17 déc. 2025, 00:55
Echanges entre Inconnus, ou l'art d'écrire le Monde
MARDI 04 OCTOBRE 2050
QUATRIEME ANNEE, 14 ANS

Tic-tac. Tic-tac. Assise contre le mur d'un couloir de l'école, perdue dans ses pensées, Stella contemplait le plafond depuis déjà un bon moment. Tic-tac. Tic-tac. Bref coup d'oeil à sa montre, soupir fatigué. Ce serait bientôt l'heure d'aller déjeuner. Du moins, c'était ce qu'elle se disait depuis un certain temps. Que bientôt, l'heure afficherait midi et quelques et qu'elle pourrait descendre pour retrouver ses amis. Tic-tac. Tic-tac. Le temps était lent, toujours bien trop lent.

Machinalement, parce que c'était ce qu'elle faisait le mieux lorsque sa lassitude prenait le dessus sur le quotidien, la jeune sorcière ouvrit sa besace et en sortit de quoi écrire. Parchemin, plume, encrier. C'était de toute évidence mieux que n'avoir rien à faire et continuer d'attendre. Alors, avec les gestes de plus en plus méthodiques de celle qui sait ce qu'elle fait et ce qu'elle a en tête, Etoile aplatit le morceau de papier devant elle, ouvrit précautionneusement son encrier et y trempa l'extrémité de sa plume. L'odeur d'encre qui montait jusqu'à ses narines était à elle-seule un réconfort ; le simple contact de sa plume au creux de sa main la rassurait. Quand elle écrivait, Stella sentait que toutes les pièces du puzzle étaient parfaitement réunies, juste bien emboitées.

Doucement, d'abord en hésitant puis en gagnant petit à petit en confiance, la Serdaigle commença à gratter son parchemin. Ce son familier qui résonnait dans le couloir avait une dimension infinie qu'elle n'aurait pu nommer ; voir les mots prendre forme au fil de l'encre qui s'écoulait était un plaisir inégalable. C'était presque comme si son existence entière trouvait son sens véritable.


A l'Inconnu qui lira ces Mots.

C'est étonnant comme le temps passe aussi lentement, n'est-ce pas ? Et puis, pourquoi va-t-il aussi vite ? Je ne comprends plus rien, un battement de cil me transporte à des années lumières de mon présent pourtant une respiration — pour un peu qu'elle soit consciente — semble durer une éternité.
Et le temps que j'écrive ces mots, est-il quantifiable ? Peut-être qu'il devrait l'être, et peut-être surtout qu'il devrait être quantifié en autre chose que des minutes et des secondes. Parce que, pourquoi tout compter par groupe de soixante ? Et en même temps, est-ce qu'une minute serait toujours une minute si elle durait vingt-sept secondes ? Mais alors, je ne me poserais pas toutes ces questions.

E.

Stella marqua une pause, se relut pour découvrir quels Mots avaient eu besoin de suinter de son âme jusque sur la page et sourit. Voilà qui n'avait aucun sens — mais après tout, qu'est-ce qui pouvait bien définir ce qui avait un sens et ce qui n'en avait pas ? C'était comme faire la différence entre la normalité et la bizarreté. C'était assez risible et n'avait pas de vrai sens — enfin, ce qui comptait surtout c'était que ce qu'elle avait écris résonnait forcément avec les pensées de quelqu'un d'autre. N'est-ce pas ? N'importe qui, juste quelqu'un pour lui assurer qu'avoir un cerveau qui tournait à une telle vitesse n'était pas anormal — que c'était juste.....elle. Etoile. E.
Elle jeta un bref regard à la lettre avec laquelle elle avait signé la missive et un sourire effleura ses lèvres. Etoile avait toujours été son double — ou son reflet, une sorte de miroir auquel elle aimait ou non se confronter. *Mais pourquoi ?* s'interrogea en pliant le morceau de parchemin.

Surement parce que c'était plus simple de se contempler en une Autre que s'observer dans la glace. Stella haussa les épaules et glissa son mot dans une fente du mur pour l'Inconnu qui la trouverait, puis elle rangea ses affaires et descendit — c'est que ce devait être l'heure de déjeuner à présent.


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@Hyacinthe Kyros, promesse tenue ! <3

15 ans / 4eme Année RP / fiche PR / / #004d65 / RDD / coucou rappeltout
"Am I boring ? Sure. Social skills ? None. But I’m loyal if you feed me and will never leave you cuz, well…. I need the food."

18 déc. 2025, 18:08
Echanges entre Inconnus, ou l'art d'écrire le Monde
MARDI 04 OCTOBRE 2050

C'était une belle journée, pour un mois d'octobre. Hyacinthe avait eu un nombre de séances convenable et terminait sa journée sans se sentir particulièrement exténué. Il avait discuté, avec élèves et collègues, et s'était reposé en milieu d'après-midi accompagné de sa fidèle et douce princesse.

C’était une belle journée, vraiment. Et Hyacinthe se surprenait à être de bonne humeur. Comment aurait-il pu en être autrement, alors qu’il exerçait le métier pour lequel il s’était battu si longtemps, dans un lieu pareil ? Son moral en avait été profondément touché - dans le bon sens, pour une fois. Lui qui vivait habituellement à quelques pas de l’abandon sentait quelque chose s’alléger en lui. Ce n’était pas un bonheur éclatant, non, plutôt une absence de pesanteur familière. Moins mal. Simplement moins mal. Il observait cet état avec une prudence instinctive, teintée de cette lucidité qui ne le quittait jamais tout à fait. Peut-être qu’une part de lui aurait dû s’en méfier. Mais pour l’instant, Hyacinthe choisissait d’y voir une victoire. C'était suffisant.

Le petit mot qu'il trouva fut un véritable accident, une situation inhabituelle dans cet interstice du quotidien qu'il connaissait si bien. C'était au moment où le roux quitta le troisième étage qu'il partageait avec quelques collègues pour prendre son dîner dans la Grande Salle, en descendant les escaliers avec un esprit vagabondant ici et là. Ajustant distraitement le col de ses robes, son regard accrocha le pli irrégulier d'un parchemin. D'abord, le trentenaire cru à une maladresse, à un objet échappé d’un sac trop plein, abandonné à la hâte. Il hésita même à passer son chemin. Puis il vit la fente du mur, faisant plusieurs hypothèses sur une intention derrière ce geste. Quelqu'un avait visiblement voulu laisser quelque chose là, discrètement. La question était surtout : pour qui ?

Hyacinthe s'est alors arrêté. Longuement. Trop longtemps pour quelqu’un qui prétendait ne pas vouloir se mêler de ce qui ne le concernait pas. Il ne se considérait pas comme une personne curieuse, lorsque cela concernait les autres. La curiosité, chez lui, était la plupart du temps intellectuelle, devenant régulièrement viscérale et presque douloureuse. Les seules choses qu'il se permettait concernaient l'exercice de son métier, cherchant à comprendre et soigner la détresse ou l'égarement d'autrui. Il ramassa le mot sans réfléchir davantage, avec cette certitude silencieuse qu’il ne saurait ignorer un message aussi délibéré. Qu'il contienne un mot à un ami, un texte brouillon ou un dessin original, il pensait simplement devoir transmettre le papier à son destinataire d'origine - ou le rendre à celui ou celle qui l'avait écrit.

Il ne le lu qu’une fois installé dans le fauteuil de ses appartements, bien plus tard, après avoir mangé. Une légère musique pouvait être entendue alors qu'il travaillait les dossiers du lendemain, notant de potentielles trames d'entretien qu'il pourrait suivre. Ce n'est qu'une fois cela terminé qu'il se souvint soudainement du papier qu'il avait glissé dans sa poche.

Les mots le saisirent sans violence, mais avec cette lenteur insidieuse qu’il connaissait trop bien. C'était un message similaire à ce qu'il aurait pu trouver dans l'Empath'O'Scope et pourtant, ce doux questionnement et l'absence de destinataire offrait à ce message une dimension toute autre, bien plus personnelle. Il y avait une certaine ironie à la situation. Que ce soit Hyacinthe qui trouve ce mot... Il en avait souri avec beaucoup de tendresse. Plus que cela, il s’était reconnu dans cette manière de disséquer l’évidence jusqu’à l’absurde, de chercher du sens là où il n’y en avait peut-être pas, ou trop.

Ce n'était certainement pas un mot à destination du psychomage. Ainsi, ce n'était pas un mot qui recevrait une telle réponse. Bien sûr, Hyacinthe restait lui-même, et il ne pouvait nier l'évidence que son attitude professionnelle était grandement basée sur la personne qu'il était. C'est pour cela qu'il avait senti une certaine réticence à y répondre. La personne qui avait laissé ce mot, ce mystérieux E, était probablement un élève. (Il ne voyait pas un adulte laisser un tel message dans un endroit comme celui-ci.) Engager une correspondance avec un élève sans pouvoir se cacher derrière son masque de psychomage le mettait mal à l'aise. Parce que c'était bel et bien cela, à partir du moment où une réponse était engagée. Et pourtant, l'idée d'un anonymat pur et simple autour de ces étranges questions était d'une douceur incroyable. Discuter avec la pensée d'autrui, avec les mots qu'ils employaient. C'était tentant.

Il reposa le parchemin sans rien écrire, décidant qu'il était trop tard pour se prendre la tête avec de telles questions. Il avait envie de profiter de sa soirée et de décompresser.


JEUDI 06 OCTOBRE 2050


La journée s’était terminée, puis la suivante avait commencé. Ce ne fut que le lendemain, à la nuit tombée, lorsque le château s’était fait plus silencieux et que la fatigue avait enfin laissé place à une forme de lucidité mélancolique, qu’il y était revenu. Le mot était resté là, sur sa table basse, comme un petit astre immobile autour duquel ses pensées avaient gravité toute la journée.

Alors Hyacinthe s'est assis, a allumé une lampe d’un geste lent, et s'est décidé à écrire. Peut-être devait-il se considérer comme un individu curieux, finalement. Parce qu'il n'avait qu'une envie, c'était de répondre aux questions de cette mystérieuse personne. Il attrapa un parchemin simple, une plume fine, puis prit le temps avant de laisser l'encre couler.
À l'Inconnu(e) qui a laissé ce morceau de parchemin,

J’ai trouvé ton mot. Je ne savais pas trop quoi en faire, au début, alors je l’ai gardé près de moi plus longtemps que prévu. Je me suis dit que si je prenais autant de temps, c’était peut-être parce qu’il méritait une réponse.

Je me pose souvent les mêmes questions. Sur le temps, surtout. Sur ces journées qui passent trop vite alors qu’on a l’impression de ne rien avoir fait, et sur ces moments tout simples (attendre, marcher dans un couloir, regarder l’heure...) qui semblent s’étirer sans raison. Aujourd’hui encore, je me suis demandé où était passée l’après-midi, alors que ce matin me paraissait interminable. Je crois que je n’ai jamais vraiment compris comment ça fonctionnait, mais je profite de ces instants de repos. C'est parfois de l'ennui, bien sûr. Mais cela me permet de réfléchir en paix.

En tout cas, ton mot a été lu.
Merci de l’avoir laissé là.

Renard.


Renard ?

En réalité, cela était venu de façon très spontanée. Le roux n'allait certainement pas signer avec son propre nom, ni même avec ses initiales, qui étaient aisément reconnaissables. Signer H. aurait été envisageable, mais où allait donc la fantaisie dans ce message si personnel ? L'animal était discret, apprécié de beaucoup de personnes. Cela n'aurait certainement pas été un bon choix s'il avait déjà montré son patronus, mais puisque Hyacinthe avait gardé cet aspect de son âme privé... Il pouvait se le permettre, oui.

Le trentenaire laissa sécher l'encre, relu sans prendre la peine de se corriger, puis alla se coucher. Le lendemain matin, avant que le château ne s’éveille pleinement, il avait glissé sa réponse au même endroit avec discrétion. Un sourire ornait ses lèvres alors qu'il continuait son chemin pour aller prendre son petit déjeuner.

Peut-être que cela n’irait nulle part. Peut-être que cela s’arrêterait là. Mais, pour une fois, le temps pouvait bien faire ce qu’il voulait : il avait répondu.
1227 - @Stella Ruewen
J'ai abusé sur le nombre de mots. J'espère que cela te convient ! ^^

Psychomage depuis septembre 2050.
Tonton Hya - #5f957c