31 déc. 2025, 12:05
 Solo   PNJ  Echapper à la finalité
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JUIN 2039
Première année à Magifac

PNJ ACTIF : Faelan Clwyd


Niall avait voulu que cette journée ressemble à toutes les autres. Il l'avait décidé la veille : il prendrait ses livres comme n'importe quel jour, se rendrait à l'étage du Scriptorium, s'y faufilerait pour s'imposer n'importe quel sujet littéraire — tous serait forcément mieux que ce que ce qui l'attendait dehors — et n'en ressortirait que si d'autres étudiants souhaitaient s'essayer à l'exercice. Mais qui d'autre que lui pourrait bien vouloir s'enfermer dans cette si petite salle lors d'une telle journée ?

Sa main posée sur baguette, comme pour se rassurer qu'il saurait rester droit jusqu'à ce que ses pieds ne franchissent la porte de la faculté de littérature, Niall serrait la mâchoire pour ne pas que son regard ne se porte ailleurs. Les sorciers avaient beau être rapides pour mettre en place un tel événement, l'Irlandais en avait déjà repéré qui s'y étaient pris à l'avance. Pourquoi diable avaient-ils besoin de lancer des sortilèges dès huit heures du matin, et ce, pour une cérémonie qui n'aurait pas lieu avant... Avant quelle heure d'ailleurs ? Niall savait que c'était aujourd'hui, mais il s'était tellement efforcé à ne lire aucune information qu'il en avait oublié l'heure de début. A cet oubli, il haussa les épaules. Il n'en avait que faire après tout. Son plan ne s'en verrait pas plus changé. Il lui suffirait de rester une heure supplémentaire dans cette salle.

Ainsi, il n'y avait pas eu de regards perdus. Pas d'étudiants prochainement diplômés aperçus et encore moins un certain étudiant en politique.

Au premier étage, Niall avait évidemment croisé quelques étudiants — qui toutefois ne semblaient pas vouloir s'attarder —, puis un professeur qu'il avait salué, avant de devoir s'expliquer sur sa présence si matinale. Il était assez facile pour l'ancien Serdaigle de jouer sur ses envies de s'instruire encore et encore, de justifier n'importe quelle envie soudaine par le prisme de la culture et du travail acharné. Alors le professeur intrigué mais satisfait l'avait laissé regagner le Scriptorium, le félicitant d'avance pour cette détermination.

Une fois face à la porte scellée, Niall vérifia, par habitude, que personne ne l'écouterait. Et même totalement seul, il ne put s'empêcher d'énoncer le mot de passe d'une voix basse et quelque peu éteinte. Lorsque le Scriptorium s'ouvrit à lui, il s'avança doucement vers la chaise et son pupitre et se laissa tomber sur le dossier en soupirant. La première étape était passée, il ne lui restait plus qu'à passer les neuf prochaines heures de déni enfermé ici, au nom du Travail.

Choisir le thème. Niall n'en avait qu'un en tête. Il n'y en avait qu'un qui tournait dans sa tête et pourtant, il n'y connaissait rien. Quand il avait compris que s'intéresser à l'homme qu'il aimait en l'interrogeant sur ses études ne menait à rien, Niall avait fini par détester la politique sous toutes ses formes. La construction politique en Grande-Bretagne, la conceptualisation des institutions ou encore les approches étatiques des relations humaines, tous ces thèmes avaient beau avoir titillé la curiosité de l'Irlandais, l'étudiant Gallois en ayant fermé les portes, tout attrait s'était effondré. Ainsi, alors que le sablier venait de se poser devant lui, lui imposant de travailler dans un temps imparti — il trouvait d'ailleurs la chose bien ironique quand il savait qu'il disposait d'une journée entière —, Niall s'était entendu annoncer le sujet suivant : la politique dans la littérature sorcière.

Un parchemin s'était alors déroulé devant lui, faisant plisser les yeux du sorcier face à l'étendue de ce qui l'attendait. Une première lecture avait suffi à le faire soupirer une seconde fois tant il lisait des termes complexes qu'il n'avait pas l'habitude de voir l'un à côté de l'autre. Il en venait même à douter de leur réelle existence : "une monarchie thaumaturgique où le droit coutumier se dissimule derrière des sortilèges de procédure". Finalement, même en connaissant les mots, il peinait à comprendre le sens de cette phrase. Encore une fois, l'ironie l'avait fait sourire puisqu'il ne comprenait pas non plus le sens de sa relation avec celui qui aurait pu traduire ces mots.

Les grains du sablier tombaient plus vite que l'encre de sa plume sur ce parchemin bien trop vide. Ainsi, il avait tout bonnement abandonné. Le sorcier fixait désormais chaque seconde tomber lourdement sans rien faire. Tout ce qu'il avait en tête, c'était ce qu'il se passait dehors.

31 déc. 2025, 15:10
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Et ce qui se passait dehors était venu frapper à la porte du Scriptorium, forçant Niall à sortir de ses pensées et à se tordre le cou pour observer la porte en bois fermée. Il avait attendu quelques secondes, se demandant pourquoi la personne n'avait pas énoncé le mot de passe pour y entrer, pourquoi avait-elle choisi de toquer et surtout, depuis combien de temps était-il enfermé ici. Il n'en savait rien et c'était tout l'intérêt du Scriptorium. Du moins, de sa présence dans cette étroite salle. Alors il avait fini par se lever, enroulant son parchemin aux ratures qui ne lui ressemblaient pas et avait ouvert la porte, à contre cœur.

Y avait-il un espoir caché au fond de son cœur ? Sûrement. Il aurait juré à n'importe qui — à l'intéressé, même — qu'il ne s'attendait à personne. Pourtant, en ouvrant la porte, il avait dû batailler avec lui-même pour cacher sa déception. Il y avait devant lui tout le contraire de qui il espérait voir. Il la reconnaissait de quelques cours qu'ils avaient en commun, une Anglaise assez timide et discrète à qui il avait sûrement échangés quelques mots à la sortie des cours, tout au plus. En sortant du Scriptorium, Niall n'avait même pas eu le temps de s'excuser que la sorcière l'avait devancé.

— Pardon, j'ai vu la lumière à travers la porte, mais je..
— J'avais terminé, tu peux y aller, la rassura-t-il en fourrant son parchemin roulé dans la poche arrière de son pantalon.

L'Anglaise dont il ne se rappelait plus du nom lui avait souri en baissant les yeux, comme si le simple fait d'avoir obtenu cette autorisation soudaine avait suffi à la rentre muette. Niall commençait déjà à réfléchir à la minière dont il allait réarranger tout son programme de la journée, lorsqu'elle reprit la parole.

— Tu ne vas pas à la cérémonie ?, demanda-t-elle sans détour.

Avant même de trouver quoi répondre à cette question qu'il trouvait plutôt indiscrète — question qu'il n'aurait sûrement pas trouvée indiscrète si elle ne lui paraissait pas inconfortable—, Niall s'était d'abord interrogé sur les raisons qui avaient pu la pousser à lui poser cette question. De toute évidence, elle ne s'y rendait pas non plus et il était également assez évident que lui non plus, rendant ainsi cette question tout à fait rhétorique. Alors pourquoi la poser s'il n'y a pas un objectif précis derrière ? Elle aurait eu toute l'année pour faire la discussion si elle avait voulu. Ainsi, donner la réponse la plus évidente qui soit avait été sa seule option.

— Non, je..

— O'Barden !, cria la voix depuis le rez-de-chaussée, coupant ainsi la respiration de l'Irlandais.

Il n'avait pas besoin de se pencher par dessus la barrière pour connaître l'identité de celui qui l'appelait, car il la connaissait. Et Niall s'en voulait déjà d'avoir esquissé ne serait-ce qu'un micro sourire au son de cette voix. Après le cri, il n'y avait plus eu aucun autre son, si ce n'étaient les pas des chaussures qui claquaient contre les marches des escaliers à toute vitesse. Finalement, le sorcier s'était penché pour observer le Gallois courir, souriant de le voir si petit, alors que, pour une fois, la vue en plongée lui offrait un certain avantage. Il était si occupé à admirer Fáelán en costume qu'il en avait oublié la sorcière qui n'était toujours pas entrée dans le Scriptorium. Et les tours qu'il faisait était si hypnotisant qu'il était impossible de faire autrement. Niall allait continuer d'attendre Fáelán jusqu'à ce qu'il les rejoigne avec une explication.

Et si les yeux du Gallois s'étaient aussitôt posés sur l'ancien Serdaigle, ils avaient rapidement terminés leur course sur ceux de l'Anglaise. Sur ses yeux et tout son corps de haut en bas, avec un certain dédain. Etait-il en train de se demander ce que les deux pouvaient bien faire là ensemble alors que la meilleure cérémonie de l'année allait avoir lieu ? Fáelán n'aimait pas tellement l'idée d'imaginer les deux sortir ensemble de cette fameuse pièce et la déglutition qui avait suivi sa pensée n'avait pas échappé à Niall.

31 déc. 2025, 16:22
 Solo   PNJ  Echapper à la finalité
Dans ce silence que les trois semblaient vouloir préserver encore un peu, Niall se plaisait à observer la jalousie difficilement cachée du Gallois. Il voyait bien les allers retours que le regard marron du Gallois faisait entre les deux étudiants en lettre, tout comme il avait également vu que la gêne chez la sorcière d'être ainsi observée commençait à monter. Heureusement, Fáelán brisa ce silence qui avait fait monter son agacement, alors qu'il y a à peine quelques minutes, c'était la joie qui l'avait fait monter jusqu'à cet étage.

— Bah tu fais quoi, plantée là ? On t'a jamais dit que c'était pas poli d'écouter les conversations des gens ?

Fáelán dans toute sa splendeur. Un comédien n'aurait pas déclamé ses lignes aussi bien que le Gallois lui-même. Et tout spectateur n'aurait sûrement jamais pris son parti aussi bien que le rire de Niall ne l'avait fait. En d'autres circonstances, son rire n'aurait d'ailleurs jamais existé, mais sa personnalité se trouvait fort changée lorsque le sorcier se trouvait à ses côtés.

L'Anglaise avait haussé les sourcils, pas vexée pour le moins du monde. Sidéré aurait d'ailleurs été un mot plus adéquat pour décrire sa réaction. Elle connaissait bien le phénomène et si Niall avait pu bénéficier de sourires et d'une certaine gentillesse, le même traitement de faveur pour cet autre étudiant était tout à fait impensable. Ainsi, elle ne chercha pas non plus à se défendre face à celui qui n'en valait pas la peine. Et puisque Niall n'avait rien rétorqué, elle avait préféré laisser sa place en s'en allant, jugeant qu'ils auraient bien tout le temps de parler l'année prochaine, lorsque le Gallois aurait quitté Magifac.

—Bah quoi ?, lança-t-il à Niall en reprenant son sourire, satisfait de voir l'Anglaise partir. Je t'en ai débarrassé et tu me sors ton air désabusé ?
— Oui, c'est vrai que j'avais vraiment besoin de toi pour ça !

Fáelán observa finalement Niall de haut en bas, jugeant sa tenue pas tellement adéquate pour assister à une cérémonie de diplômes et en vint à la conclusion assez évidente qu'il ne s'y rendrait pas.

— Va falloir te changer rapidement, O'Barden. Il te reste une heure, déclara-t-il sans laisser place à une quelconque négociation.
— Je t'ai dit que je n'irais pas.

Niall passa devant le sorcier pour ne pas risquer de recevoir les arguments contraire du Gallois en plein cœur et commença son chemin vers les escaliers pour regagner le rez-de-chaussée. Mais comme Fáelán connaissait — étonnamment — l'Irlandais par cœur, il utilisa la seule technique qui marchait à chaque fois : la diversion.

— Niall ?, l'interpella-t-il avant que l'intéressé ne se retourne. C'est ça votre Scriptotruc ? Son menton s'était levé en direction de la porte scellée, puisque ses mains restaient fourrées dans ses poches.
— N'y pense même pas.
— Allez, c'est mon dernier jour ! Je reviendrai jamais ici !

Le dur coup que provoqua ses derniers mots blessa Niall si fortement qu'il eut l'impression d'avoir assisté à la cérémonie de remise des prix, et d'avoir dû assister à son départ.

—Allez, y a personne en plus ! Trente secondes et on ressort, promis !

Et puisque le coup avait été si violent, Niall s'était vu se raccrocher au dernier espoir qu'il venait d'entendre. Trente secondes à passer encore avec celui qui préférait passer ces dites trente secondes à découvrir une piètre salle plutôt que de les lui offrir, à lui. Et même ces trente secondes déséquilibrées, Niall savait qu'il s'apprêtait à les lui donner. Son programme de la veille avait été si soigneusement organisé, pensé et préparé. Voilà qu'il venait d'être réduit à néant par celui qu'il avait spécifiquement l'intention d'éviter.

Alors il soupira — davantage contre lui-même que contre le sorcier qui sautillait déjà sur place — et s'approcha de la porte, en dégainant sa baguette. Chose qui n'échappa pas au Gallois.

— Je croyais qu'il n'y avait pas besoin de sortilège ?
— Pour ouvrir la porte, non, mais pour que tu n'entendes pas, oui.

1 janv. 2026, 10:45
 Solo   PNJ  Echapper à la finalité
L’air faussement choqué de Fáelán fit sourire Niall qui ne baissa pas pour autant sa baguette.

— Tu ne me fais donc pas confiance ?

Alors que le ton du Gallois était amusé et léger — il était clair que pour lui, la réponse ne changerait rien à son humeur —, la réflexion de l’Irlandais était tout autre. En observant le sorcier en face de lui, il s’était alors sérieusement posé la question et s’était étonné de la réponse (ou était-il réellement étonné ?). S’il avait fallu répondre à cette question en lien avec ses sentiments, il aurait sûrement, et bêtement, répondu que oui. En revanche, lorsqu’il s’agissait de la sécurité d’une école dans laquelle il allait encore étudier durant un an, la réponse était claire.

— Non, répondit-il avec sérieux. Assurdiato !

L’assurance qu’il avait prise en lançant ce sortilège l’aurait presque déstabilisé. Rares étaient les fois où Niall avait dirigé sa baguette sur Fáelán, encore moins pour le priver d’un de ses sens. Et alors qu’aujourd’hui, lors d’une journée où le sorcier allait entendre une myriade de compliments sur sa personne, voilà qu’il était complètement sourd. Niall aurait pu dire n’importe quoi, profiter de l’instant pour se confier, mais après tout, l’effet était le même qu’en l’absence de sortilège : Fáelán n’entendrait rien.

Il avait énoncé le mot de passe et la porte s’était ouverte sur le pupitre vide, comme il l’avait laissé plus tôt. L’ancien Serdaigle mit fin au sortilège pour libérer le sorcier qui ne le remercia pas, tant il était déjà trop occupé à observer les moindres recoins de la petite pièce. Sans attendre, il avait tiré la chaise vers lui et s’y était installé, plaquant ses deux mains sur la table, comme un enfant qui attendrait qu’on le serve.

— Qu’est-ce que je dois faire ?, demanda-t-il en levant la tête vers Niall qui s’était positionné à ses côtés. Il se mit à réfléchir au sujet à réclamer et prit l’initiative de l’énoncer.
— Sujet de culture général, avec sablier.

Niall ne saurait dire s’il avait déjà pu assister à la scène qui se déroulait en face de lui. Un Fáelán étonnamment sage qui observait calmement le mécanisme magique se mettre en place. Il n’y avait encore eu aucune critique, aucune blague, aucun soupir, aucun commentaire. Fáelán était tout simplement muet, patient et attentif ; ce qui dérangea l’Irlandais.

— Il faut que tu répondes aux questions, maintenant, intervint-il en énonçant une logique à laquelle même le Gallois était sûrement parvenu, dans le simple but de mettre fin à ce silence.

Silence qui ne se brisa pas pour autant, et les grains du sablier tombaient encore plus lourdement que lorsqu’il était seul face à son parchemin. Fáelán était passé du sablier aux yeux de Niall, comme si la symbolique venait enfin de le frapper. Il s’était alors levé et s’était adossé au mur derrière lui, sans croiser ses bras, mais restant toujours silencieux.

— Qu’est-ce que t’as ? Tu veux que je change de sujet ?

Niall connaissait bien Fáelán. Il le connaissait suffisamment pour savoir que dans son regard, dans ses gestes et sa posture, ce n’était pas au parchemin qu’il pensait, mais à l’homme qu’il fixait. Il le savait, mais pour une fois, ce n’était pas le scénario qu’il préférait. Alors il forçait la conversation à rester sur ce sujet facile. La culture générale. Niall le maitrisait, ce sujet. C’était d’ailleurs la raison pour laquelle il l’avait choisi. Il avait espéré prendre un peu d’avance sur le Gallois, et un peu de hauteur. Ainsi, changer de sujet pour un autre du même genre, oui, mais pour que la conversation entre les deux change, c’était un non catégorique. Toutefois, si la dynamique avait été calculée ainsi, c’était sans compter sur l’incroyable capacité de Fáelán à reprendre constamment le dessus.

— Pourquoi tu viens pas à la cérémonie ?, demanda-t-il calmement, sans se laisser déstabiliser par les yeux de Niall qui venaient de rouler jusqu’au plafond. Niall ?
— Je te l’ai déjà dit.
— Que t’aimes pas les cérémonies ? Excuse-moi, mais c’est vraiment l’excuse la plus nulle que j’aie jamais entendue.
— Et bien il faudra t’en contenter, lâcha-t-il en tournant les talons vers la porte.

Alerté par cette fuite, Fáelán se redressa aussitôt et se précipita vers Niall pour le retenir d’une main agrippée à son bras.

— Et si j’y vais pas ?

Les sourcils froncés d’incompréhension, l’Irlandais se retourna.

— Pourquoi tu n’irais pas à ta propre remise de prix ? C’est idiot.
— C’est toi qui es idiot à ne pas vouloir y aller. Juste parce que..

La vérité semblait aussi difficile à dire de la part des deux sorciers, aussi lourde et lente que les grains du sablier.

— Juste parce que t’aimes pas les cérémonies.

1 janv. 2026, 14:49
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Les deux sorciers s’étaient regardés un temps, comprenant clairement ce que ce manque d’attrait pour les cérémonies signifiait, jusqu’à ce que l’un des deux parle enfin.

— J’ai envie que t’y sois.

Niall prit une grande inspiration, prêt à se lancer dans ce sujet qu’il avait préféré éviter jusque là. Quelque peu agacé que tout soit toujours une question de moment présent avec le Gallois, il avait choisi de le bousculer un peu. Tant qu’à parler de sa présence, autant parler de la leur sur l’année suivante.

— Et après ?
— Quoi après ?
— Admettons que je vienne. La soirée se termine, tu as ton diplôme, fini Magifac. Et après ?
— Je sais pas, on sort au Pitiponk ?, répondit-il en haussant les épaules, déclenchant un soupir chez Niall.
— Est-ce que ça t’arrive parfois de voir plus loin que dans trois heures ?

Fáelán ne répondit rien, accusant le coup. Si l’homme aimait attiser l’agacement chez les gens, chez Niall, c’était différent ; son agacement attisait le sien.

— Niall, je sais même pas ce que je vais faire de ma vie l’année prochaine. Comment veux-tu que je te donne une réponse ? Toi, ta vie, elle est toute tracée. T’as papa et maman derrière qui te payent tout et —
— Mais ça n’a rien à voir. Je me fiche de ce que tu feras de ton diplôme —
— Si, justement, ça a tout à voir. Ce soir, y aura pas mes parents. Déjà parce qu’ils sont pas au courant que c’est aujourd’hui, et parce que c’est toi que je veux voir. Je peux pas voir plus loin que ce soir parce que ça me fait flipper de voir que y a rien derrière. Pour toi, c’est facile. On peut te donner une date dans dix ans, on sait où tu seras. Moi, non.

Il laissa ses mots infuser quelques instants dans l’esprit de Niall et reprit avec tout ce qui lui restait de son rare instant de partage.

— Avant toi, je voyais même pas plus loin que la fin d’un de mes cours. Donc t’inclure jusqu’à ce soir, c’est déjà bien, termina-t-il en donnant un petit coup dans l’épaule de Niall, alors que l’humour reprenait le dessus et éclipsait tout ce que l’Irlandais aurait voulu voir durer plus longtemps. J’ai même une surprise pour toi qui peut t’assurer quelques heures supplémentaires ! Mais faut promettre de venir.

Tous les mots de Fáelán se bousculaient dans l’esprit de Niall et c’était à s’y perdre tant il n’avait pas l’habitude. Il aurait bien eu envie de rebondir sur ces informations envoyées bien trop rapidement, mais il savait que le moment était déjà perdu, que le Gallois sortirait à nouveau sa carte de l’humour pour se protéger de répéter de telles choses, ou peut-être qu’il nierait tout en bloc. Et puisque tout ce qui venait du sorcier touchait Niall..

— C’est promis, je serai là.

Le grand sourire sur le visage du Gallois fut immédiat, alors que Niall voyageait encore à travers les nombreux mots entendus, un faible sourire aux lèvres. Et comme pour l’occulter plus facilement de son esprit, Fáelán s’était retourné vers le pupitre pour tendre son bras et récupérer le parchemin.

— Oh et pis, gros tricheur, tu savais très bien que je serais pas doué pour finir ce truc, lança-t-il en tapotant le torse du sorcier à l’aide du document déjà enroulé.

Il s’avança alors près de la porte du Scriptorium et se retourna vers Niall.

— Tu comptes quand même pas rester encore là-dedans ? C’est l’angoisse, ce sablier.

Peut-être qu’encore une fois, Niall cherchait à lire des choses dans les mots de Fáelán qui n’existaient pas, mais aujourd’hui du moins, il avait fait le choix peut-être un peu idiot que ce qui l’importait, c’était que Niall soit près de lui. Pour une, deux ou cinq heures. Et peut-être qu’avec le temps, ces une, deux ou cinq heures se multiplieraient. Alors il l’avait suivi, et était allé se préparer pour tenir sa promesse.