PV Ô Princesse de mes songes

Les Aventures de Ser Wigglewing à Poudlard
Livre Premier


@Tamsin Gillies


Une nuit de novembre 2050
Dans le royaume des rêves


« Arrière, vils mécréants ! » m'exclamai-je en agitant mon épée devant moi pour faire reculer mes ennemis. Mon arme n'était pas ma Qualibur habituelle, l'épée de carton que Maman m'avait aidée à fabriquer. Cette lame-ci était en acier véritable, luisante et tranchante à souhait, un manche d'argent en forme de tête de serpent aux yeux d'émeraude. Mon armure de plates en jetait pas mal non plus, toute argentée, brillante comme la neige au soleil. Une cape verte volait dans mon dos, accrochée à mon amure par deux broches en forme de serpents qui se mordaient la queue. Mon bouclier avait la forme de l'écusson de Serpentard. Je ne portais pas de casque mais mon habituel chapeau de sorcier usé. Dans cet univers-là, il me semblait que c'était le chapeau de Merlin lui-même : il m'en avait fait cadeau après avoir constaté quel merveilleux chevalier j'étais. En effet, après ma répartition, je m'étais fortement intéressé à l'histoire de ma nouvelle Maison. En apprenant que Merlin, Prince des Enchanteurs, était un ancien Serpentard, j'avais aussitôt relégué mon admiration pour le Chevalier-Sorcier Godric Gryffondor aux oubliettes. On disait après tout que Merlin était le plus grand sorcier de tous les temps (avant moi-même, peut-être).

« Arrière, ou je vous tranche de part en part ! »

Les ombres semblèrent très intimidées par mes menaces et elle s'évaporèrent d'un coup. Je rengainai mon épée dans mon fourreau et bombai le torse, tout fier de ma bravoure. Je me tournai alors vers ce que je protégeais (j'avais jusque-là oublié que je me battais pour protéger quelque chose). Ou plutôt, quelqu'un.

Elle avait de longs cheveux blancs qui lui tombaient en cascade jusqu'au bas du dos et des yeux semblables aux émeraudes de mon arme. Elle était également très grande et très fine, habillée d'une robe de velours verte qui se mariait parfaitement à ses yeux. Elle sentait tellement bon que des petites fleurs volaient tout autour d'elle, comme des papillons l'enveloppant d'une danse féérique. La Princesse portait également des bijoux magiques qui m'éblouissaient.

Je ployai le genou lorsqu'elle me tendit sa main.

« Dame Préfète, fis-je, tête basse, en saisissant sa main avec toute la pudeur qu'un chevalier doit à sa dame. Une Altesse Royale comme ma Dame Préfète ne saurait souffrir le regard d'un simple chevalier tel que moi, pensai-je.

- Ser Finn, relevez-vous, déclara-t-elle d'un ton purement royal. »

Je me relevai docilement, n'osant toujours pas croiser son regard.

« J'espère que vous avez bien profité du banquet de ce soir, fit-elle. Notre belle salle commune a vue sur le Lac Noir. »

Je hochai la tête comme si cette conversation était parfaitement logique.

« Ser Finn, je vous suis reconnaissante de m'avoir protégée de ces brutes. Sachez cependant qu'une Dame telle que moi peut aussi se protéger toute seule. »

Alors, Son Altesse Royale Tamsin de La Vipère releva un côté de sa robe et saisit une dague de je-ne-sais-où, pas très loin de sa cuisse, la coinça entre ses dents et fit une espèce de mouvement de karaté. Une nouvelle ombre fondit sur elle, la Princesse récupéra sa dague dans sa main et trancha l'ennemi d'un coup sec. La silhouette explosa et il n'en resta plus rien. De mon côté, je me sentais tout petit. D'ailleurs, je me sentis rétrécir, encore, encore, un peu plus... jusqu'à n'avoir plus que la taille d'un grain de sable, prompt à s'accrocher sous la chaussure de ma Dame Préfète. Comment pourrais-je la protéger, si je ne suis plus qu'un petit grain sous une chaussure ?

☽✧✦✧☾


Le lendemain matin

Même le plus impressionnant des rêves peut s'être évaporé au petit matin. C'est ce qui m'arriva quand je m'éveillai ce jour-là : je n'avais aucun souvenir de mes aventures auprès de la Princesse Tamsin. Son image était morte aussi vite qu'elle était apparue, dévorée par le monde réel.

Après avoir troqué mon pyjama contre ma cape de sorcier pour cueillir cette belle journée qui s'annonçait, je remontai prendre mon petit déjeuner dans la Grande Salle de Poudlard avec toute l'insouciance du monde, gai comme un pinçon. J'avais une faim de loup au réveil et je n'avais jamais aussi bien mangé qu'à Poudlard. À la maison, il n'y avait pas tant, et il arrivait même qu'on n'ait même pas de jus le matin, surtout depuis que mon père était parti.

Je m'assis sur un banc et me jetai sur la nourriture, trop heureux de pouvoir remplir mon ventre et prendre des forces pour affronter les cours théoriques du jour. Je détestais les cours théoriques. Les profs n'avaient que ces mots à la bouche : alors, d'abord, la théorie... Mais par Merlin, tu sais ce que j'en fais, moi, de ta théorie ?! Jamais je n'aurais reconnu que cette fameuse théorie puisse être utile. Je m'éveillai systématiquement quand les professeurs disaient les mots magiques : bien, maintenant, passons à la pratique ! Mes résultats n'étaient cependant pas fameux, allez savoir pourquoi. Certainement pas parce que je passais la première moitié du cours à dessiner sur les bords de mon parchemin, en tout cas. Rien à voir.

Alors que je me fâchai mentalement, grognant un peu à l'idée de subir des programmes scolaires mal fichus et pas toujours très ludiques, des miettes de pain en simulacre de barbe tout autour de ma bouche, je me trouvai soudainement paralysé.

Elle n'avait pas les cheveux si longs que ça. Ils n'étaient pas non plus si clairs. Elle ne portait pas de robe verte en velours. Il me semblait même qu'elle avait rétréci un peu.

Je fus aspiré à nouveau dans le royaume des rêves et tout me revint d'un coup : les ombres, mon épée d'argent et d'émeraude, le genou ployé devant Sa magnificence, le coup de la dague cachée et les mouvements de karaté. La Princesse des Cachots, qui m'avait tant impressionné à la rentrée, avait visité mes rêves la nuit dernière.

J'eus très chaud aux joues, comme si on les prenait en sandwich entre deux plaques de cuisson. Les yeux rivés vers elle, j'avalai difficilement le pain qui était resté coincé un peu trop longtemps dans ma bouche.

Ma brillante idée, sur le moment, fut de paraître cool. Style, il ne se passe rien. Personne ne peut savoir ce qu'il se passe dans mes rêves, de toute façon. Pas de raison de paniquer. Panique pas, panique pas, tout va bien, sois cool, archi cool, l'air de rien. Les grandes n'aiment pas les petits à moins qu'ils soient suffisamment cool. Si je ne suis pas cool, je suis un moucheron sur son passage. Ou un grain de sable sous sa chaussure.

Je levai la main vers elle pour la saluer avec toute la décontraction du monde et je fis tomber mon verre de jus dans mon assiette. En voulant le rattraper, je catapultai mon assiette de l'autre côté de la table. Je me penchai en avant pour limiter les dégâts et mon torse heurta une cruche de lait. Misère... Et puisque le ridicule ne tue pas, je trouvai très intelligent de faire comme si de rien n'était en ajoutant :

« Je, ah, c'est vous, Dame Ta..ra...ma... madame, Préfète, enfin Tamsin, quoi... Voulez-vous des tartines pour vous sust... enfin je veux dire, t'as pas grave la dalle ? »

Et je souris de mon sourire de chevalier le plus cool en tentant, sans même regarder ce que je faisais, d'éponger le lait et le jus mélangés à l'aide de serviettes qui s'imbibaient décidément beaucoup trop vite. Si seulement j'avais écouté en cours de Sortilèges... Peut-être existait-il une formule magique pour éviter ce genre de catastrophes ? Merlin l'aurait su, lui. Parce qu'il était cool pour de vrai, Merlin, il ne faisait pas juste semblant de l'être.

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