solo TW Derrière la fenêtre OS

Hampstead, Londres, Angleterre


TW : violence

La fenêtre du salon donnait sur le parc communal juste en face de la maison. C’était une fenêtre haute, un peu ancienne, que la famille Smile n’avait jamais remplacée parce qu’elle laissait entrer une lumière dorée et douce chaque matin. Cependant, pour Lonely, cette fenêtre devint très tôt un théâtre silencieux et un rappel constant de ce qu’elle ne parvenait pas à rejoindre.
Elle avait sept ans, à cet âge-là, le temps se mesure moins en années qu’en chagrins ou en joie, en journées qui se ressemblent. Chaque après-midi, les enfants du quartier se retrouvaient au parc. Leur cris de joies résonnaient entre les murs du salon et atteignaient Lonely qui était émerveillée. Elle aimait les écouter sans jamais aller les voir. Elle s’asseyait sur le rebord, ses jambes croisées sous elle comme une petite statue, son doudou louveteau coincé contre sa poitrine. Parfois, ses doigts jouaient distraitement avec une mèche de cheveux ou la couture de son habit ou caressaient Rufus.

Elle regardait les autres enfants avec admiration, envie, mais aussi avec la conscience nette qu'elle n'en faisait pas partie et chaque fois, elle se rappelait ce qu'il s'était passé à l'école.

Ce n’était pas faute d’avoir essayé. Les premières années, elle avait tenté de se mêler aux autres enfants, de courir derrière eux, de participer à un ballon prisonnier, d’offrir des dessins pour se faire des amis. Elle était timide, mais pas fermée. Curieuse, maladroite parfois, mais pleine d’un véritable désir d’appartenir à quelque chose.
Mais les enfants peuvent être méchants entre eux, et Lonely ne le savait pas... Ça disait sur son passage :
- Voilà la fille bizarre.
- Elle est flippante !
- Pourquoi elle parle seule ?
- Non mais vous avez vu ses cheveux, qui se lèvent tous seuls ?


Elle était inscrite à l'école avant... Enfin, jusqu'à cet évènement.
Lonely revenait de la récréation, un petit livre contre elle. Elle préférait lire plutôt que courir dans tous les sens, elle sentait le mépris de ces camarades quand elle jouait avec eux. Ce jour-là, les autres enfants jouaient à un jeu de poursuite idiot où l’un d’eux devait attraper les autres en criant. Elle avait reculé contre un mur, cherchant la tranquillité et les laissant passer.
Mais elle sentit les regards avant même de les entendre approcher.
Trois élèves : deux filles et un garçon, plus grands, plus forts, qui semblaient s’être trouvé une passion commune : son humiliation. Ils s’étaient approchés d’elle avec cette lueur malicieuse dans les yeux, une lueur de méchanceté.
Lonely avait tout simplement baissé les yeux, sachant déjà ce qui allait suivre.
- Tu ne veux pas venir jouer ? dit la première, un faux sourire accroché aux lèvres.
L'ironie coulait dans sa voix et son ton comme un poison frais. Lonely ne répondit pas, elle savait que répondre empirait les choses.
- Oh elle ne parle pas ! Elle nous fait la muette maintenant ? déclara hilare la deuxième.
Le garçon attrapa alors son livre sans prévenir et le tira brusquement de ses mains. Les doigts de Lonely glissèrent dessus mais elle le perdit et le coin du livre la frappa à la poitrine.
- Rends le moi..., murmura-t-elle.
-Oh, elle veut qu’on lui rende ! imita le garçon, en agitant le livre hors de sa portée.
Quand elle tenta de le récupérer, l’une des filles lui bloqua le passage en posant une main lourde sur son épaule, elle repoussa Lonely d'un geste sec qui la fit trébucher d'un pas.

- Regarde la ! Elle a faillit tomber la chocotte !
Ils éclatèrent tous de rire, et comme s'ils avaient tous prévues en avance, ils formèrent un cercle autour d'elle. Lonely sentit son souffle se bloquer, elle se sentait enfermée !
- Viens, on va s’amuser ! répéta le garçon, avec cette voix trop douce qui annonçait quelque chose de mauvais.
Elle n’eut même pas le temps de reculer que deux mains la saisirent par les bras non pas pour la guider mais pour la traîner. Son livre tomba au sol. L’un des enfants marcha dessus volontairement, laissant une grosse trace de boue dessus.
Lonely tenta de se dégager, sa voix tremblante :
- Lâchez-moi…
- La sorcière veut parler ! railla la plus grande des trois.
Ils éclatèrent de rire ce rire sonna comme une gifle.

Autour d'eux, tous les élèves étaient en train de s'attrouper et d’observer la scène, sans la moindre aide ou once de pitié dans le regard pour Lonely.
Ils la poussèrent jusqu’au petit local de matériel de sport, un réduit sombre qui sentait le plastique, le renfermé et le ballon crevé. Lonely tenta de s’accrocher au chambranle, mais le garçon lui donna une petite tape sur les doigts, volontairement plus forte qu’il ne l’aurait admis et elle lâcha prise sous la douleur. Quelqu’un la poussa violemment dans le dos, elle bascula en avant et tomba sur les genoux. La brûlure se répandit immédiatement dans ses jambes, elle réprima un sanglot et avant qu'elle puisse se lever, la porte claqua violemment.

Le noir, le noir total.

Elle se releva trop vite et sa tête heurta une étagère métallique. Le choc lui arracha un gémissement qu’elle étouffa aussitôt. Parce que ça aussi, ils l’entendaient.
- Alors, elle a peur ? lança une voix moqueuse derrière la porte.
- Peut-être qu'elle va enfin disparaitre ! Comme les fantômes ! On vérifie ? proposa le garçon.
Ils poussèrent un éclat de rire sec et cruel, puis plus rien.
Du moins, plus de voix, seulement le silence et elle.

Elle resta là, au sol, sur les genoux, les mains tremblantes. Le placard était minuscule et l'air était irrespirable. Son cœur battait si vite qu’elle en avait mal, elle aurait voulu respirer calmement, mais chaque inspiration ressemblait à une déchirure.
Les minutes et les heures s'écoulèrent sans pour autant qu'une personne viennent la trouvé.
Dans le noir, elle serrait ses bras autour d’elle, tentant de se faire la plus petite possible. Ses yeux tentaient de s’habituer, mais il n’y avait rien à voir, elle avait peur qu'ils reviennent.

Loin dehors, un tonnerre gronda fort, et Lonely prit peur, elle ne savait pas quelle heure il était.
Plus les coups étaient forts, plus elle était terrifiée.
Quand la porte finit par s’ouvrir, ce fut en grand, brusquement. La lumière et le vent l’aveuglèrent.
Elle leva les yeux, tremblante. C'était encore eux ! Les enfants riaient et ce rire-là, elle ne l’oublierait jamais.

- Toujours en vie ? lança le garçon.
- On voulait voir si tu disparaissais dans le noir, t'es nulle t'as pas fait d'effort ! enchaîna une des filles.
Lonely sortit sans un mot. Elle récupéra son livre, sale, plié, déchiré et sentit quelque chose se nouer dans sa poitrine, depuis ce jour là, une peur pétrifiante la gagnait les nuits d'orage.
Le soir même elle raconta tous à ses parents qui décidèrent de lui donner cours à la maison.
Et derrière sa fenêtre, elle repensait à ce moment et se sentait en sécurité.



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