D'un monde à l'autre, nos cœurs
D'un monde à l'autre, nos cœurs

Résumé :Dans le royaume d'Arkheel, la magie est un crime. On la traque, on la craint, on la condamne au nom de l’ordre, par peur.
Mirelda, née parmi les pauvres a grandi en dissimulant son don. Personne ne soupçonne la sorcière derrière ses guenilles, car survivre, ici, signifie se taire.
Rowan, lui, est héritier du trône, élevé dans la peur et l'ignorance de la magie et promis à une douce princesse, n'a jamais eu le droit de choisir sa voie, si vitre imposé !
Quand elle le soigne en secret, sans qu’il sache qui elle est réellement, un lien naît.
Un lien fragile, interdit, dangereux.
Mais certains amours sont découverts trop tôt.
Et lorsque la vérité éclate, c’est tout un royaume qui vacille : la couronne, les lois, la peur du peuple… et un choix impossible entre le devoir et le cœur...
Car aimer une sorcière, dans un monde qui les condamne, n’est pas seulement une faute.
Mais aussi une révolte.
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Prologue
Rowan s'ennuyait et faisait des aller-retour dans les couloirs du château quand il entendit une discussion entre son père, le roi, et un de ses conseillers.
- Sire, je vous dis que la situation financière d'Arkheel est en pleine chute ! Regardez les gens de nos pauvres villages : ils ne mangent point à leur faim, du pain et de l'eau, voilà ce qu'ils ont.
- Je fais de mon mieux pour fournir de la nourriture de qua...
- Non, le coupa net le conseiller visiblement à bout, pardonnez mon audace, mais il faut le voir pour le croire, dehors on murmure à la révolte, le peuple cri famine.
Un silence pesant s'ensuivit.
- Que me racontez-vous là ? Une révolte ? Contre moi ? demanda la voix grave du roi.
- Oui, il se dit que vivre de la sorte avec de telles inégalités pourrait être éviter si le roi venait à être changer.
Rowan sentit son cœur se serrer, changer de roi...
Enox, souverain d’Arkheel, avait pourtant bien commencé son règne. On disait de lui qu’il était miséricordieux, attentif à son peuple, soucieux de la justice. Un roi aimé, respecté. Alors comment avait-il pu laisser son royaume s’enfoncer ainsi ?
Enox était, fut un temps, fou amoureux de la belle Isa. Leur couple faisait rêver tous le royaume et de leur union naquirent Rowan, un jolie garçon blond qui ressemblait trait pour trait à sa mère et Kaiis, qui avec ses cheveux noir de jais ressemblait à son père. Ils étaient tous les quatre pour ainsi dire une famille de rêve où le bonheur était le sentiment dominant.
Enfin... Ce fut avant le drame...
Comme à ses habitudes, Isa s'était rendue au village pour faire des commissions sans escorte, elle voulait encourager la population à cultiver et les récompenser. Elle croyait encore à la bonté des hommes mais ce jour-là, elle ne revint jamais indemne. Un couple de sorciers l’attaqua sans raison apparente. Des témoins parlèrent de flammes surgies de nulle part, de cris, d’une magie incontrôlable... Brûlée par des sortilèges, la reine succomba à ses blessures dans la nuit, entourée de sa famille brisée.
La mort fut un choque pour tous le royaume, la reine tant aimé avait péri de la manière la plus barbare qui soit.
Le roi, fou de rage et de douleur, engagea donc une chasse sans précédent aux sorciers et sorcières, toutes personnes pratiquant une quelconque magie fût traqué, jugé à l'aveugle et brûlé vif.
Depuis ce jour, Enox n’était plus tout à fait le même homme et Arkheel sombra avec lui.
Rowan serra les poings, il aimait son père, mais il voyait désormais les fissures, la colère, la lassitude. Le royaume dépérissait, et personne n’osait plus s’y opposer.
Il prit une inspiration et décida de toquer à la porte, on l'invita à rentrer et il s'avança le regard déterminé.
- Moi. Moi j'irai voir de mes propres yeux, c'est le moins que je puisse faire en tant que futur roi non ?
Le conseiller sembla surpris. Enox, lui, observa son fils longuement.
- Seul ? demanda-t-il.
- Comme un homme du peuple, comme mère.
Un long silence s’installa. Puis, contre toute attente, le roi hocha lentement la tête.
- Soit. Allez. Mais revenez vivant.
Rowan s’inclina. Il ne savait pas encore que cette décision, prise dans l’ennui et la curiosité, allait changer à jamais le destin d’Arkheel… et le sien.
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Chapitre 1- Sous les habits d'un autre
Rowan quitta le château à l’aube, alors que le ciel d’Arkheel hésitait encore entre nuit et jour.
Il avait laissé derrière lui les étoffes riches et les couleurs royales. À la place, il portait une tunique simple, de laine sombre, un manteau usé et une paire de bottes déjà trop rigides pour quelqu’un habitué aux sols polis et aux semelles confortables.
Pour la première fois de sa vie, personne ne s'écarta sur son passage, il se sentait enfin semblables aux autres hommes.
Le chemin jusqu’au village fut silencieux. Plus il s’éloignait du château, plus l’air semblait lourd, chargé d’une odeur de fumée froide et de terre humide. Les maisons apparurent peu à peu, basses, serrées les unes contre les autres. Rowan ralenti le pas, rien ici ne brillait.
Des enfants jouaient dans la boue, leurs rires étouffés, leurs vêtements trop courts, trop sales. Des femmes échangeaient quelques mots à voix basse, le regard méfiant. Des hommes s’arrêtaient de parler quand il passait près d’eux.
Il comprit alors ce que le conseiller avait voulu dire : ce n'était pas que la pauvreté mais c'était aussi la fatigue, la lassitude, la méfiance, tout ceci profondément ancrée sur leur visage. Il serra les dents.
Il avançait depuis peu lorsqu’il sentit une présence derrière lui. Un pas. Puis un autre mais il se retourna trop tard.
- Donne ce que t’as, lança une voix rauque.
Ils étaient deux. Leurs visages étaient tirés, leurs yeux creusés par la faim plus que par la haine. Rowan recula instinctivement, la main se portant à son manteau.
- Je n'ai rien, déclara-t-il d'une voix raisonnable.
Un rire bref lui répondit.
- Personne n'a jamais rien ici, lui dit le deuxième.
Le coup partit sans avertissement. Rowan tenta de se défendre, maladroitement, mais il n’avait jamais appris à se battre pour survivre. Une lame apparut, brilla un instant… puis la douleur le frappa au flanc, brûlante, insupportable et il s'effondra à genoux, une main sur la blessure. Le sang coulait entre ses doigts et dégageait cette odeur métallique qu'il n'aimait pas.
Tout d'un coup une voix ferme raisonna.
- Laissez le.
Les hommes partirent sur le champs de peur d'être reconnu et dénoncé. Rowan, lui, commençait à perdre la vue, il releva faiblement la tête.
Elle se tenait devant lui, mince silhouette drapée de guenilles trop grandes. Ses cheveux sombres étaient attachés à la va-vite, quelques mèches échappées encadrant un visage pâle mais déterminé. Ses yeux, eux, étaient étrangement lumineux.
- Vous êtes blessé, dit-elle simplement.
Il tenta de parler ma la douleur l'en empêcha.
- Ne bougez pas, reprit-elle en s’agenouillant près de lui. Vous avez perdu trop de sang.
Ses mains se posèrent sur sa plaie. Elles étaient douces et chaudes. Rowan inspira brusquement, prêt à crier mais la douleur, à sa grande surprise, diminua. Certes pas complètement mais assez pour qu'il puisse respirer.
- Qui êtes-vous ? l'interrogea-t-il
- Mirelda.
Rien de plus. Il la regarda faire, fascinée malgré lui : ses gestes étaient précis, presque naturels comme si elle avait déjà fait cela mille fois.
- Vous êtes guérisseuse ?
- Quelque chose comme ça, j'ai des bases.
Quand il se redressa, Rowan sentit le vertige le prendre. Elle le rattrapa avant qu’il ne tombe.
Vous ne pouvez pas rester ici, dit-elle à voix basse.
- Pourquoi… ?
Elle jeta un regard autour d’eux, aux ruelles étroites et vides qui semblaient les engloutir.
- Parce qu’ici, on ne pardonne pas la faiblesse.
Rowan hocha lentement la tête. Il ne savait pas encore qui elle était, mais il savait déjà qu’elle était différente. Pourquoi ? Il ne le savait pas, mais un charme et un aura semblait émaner d'elle.
Au bout d'une minute, Rowan tenta de faire un pas mais ses jambes cédèrent aussitôt.
- Attendez..., commença Mirelda.
Mais c'était trop tard, le monde et les ruelles basculèrent et Rowan s'engouffra dans les profondeur des ténèbres qui apparaissaient devant lui.
Il se réveilla dans un drôle de silence, c'était inhabituel pour lui, il n'y avait que le crépitement d'un feu et une odeur de plante séché, peut-être des orties ? Rowan se redressa en clignant des yeux désorienté. Le plafond était bas, fait de bois sombre. Des poutres anciennes le surplombaient. Il tenta de bouger… et grimaça.
- Ne forcez surtout pas.
Cette voix lui était familière...
Mirelda, sa "sauveuse" se tenait prêt de la cheminée en train de remuer le contenu d'une marmite. La lumière du feu dessinait des ombres dansantes sur son visage.
- Où suis-je ? demanda-t-il, la gorge sèche.
- Chez moi.
Et elle se dépêcha de lui donner à boire en continuant :
- Vous vous êtes évanoui, je n'allais pas vous laisser au milieu de la rue de la sorte !
Rowan observa la pièce. Elle était plus que modeste. Une table de bois, deux chaises dépareillées, quelques étagères chargées de fioles, de plantes suspendues et de livres. Rien de luxueux mais rien d’inutile.
- Combien de temps suis-je resté inconscient ?
- Assez pour que la fièvre retombe, répondit-elle calmement.
- La fièvre ?!
Elle fit la mou en lui apportant un bol d'une mixture orange.
- La blessure était vilaine.
Il remarqua son incroyable beauté et son souffle fut coupé : elle avait de long cheveux bouclé et brun qui descendaient en cascade le long de son dos, jusqu'aux hanches, elle avait les lèvres pulpeuse, le visage fin, un nez droit et un jolie regard marron. Elle dût remarquer son regard oppressant car elle le fixa en retour, il détourna le regard gêné et baissa les yeux vers ses bandages. Ils étaient propres et serrer avec soin.
- Vous m'avez sauvé la vie.
- J'ai fait ce que n'importe qu'elle personne aurait fait, répliqua-t-elle.
Il but une gorgée, la mixture n'était pas mauvaise, loin de là...
- N'importe qui ne s'arrête pas pour un inconnu.
Elle détourna le regard et se reconcentra sur ces soins.
- Reposez-vous. Vous partirez à la nuit tombée. C’est plus sûr.
- Vous parlez comme si… le danger n’était pas passé.
Elle le regarda enfin droit dans les yeux.
- À Arkheel, le danger ne passe jamais vraiment.
Un silence chargé de choses non dites s'installa. Rowan se rendit compte qu’il n’avait jamais été aussi loin de son monde… ni aussi étrangement à sa place, il se sentait bien dans ce taudis.
Il ignorait encore que cette maison, perdue au cœur d’un village affamé, deviendrait le point de départ de tout ce qu’il croyait impossible.
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Chapitre 2- Tous les chemins mènent à...
Rowan quitta la maison de Mirelda aux premières lueurs du jour. Elle l’avait observé enfiler son manteau sans l’aider et d’un geste bref, elle lui avait indiqua le chemin principal, celui qui serpentait entre les arbres et s’éloignait vers la colline.
La forêt s’étendait autour de lui, dense et silencieuse, avalant peu à peu les premiers reflets du ciel. Les arbres formaient un mur sombre, leurs branches noueuses s’entrelaçant ce qui dissimulait la maison de Mirelda, bâtie à l’écart, qui semblait presque faire partie du décor : basse, discrète, entre les troncs et la mousse.
Elle l’avait regardé partir sans un mot, appuyée contre le chambranle de la porte.
- Suivez le sentier jusqu’aux pierres levées, avait-elle dit. Ensuite, continuez vers l’est puis vous trouverez un village et le château se dressera.
Rowan hocha la tête, convaincu qu’il saurait se repérer mais il se trompait.
Le sentier se divisait, disparaissait parfois sous les feuilles mortes. La forêt changeait de visage à mesure que la lumière déclinait, car oui il marcha toute la journée. Les arbres se ressemblaient tous, et pourtant aucun ne lui semblait familier.
Sa blessure tira sous les bandages et la fatigue se fit plus lourde.
Il s’arrêta, posa une main contre un tronc rugueux, reprit son souffle. Autour de lui, la forêt murmurait doucement et le château d’Arkheel n’était plus qu’un souvenir lointain.
Lorsqu’il reconnut enfin la clairière et la silhouette familière de la maison, un soulagement inattendu l’envahit. Il resta un instant immobile, partagé entre la honte et un sentiment plus profond dont il n'avait pas le nom.
Il regarda le ciel et vit que le soleil commençait à ce coucher, il fut étonné d'avoir tenu aussi longtemps sans manger quand son ventre se mit à gargouiller.
Il s'approcha alors de la maison et la porte s’ouvrit avant même qu’il n’ose frapper.
- Je savais que vous reviendriez, dit Mirelda.
-Je me suis perdu, admit-il.
- La forêt n’aime pas qu’on la traverse sans l’écouter.
Elle s’écarta pour le laisser entrer.
À l’intérieur, la chaleur du feu contrastait avec l’humidité du dehors. Des bouquets de plantes séchées pendaient aux poutres. L’air sentait la terre, la résine et quelque chose de plus subtil, et d'apaisant.
- Restez cette nuit, dit-elle simplement. Et les suivantes, si nécessaire.
Il n’insista pas et les jours passèrent, rythmés par le chant des oiseaux et le bruissement des feuilles. Rowan se remit lentement. Chaque matin, Mirelda s’absentait pour aller au village, revenant avec peu de choses : un morceau de pain, quelques légumes et parfois rien.
- Vous vivez seule ici ? demanda-t-il un jour.
- Oui.
- La forêt ne vous effraie pas ?
Elle esquissa un léger sourire.
- Non, elle me protège.
Rowan l’aidait comme il pouvait. Il ramassait du bois, réparait une clôture, dégageait le sentier. Il apprenait à reconnaître les bruits : ceux qui annonçaient un animal, ceux qui signalaient un visiteur… et ceux qu’il valait mieux ne pas entendre.
Le soir, ils parlaient près du feu et Mirelda l'écoutait attentivement en silence.
- Vous n’êtes pas d’ici, finit-elle par dire un soir.
- Non.
- La forêt l’a compris avant moi.
Il sourit.
Un soir, alors que la pluie frappait le toit de bois, Rowan osa poser la question.
- Pourquoi m’avoir aidé ?
Mirelda fixa les flammes.
- Parce que votre vie comptait plus que ma peur.
Il senti quelque chose se serrer dans sa poitrine.
Il lui racontait Arkheel, les murs trop hauts, les règles trop strictes, le poids d’un avenir déjà écrit. Il parlait comme un homme ordinaire, et pour la première fois, il avait l’impression de l’être vraiment et de ne pas être considérer comme supérieur.
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Chapitre 3- En attendant
Le château d’Arkheel n’avait jamais semblé aussi vaste.
Kaiis arpentait les couloirs d’un pas nerveux, les mains crispées derrière le dos. Les torches projetaient sur les murs de pierre des ombres mouvantes qui semblaient le suivre, se tordre à chacun de ses pas. Partout, le silence, un silence trop lourd chargé de non-dits.
Rowan aurait dû être là.
- Toujours aucune nouvelle ? demanda-t-il en s’arrêtant brusquement.
Le garde secoua la tête.
- Aucune, monseigneur.
Kaiis serra les dents et reprit sa marche.
Cela faisait plusieurs jours, beaucoup trop longtemps pour une simple escapade. Son frère n’était pas du genre à disparaître sans prévenir, encore moins sans escorte. Quelque chose n’allait pas, il en était certain. Il quitta les couloirs officiels pour emprunter un passage plus discret, menant aux appartements réservés aux invités de marque.
Là, derrière une porte sculptée, se trouvait celle qu’Arkheel appelait déjà la future reine.
Il frappa doucement.
- Entrez donc.
Elle se tenait près de la fenêtre, le regard perdu au-delà des remparts. Sa robe claire contrastait avec la lourdeur des pierres. Lorsqu’elle se retourna, ses traits se radoucirent aussitôt. Kaiis la trouvait si belle son Éléonore... Ses cheveux blonds raides et ses grands yeux verts, son visage proportionné, tout était parfait chez elle, enfin, sauf sa liberté.
- Kaiis !
Il referma la porte derrière lui et se précipita vers elle.
- Ils parlent déjà de fixer la date, dit-il sans détour. Comme si tout était réglé.
Elle baissa les yeux.
- Ils parlent toujours. Ils décident… et nous, nous sommes obligé de les suivre.
Il se rapprocha encore un peu d'elle.
- Je suis contre ce mariage.
Elle releva la tête, surprise.
- Kaiis…
- Je le suis depuis le début. Rowan n’est pas un homme à qui l’on impose une vie. Et vous non plus.
Un silence s’installa. Elle hésita, puis murmura :
- Et pourtant, c’est lui que je dois épouser.
- Non, corrigea-t-il doucement. C’est la couronne que vous devez épouser pas lui.
Il posa une main hésitante sur la sienne. Elle ne la retira pas.
- J’ai parlé à ma mère, reprit-elle à voix basse. Je lui ai dit que je refusais ce mariage. Que c’était une erreur.
- Et que vous a-t-elle répondu ?
Un sourire amer étira ses lèvres.
- Que l’amour n’a jamais fait un bon roi ni une bonne reine et que je devais me plier aux choix de mon père.
Elle ferma les yeux un instants puis se colla à lui.
- Kaiis, que deviendrons-nous ?
- Je trouverai un moyen de nous unir.
Ils s'enlacèrent en silence, ce genre d'amour était interdit et leurs cœurs brulaient de tristesse à l'idée d'être séparés.
Plus tard, il se rendit auprès du roi.
Enox était assis seul dans la salle du trône, le regard fixé sur les bannières d’Arkheel. Les traits tirés, le visage marqué par les années et les deuils.
- Père, dit Kaiis.
Le roi tourna lentement la tête.
- Tu viens encore me parler de ton frère ?
- Il est absent depuis trop longtemps et personne ne sait où il est.
Enox soupira.
- Rowan est un roi en devenir. Il reviendra quand il aura compris ce que son peuple attend de lui.
- Et s'il ne revient pas ?
Le regard et la voix du roi se durcirent.
- Il reviendra en bon futur roi qu'il sera, je le sais. Arkheel a besoin d’un roi fort, reprit Enox. Pas d’un rêveur. Pas d’un homme qui se perd dans les forêts ou les villages mais d'un vrai homme.
Kaiis sentit un frisson lui parcourir l'échine et un sentiment de colère l’envahit.
- Vous êtes sûr que quand il reviendra, il vous sera aussi redevable ? Qu'il n'aura pas changé en voyant dans quelle misère vous avez laissé notre peuple ? Qu'il sera heureux de vous servir tel un esclave ? De se marier sans amour ?
Le roi se leva lentement.
- Rowan est mon fils, il regarda dans les yeux Kaiis et prononça la fin de sa phrase de manière tranchante, et ce mariage aura lieu.
Kaiis baissa la tête, mais en lui, quelque chose se brisait déjà.
Dans les couloirs du château, alors qu’il s’éloignait, une pensée s’imposa à lui avec une clarté glaçante : Si Rowan ne revenait pas comme on l’attendait…s’il avait changé, fauté, ou simplement refusé ce rôle qu’on lui imposait… alors le trône lui reviendrait.
Et avec lui, le mariage et sa belle Éléonore.
Cette idée, autrefois insupportable, se glissa en lui comme un poison lent, pour la première fois de sa vie, Kaiis espéra que son frère ne serait plus jamais le même.
Et si le destin tardait à agir, il se promit, dans le silence des pierres, qu’il saurait l’y aider.
Dernière modification par Lonely Smile le 27 déc. 2025, 22:48, modifié 2 fois.
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Chapitre 4- Ce que l'on refuse de voir
Les jours passaient, et quelque chose avait changé.
Rowan n’aurait su dire quand exactement. Ce n’était ni une phrase, ni un regard, mais une accumulation de silences. Mirelda s’absentait de plus en plus souvent. Elle partait à l’aube, revenait à la nuit tombée, parfois couverte de boue, parfois trempée, toujours fatiguée.
- Où allez-vous ? demanda-t-il un soir, faussement léger.
Elle haussa les épaules.
- Là où l’on a besoin de moi.
Il n’insista pas, il ne s'en donnait pas le droit. Et pourtant, une inquiétude sourde s’installait en lui, mêlée à quelque chose de plus trouble encore. Il la regardait davantage, trop. Il remarquait des détails qu’il n’aurait jamais dû voir : la façon dont les plantes semblaient toujours plus vertes là où elle passait, la rapidité avec laquelle certaines blessures guérissaient sous ses doigts, la paix presque irréelle qui l’entourait, les animaux blessés qui venaient et repartaient très vite après ses soins.
Il se surprenait à attendre son retour et cela l’effrayait.
Ce matin-là, elle était partie plus tôt que d’ordinaire. Le ciel était encore pâle, la forêt humide. Rowan, incapable de se rendormir, décida de la suivre. Non par méfiance, se répétait-il, mais par besoin de comprendre. Il garda ses distances, avançant à pas lents, silencieux. La forêt semblait s’ouvrir devant elle, comme si elle connaissait le chemin par cœur.
Ils arrivèrent près d’un lac.
L’eau était claire, immobile, bordée de pierres lisses. Mirelda posa son panier, regarda autour d’elle, puis commença à se défaire de ses vêtements. Rowan détourna les yeux, le cœur battant, honteux de sa curiosité, et la chaleur lui montant aux joues… avant de sentir quelque chose se fissurer en lui.
Les vêtements ne tombèrent pas au sol, ils restèrent suspendus dans l’air, flottant doucement comme s'il y avait un sol invisible entre l'herbe et eux.
Rowan se figea et on souffle se coupa.
Les mots de son père, les cris, les flammes, le corps sans vie de sa mère… tout remonta d’un coup, brutalement.
Sorcière.
Mirelda, elle, entra dans l’eau, paisible, inconsciente de sa présence. Et pendant un instant, Rowan ne vit plus la jeune femme qui l’avait soigné, nourri, protégé. Il ne vit plus que ce qu’on lui avait appris à craindre, un monstre qui d'une minute à l'autre pouvait lui ôter la vie !
Sa main se posa sur la dague qu’il portait encore et se replia sur lui même, prêt à bondir sur sa cible comme on lui avait appris à la chasse.
Quand elle sortit de l’eau et le vit, il était déjà trop tard.
- Rowan… ?
Il s’avança d’un pas rapide, la lame levée, les traits déformés par la peur et la confusion.
- Ne t’approche pas.
Elle comprit immédiatement. Son regard glissa vers les vêtements flottants, puis revint sur lui.
- Rowan, écoute-moi…
- Tais-toi ! cria-t-il. Ne dis rien !
Il tremblait et la dague aussi, mais il bondit sur elle, la plaquant au sol et tendit sa lame au dessus de sa poitrine dénudée.
- Je ne t’ai jamais fait de mal, murmura-t-elle.
- Tu m’as menti.
- Oui, répondit-elle en fermant les yeux prête à accepter sa sentence. Fais-le, dit-elle doucement, si c’est ce que tu dois faire pour survivre.
Cette phrase le brisa.
Sa main trembla davantage. Les images de la nuit où Isa était morte s’entrechoquèrent avec celles des nuits passées près du feu, de ses mains sur sa blessure, de sa voix calme, de son regard qui paraissait le comprendre. Il laissa tomber la dague qui s'enfonça dans la mousse avec un bruit sourd.
Rowan se rendit compte qu'il était sur elle et qu'elle était nue et se décala immédiatement. Elle se revêtit très vite tandis qu'il portait ses mains à son visage en haletant.
- Qu’est-ce que j’ai failli faire…?
Mirelda s'approcha prudemment.
- Tu as eu peur, dit-elle simplement.
- J'ai voulu te tuer ! Toi !
- Ce n'est pas grave.
- Je suis sincèrement désolé.
Et sa voix se brisa en deux et tandis que Mirelda le rassurait, Rowan pleura pour la première fois depuis la mort de sa mère.
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Chapitre 5- Des pages que l’on n’aurait jamais dû rouvrir
Le rapport arriva à l’aube, glissé parmi d’autres parchemins sans importance apparente. Kaiis l’aurait sans doute ignoré, comme tant d’autres, si une phrase n’avait pas retenu son regard.
Ressemblance troublante avec Son Altesse le prince héritier.
Il relut la ligne une seconde fois, puis une troisième. Le reste du texte était sec, quasi clinique pour lui. Un homme blessé, une attaque pour de l’argent, une survie inexpliquée. Rien d’extraordinaire, en apparence. Pourtant, quelque chose se noua dans sa poitrine.
Rowan n’était toujours pas revenu.
Et plus les jours passaient, plus cette absence cessait d’être une simple inquiétude pour devenir un vide inquiétant. Kaiis replia lentement le parchemin et le glissa sous sa tunique. Il n’appela aucun garde et n’en parla à personne. Il se contenta seulement de quitter le château sans un bruit.
Le village signalé dans le rapport était pauvre, bien plus que ce que Kaiis avait imaginé. Les maisons semblaient fatiguées, les pierres usées par les hivers successifs. Les habitants baissaient les yeux devant lui, même lorsqu’il se présentait comme un simple envoyé royal.
Il posa ses questions avec prudence.
- On m'a parlé d'un homme blessé, dit-il à une vieille femme occupée à trier des racines.
Elle s'immobilisa.
- Il est parti.
- Quand ?
- Il y a déjà plusieurs jours de cela.
- Était-t-il seul ?
Elle hésita un peu trop longtemps pour lui, ce qui l'énerva un peu.
- Non.
Les réponses étaient toujours les mêmes : Oui, l'homme ressemblait au prince, oui, il avait survécut d'une manière étrange, oui, il aurait dû mourir, oui, personne ne comprenait comment il avait survécu.. On aurait dit que les habitants du village les avaient appris par cœur !
- On l'a revu quelques jours plus tard, lâcha finalement un homme.
Kaiis se redressa aussitôt en lui ce qu'était devenu la blessure de l'homme, ce par quoi l'homme lui dit qu'il n'avait pas pu voir de blessure car il était vêtue d'habit propre et amples.
Kaiis rentra au château sans un mot. Il ne se rendit ni dans ses appartements ni auprès de son père. Au lieu de cela, il descendit les escaliers étroits menant aux archives royales. Peu de gens s’y aventuraient encore. L’endroit sentait la poussière et le parchemin ancien. Les rayonnages montaient jusqu’au plafond voûté, chargés de registres reliés de cuir sombre.
Il savait exactement ce qu’il cherchait.
Ses doigts glissèrent sur les tranches jusqu’à trouver l’année de la mort de la reine Isa. Il tira le volume, le posa sur une table et l’ouvrit lentement. Les pages craquèrent sous ses mains. Il lut. Les premiers rapports décrivaient une attaque brutale. Flammes soudaines. Cris. Magie incontrôlée. Puis vinrent les témoignages. Certains parlaient d’un feu rouge et violent. D’autres d’une lumière pâle, presque blanche. Un homme affirmait que la reine n’avait pas crié immédiatement. Qu’elle avait prononcé un nom mais le nom n’était pas noté. Kaiis fronça les sourcil.
Plus il avançait, plus les incohérences sautaient aux yeux. Les condamnations avaient été prononcées le jour même. Les interrogatoires semblaient incomplets. Les conclusions rédigées avant même la fin des témoignages. Il referma le registre brusquement, quelque chose clochait. Soit la magie avait été utilisée… soit on avait voulu qu’on le croie. Mais qui aurait voulu ça ? Et pourquoi ? Cette pensée le troubla plus qu’il ne l’aurait admis. Il trouva son père dans la salle du trône. Enox se tenait droit, immobile, comme taillé dans la pierre, ce qui ne changeait d'ailleurs pas des autres jours.
- Père, dit Kaiis.
- As-tu des nouvelles de ton frère ?
- Non. Mais ce n’est pas de cela dont je viens parler.
Il s’avança de quelques pas.
- Les registres sur la mort de mère… ils sont incohérents. Les témoignages ne concordent pas. Les décisions ont été prises trop vite.
- Fais attention, répondit le roi d’une voix froide.
- Je dis seulement qu’il y a un détail qui cloche. Nous avons peut-être bâti nos lois sur une vérité incomplète.
Le regard d’Enox se durcit.
- La magie l’a tuée.
- Peut-être, répéta Kaiis calmement. Mais peut-être pas comme on nous l’a raconté.
Le roi se leva.
- Cette discussion est terminée.
Kaiis s’inclina, mais en lui le doute continuait de grandir.
Plus tard, il rejoignit Éléonore. Elle se tenait près de la fenêtre, les mains serrées contre elle.
- Kaiis… as-tu des nouvelles ?
Il s’approcha.
- Non. Mais j’ai une idée.
Elle releva les yeux.
- Une idée ?
- Si Rowan tarde à revenir… si son absence se prolonge… le conseil ne pourra pas attendre indéfiniment. Le royaume a besoin d’un héritier prêt à régner et je serai là. Je pense que s’il refuse ce mariage ou s’il revient changé, alors le devoir me reviendra.
Il lui prit les mains.
- Et cette fois, personne ne décidera à notre place.
Elle chercha son regard et l'enlaça.
- Et s’il revient comme avant ?
Kaiis hésita à peine.
- Alors il faudra s’assurer qu’il ne soit plus tout à fait le même.
Ses mots tombèrent doucement. Mais derrière cette douceur, quelque chose avait commencé à se fissurer. Pour la première fois, Kaiis ne savait plus s’il cherchait la vérité… ou le pouvoir.