16 nov. 2025, 15:51
 Berlin  La peau a une mémoire
SAMEDI 12 NOVEMBRE 2050
BERLIN, 11 HEURES
@FABIO DERMOTT


A son réveil, Niall avait souri. La perspective de rencontrer d'éminents sorciers et sorcières durant cinq jours le ravissait, évidemment, mais celle de retrouver Fabio prévalait davantage à travers ce sourire matinal. Les dernières journées à la librairie s'étaient, pour la première fois, bien allongées. Les requêtes des clients étaient devenues banales et ennuyantes et le libraire avait même vu ses pauses s'allonger tant il s'était perdu dans son imagination. La veille du départ, Niall avait réglé les derniers détails auprès de Lauren, pour s'assurer que son absence n'engendre aucun problème, et avait fermé la boutique avant de rentrer chez lui.

Son sac prêt et enchanté d'un ou deux sortilèges pour que tous ses vêtements et objets entrent, Niall transplana en direction de Londres. Volontairement, le lieu qu'il avait choisi n'était pas le Magic'port qu'il utiliserait plus tard, mais une rue à vingt minutes de celui-ci ; une rue suffisamment déserte pour ne troubler aucun Moldu, et une rue suffisamment éloignée pour lui permettre de marcher un peu. Il était en avance sur l'heure qu'il avait donnée à Fabio et savait que même en s'autorisant cette marche, il continuerait de l'être. Ainsi, il laissa les discussions des passants arriver jusqu'à ses oreilles, sourit discrètement à quelques paroles perçues et s'arrêta même un instant devant ce Moldu qui, avec une certaine application, donnait l'impression d'être parfaitement immobile dans une position qui lui semblait tout à fait inconfortable.

Les rues s'étaient enchainées plus rapidement qu'il ne l'avait espéré, éparpillant toutefois ses pensées à travers la ville et dans la Tamise, Niall s'était finalement retrouvé devant le fameux logo du Magic'port de Londres. Il avait toujours préféré le petit leprechaun de l'Irlande, mais pour aujourd'hui, il pouvait bien se contenter du monogramme d'Elisabeth II. Ainsi, après avoir jeté un rapide coup d'œil à gauche et à droite, l'Irlandais tira délicatement sa baguette de sa poche pour la poser sur la licorne et l'accès lui fut autorisé.

Depuis qu'il travaillait à Londres, le libraire n'avait plus eu à utiliser le Magic'port depuis un moment et cela se voyait. Il avait perdu ses réflexes de se décaler sur le côté et avait évidemment dû s'excuser auprès du sorcier qui l'avait bousculé. Sans plus tarder, et pour ne pas finir par être en retard, Niall se dirigea vers ce qui l'intéressait : les voyages à l'étranger. Niall s'était bien évidemment assuré d'informer le Conseil de son départ pour l'Allemagne et pourtant, il ressentit une certaine angoisse lorsqu'il présenta son passeport au contrôleur qui apposa les runes nécessaires à son transplanage hors frontières. Les deux sorciers échangèrent un remerciement que toutes les formes sociales attendaient et Niall s'avança vers ce qui – enfin – l'emmènerait vers Berlin.

A l'arrivée, Niall n'avait pas su dire si l'effet dans son estomac était dû au voyage ou à la réalité bien trop grande qui s'imposait peu à peu à lui. Depuis ses vingt minutes de marche – et de nombreuses autres –, Niall avait tenté de taire tout ce qui avait pu questionner cette Invitation. Était-il inquiet que Fabio ne vienne pas ou au contraire, qu'il soit bien là, à l'attendre, tenant sa promesse ? N'ayant aucune réponse à se donner – et parce qu'il était plus facile de n'en chercher aucune –, Niall s'empressa de trouver un médicomage pour se procurer une de ces potions antivomitives qu'il détestait. L'Irlandais n'avait jamais aimé ingurgiter quelconques potions, mais pour aujourd'hui, il ferait une exception.

Levant la tête vers l'horloge géante du Magic'port de Berlin, Niall se mit en route vers les arrivées des sorciers venant de Godric's Hollow. De tous ceux qui débarquaient sous les cracs si caractéristiques, il y en avait bien qu'un qui l'intéressait. Niall scannait tous les visages à la recherche de celui qu'il attendait, et lorsqu'il l'aperçut enfin, un sourire s'étira tout aussi rapidement sur son visage. Et finalement, l'effet fut tel qu'il rangea aussitôt la fiole achetée plus tôt, sans même se rendre compte qu'il ne l'avait pas bue ; sans même se rendre compte qu'il ne se sentait plus mal.

26 nov. 2025, 17:46
 Berlin  La peau a une mémoire
Fabio s’était réveillé bien plus tôt que nécessaire ; bien plus tôt, aussi, que l’heure à laquelle il avait réglé son réveil. Peut-être était-ce parce qu’il avait attendu ce samedi douze novembre avec tant de hâte qu’il était démesurément impatient de voir cette journée débuter. Car aujourd’hui – accrochez vous bien – Fabio allait s'envoler pour Berlin ! Enfin, la capitale allemande n’était à vrai dire qu’un des deux aspects justifiant l’intensité de sa réjouissance : l’Egyptien était évidemment curieux de voir ce que Berlin avait à offrir, mais ce n’était probablement pas à cause de cela qu’il s’était réveillé si tôt.

Si l’heure de réveil initialement prévue avait été choisie avec soin afin de lui laisser suffisamment de temps pour s’habiller, se préparer tranquillement – une journée de voyage n'était pour Fabio aucunement une raison pour ne pas soigner son apparence –, prendre un petit déjeuner et vérifier que les bagages qu’il avait bouclés la veille étaient effectivement complets, il se retrouvait à présent avec plus d’une heure de temps en plus que prévu. De quoi ralentir chacun de ses gestes pour les goûter à cette enivrante saveur qu’était la hâte.

Fabio ferma la porte de son appartement derrière lui et dévala la volée de marches qui le séparaient de la sortie du bâtiment. Il ne portait sur l'épaule qu'un sac de voyage de taille plutôt petite et pratique, mais c'était un modèle dont l'intérieur était enchanté afin de lui permettre de contenir bien plus qu'il ne donnait l'impression. Évidemment – car Fabio avait voulu emmener avec lui suffisamment de vêtements pour satisfaire ses goûts peu importe la température ou l'occasion, tout en ayant toujours un choix. Autrement dit : s'il donnait l'impression de voyager léger, ce n'était en réalité pas le cas. Peut-être était-ce, quelque part, l'expression discrète de son désir d'aborder ce week-end avec confiance : en se sentant bien en toute circonstance, dans une image qui lui plaisait – et certainement aussi, quelque part, dans image espérait lui plaire. Fabio s'arrêta sur le pas de la porte le temps de remonter le col de sa cape d'hiver suffisamment longue pour quasiment frôler le sol, glissa les mains dans les poches afin de les garder au chaud et se mit en route. L'heure lui permettait de marcher jusqu’au Magic’port de Godric’s Hollow au lieu de transplaner et il pourrait en profiter pour remplir quelques dernières fois ses poumons de l’air frais d’un novembre anglais. L’air serait-il le même à Berlin ?

Au Magic'port, tout se déroula sans encombres. Fabio savait où il devait se rendre, ses documents de voyage signés par le Conseil étaient prêts et sans se montrer spécialement chaleureux – quoique restant poli – avec les contrôleurs, il attendit qu'on trace sur son passeport les runes qui lui permettraient de transplaner hors du territoire national. Les magic'ports lui inspiraient toujours des impressions assez contradictoires. Certes, il s'agissait de fenêtres sur le monde – les seules, en réalité. Mais c'étaient simultanément des criants rappels des restrictions que le gouvernent imposait à la liberté de mouvement de ses citoyens et avoir à passer par la case de la demande d'autorisation pour son voyage lui donnait la désagréable impression d'être à la fois infantilisé et surveillé. Aussi, à peine arrivé à la gare, il n'eut déjà plus qu'envie de la quitter rapidement. Les nombreuses boutiques, kiosques et stands n'avaient pas su le retenir pour qu'il s'y attarde et l'Egyptien avait transplané à la première occasion qui s'était présentée.

Magic'port Berlin, à présent. Fabio vérifia qu'il n'avait rien perdu en route, réajusta ses vêtements tout en pensant à rabattre le col de sa cape. Ce n'était qu'après avoir vérifié qu'il était présentable qu'il leva la tête. Il y avait certainement beaucoup à découvrir autour de lui, dans ce nouveau pays, cette nouvelle ville, ce nouveau Magic'port (quoique ça restait qu'un magic'port), mais son premier réflexe fut de chercher Niall du regard. Le reste ne disparaîtrait de toute façon pas. Niall non plus, à vrai dire, mais…

Il ne tarda pas à le repérer dans la foule : Niall attendait devant l'espace d'arrivée de ceux qui transplanaient en provenance de Godric's Hollow. Et surtout, Fabio savait qui le libraire attendait – et c'était-là une pensée encore plus satisfaisante. Il savait aussi que l’Irlandais l’avait vu également – il avait vu le sourire qui avait illuminé son visage – et pourtant, il leva le bras pour lui faire un petit signe de la main. Lorsqu'il rejoignit le sorcier, Fabio n'avait pas l'impression de marcher, mais de flotter. Il ne savait pas trop ce qui était approprié ou non pour le saluer, alors pendant les quelques premières secondes, il se contenta de lui renvoyer son sourire. Peut-être étaient-ce aussi les quelques secondes qui lui étaient nécessaires pour réaliser avant de pouvoir dire :

Je suis vraiment content qu'on soit ici. Ton voyage s'est bien passé ?

Fab’ulous
#583400

26 nov. 2025, 21:50
 Berlin  La peau a une mémoire
A mesure que les pas de Fabio s’approchaient, Niall laissait son regard observer la tenue du sorcier. Un discret aller-retour qui n’avait aucun autre dessein que, finalement, observer l’homme. Il aurait sûrement souri à n’importe quelle tenue, tant que l’homme se trouvait dedans. Et lorsque l’écho de son sourire fit apparaître le même sur celui qu’il regardait arriver, Niall sentit ses doigts se resserrer sur la bandoulière de son sac. Une fraction de seconde avant de se reprendre et de constater que Niall n’avait aucune idée de comment saluer Fabio. Alors il imita à son tour l’absence de salutations physiques (serrer sa main eut été trop formel) et se contenta de garder son sourire quelques secondes supplémentaires. Et de toute façon, ce n’était pas comme s’il partait facilement.

— Moi aussi, répondit-il d’une voix douce et posée, avant de les emmener, les deux, vers la sortie du Magic’port. Je n’avais plus eu mal au ventre comme ça depuis Poudlard. L’effet de l’étranger, peut-être.

Niall détourna les yeux de Fabio pour scruter les pancartes et les indications. Car si répondre à la question qui venait de lui être posée lui avait semblé plus important, depuis qu’il l’avait entraîné sur quelques mètres, le libraire n’avait pas la moindre idée de la direction qu’il avait prise. Il se demandait d’ailleurs si Fabio était attentif à l’environnement, s’il se laissait guider par un guide qui n’en était pas vraiment un ou si à chaque mètre qu’ils faisaient, il se demandait pourquoi Niall avait pris tel chemin.

— Pardon, ce n’est pas du tout le bon endroit, lâcha-t-il en posant sa main sur le bras de Fabio, les yeux toujours rivés vers ce qui lui indiquait, enfin, ce qu’il cherchait. L’index tendu dans la bonne direction, Niall sourit face à ce départ tout à fait raté. Cette fois, c’est bon, c’est par là. Une amie libraire m’a donné tout un tas d’adresses, mais je n’ai pas pensé à lui demander comment sortir d’ici. D’ailleurs, en parlant d’adresses, il y a des choses que tu voudrais voir ?

Ce serait mentir de dire que Niall n’avait pas de programme. Parmi les adresses que Margarett lui avait données, il savait évidemment lesquelles il choisirait, lesquelles il proposerait à Fabio et lesquelles il ne mentionnerait sans doute pas. D’ailleurs, s’il écoutait toutes ces recommendations, il leur faudrait plus d’un weekend pour réussir à tout faire, et Niall voulait évidemment laisser l’espace à l’Egyptien la place d’insérer ses envies à lui. Peut-être que c’était même ça qui l’intéressait vraiment : connaître les intérêts du sorcier. Qu’est-ce que Fabio Dermott pouvait bien chercher à voir dans une ville comme Berlin ? Est-ce que Niall finirait par l’ennuyer s’il lui demandait de visiter toutes les bibliothèques et librairies sorcières de la ville ?

8 janv. 2026, 17:13
 Berlin  La peau a une mémoire
Le début d'inquiétude que Fabio sentit monter en lui lorsque Niall évoqua son mal de ventre se dissipa lorsque le libraire se glissa dans le rôle de guide pour les sortir du Magic'Port : ça semblait finalement ne pas être trop grave. N'ayant lui-même aucune idée du chemin à emprunter, Fabio suivit naturellement et sans réfléchir la direction que proposait Niall. Et puisque l’Irlandais s’occupait de la navigation et qu’il s’en remettait entièrement à lui en la matière, le directeur de la salle de spectacle en profitait pour laisser son regard explorer le premier morceau de la capitale allemande qui lui était donné à voir, à savoir les allées et boutiques du Magic’Port. Celui-ci n’avait finalement rien de spécialement exceptionnel et pourtant, sa première impression de Berlin était positive, ce qu’avec un peu de lucidité, Fabio attribua partiellement – majoritairement – à la présence du sorcier à ses côtés.

En tout cas, ce fut avec un sourire aussi amusé qu’étonné qu’il accueillit l’arrêt soudain de l’Irlandais, suivi par son aveu : ils étaient partis dans la mauvaise direction.

Pardon, j'aurais pu regarder aussi, admit-il.

Lorsqu’il leva le regard pour tenter d’analyser les informations et indications les entourant, Niall s’était déjà remis en mouvement. À nouveau, Fabio s’en remit à la direction que lui proposait le sorcier, tentant cette fois-ci tout de même à suivre leur chemin en observant non pas la vie du Magic’Port, mais les panneaux. Le directeur de la salle de spectacle constata rapidement que bien qu’il avait tenté d’apprendre quelques mots d’allemand avant son départ – bonjour, merci, au revoir, s’il vous plaît et quelques banalités de survie de la sorte – la langue lui restait tout de même très étrangère.

Il se demanda si Niall avait quelques connaissances d'allemand. Il se demanda qui était cette amie libraire que Niall venait d’évoquer. Il se demanda quelles adresses berlinoises – parmi celles qui lui avaient été recommandées – intéressaient particulièrement Niall. Il se demanda si quand Niall pensait à Berlin, il pensait au Berlin sorcier ou au Berlin moldu. Ou les deux. Si et comment Niall connaissait le monde moldu – en Grande-Bretagne, en Irlande ou ailleurs.

À Berlin, lui-même ne connaissait ni l'un ni l'autre. Mais dès le jour qui avait suivi l'invitation du libraire à y aller en sa compagnie, Fabio s'était un peu informé ; avait tenté de réactiver les souvenirs des fois où quelqu'un avait évoqué la capitale allemande en sa présence. Ainsi, oui : il y avait des endroits que l'Egyptien souhaitait voir.

Une collègue de la Salle de spectacle m'a parlé d'un marché magique qu'il y aurait dans des anciennes lignes de métro désaffectées… il parait que c'est une source excellente de bizarreries et objets uniques en tout genre. Sinon, je serais curieux de faire un tour dans le quartier de Kreuzberg. Mais c'est principalement moldu, ajouta-t-il tout en se tournant vers son partenaire de voyage, un sourcils haussé pour lui indiquer la question muette liée à cette dernière précision. Quoique peut-être qu'on pouvait tomber sur des endroits magiques, également ? Flâner et découvrir spontanément, sur le moment, était de toute façon une façon de visiter que Fabio affectionnait tout particulièrement.

Fab’ulous
#583400

17 févr. 2026, 21:08
 Berlin  La peau a une mémoire
Face à l’excuse ajoutée par l’Egyptien, Niall avait souri tendrement. Il y en avait de plus en plus de ces sourires qui s’évaporaient dans l’air, s’attachant, à chaque fois, à quelques secondes supplémentaires, mais aucun que l’Irlandais n’avait encore la capacité de remarquer. Alors le visage du sorcier reprenait ses airs habituels, concentrés et sérieux, comme pour reprendre le rôle parfait qu’il s’était assigné : celui d’ami et de guide improvisé.

Lorsque Fabio s’était mis à répondre à la question posée, Niall avait plongé dans l’imagination de la scène évoquée plutôt que l’information en elle-même. Certes, le marché magique n’avait pas bien mis longtemps à attiser sa curiosité, d’autant plus que bizarreries et objets uniques étaient, pour lui, des mots bien plus magiques que certains sorts réunis, mais il avait l’Egyptien en tête. Il ne pouvait pas s’en empêcher, il s’était demandé de quelle collègue il parlait, comment le sujet avait été abordé, quels mots il avait employés et surtout, comment — et si — Niall avait été mentionné. Bloqué dans ses questions, le regard de l’Irlandais était coincé, lui aussi, sur les yeux bleus du sorcier et à en juger son ton descendant qui marquait la fin de la réponse, il allait falloir s’en détacher. Du moins pour donner l’impression de suivre. Alors il avait fait marcher sa mémoire le plus rapidement possible, tentant de raccrocher les wagons et de récupérer tous les mots perdus dans le fil de ses pensées, et avait même eu le temps de se promettre de ne plus jamais perdre ce même fil.

— Je n’ai rien contre les quartiers moldus, s’empressa-t-il d’ajouter, ravi d’en déduire que face à la curiosité de Fabio, ils étaient du même avis. D’ailleurs…

Niall poussa, de sa main gauche et tout son corps, la lourde porte qui les libérait enfin du Magic’port, avant de lui sourire et de reprendre.

— C’est peut-être même ce que je préfère.

Dans le quartier qui les accueillait, les premiers klaxons retentirent, suivis des roucoulements de pigeons dont les voitures avaient provoqué l’envol, puis les premières discussions de passants moldus arrivèrent jusqu’aux oreilles de Niall ; discussions auxquelles il ne comprenait pas un seul mot, mais qui le faisaient pourtant sourire. Lui qui n’était presque jamais parti à l’étranger, tout ce qui l’importait était de découvrir, d’apprendre et recommencer. Il en avait entendu des klaxons de voiture, tout comme il avait certainement vu de nombreux pigeons s’envoler devant lui, mais ces bruits et ces images semblaient bien différentes, uniques et nouvelles. Alors son corps s’était aussitôt retourné lorsqu’ils avaient croisé ce couple de moldus à la langue incompréhensible, comme pour les observer encore un peu plus longtemps, pour retenir leur image, la graver quelque part, puis il était revenu à Fabio.

— Oh, regarde, là-bas !, s’exclama-t-il aussi joyeusement qu’un enfant émerveillé en tirant doucement sur le bras du sorcier. Kollwitz… Kollwitzplatz. Ses yeux scannèrent les alentours aussitôt le mot déchiffré — ou du moins lu —, comme pour donner du sens à ce que le panneau indiquait et s’en satisfit, comme n’importe quel autre endroit l’aurait sûrement satisfait. On tente ?

Niall retenait du mieux qu’il pouvait les ressorts qui s’étaient créés soudainement dans ses jambes, pour ne pas courir dans tous les sens et partir à la découverte des lieux. Car en somme, ce n’était peut-être qu’une simple rue, qu’un simple parc, que de simples odeurs et de simples moldus se rendant sur leur lieu de travail, mais tout lui donnait l’impression d’une bibliothèque géante, un puits entier de connaissances, de curiosités et de nouveautés.

En observant la réaction de celui qui l’accompagnait, Niall avait retrouvé ce sourire qui l’habillait plus tôt, un de ceux créés par ce visage si attirant et cette présence si envoutante. Niall aurait eu envie de tirer sur sa main plutôt que son bras tout à l’heure, tout comme il aurait eu envie d’envelopper ses bras autour du sorcier, mais comme les ressorts qui titillaient ses jambes, il les refrénait.

3 mars 2026, 12:59
 Berlin  La peau a une mémoire
Niall poussa la porte du Magicport et quasi instantanément, les deux sorciers furent engloutis par la capitale. Vivante, animée, bruyante – en fait, c’était maintenant qu’ils étaient réellement arrivés à Berlin dont le Magicport n’avait été que le vestibule. Le regard curieux de Fabio fut attiré par affiche colorée et légèrement déchirée qui annonçait un concert déjà passé, grimpa avec intérêt le long d'une façade plutôt banale, balaya la rangée de bâtiments à gauche, celle à droite, resta accroché à un balcon particulièrement vert qui lui plut, retomba sur la route lorsqu'une voiture les dépassa avant de revenir à Niall. Il sourit en constatant que l'Irlandais était lui aussi en train de collecter les premières impressions de la ville, semblant la laisser le submerger au fur et à mesure qu'ils avançaient. Fabio sourit encore un peu plus lorsque Niall se tourna vers lui.

Kollwitzplatz, répéta-t-il tout en suivant du regard la direction indiquée par l’Irlandais. Le nom ne lui disait absolument rien, mais il hocha la tête en confirmant avec enthousiasme allons-y !

Après avoir parcouru quelques dizaines de mètres sur la place, Fabio s’arrêta et ouvrit le sac qu’il portait sur l’épaule. Il en sortit l’appareil photo qu’il avait placé tout en haut aux côtés d’autres items qu’il estimait particulièrement importants et réalisa tout à coup qu’il s’agissait d’un appareil magique alors qu’ils étaient en plein terrain moldu. Aussitôt, Fabio baissa la main tenant l’objet, comme si c’était ainsi particulièrement discret. Il n’avait pas pensé à acheter un appareil photo moldu… L’Egyptien lança un rapide regard autour d’eux, mais de toute façon, personne ne semblait prêter attention à Niall et lui. Ni même particulièrement à la place, à vrai dire. Ainsi rassuré, Fabio porta l’appareil photo devant son visage. Il s’apprêtait à cliquer sur le bouton, mais interrompit son geste avant d’avoir pu déclencher la moindre photo.

Niall ?

Fabio se retourna vers le sorcier. Il hésita un instant avant d’oser demander :

Tu serais d’accord que je prenne une photo de toi sur la place ? Pour avoir un souvenir de notre arrivée à Berlin, ajouta-t-il pour justifier la demande, tout en sentant qu’il était en train de rougir. Comme pour détourner l’attention de ses joues, il adressa un sourire au sorcier.

Si tu préfères pas, c’est pas grave, je prendrai juste la place, s’était-il empressé d’ajouter. C’est juste qu’elle est plus jolie avec toi.

Une nouvelle vague de chaleur lui monta au visage et craignant de s’enfoncer encore plus, Fabio décida que ce qu’il y avait de plus raisonnable à faire était de simplement se taire. Se taire et garder le regard sur Niall en attendant son verdict, espérant que sa demande et l'explication maladroite l’accompagnant ne l’embarrassait pas trop. Et le regard sur Niall – Niall sur la place – il songea que oui, la présence de l'Irlandais faisait gagner de nombreux points d’interêt à ce fameux Kollwitzplatz.

Fab’ulous
#583400

30 mars 2026, 22:29
 Berlin  La peau a une mémoire
Au hochement de tête qu'avait eu Fabio pour valider sa proposition, Niall avait aussitôt souri. Sans attendre, ses jambes s'étaient avancées comme un mécanisme automatique, le sourire aux lèvres, malgré le froid allemand qui aurait pu en effacer la trace. Elles s'étaient avancées jusqu'à ce que Niall sente que Fabio ne partageait plus le même rythme que lui, jusqu'à ce qu'il se décide à ralentir, puis à s'arrêter en constatant que le sorcier fouillait dans son sac. Intrigué, le libraire observa la scène silencieux, les sourcils légèrement froncés, avant de faire quelques pas tout aussi automatiques vers Fabio ; un pas, puis deux, pour finalement s'arrêter à nouveau lorsqu'il aperçut l'appareil photo magique se positionner devant le visage de l'Egyptien. Bien loin d'imaginer que l'objet le visait lui, il eut d'abord le réflexe de faire quelques pas de côté, comme pour se retirer du champ de vision et ne pas ainsi gâcher la photo qui s'apprêtait à être prise.

Il n'y avait pas pensé une seule seconde. A aucun moment l'idée qu'il puisse être le sujet de cette photo n'avait effleuré l'esprit – pourtant rapide – de Niall. Alors lorsqu'il avait entendu son nom – même si le son de ce nom dans la voix de Fabio résonnait particulièrement bien – il avait cru déranger. Il aurait d'ailleurs accéléré le rythme de ses pas, qui comptaient sortir du cadre, si Fabio n'avait pas ajouté un tout autre scénario.

Une photo de lui ? Sur la place ? Pour un souvenir ? Mais pourquoi le souvenir de la place à elle seule ne lui suffisait pas ? Quel intérêt pouvait-il bien y avoir d'ajouter un figurant dans la scène ? Niall avait retrouvé ses sourcils froncés, affrontant le déni furieux que Fabio provoquait en cette simple question et son premier réflexe fut de se retourner pour observer la place. Comme si elle lui apparaissait seulement maintenant, comme s'il lui fallait jauger l'importance que pouvait bien y avoir d'ajouter un sorcier au premier plan de cette photo. Et de toute évidence, il ne voyait rien.

Il ne voyait rien, mais il fut bien obligé d'ouvrir davantage les yeux lorsque Fabio ajouta cette dernière affirmation. La place ? Plus jolie avec lui, vraiment ? Cette fois, tout le déni de la Terre ne put empêcher ses joues de rougir du même poids. Alors il baissa aussitôt les yeux vers ce sol qu'il eut envie de creuser, passa sa main derrière sa tête et releva son regard, accompagné d'un léger sourire. Touché du commentaire, il ne parvenait tout de même pas à s'imaginer poser devant cette place. Quelle position aurait-il pris ? Aurait-il dû sourire ? Rester sérieux ? Observer Fabio ou l'objectif ? Observer Fabio ou les arbres derrière lui ? Observer Fabio ou observer Fabio ? Et combien de temps aurait-il dû s'arrêter de l'observer après que la photo eut été prise ?

Non, l'entreprise était tout bonnement irréalisable.

— Mais.. Pourquoi juste moi ? Avec toi aussi, la place serait plus jolie. On peut la prendre ensemble cette photo, conclut-il en cherchant du regard un témoin de la scène pour servir de photographe et sans laisser le temps à Fabio d'argumenter.

D'un coup de baguette discrète, Niall activa le mode moldu de l'appareil et partit héler un passant d'un petit geste poli. Il échangea quelques mots, pointa du doigt Fabio qu'il avait laissé à quelques mètres de lui et revint avec cet homme qui allait être le protecteur de son déni. Il ne restait plus qu'à trouver la position dans laquelle se tenir.

Le Moldu, bien heureux de la mission confiée, semblait s'étonner de l'objet qu'il tenait entre les mains — et Niall était prêt à lancer un sortilège de confusion si ses interrogations se verbalisaient — mais il dût penser que celui-ci était un objet de collection car après l'avoir retourné une ou deux fois, il le plaça devant ses yeux, comme Fabio l'avait tenu plus tôt.

La position, donc. Ses deux mains dans les poches, dont une agrippant sa baguette, Niall jeta un premier regard vers Fabio et il ne put s'en empêcher. A peine chuchoté, le sortilège engloba les deux hommes et les figea aussitôt dans le temps. Il n'y aurait sûrement pas eu assez de secondes offertes à Niall pour observer l'Egyptien poser devant son propre objectif. Ce temps supplémentaire aurait dû lui servir de temps de réflexion sur la position à tenir, mais lorsque les huit secondes furent écoulées, Niall n'avait pas bougé d'un millimètre. Son regard était resté posé jusqu'à ce que l'homme leur indique que son doigt s'apprêtait à déclencher la photo ; alors seulement à ce moment, Niall avait tourné la tête vers l'objectif, un sourire plein de sentiments au coin de ses lèvres.

Une fois la photo prise, le photographe allemand tendit l'objet et fut remercié par l'Irlandais. Ce dernier l'observa s'éloigner quelques secondes et récupéra la photo qui venait de sortir de l'objet. Son regard se posa aussitôt sur lui-même, et avec horreur, il constata que l'instant pris et scellé en couleurs était le même que ce que son sortilège lui avait offert plus tôt. Un instant figé que l'option moldue de l'appareil lui refusait de changer. Son regard resterait bloqué sur le visage de Fabio et rien qu'il ne sache faire en magie ne pourrait changer cela.

Il plaqua aussitôt — et doucement tout de même — l'appareil photo contre le torse du sorcier et fit un premier pas en arrière, cachant le cliché de la vue de Fabio.

— Elle est ratée !, annonça-t-il, il a mis son doigt devant l'objectif.

Un mensonge aussi bien envoyé que lorsqu'il avait prétendu ne pas se rappeler de son prénom, ce jour-là à la libraire. Son cœur battait à mille à l'heure tant il n'arrivait pas à contrôler ce qu'il ressentait, après avoir observé ce regard — qui en disait beaucoup trop — sur cette photo.

— Tu veux pas que je te prenne en photo plutôt ? Devant cette place ?


Est-ce qu'il entendrait la réponse de Fabio avec ce bruit assourdissant que faisait son cœur ?

1 juin 2026, 20:44
 Berlin  La peau a une mémoire
D'abord, il y avait eu l'instant de joie.

La proposition de prendre la photo ensemble avait suffi pour planter une petite graine qui fleurit en pétales de bonheur – sucrés et doux dans son cœur – lorsque Niall, après être allé recruter un passant moldu pour la mission, vint se placer juste à côté de lui. Fabio le gratifia d'un sourire discret avant de se tourner vers l'objectif : il était prêt. L'idée d'immortaliser ce moment ensemble lui plaisait plus que de raison et illuminait son visage d'un sourire radieux et heureux – le même qui, à vrai dire, l’accompagnait déjà depuis son arrivée à Berlin.

Berlin. Berlin et l'escalier devant la Salle de spectacle de Godric's Hollow, ce soir d'octobre, où Niall lui avait parlé du séminaire auquel il participerait, juste avant de lui proposer de l'accompagner. Berlin et la soirée qui avait suivi, lorsque de retour chez lui, la capitale allemande s'était installée dans son esprit. Berlin y avait vécu joyeusement, voguant au gré de l'imagination durant les semaines qui avaient suivi – les semaines jusqu'à aujourd'hui. Il y avait eu Berlin, mais surtout, il y avait eu Niall et lui-même dans les rues de ce Berlin mental. À défaut de savoir à quoi s'attendre, les rêvasseries de l'Egyptien avaient toujours eu des contours un peu flous, les images semblaient vaporeuses, insaisissables. C'étaient plus des impressions ou des sentiments, peut-être. Des battements de cœur, une douce teinte rosée qui montait aux joues, des instants où il se surprenait à sourire dans le vide. Dans ses moments, il devenait un voyageur mental contemplant une mer de nuages toute particulière – brumeuse mais irrésistiblement attirante en même temps.

Et à présent, sur le Kollwitzplatz, Fabio se sentit pousser des ailes. Le regard rivé sur l'objectif, souriant de Berlin, souriant de Niall, Fabio attendit le petit clic caractéristique.

Il y eut le clic. Puis la photo qui sortit de l'appareil. Puis les remerciements. Puis la profonde déception : elle était ratée.

Niall l'avait annoncé avant de reculer et Fabio ne remit pas l'affirmation en question. Pendant une seconde, il se sentit submergé par une vague d’amertume. Un doigt devant l'objectif… comment pouvait-on se montrer aussi incompétent ? Lorsqu'en plus, c'étaient des inconnus qui avaient demandé à être pris en photo – un facteur qui à son avis, constituait précisément une raison pour s'appliquer tout particulièrement ! À moins que les moldus n'avaient plus l'habitude d'utiliser de véritables appareils photos. Après tout, Fabio les voyait régulièrement capturer des images leur portable à la main… était-ce donc cela ?

Niall l'arracha de ses pensées, lui proposant de prendre une nouvelle photo. Lui tout seul, debout sur la place… non, ce n'était pas spécialement une image qu'il souhaitait garder. Fabio secoua la tête et d’un petit geste de la main, indiqua à l'Irlandais de laisser tomber. L’envie de la photo lui était passée et à vrai dire, c’était presque s’il se demandait pourquoi il avait formulé la proposition en premier lieu. Après tout, elle n'était finalement pas si spectaculaire que cela, cette place… une place, quoi. Il récupéra l'appareil photo que lui tendit Niall, le rangea dans son sac et releva le regard vers son partenaire de voyage.

Non c’est bon, on pourra en prendra d’autres ailleurs. Fabio n’était en réalité pas certain quand – ni si ! – il allait oser demander à Niall d’apparaître sur un autre de ses clichés, mais ils verraient bien. En attenant :

Est-ce qu’on chercherait pas l’auberge pour poser nos affaires ?, finit-il par proposer. Il lui semblait en tout cas que le temps était de laisser ce Kollwitzplatz, avec sa photo ratée et sa dose de déception derrière eux. Après tout, Fabio était à Berlin. Avec Niall. Et ça, aucune photo ratée ni aucun moldu – aussi incompétent était-il – ne pourrait le lui prendre.

Et déjà, Fabio sentit se sentit plus léger, et déjà, un sourire délicat retrouva le chemin jusqu’à ses lèvres.

Fab’ulous
#583400

1 juin 2026, 22:02
 Berlin  La peau a une mémoire
Fabio avait refusé la proposition et Niall ne put absolument pas dire s'il s'en sentait soulagé ou bien déçu ; et si la déception prenait le dessus, c'était peut-être d'ailleurs parce qu'il s'était déçu lui-même en agissant de la sorte. Peut-être parce que beaucoup de ses actions envers Fabio finissaient par le décevoir et l'éloigner encore davantage. Mais soit, il opta pour le soulagement. Un soulagement sans déception. Ainsi, Fabio se contenterait de le croire et il passerait à autre chose, pendant que la photo continuerait d'exister au creux de sa main.

Soutenir le regard de l'Egyptien au moment de l'annonce avait été difficile. Le non qui abandonnait, celui qui se résignait à oublier et avancer résonnait dans l'esprit de Niall et formait un écho douloureux. Son raisonnement et lui avaient pourtant conclu sur un encensement du soulagement, mais celui-ci semblait se laisser balayer par le reste. Alors silencieusement, déglutissant face à la décision qu'avait prise Fabio, il reprit le chemin pour laisser derrière lui cette place.

L'auberge. Il n'y pensait plus tant Niall était concentré sur chaque minute qui défilait à la vitesse des secondes. Il n'y pensait plus car cela lui était tout bonnement impossible, alors il hocha la tête presque mécaniquement, comme un mouvement que son corps offre lorsque sa tête a besoin de penser rapidement ; une manière de lui offrir quelques secondes de répit, à défaut d'utiliser la magie.

Oui, bonne idée, répondit-il sans être convaincu de si c'était là réellement une bonne idée. Attends.

Niall retira son sac de son épaule, s'agenouilla tout en le posant au sol, puis l'ouvrit pour y chercher une carte. Carte qui peinait à se montrer tant les mains du sorcier fouillaient sans laisser à la vue le temps de l'apercevoir. Impatient, il jeta un rapide coup d'œil vers la place pour s'assurer de ne pas être observé et pointa sa baguette vers le fond du sac.

– Accio carte, chuchota-t-il une première fois. Accio carte !, répéta-t-il avec plus d'entrain voyant qu'elle tremblotait sous les autres objets, certainement bloquée par les émotions contradictoires du sorcier. Voilà ! Alors..

Le libraire se mit à déplier le parchemin tout en rangeant sa baguette, et analysa la carte qu'il avait dessinée à l'aide de livres, quelques jours plus tôt.

Si j'en crois mon plan, l'auberge devrait être... Il se tourna une première fois à gauche, puis à droite et pointa le Nord Ouest. Par là. Notre quartier devrait être par là.

Par "notre", il entendait "sorcier", mais Niall s'était déjà montré assez imprudent face à tous ces moldus, s'il pouvait au moins faire attention aux termes qu'il employait, il se devait d'essayer.

Il avait suffi d'un pas. Un pas dans le quartier sorcier pour que Niall se tende davantage : les chapeaux, les robes, les baguettes, tout ce qui lui rappelait qu'il pouvait être observé et reporté, en somme. En relevant la tête vers le nom de l'auberge que les deux hommes avait choisis, l'Irlandais s'y engouffra et son corps se détendit, enfin. L'ambiance ou les livres qui décoraient l'entrée peut-être, toujours est-il qu'ils furent si hypnotisant que Niall en oublia de rejoindre le comptoir pour annoncer leur arrivée.

Fabio ?, l'interpella-t-il en le cherchant du regard avec un sourire qui semblait avoir déjà oublié tout l'épisode précédent. Regarde, ils ont des livres sur les runes ! Il retira délicatement un de ceux désignés et observa la première page de couverture en fronçant les sourcils. Le nom de l'auteur ne me dit rien. Puis il releva la tête vers l'Egyptien, presque affolé de la conclusion à laquelle il venait d'arriver. Je vais avoir une semaine pour lire tout ça, assister au séminaire, visiter la ville avec toi.. Si je suis trop absorbé par les livres, surtout, n'hésite pas à me dire, hein ? Il ajouta en posant sa main libre sur le bras de Fabio, avant de la retirer au moment où ses pensées revenaient. Je lirai quand tu seras parti, c'est plus prudent.

2 juin 2026, 21:22
 Berlin  La peau a une mémoire
Niall s'agenouilla pour fouiller dans son sac. Le voyant dégainer sa baguette, Fabio fit un pas de côté et se plaça devant lui afin de le protéger d'éventuels et possibles regards indiscrets, balayant les environs des yeux afin de s'assurer qu'ils n'étaient pas observés.

Finalement, l'Irlandais attira à lui une carte avant de se relever et de commencer à l'analyser. Cette fois-ci, Fabio se plaça juste à côté de lui comme pour la consulter également – sa curiosité souhaitait voir à quoi ressemblait la ville sur papier – mais laissa en réalité la tâche de repérer le quartier magique aux bons soins du sorcier. Il se remirent en marche en direction de leur quartier. Car quand Niall disait "notre", Fabio entendait "Fabio et Niall" et cela le faisait sourire.

Ils finirent par arriver à l'auberge. Évidemment que la première chose à attirer le regard de l'Irlandais avaient été les livres ! Étrangement touché par l'enthousiasme du sorcier, Fabio s'approcha pour regarder l'ouvrage que Niall tenait entre les mains. Effectivement, il s'agissait d'un livre sur les runes… Fabio releva le regard vers Niall. Est-ce que lui aussi était en train de penser à ce jour, il y a maintenant un peu plus d'un an plus tôt, où il avait débarqué par hasard chez Fleury & Bott ? Ce jour où il était tombé par hasard sur le libraire qu'il avait rencontré quelques semaines avant ? Se souvenait-il du nuage, des runes flottants ? De celle qui avait été la sienne ?

Mais peut-être qu'en fait, Niall n'avait pas fait le lien. Peut-être que son esprit à lui avait plutôt pris la direction de tous ces livre à découvrir dans un futur tout proche plutôt que de s'aventurer entre les rayonnages des souvenirs et du passé. Alors en entendant sa réflexion, Fabio s'empressa de lui assurer :

Oh, non, je ne veux surtout pas t'empêcher de lire ce qui t'intéresse ! Pas que tu regrettes de m'avoir emmené !, ajouta-t-il, mi-sérieux.

Plus prudent ? interrogea t-il ensuite, pas certain de ce que Niall voulait dire par là. Mais surtout, Fabio n'avait pas envie de penser à ce quand tu seras parti qu'il évoquait. Pas maintenant, pas alors qu'ils venaient à peine d'arriver. Alors rapidement, l'Egyptien reprit : Bon, proposition : je vais nous annoncer à la réception tandis que toi, tu choisis un ou deux livres qui t'intriguent particulièrement.

En espérant qu'il ne s'agissait pas là d'une mission impossible pour un libraire aussi curieux que passionné qui venait de débarquer dans une ville à l'étranger et se retrouvait face à plusieurs étagères remplies de livres portant des titres qu'il ne connaissait pas, écrits par la plume d'auteurs et autrices qui lui était tout aussi inconnue… Mais une nouvelle fois, Fabio songea qu'il était absolument hors de question de déjà penser au temps qui serait trop court. Au lieu de cela, il proposa :

Ensuite on sort se poser quelque part, un parc, un bar, un café… comme tu préfères. Et si tu veux, tu pourras me lire quelques passages de tes livres. T'en dis quoi ? finit-il par demander, afin de laisser à Niall la possibilité de décliner ou proposer autre chose.

Fab’ulous
#583400