Sweet dumplings' duet, Nanny fashioned
Dans l'esprit des quatre mains donnant vie à ces écrits, ce RP fait suite à celui-ci
Sur la table trône un vieux livre, dénué de la moindre poussière. On ne peut pas en dire autant des tâches qui çà et là témoignent d’un usage régulier durant de longues années. Il est ouvert et l’on peut y lire ce qui suit.
Livre de recettes de Rose-Marie GUNNRAY, section « Pour une soirée d’hiver revigorante », page 97
La personne lisant cette recette détecte instantanément les modifications faites, certaines selon la même calligraphie, d’autres volontairement grossières pour envoyer un quelconque message…
La table est par ailleurs garnie de tous les ingrédients nécessaires. Deux jolis sweet dumplings dominent l’ensemble, dans un vert et blanc des plus réguliers. La nature fait bien les choses. Mais il manque un élément essentiel… les têtes de fleurs.
- Quand nous faisions de la cuisine avec ma grand-mère, la magie était toujours présente, comme ingrédient. On s’amusait beaucoup.
En parlant de ces heures heureuses, Ivanovna repense à cette période de sa vie où le mot Magie portait vraiment son nom. Plus on apprend à la maîtriser, la dominer d’une certaine manière, plus elle perd de sa féerie. Petite, surtout à regarder sa sœur la pratiquer déjà, elle voyait en ce pouvoir celui des géants, des possibilités infinies de création, de bonheur. Faire la cuisine ainsi est pour elle une fête, loin du pensum que cela devient lorsqu’il faut nourrir une troupe entière d’affamés, ingrats et exigeants. C’est aussi pour cela qu’elle ne courre pas après les soirées étudiantes au cours desquelles nombre de garçons tentent de réduire les filles à un statut subalterne, au mieux un faire valoir. Pour être honnête, c’est très exagéré. Elle y a fait face une seule fois mais il lui arrive de ne rien pardonner. Ici, rien n’est pareil à leur vie courante. C’est l’Ecosse, c’est la maison. C’est Alyona.
- On doit d’abord choisir nos fleurs.
26 décembre 2049,
en début de soirée,
ou un peu plus tard…
en début de soirée,
ou un peu plus tard…
Sur la table trône un vieux livre, dénué de la moindre poussière. On ne peut pas en dire autant des tâches qui çà et là témoignent d’un usage régulier durant de longues années. Il est ouvert et l’on peut y lire ce qui suit.
Livre de recettes de Rose-Marie GUNNRAY, section « Pour une soirée d’hiver revigorante », page 97
La personne lisant cette recette détecte instantanément les modifications faites, certaines selon la même calligraphie, d’autres volontairement grossières pour envoyer un quelconque message…
La table est par ailleurs garnie de tous les ingrédients nécessaires. Deux jolis sweet dumplings dominent l’ensemble, dans un vert et blanc des plus réguliers. La nature fait bien les choses. Mais il manque un élément essentiel… les têtes de fleurs.
- Quand nous faisions de la cuisine avec ma grand-mère, la magie était toujours présente, comme ingrédient. On s’amusait beaucoup.
En parlant de ces heures heureuses, Ivanovna repense à cette période de sa vie où le mot Magie portait vraiment son nom. Plus on apprend à la maîtriser, la dominer d’une certaine manière, plus elle perd de sa féerie. Petite, surtout à regarder sa sœur la pratiquer déjà, elle voyait en ce pouvoir celui des géants, des possibilités infinies de création, de bonheur. Faire la cuisine ainsi est pour elle une fête, loin du pensum que cela devient lorsqu’il faut nourrir une troupe entière d’affamés, ingrats et exigeants. C’est aussi pour cela qu’elle ne courre pas après les soirées étudiantes au cours desquelles nombre de garçons tentent de réduire les filles à un statut subalterne, au mieux un faire valoir. Pour être honnête, c’est très exagéré. Elle y a fait face une seule fois mais il lui arrive de ne rien pardonner. Ici, rien n’est pareil à leur vie courante. C’est l’Ecosse, c’est la maison. C’est Alyona.
- On doit d’abord choisir nos fleurs.
Repentir : certaines étapes ne sont pas écrites, le RP démontrera qu'Ivanovna a reçu de bouche de sorcière à oreille de sorcière la vraie magie opérant...Personne incarnant Alyona Farrow, je te propose un jeu, le Jeu du patidoux :
je détermine sept effets théoriques, pour la potion, tu en détermines sept autres. Ensuite, dans le RP, nous choisirons les effets, veux-tu jouer à ce jeu en même temps que nous écrivons ?
Rose : Couleur du pétale, domine toutes les autres, détermine la couleur de l’effet,
Pétunia : à la fin de l’effet, ce que l’on voit fond comme de la guimauve avant de disparaître,
Hellébore : déconseillé, effet instable entre le rot et une flatulence. Très apprécié des garçons…
Lilas : explose en dizaines de petits effets, diminue leur importance cependant,
Muguet : ajoute un petit tintement de clochette mais diminue fortement la durée de l’effet
Lys : provoque un vent léger en votre direction, avec le pistil en poussière (très tâchant si la fleur est foncée d’origine)
Dahlia : Amplifie les effets colorés annexes, conseillé.
Up to you to play !
Sweet dumplings' duet, Nanny fashioned
26 DÉCEMBRE 2049, SOIR
WICK, ÉCOSSE
Alyona, 20 ans,
WICK, ÉCOSSE
Alyona, 20 ans,
Chez moi, on ne cuisine pas. C'est peut-être pour cela que, tentée par un ailleurs aussi impossible que merveilleux, je creuse mon sillon dans cette voie, me réappropriant cette activité qui, vraisemblablement, n'est pas faite pour moi. Manqué-je de goût, de bonne volonté ? Suis-je donc trop peu habile de mes mains ? Est-ce réellement plus utile en société de savoir danser que de savoir préparer un repas ? Qui peut encore affirmer haut et fort qu'il s'agit d'un domaine uniquement réservé aux elfes de maison ? Mon père cuisine parfois pour se détendre. Je veux faire de même, prendre ma vie en main jusque dans mes plats, apprendre à mélanger les aliments et les éléments, à concocter mes propres recettes, à expérimenter, tenter, essayer, réussir et échouer, être autonome même pour ces choses évidentes, surtout pour ces choses évidentes, et grâce à ces compétences, étonner, apporter une pincée de surprise dans des yeux qui ne s'y attendaient pas. Alors, peut-être s'agit-il en effet, à l'origine, d'un désir de défiance et d'engagement dans des allées qu'on ne fréquente pas chez-moi, mais il me semble que les raisons comptent peu pour une activité qui peut si facilement profiter à tous.
Les sourcils froncés et le corps penché au-dessus de la table, le regard sérieusement occupé à lire la recette présentée par Vana, je me prépare à me relever les manches, dessinant déjà des plans sur les parois intérieures de mon crâne pour réussir cette entreprise de la meilleure des manières. Cuisiner s'apparente un peu à un défi, encore différent de ce que peuvent être l'entretien d'une plante et la réponse à un devoir écrit, mais pas moins important à mes yeux de jeune sorcière désireuse de prouver ses compétences. Je suis reposée, attentive et volontaire, tentée également par un sourire dû à la présence de mon amie — avec elle ce n'est pas pareil, avec elle l'amusement et le plaisir entrent dans la danse —, et une certaine impatience se lève dans ma poitrine à l'idée de ce qui nous attend.
« Cela me rappelle mon ASPIC pratique de sortilèges... J'avais dû cuisiner un plat en n'utilisant que ma baguette », confié-je.
Pour le reste, je n'ai presque jamais cuisiné avec mes grands-mères, ni avec mes parents. Les premières ne désiraient pas me voir en cuisine, souhaitant s'occuper de tout ou confiant cette tâche à Deesy, l'elfe de maison, et les deuxièmes faisaient généralement aussi appel à Deesy quand c'était possible, ou préféraient acheter directement des plats préparés, ne cuisinant que rarement, et ne m'invitant pas à les aider. Finalement, c'est peut-être l'elfe de ma grand-mère paternelle qui m'a apporté cette curiosité pour la cuisine, me permettant de me joindre à elle et m'apprenant quelques techniques et détails que j'avalais les yeux grands ouverts, avides de savoir. C'est souvent vers elle que mes pensées se tournent lorsque je dois préparer à manger. J'aurais aimé avoir déjà des souvenirs comme ceux de Vana, mais ne demande désormais qu'à les construire avec elle.
La recette de la grand-mère d'Ivanovna semble réserver des moments bien surprenants et amusants, et ce que j'en ai découvert à travers ma brève et rapide lecture me laisse curieuse. Toutes les fameuses recettes de grands-mères sont-elles toujours aussi réjouissantes ? J'aimerais pouvoir laisser à mon tour, plus tard, des livres annotés de ma main, récits d'expériences et de tentatives plus ou moins fructueuses.
J'attrape entre mes doigts un hellébore, un sourire amusé sur les lèvres, en souvenir à cette fleur qui avait causé quelques problèmes à l'étudiante. Je ne la conserve à hauteur de mes yeux que quelques instants avant de la reposer parmi les autres fleurs, attirée désormais par le dahlia.
« Combien prenons-nous de fleurs ? » Un coup d'œil à la recette pour vérifier une histoire de nombre entrecoupe ma prise de paroles. « Pas plus de sept... Que dirais-tu de quatre ? Cela te paraît suffisant ou on peut tenter davantage ? »
Reducio
Mains d'Ivanovna, voici les sept fleurs que je te propose (enfin !) :
- Chardon : Pique les yeux et la langue, déconseillé s'il n'est pas associé à une fleur plus douce.
- Jacinthe : Provoque des toux sèches, déconseillé.
- Bouton d'or : Donne des reflets dorés à la peau de qui entrerait en contact physique avec la potion.
- Primevère : Augmente l'importance d'un autre effet.
- Hortensia : Donne à la potion les embruns de la mer.
- Digitale : À n'ajouter qu'en petite dose, peut perturber et modifier les effets d'une autre fleur.
- Géranium : Apporte une texture douce pour la langue.
#466962 ‖ Botaniste au Jardin de Draíocht
Sweet dumplings' duet, Nanny fashioned
La pièce s’est transformée très vite en un hier lointain. Ses yeux revoient les longs cheveux bicolores de Nanny, blancs et gris, ondulés. Longs, au point de toucher le sol quand elle s’assied. De l’autre coté d’elle la toison d’ébène de Circéia écoutant les étapes, ponctuant les gestes de l’aïeule d’une cérémonie identique, copie conforme au millimètre près. Ivanovna aime ces deux images d’une même lignée, ensemble, côte à côte comme des reflets uniquement séparés par les générations. Nanny fait toujours en sorte de l’associer à sa préparation mais la cadette sent bien que le lien est plus fort avec l’aînée. Ce n’est pas grave, à cette époque elle aime tellement sa sœur qu’elle ne lui en voudrait jamais. Et puis… elle ne maîtrise pas encore la magie tandis que Circéia porte une baguette. Alors même si elle ne peut en faire usage, la différence est abyssale.
Faut-il penser que désormais Ivanovna est Circéia et Alyona la cadette ? Si l’une sait faire et l’autre pas, la transposition est rapide, naturelle. Pourtant non, Circiéa voit le choses autrement, la grande, qui est aussi la plus petite des deux regarde le spectacle depuis son au-delà et sourit, apaisée de les voir vivre leur vie et non une reproduction fade de ce que fut le passé. Le recomposer ne servirait à rien, Ivanovna fait enfin le lien de façon décomplexée, la robe délestée du sacré a muté en souvenir heureux et elle n’a pas besoin de s’imaginer quoique ce soit pour donner vie à ce moment de partage. Quand elle travaille à L’institut, le calme est le même. La concentration aussi. Personne ne parle durant un TP, le professeur peut bien aller boire un thé ou lire le dernier exemplaire de la gazette du sorcier, les étudiants sont aussi posés que des grand-mères attendant sur un banc. Ce soir, les fantômes de Wick assistent à une cérémonie. Le silence a été sa première réponse à la remarque d’Alyona qui a forcément compris qu’il était question d’une élaboration aussi importante que celle d’une fin d’année. Oui, cette cuisine-là contient un ingrédient unique, le rite.
Elle suit les étapes avec la plus grande précision, partage les gestes avec Alyona, précise et rigoureuse. Ces minutes sont pour l’étudiante la découverte d’une sérénité inconnue. Elle n’a plus en elle les effluves d’un passé nuisible. Cette légèreté, Ivanovna n’en comprend pas encore l’origine, une sorte… d’amnésie du corps après amputation. Mais à l’envers. On l’a reconstruite, Alyona a remis en culture sur une terre brûlée, redevenue fertile. Le sol fait son travail, dans le silence d’un hiver tranquille.
- Arf, les sortilèges, j’ai toujours eu du mal… Quatre, c’est un bon choix. Je prends l’hortensia et le géranium. Et toi ?
Dans l’esprit d’Ivanovna, peu importe ce qui est recherché, la saveur a toujours été ailleurs. Faire des choses ensemble. Enfin elle comprend, tellement ce genre de moments ont manqué. C’est un retour à l’état d’embryon de sorcière. Le choix d’Aly n’importe pas, ce qui compte c’est être deux. Alors elle a une idée un peu stupide mais elle y cède avant d’avoir réfléchi aux conséquences possibles.
- Tu n’as jamais regretté d’être une enfant unique ?
C’est une façon abrupte d’aborder un sujet pouvant s’avérer épineux. Les gens ne font pas toujours les enfants qu’ils voudraient. Peut-être a-t-elle eu des frères ou sœurs que la vie a enlevés avant qu’ils ne respirent… Ou bien le choix d’en n’avoir qu’une découle-t-il du refus d’avoir une autre source de tracas ? Là est la preuve que Vana a parfois encore des élans déplacés. Enfin... elle ne se rend pas compte. Alyona est si souvent idéale, comme le vent d’un soir d’été qui vous réchauffe tout en apportant sa fraîcheur. Il est peut-être des secrets qu’elle devrait laisser là où ils sont. Comme l’origine de son amour des plumes qu’elle n’aurait peut-être pas dû tant désirer connaître. Parfois on fait le mal en voulant le bien. C’est mal d’être curieuse, encore plus si l’on peut se douter de la réponse à la question qu’on pose.
Faut-il penser que désormais Ivanovna est Circéia et Alyona la cadette ? Si l’une sait faire et l’autre pas, la transposition est rapide, naturelle. Pourtant non, Circiéa voit le choses autrement, la grande, qui est aussi la plus petite des deux regarde le spectacle depuis son au-delà et sourit, apaisée de les voir vivre leur vie et non une reproduction fade de ce que fut le passé. Le recomposer ne servirait à rien, Ivanovna fait enfin le lien de façon décomplexée, la robe délestée du sacré a muté en souvenir heureux et elle n’a pas besoin de s’imaginer quoique ce soit pour donner vie à ce moment de partage. Quand elle travaille à L’institut, le calme est le même. La concentration aussi. Personne ne parle durant un TP, le professeur peut bien aller boire un thé ou lire le dernier exemplaire de la gazette du sorcier, les étudiants sont aussi posés que des grand-mères attendant sur un banc. Ce soir, les fantômes de Wick assistent à une cérémonie. Le silence a été sa première réponse à la remarque d’Alyona qui a forcément compris qu’il était question d’une élaboration aussi importante que celle d’une fin d’année. Oui, cette cuisine-là contient un ingrédient unique, le rite.
Elle suit les étapes avec la plus grande précision, partage les gestes avec Alyona, précise et rigoureuse. Ces minutes sont pour l’étudiante la découverte d’une sérénité inconnue. Elle n’a plus en elle les effluves d’un passé nuisible. Cette légèreté, Ivanovna n’en comprend pas encore l’origine, une sorte… d’amnésie du corps après amputation. Mais à l’envers. On l’a reconstruite, Alyona a remis en culture sur une terre brûlée, redevenue fertile. Le sol fait son travail, dans le silence d’un hiver tranquille.
- Arf, les sortilèges, j’ai toujours eu du mal… Quatre, c’est un bon choix. Je prends l’hortensia et le géranium. Et toi ?
Dans l’esprit d’Ivanovna, peu importe ce qui est recherché, la saveur a toujours été ailleurs. Faire des choses ensemble. Enfin elle comprend, tellement ce genre de moments ont manqué. C’est un retour à l’état d’embryon de sorcière. Le choix d’Aly n’importe pas, ce qui compte c’est être deux. Alors elle a une idée un peu stupide mais elle y cède avant d’avoir réfléchi aux conséquences possibles.
- Tu n’as jamais regretté d’être une enfant unique ?
C’est une façon abrupte d’aborder un sujet pouvant s’avérer épineux. Les gens ne font pas toujours les enfants qu’ils voudraient. Peut-être a-t-elle eu des frères ou sœurs que la vie a enlevés avant qu’ils ne respirent… Ou bien le choix d’en n’avoir qu’une découle-t-il du refus d’avoir une autre source de tracas ? Là est la preuve que Vana a parfois encore des élans déplacés. Enfin... elle ne se rend pas compte. Alyona est si souvent idéale, comme le vent d’un soir d’été qui vous réchauffe tout en apportant sa fraîcheur. Il est peut-être des secrets qu’elle devrait laisser là où ils sont. Comme l’origine de son amour des plumes qu’elle n’aurait peut-être pas dû tant désirer connaître. Parfois on fait le mal en voulant le bien. C’est mal d’être curieuse, encore plus si l’on peut se douter de la réponse à la question qu’on pose.
Sweet dumplings' duet, Nanny fashioned
Le calme des gestes habiles et minutieux, qui suivent un chemin tracé il y a bien longtemps avec prudence et tranquillité, le souffle qui s'apaise dans la chaleur ronde de la cage thoracique, la concentration qui saupoudre les mouvements d'une note aiguë, et le plaisir de les partager, de les effectuer en duo, de savoir qu'ils se répondent et que l'un complète souvent l'autre. La pièce s'auréole de douceur et de sacré. Par certains aspects, je retrouve l'Institut et ses travaux de groupe, ou même Poudlard et ses cours de potion, dans les gestes à effectuer, surtout ; pourtant cela demeure fondamentalement différent. Aujourd'hui, il y a une forme de relâchement et de plaisir qui viennent remplacer la contrainte hachurée de précision. Nous pouvons prendre notre temps pour faire les choses comme nous le souhaitons, sans s'inquiéter d'un regard qui traîne au-dessus de notre épaule, qui surveille, qui prend note. Il n'y a qu'Ivanovna et moi, alors tout est plus simple. Et cependant, j'ai quelques fois l'impression, lors de certains mouvements, que nous sommes plus nombreuses que ce que l'on pourrait croire à veiller sur cette concoction.
Nous ne parlons pas beaucoup, ce n'est pas vraiment nécessaire, et le silence qui est le nôtre n'est ni froid ni tendu, il transporte avec lui la sérénité qui nous habite en lui donnant ses lettres de noblesse. Nous communiquons par d'autres moyens, dans nos gestes partagés, nos doigts qui dansent sur la table sans s'effleurer, et l'union de nos efforts pour un produit bâti à quatre mains. Les mots viennent quand ils sont appelés, que les pensées qui traînent à l'arrière remontent jusqu'à la tête du groupe pour faire entendre leur voix. Cela me permet aussi de laisser mes réflexions traîner dans toutes les directions, s'envolant comme le pollen, invisibles mais sensibles. Je crois que cela nous fait du bien à Vana et moi, que nous avions peut-être chacune de notre côté besoin de cette communication plus lente et apaisée, surtout après les paroles échangées ce matin qui hantent encore certains recoins de mon cœur. Ce soir nous prenons du recul tout en restant ensemble, et j'ai l'impression que loin de nous éloigner l'une de l'autre, cela nous rapproche.
Mes lèvres s'étirent légèrement tandis que je me satisfais de constater que le moment de choisir est venu. Quelle fleur conserver ? Je les ai toutes déjà observées, beaucoup me plaisent et me parlent, mais faut-il choisir par préférence ou par sensibilité, curiosité ? Par quel moyen ferai-je ma sélection ? J'aime à penser qu'elle peut compléter celle d'Ivanovna, peu importe ce que je conserve. Le hasard est maître et roi de mes mains.
Mes yeux repassent au-dessus des fleurs, mes doigts se lèvent pour projeter leur petite ombre sur les pétales. Une moue hésitante se trace sur mes lèvres avant que je ne tranche mes doutes.
« Je vais prendre la rose et le dahlia », informé-je Vana.
Pas de choix de préférence, juste de sensibilité. Aujourd'hui certaines fleurs m'attirent plus que d'autres. À voir ce que cela donnera ! Les surprises n'ont pas encore tout à fait pointé le bout de leur nez, n'est-ce pas ?
Quoi qu'elles s'y préparent. Elles se lèvent, quittent les draps qui les dissimulaient pour sortir leurs mains manipulatrices de l'ombre. Et doucement, avec prudence pour ne faire aucun bruit, ne pas être remarquées, demeurer insoupçonnées, elles s'avancent...
La question de mon amie me prend un peu au dépourvu. Je lève les yeux vers elle un bref instant, regard étonné, comme si je pouvais sonder ses pensées et y trouver les racines de cette interrogation. Cependant, mes nœuds personnels grincent avant que je ne débusque quoi que ce soit. L'idée grimpe et s'allonge sur mes rêves. Je redeviens l'adolescente installée dans son lit, à Poudlard, qui se surprend à dessiner les plans d'une vie qui pourrait encore changer. Être fille unique, ne plus l'être... Avoir près de soi un frère ou une sœur avec qui partager des expériences, des joies, des frustrations, des disputes, des souvenirs ; avec qui rentrer chez soi après une année scolaire à Poudlard, pour ne plus jamais être seule dans le train qui s'éloigne du quai ; à qui apprendre des sorts, faire découvrir d'autres aspects de la magie, aider à réviser certaines leçons ; et avec qui rire, murmurer des secrets, vivre des silences et soulever l'ennui pour y glisser des songes d'avenir. Combien de fois ai-je imaginé cet autre univers ou je ne suis pas la seule enfant de John et Anastasia Farrow ? Combien de fois, le soir, ai-je pensé à eux, me demandant si c'était dans leurs projets, si ma mère pouvait m'apporter un frère ou une sœur ? À ces pensées, je me sens vaciller. Il est trop tard, évidemment, et peut-être que je suis finalement parvenue à accepter cette réalité ; et pourtant il m'arrive encore parfois de fermer les yeux et de goûter comme à un bonbon à ce « j'aimerais bien » si aisément accessible, de le laisser fondre dans ma pensée.
J'expire doucement, surmontant mon trouble.
« Si, articulé-je doucement, mais cela ne relevait pas de moi, je n'y pouvais rien. C'est comme ça », terminé-je avec un haussement d'épaules.
Je n'aurais jamais de frère ou de sœur de sang, je ne saurais jamais ce que c'est d'en avoir. J'aurais tant voulu que cela soit autrement !
Je me débarrasse de la question qui alourdit mes gestes en la retournant vers Ivanovna.
« Cela fait quoi d'appartenir à une fratrie ? Est-ce que c'est... bien ? » Le rouge me monte aux joues lorsque je réalise l'erreur du présent dans ma phrase. Je la corrige rapidement, maladroitement. « Est-ce que cela te manque ? »
C'est la maladresse des enfants qui tâtonnent à l'aveugle dans le noir de leurs idées murmurées.
Nous ne parlons pas beaucoup, ce n'est pas vraiment nécessaire, et le silence qui est le nôtre n'est ni froid ni tendu, il transporte avec lui la sérénité qui nous habite en lui donnant ses lettres de noblesse. Nous communiquons par d'autres moyens, dans nos gestes partagés, nos doigts qui dansent sur la table sans s'effleurer, et l'union de nos efforts pour un produit bâti à quatre mains. Les mots viennent quand ils sont appelés, que les pensées qui traînent à l'arrière remontent jusqu'à la tête du groupe pour faire entendre leur voix. Cela me permet aussi de laisser mes réflexions traîner dans toutes les directions, s'envolant comme le pollen, invisibles mais sensibles. Je crois que cela nous fait du bien à Vana et moi, que nous avions peut-être chacune de notre côté besoin de cette communication plus lente et apaisée, surtout après les paroles échangées ce matin qui hantent encore certains recoins de mon cœur. Ce soir nous prenons du recul tout en restant ensemble, et j'ai l'impression que loin de nous éloigner l'une de l'autre, cela nous rapproche.
Mes lèvres s'étirent légèrement tandis que je me satisfais de constater que le moment de choisir est venu. Quelle fleur conserver ? Je les ai toutes déjà observées, beaucoup me plaisent et me parlent, mais faut-il choisir par préférence ou par sensibilité, curiosité ? Par quel moyen ferai-je ma sélection ? J'aime à penser qu'elle peut compléter celle d'Ivanovna, peu importe ce que je conserve. Le hasard est maître et roi de mes mains.
Mes yeux repassent au-dessus des fleurs, mes doigts se lèvent pour projeter leur petite ombre sur les pétales. Une moue hésitante se trace sur mes lèvres avant que je ne tranche mes doutes.
« Je vais prendre la rose et le dahlia », informé-je Vana.
Pas de choix de préférence, juste de sensibilité. Aujourd'hui certaines fleurs m'attirent plus que d'autres. À voir ce que cela donnera ! Les surprises n'ont pas encore tout à fait pointé le bout de leur nez, n'est-ce pas ?
Quoi qu'elles s'y préparent. Elles se lèvent, quittent les draps qui les dissimulaient pour sortir leurs mains manipulatrices de l'ombre. Et doucement, avec prudence pour ne faire aucun bruit, ne pas être remarquées, demeurer insoupçonnées, elles s'avancent...
La question de mon amie me prend un peu au dépourvu. Je lève les yeux vers elle un bref instant, regard étonné, comme si je pouvais sonder ses pensées et y trouver les racines de cette interrogation. Cependant, mes nœuds personnels grincent avant que je ne débusque quoi que ce soit. L'idée grimpe et s'allonge sur mes rêves. Je redeviens l'adolescente installée dans son lit, à Poudlard, qui se surprend à dessiner les plans d'une vie qui pourrait encore changer. Être fille unique, ne plus l'être... Avoir près de soi un frère ou une sœur avec qui partager des expériences, des joies, des frustrations, des disputes, des souvenirs ; avec qui rentrer chez soi après une année scolaire à Poudlard, pour ne plus jamais être seule dans le train qui s'éloigne du quai ; à qui apprendre des sorts, faire découvrir d'autres aspects de la magie, aider à réviser certaines leçons ; et avec qui rire, murmurer des secrets, vivre des silences et soulever l'ennui pour y glisser des songes d'avenir. Combien de fois ai-je imaginé cet autre univers ou je ne suis pas la seule enfant de John et Anastasia Farrow ? Combien de fois, le soir, ai-je pensé à eux, me demandant si c'était dans leurs projets, si ma mère pouvait m'apporter un frère ou une sœur ? À ces pensées, je me sens vaciller. Il est trop tard, évidemment, et peut-être que je suis finalement parvenue à accepter cette réalité ; et pourtant il m'arrive encore parfois de fermer les yeux et de goûter comme à un bonbon à ce « j'aimerais bien » si aisément accessible, de le laisser fondre dans ma pensée.
J'expire doucement, surmontant mon trouble.
« Si, articulé-je doucement, mais cela ne relevait pas de moi, je n'y pouvais rien. C'est comme ça », terminé-je avec un haussement d'épaules.
Je n'aurais jamais de frère ou de sœur de sang, je ne saurais jamais ce que c'est d'en avoir. J'aurais tant voulu que cela soit autrement !
Je me débarrasse de la question qui alourdit mes gestes en la retournant vers Ivanovna.
« Cela fait quoi d'appartenir à une fratrie ? Est-ce que c'est... bien ? » Le rouge me monte aux joues lorsque je réalise l'erreur du présent dans ma phrase. Je la corrige rapidement, maladroitement. « Est-ce que cela te manque ? »
C'est la maladresse des enfants qui tâtonnent à l'aveugle dans le noir de leurs idées murmurées.
#466962 ‖ Botaniste au Jardin de Draíocht
Sweet dumplings' duet, Nanny fashioned
Les informations se suivent, reçues avec le même recul, une forme de paix intérieure. En entendant la question d’Aly, Vana ne ressent aucune gêne. Etrangement, elle réagit comme si tout cela était dénué de portée dramatique, un signe de rémission. Elles sont dans la même situation finalement, filles uniques. Certes l’une des deux est libérée de la tutelle parentale, le deuil pourrait avoir du bon. Mais Ivanovna ne voit pas les choses de cette manière. Circéia lui manque, évidemment, les souvenirs du passé lointain, quand ils étaient trois petits, constituent un socle. Et c’est par ce moment reconstitué autour d’une recette qu’elle pourrait en avoir réellement la nostalgie. Nanny, la grande sœur… mais non… Pour la première fois il lui semble qu’elle ne voit plus ces choses comme une douleur impossible à faire disparaître. Alyona a un pouvoir sur son état mental, un réel pouvoir d’oblitération, comme si le vide était remplacé par une magie indicible mais patente. L’absence, mue en présence permanente et discrète. En cet instant, elle ne sait plus si déjà elle lui a formulé ainsi les sentiments intimes qui sont les siens. En tout cas Alyona a pris la place laissée par Circiéa. Comment l’exprimer, est-elle seulement en conscience totale d’elle-même ? Les moments dans ce genre sont si rares, c’est la première fois qu’elle vit cela à Wick, depuis son retour à dire vrai alors…elle en oublie jusqu’aux mots prononcés peu de temps avant dans la forêt.
Tant d’années perdues. Une vague de chaleur la traverse, l’envie d’arrêter le temps pour que cette soirée dure infiniment…
Pour recréer une consistance, elle décide de répondre mais ne sait pas quoi dire, encore moins comment.
- C’est toi ma fratrie…
Vana parle doucement, on peut interpréter ses mots comme un aveu, la déclaration d’un amour sororal dénué de toute impureté. A cet instant elle pense confusément à un garçon qu’elle repousse avec une constance proche de l’entêtement. Elle a peur de lui, moyennant quoi c’est d’elle qu’elle craint le pire. Des sentiments qui la dépassent et qu’elle ne saurait canaliser. Alyona la rassure, d’une sœur on ne redoute rien. Elle prend sa baguette, poursuivant méticuleusement la recette. Les souvenirs reviennent en elle, rires d’Alexandre, les bagarres avec Circéia pour avoir la poupée aux cheveux blonds comme ceux de Maman. Tant de moments effacés par le temps, oubliettés. Il est même inquiétant de les voir remonter du tréfonds des ans. Alyona n’y est pour rien, ils sont le passé qui jamais ne la quittera vraiment. Elle les refoule pour mieux survivre. Ce n’est même pas douloureux, moins que l’absence dont elle a du mal à se passer sans vraiment se l’avouer. L’idée d’une béquille dont elle dépendrait lui déplaît, il est pourtant un peu question de cela. Elle n’a pas piégé son amie en l’amenant ici, en montrant son dénuement, le passé et toutes ces choses qui feraient d’elle une répudiée. Vana voudrait tant être sûre de compter autant pour Aly qu’Aly compte à ses yeux. La peur d’être abandonnée. Comment peut-on expliquer ces choses-là sans rentrer dans un obscène pathos. S’il lui arrive de donner d’elle plus qu’elle ne devrait, c’est pour se protéger. Brutaliser autrui par des mots crus, des situations, des réactions… se rendre impopulaire dans le seul but de ne pas se mettre en danger de souffrance. C’est mortifère. Ivanovna, encore Alekhina, ne sait pas comment se réjouir du présent sans trahir son passé. Du moins la part belle qu'il en reste.
- ...Nous étions heureux, joyeux. C’était une vraie famille, sans jalousie…
La question d’Alyona est plus alambiquée qu’il n’y paraît. « Appartenir »…
- Tout a changé avec le départ de Circéia, j’ai vu dans les yeux de mon père qu’il ne s’en remettrait pas. Et elle excellait chez Serpentard… la compétition a commencé entre nous. Je n’existais pas. Je crois que mon côté Gunnray remonte à cette époque. Je ne me sens plus du tout Alekhina. Il n’y a rien à dire, cette période ne me manque pas du tout !
C’est faux mais elle le voit ainsi. Vana ajouterait bien des preuves de son attachement irréversible envers Aly mais ce serait mal. On ne remplace pas quelqu’un, tous les êtres sont différents. Elle a seulement conscience de la chance qui est la sienne en cet instant. Les mots ont été posés sans aigreur.
- C’est aujourd’hui qui compte. On ne sait jamais quelle magie l’avenir nous réserve. Alors…non, tout cela ne me manque vraiment pas, mais alors si tu savais, pas du tout…
Elle insiste, comme pour mieux s’en convaincre.
- Depuis que j’ai décidé de virer en Hybride l’an prochain vivre a enfin un sens.
Là est la vraie cruauté à ses yeux, qui l’éloignera précocement d’Alyona. L’ordre naturel des choses n’a pas que du bon.
Tant d’années perdues. Une vague de chaleur la traverse, l’envie d’arrêter le temps pour que cette soirée dure infiniment…
Pour recréer une consistance, elle décide de répondre mais ne sait pas quoi dire, encore moins comment.
- C’est toi ma fratrie…
Vana parle doucement, on peut interpréter ses mots comme un aveu, la déclaration d’un amour sororal dénué de toute impureté. A cet instant elle pense confusément à un garçon qu’elle repousse avec une constance proche de l’entêtement. Elle a peur de lui, moyennant quoi c’est d’elle qu’elle craint le pire. Des sentiments qui la dépassent et qu’elle ne saurait canaliser. Alyona la rassure, d’une sœur on ne redoute rien. Elle prend sa baguette, poursuivant méticuleusement la recette. Les souvenirs reviennent en elle, rires d’Alexandre, les bagarres avec Circéia pour avoir la poupée aux cheveux blonds comme ceux de Maman. Tant de moments effacés par le temps, oubliettés. Il est même inquiétant de les voir remonter du tréfonds des ans. Alyona n’y est pour rien, ils sont le passé qui jamais ne la quittera vraiment. Elle les refoule pour mieux survivre. Ce n’est même pas douloureux, moins que l’absence dont elle a du mal à se passer sans vraiment se l’avouer. L’idée d’une béquille dont elle dépendrait lui déplaît, il est pourtant un peu question de cela. Elle n’a pas piégé son amie en l’amenant ici, en montrant son dénuement, le passé et toutes ces choses qui feraient d’elle une répudiée. Vana voudrait tant être sûre de compter autant pour Aly qu’Aly compte à ses yeux. La peur d’être abandonnée. Comment peut-on expliquer ces choses-là sans rentrer dans un obscène pathos. S’il lui arrive de donner d’elle plus qu’elle ne devrait, c’est pour se protéger. Brutaliser autrui par des mots crus, des situations, des réactions… se rendre impopulaire dans le seul but de ne pas se mettre en danger de souffrance. C’est mortifère. Ivanovna, encore Alekhina, ne sait pas comment se réjouir du présent sans trahir son passé. Du moins la part belle qu'il en reste.
- ...Nous étions heureux, joyeux. C’était une vraie famille, sans jalousie…
La question d’Alyona est plus alambiquée qu’il n’y paraît. « Appartenir »…
- Tout a changé avec le départ de Circéia, j’ai vu dans les yeux de mon père qu’il ne s’en remettrait pas. Et elle excellait chez Serpentard… la compétition a commencé entre nous. Je n’existais pas. Je crois que mon côté Gunnray remonte à cette époque. Je ne me sens plus du tout Alekhina. Il n’y a rien à dire, cette période ne me manque pas du tout !
C’est faux mais elle le voit ainsi. Vana ajouterait bien des preuves de son attachement irréversible envers Aly mais ce serait mal. On ne remplace pas quelqu’un, tous les êtres sont différents. Elle a seulement conscience de la chance qui est la sienne en cet instant. Les mots ont été posés sans aigreur.
- C’est aujourd’hui qui compte. On ne sait jamais quelle magie l’avenir nous réserve. Alors…non, tout cela ne me manque vraiment pas, mais alors si tu savais, pas du tout…
Elle insiste, comme pour mieux s’en convaincre.
- Depuis que j’ai décidé de virer en Hybride l’an prochain vivre a enfin un sens.
Là est la vraie cruauté à ses yeux, qui l’éloignera précocement d’Alyona. L’ordre naturel des choses n’a pas que du bon.
Sweet dumplings' duet, Nanny fashioned
Si nous avions grandi ensemble, Vana, aurions-nous été proches, inséparables, tels ces duos qui se ressemblent tant qu'on finit par les confondre, les mélanger, aller au-delà du sang dans les similitudes et appeler l'une par le prénom de l'autre, et inversement ? Aurions-nous pu par un regard nous comprendre, nous saisir, nous deviner, et lire dans la seconde où les iris se frôlent plus de signes que n'en trouvent les archéologues, plus d'assurance sur l'autre que ne peuvent en avoir les spécialistes de divination ? Aurions-nous pu construire dans les balbutiements de notre jeunesse la force du lien que nous rebâtissons désormais sur les ruines de notre adolescence ? Mes pensées glissent vers toi avec une affection brute et vive comme un bourgeon. De toutes les histoires qu'on aurait pu écrire, de tous les avenirs qui auraient pu se dessiner, et de tous les choix qu'on aurait pu trancher, aucun ne me paraîtrait plus merveilleux, plus désirable que ces minutes penchées sur une préparation, des fleurs sur la table et leur odeur dans l'air, et notre complicité qui enjolive tout, transformant les silences en bains chauds et les gestes en chorégraphies. Avec toi je pourrais fermer les yeux, m'endormir sans aucune crainte ; tu es le bout de mon univers que l'inquiétude et l'angoisse n'effleurent pas.
La confession, articulée si doucement et si naturellement pose un voile d'apaisement sur mon cœur. Avant même de l'avoir perçue, j'avais pourtant déjà l'impression de la connaître, de pouvoir en savourer la certitude et la vérité. Parce que je la savais déjà, il me fallait l'entendre encore. Plonger mon hésitation, mon besoin d'amour une dernière fois dans la solidité de cette amitié, et les laisser s'y dissoudre pour toujours. Ma respiration est plus calme et agréable, mon souffle se dénoue et les larmes me monteraient presque aux yeux, émue comme je le suis.
Vana, ma sœur.
Je m'accroche à ces mots, les répète, les goûte lentement, décidée à ne pas m'en séparer.
Dans ma bouche les réponses manquent, et les seules qui se présentent paraissent fades et insuffisantes. Alors, c'est presque tout naturellement et simplement que mes mouvements ralentissent, que mes doigts se suspendent dans leur geste, et que mon visage se tourne vers mon amie, éclairé, rayonnant de ce qu'elle m'offre. Mes yeux prennent la parole, articulent « ma sœur » en silence avec une joie impossible à dissimuler. C'est l'unique réponse qui me paraît correcte, la seule qui contient tout ce que j'aimerais dire : ce long regard vers Vana, celui qui exprime plus que mille mots, la reconnaissance, le bonheur, l'amour, la sororité. Celui que même les archéologues et les spécialistes de divination ne pourraient pas traduire.
La suite coule plus aisément, dénuée désormais de ses nœuds et de ses vides. Nous nous tenons côte à côte et nous n'avons plus grand-chose à nous cacher.
Je découvre une autre vision de la famille, sans l'impression d'être sur la pointe des pieds et de regarder par une fenêtre à laquelle je n'aurais pas dû avoir accès, mais plutôt la sensation d'être invitée à partager un souvenir, comme on pourrait en offrir la vision cristallisée dans une pensine. Adossée à celle-ci viennent les sentiments de mon amie, qui se détachent et m'étonnent presque par leur franchise. Comment cela peut-il ne pas lui manquer, même un peu ? Mais je la comprends bien rapidement, cela ne lui manque pas comme mon enfance ne me manque pas, car désormais tout est différent, et là où se tenait un bonheur simple mais incertain se tient maintenant un présent et un avenir qu'on maîtrise, qui nous ressemble, et qui n'en demeure pourtant pas moins lumineux et agréable, attirant. Aujourd'hui nous nous sommes trouvées. Ce que nous avons perdu d'hier a permis l'arrivée de nouvelles plantes entre les ruines et les vides. Alors bien sûr, les regards en arrière n'en sont pas moins douloureux, mais comme Vana le dit, « c'est aujourd'hui qui compte », et je le reconnais sans peine.
« Tu as raison », lui avoué-je, réaffirmant mon appartenance entre deux lancers de sortilèges.
Pourtant, quelque chose en moi s'étire dans son opposition, se débat légèrement pour se faire entendre, dressé contre l'incertitude, faisant parvenir des murmures qui ondulent. Tout ce qui fut passé doit-il être oublié, balayé, remplacé ? Pourquoi la vie n'aurait-elle un sens qu'à partir d'aujourd'hui, de demain ? N'y en avait-il pas déjà avant, même un tant soit peu ? Tout ne commence-t-il que maintenant ? Mais je ne peux pas m'attarder, me laisser être courbée par ces pensées, car avec elles vient la douleur associée à la séparation : Ivanovna continuera ses études dans un autre domaine tandis que je m'en irai travailler dans celui de la botanique. Nos chemins ne seront plus tout à fait côte à côte. Est-ce le début d'un éloignement certain ou la virgule dans une phrase qui n'en finit pas ?
Je prépare les fleurs avant de les incorporer, pensive, soucieuse, silencieuse. Cependant, un sourire navigue toujours sur mes lèvres, assuré de sa sécurité.
« Lorsque tu seras en hybride, je ne serai peut-être plus à l'Institut... commencé-je, posant les évidences sur la table pour mieux y faire face, mais nous continuerons à nous voir, je veux que tu en sois assurée. Nous serons heureuses, nous aurons trouvé un sens à ce que nous faisons, à notre vie, mais cela ne veut pas dire que nous serons heureuses chacune de notre côté. »
J'interromps gestes et paroles, gagnée par une certitude soudaine.
« Les sœurs qui se choisissent ne se séparent pas si facilement. »
La confession, articulée si doucement et si naturellement pose un voile d'apaisement sur mon cœur. Avant même de l'avoir perçue, j'avais pourtant déjà l'impression de la connaître, de pouvoir en savourer la certitude et la vérité. Parce que je la savais déjà, il me fallait l'entendre encore. Plonger mon hésitation, mon besoin d'amour une dernière fois dans la solidité de cette amitié, et les laisser s'y dissoudre pour toujours. Ma respiration est plus calme et agréable, mon souffle se dénoue et les larmes me monteraient presque aux yeux, émue comme je le suis.
Vana, ma sœur.
Je m'accroche à ces mots, les répète, les goûte lentement, décidée à ne pas m'en séparer.
Dans ma bouche les réponses manquent, et les seules qui se présentent paraissent fades et insuffisantes. Alors, c'est presque tout naturellement et simplement que mes mouvements ralentissent, que mes doigts se suspendent dans leur geste, et que mon visage se tourne vers mon amie, éclairé, rayonnant de ce qu'elle m'offre. Mes yeux prennent la parole, articulent « ma sœur » en silence avec une joie impossible à dissimuler. C'est l'unique réponse qui me paraît correcte, la seule qui contient tout ce que j'aimerais dire : ce long regard vers Vana, celui qui exprime plus que mille mots, la reconnaissance, le bonheur, l'amour, la sororité. Celui que même les archéologues et les spécialistes de divination ne pourraient pas traduire.
La suite coule plus aisément, dénuée désormais de ses nœuds et de ses vides. Nous nous tenons côte à côte et nous n'avons plus grand-chose à nous cacher.
Je découvre une autre vision de la famille, sans l'impression d'être sur la pointe des pieds et de regarder par une fenêtre à laquelle je n'aurais pas dû avoir accès, mais plutôt la sensation d'être invitée à partager un souvenir, comme on pourrait en offrir la vision cristallisée dans une pensine. Adossée à celle-ci viennent les sentiments de mon amie, qui se détachent et m'étonnent presque par leur franchise. Comment cela peut-il ne pas lui manquer, même un peu ? Mais je la comprends bien rapidement, cela ne lui manque pas comme mon enfance ne me manque pas, car désormais tout est différent, et là où se tenait un bonheur simple mais incertain se tient maintenant un présent et un avenir qu'on maîtrise, qui nous ressemble, et qui n'en demeure pourtant pas moins lumineux et agréable, attirant. Aujourd'hui nous nous sommes trouvées. Ce que nous avons perdu d'hier a permis l'arrivée de nouvelles plantes entre les ruines et les vides. Alors bien sûr, les regards en arrière n'en sont pas moins douloureux, mais comme Vana le dit, « c'est aujourd'hui qui compte », et je le reconnais sans peine.
« Tu as raison », lui avoué-je, réaffirmant mon appartenance entre deux lancers de sortilèges.
Pourtant, quelque chose en moi s'étire dans son opposition, se débat légèrement pour se faire entendre, dressé contre l'incertitude, faisant parvenir des murmures qui ondulent. Tout ce qui fut passé doit-il être oublié, balayé, remplacé ? Pourquoi la vie n'aurait-elle un sens qu'à partir d'aujourd'hui, de demain ? N'y en avait-il pas déjà avant, même un tant soit peu ? Tout ne commence-t-il que maintenant ? Mais je ne peux pas m'attarder, me laisser être courbée par ces pensées, car avec elles vient la douleur associée à la séparation : Ivanovna continuera ses études dans un autre domaine tandis que je m'en irai travailler dans celui de la botanique. Nos chemins ne seront plus tout à fait côte à côte. Est-ce le début d'un éloignement certain ou la virgule dans une phrase qui n'en finit pas ?
Je prépare les fleurs avant de les incorporer, pensive, soucieuse, silencieuse. Cependant, un sourire navigue toujours sur mes lèvres, assuré de sa sécurité.
« Lorsque tu seras en hybride, je ne serai peut-être plus à l'Institut... commencé-je, posant les évidences sur la table pour mieux y faire face, mais nous continuerons à nous voir, je veux que tu en sois assurée. Nous serons heureuses, nous aurons trouvé un sens à ce que nous faisons, à notre vie, mais cela ne veut pas dire que nous serons heureuses chacune de notre côté. »
J'interromps gestes et paroles, gagnée par une certitude soudaine.
« Les sœurs qui se choisissent ne se séparent pas si facilement. »
#466962 ‖ Botaniste au Jardin de Draíocht
Sweet dumplings' duet, Nanny fashioned
Trigger warning : Le post qui suit aborde les sentiments et leurs effets parfois extrêmes sur les pensées, transformées en mots, des individus. A aucun moment dans mes RPs il n'y a d'apologie de la violence. Ce qui suit met en lumière les mauvaises pensées, énoncées, que l'on regrette en s'entendant les prononcer. Elles ont dans mon esprit vocation à faire méditer qui les lit pour mieux s'en préserver. Ivanovna est jeune et ne se rend pas toujours compte du poids des choses. Il est ici un jeune public qui peut tout à fait lire ce qui suit maintenant qu'il est averti.
Mains d'Ivanovna
Ivanovna, concentrée sur l’instant présent, reçoit comme un cadeau les derniers mots d’Aly. A la différence des liens du sang, ceux que l’on construit par nos choix ont besoin d’être réalimentés régulièrement. Et si peu souvent dans son passé elle a entendu ce genre de choses… C’est important pour elle, impérieux même. Une question, stupide, demeure. Laquelle est donc l’aînée ? Seraient-elles jumelles ? Oui mais quand bien même, on dit qu’il existe toujours un jumeau… plus fort, un aîné. Elle ne voit aucune distinction, aucun moyen de trancher. C’est donc bien d’une autre sororité qu’il s’agit. Et celle-là lui convient à merveille. L’intensité des années d’études supérieures, tout ce temps passé à rédiger des parchemins entiers de savoirs, de connaissances, de compétences… n’oublie pas le savoir faire, le savoir être… que de théorie… que de temps passé à en parler, éplucher, comprendre… Elle aime tellement cette vie…
- Une sorte de serment inviolable… je vois ce que tu veux dire. Et c’est très exactement ce que je ressens. Tu sais, je pourrais tuer pour toi. Plus que pour toute autre raison. C’est un peu brutal je te l’accorde mais vraiment, si quelqu’un te faisait du mal, j’aurais peine à me contenir.
Un frisson la traverse. L’idée est macabre mais le pire, c’est qu’elle le ressent ainsi, ayant parlé sans filtre ni exagération . C’est peut-être ce qu’elle a appris de plus vital en Sibérie, les solutions définitives…
- J’ai honte d’avoir dit ça. Je te prie de m’excuser…
Du coup, Ivanovna oublie complètement la menace réelle à terme qu’Alyona vient de proférer comme une évidence. Un jour la vie sépare ceux qui s’aiment, c’est ainsi. Et le choix de poursuivre des études en changeant de filière est l’une des causes de ce changement inéluctable. Oublier… ne pas entendre… ou seulement faire en sorte d’enfouir bien profond une vérité que l’on connaît sans vouloir l’affronter avec calme. C’est aussi une affaire de densité. Quand elle est seule à Wick, il ne se passe rien, rien qui ne mérite de s’y attarder. En moins de deux jours, elle a vécu bien plus que depuis 2045. Rien n’avait été calculé, au plus retardé par l’existence.
-...Je crois que le jour où je tomberai amoureuse, je serai plus dangereuse que le Seigneur des Ténèbres...C’était vraiment nul ce que je viens de dire…
La recette est bientôt prête, Ivanovna a poursuivi son élaboration en prenant garde aux proportions et mises en forme. Alyona aussi ! Il faut, à un stade précis, respecter les agents actifs sans quoi, la plupart du temps, tout vous explose à la figure au moment de la dégustation…
- La cuisine est une manière comme une autre de pratiquer la magie,
...dit-elle en manipulant sa baguette dans le but de « refermer » les patidoux.
-...une manière satisfaisante car nourrissante. Je comprends les mères quand je cuisine. La nourriture c’est la vie.
Presque une heure d’attente… Incontournable étape qui n’a pas beaucoup d’intérêt sur le plan visuel. Certaines cuissons sont amusantes à regarder mais celle d’un patidoux n’a rien d’extraordinaire. Le végétal se replie insensiblement, a tendance à se flétrir mais bon…
- Je n’ai plus la patience d’antan. Avec Nanny, on écoutait ses histoires, le temps passait vite… A bien y réfléchir, elle faisait en sorte de nous donner envie de faire comme elle. Pas de place pour une cracmol chez les Gunnray. Je crois que mes premiers élans de magie remontent à cette époque…
D’une certaine manière, Vana a perdu la tête depuis un certain temps. Le passé familial se confond avec un présent bien plus sec, étriqué en fait. Tout se concentre dans la seule personne qu’est Aly. Ce n’est pas forcément très sain mais les deux sorcières semblent se satisfaire d’une relation étrangement complice. Il est un naturel qu’Ivanovna… sacralise. Avec Aly, elle n’a jamais peur. C’est un sentiment reposant pour un animal trop habitué à devoir se cacher.
- La magie…Il arrive que je sois heureuse d’être une sorcière, ce n’est pas tous les jours mais ça arrive.
Mains d'Ivanovna
Ivanovna, concentrée sur l’instant présent, reçoit comme un cadeau les derniers mots d’Aly. A la différence des liens du sang, ceux que l’on construit par nos choix ont besoin d’être réalimentés régulièrement. Et si peu souvent dans son passé elle a entendu ce genre de choses… C’est important pour elle, impérieux même. Une question, stupide, demeure. Laquelle est donc l’aînée ? Seraient-elles jumelles ? Oui mais quand bien même, on dit qu’il existe toujours un jumeau… plus fort, un aîné. Elle ne voit aucune distinction, aucun moyen de trancher. C’est donc bien d’une autre sororité qu’il s’agit. Et celle-là lui convient à merveille. L’intensité des années d’études supérieures, tout ce temps passé à rédiger des parchemins entiers de savoirs, de connaissances, de compétences… n’oublie pas le savoir faire, le savoir être… que de théorie… que de temps passé à en parler, éplucher, comprendre… Elle aime tellement cette vie…
- Une sorte de serment inviolable… je vois ce que tu veux dire. Et c’est très exactement ce que je ressens. Tu sais, je pourrais tuer pour toi. Plus que pour toute autre raison. C’est un peu brutal je te l’accorde mais vraiment, si quelqu’un te faisait du mal, j’aurais peine à me contenir.
Un frisson la traverse. L’idée est macabre mais le pire, c’est qu’elle le ressent ainsi, ayant parlé sans filtre ni exagération . C’est peut-être ce qu’elle a appris de plus vital en Sibérie, les solutions définitives…
- J’ai honte d’avoir dit ça. Je te prie de m’excuser…
Du coup, Ivanovna oublie complètement la menace réelle à terme qu’Alyona vient de proférer comme une évidence. Un jour la vie sépare ceux qui s’aiment, c’est ainsi. Et le choix de poursuivre des études en changeant de filière est l’une des causes de ce changement inéluctable. Oublier… ne pas entendre… ou seulement faire en sorte d’enfouir bien profond une vérité que l’on connaît sans vouloir l’affronter avec calme. C’est aussi une affaire de densité. Quand elle est seule à Wick, il ne se passe rien, rien qui ne mérite de s’y attarder. En moins de deux jours, elle a vécu bien plus que depuis 2045. Rien n’avait été calculé, au plus retardé par l’existence.
-...Je crois que le jour où je tomberai amoureuse, je serai plus dangereuse que le Seigneur des Ténèbres...C’était vraiment nul ce que je viens de dire…
La recette est bientôt prête, Ivanovna a poursuivi son élaboration en prenant garde aux proportions et mises en forme. Alyona aussi ! Il faut, à un stade précis, respecter les agents actifs sans quoi, la plupart du temps, tout vous explose à la figure au moment de la dégustation…
- La cuisine est une manière comme une autre de pratiquer la magie,
...dit-elle en manipulant sa baguette dans le but de « refermer » les patidoux.
-...une manière satisfaisante car nourrissante. Je comprends les mères quand je cuisine. La nourriture c’est la vie.
Presque une heure d’attente… Incontournable étape qui n’a pas beaucoup d’intérêt sur le plan visuel. Certaines cuissons sont amusantes à regarder mais celle d’un patidoux n’a rien d’extraordinaire. Le végétal se replie insensiblement, a tendance à se flétrir mais bon…
- Je n’ai plus la patience d’antan. Avec Nanny, on écoutait ses histoires, le temps passait vite… A bien y réfléchir, elle faisait en sorte de nous donner envie de faire comme elle. Pas de place pour une cracmol chez les Gunnray. Je crois que mes premiers élans de magie remontent à cette époque…
D’une certaine manière, Vana a perdu la tête depuis un certain temps. Le passé familial se confond avec un présent bien plus sec, étriqué en fait. Tout se concentre dans la seule personne qu’est Aly. Ce n’est pas forcément très sain mais les deux sorcières semblent se satisfaire d’une relation étrangement complice. Il est un naturel qu’Ivanovna… sacralise. Avec Aly, elle n’a jamais peur. C’est un sentiment reposant pour un animal trop habitué à devoir se cacher.
- La magie…Il arrive que je sois heureuse d’être une sorcière, ce n’est pas tous les jours mais ça arrive.
Sweet dumplings' duet, Nanny fashioned
Trigger Warning : quelques idées lancées dans le post précédent (sacrifice de soi, violence) se poursuivent légèrement/sont mentionnées dans le post qui suit.
Un serment inviolable ? Comme une chaîne autour de nous deux, qu'on ne peut pas rompre, qui rapproche, tient le lien, et oblige aussi, peut-être ? Peut-on s'enfermer dans une amitié ? Je n'ai pas l'impression d'avoir voulu dire cela, Vana doit se méprendre. Dans le serment, n'y a-t-il pas de la contrainte ? Pourtant, j'ai la sensation que ce qui nous lie est tout à fait libre, que ce n'est pas poussée l'une vers l'autre que nous nous retrouvons ; s'il y a un serment, une promesse, elle est souple et facile à tenir, elle nous permet d'être nous-mêmes chacune de notre côté, de suivre notre propre chemin en ayant la certitude que cela ne signifie pas trahir l'autre. Ou peut-être que je n'ai pas compris les propos de mon amie ? Ils me troublent, me font réfléchir. J'ai peur de ne pas être à la hauteur de ce qu'elle place en moi, de ne pas pouvoir lui donner assez. Puis-je être la sœur et l'amie, la famille et la confidente ? Pourrais-je tuer pour Ivanovna, moi, s'il le fallait ? Ces pensées sont immenses ! Dans leur ombre je me noie, dépassée et perdue. Tuer ! Qu'est-ce que cela signifie ? Est-ce qu'elle le pense vraiment ? La gravité de ses paroles me trouble et me pèse, je peine à réfléchir, à agir. Pourrais-je tuer pour Ivanovna ? Prendre la vie ? Faire du mal, pour elle ? Mais si on la menaçait, si elle était empoisonnée comme Circéia ? Saurais-je rester paisiblement immobile ? Je tangue les bras lourds et les yeux aveugles. Non, je ne pourrai pas faire preuve de violence, je ne pourrai pas aller jusque-là, jusqu'au bout. Je n'y parviendrais pas, même si l'envie arrivait à se faire une place en moi. Ce ne serait pas possible.
Pourtant, Vana représente tellement à mes yeux ! C'est la sœur que je n'ai jamais eue, l'amie qui me comprend, qui m'ouvre au monde, m'aide à prendre ma vie en mains, à croire en moi, c'est la sorcière qui m'apprend à me libérer, à rire plus fort, à pleurer sans honte, à m'engager dans les chemins que je ne pensais pas pouvoir prendre. Je lui dois tant. S'il lui arrivait quelque chose... Si elle était menacée devant moi... Si sa vie était en danger... Je mettrais la mienne en jeu, sans hésiter une seconde, mais je crois que je ne pourrais pas chercher la vengeance, la violence, je ne pourrais pas tuer. Même pour Vana. Est-ce que cela me rend indigne de l'amour qu'elle me porte ? Si je suis incapable d'un serment inviolable, si je suis incapable de la défendre, ai-je droit à son dévouement ?
Je ne parviens pas à lui répondre, ni à formuler la moindre phrase. Les idées qui me traversent me hantent et m'obsèdent. Je prends ma température, me détache et me regarde. Qu'est-ce qui ne va pas ? Que faut-il changer ? Qu'est-ce qui cloche avec moi ? Je ne peux pas m'empêcher de me remettre en question, de m'appeler moi-même à la barre pour me juger, m'accuser, lire à travers moi. Que serai-je prête à sacrifier pour les autres ? Que serai-je prête à laisser ? Ma famille, mon honneur, ma fierté, mon travail, mes valeurs, ma vie ? Les balances oscillent et oscillent, lancinantes et pesantes. Serai-je prête pour un serment inviolable ? Serai-je prête pour un sortilège impardonnable ?
La honte avouée et les regrets de Vana posent une main apaisante sur ma poitrine qui s'emballait. Respire Alyona, oublie cela, c'est idiot, elle ne le pensait pas. Il faut rester concentrée sur la potion, ne pas s'embourber dans les réflexions dangereuses, celles pour lesquelles on pourrait tout de suite aller trop vite, trop loin, et tout abandonner. Il ne faut pas s'emballer. Prendre du recul, s'asseoir dans le coin de son âme, laisser le temps couler, les mots s'en aller ailleurs, suivre et oublier ce qui nous a frappés sur le chemin. À buter sans cesse sur la même pierre, on manquera la lumière qui descend entre les branches.
Le sourire me revient vite, réconfortant. Je bondis à son bras, niant et oubliant les réflexions passées.
« Il n'y a pas que les mères qui cuisinent, Vana. La mienne ne cuisine jamais ! confié-je avec amusement. Peut-être que tu tomberas amoureuse d'un cuisinier... » ajouté-je avec malice, suivant moi aussi la recette.
Plonger les mains dans la magie m'apaise, me calme. Je peux m'y reposer sans crainte, c'est aérien, léger comme une mousse. Je flotte dans ce nuage, à l'abri des tempêtes, les yeux se confondant avec le bleu du ciel.
Il est plus aisé de parler magie que de parler sacrifice. Au premier je me sens trop individuelle, seule sur les devants de la scène, laissée aux regards des loups et des doigts qui me désignent avec horreur et déception. Au deuxième je me fonds dans la foule, une parmi tous, porteuse de mon étoile dans une immense galaxie.
« Pourquoi tu ne serais pas heureuse d'être une sorcière ? demandé-je avec curiosité, véritablement intriguée par cette révélation à laquelle je ne m'attendais pas, et que je ne comprends pas tout à fait. Dans ma famille aussi, il n'y a pas vraiment de place pour les cracmols. J'ai toujours eu peur d'en être une avant mon premier signe de magie. Et même aujourd'hui, je crois que pour rien au monde je ne voudrais devenir cracmolle. C'est tellement... Non, je ne pourrais pas imaginer ma vie sans magie ! » Un rire léger me secoue les épaules. « Tu imagines ! Tout deviendrait tellement plus compliqué ! »
Un serment inviolable ? Comme une chaîne autour de nous deux, qu'on ne peut pas rompre, qui rapproche, tient le lien, et oblige aussi, peut-être ? Peut-on s'enfermer dans une amitié ? Je n'ai pas l'impression d'avoir voulu dire cela, Vana doit se méprendre. Dans le serment, n'y a-t-il pas de la contrainte ? Pourtant, j'ai la sensation que ce qui nous lie est tout à fait libre, que ce n'est pas poussée l'une vers l'autre que nous nous retrouvons ; s'il y a un serment, une promesse, elle est souple et facile à tenir, elle nous permet d'être nous-mêmes chacune de notre côté, de suivre notre propre chemin en ayant la certitude que cela ne signifie pas trahir l'autre. Ou peut-être que je n'ai pas compris les propos de mon amie ? Ils me troublent, me font réfléchir. J'ai peur de ne pas être à la hauteur de ce qu'elle place en moi, de ne pas pouvoir lui donner assez. Puis-je être la sœur et l'amie, la famille et la confidente ? Pourrais-je tuer pour Ivanovna, moi, s'il le fallait ? Ces pensées sont immenses ! Dans leur ombre je me noie, dépassée et perdue. Tuer ! Qu'est-ce que cela signifie ? Est-ce qu'elle le pense vraiment ? La gravité de ses paroles me trouble et me pèse, je peine à réfléchir, à agir. Pourrais-je tuer pour Ivanovna ? Prendre la vie ? Faire du mal, pour elle ? Mais si on la menaçait, si elle était empoisonnée comme Circéia ? Saurais-je rester paisiblement immobile ? Je tangue les bras lourds et les yeux aveugles. Non, je ne pourrai pas faire preuve de violence, je ne pourrai pas aller jusque-là, jusqu'au bout. Je n'y parviendrais pas, même si l'envie arrivait à se faire une place en moi. Ce ne serait pas possible.
Pourtant, Vana représente tellement à mes yeux ! C'est la sœur que je n'ai jamais eue, l'amie qui me comprend, qui m'ouvre au monde, m'aide à prendre ma vie en mains, à croire en moi, c'est la sorcière qui m'apprend à me libérer, à rire plus fort, à pleurer sans honte, à m'engager dans les chemins que je ne pensais pas pouvoir prendre. Je lui dois tant. S'il lui arrivait quelque chose... Si elle était menacée devant moi... Si sa vie était en danger... Je mettrais la mienne en jeu, sans hésiter une seconde, mais je crois que je ne pourrais pas chercher la vengeance, la violence, je ne pourrais pas tuer. Même pour Vana. Est-ce que cela me rend indigne de l'amour qu'elle me porte ? Si je suis incapable d'un serment inviolable, si je suis incapable de la défendre, ai-je droit à son dévouement ?
Je ne parviens pas à lui répondre, ni à formuler la moindre phrase. Les idées qui me traversent me hantent et m'obsèdent. Je prends ma température, me détache et me regarde. Qu'est-ce qui ne va pas ? Que faut-il changer ? Qu'est-ce qui cloche avec moi ? Je ne peux pas m'empêcher de me remettre en question, de m'appeler moi-même à la barre pour me juger, m'accuser, lire à travers moi. Que serai-je prête à sacrifier pour les autres ? Que serai-je prête à laisser ? Ma famille, mon honneur, ma fierté, mon travail, mes valeurs, ma vie ? Les balances oscillent et oscillent, lancinantes et pesantes. Serai-je prête pour un serment inviolable ? Serai-je prête pour un sortilège impardonnable ?
La honte avouée et les regrets de Vana posent une main apaisante sur ma poitrine qui s'emballait. Respire Alyona, oublie cela, c'est idiot, elle ne le pensait pas. Il faut rester concentrée sur la potion, ne pas s'embourber dans les réflexions dangereuses, celles pour lesquelles on pourrait tout de suite aller trop vite, trop loin, et tout abandonner. Il ne faut pas s'emballer. Prendre du recul, s'asseoir dans le coin de son âme, laisser le temps couler, les mots s'en aller ailleurs, suivre et oublier ce qui nous a frappés sur le chemin. À buter sans cesse sur la même pierre, on manquera la lumière qui descend entre les branches.
Le sourire me revient vite, réconfortant. Je bondis à son bras, niant et oubliant les réflexions passées.
« Il n'y a pas que les mères qui cuisinent, Vana. La mienne ne cuisine jamais ! confié-je avec amusement. Peut-être que tu tomberas amoureuse d'un cuisinier... » ajouté-je avec malice, suivant moi aussi la recette.
Plonger les mains dans la magie m'apaise, me calme. Je peux m'y reposer sans crainte, c'est aérien, léger comme une mousse. Je flotte dans ce nuage, à l'abri des tempêtes, les yeux se confondant avec le bleu du ciel.
Il est plus aisé de parler magie que de parler sacrifice. Au premier je me sens trop individuelle, seule sur les devants de la scène, laissée aux regards des loups et des doigts qui me désignent avec horreur et déception. Au deuxième je me fonds dans la foule, une parmi tous, porteuse de mon étoile dans une immense galaxie.
« Pourquoi tu ne serais pas heureuse d'être une sorcière ? demandé-je avec curiosité, véritablement intriguée par cette révélation à laquelle je ne m'attendais pas, et que je ne comprends pas tout à fait. Dans ma famille aussi, il n'y a pas vraiment de place pour les cracmols. J'ai toujours eu peur d'en être une avant mon premier signe de magie. Et même aujourd'hui, je crois que pour rien au monde je ne voudrais devenir cracmolle. C'est tellement... Non, je ne pourrais pas imaginer ma vie sans magie ! » Un rire léger me secoue les épaules. « Tu imagines ! Tout deviendrait tellement plus compliqué ! »
#466962 ‖ Botaniste au Jardin de Draíocht
Sweet dumplings' duet, Nanny fashioned
Trigger Warning : quelques idées lancées dans les posts précédents se poursuivent encore. Lire en sachant où l’on va s’avère préférable.
Dans quelques mois, elle ne verra plus les choses de la même manière. Vana aura grandi, compris bien des choses de la vie. Dans quelques mois elle verra en les moldus des êtres comme les autres, juste sans la magie. Dans quelques mois… mais aujourd’hui encore elle pense comme on le lui a appris. Et il semble qu’Aly ait eu la même éducation. Elles sont bien des jumelles, qu’elles le veuillent ou non . Il est possible que l’une parle plus vite que l’autre, tout comme il est probable que l’une ait plus de morceaux de peau rapiécée en surface. Mais dans le coeur du réacteur, là où l'on puise la magie, allez savoir les différences.
Dans le four, la cuisson se poursuit. Les mots malencontreux secouent encore une fille peu habituée à des pensées aussi sombres. Mais Ivanovna a déjà fait l’expérience de situations extrêmes, le genre de minutes où c’est l’autre ou soi. Et parfois l’autre est plusieurs. Fuir est la meilleure option mais si la chose devait advenir, que ferait-elle ? Ils apprennent dans certains manuels qu’au moment de la mort imminente, on croit encore pouvoir y échapper, s’en sortir grâce à la pitié de l’ennemi. Elle sait que ce n’est pas toujours possible. Ivanovna a dû employer des méthodes réprouvées, c’est une vraie magie noire que de craindre y avoir succombé. Donner la mort sans l’intention initiale, se défendre… c’est une question qu’Ivanovna préfère laisser de côté, dans une forme de lâcheté qu’elle reconnaîtrait sans peine. Elle aurait sans doute pu devenir auror, comme sa tante. Ses… dispositions en défense contre les forces du mal, une… aptitude qu’elle sent en elle, qui la révulse d’ailleurs… elle saurait. Ivanovna est bien plus brutale qu’Alyona. Mais c’est la vie qui l’a construite ainsi, elle n’en a aucune des… sources de magie primordiale nécessaires. En fait, la jeune sorcière se bat perpétuellement contre elle-même, contre ce fatum qui en fait une orpheline sur tous les tableaux, contre cela et contre ces décisions qui la ralentissent à chaque carrefour de la vie.
- Un cuisinier ?
Quelle idée saugrenue, Merlin, non !… Enfin…
- La belle affaire, je ne suis pas sûre que la magie apporte vraiment un plus en la matière, à part la vitesse d’élaboration…
Elle a tenté un temps de participer à des marchés moldus mais cela ne fonctionnait pas. Problème monétaire, problème culturel, à quoi cela sert-il de vendre des plantes magiques si l’on ne peut mettre en avant leur magie ? Durant cette période néanmoins elle a côtoyé des gens en quête de produits rares, des « chefs » comme on dit dans le monde moldu. Ce qu’ils créent est assurément délicieux. Quant à tomber amoureux d’un cuisinier…
- … ou alors il serait moldu… familialement inenvisageable. Je suis la dernière porteuse du sang Gunnray. D’ailleurs, sache que mon dossier passe en commission bientôt. Je serai fixée sur le changement de mon nom le 11 janvier.
Un frisson la traverse à la simple évocation de ce moment tant attendu. C’est plus important que tout le reste, même Gordon, je vous laisse imaginer.
- Un cuisinier… je prends. S’il est sorcier… jeune et gentil ! J’arrête là ma wishlist, on sait ce que ça donne d’avoir trop d’exigences sur ce plan ! Le meilleur moyen de rester célibataire. Naaaah, les deux seules personnes sur Terre qui puissent revendiquer la perfection sont dans cette pièce !
Ses yeux pétillent d’une malice témoignant que son dérapage a été quelque peu oublié. Elle a eu honte, tout en sachant qu’elle se défendrait s’il le fallait mais était-il question de cela ? L’amour, la passion, la mort… Ivanovna connaît l’inaccessible, l’ultime. Mais elle n’y céderait pas. Juste par les mots, une bravade, son côté masculin peut-être. Qu’en sera-t-il au jour de la maternité ?
Dans la maison a infusé une chimie fine, au coeur du four comme dans les êtres, dans les esprits comme au plus profond des coeurs. La vie nous transforme, nous fusionne, ingrédients d’une recette comme éléments d’une ligne de vie.
La jeune femme n’est pas seulement un lynx, elle est source de louve, une protectrice qu’il ne vaudrait mieux pas chatouiller.
- Plus que quelques minutes….
Dans quelques mois, elle ne verra plus les choses de la même manière. Vana aura grandi, compris bien des choses de la vie. Dans quelques mois elle verra en les moldus des êtres comme les autres, juste sans la magie. Dans quelques mois… mais aujourd’hui encore elle pense comme on le lui a appris. Et il semble qu’Aly ait eu la même éducation. Elles sont bien des jumelles, qu’elles le veuillent ou non . Il est possible que l’une parle plus vite que l’autre, tout comme il est probable que l’une ait plus de morceaux de peau rapiécée en surface. Mais dans le coeur du réacteur, là où l'on puise la magie, allez savoir les différences.
Dans le four, la cuisson se poursuit. Les mots malencontreux secouent encore une fille peu habituée à des pensées aussi sombres. Mais Ivanovna a déjà fait l’expérience de situations extrêmes, le genre de minutes où c’est l’autre ou soi. Et parfois l’autre est plusieurs. Fuir est la meilleure option mais si la chose devait advenir, que ferait-elle ? Ils apprennent dans certains manuels qu’au moment de la mort imminente, on croit encore pouvoir y échapper, s’en sortir grâce à la pitié de l’ennemi. Elle sait que ce n’est pas toujours possible. Ivanovna a dû employer des méthodes réprouvées, c’est une vraie magie noire que de craindre y avoir succombé. Donner la mort sans l’intention initiale, se défendre… c’est une question qu’Ivanovna préfère laisser de côté, dans une forme de lâcheté qu’elle reconnaîtrait sans peine. Elle aurait sans doute pu devenir auror, comme sa tante. Ses… dispositions en défense contre les forces du mal, une… aptitude qu’elle sent en elle, qui la révulse d’ailleurs… elle saurait. Ivanovna est bien plus brutale qu’Alyona. Mais c’est la vie qui l’a construite ainsi, elle n’en a aucune des… sources de magie primordiale nécessaires. En fait, la jeune sorcière se bat perpétuellement contre elle-même, contre ce fatum qui en fait une orpheline sur tous les tableaux, contre cela et contre ces décisions qui la ralentissent à chaque carrefour de la vie.
- Un cuisinier ?
Quelle idée saugrenue, Merlin, non !… Enfin…
- La belle affaire, je ne suis pas sûre que la magie apporte vraiment un plus en la matière, à part la vitesse d’élaboration…
Elle a tenté un temps de participer à des marchés moldus mais cela ne fonctionnait pas. Problème monétaire, problème culturel, à quoi cela sert-il de vendre des plantes magiques si l’on ne peut mettre en avant leur magie ? Durant cette période néanmoins elle a côtoyé des gens en quête de produits rares, des « chefs » comme on dit dans le monde moldu. Ce qu’ils créent est assurément délicieux. Quant à tomber amoureux d’un cuisinier…
- … ou alors il serait moldu… familialement inenvisageable. Je suis la dernière porteuse du sang Gunnray. D’ailleurs, sache que mon dossier passe en commission bientôt. Je serai fixée sur le changement de mon nom le 11 janvier.
Un frisson la traverse à la simple évocation de ce moment tant attendu. C’est plus important que tout le reste, même Gordon, je vous laisse imaginer.
- Un cuisinier… je prends. S’il est sorcier… jeune et gentil ! J’arrête là ma wishlist, on sait ce que ça donne d’avoir trop d’exigences sur ce plan ! Le meilleur moyen de rester célibataire. Naaaah, les deux seules personnes sur Terre qui puissent revendiquer la perfection sont dans cette pièce !
Ses yeux pétillent d’une malice témoignant que son dérapage a été quelque peu oublié. Elle a eu honte, tout en sachant qu’elle se défendrait s’il le fallait mais était-il question de cela ? L’amour, la passion, la mort… Ivanovna connaît l’inaccessible, l’ultime. Mais elle n’y céderait pas. Juste par les mots, une bravade, son côté masculin peut-être. Qu’en sera-t-il au jour de la maternité ?
Dans la maison a infusé une chimie fine, au coeur du four comme dans les êtres, dans les esprits comme au plus profond des coeurs. La vie nous transforme, nous fusionne, ingrédients d’une recette comme éléments d’une ligne de vie.
La jeune femme n’est pas seulement un lynx, elle est source de louve, une protectrice qu’il ne vaudrait mieux pas chatouiller.
- Plus que quelques minutes….
Sweet dumplings' duet, Nanny fashioned
Pourquoi Vana semble-t-elle surprise par cette idée ? Qu'a-t-elle contre un cuisinier ? Un sourire me bondit sur les lèvres. Oh, elle ne s'y attendait pas, elle n'y avait pas pensé ! L'ai-je étonnée avec cette proposition ? On dirait bien. Parfois, j'ai la sensation que ses attendus, ses recherches concernant cet aspect de sa vie sont très clairs, c'est à croire qu'elle sait exactement ce qu'elle sera plus tard, comment elle vivra, et qui l'entourera. Si on lui demandait de dessiner son avenir, elle saurait quoi tracer, et pourtant la figure d'un cuisinier ne paraissait pas entrer dans ce cadre, quoi que cela semble finalement possible. Vana sait ce qu'elle veut. Et moi je n'en sais rien. Alors, parfois, je lui envie ses certitudes et ses assurances, la capacité qu'elle a à choisir, à discerner ce qu'il lui faut et à se diriger dans cette direction. N'est-ce pas elle qui m'a contactée ? Ne s'est-elle pas ensuite donné seule les moyens pour entrer à l'Institut ? Et maintenant que sa voie vers les potions semble plus forte, ne s'y dirige-t-elle pas ? Elle a une force que je n'ai pas, une certitude qui m'est inconnue, et lorsque je lève les yeux vers elle, je découvre parfois, troublée, que mon regard la transforme en modèle, en inspiration, et que si l'envie de me lever et de m'affirmer me prend, c'est peut-être parce qu'elle est de ceux qui me montrent la voie.
Car je tâtonne toujours, hésitante, incertaine, sans savoir où je vais ou ce que je deviendrai. J'ai beau tenir fermement entre mes doigts cette idée de destin à laquelle je suis fidèle et qui me rassure, je n'ai aucune idée de la manière dont mon avenir se dessinera. Serai-je toujours botaniste ? Serai-je professeure ? Ou obtiendrai-je un poste plus prestigieux, plus à l'image de ce que ma famille attend de moi ? Vivrai-je en Irlande ? Retournerai-je en Écosse ? Serai-je mariée ? À qui ? Un né-sorcier ou un sang-pur, c'est certain, cela fait partie des règles, des contrats que j'ai signé, de mes responsabilités en tant qu'héritière, et en cela je sais que mon amie comprend. Je ne pourrai pas échapper à cette finalité, et je n'y ai jamais vraiment songé, car cette unique certitude a quelque chose de rassurant. Mais pour tout le reste ? Au niveau professionnel, personnel, social, Merlin ! je n'en ai aucune idée. Certaines nuits cela m'inquiète, cela me hante, je redoute et me questionne sans parvenir à trouver le sommeil, doutant de la confiance que je pourrai remettre entre les mains d'un destin plus grand et plus sûr que moi. Je prends peur. Et si tout était encore incertain, comme j'en ai parfois l'impression ? Et si même la tranquillité de l'avenir demandait à ce qu'on se batte pour elle et qu'on la gagne ? Et si le sol n'était pas aussi sûr que ce que j'imaginais ?
Puis je finis par m'endormir, écrasée de fatigue, et au réveil j'envie ceux comme Vana, qui savent où ils vont, qui sont maîtres de leur navire. Je ne suis même pas sûre que le mien résiste aux tempêtes.
« Le onze janvier ? répété-je, sortant de mes pensées boueuses, Je serai en stage en Irlande... Mais je pourrai sûrement passer en Écosse dans les jours qui suivent ! » ... pour voir Miss Gunnray, terminent de murmurer mes yeux pétillants.
Un éclat de rire me traverse en réponse aux propos de mon amie. « Les deux seules personnes sur Terre qui puissent revendiquer la perfection sont dans cette pièce ! » La perfection, rien que cela ! Cela m'amuse, me fait sourire. Je m'y connais trop peu pour revendiquer quoi que ce soit ou pour chercher précisément. Parfois, l'envie de hausser les épaules et de murmurer que je prendrai ce qu'on me proposera, ou qui voudra bien de moi, se fait humblement une place dans mes pensées. Mais derrière, étrange et inexprimable, les rêves et les espoirs me rattrapent et me font rougir. En réalité, cela me plairait d'avoir quelqu'un de gentil, de doux, d'amoureux aussi, je crois ; quelqu'un que j'aime et non pas qu'on m'impose, quelqu'un avec qui la perspective d'une vie passée ensemble serait heureuse et belle. Je songe naïvement à une histoire romantique, comme celle que peuvent s'imaginer certains enfants, sans oser la formuler, la révéler, ou même la croire possible. Que ce serait merveilleux si cela m'arrive ! Mais je sais la possibilité mince et illusoire, et n'ose pas m'y attacher, bien que je sois tout aussi incapable de m'en séparer.
Sans proposer de véritable réponse, et gardant pour moi mes espoirs d'enfant qu'il m'est difficile d'assumer et plus encore de révéler, je m'avance vers le contenant de notre recette soigneusement préparée, curieuse d'en découvrir l'aspect à travers la vitre du four, et plus encore d'en sentir l'odeur et d'en goûter une part une fois la cuisson terminée. Ce qui ne devrait pas tarder, comme Vana le souligne.
« Cela a l'air réussi », m'avancé-je.
Je jette un œil au temps. « Je vais le sortir », annoncé-je.
Puis, une fois les quelques secondes de cuisson restantes passées, j'utilise ma baguette pour ouvrir le four et en sortir le récipient, le faisant voler sans le toucher pour le poser sur la table, intriguée d'en découvrir le contenu.
Car je tâtonne toujours, hésitante, incertaine, sans savoir où je vais ou ce que je deviendrai. J'ai beau tenir fermement entre mes doigts cette idée de destin à laquelle je suis fidèle et qui me rassure, je n'ai aucune idée de la manière dont mon avenir se dessinera. Serai-je toujours botaniste ? Serai-je professeure ? Ou obtiendrai-je un poste plus prestigieux, plus à l'image de ce que ma famille attend de moi ? Vivrai-je en Irlande ? Retournerai-je en Écosse ? Serai-je mariée ? À qui ? Un né-sorcier ou un sang-pur, c'est certain, cela fait partie des règles, des contrats que j'ai signé, de mes responsabilités en tant qu'héritière, et en cela je sais que mon amie comprend. Je ne pourrai pas échapper à cette finalité, et je n'y ai jamais vraiment songé, car cette unique certitude a quelque chose de rassurant. Mais pour tout le reste ? Au niveau professionnel, personnel, social, Merlin ! je n'en ai aucune idée. Certaines nuits cela m'inquiète, cela me hante, je redoute et me questionne sans parvenir à trouver le sommeil, doutant de la confiance que je pourrai remettre entre les mains d'un destin plus grand et plus sûr que moi. Je prends peur. Et si tout était encore incertain, comme j'en ai parfois l'impression ? Et si même la tranquillité de l'avenir demandait à ce qu'on se batte pour elle et qu'on la gagne ? Et si le sol n'était pas aussi sûr que ce que j'imaginais ?
Puis je finis par m'endormir, écrasée de fatigue, et au réveil j'envie ceux comme Vana, qui savent où ils vont, qui sont maîtres de leur navire. Je ne suis même pas sûre que le mien résiste aux tempêtes.
« Le onze janvier ? répété-je, sortant de mes pensées boueuses, Je serai en stage en Irlande... Mais je pourrai sûrement passer en Écosse dans les jours qui suivent ! » ... pour voir Miss Gunnray, terminent de murmurer mes yeux pétillants.
Un éclat de rire me traverse en réponse aux propos de mon amie. « Les deux seules personnes sur Terre qui puissent revendiquer la perfection sont dans cette pièce ! » La perfection, rien que cela ! Cela m'amuse, me fait sourire. Je m'y connais trop peu pour revendiquer quoi que ce soit ou pour chercher précisément. Parfois, l'envie de hausser les épaules et de murmurer que je prendrai ce qu'on me proposera, ou qui voudra bien de moi, se fait humblement une place dans mes pensées. Mais derrière, étrange et inexprimable, les rêves et les espoirs me rattrapent et me font rougir. En réalité, cela me plairait d'avoir quelqu'un de gentil, de doux, d'amoureux aussi, je crois ; quelqu'un que j'aime et non pas qu'on m'impose, quelqu'un avec qui la perspective d'une vie passée ensemble serait heureuse et belle. Je songe naïvement à une histoire romantique, comme celle que peuvent s'imaginer certains enfants, sans oser la formuler, la révéler, ou même la croire possible. Que ce serait merveilleux si cela m'arrive ! Mais je sais la possibilité mince et illusoire, et n'ose pas m'y attacher, bien que je sois tout aussi incapable de m'en séparer.
Sans proposer de véritable réponse, et gardant pour moi mes espoirs d'enfant qu'il m'est difficile d'assumer et plus encore de révéler, je m'avance vers le contenant de notre recette soigneusement préparée, curieuse d'en découvrir l'aspect à travers la vitre du four, et plus encore d'en sentir l'odeur et d'en goûter une part une fois la cuisson terminée. Ce qui ne devrait pas tarder, comme Vana le souligne.
« Cela a l'air réussi », m'avancé-je.
Je jette un œil au temps. « Je vais le sortir », annoncé-je.
Puis, une fois les quelques secondes de cuisson restantes passées, j'utilise ma baguette pour ouvrir le four et en sortir le récipient, le faisant voler sans le toucher pour le poser sur la table, intriguée d'en découvrir le contenu.
fin de l'acte II à Wick.
vers l'acte III
vers l'acte III
#466962 ‖ Botaniste au Jardin de Draíocht
