Ce que je n’ai su taire
2050 : Suite de hiboux à destination de @Aelle Bristyle, chez son frère à Londres, après cette soirée…
Fife,
25 septembre
Aelle,
Je crois que je ne réalise pas encore ce qui s’est passé. J’ai l’impression que la nuit continue de tourner autour de moi comme ces foutues lumières qui clignotaient trop fort au-dessus du bar. Je ne t’écris pas pour revenir sur ce que j’ai dit, ni pour m’excuser. Je crois juste que si je ne dépose pas quelque part ce que j’ai dans le ventre, je vais exploser comme un chaudron sous pression.
Tu avais de la glace dans le regard quand tu m’as parlé. C’était mérité, sûrement. Mais j’ai surtout senti quelque chose s’effondrer en moi. Pas contre toi. Pour toi.
Je suis bien rentré, et ma tête continue de tourner. Mais ce que je t’ai dit, ce que j’ai pensé, ce que j’ai ressenti, ça, ça ne se calmera pas.
Je voulais que tu le saches.
Gabryel
Fife,
26 septembre
Aelle,
Je me suis réveillé dans mon lit sans me souvenir de comment j’ai monté les escaliers. J’ai encore un goût du feu d’artifice dans la gorge. J’ai les poings fermés comme si j’avais encore l’impression de te retenir par le bras, ou d’essayer de t’arrêter.
Je sais que tu ne veux pas m’entendre. Je sais que tu dois être en colère, ou triste, ou fatiguée. Probablement les trois.
Je ne demande pas que tu lises tout. Je ne demande rien. Je voulais juste dire ça : J’ai eu peur l’autre soir. Pas de ta colère. Pas des mots. J’ai eu peur de disparaître, peut-être. Peur de ce moment où tu as planté ton regard dans le mien, et où j’ai compris que j’avais merdé.
Je n’arrive pas à dormir.
Gabryel.
Fife,
28 septembre
Aelle,
La lumière passe par les rideaux, et je repense à ton visage quand tu as attrapé Herminie. À la façon dont ton « t’enfuis pas » sonnait si fort. Je crois que j’ai compris quelque chose cette nuit.
Tu n’as pas besoin de moi.
Ce n’est pas triste à dire. C’est juste… vrai. Et peut-être que c’est la première fois que je me rends compte qu’on peut tenir beaucoup à quelqu’un sans pouvoir l’aider, ou l’apaiser, ou même l’approcher sans tout casser.
C’est une drôle de sensation.
Je voulais te la partager avant qu’elle ne disparaisse ou que je l’oublie.
Gabryel
Fife,
1er octobre
Aelle,
Je me suis promené au bord d’un lac, et le vent m’a mis des gifles. Ça remet les pendules à l’heure.
Je crois que je t’écris pour garder un fil, même si tu ne le tiens pas de l’autre côté.
Pas parce que je t’attends. Pas parce que j’espère.
Juste parce que je suis ce genre d’idiot qui parle quand il sent que le silence va dévorer quelque chose d’important.
Il y a un monde où je ne dis rien, où je laisse notre dernière soirée derrière moi, où je fais semblant que ça ne me touche pas.
Mais dans ce monde-là, je ne suis pas moi.
Et je préfère rester ce Gryffondor maladroit que tu bouscules à l’épaule plutôt que de devenir ce fantôme poli.
Gabryel
663 motsFife,
5 octobre
Aelle,
Ce sera le dernier. Promis.
J’ai passé la journée à tenter d’apprivoiser ce qui reste en moi, une sorte de feu tiède, pas violent, pas triste, juste là.
Je ne regrette pas de t’avoir écrit. Je ne regrette pas de t’avoir dit ce que je ressentais, même si c’était mal formulé, mal placé, mal tout.
Je n’ai rien à réparer. Rien à exiger.
Mais si un jour tu veux savoir où je suis, ce que je pense, ou si tu veux simplement quelqu’un pour t’écouter sans essayer de comprendre ou d’interpréter, je serai là.
Pas en attendant. Pas en espérant.
Juste là, comme un point dans un coin du ciel. Tu n’as pas besoin de lever la tête. Il existe quand même.
Gabryel
Gabryel Fleurdelys
Sorcier diplômé
Médiateur PFR
Fife,