Toi aussi, tu vois pas les couleurs?
16 octobre 2050
TW : MENTION DU DEUIL
TW : MENTION DU DEUIL
Il faisait froid. Bien sûr qu'il faisait froid, ils étaient en octobre. Summer en prenait conscience au fur et à mesure que la fraîcheur se saissisait de ses membres et les engourdissait. Elle crispa ses épaules et rentra sa tête dans son col, avant d'enfouir ses mains dans ses poches, pour tenter de les protéger. C'était un peu tard, bien entendu, puisqu'elles s'étaient déjà refroidis et qu'elles auraient du mal à se réchauffer, mais Summer s'en fichait.
Elle ne savait pas ce qui lui arrivait, aujourd'hui. Juste un de ces jours où elle se levait avec l'impression que le monde avait perdu ses couleurs et que la vie n'avait aucun sens. Ça lui arrivait parfois. Ce détachement. Cette froideur, quand elle posait son regard sur ce qui l'entourait, comme si elle ne le voyait pas.
'' C'est normal '' lui disait son père dans les brefs hibou qu'ils échangeaient. '' Ça finira par passer ''.
Pas sûr, aurait elle voulu lui répondre. Pas sûr que ça passe, papa. Mais elle ne le faisait pas.
Elle ne savait pas trop ce que c'était. Ce sentiment qu'elle aurait été bien incapable de nommer. De la désillusion, peut être. Comme si soudainement, le masque joyeux et merveilleux du monde s'écroulait, pour finalement lui révéler la vraie façade de ce dernier. Et bien ce n'était pas agréable.
Pas que Summer se baignait d'illusions, avant. Vraiment pas. Avec la mère qu'elle avait eu, elle était devenue assez pied à terre. Très vite, les vielles légendes du Père Noël, ou ce genre de chose, avaiten disparues, remplacées par la seule et unique vérité : les cadeaux, ça venait des parents, et ça coûtait parfois cher. On ne pouvait pas tout avoir.
Non, on ne pouvait pas. Et quand on croyait que quelque chose qu'on avait été acquis pour la vie, et bien on le perdait.
Et voilà, depuis ce fameux jour, où elle s'était écroulée devant cette lettre, cette si terrible lettre, il y avait des joues où elle avait mal. Et ce n'était même pas le mal qui la rongeait quand elle pensait au beau sourire de sa meilleure amie, de Samia, bon sang, de Samia, et que ce dernier lui manquait d'une si horrible façon que son cœur faisait mal, tellement mal qu'elle avait envie de se lacérer la poitrine pour lui donner un peu plus d'espace. Son cœur oppressé, par des sentiments tellement intenses qu'ils l'empêchaient de battre. Bref, ça, c'était les jours où, vraiment, elle souffrait du manque.
Et puis il y avait des jours, comme aujourd'hui, où Summer ne ressentait rien du tout. Comme si son cerveau, et tous ses sens, étaient sur off, et que son cœur, ce même cœur, avait pris des vacances pour arrêter d'avoir mal, au moins une journée.
Et du coup... Du coup il ne lui restait qu'elle. Démunie. Abandonnée par tous, même la partie d'elle même qui avait encore l'énergie d'avancer. Ces jours là, elle se traînait, accomplissait ses obligations du jour, puis allait se coucher en espérant que le lendemain serait meilleur.
Là, en l'occurrence, elle déambulait dans le parc, sans but particulier. Juste s'aérer la tête, respirer un peu. Quand ses jambes en eurent marre de la porter, elle se laissa tomber sans conviction, non loin d'un jeune garçon au cheveux noirs, à qui elle ne prêta pas la moindre attention. Quand elle fut plus ou moins bien installée, elle leva la tête vers le ciel, et souffla. Ce ciel pourtant bleu, alors qu'il faisait si froid. Ce ciel si bleu qu'il en était éblouissant, comparé à la noirceur qui envahissait Summer.
Quoique qu'après réflexion, ce n'était même pas noir. Le noir c'était trop fort, trop pur. Trop brut. Là, elle était juste lasse. Lessivée par la vie. Gris. C'était du gris, voilà. Du gris comme un ciel lourd, envahi par les nuages, annonciateur de pluie.
Elle soupira. 16 octobre. Ils étaient le 16. Bon sang, il restait encore tant de jours de cours ! Elle n'avait qu'une hâte, c'était rentrer chez elle. Elle qui avait tenu tout un an d'école sans rentrer chez elle l'année dernière, voilà qu'elle comptait les jours pour se donner la force d'attendre les prochaines vacances.
706 mots
@Artemis Fraser dis moi si ça te va ! Je change ce que tu veux
Deuxième année (en 50-51) - PR - Vava by Ernest - Volière ouverte, j’adore les hiboux !
Captain de la fanfare, Soleil des cachots - Hurleuse Nocturne des EdF - AA
Toi aussi, tu vois pas les couleurs?
L’herbe commençait doucement à jaunir sous l’automne. Elle avait ce truc un peu triste, un peu fatigué, comme si elle aussi en avait marre d’être là. J’étais allongé dessus depuis un moment déjà, les mains croisées derrière la tête, à regarder le ciel sans trop savoir pourquoi. Le parc était calme, juste quelques bruits de pas de loin, des rires étouffés. Pas de quoi meubler le vide, mais au moins ça changeait du mur de pierre de la salle commune.
Je n’avais pas grand-chose à faire. Plus rien, en fait. Le Quidditch ne me pesait plus vraiment, pas comme avant. Juste… il ne restait rien à la place. Pas de sœur. Pas de passion non plus. Les cours m’intéressaient à peine. J’apprenais, je rendais les devoirs, je faisais ce qu’on attendait. Un elfe de maison. Pas malheureux, non. Juste vide.
La fin du week-end approchait, et je n’avais rien fait d’assez notable pour le raconter dans une lettre à mes parents. “Aujourd’hui, j’ai respiré. J’ai existé. J’ai regardé un nuage passer.” Voilà le genre de choses que je pourrais leur écrire. Ma vie était ennuyante. C’était le mot.
Peut-être qu’elle l’avait toujours été, simplement je ne l’avais pas remarqué avant. Peut-être que je m’étais accroché au Quidditch pour me faire croire que j’avais trouvé ma place, que j’étais bon à quelque chose. Mais non. L’échec m’avait juste ouvert les yeux : j’étais banal. Banal et un peu inutile. Ça ne me rendait même pas triste, c’était juste… un constat. Comme disait papa : il faut de tout pour faire un monde.
Les yeux fermés, je laissai le soleil me réchauffer le visage. Il faisait froid, un froid sec, piquant. Le genre de froid qui fait du bien. J’aurais pu rester comme ça des heures, à ne rien penser, à ne rien faire. Et c’est ce que je fis, jusqu’à ce qu’un bruit sourd me tire de ma torpeur.
J’ouvris un œil.
Quelqu’un venait de s’affaler non loin de moi. Une fille, visiblement. Petite, les cheveux bruns emmêlés, la peau mate. Probablement une première année, vu sa taille, mais son visage ne me disait rien. Après un mois ici, je connaissais les visages de ma promo, et elle n’en faisait pas partie.
Je restai allongé, relevant juste le coude pour poser ma tête dans ma paume.
Je la regardai sans vraiment la regarder. Pas de curiosité, pas de gêne non plus. Juste ce regard vide qu’on a quand on pense à rien, ou qu’on n’a plus envie de penser. Elle semblait ailleurs aussi. Peut-être qu’elle l’était vraiment.
Le vent fit frémir l’herbe autour de nous.
Personne ne disait rien. Et, pour être honnête, ça m’allait très bien comme ça.
@Summer Jenkins
Dernière modification par Artemis Fraser le 9 nov. 2025, 16:18, modifié 1 fois.
Toi aussi, tu vois pas les couleurs?
Summer sentait qu'il la regardait. Le garçon, à côté d'elle. Elle n'avait pas bien pris le temps de l'observer, mais c'était certainement un première année.
Elle sentait qu'il la regardait, mais elle ne tourna pas la tête, ne réagit pas, comme l'aurait probablement fait un autre jour. Déjà parce qu'elle n'en avait pas la force, parce qu'elle ne s'en sentait pas capable. Et ensuite parce que ça n'avait rien de pesant.
Ça lui aurait paru bizarre un autre jour, même si aujourd'hui elle n'y pensa pas le moins du monde, mais elle ne ressentait pas de gêne sous son regard. Il n'y avait pas de mauvaises intentions derrière, ni même d'intention tout court.
Il la regardait, c'est tout, et ça ne la dérangea pas.
Après réflexion, elle se rendit également compte qu'elle s'était laissée choir très près de lui. Ça aurait pu l'encourager à lui parler, ce qui l'aurait certainement dérangée. Mais non, il ne le fit pas, et elle lui en fut reconnaissante.
Elle ne détourna pas, pendant de longues minutes, son regard de ce ciel. Si éclatant. Bon sang, tellement tellement éclatant. Est ce que Samia s'y trouvait ? Certains disaient que les morts montaient au ciel, après leur mort. Summer ne savait pas si c'était vrai. Ça lui paraissait un peu tiré par les cheveux, à vrai dire. On enterrait les morts sous la terre, et puis on prétendait qu'ils étaient au ciel ? Bizarre. Mais bon, ça avait quelque chose de réconfortant, de se dire qu'ils étaient toujours là. Qu'ils les voyaient.
Enfin. Elle ne voulait pas y penser, parce que même si Samia la voyait, et bien elle, elle ne la voyait pas, et ça lui tirait le cœur vers le bas, comme si ce dernier voulait percer son estomac. Pas le plus agréable.
Elle finit par s'allonger, elle aussi, imitant le garçon à ses côtés. Elle étendit les jambes, glissa ses mains derrière sa tête. Au moins, comme ça, elle avait l'impression qu'elles ne tremblaient plus.
Elle voulait chasser Samia de ses pensées. Sincèrement, elle le voulait. Elle voulait arrêter d'avoir mal, de sentir cette bulle de peine grossir encore et encore dans sa poitrine... Mais elle n'explosait jamais. Summer avait très peu pleuré pour son amie, seulement une ou deux fois en silence, la nuit, dans le secret de son lit. Dans ses moments où elle n'entendait rien d'autre que ses pensées, et où elle était entourée seulement d'elle même. Où elle prenait conscience de sa solitude et de la cruauté de la vie.
Sinon, le reste du temps, c'était... Banal. Juste une douleur sourde dans sa poitrine, qui s'apaisait parfois quand elle pensa à autre chose, pour mieux revenir après. Elle savait qu'elle devait être triste, elle savait qu'elle l'était, mais la réalité était si dure que parfois elle se demandait '' pourquoi j'ai mal, déjà ? '' avant que la vérité ne revienne l'attaquer .
Le pire, surtout, c'était ces fois où elle se rappelait qu'elle n'avait pas été là. Que Samia était partie en silence, et qu'elle, elle ne l'avait pas vu ni même contactée depuis plus d'un an. Une année. Désormais, cet année serait l'éternité. Plus de retour en arrière.
Elle soupira. Aujourd'hui elle n'avait pas mal, elle ne se disait pas ça. Elle était juste... Vide. Plus de Lilith, plus de Samia. Seule.
Elle n'avait pas mal, elle en venait même à se demander si elle était encore en vie. Les sentiments de Summer avaient toujours été imparfaits. Soit trop forts, envahissants, soit trop faible.
La Serpentard se racla la gorge. Ce n'était pas pour tenter de briser le silence qui s'était installé entre elle et son voisin. Il lui convenait. Elle n'avait jamais été déranger par le silence, contrairement à d'autres que ça mettait mal à l'aise. Non, elle cherchait simplement à éliminer cette boule qui la gênait pour respirer.
643 mots
@Artemis Fraser
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Captain de la fanfare, Soleil des cachots - Hurleuse Nocturne des EdF - AA
Elle sentait qu'il la regardait, mais elle ne tourna pas la tête, ne réagit pas, comme l'aurait probablement fait un autre jour. Déjà parce qu'elle n'en avait pas la force, parce qu'elle ne s'en sentait pas capable. Et ensuite parce que ça n'avait rien de pesant.
Ça lui aurait paru bizarre un autre jour, même si aujourd'hui elle n'y pensa pas le moins du monde, mais elle ne ressentait pas de gêne sous son regard. Il n'y avait pas de mauvaises intentions derrière, ni même d'intention tout court.
Il la regardait, c'est tout, et ça ne la dérangea pas.
Après réflexion, elle se rendit également compte qu'elle s'était laissée choir très près de lui. Ça aurait pu l'encourager à lui parler, ce qui l'aurait certainement dérangée. Mais non, il ne le fit pas, et elle lui en fut reconnaissante.
Elle ne détourna pas, pendant de longues minutes, son regard de ce ciel. Si éclatant. Bon sang, tellement tellement éclatant. Est ce que Samia s'y trouvait ? Certains disaient que les morts montaient au ciel, après leur mort. Summer ne savait pas si c'était vrai. Ça lui paraissait un peu tiré par les cheveux, à vrai dire. On enterrait les morts sous la terre, et puis on prétendait qu'ils étaient au ciel ? Bizarre. Mais bon, ça avait quelque chose de réconfortant, de se dire qu'ils étaient toujours là. Qu'ils les voyaient.
Enfin. Elle ne voulait pas y penser, parce que même si Samia la voyait, et bien elle, elle ne la voyait pas, et ça lui tirait le cœur vers le bas, comme si ce dernier voulait percer son estomac. Pas le plus agréable.
Elle finit par s'allonger, elle aussi, imitant le garçon à ses côtés. Elle étendit les jambes, glissa ses mains derrière sa tête. Au moins, comme ça, elle avait l'impression qu'elles ne tremblaient plus.
Elle voulait chasser Samia de ses pensées. Sincèrement, elle le voulait. Elle voulait arrêter d'avoir mal, de sentir cette bulle de peine grossir encore et encore dans sa poitrine... Mais elle n'explosait jamais. Summer avait très peu pleuré pour son amie, seulement une ou deux fois en silence, la nuit, dans le secret de son lit. Dans ses moments où elle n'entendait rien d'autre que ses pensées, et où elle était entourée seulement d'elle même. Où elle prenait conscience de sa solitude et de la cruauté de la vie.
Sinon, le reste du temps, c'était... Banal. Juste une douleur sourde dans sa poitrine, qui s'apaisait parfois quand elle pensa à autre chose, pour mieux revenir après. Elle savait qu'elle devait être triste, elle savait qu'elle l'était, mais la réalité était si dure que parfois elle se demandait '' pourquoi j'ai mal, déjà ? '' avant que la vérité ne revienne l'attaquer .
Le pire, surtout, c'était ces fois où elle se rappelait qu'elle n'avait pas été là. Que Samia était partie en silence, et qu'elle, elle ne l'avait pas vu ni même contactée depuis plus d'un an. Une année. Désormais, cet année serait l'éternité. Plus de retour en arrière.
Elle soupira. Aujourd'hui elle n'avait pas mal, elle ne se disait pas ça. Elle était juste... Vide. Plus de Lilith, plus de Samia. Seule.
Elle n'avait pas mal, elle en venait même à se demander si elle était encore en vie. Les sentiments de Summer avaient toujours été imparfaits. Soit trop forts, envahissants, soit trop faible.
La Serpentard se racla la gorge. Ce n'était pas pour tenter de briser le silence qui s'était installé entre elle et son voisin. Il lui convenait. Elle n'avait jamais été déranger par le silence, contrairement à d'autres que ça mettait mal à l'aise. Non, elle cherchait simplement à éliminer cette boule qui la gênait pour respirer.
643 mots
@Artemis Fraser
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Toi aussi, tu vois pas les couleurs?
J’étais complètement ailleurs. Les yeux toujours fixés sur la fille à côté de moi, sans trop savoir pourquoi. Je savais même pas comment elle s’appelait. Je la regardais pas vraiment, en fait. C’était juste… vide. Comme si je cherchais un sens à un truc qui en avait pas. Tout était flou. Flou comme ce que je voyais. Flou comme mon avenir.
Si être sorcier, c’était juste aller en cours, manger et dormir, alors franchement… ça me paraissait vide. Pas ennuyant, non. Juste vide de sens.
Les dernières lettres de la maison avaient été un peu compliquées. J’avais tout écrit, tout balancé sur le papier : mes craintes, mon manque d’envie, ce truc au fond de moi que j’arrivais pas à comprendre. Et puis j’ai reçu trois lettres. Une de la famille écrire ensemble. Et deux de Lily, à part. Papa et maman disaient que si vraiment Poudlard me plaisait pas, je pouvais rentrer. Tout arrêter et revenir à la maison. Que l’école à la maison ferait très bien l’affaire. Mais bon… connaissant les talents de maman en magie et l’emploi du temps de papa, je savais que ça voudrait juste dire : ne plus rien apprendre du tout.
Et puis, j’avais quand même fait de belles rencontres ici.
Paige, Hanka… des personnes gentilles, vraiment. Même si, depuis quelque temps, tout ça me paraissait un peu loin, un peu sans intérêt. Ces rencontres m’avaient aidé, pourtant. Grâce à elles, je parlais un peu plus. Je bégayais moins. Je rougissais plus à chaque phrase. C’était déjà pas mal.
Peut-être que mon aventure à Poudlard pouvait s’arrêter là, non ?
Et puis les lettres de Lily étaient arrivées. Elles, elles étaient pas tendres. Pas d’excuses, pas de "si tu veux tu peux rentrer". Rien de tout ça. Juste "accroche-toi". "N’abandonne pas.". Je vais pas dire ici tout ce qu’elle m’a écrit, c’était trop long, trop perso, mais… ça a réveillé un petit truc. Assez pour que je décide de rester. Pas assez pour que je sorte vraiment de cet état de zombie dans lequel je traîne depuis des semaines.
Il me faut juste du temps, je crois. Les mots, même forts, restent des mots. J’aurais préféré l’entendre me crier dessus, ma sœur. Je suis sûr que ça, ça m’aurait vraiment réveillé.
C’est finalement un raclement de gorge qui me tire de mes pensées. Tout redevient un peu plus clair. Les cheveux bruns emmêlés de la fille bougent légèrement dans le vent. Je réalise que je la fixe depuis un moment. Cinq bonnes minutes, peut-être.
Mes joues chauffent aussitôt.
« Euh… désolé, je… je te regardais pas vraiment, enfin si, mais pas toi. En fait, je regardais pas... Je voyais... C'est un peu différent non ? Mais voir en mode flou... Genre quand on se perd dans ses pensées... Enfin… bref. »
Me redressant, je détourne les yeux, les posant sur le lac au loin et murmure plus pour moi-même :
« Excuse-moi, je finis par souffler. Ça doit paraître du centaure pour quelqu’un de mentalement stable… »
@Summer Jenkins
Toi aussi, tu vois pas les couleurs?
Summer ne remarquait même pas vraiment le regard que le garçon posait sur elle. Elle le sentait, mais... ça ne la gênait pas, en fait. Il ne la dérangeait pas.
Alors quand il prit la parole, elle fronça les sourcils, puis tourna la tête vers lui. Elle comprit une seconde plus tard qu'il avait sans doute mal interprété le bruit qu'elle avait fait avec sa gorge.
Il s'excusa. Lui parla. Puis, après un bref instant, lui dit qu'elle ne pourrait sans doute pas comprendre. Elle cligna des yeux un bref instant, avant de sourire. Ca dura une seconde, puis elle se mit à rire complètement. Ce n'était pas un rire amusé, pas un rire moqueur. Ce type de rire... De surprise, un peu. Qui comble le silence, et surtout, qui distrait l'autre pendant que nous, on cherche quoi dire.
Ca ne dura pas longtemps, bien sûr. A la fin, c'était même plus une toux rauque qu'autre chose. Ce n'était pas du centaure, non. Summer comprenait parfaitement. Quand les yeux se perdaient dans le vide, qu'ils regardaient, qu'ils envoyaient l'info au cerveau, et que ce dernier répondait quelque chose dans le genre : "C'est bien, vous faites ton job, continuez. Mais je m'en fous".
Et puis au final, les yeux et le regard se perdent dans le vide, sans avoir la force de se détourner et de se fixer sur autre chose.
Oh, oui, elle comprenait très bien.
-Non, c'est pas la même chose. C'est comment entendre et écouter.
Exactement la même relation entre ces deux verbes. L'anglais était bien fait, comme si ceux qui l'avaient construit s'étaient un jour retrouvé dans le même état que la Serpentard, et le garçon aux cheveux noirs.
Elle sourit, et tourna à nouveau la tête vers le ciel. Pas besoin de le regarder pour parler. Elle savait, elle sentait que ça ne le dérangerait pas. Elle préférait se focaliser sur ce ciel, et y imaginer les étoiles.
-Et je comprends.
Elle comprenait un peu trop bien à son goût, elle comprenait bien trop l'état de lassitude dans lequel on pouvait être plongé, sans le vouloir, sans avoir la force de s'en extirper. Comme si on s'enlisait dans des sables mouvants, et qu'on finissait par arrêter de se débattre, après avoir compris qu'on n'avait pas d'ailes pour s'envoler loin du danger.
Summer n'avait pas d'ailes, à la fois au sens littéral et figuré. Avant, Lilith, ou bien Samia, lui servait à s'envoler loin de tout ça, loin des problèmes, loin de la peine. Seulement voilà, elle avait voulu voler trop haut, et ses plumes avaient fondues. Elle avait chuté, et elle ne parvenait même plus à se relever.
-Ca m'arrive aussi.
Cette phrase. Merlin. Elle aurait voulu pouvoir mentir, pouvoir prétendre aller bien, trouver son compagnon bizarre, mais elle ne pouvait pas. Elle ne pouvait pas faire semblant tout le temps. Elle avait ses limites, et elle les avait franchies. Etonnamment, ça ne faisait même pas mal. De toute façon, elle ne sentait pas la douleur, aujourd'hui.
-Souvent.
Voilà, elle l'avouait. C'était haché, coupé, mais elle le lui disait. Elle ne le connaissait pas, elle ne l'avait sans doute jamais vu, et pourtant voilà qu'elle lui avoué tout ce qu'elle n'osait même pas réaliser elle même.
Mais... ce n'était pas tout à fait pareil. Elle sentait que ce garçon et elle... Et bien, ils étaient sur la même longueur d'onde. Ils ne vivaient certainement pas les même choses, mais le résultat était le même.
Elle soupira. Devait-elle continuer ? Lui offrir de parler, lui dire en retour ?
Elle le savait depuis le départ, elle avait besoin de parler pour aller mieux. Pas pour guérir, juste pour avoir un peu moins mal. Mais elle ne l'avait jamais fait jusqu'à présent, par peur, par égoïsme, par tant de choses qui la rendaient détestable à ses yeux. Peut-être le moment était venu, auprès de quelqu'un qui paraissait ressentir la même chose, être en mesure de la comprendre. Non ?
-Tu veux en parler ?
Voilà, c'était sorti. Doucement, mais il l'entendrait. Il lui parlerait s'il le voudrait, elle lui rendrait la pareille si elle se sentait. Peut-être même qu'elle ne le regarderait pas du tout. Qu'elle n'apprendrait pas son nom. Elle ne savait pas, et elle n'avait même pas envie d'y réfléchir. Elle laisserait les choses se déroulaient comme elles le souhaitaient, parce que c'était tout ce qu'elle pouvait faire.
733 mots
@Artemis Fraser
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Alors quand il prit la parole, elle fronça les sourcils, puis tourna la tête vers lui. Elle comprit une seconde plus tard qu'il avait sans doute mal interprété le bruit qu'elle avait fait avec sa gorge.
Il s'excusa. Lui parla. Puis, après un bref instant, lui dit qu'elle ne pourrait sans doute pas comprendre. Elle cligna des yeux un bref instant, avant de sourire. Ca dura une seconde, puis elle se mit à rire complètement. Ce n'était pas un rire amusé, pas un rire moqueur. Ce type de rire... De surprise, un peu. Qui comble le silence, et surtout, qui distrait l'autre pendant que nous, on cherche quoi dire.
Ca ne dura pas longtemps, bien sûr. A la fin, c'était même plus une toux rauque qu'autre chose. Ce n'était pas du centaure, non. Summer comprenait parfaitement. Quand les yeux se perdaient dans le vide, qu'ils regardaient, qu'ils envoyaient l'info au cerveau, et que ce dernier répondait quelque chose dans le genre : "C'est bien, vous faites ton job, continuez. Mais je m'en fous".
Et puis au final, les yeux et le regard se perdent dans le vide, sans avoir la force de se détourner et de se fixer sur autre chose.
Oh, oui, elle comprenait très bien.
-Non, c'est pas la même chose. C'est comment entendre et écouter.
Exactement la même relation entre ces deux verbes. L'anglais était bien fait, comme si ceux qui l'avaient construit s'étaient un jour retrouvé dans le même état que la Serpentard, et le garçon aux cheveux noirs.
Elle sourit, et tourna à nouveau la tête vers le ciel. Pas besoin de le regarder pour parler. Elle savait, elle sentait que ça ne le dérangerait pas. Elle préférait se focaliser sur ce ciel, et y imaginer les étoiles.
-Et je comprends.
Elle comprenait un peu trop bien à son goût, elle comprenait bien trop l'état de lassitude dans lequel on pouvait être plongé, sans le vouloir, sans avoir la force de s'en extirper. Comme si on s'enlisait dans des sables mouvants, et qu'on finissait par arrêter de se débattre, après avoir compris qu'on n'avait pas d'ailes pour s'envoler loin du danger.
Summer n'avait pas d'ailes, à la fois au sens littéral et figuré. Avant, Lilith, ou bien Samia, lui servait à s'envoler loin de tout ça, loin des problèmes, loin de la peine. Seulement voilà, elle avait voulu voler trop haut, et ses plumes avaient fondues. Elle avait chuté, et elle ne parvenait même plus à se relever.
-Ca m'arrive aussi.
Cette phrase. Merlin. Elle aurait voulu pouvoir mentir, pouvoir prétendre aller bien, trouver son compagnon bizarre, mais elle ne pouvait pas. Elle ne pouvait pas faire semblant tout le temps. Elle avait ses limites, et elle les avait franchies. Etonnamment, ça ne faisait même pas mal. De toute façon, elle ne sentait pas la douleur, aujourd'hui.
-Souvent.
Voilà, elle l'avouait. C'était haché, coupé, mais elle le lui disait. Elle ne le connaissait pas, elle ne l'avait sans doute jamais vu, et pourtant voilà qu'elle lui avoué tout ce qu'elle n'osait même pas réaliser elle même.
Mais... ce n'était pas tout à fait pareil. Elle sentait que ce garçon et elle... Et bien, ils étaient sur la même longueur d'onde. Ils ne vivaient certainement pas les même choses, mais le résultat était le même.
Elle soupira. Devait-elle continuer ? Lui offrir de parler, lui dire en retour ?
Elle le savait depuis le départ, elle avait besoin de parler pour aller mieux. Pas pour guérir, juste pour avoir un peu moins mal. Mais elle ne l'avait jamais fait jusqu'à présent, par peur, par égoïsme, par tant de choses qui la rendaient détestable à ses yeux. Peut-être le moment était venu, auprès de quelqu'un qui paraissait ressentir la même chose, être en mesure de la comprendre. Non ?
-Tu veux en parler ?
Voilà, c'était sorti. Doucement, mais il l'entendrait. Il lui parlerait s'il le voudrait, elle lui rendrait la pareille si elle se sentait. Peut-être même qu'elle ne le regarderait pas du tout. Qu'elle n'apprendrait pas son nom. Elle ne savait pas, et elle n'avait même pas envie d'y réfléchir. Elle laisserait les choses se déroulaient comme elles le souhaitaient, parce que c'était tout ce qu'elle pouvait faire.
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@Artemis Fraser
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Toi aussi, tu vois pas les couleurs?
Je la regarde. Je m’en rends compte un peu trop tard, mais mes yeux restent accrochés aux siens, sans que je sache pourquoi. Je m’attendais à ce qu’elle se vexe. Ou qu’elle me dise que j’exagère. Mais non. Elle rit. Pas un rire moqueur. Un truc… bizarre. Comme si elle essayait de remplir l’air pendant que son cerveau cherchait ses mots. Ça me surprend. Et, je sais pas, ça me soulage un peu aussi. Parce qu’elle a compris. Vraiment compris. Même si j’ai dit ça n’importe comment. Quand elle parle d’écoute et d’entendre, je baisse les yeux. Ouais. C’est ça. C’est exactement ça. Je comprends même pas comment elle a réussi à remettre de l’ordre dans ce que j’ai balancé. Et puis elle dit que ça lui arrive aussi. Puis souvent. Je relève un peu la tête. Je suis surpris. Intrigué. Un peu mal à l’aise. Je pensais pas qu’elle… enfin bref.
Et puis elle lâche sa question. « Tu veux en parler ? » Mes yeux s’écarquillent tout seuls. Je sens mes doigts se mettre à gigoter dans ma manche, comme si j’essayais de cacher quelque chose. Je cligne des yeux. Deux fois. Elle lit dans mes pensées ou quoi ? On se connaît même pas. C’est bizarre. Pas pudique. Pas normal. Qui fait ça ? Qui joue au psy avec un inconnu dans un parc ? Mais elle a cet air-là. Triste. Vraiment triste. Pas le genre qui s’invente. Et moi… je suis pas doué pour dire « non ». Pas en face. Pas comme ça. Alors je fais ce que je fais toujours quand je panique : je détourne. Je redonne la balle.
« Non, moi je vais très bien. »
C’est faux, évidemment, et ma voix le prouve sûrement. Je toussote, me racle la gorge, puis ajoute un peu trop vite :
« Mais toi… t’as pas l’air dans ton assiette. Si tu veux en parler, je suis tout ouïe. »
Je sais même pas pourquoi je dis ça. Peut-être la curiosité. Peut-être parce qu’elle m’a compris sans que je dise grand-chose. Peut-être parce que, pour une fois, je me sens pas complètement… seul. J’en sais rien. Mais j’attends. Les doigts serrés, le regard fuyant, le cœur un peu trop rapide.
@Summer Jenkins
Toi aussi, tu vois pas les couleurs?
TW : MENTION DU SUICIDE
Le silence qui s'était auparavant installé n'avait pas gêné Summer, et, étonnamment, la conversation qui s'instaurait non plus. C'était étrange, pourtant, parce qu'elle venait de révéler sa faiblesse, de lever le voile, bien que légèrement.
Et... Sans que ça fasse vraiment du bien, sans que ça ne l'apaise, sans que ça ne fasse disparaître ce vide qui s'étendait chaque jour en elle, ça ne l'accablait pas non plus. Ça lui suffisait, même.
Elle ne savait pas pourquoi. Mais elle n'avait pas envie de se questionner, pas envie de s'interroger sur le teneur de ses sentiments. Pas envie de creuser trop profond.
Le garçon lui annonça que "lui", il allait très bien. Summer tourna la tête vers lui, quittant des yeux le ciel. Elle lui offrit un sourire à la fois rieur et triste.
- Menteur.
Elle ne le dit pas fort. Ne le cria pas. C'était juste un murmure, juste pour que lui l'entende, pour que lui sache qu'il ne l'aurait pas avec quelques mots qu'on prononce tous les jours sans y réfléchir, jusqu'à se rende compte que, machinalement, on ment. Encore et encore.
Pourquoi est-ce que les codes sociaux rendaient si difficile le fait de se confier ? C'est vrai, la politesse faisait que chaque jour, en se croisant, on accompagnait sa salutation de quelque chose dans le style "ça va ? Comment ça va ? Comment vas-tu ?". Mais rares, très rares, étaient les gens qui osaient véritablement le dire, quand ça n'allait pas. Summer ne faisait pas partie de ces rares et personnes, en général. Elle gardait tout pour elle jusque ce que ça explose, et que ça fasse mal. Et puis elle recommençait, sans s'appuyer sur ses précédentes erreurs. C'était sans doute le cas de son compagnon.
Mais Summer veillait à ce que le sourire qui accompagne ce mot, ce simple mot, tout seul, qui faisait une phrase si grande, si terrible, montre à l'autre qu'elle ne le forçait à rient. Juste qu'elle savait, et que voilà, c'était comme ça.
Peut être lui même ne s'en rendait pas compte. Summer aimait parfois se dire qu'elle était dire qu'elle était forte, que ça ne l'atteignait pas, et qu'elle allait bien. Ca l'apaisait environ deux minutes, et après, ça n'allait que plus mal.
Le garçon lui retourna sa question, mais elle prolongea son regard encore quelques secondes. Afin de lui dire qu'il pouvait, s'il le souhaitait, s'il pensait que ça lui ferait du bien, lui parler, parce qu'au point où elle en était, elle ne pouvait plus juger.
Après quoi elle détourna la tête, ramena ses yeux sombres vers la voute du ciel, et elle soupira. Une fois, jusqu'à ce que ses poumons soient complètement vides et qu'elle ne puisse plus relâcher un gramme d'air. Elle resta ainsi quelques secondes, mettant ses poumons au supplice, puis elle autorisa enfin l'air à rentrer à nouveau.
- Tu me laisse te mentir moi aussi ? Si, ça va.
Quelque chose secoua sa poitrine. Quelque chose de douloureux et de silencieux, mais elle ne pouvait pas déterminer s'il s'agissait d'un sanglot ou d'un éclat de rire triste.
- J'espère pour toi que je mens plus fort que toi.
Que le "ça va" faisait encore moins sens pour Summer que pour le garçon. Mais elle n'avait aucun moyen de le savoir. Et elle ne voulait pas avoir à se dire que l'un souffrait plus que l'autre, que l'un méritait plus la pitié que l'autre. Non. Si l'un avait mal, il méritait tout autant que l'autre qu'on l'aide.
- Et si on arrête les mensonges...
Elle se mordit la lèvre. Une deuxième secousse non identifiée la fit taire un instant. Lui coupa le souffle. Elle avait l'impression qu'on était en train de la rouer de coups de bâton, et pourtant, elle s'en fichait.
- J'ai giflé ma meilleure amie de Poudlard et celle de mon ancienne école...
S'est suicidée. Dis le, Summer.
Elle ne l'avait encore jamais dit à voix haute. Et à peine écrit. Seulement à demi mots.
Elle inspira, ouvrit la bouche, prête à le dire. Samia. Elle la referma. Elle n'arrivait toujours pas à le réaliser.
- Elle s'est ôté la vie, dit-elle tout bas.
Voilà.
Première fois qu'elle le disait. Son père aurait qualifié ça de pas vers l'avant. Elle, elle avait l'impression de tomber plus bas.
Elle ne tourna pas la tête. Elle s'y refusa. Elle ne voulait pas voir l'expression du garçon. Elle n'était pas sûre de pouvoir le supporter.
Une larme glissa sur sa joue, silencieuse. Le pire n'était peut être même pas le manque, ni même l'incertitude. C'était peut être cette culpabilité qui enflait dans la poitrine de la jeune fille à chaque fois qu'elle y pensait, à chaque fois qu'elle pensait à son silence, à toutes les lettres qu'elle aurait dû lui envoyer, à toutes les nouvelles qu'elle aurait dû prendre et donner.
Elle n'avait appris son décès qu'un mois plus tard, et maintenant, elle regrettait tout ce qu'elle n'avait pas fait.
Elle ne chercha pas à essuyer sa joue. Tant pis, une larme, ce n'était pas grand chose, elle pouvait bien la laisser couler. Elle ne pleurait que très rarement, de toute façon. C'était même étrange que ça survienne à cet instant.
Elle s'accorda un instant, puis reprit la parole, veillant à raffermir sa voix :
- Donc je suis toute seule, maintenant.
Cette fois, elle tourna la tête. Elle observa l'expression du première année à côté d'elle, tentant de décrypter sur son visage une émotion quelconque.
- Voilà, tu sais tout, souffla-t-elle.
Elle ne se sentait pas apaisée. Elle aurait aimée, bien sûr, mais d'un autre côté, ça la soulageait. Elle voulait de cette douleur, elle la méritait. Elle lui rappelait Samia, aussi. C'était quasiment la seule chose qu'il lui restait d'elle.
- Comme quoi la vie ne fait pas de cadeaux...
Et elle se tut. Elle attendit de voir si le garçon lui offrirait une réponse, ou non. Elle ne se vexerait pas si ce n'était pas le cas. Elle préférait toujours le silence à des paroles comme "mes condoléances", qui devraient paraître désolées et qui étaient pourtant toujours vides de sens. Ou bien peut être que maintenant qu'elle avait fait le premier pas, il se confierait également. A sa guise. Ca n'importait pas beaucoup à la Serpentard.
1052 mots
@Artemis Fraser pardon pour le retard !
Deuxième année (en 50-51) - PR - Vava by Ernest - Volière ouverte, j’adore les hiboux !
Captain de la fanfare, Soleil des cachots - Hurleuse Nocturne des EdF - AA
Le silence qui s'était auparavant installé n'avait pas gêné Summer, et, étonnamment, la conversation qui s'instaurait non plus. C'était étrange, pourtant, parce qu'elle venait de révéler sa faiblesse, de lever le voile, bien que légèrement.
Et... Sans que ça fasse vraiment du bien, sans que ça ne l'apaise, sans que ça ne fasse disparaître ce vide qui s'étendait chaque jour en elle, ça ne l'accablait pas non plus. Ça lui suffisait, même.
Elle ne savait pas pourquoi. Mais elle n'avait pas envie de se questionner, pas envie de s'interroger sur le teneur de ses sentiments. Pas envie de creuser trop profond.
Le garçon lui annonça que "lui", il allait très bien. Summer tourna la tête vers lui, quittant des yeux le ciel. Elle lui offrit un sourire à la fois rieur et triste.
- Menteur.
Elle ne le dit pas fort. Ne le cria pas. C'était juste un murmure, juste pour que lui l'entende, pour que lui sache qu'il ne l'aurait pas avec quelques mots qu'on prononce tous les jours sans y réfléchir, jusqu'à se rende compte que, machinalement, on ment. Encore et encore.
Pourquoi est-ce que les codes sociaux rendaient si difficile le fait de se confier ? C'est vrai, la politesse faisait que chaque jour, en se croisant, on accompagnait sa salutation de quelque chose dans le style "ça va ? Comment ça va ? Comment vas-tu ?". Mais rares, très rares, étaient les gens qui osaient véritablement le dire, quand ça n'allait pas. Summer ne faisait pas partie de ces rares et personnes, en général. Elle gardait tout pour elle jusque ce que ça explose, et que ça fasse mal. Et puis elle recommençait, sans s'appuyer sur ses précédentes erreurs. C'était sans doute le cas de son compagnon.
Mais Summer veillait à ce que le sourire qui accompagne ce mot, ce simple mot, tout seul, qui faisait une phrase si grande, si terrible, montre à l'autre qu'elle ne le forçait à rient. Juste qu'elle savait, et que voilà, c'était comme ça.
Peut être lui même ne s'en rendait pas compte. Summer aimait parfois se dire qu'elle était dire qu'elle était forte, que ça ne l'atteignait pas, et qu'elle allait bien. Ca l'apaisait environ deux minutes, et après, ça n'allait que plus mal.
Le garçon lui retourna sa question, mais elle prolongea son regard encore quelques secondes. Afin de lui dire qu'il pouvait, s'il le souhaitait, s'il pensait que ça lui ferait du bien, lui parler, parce qu'au point où elle en était, elle ne pouvait plus juger.
Après quoi elle détourna la tête, ramena ses yeux sombres vers la voute du ciel, et elle soupira. Une fois, jusqu'à ce que ses poumons soient complètement vides et qu'elle ne puisse plus relâcher un gramme d'air. Elle resta ainsi quelques secondes, mettant ses poumons au supplice, puis elle autorisa enfin l'air à rentrer à nouveau.
- Tu me laisse te mentir moi aussi ? Si, ça va.
Quelque chose secoua sa poitrine. Quelque chose de douloureux et de silencieux, mais elle ne pouvait pas déterminer s'il s'agissait d'un sanglot ou d'un éclat de rire triste.
- J'espère pour toi que je mens plus fort que toi.
Que le "ça va" faisait encore moins sens pour Summer que pour le garçon. Mais elle n'avait aucun moyen de le savoir. Et elle ne voulait pas avoir à se dire que l'un souffrait plus que l'autre, que l'un méritait plus la pitié que l'autre. Non. Si l'un avait mal, il méritait tout autant que l'autre qu'on l'aide.
- Et si on arrête les mensonges...
Elle se mordit la lèvre. Une deuxième secousse non identifiée la fit taire un instant. Lui coupa le souffle. Elle avait l'impression qu'on était en train de la rouer de coups de bâton, et pourtant, elle s'en fichait.
- J'ai giflé ma meilleure amie de Poudlard et celle de mon ancienne école...
S'est suicidée. Dis le, Summer.
Elle ne l'avait encore jamais dit à voix haute. Et à peine écrit. Seulement à demi mots.
Elle inspira, ouvrit la bouche, prête à le dire. Samia. Elle la referma. Elle n'arrivait toujours pas à le réaliser.
- Elle s'est ôté la vie, dit-elle tout bas.
Voilà.
Première fois qu'elle le disait. Son père aurait qualifié ça de pas vers l'avant. Elle, elle avait l'impression de tomber plus bas.
Elle ne tourna pas la tête. Elle s'y refusa. Elle ne voulait pas voir l'expression du garçon. Elle n'était pas sûre de pouvoir le supporter.
Une larme glissa sur sa joue, silencieuse. Le pire n'était peut être même pas le manque, ni même l'incertitude. C'était peut être cette culpabilité qui enflait dans la poitrine de la jeune fille à chaque fois qu'elle y pensait, à chaque fois qu'elle pensait à son silence, à toutes les lettres qu'elle aurait dû lui envoyer, à toutes les nouvelles qu'elle aurait dû prendre et donner.
Elle n'avait appris son décès qu'un mois plus tard, et maintenant, elle regrettait tout ce qu'elle n'avait pas fait.
Elle ne chercha pas à essuyer sa joue. Tant pis, une larme, ce n'était pas grand chose, elle pouvait bien la laisser couler. Elle ne pleurait que très rarement, de toute façon. C'était même étrange que ça survienne à cet instant.
Elle s'accorda un instant, puis reprit la parole, veillant à raffermir sa voix :
- Donc je suis toute seule, maintenant.
Cette fois, elle tourna la tête. Elle observa l'expression du première année à côté d'elle, tentant de décrypter sur son visage une émotion quelconque.
- Voilà, tu sais tout, souffla-t-elle.
Elle ne se sentait pas apaisée. Elle aurait aimée, bien sûr, mais d'un autre côté, ça la soulageait. Elle voulait de cette douleur, elle la méritait. Elle lui rappelait Samia, aussi. C'était quasiment la seule chose qu'il lui restait d'elle.
- Comme quoi la vie ne fait pas de cadeaux...
Et elle se tut. Elle attendit de voir si le garçon lui offrirait une réponse, ou non. Elle ne se vexerait pas si ce n'était pas le cas. Elle préférait toujours le silence à des paroles comme "mes condoléances", qui devraient paraître désolées et qui étaient pourtant toujours vides de sens. Ou bien peut être que maintenant qu'elle avait fait le premier pas, il se confierait également. A sa guise. Ca n'importait pas beaucoup à la Serpentard.
1052 mots
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Toi aussi, tu vois pas les couleurs?
Je rougis. Instantanément. Je détourne le regard, un peu honteux, un peu idiot, quand elle me traite de menteur. Mais pas mal, non… ça me fait juste sourire, un peu nerveusement, et mes joues chauffent. Je me sens bête, et puis encore plus quand elle ment à son tour. Stupidité évidente de ma réponse. Mes yeux la suivent malgré moi, fixant le vide entre nous, et je reste silencieux. Les rougeurs sur mes joues s’éteignent lentement, laissant place à quelque chose de froid, de lourd, mais qui me serre le ventre. Je l’écoute. Ses mots, son souffle, ses hésitations. Elle s’exprime, couche ses douleurs sur l’air autour de nous, et moi… moi, je ne sais pas quoi faire. Alors je reste là, les mains plaquées devant ma bouche, les yeux écarquillés comme si j’étais tombé sur un monstre et qu’en même temps, je voulais comprendre, toucher, ressentir. Moi, si vide en ces derniers temps, je sens une empathie qui me fait vaciller.
Je ne sais toujours pas quoi dire. La minute s’étire, longue et lourde. Trop lourde. Trop silencieuse. Et puis, presque malgré moi, un question sort. Maladroite. Bizarre. Un peu noire. Cette curiosité mal placée qui définie si bien l'enfant de 11 ans que je suis.
« Et elle est devenue un fantôme ou pas ? Avec un peu de chance... elle est dans les toilettes abandonnées du château. »
Je me fige. Oui, c’est horriblement morbide. Oui, je viens de demander ça à voix haute. Oui, ça sonne peut-être normal pour moi, mais ça doit être étrange pour elle. Je rougis encore. Je bafouille. Je m’excuse. Parce que c’est… le minimum, je crois. Puis, après un petit silence où j’essaie de remettre mes idées en ordre, je souffle à voix basse, maladroitement :
« Finalement j’aurais préféré que tu continues à me mentir… J’ai l’impression que je n’ai aucune raison de ne pas être heureux quand je t’entends… »
@Summer Jenkins
Toi aussi, tu vois pas les couleurs?
Summer ne voulait pas voir la réaction du garçon. Elle ne le voulait pas, parce qu'elle était quasiment certaine qu'elle ne pourrait pas supporter d'avoir la confirmation que oui, ce qu'elle vivait était absolument terrible et injuste. Alors elle veille à ne pas capter, même du coin de l'oeil, la réaction de son camarade, ou l'expression de son visage.
Tendue, elle attendit la réponse du garçon. Elle savait qu'à sa place, elle n'aurait certainement pas su que répondre, et qu'elle aurait certainement répondu soit complètement à côté de la plaque, soit de façon naïve et blessante. D'où son appréhension.
Elle se crispa davantage quand elle entendit le première année prendre la parole, mais sa question fit exploser la bulle d'anxiété qui enveloppait la Serpentard.
D'abord ahurie, elle cligna des yeux une fois, deux fois, et elle explosa de rire.
C'était un rire entre la nervosité et l'amusement, un rire qui lui compressa la poitrine et qui était aussi douloureux que libérateur.
La première fois qu'elle le disait à voix haute, mais aussi la première fois qu'elle en riait. D'un côté elle se sentait coupable, tellement coupable, mais de l'autre... de l'autre ça faisait du bien de savoir qu'elle pouvait encore avoir des fous rires.
Elle roula sur elle même pour atterrir sur le ventre, et posa sa tête sur ses bras, le visage tourné vers son voisin. Quand elle se fut un peu calmée, elle lui répondit, d'un ton amusé :
- Non, elle n'est pas une fantôme. C'était une moldue, et je ne crois pas que les moldus puissent devenir des fantômes... En plus, il n'y a plus de fantômes à Poudlard, depuis quelques années, alors bon.
Elle sourit. D'abord franchement, puis moins fort, parce qu'elle revit l'image du visage souriant de la jeune fille, qu'elle avait côtoyé durant tant d'années, ce même visage qui l'avait fait sourire et pleurer si régulièrement.
- Mais c'est marrant, comme idée. J'aurais bien aimé.
Si ça avait été le cas, Summer aurait pu lui parler. S'excuser, lui demander pourquoi elle était partie. Seulement elle n'était pas sûre de vouloir savoir, de vouloir connaître les souffrances de cet être qu'elle avait tant aimé, qu'elle continuait d'aimer de tout son coeur.
Après un léger silence que Summer, plongée dans ses pensées, ne vit pas passer non plus, le garçon lui confia qu'il aurait préféré qu'elle continue à mentir.
Summer esquissa un rictus tordu, mi sourire mi grimace. Elle aurait préféré aussi. Voir mieux, elle aurait préféré n'avoir aucun sujet sur lequel mentir. Mais il était tant, elle le savait, qu'elle cesse de se mentir à elle même, alors pourquoi pas aujourd'hui ? De toute façon, le monde semblait avoir déjà perdu ses couleurs, alors un peu plus ou un peu moins de gris, après tout...
Il ajouta que ses problèmes à lui lui semblaient bien moindre que ceux de Summer, et elle pinça les lèvres. Oui, c'est ce qu'elle avait craint qu'il pense, mais...
- Il n'y a aucune raison. Les problèmes ne se comparent pas les uns les autres, tu sais ? Je veux dire, tout ce qu'on peut faire, c'est soutenir les autres avec les leurs, mais en aucun cas leur envier ou se sentir coupable à cause des nôtres parce qu'on les juge inférieurs.
Elle ne se serait jamais cru capable de dire ça, et pourtant les mots sortaient tous seuls, aussi facilement que l'eau jaillirait d'une source, et Summer prenait conscience au fur et à mesure de la véracité de ses propos.
- Je veux dire : prend un problème. Le tien, par exemple. Et donne le à deux personnes. Elles n'auront pas du tout la même réaction. L'une pourra être profondément peinée, et l'autre n'en avoir rien à faire, tu vois ? Et pareil, si on prend une même personne et deux problèmes différents, le pire pour elle ne sera pas le pire pour toi. Tu comprends ?
Ok, non, là elle se perdait. Elle soupira.
- Bref, ce que je veux dire c'est que si ça se trouve, t'es bien plus triste que moi. Et que c'est pas grave, peu importe l'origine.
La lèvre de Summer trembla, juste un tout petit peu, quand elle prononça les mots d'après :
- T'as le droit d'être égoïste.
Après quoi elle se tut un bon moment, les laissant tous les deux méditer sur ce qu'elle venait de dire. En tout cas, elle, elle le faisait.
Elle posa ensuite la tête sur ses joues, pour regarder le visage juvénile de son voisin. Qu'est ce qui avait bien pu le pousser à lui mentir, lui ? Des problèmes familiaux ? Amicaux ? Ou bien tout autre chose, des choses que Summer était bien loin de s'imaginer ? Elle aurait aimé pouvoir l'aider, le soutenir, mais le pouvait elle vraiment ? Elle ne parvenait déjà pas à s'aider elle même, alors lui ? Elle ne connaissait même pas son prénom.
- Tu veux toujours mentir ? Si tu veux mon avis immédiat après expérience, dire la vérité ça peut soulager. Au moins temporairement.
Temporairement, toujours temporairement... les répits de Summer étaient courts, si courts. Et pourtant, elle en était réduite à les accepter, et pire, à les aimer et à les chercher. Elle ne trouverait pas d'apaisement éternel, alors quelques poignées de secondes s'étaient mises à faire l'affaire. Elle détestait ça, mais c'était ainsi, désormais. Quelques portions de bonheur seulement. Peut être pourrait elle en offrir quelques unes au Serdaigle en l'écoutant, et un peu plus encore en posant des mots, même s'ils seraient très certainement mal choisis, sur ce qu'il aurait dit.
Mais elle ne voulait le forcer à rien, aussi elle n'ajouta rien, et laissa le garçon faire son choix sans qu'elle n'insiste. Qu'il lui parle ou pas, peu importait. Si on oubliait le froid, elle était bien, là, le visage chatouillé par l'herbe hivernale. Elle s'accommoderait du silence comme des confessions. Elle sentait que c'était aussi le cas de son compagnon d'infortune. Ils avaient déjà expérimenté les deux, et ça l'un comme l'autre leur avait convenu, comme s'ils s'étaient inconsciemment alignés sur une volonté commune.
1014 mots
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Tendue, elle attendit la réponse du garçon. Elle savait qu'à sa place, elle n'aurait certainement pas su que répondre, et qu'elle aurait certainement répondu soit complètement à côté de la plaque, soit de façon naïve et blessante. D'où son appréhension.
Elle se crispa davantage quand elle entendit le première année prendre la parole, mais sa question fit exploser la bulle d'anxiété qui enveloppait la Serpentard.
D'abord ahurie, elle cligna des yeux une fois, deux fois, et elle explosa de rire.
C'était un rire entre la nervosité et l'amusement, un rire qui lui compressa la poitrine et qui était aussi douloureux que libérateur.
La première fois qu'elle le disait à voix haute, mais aussi la première fois qu'elle en riait. D'un côté elle se sentait coupable, tellement coupable, mais de l'autre... de l'autre ça faisait du bien de savoir qu'elle pouvait encore avoir des fous rires.
Elle roula sur elle même pour atterrir sur le ventre, et posa sa tête sur ses bras, le visage tourné vers son voisin. Quand elle se fut un peu calmée, elle lui répondit, d'un ton amusé :
- Non, elle n'est pas une fantôme. C'était une moldue, et je ne crois pas que les moldus puissent devenir des fantômes... En plus, il n'y a plus de fantômes à Poudlard, depuis quelques années, alors bon.
Elle sourit. D'abord franchement, puis moins fort, parce qu'elle revit l'image du visage souriant de la jeune fille, qu'elle avait côtoyé durant tant d'années, ce même visage qui l'avait fait sourire et pleurer si régulièrement.
- Mais c'est marrant, comme idée. J'aurais bien aimé.
Si ça avait été le cas, Summer aurait pu lui parler. S'excuser, lui demander pourquoi elle était partie. Seulement elle n'était pas sûre de vouloir savoir, de vouloir connaître les souffrances de cet être qu'elle avait tant aimé, qu'elle continuait d'aimer de tout son coeur.
Après un léger silence que Summer, plongée dans ses pensées, ne vit pas passer non plus, le garçon lui confia qu'il aurait préféré qu'elle continue à mentir.
Summer esquissa un rictus tordu, mi sourire mi grimace. Elle aurait préféré aussi. Voir mieux, elle aurait préféré n'avoir aucun sujet sur lequel mentir. Mais il était tant, elle le savait, qu'elle cesse de se mentir à elle même, alors pourquoi pas aujourd'hui ? De toute façon, le monde semblait avoir déjà perdu ses couleurs, alors un peu plus ou un peu moins de gris, après tout...
Il ajouta que ses problèmes à lui lui semblaient bien moindre que ceux de Summer, et elle pinça les lèvres. Oui, c'est ce qu'elle avait craint qu'il pense, mais...
- Il n'y a aucune raison. Les problèmes ne se comparent pas les uns les autres, tu sais ? Je veux dire, tout ce qu'on peut faire, c'est soutenir les autres avec les leurs, mais en aucun cas leur envier ou se sentir coupable à cause des nôtres parce qu'on les juge inférieurs.
Elle ne se serait jamais cru capable de dire ça, et pourtant les mots sortaient tous seuls, aussi facilement que l'eau jaillirait d'une source, et Summer prenait conscience au fur et à mesure de la véracité de ses propos.
- Je veux dire : prend un problème. Le tien, par exemple. Et donne le à deux personnes. Elles n'auront pas du tout la même réaction. L'une pourra être profondément peinée, et l'autre n'en avoir rien à faire, tu vois ? Et pareil, si on prend une même personne et deux problèmes différents, le pire pour elle ne sera pas le pire pour toi. Tu comprends ?
Ok, non, là elle se perdait. Elle soupira.
- Bref, ce que je veux dire c'est que si ça se trouve, t'es bien plus triste que moi. Et que c'est pas grave, peu importe l'origine.
La lèvre de Summer trembla, juste un tout petit peu, quand elle prononça les mots d'après :
- T'as le droit d'être égoïste.
Après quoi elle se tut un bon moment, les laissant tous les deux méditer sur ce qu'elle venait de dire. En tout cas, elle, elle le faisait.
Elle posa ensuite la tête sur ses joues, pour regarder le visage juvénile de son voisin. Qu'est ce qui avait bien pu le pousser à lui mentir, lui ? Des problèmes familiaux ? Amicaux ? Ou bien tout autre chose, des choses que Summer était bien loin de s'imaginer ? Elle aurait aimé pouvoir l'aider, le soutenir, mais le pouvait elle vraiment ? Elle ne parvenait déjà pas à s'aider elle même, alors lui ? Elle ne connaissait même pas son prénom.
- Tu veux toujours mentir ? Si tu veux mon avis immédiat après expérience, dire la vérité ça peut soulager. Au moins temporairement.
Temporairement, toujours temporairement... les répits de Summer étaient courts, si courts. Et pourtant, elle en était réduite à les accepter, et pire, à les aimer et à les chercher. Elle ne trouverait pas d'apaisement éternel, alors quelques poignées de secondes s'étaient mises à faire l'affaire. Elle détestait ça, mais c'était ainsi, désormais. Quelques portions de bonheur seulement. Peut être pourrait elle en offrir quelques unes au Serdaigle en l'écoutant, et un peu plus encore en posant des mots, même s'ils seraient très certainement mal choisis, sur ce qu'il aurait dit.
Mais elle ne voulait le forcer à rien, aussi elle n'ajouta rien, et laissa le garçon faire son choix sans qu'elle n'insiste. Qu'il lui parle ou pas, peu importait. Si on oubliait le froid, elle était bien, là, le visage chatouillé par l'herbe hivernale. Elle s'accommoderait du silence comme des confessions. Elle sentait que c'était aussi le cas de son compagnon d'infortune. Ils avaient déjà expérimenté les deux, et ça l'un comme l'autre leur avait convenu, comme s'ils s'étaient inconsciemment alignés sur une volonté commune.
1014 mots
@Artemis Fraser pardon pour le retard !
Deuxième année (en 50-51) - PR - Vava by Ernest - Volière ouverte, j’adore les hiboux !
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Toi aussi, tu vois pas les couleurs?
L'aigle de bronze eut un moment de frayeur lorsque le rire de son interlocutrice retentit subitement dans les airs. Il n'avait cru possible que ce visage figé dans la tristesse il y a quelques secondes fut capable des émotions les plus naturelles comme le rire. Et s'il l'aurait volontiers accompagné dans cette esclaffade, le garçon devait bien admettre être ignorant à l'origine de tout ça. Fut-ce sa précédente question ? Il l'avait crût inappropriée, impropre et tout autre qualificatif déplacé qu'il ne se tenterait à énumérer, mais l'adjectif qui décrivait l'actuelle situation ne faisait certainement pas partie de la liste. Faute de mieux faire, il lâcha un petit sourire gêné attendant patiemment que la Serpentard reprenne ses esprits.
- Ah oui c'est vrai... Je suis bête, j'avais complétement oublié... , murmura t-il regrettant définitivement son interrogation. Il joua nerveusement avec les plis de sa robe, ne sachant quoi ajouter à cette discussion où la hiérarchie de leur problème se faisait évidente à ses yeux. Se plaindre d'un échec sportif auprès d'une personne endeuillée, quoique cette dernière puisse dire, l'en rebutait davantage. Être égoïste ? Cela n'était guère dans sa nature, encore moins dans cette bien-pensance que lui avait inculqué sa mère. Si elle en était de la partie, sa génitrice aurait d'ailleurs déjà sûrement tendu un bras consolateur à la jeune fille. Malheureusement, le jeune garçon n'était rien de plus qu'une oreille entendante. Un long soupire s'extirpa de sa bouche alors que déjà, ses yeux se levaient dubitatifs vers le ciel.
- Vous... Les Serpentards êtes décidément étrange... lâcha t-il avant de se reprendre, rougissant de plus belle, ... Enfin dans le bon sens hein ! Dans le sens uni... unique !
Ses doigts se détachèrent de sa robe, pour s'enlacer autour de son genou et faire un support où il y déposa pensivement son menton laissant son esprit s'égarer sur ce souvenir estival où il avait fait la rencontre de cette autre Serpentard. Quel fut son nom déjà ? Dia... Diana ? Peu importe. Il reporta timidement son attention sur son interlocutrice avant de se racler la gorge et de prendre la parole.
- Je... Je pense que les problèmes se comparent... Ça permet de se remettre en... suestion comme dit papa.., il rougit plus fortement, conscient qu'il devait bien être ridicule de contredire son ainée. Mais il ne s'arrêta pas pour autant, continuant plus fébrilement que jamais.
- Si tout le monde comparait ses problèmes, on aiderait ceux qui ont en vraiment besoin... Comme toi. On se dirait que certains problèmes valent la peine d'être mis de côté pour s'occuper de problème plus grand. Je... Je pense que si on rel... rela... relativisait plus souvent, on serait moins affecté par les émotions négatives et le monde ne se porterait que mieux. , conclue t-il, les pupilles brunes fixant l'herbe desséchée de la pré hiver.
Sa langue se faisait sèche en bouche. Lui qui, d’ordinaire, économisait chaque mot, avait trop parlé, trop laissé transparaître d’opinions pour le timide qu’il était. Pourtant, il ne fallait se détromper. Sous l’hésitation de son attitude, sa conviction restait, elle, intacte. Une idée qu’il n’avait jamais vraiment formulée revenait lui cogner à l’esprit, nourrie de bribes de conversations le soir avec son père qui évoquait le Conseil sorcier, et d’articles parcourus distraitement dans la Gazette, dont il n’avait saisi que l’essentiel pour l'enfant de 11 ans qu'il fut. Cette impression persistante d’un pouvoir enfermé sur lui-même, obsédé par cette menace commode, au point d’en oublier le reste. N’agissait-on pas de la même manière aujourd’hui, en accordant une importance démesurée aux discriminations infligées aux Moldus, tout en négligeant des préoccupations autrement plus urgentes ? Le sort de la classe prolétaire ? Le bien-être même de ses propres parents ? Autant de questions en suspens dont le Serdaigle entrevoyait déjà, sans grande réflexion, les contours de la réponse.
Il chassa ses pensées d'un gonflement de joue avant de laisser l'air prisonnière s'en aller se perdre dans le paysage du lac calme.
- Je... Je ne te dirai pas mon problème, pour la simple raison que... je ne veux pas m'en soulager. Je crois que finalement au fond... Je veux le garder en moi et l'affronter de face tant qu'il est encore présent.
@Summer Jenkins