L'heure des confidences
Samedi 5 novembre 2050
Avec @Asael Bowen
Avec @Asael Bowen
Après le match, j'étais rapidement allée prendre une douche. L'eau chaude avait éloigné toute tension de moi. Puis, on avait discuté avec les Hel's du match. On avait pris le temps de tout décortiquer, pour deviner ce qu'on avait bien fait, ou pas, afin de ne pas le reproduire la prochaine fois.
Après ça, je m'étais rendue en salle de répétition pour m'entraîner au piano. Mais j'avais l'esprit ailleurs... Je pensais à Asael, et à notre défaite. Non, plus à Asael. Ses yeux bruns profonds... J'ai secoué la tête et était descendue dans le parc. En ce moment, je voyais sa silhouette partout dans les couloirs. Mais l'instant d'après, je me rendais compte que ce n'était qu'un mystérieux mirage.
J'étais arrivée dix minutes en avance, avec une nouvelle queue de cheval et des habits propres. La nuit était tombé depuis une heure, et une obscurité hésitante avait envahi le parc, et le château avec. Je regarde pensivement le lac, et les faibles remous qui troublent sa surface. Pourquoi ai-je proposé à mon ami de le retrouver ici ?
Je bascule en arrière, et me retrouve allongée sur l'herbe. Des brins me chatouillent doucement la joue. J'écoute calmement les bruits de la nature au crépuscule. Un hibou qui passe dans le ciel en hululant. Le clapotis de l'eau à quelques mètres. Le froissement des feuilles dans le vent.
Je ferme les yeux. La dernière fois que j'ai été aussi apaisée, c'était quand Rufus dormait à côté de moi. À la place des brins d'herbe, c'était ses longs poils doux qui me chatouillaient l'oreille. Ma gorge se serre doucement. Je m'oblige à respirer profondément pour éloigner la crise d'angoisse qui arrive doucement.
Je me relève en position assise. Je commence à me sentir à l'étroit. Malgré mes efforts, mon souffle s'accélère. Ce n'est pas normal... Il n'y a personne, et ce n'est pas ma mémoire photographique qui me joue un tour. Cette crise est étrange. Trop étrange.
J'aperçois une silhouette sur l'herbe, qui semble venir du château. Asael ? Mes mains commencent à trembler. Je n'arrive presque plus à respirer. Je serre mes doigts près de ma poitrine, et me recroqueville, comme pour m'isoler de l'extérieur.
Pendant quelques secondes, ça semble marcher. Mon état stagne. Je dois me relever. De quoi aurai-je l'air si Asael me trouvait comme ça ? Je lui ai déjà parlé de ma douleur d'avoir perdu Rufus, mais jamais de ma mémoire photographique, ni de mes crises d'angoisse occasionnelles.
Je pose mes mains sur le sol, et me mets debout. Mes jambes semblent ne pas pouvoir supporter le poids de mon corps très longtemps. Je fais quelques mètres pour aller m'adosser à un arbre, pour faire comme si tout allait bien. Ma vie entière est un mensonge. Toute ma vie, je n'ai pas arrêté de dire que tout allait pour le mieux, juste pour que les gens me laissent en paix. Je n'avais pas envie qu'ils s'intéressent à moi, aient pitié de moi. Je ferme les yeux quelques secondes, et tente de me calmer. Mon esprit n'arrive pas à se concentrer sur quelque chose, comme s'il tanguait. Cette crise est trop violente, je ne sais pas comment je vais m'en sortir. J'ai complétement oublié Asael. Je suis focalisée sur l'image d'un magnifique chat brun aux yeux d'or.
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Dernière modification par Elena McFly le 21 janv. 2026, 13:49, modifié 1 fois.
L'heure des confidences
Elena m’avait donné rendez-vous à dix-neuf heures. Ce qui me laissait, en soi, pas mal de temps pour me préparer et me décrasser.
À peine sorti du terrain, j’avais salué Summer puis avais filé sous une douche bien tiède.
Et alors, le grand dilemme avait commencé.
J’avais, jusqu’alors, toujours méprisé maman à chaque fois qu’elle mettait plusieurs heures à choisir sa tenue – qui n’avait d’ailleurs jamais rien d’exceptionnel, faute de moyens.
Mais aujourd’hui, j’étais devenu, moi aussi, une personne méprisante.
Je ne savais pas si c’était le stress de me retrouver avec une fille que j’appréciais, ou juste l’envie de plaire qui me faisait tant traîner devant la glace.
Mes pantalons étaient pour la plupart en mauvais état, et mes pulls étaient vieillots , rien de vraiment génial.
Finalement, après de longues minutes de réflexion et d’essayage, j’avais choisi un jean bleu et un pull marron ridiculement tricoté. Je n’avais pas mieux.
Bientôt, ce fut l’heure pour moi de descendre, ce que je fis gaiement.
Une fois dehors , je ne mis pas beaucoup de temps à reconnaître la silhouette fine de mon amie.
Or, elle n’avait pas l’air très bien. Comme à la bibliothèque, l’autre fois, avec l’histoire de son chat.
Je pressa le pas, et me retrouva finalement à courir vers elle.
Arriver à ses côtés, je ne réfléchis pas à mes actes, et l’enlaçai, comme pour lui promettre que je la protégeais de tout. Et aussi d’elle-même.
« Elena… T'inquiète pas. Qu’est-ce qui se passe ? Tu peux m’parler si tu veux. C’est ce que font les amis, hein. »
@Elena McFly
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L'heure des confidences
De bras protecteurs m'enlacent soudain. Comment est-ce que j'ai su que c'était Asael, avant même qu'il ne parle ? Ses mouvements, ses longs doigts, ses mains chaudes, son odeur. Je sens son pouls contre mon oreille, son souffle dans ma nuque.
Je lui rends son étreinte, les mains tremblante. S'il savait... J'ai peur. J'ai tellement peur. J'ai peur de tout lui avouer, de tout lui dire sur moi. J'ai peur de briser ma propre coquille pour lui ouvrir les portes de mon cœur. J'ai peur de sa réaction. J'ai peur qu'il m'abandonne lui aussi, un jour. J'ai peur de tellement de chose, qu'il ne pourra jamais s'imaginer. Jamais il ne pourra réellement me comprendre, car les mots ne suffiront pas.
Comme si cette réalité cruelle suffisait, ma crise se calme. Elle semble me laisser tranquille. Du moins pour le moment. Comme pour revenir plus tard encore plus fort. Je me laisse glisser dans l'herbe en position assise, le dos contre le bois de l'arbre. J'entraîne doucement Asael par la main à mes côtés.
De longues minutes s'étirent, où je reste indécise. Nos doigts se croisent, la nuit tombe, de plus en plus noire. Dans une demi-heure, ce sera le couvre-feu, et on devra chacun retourner dans nos salles communes respectives. On devra se séparer, s'éloigner, attendre des heures avant que le soleil ne se lève à nouveau, avant qu'on ne se voit à nouveau, avant qu'il ne m'étreigne encore comme ça.
Quand je me résigne à ouvrir la bouche, ma langue est pâteuse, et j'ai un goût de sel sur mes lèvres. Sûrement la faute aux larmes.
- Tu ne comprendras pas.
Ma voix est plus dure que ce à quoi je m'attendais.
J'ai regardé droit devant moi. Je ne veux pas apercevoir son regard. Je veux retarder le moment où je débiterai tout, où j'avouerai tout. Je veux qu'il dise qu'il a compris, et qu'il se lève pour partir. Mais je ne veux pas qu'il me laisse. Alors je serre sa main encore plus fort et je pose ma tête contre son épaule. J'aimerai rester ainsi pendant de longues heures. Faites qu'il ne parte pas... Je ne sais même pas qui j'implore ainsi.
D'un murmure à peine audible, j'avoue :
- Je ne sais pas par quoi commencer...
Je lui lance un regard désespéré. Il est la seule personne à qui je peux me raccrocher à Poudlard. Lui seul peut m'aider. Mais pourra-t-il me comprendre ?
Je lui rends son étreinte, les mains tremblante. S'il savait... J'ai peur. J'ai tellement peur. J'ai peur de tout lui avouer, de tout lui dire sur moi. J'ai peur de briser ma propre coquille pour lui ouvrir les portes de mon cœur. J'ai peur de sa réaction. J'ai peur qu'il m'abandonne lui aussi, un jour. J'ai peur de tellement de chose, qu'il ne pourra jamais s'imaginer. Jamais il ne pourra réellement me comprendre, car les mots ne suffiront pas.
Comme si cette réalité cruelle suffisait, ma crise se calme. Elle semble me laisser tranquille. Du moins pour le moment. Comme pour revenir plus tard encore plus fort. Je me laisse glisser dans l'herbe en position assise, le dos contre le bois de l'arbre. J'entraîne doucement Asael par la main à mes côtés.
De longues minutes s'étirent, où je reste indécise. Nos doigts se croisent, la nuit tombe, de plus en plus noire. Dans une demi-heure, ce sera le couvre-feu, et on devra chacun retourner dans nos salles communes respectives. On devra se séparer, s'éloigner, attendre des heures avant que le soleil ne se lève à nouveau, avant qu'on ne se voit à nouveau, avant qu'il ne m'étreigne encore comme ça.
Quand je me résigne à ouvrir la bouche, ma langue est pâteuse, et j'ai un goût de sel sur mes lèvres. Sûrement la faute aux larmes.
- Tu ne comprendras pas.
Ma voix est plus dure que ce à quoi je m'attendais.
J'ai regardé droit devant moi. Je ne veux pas apercevoir son regard. Je veux retarder le moment où je débiterai tout, où j'avouerai tout. Je veux qu'il dise qu'il a compris, et qu'il se lève pour partir. Mais je ne veux pas qu'il me laisse. Alors je serre sa main encore plus fort et je pose ma tête contre son épaule. J'aimerai rester ainsi pendant de longues heures. Faites qu'il ne parte pas... Je ne sais même pas qui j'implore ainsi.
D'un murmure à peine audible, j'avoue :
- Je ne sais pas par quoi commencer...
Je lui lance un regard désespéré. Il est la seule personne à qui je peux me raccrocher à Poudlard. Lui seul peut m'aider. Mais pourra-t-il me comprendre ?
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407
@Asael Bowen
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L'heure des confidences
Elle avait l’air si fragile, contre cet arbre. Comme si la petite fille encore en elle n’était jamais partie. Comme si cette petite fille cauchemardait, de tout et de rien.
Quiconque croisait Elena aurait pu croire la même chose : c’était une fille sûre d’elle, plutôt jolie et avec un charisme naturel. Pourtant, peu de ces gens savaient qu’Elena peinait en avançant, peinait avec ses propres sentiments.
Relâchant légèrement mon étreinte, mais la tenant toujours, je l’accompagnai dans une douce descente, pour que ses jambes n’aient plus à la soutenir.
Et pendant plusieurs minutes, nous restions comme ça, dans un silence réconfortant et si lourd, cependant.
Je ne lui demanda pas de se confier à nouveau. Si elle ressentais le besoin de le faire, elle le ferais. Elle l’aurait même fait si je ne l’avais pas demandé une première fois.
Dans ce silence, mon appréhension grandissait.
Ce n’était pas la même fille qu’il y avait à la sortie du match, dans les tribunes. Ce n’était pas la même fille qui m’avait invitée à nous retrouver dans le parc.
Mon souffle se transforma rapidement en nuage blanc, tandis que le soleil continuait de baisser. Il allait bientôt être l’heure de rentrer et pourtant, j’aurais pu rester avec elle pendant l’éternité.
Quand elle prit finalement la parole, ce fut durement, ce qui me laissa dans l'incompréhension, dans le noir total. Ne sentait-elle pas nos doigts joints ? Ne savait-elle pas que je la comprenais bien plus que d’autres ?
« Si, Elena. Je comprendrais. »
J’essaye de chasser son regard, de courir après ses iris mais elle me fuit. Elle me fuit et pourtant elle est si proche. Nous sommes si proches.
Quelques secondes passent, tandis que le soleil commence à se coucher doucement sur la rive, illuminant le lac dans un reflet presque trop parfait.
Elena murmura alors des paroles que j’aurais pu rater, mais je les ai bel et bien entendues. Parce qu’elle a été celle qui les a prononcés. Alors, forcément, j’ai entendu.
« Tu commences par où tu veux, Elena. Le plus important. Le plus dur. Le plus facile. Comme tu le souhaites. Dans tous les cas, je serais là pour t’écouter. »
Hochant la tête, dans un signe qui se veut rassurant, je finis par étendre mes jambes sur l’herbe.
« Vas-y, je t’écoute. C’est ton histoire. »
@Elena McFly 
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L'heure des confidences
Les paroles d'Asael continuent de résonner longtemps dans mon esprit, qui se remet doucement de la crise. J'ai encore quelques vertiges, et je doute de pouvoir me lever tout de suite. La présence d'Asael à mes côtés me rassure plus que jamais. Il est mon roc, celui sur qui rebondissent tous mes malheurs. Enfin, ceux que je lui ai déjà présentés. Les autres... Il ne les voit pas, et ne peut pas m'en protéger. Je dois lui avouer. Tout. Au risque de... Quel risques, déjà ? Asael ne divulguera tout ça à personne, je le sais digne de confiance, et puis qui s'intéresserait aux histoires d'une pauvre fille ? Non, il n'y a aucun risque, aucun obstacle. Maintenant, il reste le plus dur : laisser tout sortir.
Un vent frais se lève, faisant bruisser les brins d'herbes, créant de petites vagues à la surface du lac tout proche. La nature est ma seule confidente, avec Asael. Maintenant, je dois me lancer. J'ouvre la bouche, mais la referme parce que je ne sais pas quoi dire. Trop de choses doivent sortir en même temps, et les mots meurent sur mes lèvres. Tout s'emmêle. Les noms, les lieux, les couleurs... J'ai l'impression de remonter des milliers d'années. Je dois attendre quelques minutes que tout se mette plus ou moins en ordre dans ma tête. Quand je me sens suffisamment prête, je souffle :
- S'il-te-plaît, ne m'interrompt pas.
Je rajoute intérieurement : ou je sens que je ne pourrai pas reprendre. Je prends une profonde inspiration. Je ne pense plus à ce qui arrivera après, une fois que Asael saura. Je pense seulement à maintenant, et à ce que je vais déballer. Puis c'est parti. Ça sort, enfin.
- Tu connais Rufus, je t'en ai déjà parlé. Il était vraiment splendide. Un vrai chat norvégien de pure race, avec un pelage magnifique. Quand il se mettait au soleil, des reflets roux parcouraient tous ses poils. Il avait des yeux merveilleux.
Les miens deviennent nostalgiques, se perdent au loin. Ce n'est pas le moment de s'arrêter.
- Il était à ma mère, et était déjà dans la maison avant ma naissance. Alors j'ai grandi avec lui.
Je déglutis.
- C'était un peu mon seul ami. Je ne connaissais personne d'autre de mon âge... Ah si, Oliver. C'est mon cousin. Mon père et mon oncle ont décidé de nous fourrer ensembles parce qu'on avait le même âge.
Je secoue la tête.
- Il est gentil, Oliver... Mais il habite à l'autre bout de l'Ecosse, à Portree, dans le manoir de la famille. Je me suis toujours demandée pourquoi mes parents ont voulu aller dans une autre maison, quitter le manoir.
Tout s'emmêle. Les souvenirs se croisent, se décroisent. Les mots sortent de ma bouche en un flux continu.
- Puis – je ne me souviens plus quel âge j'avais à ce moment-là – mes parents se sont rendus compte de quelque chose. J'avais une sorte de... Faculté. Une faculté à retenir beaucoup, beaucoup de choses. Je ne mettais jamais de marque-page dans mes livres, mais retrouvais aisément l'endroit où je m'étais arrêtée. Je pouvais retenir quels vêtements ma mère avait porté la semaine dernière le mardi. Ça marchait aussi pour les sons et les odeurs, mais c'était moins flagrant.
Je secoue la tête. J'arrive à la première chose difficile à révéler.
- Mes parents ne s'inquiétaient pas vraiment, mais ils se sont quand même renseignés, et ont pris rendez-vous avec un spécialiste de ce genre de chose. Je me souviens qu'il me mettait tout un tas de cartes avec des objets dessus, puis il m'en montrait une autre et je devais lui dire lesquels avaient disparus. Il y en avait beaucoup, je dirai trente sur chaque carte, et j'avais cinq secondes. Mes parents trouvaient ça impossible.
Je grimace, et tourne la tête vers Asael.
- Je l'ai fait. Et voilà ce qu'il m'a dit : mémoire photographique.
Je baisse la tête. Un petit silence plane. Ma voix est un peu plus sourde quand je reprends :
- Tout le monde me regardait comme si j'avais un diplôme, comme si j'avais intégré une école prestigieuse, comme si j'étais anormale !
La colère monte doucement. Ma voix aussi.
- C'était beaucoup plus contraignant que ça n'en avait l'air. Chaque soir, je m'endormais de plus en plus tard, car tout ce que j'avais vu, entendu, envahissait mon esprit. Ça prenait toute la place ! Aujourd'hui encore, je n'arrive jamais à dormir plus de cinq heures par nuit. Ça ne se voit pas, et heureusement, mais je suis chaque jour un peu plus fatiguée. J'aimerai tellement être normale, comme tout le monde !
Les quatres derniers mots résonnent dans la pénombre comme une supplication. J'halète doucement. Un long panache de fumée s'étend devant moi. Malgré mon essoufflement, je continue. Il faut que Asael sache. Je veux qu'il sache.
- Ça ne s'est pas arrêté là. Rufus est parti. Je me suis retrouvée étrangement vide. Ça a été le blanc pendant plusieurs jours, en moi. C'est trop étrange à d'écrire. Ensuite, elles ont commencé : les crises d'angoisse. Parfois sans raison. Juste parce que je paniquais d'un coup. C'est horrible ce truc, ça te prends aux tripes, et des pensées horribles tournent en rond. J'essayais de le cacher à mes parents, enfin, surtout à mon père. Il me trouvais déjà suffisamment bizarre avec cette fichue mémoire dont je ne veux pas. Mais un jour, c'est arrivé à un moment... Où il y avait beaucoup de monde. Je ne sais pas ce qu'il s'est passé. C'était à une grande fête dans le manoir, avec toute la famille et des amis. Il y avait tellement de monde...
Ma voix se brise.
- Oliver était là, il m'a sortie de se pétrin, mais tout le monde m'a regardée, alors qu'on traversait la salle vers la sortie. Mes parents avaient tout vu. Mon père n'a pas bougé. Ma mère m'a rejoint à l'extérieur seulement quelques minutes plus tard. C'était horrible. J'avais l'impression que chaque particule de mon corps criait. Je n'arrivais presque plus à respirer.
Le silence plane encore au-dessus de nous deux pendant quelques instants.
- Mon père a honte de moi. Ma mère ne sait pas quoi faire. Mon père ne m'écrit plus. Les mots de ma mère sont maladroits. Ils m'ont abandonnée. Je suis seule.
Ma gorge se noue. Je plonge mes yeux dans ceux d'Asael.
- Tu entends Asael ? C'est ça ma plus grande peur : être seule.
Ma voix se brise, et je reporte mon regard sur le parc autour de nous. Ça y est, c'est dit. J'expire longuement. J'espère qu'il ne me jugera pas, qu'il ne me regardera pas avec cet air plein de pitié qu'ont certaines personnes. Je l'espère de tout mon être. Je plonge de nouveau mon regard dans le sien, et murmure :
- Et toi ? Me trouves-tu bizarre, veux-tu m'abandonner, Asael ?
Un vent frais se lève, faisant bruisser les brins d'herbes, créant de petites vagues à la surface du lac tout proche. La nature est ma seule confidente, avec Asael. Maintenant, je dois me lancer. J'ouvre la bouche, mais la referme parce que je ne sais pas quoi dire. Trop de choses doivent sortir en même temps, et les mots meurent sur mes lèvres. Tout s'emmêle. Les noms, les lieux, les couleurs... J'ai l'impression de remonter des milliers d'années. Je dois attendre quelques minutes que tout se mette plus ou moins en ordre dans ma tête. Quand je me sens suffisamment prête, je souffle :
- S'il-te-plaît, ne m'interrompt pas.
Je rajoute intérieurement : ou je sens que je ne pourrai pas reprendre. Je prends une profonde inspiration. Je ne pense plus à ce qui arrivera après, une fois que Asael saura. Je pense seulement à maintenant, et à ce que je vais déballer. Puis c'est parti. Ça sort, enfin.
- Tu connais Rufus, je t'en ai déjà parlé. Il était vraiment splendide. Un vrai chat norvégien de pure race, avec un pelage magnifique. Quand il se mettait au soleil, des reflets roux parcouraient tous ses poils. Il avait des yeux merveilleux.
Les miens deviennent nostalgiques, se perdent au loin. Ce n'est pas le moment de s'arrêter.
- Il était à ma mère, et était déjà dans la maison avant ma naissance. Alors j'ai grandi avec lui.
Je déglutis.
- C'était un peu mon seul ami. Je ne connaissais personne d'autre de mon âge... Ah si, Oliver. C'est mon cousin. Mon père et mon oncle ont décidé de nous fourrer ensembles parce qu'on avait le même âge.
Je secoue la tête.
- Il est gentil, Oliver... Mais il habite à l'autre bout de l'Ecosse, à Portree, dans le manoir de la famille. Je me suis toujours demandée pourquoi mes parents ont voulu aller dans une autre maison, quitter le manoir.
Tout s'emmêle. Les souvenirs se croisent, se décroisent. Les mots sortent de ma bouche en un flux continu.
- Puis – je ne me souviens plus quel âge j'avais à ce moment-là – mes parents se sont rendus compte de quelque chose. J'avais une sorte de... Faculté. Une faculté à retenir beaucoup, beaucoup de choses. Je ne mettais jamais de marque-page dans mes livres, mais retrouvais aisément l'endroit où je m'étais arrêtée. Je pouvais retenir quels vêtements ma mère avait porté la semaine dernière le mardi. Ça marchait aussi pour les sons et les odeurs, mais c'était moins flagrant.
Je secoue la tête. J'arrive à la première chose difficile à révéler.
- Mes parents ne s'inquiétaient pas vraiment, mais ils se sont quand même renseignés, et ont pris rendez-vous avec un spécialiste de ce genre de chose. Je me souviens qu'il me mettait tout un tas de cartes avec des objets dessus, puis il m'en montrait une autre et je devais lui dire lesquels avaient disparus. Il y en avait beaucoup, je dirai trente sur chaque carte, et j'avais cinq secondes. Mes parents trouvaient ça impossible.
Je grimace, et tourne la tête vers Asael.
- Je l'ai fait. Et voilà ce qu'il m'a dit : mémoire photographique.
Je baisse la tête. Un petit silence plane. Ma voix est un peu plus sourde quand je reprends :
- Tout le monde me regardait comme si j'avais un diplôme, comme si j'avais intégré une école prestigieuse, comme si j'étais anormale !
La colère monte doucement. Ma voix aussi.
- C'était beaucoup plus contraignant que ça n'en avait l'air. Chaque soir, je m'endormais de plus en plus tard, car tout ce que j'avais vu, entendu, envahissait mon esprit. Ça prenait toute la place ! Aujourd'hui encore, je n'arrive jamais à dormir plus de cinq heures par nuit. Ça ne se voit pas, et heureusement, mais je suis chaque jour un peu plus fatiguée. J'aimerai tellement être normale, comme tout le monde !
Les quatres derniers mots résonnent dans la pénombre comme une supplication. J'halète doucement. Un long panache de fumée s'étend devant moi. Malgré mon essoufflement, je continue. Il faut que Asael sache. Je veux qu'il sache.
- Ça ne s'est pas arrêté là. Rufus est parti. Je me suis retrouvée étrangement vide. Ça a été le blanc pendant plusieurs jours, en moi. C'est trop étrange à d'écrire. Ensuite, elles ont commencé : les crises d'angoisse. Parfois sans raison. Juste parce que je paniquais d'un coup. C'est horrible ce truc, ça te prends aux tripes, et des pensées horribles tournent en rond. J'essayais de le cacher à mes parents, enfin, surtout à mon père. Il me trouvais déjà suffisamment bizarre avec cette fichue mémoire dont je ne veux pas. Mais un jour, c'est arrivé à un moment... Où il y avait beaucoup de monde. Je ne sais pas ce qu'il s'est passé. C'était à une grande fête dans le manoir, avec toute la famille et des amis. Il y avait tellement de monde...
Ma voix se brise.
- Oliver était là, il m'a sortie de se pétrin, mais tout le monde m'a regardée, alors qu'on traversait la salle vers la sortie. Mes parents avaient tout vu. Mon père n'a pas bougé. Ma mère m'a rejoint à l'extérieur seulement quelques minutes plus tard. C'était horrible. J'avais l'impression que chaque particule de mon corps criait. Je n'arrivais presque plus à respirer.
Le silence plane encore au-dessus de nous deux pendant quelques instants.
- Mon père a honte de moi. Ma mère ne sait pas quoi faire. Mon père ne m'écrit plus. Les mots de ma mère sont maladroits. Ils m'ont abandonnée. Je suis seule.
Ma gorge se noue. Je plonge mes yeux dans ceux d'Asael.
- Tu entends Asael ? C'est ça ma plus grande peur : être seule.
Ma voix se brise, et je reporte mon regard sur le parc autour de nous. Ça y est, c'est dit. J'expire longuement. J'espère qu'il ne me jugera pas, qu'il ne me regardera pas avec cet air plein de pitié qu'ont certaines personnes. Je l'espère de tout mon être. Je plonge de nouveau mon regard dans le sien, et murmure :
- Et toi ? Me trouves-tu bizarre, veux-tu m'abandonner, Asael ?
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Record PFR battu @Asael Bowen !
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