La petite eau
RUBY, 16 ans
21 avril 2050 • 21h00
Chambrée de Tasha, Quatrième étage, Aile Nord de Durmstrang
[thursday girl]
•••
tw : alcool. ce RP ne vise ni à en faire la promotion ni à le glorifier.
aucun niveau de consommation d'alcool n'est sans danger pour la santé.
21 avril 2050 • 21h00
Chambrée de Tasha, Quatrième étage, Aile Nord de Durmstrang
[thursday girl]
•••
tw : alcool. ce RP ne vise ni à en faire la promotion ni à le glorifier.
aucun niveau de consommation d'alcool n'est sans danger pour la santé.
Vingt-et-une heures tapantes et nous voici toutes les cinq de retour dans le dortoir. Ou plutôt, la chambrée. L'adrénaline qui coule dans mes veines à longueur de journée s'est un peu calmée. Cela fait déjà cinq jours que je suis ici, seule à l'Ouest de la Russie. Revoir Tasha m'a fait le plus grand bien et je me laisse volontiers entraîner dans les méandres de son emploi du temps. Pratique et théorie de la magie des esprits, duels et parties d'échecs, et ainsi de suite. La rigueur de ses activités me convient tout à fait. Je jongle à chaque instant entre émerveillement et volonté de bien faire, de bien suivre ses faits et gestes, de retenir les moindres petits détails que mes yeux peuvent grappiller, de m'imprégner de la culture russe et d'inhaler à pleins poumons l'air froid que l'on respire hors du château.
Tandis que les autres filles s'affairent à déposer leurs sacs et à préparer leurs tenues de nuit, leur conduite dictée par une routine qui semble séculaire, je balaie la pièce du regard. Je me suis habituée à l'ameublement spartiate qui frappe ici le visiteur. Pour tout dire, je me sens presque comme chez moi dans cette chambrée. C'est vrai : je me verrais parfaitement étudier là, poursuivre indéfiniment mon séjour et évoluer entre les murs de Durmstrang comme si j'avais tout naturellement reçu la visite de l'aigle bicéphale dès mon plus jeune âge. Je continuerais ma scolarité aux côtés de Tasha et de toutes ces personnes croisées aujourd'hui ou hier, dont les visages me sont désormais un peu moins étrangers.
Ainsi, il y a quelques jours, j'ai fait la rencontre de ses camarades de chambrée : Vasilisa, Milena, Alžbeta. Je peux les entendre babiller en russe au sujet du feu de cheminée, qu'elles s'empressent d'attiser. La première est russe, comme Tasha ; c'est aussi son amie la plus proche, d'autant qu'elle fait partie de sa Voie. La seconde est tchèque, la troisième est slovaque et les deux ont rejoint la Voie des Découvertes. Toutes se montrent agréables avec moi, bien que l'attitude distante et réservée des peuples slaves ne soit pas qu'un mythe ; elle contrebalance sans peine leurs excès de familiarité. Mais je ne m'en formalise pas : je me satisfais très bien du strict minimum émotionnel que l'on daigne m'accorder. Le respect et la courtoisie, eux, me sont pleinement témoignés et c'est tout ce qui importe.
Vingt minutes plus tard, nous voilà rassemblées au coin du feu, drapées dans des couvertures douillettes. Tasha a pris place à ma gauche, Alžbeta s'est placée à ma droite. À gauche de Tasha, Vasilisa ; Milena complète le cercle. Les tapis feront office de siège ce soir et l'ambiance tamisée me rappellerait presque celle de ma salle commune. Mais l'heure n'est pas à la nostalgie. Ainsi que me l'avaient annoncé mes nouvelles camarades, сегодня вечером время праздновать — ce soir l'heure est aux réjouissances ! Tout comme elles planifient avec soin leurs révisions (qui avaient occupé chacune d'entre elles en début de semaine), les quatre filles avaient tenu à planifier ce temps de relâchement, cette soirée rien qu'à nous, rien que pour célébrer ma venue. Flattée, j'avais tout de suite accepté. Je n'avais pas encore eu l'occasion de discuter longuement avec les trois compagnes de chambre de Tasha. Ce jeudi soir serait un grand soir.
PNJs actifs : Tasha Foroponova Denisovna, Vasilisa Galkina Artemievna, Milena Kořínková, Alžbeta Vajanská.
Ruby-Amber, Gryffone alchimiste, bijou bientôt rouillé
La petite eau
Soudain, un tintement cristallin détonne avec le crépitement du feu. Mon regard se braque aussitôt vers l'origine du bruit, et mes yeux s'arrondissent de surprise à la vue des deux bouteilles en verre que Milena tient désormais dans sa main, apparues je ne sais trop comment. Les étiquettes tape-à-l'œil n'augurent rien de bon. Dans cette demi pénombre, les flammes et les ombres confèrent aux liquides des couleurs qu'ils n'ont jamais eues. Leurs miroitement colorés ne sont que des mirages. Je jette un regard interloqué à Tasha qui ne semble pas s'étonner de ce rite improvisé. Au contraire, je la vois tout sourire, enthousiasmée par la perspective d'une bonne soirée. Je n'ai pas le temps d'analyser la scène davantage : la situation se précipite de minute en minute, inéluctable, déroutante, redoutable.
« Ты уже пробовал это?1 » me lance Milena en russe, levant vers moi l'une des deux bouteilles.
Je secoue la tête pour lui signifier que non, je n'ai pas essayé. D'un coup, je me sens toute petite dans mon corps presque adulte. Je me sens même ridicule à lui dire que je n'ai jamais touché à l'alcool. J'ai l'impression d'avoir à nouveau dix ans, candide et innocente devant les zones d'ombre de la vie, face à elles qui semblent soudain en avoir vingt. Et cela ne me plaît pas du tout. Ma propre infériorité m'accable lourdement. Une rage sourde se met à bouillonner tout au fond de moi. Elle fait éclore une envie de revanche, de laisser-aller, un rejet profond pour le carcan d'existence bien réglée qui m'a toujours emprisonnée, un dégoût pour cette ignorance grotesque et ce moi de seize ans empoté qui ne sait pas grand chose de la vie. La rage s'efface et laisse apparaître une farouche envie de contrôle. Je ne suis pas, je ne suis plus une petite fille qui hérite des coupes de jus de fruit tandis que les adultes se versent du champagne. Je ne suis même pas chez moi, en Grande-Bretagne, je ne suis plus sous le regard acéré de ma mère et sa tutelle étouffante. Je suis loin, très loin de ces problèmes, je suis la seule maîtresse de mes actes et ce que je décide, je l'obtiens. Et si ce soir j'ai envie de me laisser tenter par ces boissons interdites, c'est avec un plaisir féroce que je me servirai un verre, puis un deuxième, puis un troisième.
___
1 Tu as déjà essayé ça ?
« Ты уже пробовал это?1 » me lance Milena en russe, levant vers moi l'une des deux bouteilles.
Je secoue la tête pour lui signifier que non, je n'ai pas essayé. D'un coup, je me sens toute petite dans mon corps presque adulte. Je me sens même ridicule à lui dire que je n'ai jamais touché à l'alcool. J'ai l'impression d'avoir à nouveau dix ans, candide et innocente devant les zones d'ombre de la vie, face à elles qui semblent soudain en avoir vingt. Et cela ne me plaît pas du tout. Ma propre infériorité m'accable lourdement. Une rage sourde se met à bouillonner tout au fond de moi. Elle fait éclore une envie de revanche, de laisser-aller, un rejet profond pour le carcan d'existence bien réglée qui m'a toujours emprisonnée, un dégoût pour cette ignorance grotesque et ce moi de seize ans empoté qui ne sait pas grand chose de la vie. La rage s'efface et laisse apparaître une farouche envie de contrôle. Je ne suis pas, je ne suis plus une petite fille qui hérite des coupes de jus de fruit tandis que les adultes se versent du champagne. Je ne suis même pas chez moi, en Grande-Bretagne, je ne suis plus sous le regard acéré de ma mère et sa tutelle étouffante. Je suis loin, très loin de ces problèmes, je suis la seule maîtresse de mes actes et ce que je décide, je l'obtiens. Et si ce soir j'ai envie de me laisser tenter par ces boissons interdites, c'est avec un plaisir féroce que je me servirai un verre, puis un deuxième, puis un troisième.
___
1 Tu as déjà essayé ça ?
Ruby-Amber, Gryffone alchimiste, bijou bientôt rouillé
La petite eau
La dernière lueur d'incertitude s'est éteinte dans mes prunelles. À la place brille une vive détermination. Sur mes iris se réfléchissent les ondoiements des flammes de l'âtre. Mes pensées ont repris leur folle course, mais cette fois je ne m'alarme de rien. Tasha et ses amies me considèrent comme leur égale et me serviront à boire dans la plus pure des traditions de leurs veillées.
« Это Столи. Российская водка.1 » m'explique Tasha d'un ton guilleret, dans lequel je sens poindre la fierté, en me montrant la plus grande bouteille. « И это квас. Очень популярный, слабоалкогольный.2 »
Mon cœur palpite doucement dans ma poitrine. Je me sens au bord de quelque chose de grand, de décisif ; c'est un de ces instants spéciaux où l'on pressent que ce petit quelque chose est en train de se jouer, scène mystique et éternelle qui demeurera longtemps dans les mémoires.
Un sourire s'est invité sur mes lèvres. J'ai relâché la tension, abaissé mes barrières. Je me sens bien dans ce château du bout du monde auprès de jeunes de mon âge, talentueuses et admirables en tous points. Si j'avais des doutes, ils se sont dissipés : je sais que la soirée sera plaisante et rien ne pourra m'enlever cette conviction.
« Сначала попробуй это3 » m'enjoint Milena en me désignant le kvass qu'elle tient entre ses doigts. Le breuvage est versé, les verres sont échangés, passent de main en main jusqu'à ce que l'un d'entre eux arrive à moi. La tournée continue dans une ambiance détendue, déjà joyeuse — « Вот, Вася, твой стакан4 » — et bientôt nous voilà toutes servies. Tous les regards ne sont pas braqués sur moi, non ; Milena et Alžbeta ont déjà entamé une discussion bien animée au sujet de leurs camarades de Voie, si j'en crois les bribes de russe et de slovaque qui me parviennent. Quelque chose à propos du retard en classe d'un de leurs condisciples, pourtant assez mignon au goût d'Alžbeta.
En portant le verre à mes lèvres, je découvre une boisson pétillante, légère, à l'opposé de son aspect trouble un brin repoussant. C'est sucré, un peu amer aussi. Loin de l'idée que je m'en faisais. Je ne peux pas m'empêcher de me demander : est-ce de l'alcool que je sens, là sur mes papilles ? Mais je m'illusionne plus qu'autre chose. « Вкусно!5 » je m'exclame devant les mines réjouies de Tasha et de Vasilisa. Et je continue à siroter mon petit soda, comme si j'avais toujours fait cela.
___
1 C'est de la Stoli. De la vodka russe.
2 Et ça, c'est du kvass. Très populaire, peu alcoolisé.
3 Goûte d'abord ça.
4 Tiens Vasya, ton verre.
5 C'est bon !
« Это Столи. Российская водка.1 » m'explique Tasha d'un ton guilleret, dans lequel je sens poindre la fierté, en me montrant la plus grande bouteille. « И это квас. Очень популярный, слабоалкогольный.2 »
Mon cœur palpite doucement dans ma poitrine. Je me sens au bord de quelque chose de grand, de décisif ; c'est un de ces instants spéciaux où l'on pressent que ce petit quelque chose est en train de se jouer, scène mystique et éternelle qui demeurera longtemps dans les mémoires.
Un sourire s'est invité sur mes lèvres. J'ai relâché la tension, abaissé mes barrières. Je me sens bien dans ce château du bout du monde auprès de jeunes de mon âge, talentueuses et admirables en tous points. Si j'avais des doutes, ils se sont dissipés : je sais que la soirée sera plaisante et rien ne pourra m'enlever cette conviction.
« Сначала попробуй это3 » m'enjoint Milena en me désignant le kvass qu'elle tient entre ses doigts. Le breuvage est versé, les verres sont échangés, passent de main en main jusqu'à ce que l'un d'entre eux arrive à moi. La tournée continue dans une ambiance détendue, déjà joyeuse — « Вот, Вася, твой стакан4 » — et bientôt nous voilà toutes servies. Tous les regards ne sont pas braqués sur moi, non ; Milena et Alžbeta ont déjà entamé une discussion bien animée au sujet de leurs camarades de Voie, si j'en crois les bribes de russe et de slovaque qui me parviennent. Quelque chose à propos du retard en classe d'un de leurs condisciples, pourtant assez mignon au goût d'Alžbeta.
En portant le verre à mes lèvres, je découvre une boisson pétillante, légère, à l'opposé de son aspect trouble un brin repoussant. C'est sucré, un peu amer aussi. Loin de l'idée que je m'en faisais. Je ne peux pas m'empêcher de me demander : est-ce de l'alcool que je sens, là sur mes papilles ? Mais je m'illusionne plus qu'autre chose. « Вкусно!5 » je m'exclame devant les mines réjouies de Tasha et de Vasilisa. Et je continue à siroter mon petit soda, comme si j'avais toujours fait cela.
___
1 C'est de la Stoli. De la vodka russe.
2 Et ça, c'est du kvass. Très populaire, peu alcoolisé.
3 Goûte d'abord ça.
4 Tiens Vasya, ton verre.
5 C'est bon !
Ruby-Amber, Gryffone alchimiste, bijou bientôt rouillé
La petite eau
« Ну, Руби, как тебе в Великобритании?1 » m'interroge Vasilisa de sa voix claire et paisible. Sa question me sort un instant de la bulle de confort que je me suis créée en ce lieu. Un bref retour en arrière qui me rattache à mes racines ; mais aussi un vertigineux aperçu de l'inévitabilité de mon retour, prévu dans quelques jours à peine.
Je hausse un peu les épaules, sans une once de dédain, seulement incertaine quant à ma réponse : comment décrire l'endroit qui m'a vue grandir, là où je me suis tout simplement habituée à vivre ? La Grande-Bretagne, ce sont des campagnes un peu miteuses mais bien-aimées et des grandes villes qui ne dorment jamais vraiment. Au fond, cela ne semble pas tellement différent d'ici. Je m'attache progressivement à ce pays qui m'accueille, à ces plaines et ces plateaux que nous avons parcourus en train. Je n'ai pas tous les mots en russe pour décrire ce qui me traverse. Alors je dis simplement « Красивая, дождливая. Highlands потрясающие. Вам бы понравилось.2 »
Vasilisa hoche la tête, le regard ailleurs, méditant sur ces quelques mots. « А в Хогвартсе не учат искусству ума?3 » Ce à quoi je réponds que non, pas vraiment. Face à l'expression de stupeur de la blonde, j'ajoute que l'on nous parle tout de même des prophéties en Divination ou bien de l'occlumencie en Défense Contre les Forces du Mal. Mais on ne nous enseigne pas leurs mystères.
Difficile en effet de comparer nos cours à ces savoirs ancestraux parallèles qui se transmettent ici de décennie en décennie. Accompagner Tasha et Vasilisa lors de leurs cours m'avait pleinement fait prendre conscience des trésors que renferme cette branche de la magie, dépassant tout ce que j'imaginais. Je frémis encore d'excitation en me remémorant les quelques leçons auxquelles il m'a été donné d'assister. La magie ancienne et ses incantations, ses tablettes de défixion ; la leçon édifiante sur la mort ; la protection de l'esprit et les barrières mentales. Rien que de la théorie, dont je n'avais pas tous les tenants et aboutissants — mais qu'importe. Les duels ! Observer ces élèves se défier, faisant s'affronter le corps contre l'esprit, agiles comme des chats et rivalisant d'ingéniosité pour défaire l'autre comme s'ils étaient nés pour cela, usant de techniques encore jamais vues à Poudlard. Mais ce qui m'avait véritablement fait vibrer, c'étaient sans aucun doute les cours qui concernaient la magie offensive et l'esprit offensif. Mieux encore, je savais Tasha tout aussi enthousiaste face à ces disciplines. Son engouement était contagieux.
« Как жаль!4 »
Ce qu'il y a de bien avec ces filles, c'est que je peux sentir combien la passion pour la magie les brûle jusqu'au bout des doigts. Ce qui est aussi mon cas. Une sorte de feu intérieur qui ne se consumera jamais entièrement, ni en moi ni en elles. Et tandis que Vasya se lance dans une longue tirade pour m'expliquer combien elle ne pourrait vivre sans étudier la legilimencie et l'occlumencie, je souris en me promettant de me souvenir d'elles si un jour, pour une raison quelconque, la magie venait à me décourager de percer tous ses secrets.
___
1 Alors, Ruby, comment c'est en Grande-Bretagne ?
2 C'est joli, c'est pluvieux. Les highlands sont magnifiques. Cela vous plairait.
3 Et à Poudlard, on ne vous enseigne pas les arts de l'esprit ?
4 Comme c'est dommage !
Je hausse un peu les épaules, sans une once de dédain, seulement incertaine quant à ma réponse : comment décrire l'endroit qui m'a vue grandir, là où je me suis tout simplement habituée à vivre ? La Grande-Bretagne, ce sont des campagnes un peu miteuses mais bien-aimées et des grandes villes qui ne dorment jamais vraiment. Au fond, cela ne semble pas tellement différent d'ici. Je m'attache progressivement à ce pays qui m'accueille, à ces plaines et ces plateaux que nous avons parcourus en train. Je n'ai pas tous les mots en russe pour décrire ce qui me traverse. Alors je dis simplement « Красивая, дождливая. Highlands потрясающие. Вам бы понравилось.2 »
Vasilisa hoche la tête, le regard ailleurs, méditant sur ces quelques mots. « А в Хогвартсе не учат искусству ума?3 » Ce à quoi je réponds que non, pas vraiment. Face à l'expression de stupeur de la blonde, j'ajoute que l'on nous parle tout de même des prophéties en Divination ou bien de l'occlumencie en Défense Contre les Forces du Mal. Mais on ne nous enseigne pas leurs mystères.
Difficile en effet de comparer nos cours à ces savoirs ancestraux parallèles qui se transmettent ici de décennie en décennie. Accompagner Tasha et Vasilisa lors de leurs cours m'avait pleinement fait prendre conscience des trésors que renferme cette branche de la magie, dépassant tout ce que j'imaginais. Je frémis encore d'excitation en me remémorant les quelques leçons auxquelles il m'a été donné d'assister. La magie ancienne et ses incantations, ses tablettes de défixion ; la leçon édifiante sur la mort ; la protection de l'esprit et les barrières mentales. Rien que de la théorie, dont je n'avais pas tous les tenants et aboutissants — mais qu'importe. Les duels ! Observer ces élèves se défier, faisant s'affronter le corps contre l'esprit, agiles comme des chats et rivalisant d'ingéniosité pour défaire l'autre comme s'ils étaient nés pour cela, usant de techniques encore jamais vues à Poudlard. Mais ce qui m'avait véritablement fait vibrer, c'étaient sans aucun doute les cours qui concernaient la magie offensive et l'esprit offensif. Mieux encore, je savais Tasha tout aussi enthousiaste face à ces disciplines. Son engouement était contagieux.
« Как жаль!4 »
Ce qu'il y a de bien avec ces filles, c'est que je peux sentir combien la passion pour la magie les brûle jusqu'au bout des doigts. Ce qui est aussi mon cas. Une sorte de feu intérieur qui ne se consumera jamais entièrement, ni en moi ni en elles. Et tandis que Vasya se lance dans une longue tirade pour m'expliquer combien elle ne pourrait vivre sans étudier la legilimencie et l'occlumencie, je souris en me promettant de me souvenir d'elles si un jour, pour une raison quelconque, la magie venait à me décourager de percer tous ses secrets.
___
1 Alors, Ruby, comment c'est en Grande-Bretagne ?
2 C'est joli, c'est pluvieux. Les highlands sont magnifiques. Cela vous plairait.
3 Et à Poudlard, on ne vous enseigne pas les arts de l'esprit ?
4 Comme c'est dommage !
Ruby-Amber, Gryffone alchimiste, bijou bientôt rouillé
La petite eau
J'aurais peine à dire combien de temps s'est écoulé depuis notre retour dans la chambrée. Trente minutes ? Une heure ? L'extinction des feux ne semble pas les inquiéter, alors je ne m'en fais pas non plus. Nous avons fini toute la bouteille de kvass, ce qui, à cinq, n'était pas bien compliqué. Mes muscles sont réchauffés et les éclats de rire fusent entre les bavardages qui s'enchevêtrent. Tasha avait raison lorsqu'elle me parlait dans ses lettres d'un « petit groupe très soudé de personnes qui se soutiennent mutuellement », et de son absolue nécessité. Je contemple maintenant dans toute sa splendeur le cercle amical qu'elle a réussi à se former.
Avec patience, je m'attache à suivre leurs conversations, dans lesquelles elles m'incluent régulièrement. Parfois, leur diction se fait trop rapide, exaltée par la tournure de la discussion. Mais lorsque Alžbeta s'écrie subitement : « Милена! Дай водку!1 », impossible de me méprendre sur ses propos. Mon cœur recommence à battre avec plus d'intensité, au son des pépiements joyeux qui accompagnent le geste de Milena lorsqu'elle ressort la bouteille de vodka. C'est Alžbeta qui tend son verre la première. Enfin, le terme de gobelet en plastique serait plus adapté. Il est aussi transparent que le liquide qu'il reçoit. Avec le soda, personne ne prêtait attention à ce détail mais à présent, les bonnes manières voudraient que le spiritueux soit servi dans un autre contenant, légèrement plus raffiné. La Slovaque me coule un regard contrit, l'air de dire « Ce n'est pas idéal mais tu vas voir, le goût est le même ». Désormais servie, quelques millimètres de vodka au fond du verre, elle ramène à elle son gobelet et se met à attendre. Et puis Milena se tourne vers moi, bouteille en main.
« Впервые, да?2 »
Le fait qu'elle n'ait pas oublié me contrarie légèrement. Mais je n'en laisse rien paraître, non ; j'affiche un sourire poli qui semble plutôt dire « que veux-tu, c'est ainsi ! ». Et puis je lui présente mon verre, parfaitement maître de mon corps, comme si j'avais fait cela des dizaines et des centaines de fois. J'hérite d'une dose quelque peu inférieure à celle de ma voisine, bien que la différence soit imperceptible à mes yeux de néophyte. Tasha vient après moi, toujours aussi radieuse ; puis c'est au tour de Vasilisa d'être servie, et enfin à Milena de se servir elle-même.
C'est encore Alžbeta qui, la première, porte un toast. « Будем! » D'un coup, à ma grande surprise, les autres se mettent à suivre. « За встречу! » s'exclame Milena, tout sourire. « За нашу дружбу! » me dit Vasya, non sans croiser mon regard. Et puis Tasha, près de moi, lance à tout ce petit groupe : « И за Руби! Поехали!3 »
Honorée, je répète ce dernier mot avec entrain et conviction, avant de lever mon verre (mon gobelet, enfin peu importe) pour trinquer avec elles.
___
1 Milena ! Donne la vodka !
2 Première fois, alors, hein ?
3 Successivement : Santé ! À notre rencontre ! À notre amitié ! Et à Ruby ! Allons-y !
Avec patience, je m'attache à suivre leurs conversations, dans lesquelles elles m'incluent régulièrement. Parfois, leur diction se fait trop rapide, exaltée par la tournure de la discussion. Mais lorsque Alžbeta s'écrie subitement : « Милена! Дай водку!1 », impossible de me méprendre sur ses propos. Mon cœur recommence à battre avec plus d'intensité, au son des pépiements joyeux qui accompagnent le geste de Milena lorsqu'elle ressort la bouteille de vodka. C'est Alžbeta qui tend son verre la première. Enfin, le terme de gobelet en plastique serait plus adapté. Il est aussi transparent que le liquide qu'il reçoit. Avec le soda, personne ne prêtait attention à ce détail mais à présent, les bonnes manières voudraient que le spiritueux soit servi dans un autre contenant, légèrement plus raffiné. La Slovaque me coule un regard contrit, l'air de dire « Ce n'est pas idéal mais tu vas voir, le goût est le même ». Désormais servie, quelques millimètres de vodka au fond du verre, elle ramène à elle son gobelet et se met à attendre. Et puis Milena se tourne vers moi, bouteille en main.
« Впервые, да?2 »
Le fait qu'elle n'ait pas oublié me contrarie légèrement. Mais je n'en laisse rien paraître, non ; j'affiche un sourire poli qui semble plutôt dire « que veux-tu, c'est ainsi ! ». Et puis je lui présente mon verre, parfaitement maître de mon corps, comme si j'avais fait cela des dizaines et des centaines de fois. J'hérite d'une dose quelque peu inférieure à celle de ma voisine, bien que la différence soit imperceptible à mes yeux de néophyte. Tasha vient après moi, toujours aussi radieuse ; puis c'est au tour de Vasilisa d'être servie, et enfin à Milena de se servir elle-même.
C'est encore Alžbeta qui, la première, porte un toast. « Будем! » D'un coup, à ma grande surprise, les autres se mettent à suivre. « За встречу! » s'exclame Milena, tout sourire. « За нашу дружбу! » me dit Vasya, non sans croiser mon regard. Et puis Tasha, près de moi, lance à tout ce petit groupe : « И за Руби! Поехали!3 »
Honorée, je répète ce dernier mot avec entrain et conviction, avant de lever mon verre (mon gobelet, enfin peu importe) pour trinquer avec elles.
___
1 Milena ! Donne la vodka !
2 Première fois, alors, hein ?
3 Successivement : Santé ! À notre rencontre ! À notre amitié ! Et à Ruby ! Allons-y !
Ruby-Amber, Gryffone alchimiste, bijou bientôt rouillé
La petite eau
Je bois ma première gorgée en même temps qu'elles. J'aurais pu, avec un peu plus de jugeote, attendre d'abord que l'une des filles termine de boire, observer ses expressions faciales, la quantité de liquide avalée, avant de me laisser tenter moi-même. Mais non, la ferveur de l'instant m'emporte et avec elle s'en va ma raison. Je bois une première grosse gorgée en même temps qu'elles. De concert, leurs têtes s'inclinent vers l'arrière et ingurgitent le précieux liquide. Ce que je n'ai pas tout à fait saisi, c'est qu'elles se sont servies des shots et que leurs verres seront vides lorsqu'elles les reposeront au sol.
L'alcool me mord la langue aussitôt qu'il entre en contact avec elle. C'est simple : je manque de recracher tout net. À la place, j'avale pour me débarrasser de ce goût qui n'en est même pas un. Grave erreur. La brûlure se répand dans ma gorge et vient tapisser tout mon œsophage. Je ne bois pas tout d'un coup, oh non, j'en serais bien incapable.
Lorsque j'abaisse ma main droite, quelques paires d'yeux sont cette fois posées sur moi. Je dissimule toute expression de dégoût, mais on doit probablement lire sur mes traits que le kvass, à côté de ça, c'était de l'eau minérale.
« Слишком сильная? me demande Milena, sincère. Подожди, у меня где-то, наверное, есть сок.1 »
Elle se lève et s'empresse d'aller fouiller dans ses affaires ; l'obscurité m'empêche de voir clairement ses gestes. Lorsqu'elle revient, elle tient effectivement une brique de jus serrée contre elle. La Tchèque me fait signe de lui redonner mon gobelet, alors je m'exécute. Les autres sont reparties dans leurs conversations ; seule Tasha garde un œil protecteur sur moi.
« Вот, попробуй2 » m'intime la brune après avoir ajusté le mélange. Et je m'exécute de nouveau.
Je découvre un goût d'orange, nettement plus supportable. Il a adouci l'éthanol qui emplissait ma bouche il y encore quelques instants. Le cocktail est puissant mais pas désagréable. « Так лучше3 » je lui confirme, souriante. Et je reprends une gorgée de cette étourdissante mixture.
___
1 Trop fort ? Attends, je dois avoir du jus quelque part.
2 Voilà, goûte ça.
3 C'est mieux.
L'alcool me mord la langue aussitôt qu'il entre en contact avec elle. C'est simple : je manque de recracher tout net. À la place, j'avale pour me débarrasser de ce goût qui n'en est même pas un. Grave erreur. La brûlure se répand dans ma gorge et vient tapisser tout mon œsophage. Je ne bois pas tout d'un coup, oh non, j'en serais bien incapable.
Lorsque j'abaisse ma main droite, quelques paires d'yeux sont cette fois posées sur moi. Je dissimule toute expression de dégoût, mais on doit probablement lire sur mes traits que le kvass, à côté de ça, c'était de l'eau minérale.
« Слишком сильная? me demande Milena, sincère. Подожди, у меня где-то, наверное, есть сок.1 »
Elle se lève et s'empresse d'aller fouiller dans ses affaires ; l'obscurité m'empêche de voir clairement ses gestes. Lorsqu'elle revient, elle tient effectivement une brique de jus serrée contre elle. La Tchèque me fait signe de lui redonner mon gobelet, alors je m'exécute. Les autres sont reparties dans leurs conversations ; seule Tasha garde un œil protecteur sur moi.
« Вот, попробуй2 » m'intime la brune après avoir ajusté le mélange. Et je m'exécute de nouveau.
Je découvre un goût d'orange, nettement plus supportable. Il a adouci l'éthanol qui emplissait ma bouche il y encore quelques instants. Le cocktail est puissant mais pas désagréable. « Так лучше3 » je lui confirme, souriante. Et je reprends une gorgée de cette étourdissante mixture.
___
1 Trop fort ? Attends, je dois avoir du jus quelque part.
2 Voilà, goûte ça.
3 C'est mieux.
Ruby-Amber, Gryffone alchimiste, bijou bientôt rouillé
La petite eau
Mes joues sont chaudes et je me demande à quoi peut encore servir cette cheminée tout près de nous. La bouteille passe de main en main. Les langues se délient. Vasilisa entreprend joyeusement de m'enseigner l'argot russe — « Можно сказать ‘Пошёл к чёрту’. Да, хорошо! Есть также ‘Мне до лампочки’.1 » — et s'amuse de ma prononciation hésitante face à ces mots que je n'ai jamais lus dans mes manuels. « Да ладно, Васька, перестань2 » la tance Tasha, mi agacée mi amusée par le spectacle.
Les discussions virent à l'intime. Alžbeta insiste pour me parler de son pays, de sa faune et de ses très hautes montagnes, les Tatras, de sa ville natale, Košice, de l'excellent vin qu'ils produisent et de leur cuisine réconfortante qui lui manque un peu. Je l'écoute avec attention, me demandant si je voyagerai un jour jusqu'à ces contrées. Je lui parle à mon tour du travail de ma mère, la professeure d'Alchimie qui sait si bien dire aux autres qu'elle est professeure d'Alchimie. Alžbeta ouvre des yeux ronds et je comprends que l'art des potions la séduit depuis plusieurs années, au vu de toutes les questions qu'elle me pose — est-ce que je l'ai déjà vue distiller de l'Aqua Vitæ ? est-ce qu'elle connaît le secret de la Panacée ? est-ce que, est-ce que, est-ce que ? Son regard d'ordinaire froid s'est complètement réchauffé et la dureté de ses traits a disparu.
J'apprends que Milena a une petite sœur et un petit frère et que tous les trois vivent en parfaite harmonie au domicile familial. Une pointe de jalousie me transperce, vite effacée par l'alcool qui me monte à la tête. J'en viens à lui mentionner Amelia, à lui conter nos vies parallèles entre Londres et Godric's Hollow. Je lui révèle aussi que mon père tient dans la capitale sorcière un club de jazz, ce qui semble la divertir au plus haut point. Curieuse de tout, la brune m'interroge aussi sur notre climat politique et je lui fournis laconiquement les quelques réponses qui me passent par la tête, parce qu'il faut bien avouer que discuter politique en russe n'est pas la chose la plus aisée qui soit.
Tasha me parle longuement. Avec elle, la conversation est simple et fluide même avec la barrière de la langue, d'autant que la jeune Russe fait l'effort de s'exprimer partiellement dans ma langue. Elle me montre des photos de ses parents, « Павел и Саския3 », de sa tante Oksana dont elle parle avec une tendresse toute particulière dans la voix, et puis d'autres photos qui représentent son petit chez-elle, un immeuble aux pierres jaunes bien différent de notre demeure de Primrose Hill. Tout cela est précieusement gardé auprès de son lit, dans un petit album qu'elle me met entre les mains.
Elle me raconte aussi sa dernière expédition, six jours passés à la réserve naturelle d'Astrakhan avec ses parents — l'un de ses endroits préférés sur Terre selon ses dires. Là-bas, la Volga vient se jeter dans la mer Caspienne. Le climat de la fin du mois de mars ne les avaient pas arrêtés, loin de là, la tentation d'étudier un recoin encore inexploré en bordure du Kazakhstan avait été plus forte. J'écoute mon amie me partager ses connaissances, relater le froid qui leur gelait les doigts et les nuits de campement en pleine nature, qui me paraissent tout bonnement inconcevables. Je ne peux m'empêcher d'être impressionnée par son mental d'acier, son caractère bien trempé et sa nature débrouillarde. Si j'ai fini à Gryffondor en retrouvant une part de moi-même à Serpentard, je ne peux pas non plus m'empêcher de penser que Tasha est mon reflet le plus évident : une Serpentard qui s'en serait très bien tirée à Gryffondor. J'ai remarqué l'écharpe aux couleurs vert et argent qu'elle conserve dans ses affaires, souvenir de son séjour à Poudlard qui me paraît maintenant tellement lointain.
___
1 Tu peux dire ‘Va te faire voir’. Oui, c'est bien ! Il y a aussi ‘Je m'en fiche complètement’.
2 Allons Vaska, arrête un peu.
3 Pavel et Saskia.
Les discussions virent à l'intime. Alžbeta insiste pour me parler de son pays, de sa faune et de ses très hautes montagnes, les Tatras, de sa ville natale, Košice, de l'excellent vin qu'ils produisent et de leur cuisine réconfortante qui lui manque un peu. Je l'écoute avec attention, me demandant si je voyagerai un jour jusqu'à ces contrées. Je lui parle à mon tour du travail de ma mère, la professeure d'Alchimie qui sait si bien dire aux autres qu'elle est professeure d'Alchimie. Alžbeta ouvre des yeux ronds et je comprends que l'art des potions la séduit depuis plusieurs années, au vu de toutes les questions qu'elle me pose — est-ce que je l'ai déjà vue distiller de l'Aqua Vitæ ? est-ce qu'elle connaît le secret de la Panacée ? est-ce que, est-ce que, est-ce que ? Son regard d'ordinaire froid s'est complètement réchauffé et la dureté de ses traits a disparu.
J'apprends que Milena a une petite sœur et un petit frère et que tous les trois vivent en parfaite harmonie au domicile familial. Une pointe de jalousie me transperce, vite effacée par l'alcool qui me monte à la tête. J'en viens à lui mentionner Amelia, à lui conter nos vies parallèles entre Londres et Godric's Hollow. Je lui révèle aussi que mon père tient dans la capitale sorcière un club de jazz, ce qui semble la divertir au plus haut point. Curieuse de tout, la brune m'interroge aussi sur notre climat politique et je lui fournis laconiquement les quelques réponses qui me passent par la tête, parce qu'il faut bien avouer que discuter politique en russe n'est pas la chose la plus aisée qui soit.
Tasha me parle longuement. Avec elle, la conversation est simple et fluide même avec la barrière de la langue, d'autant que la jeune Russe fait l'effort de s'exprimer partiellement dans ma langue. Elle me montre des photos de ses parents, « Павел и Саския3 », de sa tante Oksana dont elle parle avec une tendresse toute particulière dans la voix, et puis d'autres photos qui représentent son petit chez-elle, un immeuble aux pierres jaunes bien différent de notre demeure de Primrose Hill. Tout cela est précieusement gardé auprès de son lit, dans un petit album qu'elle me met entre les mains.
Elle me raconte aussi sa dernière expédition, six jours passés à la réserve naturelle d'Astrakhan avec ses parents — l'un de ses endroits préférés sur Terre selon ses dires. Là-bas, la Volga vient se jeter dans la mer Caspienne. Le climat de la fin du mois de mars ne les avaient pas arrêtés, loin de là, la tentation d'étudier un recoin encore inexploré en bordure du Kazakhstan avait été plus forte. J'écoute mon amie me partager ses connaissances, relater le froid qui leur gelait les doigts et les nuits de campement en pleine nature, qui me paraissent tout bonnement inconcevables. Je ne peux m'empêcher d'être impressionnée par son mental d'acier, son caractère bien trempé et sa nature débrouillarde. Si j'ai fini à Gryffondor en retrouvant une part de moi-même à Serpentard, je ne peux pas non plus m'empêcher de penser que Tasha est mon reflet le plus évident : une Serpentard qui s'en serait très bien tirée à Gryffondor. J'ai remarqué l'écharpe aux couleurs vert et argent qu'elle conserve dans ses affaires, souvenir de son séjour à Poudlard qui me paraît maintenant tellement lointain.
___
1 Tu peux dire ‘Va te faire voir’. Oui, c'est bien ! Il y a aussi ‘Je m'en fiche complètement’.
2 Allons Vaska, arrête un peu.
3 Pavel et Saskia.
Ruby-Amber, Gryffone alchimiste, bijou bientôt rouillé
La petite eau
En l'espace de deux heures, nos cinq vies sont déballées à la vue de toutes et je ne me suis jamais aussi bien sentie.
J'ai en main mon deuxième verre, je crois que c'est le deuxième, je me suis resservie mais je n'ai pas compté. De toute façon, je ne tarde pas à finir ma vodka orange. Étrangement, l'alcool ne brûle plus autant mon palais à chaque nouvelle gorgée. Au moment où je réalise cela, je m'aperçois que le monde tourne autour de moi. Littéralement. Il semble défiler de droite à gauche et à chaque fois que je recentre mon regard ou que je tente de lutter contre sa course, il repart tournoyer de plus belle. Le mouvement hypnotique me rappelle brusquement à quel point j'ai sommeil, à quel point j'ai envie de m'allonger, là, maintenant, et de clore mes paupières. Il semblerait que je ne sois pas la seule.
« Сейчас одиннадцать часов. Ночь будет короткой1 » commente Tasha, flegmatique. Les autres membres du cercle opinent du chef, pensives. D'un commun accord, décision est prise d'aller dormir pour être en forme demain, dans la mesure du possible. Alors nous nous levons et je constate que mes jambes tanguent un peu, contrairement aux autres qui se déplacent sans peine. « Ça va aller ? » me demande ma correspondante en anglais ; je lui fais signe que oui, l'ego gonflé par une assurance démesurée, alors que je n'en ai franchement aucune idée. Mais ce ne serait pas mon genre d'avouer mes faiblesses, même avec le sang chargé d'alcool.
D'une façon ou d'une autre, je me retrouve au lit. Les tourbillons finissent par m'emporter avec eux : je ne tarde pas à tomber dans ce profond sommeil tant espéré. Je n'ai pas une seule pensée pour le sale réveil qui m'attend demain matin, non. Il n'est rien comparé à la pure félicité qui emplit mon cœur à cet instant. Le sentiment d'accomplissement, aussi. L'impression d'être devenue autre chose qu'une simple ingénue : je suis de celles qui savent boire un verre et qui restent éveillées tard dans la nuit pour savourer chaque gorgée jusqu'à la dernière. Ce jeudi soir avait été un grand soir.
___
1 Il est onze heures. La nuit va être courte.
J'ai en main mon deuxième verre, je crois que c'est le deuxième, je me suis resservie mais je n'ai pas compté. De toute façon, je ne tarde pas à finir ma vodka orange. Étrangement, l'alcool ne brûle plus autant mon palais à chaque nouvelle gorgée. Au moment où je réalise cela, je m'aperçois que le monde tourne autour de moi. Littéralement. Il semble défiler de droite à gauche et à chaque fois que je recentre mon regard ou que je tente de lutter contre sa course, il repart tournoyer de plus belle. Le mouvement hypnotique me rappelle brusquement à quel point j'ai sommeil, à quel point j'ai envie de m'allonger, là, maintenant, et de clore mes paupières. Il semblerait que je ne sois pas la seule.
« Сейчас одиннадцать часов. Ночь будет короткой1 » commente Tasha, flegmatique. Les autres membres du cercle opinent du chef, pensives. D'un commun accord, décision est prise d'aller dormir pour être en forme demain, dans la mesure du possible. Alors nous nous levons et je constate que mes jambes tanguent un peu, contrairement aux autres qui se déplacent sans peine. « Ça va aller ? » me demande ma correspondante en anglais ; je lui fais signe que oui, l'ego gonflé par une assurance démesurée, alors que je n'en ai franchement aucune idée. Mais ce ne serait pas mon genre d'avouer mes faiblesses, même avec le sang chargé d'alcool.
D'une façon ou d'une autre, je me retrouve au lit. Les tourbillons finissent par m'emporter avec eux : je ne tarde pas à tomber dans ce profond sommeil tant espéré. Je n'ai pas une seule pensée pour le sale réveil qui m'attend demain matin, non. Il n'est rien comparé à la pure félicité qui emplit mon cœur à cet instant. Le sentiment d'accomplissement, aussi. L'impression d'être devenue autre chose qu'une simple ingénue : je suis de celles qui savent boire un verre et qui restent éveillées tard dans la nuit pour savourer chaque gorgée jusqu'à la dernière. Ce jeudi soir avait été un grand soir.
fin.
___
1 Il est onze heures. La nuit va être courte.
Ruby-Amber, Gryffone alchimiste, bijou bientôt rouillé