Des choses à raconter

Samedi 5 novembre
Aux alentours de 15h30
Café Rosier
@Carry Harrison


Ces doigts tapotaient sur la table de bois. Elle était arrivée en avance, donc elle profitait de ce temps calme pour observer les gens déambuler dehors. Son regard était à moitié dans le vide, ces cheveux attachés en une queue de cheval haute, vêtue d’un sweat à capuche orange et d’un jean noir, elle attendait Carry. Carry, elle l’avait revue à la soirée d’intégration. Ça faisait un moment qu’elle n’avait pas passé un moment avec l’ancienne Serpentard et la revoir lui avait rappelé que cela faisait longtemps qu’elle n’avait pas communiqué avec elle. Quelques jours plus tard, elle lui avait envoyé un hibou et un mois après, elles se donnaient rendez-vous, ici au café Rosier en cette belle après-midi bien que particulièrement froide.

Elle n’avait presque pas reconnu son ancienne camarade la dernière fois, le blond paraissait étrange aux yeux de la joueuse de quidditch qui avait toujours associé Carry à ces cheveux d’ébène. Mais elle pouvait comprendre, le nouveau départ, un renouveau dans le monde étudiant après Poudlard. Elle ne devait pas avoir envie de revivre la même chose et Aliénor était persuadée que la sang-pur pouvait très bien faire ces années étudiantes sans esclandres tels que ceux vécus à Poudlard.

Une tasse de thé se posa devant elle et Aliénor sourit. Elle ne venait pas au café aussi régulièrement qu’au Pitiponk, mais elle avait pris l’habitude d’y passer, pour saluer Herminie qui y travaillait ou juste pour se poser et réviser quand elle était dans le coin. C’est-à-dire principalement quand elle venait voir Colby. Les deux mains de la jeune fille se posèrent autour de la tasse pour se réchauffer quand son regard, toujours posé sur l’extérieur, capta une silhouette connue. Aliénor sourit et observa Carry s’avancer. Dès qu’elle passa la porte, Aliénor se redressa sur sa chaise et leva la main pour attirer son attention.

-Carry !

Elle n’avait pas crié, mais elle avait certainement parlé assez fort pour attirer l’attention de l’ancienne Serpentard. Elles en avaient des choses à se raconter, les études, les ASPICs, comment Carry en était arrivée là, les déboires de la vie étudiante… Elle voulait tout savoir alors cette discussion allait certainement durer et un thé ne serait peut-être pas suffisant.

Perséphone: Batteuse, reine des Rumeurs
J'ai plus de virilité dans mon petit doigt que toi dans tout ton corps.
Aliénor Delphillia Batteuse remplaçante des Chauves-souris de Fishucastel

Des choses à raconter
Carry avait mis un soin particulier à sa tenue, plus encore qu’elle ne l’aurait admis. Cela faisait des mois qu’elle n’avait pas vraiment pris le temps de se préparer pour sortir, encore moins pour retrouver quelqu’un qu’elle appréciait. Sa dernière véritable sortie remontait à la soirée d’intégration, un souvenir brumeux où elle se rappelait vaguement que sa sœur l’avait forcée à boire jusqu’à ce qu’elle en perde presque conscience. Pas de quoi en être fière.

Lorsqu’elle poussa la porte du petit café, une odeur de pain grillé et de café chaud vint aussitôt lui chatouiller le nez. Elle aperçut Alienor assise non loin de là.

Salut, Alienor ! dit Carry avec un sourire maladroit, lui adressant un petit signe de la main.

Elle hésita sur le ton à employer. Appeler l’ancienne Poufsouffle “Ali” lui semblait trop familier, presque déplacé, mais le prénom complet sonnait d’une distance excessive. Comme souvent, Carry se retrouva à mi-chemin, coincée entre l’amabilité et la réserve.

Elle s’assit face à son amie, soulevant légèrement sa robe pour ne pas la froisser. Son regard glissa, malgré elle, sur la tenue d’Alienor. Un pantalon noir, un jean, si elle se souvenait bien du mot moldu, et un grand pull orange un peu trop large, avec des poches. Rien d’élégant, mais tout semblait d’une incroyable simplicité. Carry en resta presque fascinée.

Elle se regarda elle-même un instant avant de secouer la tête. Peut-être était-il temps d’aller refaire sa garde-robe. Elle portait un long manteau de laine couleur navy aux reflets discrets, qui tombait jusqu’aux mollets. Sous le manteau, il y avait un chemisier de soie ivoire, boutonné jusqu’au col par de petites perles nacrées. À la gorge, une broche argentée en forme de serpent retenait le tissu avec précision. Plus bas, une jupe d’un gris perle légèrement plissée, et enfin des bas noirs qui se terminaient dans des bottines de cuir sombre.

Harrison ne considérait pas la tenue mauvaise, elle l’aimait, certes, mais elle avait toujours ce sentiment d’en faire trop, alors que la simplicité pouvait suffire, comme les Moldus savaient le faire. Et même si cela la tuait de le reconnaître, ils savaient s’habiller : ils parvenaient à créer un style particulier tout en restant sobres, ce qui n’était pas le cas des sorciers de leur monde… Trop complexes pour un résultat seulement… acceptable.

Comment tu vas depuis la soirée d’intégration ? dit-elle en posant avec attention sa tasse de café sur la table, tout en réajustant ses cheveux blonds derrière ses oreilles. Elle observa discrètement son amie avant de s’installer et laissa son petit sac à main reposer sur ses jambes couvertes de bas noirs.
J’aime beaucoup ta tenue, ton pantalon, c’est ce que porte généralement les Sang-mele et les nes-moldus non, c’est un Jean ? Demanda-t-elle avec un réel interet.


Sorcière adulte - 19 ans IRP
Étudiant a la GEAD (2049-2050)
EX-Chasseuse de né-moldus
La Rédemptrice
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Le regard posé sur la sorcière, elle la regardait s’avancer, tirer la chaise et s’installer. Carry avait cette élégance qu’ont les grandes familles de sorciers. Non pas que cela change quoi que ce soit à la vision de la jeune fille sur son amie. Elle parvenait avec elle à passer au-dessus de ces apparences, de ces racontars, de ce premier regard que l’on pouvait poser sur quelqu’un, celui qui détermine si on va aborder cette personne, ce premier jugement que beaucoup préfèrent taire et qu’Aliénor écoute si souvent. Mais pas avec Carry. Elle sourit à son ancienne camarade de Poudlard qui amorça la conversation.

La soirée d’intégration. Quelle soirée pour Aliénor ! Elle avait papillonné avec son binôme pour voir pleins de monde et avait fini dans un endroit peu recommandable à profiter d’un concert d’un homme très beau. Oui elle avait passé une bonne soirée. Mais depuis ? Qu’avait-elle fait ? La routine, le quidditch, le karaté, elle avait rencontré Martin et envoyé bouler Bryan.

-Oh ! Merci.

Les paroles de la sorcière avaient sorti Aliénor de ces réflexions. Elle tendit la jambe sur le côté pour regarder son pantalon. Sa tenue était somme toute basique, enfin Aliénor avait un style bien à elle dans lequel elle se sentait bien.

-Oui un jean. C’est commun, enfin il y a aussi des chinos, des joggings, des pantalons à pinces, plus ou moins fluides, plus ou moins large…

Son regard quitta son pantalon et elle laissa sa jambe retomber alors que son regard lui cherchait celui de son amie. Elles vivaient dans deux mondes tellement différents et pourtant il y avait un lien qui reliait les deux filles.

-Les moldus s’habillent un peu comme ils veulent, je suis certaine que certaines pièces te plairaient. J’aime bien m’habiller comme ça, les robes sorcières ne sont pas des plus pratiques. Mais j’aime beaucoup ton haut. Ma maman adorerait.

Sa maman qui avait longtemps eu du mal avec le style un peu trop masculin de sa fille mais qui s’était résigné. Heureusement Aliénor savait être féminine de temps en temps, quelque part, ça la rassurait et Aliénor aimait cultiver cette dualité.

-Sinon depuis la soirée, pas grand-chose, j’ai repris les études on est en plein dedans. Je veux vraiment tout donner pour cette deuxième année. Et toi alors ? Si t’étais à la soirée d’inté il y a de grandes chances pour que tu fasses des études, tu fais quoi ?

Elle voulait tout savoir.

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Alienor venait d’énumérer toute une série de pantalons dont plus de la moitié s’était déjà évanouie de l’esprit de Carry. Les Moldus possédaient donc réellement autant de sortes d’accoutrements ? L’idée seule éveillait en elle une étrange dualité : une pointe de crainte mêlée à une curiosité insistante, comme si elle observait une espèce dont elle ignorait encore les habitudes. Elle se contenta d’acquiescer avec sérieux, tâchant de donner l’illusion qu’elle comprenait parfaitement la différence entre un “des chinos" , "des joggings", "des pantalons à pinces".

Lorsque Delphilia commenta son chemisier, Carry sentit ses joues chauffer. Son regard glissa ailleurs, et elle repoussa machinalement une mèche de cheveux derrière son oreille en essayant de sourire.

Ah…Euh... Merci… répondit-elle doucement, peu habituée aux compliments. C’est ma sœur qui me l’a acheté.

Alienor parla ensuite de son quotidien, de ses études, de sa manière de s’habiller, une discussion tranquille auquel Carry appreciait sans aucun mal tout en y prenant plaisir. Elle hocha la tête, ponctuant la discussion de quelques sourires, jusqu’à ce que son amie évoque les études supérieures puis les siennes. Là, elle sentit son estomac se serrer légèrement.

Elle porta sa tasse à ses lèvres et prit le temps de réfléchir, comme si le café pouvait l’aider à organiser tout ce qu’elle voulait dire.

Deuxième année ? Déjà… murmura-t-elle, sincèrement surprise et legerement degoutee. On est censées être de la même année toi et moi… Un regret discret s’immisça dans sa voix. Mais hey tu vas réussir. Si tu as survécu à sept ans à Poudlard, rien ne t'empechera de passer une deuxieme année formidable.

Elle reprit une gorgée et baissa légèrement les yeux. Sa propre scolarité lui revint en mémoire : le gout amer de son expulsion. Elle n’avait jamais eu droit à ses sept années, et cette pensée continuait de piquer là où c’était le plus sensible.

En ce qui me concerne… commença-t-elle avec une certaine retenue, j’ai passé mes ASPIC en candidate libre. Je suis retournée à Poudlard pour ça et… je les ai eus, sans exception. Mais bon, retourner là-bas n’a pas été ma meilleure expérience. J’ai revu des visages, des gens...… très peu hostiles, mais très peu amicaux non plus.

Elle esquissa un sourire sans joie avant de poursuivre.

Maintenant, je suis à la Grande École d’Art du Duel. Elle montra le petit badge rouge et or de la GEAD accroché à son sac. J’essaie d’intégrer la Police Magique. Elle marqua une pause, esperant une remarque puis repris Oui je sais, pourquoi je fais tout ça alors que mes parents pourraient me faire entrer où ils veulent. Eh bien… justement. J’aimerais accomplir quelque chose moi-même, sans aide et sans raccourci. Je n’ai pas eu la chance de finir mes études à Poudlard comme tout le monde, alors j’ai envie de réussir au moins ça par moi meme.

Une pointe de douleur traversa son regard, une ombre qu’elle tenta de noyer en buvant une gorgée de café un peu trop chaude. Elle détestait parler d’elle-même : cela donnait toujours l’impression qu’elle cherchait à se plaindre, alors qu’elle savait pertinemment qu’elle n’était victime que de ses propres erreurs.

Elle redressa finalement la tête, déterminée à changer de sujet.

Et toi ? Toujours dans le Quidditch ? demanda-t-elle avec un sourire plus franc. Ce n’est qu’une question de temps avant que tu passes professionnelle, je me trompe ? La célébrité va te tomber dessus, alors ne m’oublie pas quand tu seras sous les projecteurs. Je veux des places VIP pour tes matchs!

Elle la taquina d’un sourire malicieux en ricannant.

Tu dois déjà avoir une tonne d’amis qui te les demandent… voire même des fans, non ?


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Elle se doutait bien que les Harrison n’étaient pas du genre à mettre des joggings alors malgré les sourires dissimulant son manque de connaissance sur le sujet Aliénor se doutait que Carry n’avait certainement jamais enfilé de jogging trop large et d’une couleur généralement un peu délavée ou fade. Mais que c’était confortable !

Mais le visage de Carry changea à la mention de la seconde année d’études de la jeune fille. Les épaules de la batteuse tombèrent suite à la phrase de sa camarade et si elle avait un peu plus l’habitude des contacts physique, elle lui aurait certainement attrapé la main. Martin lui n’aurait pas hésité une seconde, Fiona aussi très certainement. Mais ce geste de soutien ne resta qu’une idée dans l’esprit de la jeune Delphillia et Carry enchaina en la rassurant elle sur le futur de son année. C’était plutôt elle qui devait être rassurée mais non, elle avait des mots d’encouragement pour Aliénor. Pourquoi diable personne ne voyait cette facette d’elle ?

-Merci.

Nul ! Nul c’était nul ! Mais rien d’autre ne venait, elle aurait voulu trouver des mots pour la rassurer elle aussi, lui dire que cette année de retard ce n’était rien, qu’elle était tout autant capable que qui que ce soit. Aliénor resserra ces mains autour de son thé avant d’en boire une grande gorgée qui manqua de lui bruler l’œsophage mais qui lui fit un grand bien.
Aux mots de son amie, le sourire de la batteuse revint sur ces lèvres. Elle leva un regard fier vers son ancienne camarade. Elle leva les sourcils à l’évocation d’anciens camarades potentiellement peu heureux de la revoir. Bon, elle n’était pas toute blanche, mais elle avait été punie pour ces actes, elle avait fait sa rédemption, il serait peut-être temps de passer à autre chose.

-On s’en fou d’eux. T’as eu tes ASPICs et sans être enfermé dans une école pour n’avoir que ça à faire que de réviser. C’est fort. Les gens, crois-moi, on fait le tri avec le temps, les gens que tu ne veux plus voir tu les rayes et tu fais ta vie sans eux.

La GEAD. Elle en connaissait une autre qui faisait ces études là-bas. C’était une très bonne école, élitiste, quoi que visiblement un peu trop encrée dans ces traditions. Mais une très bonne école quand même. Carry pouvait être fière d’y être entrée, maintenant, elle n’avait plus qu’à se donner les moyens d’y arriver et passer par ce chemin tortueux, sans choisir la facilité de demander à sa famille, c’était d’autant plus honorable.

-C’est tout à ton honneur, personne ne pourra te reprocher plus tard de ne pas l’avoir accompli par toi-même.

Aliénor fit une pause, pour boire une gorgée de thé avant de poursuivre.

-Tu sais, les ASPICs que t’as eus, c’est les mêmes que tous les autres. Si t’es rentrée dans l’école t’as le niveau, maintenant c’est juste à toi de prouver à tout le monde ce que tu vaux. Mais j’ai confiance.

Visiblement s’éterniser sur le sujet ne l’intéressait pas et elle rebondit sans attendre sur Aliénor. Le quidditch oui, passer pro, pas encore, elle avait encore des choses à faire avant d’intégrer une équipe de la ligue. C’était son but certes, mais elle voulait voir ce que le monde du sport avait à lui offrir pour ne pas passer à côté de quelque chose.

-T’inquiète, t’auras des places, dès que tu veux.

Un petit rire passa les lèvres de la jeune fille. Elle ne savait même pas si elle pourrait distribuer autant de places qu’elle veut… Enfin elle trouverait certainement un arrangement, dans tous les cas, elle se fera un plaisir d’avoir des amis dans les gradins. D’autant que les matchs de qualification de la ligue étaient loin de remplir les stades.

-Je suis loin d’avoir des fans. Pour l’instant je suis juste une étudiante comme les autres qui a des tonnes de rêves dans la tête. Je suis dans une équipe amateure et ça me suffit pour cette année. Je ne veux pas brûler les étapes.

Elle avait un autre projet pour son stage, une idée qui lui était venu et qu’elle voulait organiser. Elle savait d’où provenait cette idée, du moins qui en était la source, mais repenser à Izel lui faisait encore mal au cœur.

-L’année prochaine, j’essayerais d’intégrer une équipe de la ligue. Peut-être qu’à ce moment-là tu auras décroché un stage au conseil de ton côté.

C’était certainement tout ce qu’elle pouvait lui souhaiter.

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S’il y avait bien une chose que Carry ne parvenait pas à saisir chez l’ex–Poufsouffle, c’était cette humilité presque excessive dont. Cela avait toujours laissé Harrison perplexe. Delphillia ne se rendait absolument pas compte de la façon dont les autres la percevaient, ni à Poudlard, ni aujourd’hui. Alienor avait été populaire, certes, parfois pour les mauvaises raisons, parfois pour les bonnes… Les choses changeaient, bien sûr, tout comme les gens. Peut-être que cette Delphillia-là n’avait plus grand-chose à voir avec la jeune fille que Carry avait connue… ou pensé connaître.

« Rah, il faut vraiment que je me remette à la page… » lâcha-t-elle en reposant sa tasse avec un soupir léger. « Ça fait une éternité que je ne suis pas allée voir un match de Quidditch, et encore moins du professionnel. La dernière fois, c’était encore à Poudlard. »

Une expression de réflexion profonde traversa son visage alors qu’elle fronçait les sourcils, visiblement perdue dans un morceau du passé qui refusait de lui revenir. Puis son regard se tourna de nouveau vers son amie, un sourcil levé avec amusement.

« D’ailleurs… tu me fais penser à quelque chose. Quand on était à Poudlard… on ne s’est jamais affrontées, toi et moi ? Serpentard contre Poufsouffle ? »

Elle inclina la tête.

« J’étais poursuiveuse, si jamais ca te dit quelque chose? Ton repas prefere pendant les matchs » Dit-elle en ricannant.

Elle-même n’en avait aucun souvenir de la confrontation et cela, justement, la troublait. Elle se serait souvenue d’un duel aérien contre Delphillia car justement, elle était l’ennemi numéro un du tournois. Carry haussa les épaules et feignit l’ignorance, elle se souvenait très bien que Alienor Delphillia était une batteuse terrifiante et que beaucoup avait goute a ses cognards.
Le Quidditch lui manquait parfois, pas l’équipe, ni les querelles ridicules qui l’avaient poussée à abandonner, mais le vol. Cette sensation de liberté absolue qui la traversait du bout des doigts jusqu’au creux de la poitrine. C’était du passé, se rappela-t-elle avec un pincement discret. Un passé qu’elle avait appris à laisser derrière elle.

Lorsque Delphillia évoqua un stage au Conseil, Carry resta un instant figé, les lèvres légèrement entrouvertes, comme surprise par l'idée même.

« Un stage… au Conseil ? »

Elle tenta de garder un ton neutre, mais l’hésitation transparaissait. Rien que l’idée d’être, ne serait-ce qu’indirectement, sous l’autorité de sa sœur lui donna un frisson désagréable, un de ceux qui se logent dans la colonne vertébrale et refusent de repartir.

« Oui… sûrement. Peut-être. Pour l’instant… je vais surtout essayer de me concentrer sur ma première année. »

Elle repoussa doucement sa tasse vers le centre de la table du bout des doigts, comme si elle cherchait à éviter de replonger dans des pensées trop lourdes. Son regard dériva autour d’elle, observant le café qui se remplissait petit à petit. Des étudiants sortant de cours, des adultes pressés de faire leur emplettes, quelques enfants aux joues rosies par le froid, et, en plus de tout cela, l’odeur merveilleuse des viennoiseries sortant du four à l’arrière du comptoir.

Carry regarda, presque malgré elle, les petits groupes d’amis rassemblés çà et là : des rires, des voix qui se chevauchaient, des mains qui se frôlaient, des racontars partagés avec une complicité familière. Cela lui tira un sourire. Elle n’avait jamais fait partie de ces cercles soudés, elle avait eu des amis, oui, mais isolés, dispersés, jamais vraiment connectés entre eux. Une mosaïque d’attaches fragiles plutôt qu’un vrai groupe solide.

Elle remplit de nouveau sa tasse, inspira la vapeur avec un petit frisson de contentement, puis regarda Delphillia.

« Dis-moi… »
Une note de curiosité sincère se glissa dans sa voix.
« Tu es restée en contact avec des personnes de Poudlard, après tes diplômes ? »


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Aliénor se redressa à la question de la Serpentard. Ah bon ? Vraiment ? Elles ne s’étaient pas croisées ? Pourtant Aliénor se souvenait que la Serpentard avait été dans l’équipe. Pourtant elles avaient dû être dans une équipe en même temps. Aliénor étant dans l’équipe de Poufsouffle depuis sa seconde année. Elle fronça les sourcils buvant une nouvelle gorgée de thé.

-On s’est peut-être croisé lors des matchs où nos maisons s’affrontaient ? Mais en tous cas si tu veux voir un match de quidditch, n’hésites pas à demander, on a quasiment toutes les programmations à l’ISMI.

Entre les programmations officielles pour valider leur implication, les programmations de petits clubs dans lesquels, pour beaucoup, ils évoluaient… Bref ils avaient accès à tous les calendriers possibles et imaginables. Aliénor la première faisait venir des amis aux régionales d’Irlande pour soutenir son équipe et ramener un peu de vie dans les tribunes.

-Je t’aurais bouffé toute crue et je m’en souviendrais !

Elle sourit à l’ancienne Serpentard avant de lui faire un clin d’œil. Elle n’avait pas vraiment conscience de la réputation qu’elle avait pu avoir sur le terrain. Elle savait qu’elle impressionnait les plus jeunes, mais ce n’était pas très compliqué en soi. Elle avait fait presque toute scolarité dans l’équipe, elle faisait presque partie des meubles à la fin, mais elle était fière de l’équipe qu’elle avait construite même si cette dernière année lui avait été volé par le conseil.

-Ou ailleurs… Enfin là où tu vaudras.

Elle venait de faire une connerie. La voix de sa camarade n’était pas la même. Elle aurait pensé que cette perspective mettrait en joie Carry. Après tout, le conseil faisait la politique en Grande-Bretagne et même si Aliénor avait un peu de mal avec leur façon de voir, c’était eux qui géraient la police sorcière actuelle.

-Tu comptes faire deux ans ?

Tout le monde ne faisait pas ce choix et elle pouvait le comprendre. Aliénor elle n’avait pas vraiment eu le choix mais été ravie de son sort. Avec la bourse obtenue, elle partait dans tous les cas pour deux ans. Mais cette deuxième année lui permettait d’être plus concentrée, elle se forgeait pour l’avenir et avait vraiment conscience de ce qu’on attendait d’elle. Alors que durant sa première année, elle était beaucoup plus dispersée. Son stage avec Rudy n’y était pas pour rien, elle avait vu ce que c’était de mettre en place une vraie discipline pour atteindre ces objectifs. Cette année, elle prenait toutes les informations, elle se forgeait un corps, des réflexes et elle comptait exploser tout ce que ces années de formations pouvaient lui apporter.

-Euh ouais, j’essaye au maximum de garder contact avec mes amis proche. Je me suis aussi fait de nouveaux amis. C’est la vie je pense, certains restent, d’autre partent, d’autres arrivent et certains reviennent. Toi tu dois avoir envie de prendre un nouveau départ. T’as rencontré des gens cool à la GEAD ?

Il devait y avoir tout un tas d’étudiants qui partageaient des valeurs avec la fille Harrison, l’ambition, l’ordre, la justice et une magie puissante… Finalement au plus les années passaient au plus on se retrouvait avec des gens qui avaient les mêmes ambitions de nous. Elle fréquentait plus de sportifs qu’avant et quand elle intégrerait une équipe, ils seraient son cercle social principal, des sportifs de haut niveau.

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Carry, savourait la tranquillité qui précédait l’agitation du lieu. Assise face à Alienore, elle éclata d’un rire clair en entendant la remarque de son ancienne camarade.

« Oh, sans aucun doute que tu m’aurais détruite ! » lança-t-elle, encore amusée. « Et honnêtement, je crois que je suis plus heureuse de ne jamais avoir eu à vérifier cette théorie aussi dangereuse soit-elle. »

Elle arborait un sourire suffisant, presque moqueur, mais sans aucun réel venin. Carry avait toujours eu ce mélange de fierté et d’élégance qui lui donnait l’air à la fois intouchable et étrangement fragile.

« Hm… nous ne le saurons jamais, malheureusement. » conclut-elle avec un soupçon d’humour et cette pointe d’ego qui la caractérisait si bien. Ce n’était un secret pour personne : la jeune sang-pur n’était pas vraiment connue pour sa modestie.

La discussion glissa doucement vers un terrain moins confortable : celui des études, de l’avenir, et de ces questions auxquelles Carry préférait ne jamais penser trop longtemps. Habituellement, elle aurait aurait balayé la conversation d’un revers de mains. Mais pour une fois il ne s'agissait pas de ses parents.

« Malheureusement oui… je compte faire deux ans. » avoua-t-elle, soupirant avec une lassitude plus qu'exagere. Elle tenta de masquer la déception visible sur son visage en se penchant au-dessus de sa tasse. « J’ai envie d’un nouveau départ, vraiment. Mais le plus gros problème de ce pays, c’est qu’avec une seule école de magie… eh bien, on finit toujours avec les mêmes personnes. Encore et encore. »

Elle marqua une pause, le regard fixé sur Alienore comme pour vérifier qu’elle suivait son raisonnement.

« J’ai bien retrouvé des gens, évidemment… Mais ils viennent tous de Poudlard. Et c’est peut-être pour ça que je ne traîne avec personne. »

Elle leva les yeux au ciel, grimaçant comme si elle racontait un episode dont l'embaras etait immense.

« Il y a quelques anciens Serpentard, mais beaucoup préfèrent me tenir à distance. Et honnêtement… je ne peux pas leur en vouloir. Ils ont leurs raisons. » Elle eut un sourire plein d’amertume. « Comme Aliosus Nerrah. »

Le simple nom semblait réveiller un souvenir piquant, mais pas totalement désagréable.

« Edmund Dale aussi, si ça te dit quelque chose. »

Ses épaules s’affaissèrent légèrement, comme si elle venait de porter un poids invisible. Carry pris une longue inspiration avant que ses traits ne s’assombrissent d’ennuie .

« Et puis il y a Sangblanc, revenue tout droit de France. Apparemment elle n’était pas assez française pour y rester. » Plaisanta-t-elle en soufflant du nez avec un demi-sourire qui s’évapora presque instantanément.

« Mais voilà, tout le monde a les yeux rivés sur elle. » dit-elle en exagérant ses gestes avec théâtralité. « Et si jamais j’essaie de m’approcher de quelqu’un, il lui suffit de montrer sa pauvre petite joue et de cracher un peu de venin pour que je me retrouve complètement isolée. »

Elle rit nerveusement, se forçant à sourire comme pour alléger sa propre confession.

« Entre nous… je ne pense même pas qu’elle sait que nous sommes dans la même école. Et si elle le sait, elle s’en fiche tant que je reste loin de son entourage… ce qui, apparemment, inclut l’école entière. »

Puis Carry fit une grimace comme pour se faire rire elle meme et lanca d'un ton joviale et sarcastique.

« Donc si tu as un cours intitulé “Comment se faire des amis 101”, je suis preneuse. » Dit-elle toute souriante.


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Les flatteries n’avaient que peu de poids pour l’étudiante en sport, mais les compliments sincères eux pouvaient la toucher. Les paroles de Carry étaient comme un doux mélange de ces deux choses et Aliénor les prenait comme elles l’étaient, des compliments cachés sous un brin d’humour. Plus facile à accepter, plus facile à énoncer aussi certainement. Détruite était un peu fort, surtout avec les cognards d’entrainement de Poudlard qui étaient ralentis. Maintenant elle avait compris ce que la vraie agilité permettait de faire. Les réflexes qu’elle avait acquis à l’ISMI étaient tout autre que ceux de Poudlard. Tout était plus rapide. Les joueurs sur leurs balais, les cognards, les vifs d’or, l’intuition et la répétition étaient les seules armes qu’elle pouvait affuter pour survivre à un match de quidditch. Un sourire presque nostalgique de l’époque de Poudlard flottait maintenant sur les lèvres de la jeune fille alors qu’elle buvait les dernières gorgées de son thé ma foi fort agréable.

-Malheureusement ?

Répéta-t-elle quand l’étudiant répondit à sa question de réaliser deux années d’études à la GEAD. Pourquoi réaliser deux années ne l’emballait pas plus que ça ? Mais la réponse à sa question arriva bien vite. Elle avait donc retrouvé d’anciens camarades, pour beaucoup hostiles en souvenir des agissements de la fille Harrison. Elle lista certains noms :
Aliosus Nerrah, le garçon avec qui elle s’était entrainée au duel quelques fois.
Edmund Dale, joueur de quidditch à Serpentard, batteur mais également membre chouchou du club Produgium avec qui elle s’était entrainée aux sortilèges de dissimulation.
Et enfin Alice Sangblanc.
Si elle n’avait rien fait paraitre sur les deux premiers noms, le dernier fit lever les yeux au ciel à Aliénor. Alice Sangblanc, une petite prétentieuse qui est persuadée d’être la sauveuse du monde, le personnage principal de la vie de tous les gens qu’elle rencontre. Aliénor ne l’appréciait guère. Elle manquait de naturel, de spontanéité et surtout d’humilité à ces yeux. Encore une autre Miss Parfaite qui se croit supérieure aux autres.

-Pas assez Française, mais trop bien pour être Britannique si on en croit sa façon d’être.

Lança-t-elle se joignant au rire quelque peu faussé de la blonde. Malgré tout, cette cicatrice que Carry lui avait fait restait une erreur et Elle ne pouvait en vouloir à Alice de jouer avec ces armes contre son ennemie. Nécessairement en tant que petite princesse dans son esprit, elle avait besoin de sa cour. Elle ferait tout pour que cette cour se ligue contre son ennemie déclarée.

-Tu ne pourras pas lui enlever cette cicatrice. Mais il ne faut pas que tu prennes ça comme quelque chose qui te met à terre. Ton but est d’entrer dans la police magique, tu auras a faire à ce genre de gens qui essayeront de se servir de toutes tes erreurs pour te rabaisser ou t’affaiblir. Mais on n’utilise ce genre de manœuvre que face à des gens que l’on crain. Cette cicatrice c’est ton fardeau, mais aussi un moyen de te rappeler ton erreur et ne plus la reproduire.

Aliénor jouait avec sa tasse vide. Elle n’avait pas de solution miracle à donner à Carry.

-J’aimerais bien avoir un manuel tout fait pour se faire des amis. Ce serait plus simple, mais des vrais amis, c’est pas évident à trouver. Si les gens ne son pas capable de voir plus loin qu’un acte fait il y a des années alors tant pis pour eux. En plus, ils ratent quelque chose je peux le dire !

Aliénor sourit sincèrement, tentant d’accrocher son regard à celui de Carry. Quant à changer de pays… C’était plus compliqué. Il n’y avait pas d’école qui rivalisait avec la GEAD dans son domaine. Si elle étudiait un domaine comme les créatures magiques, la botanique, l’astronomie ou la divination, d’autres écoles supérieures dans le monde auraient pu lui offrir une formation d’une même voire meilleure qualité. Mais pour ce qui est de l’art du duel… Il n’y avait pas beaucoup d’école qui faisaient mieux et ce encore plus si elle voulait travailler pour la Police de Grande Bretagne ensuite.

-Changer de pays ça se fait. Mais pas certaine que ça t’aide dans tes projets. Mais t’es pas seule ici, je te considère comme une amie alors hésites pas si parfois tu te sens seule. Je suis certaine que tu vas trouver des gens qui verront plus loin que le personnage construit par des rumeurs et des actes vieux comme Merlin.

Non elle ne pardonnait pas tout, elle n’acceptait pas les anciennes actions de Carry. Mais elle savait que ce n’était pas ce qui la résumait. Elle était bien plus que ça, plus profonde, elle n’était pas que cette facette réductrice de sa personnalité. Réduire un être humain à sa famille et à une action faite dans sa vie, c’était l’enfermer sans lui laisser une chance de montrer un meilleur visage ou une évolution et ça, Aliénor y croyait.

Perséphone: Batteuse, reine des Rumeurs
J'ai plus de virilité dans mon petit doigt que toi dans tout ton corps.
Aliénor Delphillia Batteuse remplaçante des Chauves-souris de Fishucastel

Des choses à raconter
Carry éclata d’un rire allége lorsque Delphillia decrivait Sangblanc comme quelqu'un qui etait imbu de sa personne . Il existait donc, quelque part dans ce monde, au moins une personne qui ne courbait pas l’échine devant le petit rat blanc..

« Je ne pense pas qu’elle se sente britannique du tout… mais ta description lui correspond tellement. »

Elle termina sa tasse d’un geste délicat avant de la pousser sur le côté.

« J’ai essayé d’être mature… la plus intelligente, même. » soupira-t-elle, ses doigts glissant sur le bord de la table. « J’ai essayé de m’excuser pour ce que j’ai fait… » Elle toucha sa propre joue pour illustrer son propos. « Mais elle n’a rien voulu savoir. Et ça aurait pu vraiment mal tourner, parce que deux… insectes ont décidé de me jeter de la Bombabouse au visage. »

Ses poings se crispèrent, son regard s’obscurcit d’une colère qu’elle connaissait trop bien. Mais la tension disparut rapidement, remplacée par un sourire un peu amer.

« Au final… on en est toujours au même point. »

Elle baissa brièvement la tête, comme écrasée par le poids de ces derniers mois, avant de se ressaisir, redressant le dos avec une grâce presque aristocratique. Elle tenta un sourire, mince mais réel.

Puis… Delphilia lâcha ce mot. Ce mot qu’on n’avait probablement jamais adressé à Carry sans sarcasme, sans arrière-pensée, sans pitié :

Amie.

Le monde sembla s’arrêter un instant.
Les joues de Carry prirent une teinte rosée, à peine perceptible mais impossible à ignorer. Elle détourna la tête pour éviter le regard de son amie, ses lèvres tremblant légèrement sous l’effort qu’elle fournissait pour ne pas sourire comme une enfant à qui l’on offre une friandise.

Si Carry avait été un chien, un golden retriever, elle aurait probablement remué la queue dans tous les sens.

« Une amie, hein ? » répéta-t-elle avec un faux ton léger, alors que tout en elle vibrait d’une joie contenue. « Je te considère aussi comme telle… mais ça fait du bien de l’entendre. »

Elle joignit ses mains, faisant tourner doucement ses pouces, comme si elle tentait de contenir cette émotion dans un geste discret.

« Tu sais… quand tu m’as proposé qu’on se voie, j’étais tellement... »

Elle s’interrompit, regarda Alienore, puis détourna les yeux, honteuse de sentir sa voix vaciller. Un petit rire nerveux lui échappa.

« Tellement pressée que ce jour arrive. Les cours ont repris depuis septembre et… j’ai attendu jusqu’à novembre pour sortir et rencontrer réellement quelqu’un. Donc oui… j’apprécie énormément. »

Elle cligna plusieurs fois des yeux, chassant une larme qui menaçait de briller au coin de son regard. Pas question que cette après-midi finisse par ressembler à un drame.

Mais elle secoua la tête, comme pour remettre tous ses neurones en place.

« Bon ! On parle beaucoup trop de moi. Et J’ai pas envie que Sangblanc devienne un rouage de notre conversation, ça lui ferait trop plaisir. »

Elle secoua la main comme si elle effaçait une vision affreuse.

« J’ai encore son énorme tête de chouette qui ricane en travers de mon esprit. »

Puis, avec une curiosité presque trop gourmande :

« Un amoureux ? Quelqu’un en vue ? Raconte-moi ! Ta vie ne peut pas être aussi… »

Elle hésita ; le mot lui brûlait la langue comme si elle commetait un crime.

« … aussi chiante que la mienne. » murmura-t-elle, comme si elle venait de proférer une grossièreté absolument scandaleuse.


Sorcière adulte - 19 ans IRP
Étudiant a la GEAD (2049-2050)
EX-Chasseuse de né-moldus
La Rédemptrice
Fiche Eleve