, ce ne serait pas le cas ce jour-là. Elle était prête à faire des efforts.

Ne sachant que répondre, la brunette hocha simplement la tête, les yeux posés sur le garçon. Celui sembla soupirer, même si la Poufsouffle ne pouvait en être vraiment sure. Avec le bruit que faisait la pluie, elle ne pouvait rien entendre.

Quelques secondes plus tard, avant que le silence n'ait vraiment eut le temps de s'installer, le brun reprit la parole. Bon, peut-être qu'Enola l'avait mal jugé. Peut-être qu'il était simplement agacé par le souvenir de son livre et pas par elle. Mmh, elle en doutait. Peut-être qu'il voulait juste faire la conversation ou qu'il s'ennuyait, aussi. Elle hocha donc la tête, un peu rassurée d'apprendre qu'il avait réussi à réparer, même si ce n'était qu'à peu près. C'était le plus important, qu'il puisse le lire.

- Cool, murmura-t-elle avec un petit sourire, quoiqu'il ressemblait plus à une grimace qu'autre chose. Et hum... Je lisais, justement. Et toi ?

Le froid lui glaçait la peau, si bien que la brune se sentit tirer les manches de son pull, dans une tentative veine de créer un peu de chaleur au dessus de ses mains. Elle qui avait toujours été frileuse, ce jour de météo ne lui convenait pas du tout. Elle ne pouvait qu'espérer que ça ne durerait pas trop longtemps.

Troisième année 2050/2051 - Fiche PR
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