Aval Æn-Moi PNJ

Reducio
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souvenirs d’Automne 2050
évoqués l’Hiver 2051
en bribes

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Les doigts entrecroisés, une rencontre tactile si régulière qu’elle en devient ordinaire. L’accoutumance à une seconde respiration sans qu’on n’y pense. La joie sereine, qu’on ose espérer pérenne. Ce jour n’avait pas à se distinguer des autres. Ou bien ? La célébration des relations. Ni l’un ni l’autre n’y voit le prétexte de s’offrir des fleurs ou des chocolats. Cette date avait toujours été insignifiante pour Hjúki, qui jamais n’avait été un valentin, ni ne comptait l’être. Il a décidé d’y puiser l’impulsion pour oser. Des mois d’hésitation, à attendre d’être sûr ou que vienne le bon moment : c’est pour aujourd’hui. Après la montée d’une fébrilité d’inquiétude et de doute, ces mains qui se rencontrent et se partagent un pouls sans mot dire ne sont pas si anodines.

La distance n’étant pas un obstacle de même taille pour un mage, il était toujours venu à Seán. Ces derniers mois, la déchirure de ne pouvoir le sentir à ses côtés lors de sorties sorcières avait cohabité avec la pensée rassurante que son village n’était pas une zone de non-droit, qu’un jour… ce jour fantasmé, repoussé dans la crainte de la déception, voilà qu’il est arrivé. Le bibliothécaire contemple du coin de l’œil un paysage qui est devenu familier, écoute le chant clapotant de l’Ottery, mais son attention est essentiellement consacrée au danseur, que la route a dû éprouver. Le jeune adulte se perd dans l’observation des traits qu’il connaît désormais par cœur, de ses lèvres tant caressées à la clarté céruléenne de son regard, et guette des inflexions qui parleront les premières. Qu’ils soient là, ensemble, lui paraît si irréel.

Plus il est entouré de sorciers, plus il a besoin de sentir la présence ou l’écho de Seán en lui. Il pense à leur proximité quand ils dansent, quand ils s’appliquent mutuellement des pigments sur la peau, quand ils découvrent ou regardent depuis la même banquette. Il ressent toutes les textures et les couleurs qu’il a apprises, pour autant que possible arborer un masque imprégné de sa touche. Discrètement posé sur ses paupières au Pitiponk, le couvrant de pied en cap à la Fausse Danse, occupant presque tout son visage à Godric’s Hollow. Plutôt qu’une dissimulation, une révélation. Un affichage de ce qui lui importe. Ça ne change pas les règles, mais rend l’injuste privation un peu plus supportable. La subversion symbolique de quand même faire franchir à des fragments de Seán ces barrières. Il lui a parlé d’Ali, et lui présentera sûrement Phœbe et Astaroth, franchissant progressivement des étapes pour lui présenter son environnement. Celui dont il vient à chaque fois qu’ils se rejoignent. Après avoir exploré jusqu’aux recoins de la loge personnelle de l’artiste, à son tour de dévoiler ce qui est devenu son foyer.

Lui présenter Loutry, pouvoir se tenir la main et de fait partager physiquement un moment dans un espace sorcier – même semi –, ce n’est pas rien pour Hjúki. La tension se relâche après une parole, un geste du corcagien, qui reconnaît et apprécie le partage. Il n’a rien prévu d’extravagant ou de magique. Pas de mots d’amour savamment composés, ni de cadeau déniché. Seulement des plats réconfortants et des artifices chauffants pour profiter d’un pique-nique hivernal qui se veut agréable. Accepter en ce jour spécial de lever un peu le voile sur le sorcier, se montrer en sobriété.
Dernière modification par Hjúki Anastase le 6 juil. 2026, 13:24, modifié 1 fois.