Combien de fois faudra-t-il que je le demande ?
Samedi 3 décembre 2050 — dix minutes avant 14 heures
Chaudron Baveur
21 ans
C'est papa qui m'a envoyé la première lettre. Il m'a demandé si je voulais faire quelque chose pour mon anniversaire et m'a proposé plusieurs scénarios. Le repas avec toute la famille a évidemment été évoqué, mais papa a enchainé presque directement sur une autre idée : nous retrouver pour boire le thé pour que je puisse ouvrir mes cadeaux. La politesse m'a empêché de lui dire de me les faire parvenir par hibou, que ce serait plus facile comme cela. J'ai dit non pour le repas et j'ai dit non pour le thé. Cette année, le 1er décembre est tombé un jeudi. Le jeudi après les cours je vais directement chez Kristen et rien, absolument rien aurait pu m'empêcher d'honorer notre rendez-vous. C'est avec elle que j'ai passé cette journée durant laquelle mon âge prend un chiffre, ce dont je me fiche éperdument. C'est avec elle que j'ai goûté, puis diné. C'est avec elle que j'ai souri, que j'ai bu, que j'ai fumé. C'est avec elle que j'ai ouvert un cadeau qui m'a plu et m'a fait me sentir importante. C'est avec elle et je n'aurais voulu faire cela avec personne d'autre.
Puis Narym a envoyé la deuxième lettre. Il a dit : allons sur le Chemin de Traverse, ce weekend. Il a dit : on traînera dans les boutiques et tu choisiras ce qui te fera plaisir. Il a dit : papa a proposé qu'on se rejoigne à l'heure du thé au Chaudron, il a envie de te voir. Il a dit : maman travaille ce jour-là, ça te dérange ? Il a dit : mais je crois que Zakary, Naël et Ao seront disponibles, ça te dérange si je leur propose ? Il a dit : on va juste boire un chocolat chaud à la citrouille, Aelle, c'est tout, ça fait une éternité qu'on ne s'est pas vu ensemble, non ? Il a dit : si tu ne le fais pas pour moi, fais-le pour les cadeaux. Je sais que tu manques d'argent et je sais aussi que tu désires toujours million de livres. Profite de l'occasion. Depuis septembre dernier, c'est comme ça que Narym fonctionne alors qu'il n'a jamais osé me faire du chantage avant. Comme s'il avait compris que parfois, il fallait me dire des choses comme ça pour me motiver. Comme s'il avait compris qu'en me faisant voir les choses sous un autre angle, je pouvais accepter. J'ai dit : seulement deux heures, j'ai autre chose à faire de mon samedi que traîner dans les boutiques et boire du chocolat. Il a dit : rendez-vous à quatorze heures.
Pour un mois de décembre, le ciel est particulièrement clair. Un immense ciel bleu d'hiver, clair comme de l'eau et parsemé de nuages qui s'éparpillent sur la toile azur. Un froid piquant me glace le bout du nez et me rougit les joues. Malgré le ciel bleu, les toits et le bord du Chemin de Traverse que j'aperçois à intervalle régulier quand les briques s'ouvrent pour laisser sortir les clients dans la rue commerçante sont recouverts de neige. Il a neigé toute la nuit et toute la journée d'hier, mais aujourd'hui le ciel n'en garde aucune preuve, tout se passe au niveau du sol.
Les briques se referment une nouvelle fois. Je frisonne violemment lorsque la chaleur du Chaudron Baveur m'entoure. J'aurais pu attendre au milieu de la salle à une table, mais je préfère encore le faire ici, comme ça lorsque Narym arrivera avec Mackenzie nous pourront partir directement. Je lui ai bien demandé s'il pouvait laisser sa gosse à quelqu'un pour venir seul, mais il m'a fait comprendre que ce n'était pas un croup qu'on pouvait laisser à garder. Alors Mackenzie sera là avec ses grands yeux verts et ses cheveux noirs que je ne supporte pas de voir. Elle sera là avec ses millions de questions et son envie de prendre ma main. Et le regard de Narym croisera le mien et j'entendrai sa mise en garde silencieuse, déjà entendue quelques semaines plus tôt : si tu ne veux pas qu'elle te prenne la main, tu le lui dis gentiment et calmement, elle peut comprendre, mais ne la repousse pas sans un regard, par Merlin ! Même quand je planque mes mains dans mes poches ça ne suffit pas. Cette gamine est pire que collante. Elle est agaçante. Trop vive. Trop joyeuse. Trop attachée à son père. C'est vraiment une plaie.
Je me détourne du passage qui s'ouvre une nouvelle fois en me dévoilant le Chemin de Traverse où grouille tant de monde pour m'adosser au mur de la salle du Chaudron Baveur. Je laisse mon regard se perdre sur les clients, les tables, le bar, les sorciers parfois habillés étrangement — surtout ceux qui viennent du côté moldu et qui apparaissent au milieu de la pièce. Je laisse tomber ma tête contre le mur, les bras croisés sur la poitrine et j'attends. Parce qu'évidemment, je suis bien en avance.
Chaudron Baveur
21 ans
C'est papa qui m'a envoyé la première lettre. Il m'a demandé si je voulais faire quelque chose pour mon anniversaire et m'a proposé plusieurs scénarios. Le repas avec toute la famille a évidemment été évoqué, mais papa a enchainé presque directement sur une autre idée : nous retrouver pour boire le thé pour que je puisse ouvrir mes cadeaux. La politesse m'a empêché de lui dire de me les faire parvenir par hibou, que ce serait plus facile comme cela. J'ai dit non pour le repas et j'ai dit non pour le thé. Cette année, le 1er décembre est tombé un jeudi. Le jeudi après les cours je vais directement chez Kristen et rien, absolument rien aurait pu m'empêcher d'honorer notre rendez-vous. C'est avec elle que j'ai passé cette journée durant laquelle mon âge prend un chiffre, ce dont je me fiche éperdument. C'est avec elle que j'ai goûté, puis diné. C'est avec elle que j'ai souri, que j'ai bu, que j'ai fumé. C'est avec elle que j'ai ouvert un cadeau qui m'a plu et m'a fait me sentir importante. C'est avec elle et je n'aurais voulu faire cela avec personne d'autre.
Puis Narym a envoyé la deuxième lettre. Il a dit : allons sur le Chemin de Traverse, ce weekend. Il a dit : on traînera dans les boutiques et tu choisiras ce qui te fera plaisir. Il a dit : papa a proposé qu'on se rejoigne à l'heure du thé au Chaudron, il a envie de te voir. Il a dit : maman travaille ce jour-là, ça te dérange ? Il a dit : mais je crois que Zakary, Naël et Ao seront disponibles, ça te dérange si je leur propose ? Il a dit : on va juste boire un chocolat chaud à la citrouille, Aelle, c'est tout, ça fait une éternité qu'on ne s'est pas vu ensemble, non ? Il a dit : si tu ne le fais pas pour moi, fais-le pour les cadeaux. Je sais que tu manques d'argent et je sais aussi que tu désires toujours million de livres. Profite de l'occasion. Depuis septembre dernier, c'est comme ça que Narym fonctionne alors qu'il n'a jamais osé me faire du chantage avant. Comme s'il avait compris que parfois, il fallait me dire des choses comme ça pour me motiver. Comme s'il avait compris qu'en me faisant voir les choses sous un autre angle, je pouvais accepter. J'ai dit : seulement deux heures, j'ai autre chose à faire de mon samedi que traîner dans les boutiques et boire du chocolat. Il a dit : rendez-vous à quatorze heures.
Pour un mois de décembre, le ciel est particulièrement clair. Un immense ciel bleu d'hiver, clair comme de l'eau et parsemé de nuages qui s'éparpillent sur la toile azur. Un froid piquant me glace le bout du nez et me rougit les joues. Malgré le ciel bleu, les toits et le bord du Chemin de Traverse que j'aperçois à intervalle régulier quand les briques s'ouvrent pour laisser sortir les clients dans la rue commerçante sont recouverts de neige. Il a neigé toute la nuit et toute la journée d'hier, mais aujourd'hui le ciel n'en garde aucune preuve, tout se passe au niveau du sol.
Les briques se referment une nouvelle fois. Je frisonne violemment lorsque la chaleur du Chaudron Baveur m'entoure. J'aurais pu attendre au milieu de la salle à une table, mais je préfère encore le faire ici, comme ça lorsque Narym arrivera avec Mackenzie nous pourront partir directement. Je lui ai bien demandé s'il pouvait laisser sa gosse à quelqu'un pour venir seul, mais il m'a fait comprendre que ce n'était pas un croup qu'on pouvait laisser à garder. Alors Mackenzie sera là avec ses grands yeux verts et ses cheveux noirs que je ne supporte pas de voir. Elle sera là avec ses millions de questions et son envie de prendre ma main. Et le regard de Narym croisera le mien et j'entendrai sa mise en garde silencieuse, déjà entendue quelques semaines plus tôt : si tu ne veux pas qu'elle te prenne la main, tu le lui dis gentiment et calmement, elle peut comprendre, mais ne la repousse pas sans un regard, par Merlin ! Même quand je planque mes mains dans mes poches ça ne suffit pas. Cette gamine est pire que collante. Elle est agaçante. Trop vive. Trop joyeuse. Trop attachée à son père. C'est vraiment une plaie.
Je me détourne du passage qui s'ouvre une nouvelle fois en me dévoilant le Chemin de Traverse où grouille tant de monde pour m'adosser au mur de la salle du Chaudron Baveur. Je laisse mon regard se perdre sur les clients, les tables, le bar, les sorciers parfois habillés étrangement — surtout ceux qui viennent du côté moldu et qui apparaissent au milieu de la pièce. Je laisse tomber ma tête contre le mur, les bras croisés sur la poitrine et j'attends. Parce qu'évidemment, je suis bien en avance.
Combien de fois faudra-t-il que je le demande ?
Avoir une famille avec qui partager de vrais moments, c'était quelque chose auquel Éli prenait goût à La Ruche, pour autant, loin de Poudlard, loin de ses habitudes à Londres, la jeune fille se sentait parfois déconnectée. Depuis la naissance d'Eden, elle s'était tellement focalisée sur ce qu'elle devait réussir, sur ce que l'on attendait d'elle, qu'elle ne s'était pas encore autorisé à penser au reste. La jeune mère voulait faire de son mieux, et elle n'avait pas d'autres choix pour y arriver que de se concentrer sur ses priorités, mais le besoin de sortir un peu de ce cocon protecteur c'était intensifié ces derniers jours. Elle ne pouvait pas se plaindre, elle avait tout ce dont elle avait besoin là-bas, elle commençait même à trouver sa place dans cette construction familiale un peu particulière, mais en permanence préservée du monde extérieur, la poufsouffle suffoquée un peu.
Retrouver des lieux familiers, faire une pause en dehors de ce microcosme confortable, voir que son monde n'avait pas complètement disparu à l'extérieur, c'est de ça qu'elle avait besoin aujourd'hui. Lorsqu'elle leur en avait parlé, Rem et Elizabeth très compréhensifs, lui avaient proposé de l'emmener dès le samedi suivant en ville pour la laisser faire quelques achats en autonomie. Ravie, la jeune fille avait hésité entre deux lieux qui lui manquaient beaucoup. Si elle avait besoin de sortir "comme avant", le faire sans Eden était encore quelque chose de trop difficile à envisager pour elle. En choisissant Pré au Lard un samedi, elle prenait le risque d'y croiser des élèves de sa promo, et même si elle assumée sa nouvelle vie, la jeune mère n'était pas encore prête à croiser d'anciens camarades curieux au détour d'une rue. Le chemin de traverse était un endroit bien moins fréquenté en période scolaire, c'était un choix plus tranquille.
...................
Lorsque Mister Omniak laissa Éli devant le Chaudron Baveur en ce début d'après-midi, rien, même la neige encore présente par endroit n'était censé gâcher son plaisir d'être là, pourtant face à la devanture, la gorge d'Éli se serra. Elle n'était plus vraiment la même que cette jeune fille qui avait ouvert la porte du pub il y a quelques mois. La présence discrète du bébé, endormi dans l'écharpe de portage que l'adolescente avait nouée contre sa poitrine, ne passait pas inaperçu. En lançant un coup d'œil dans sa direction, n'importe qui se ferait un film approximatif et déformé de son année, il fallait qu'elle s'y attende. Avec un peu d'appréhension, Éli poussa la porte de l'établissement.
L'odeur, le monde, l'ambiance rustique mais chaleureuse, le mobilier, tout était fidèle à sa mémoire. La jeune fille fut immédiatement rassurée de voir qu'au moins ici, rien n'avait changé. Les clients étaient nombreux, et bien trop plongés dans leurs discussions pour faire attention à elle. Soulagée de bénéficier d'un semblant d'invisibilité, elle se mit à traverser la pièce d'un pas assuré, un large sourire égayant son visage. Déterminée à rejoindre l'arrière-cour pour entrer sur le chemin de traverse sans délai, l'attention d'Éli se figea malgré tout sur l'un des visages présent dans la pièce, celui d'une silhouette seule et muette adossée contre l'un des murs. Elle ne l'avait pas revu depuis ce fameux jour à Édimbourg plusieurs mois auparavant, dans cette librairie ou elles avaient échangées quelques vérités, pourtant en croisant le visage d'Aelle dans ce pub aujourd'hui, les émotions vécues ce jour la lui semblaient bien plus récentes. Une sensation à la fois désagréable et excitante parcourut la jeune mère.
Fallait -il qu'elle passe son chemin, feintant de ne pas l'avoir vu ? Où qu'elle profite de cette nouvelle occasion offerte, pour enfin oser ? Quelle était la probabilité d'une telle rencontre ici, aujourd'hui, à cette heure précise ? Assurément faible, et pourtant....
Eden, bien enfouie entre les pans de tissu, profita de ce moment de réflexion maternelle pour bouger en dormant. Par reflex l'attention de la jeune mère migra momentanément vers sa fille, ce qui mit également fin au dilemme qui n'avait duré que quelques secondes. Après tout, c'était en grande partie pour elle qu'Éli voulait le faire, repousser indéfiniment les choses ne les rendraient pas plus faciles. Elle ne pouvait pas laisser LA conversation lui échapper encore. Doucement, elle fit volt face vers le bar, commanda deux jus de citrouille, et se dirigea, sans hésiter cette fois, vers son ancienne camarade.
- c'est donc à ça que tu occupes tes journées Bristyle. Sans refréner le ton ironique de sa voix, ni le léger sourire sournois qui se dessinait sur ses lèvres, la jeune fille tendit l'un des verres devant elle comme une proposition en attente.
- un verre contre trois minutes de ton temps, deal ?
Retrouver des lieux familiers, faire une pause en dehors de ce microcosme confortable, voir que son monde n'avait pas complètement disparu à l'extérieur, c'est de ça qu'elle avait besoin aujourd'hui. Lorsqu'elle leur en avait parlé, Rem et Elizabeth très compréhensifs, lui avaient proposé de l'emmener dès le samedi suivant en ville pour la laisser faire quelques achats en autonomie. Ravie, la jeune fille avait hésité entre deux lieux qui lui manquaient beaucoup. Si elle avait besoin de sortir "comme avant", le faire sans Eden était encore quelque chose de trop difficile à envisager pour elle. En choisissant Pré au Lard un samedi, elle prenait le risque d'y croiser des élèves de sa promo, et même si elle assumée sa nouvelle vie, la jeune mère n'était pas encore prête à croiser d'anciens camarades curieux au détour d'une rue. Le chemin de traverse était un endroit bien moins fréquenté en période scolaire, c'était un choix plus tranquille.
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Lorsque Mister Omniak laissa Éli devant le Chaudron Baveur en ce début d'après-midi, rien, même la neige encore présente par endroit n'était censé gâcher son plaisir d'être là, pourtant face à la devanture, la gorge d'Éli se serra. Elle n'était plus vraiment la même que cette jeune fille qui avait ouvert la porte du pub il y a quelques mois. La présence discrète du bébé, endormi dans l'écharpe de portage que l'adolescente avait nouée contre sa poitrine, ne passait pas inaperçu. En lançant un coup d'œil dans sa direction, n'importe qui se ferait un film approximatif et déformé de son année, il fallait qu'elle s'y attende. Avec un peu d'appréhension, Éli poussa la porte de l'établissement.
L'odeur, le monde, l'ambiance rustique mais chaleureuse, le mobilier, tout était fidèle à sa mémoire. La jeune fille fut immédiatement rassurée de voir qu'au moins ici, rien n'avait changé. Les clients étaient nombreux, et bien trop plongés dans leurs discussions pour faire attention à elle. Soulagée de bénéficier d'un semblant d'invisibilité, elle se mit à traverser la pièce d'un pas assuré, un large sourire égayant son visage. Déterminée à rejoindre l'arrière-cour pour entrer sur le chemin de traverse sans délai, l'attention d'Éli se figea malgré tout sur l'un des visages présent dans la pièce, celui d'une silhouette seule et muette adossée contre l'un des murs. Elle ne l'avait pas revu depuis ce fameux jour à Édimbourg plusieurs mois auparavant, dans cette librairie ou elles avaient échangées quelques vérités, pourtant en croisant le visage d'Aelle dans ce pub aujourd'hui, les émotions vécues ce jour la lui semblaient bien plus récentes. Une sensation à la fois désagréable et excitante parcourut la jeune mère.
Fallait -il qu'elle passe son chemin, feintant de ne pas l'avoir vu ? Où qu'elle profite de cette nouvelle occasion offerte, pour enfin oser ? Quelle était la probabilité d'une telle rencontre ici, aujourd'hui, à cette heure précise ? Assurément faible, et pourtant....
Eden, bien enfouie entre les pans de tissu, profita de ce moment de réflexion maternelle pour bouger en dormant. Par reflex l'attention de la jeune mère migra momentanément vers sa fille, ce qui mit également fin au dilemme qui n'avait duré que quelques secondes. Après tout, c'était en grande partie pour elle qu'Éli voulait le faire, repousser indéfiniment les choses ne les rendraient pas plus faciles. Elle ne pouvait pas laisser LA conversation lui échapper encore. Doucement, elle fit volt face vers le bar, commanda deux jus de citrouille, et se dirigea, sans hésiter cette fois, vers son ancienne camarade.
- c'est donc à ça que tu occupes tes journées Bristyle. Sans refréner le ton ironique de sa voix, ni le léger sourire sournois qui se dessinait sur ses lèvres, la jeune fille tendit l'un des verres devant elle comme une proposition en attente.
- un verre contre trois minutes de ton temps, deal ?
❧ 5 ème année RP - 16 ans 🢣Fiche perso ☙ - bouilleur de chaudron
Combien de fois faudra-t-il que je le demande ?
Elle va sans donc parler encore et encore sans discontinuer. Elle ne cesse de parler. Elle est petite, pourtant. Je me figurais que les enfants aussi petits ne parlaient pas beaucoup : après tout je ne le faisais pas, moi. Mais elle, elle ne fait que parler, tout le temps. Comme si sa toute petite vie avait une importance capitale. Il faut qu'elle dise quand elle aime telle ou telle couleur, quand elle apprécie une chose qu'elle aperçoit, quand elle a envie de quelque chose ; tout est une occasion de parler, comme si elle était incapable de faire les choses en gardant pour elle ses pensées. Alors elle ne va faire que parler durant l'intégralité de notre balade et Narym n'aura cesse de se pencher vers elle pour lui sourire, lui proposer ses bras ou lui montrer des choses qui paraissent exceptionnelles pour une gamine de quatre ans mais qui sont d'un incommensurable ennui. J'essayerai de parler avec mon frère, mais aucune conversation n'arrivera à son terme car elle nous interrompra à chaque instant avec sa petite voix aigue. Le pire étant que pour formuler une phrase, elle mettra tellement de temps. Parfois, j'ai envie de la secouer : termine cette putain de phrase ! ou de lui arracher les mots du fond de la gorge. C'est terriblement frustrant.
Les bruits du Chaudron Baveur accompagnent mes pensées diluées et mes rêves d'une vie où mon frère n'aurait pas adopté une enfant, une vie dans laquelle cette sortie sur le Chemin de Traverse aurait pris une autre teinte plus agréable. Je n'aurais peut-être pas dû arriver aussi tôt : attendre me donne envie de m'enfuir pour ne pas avoir à supporter la présence de la fille de mon frère.
Un léger soupir me soulève les épaules. Je me repositionne sur le mur et sors les mains de mes poches pour arranger mon écharpe autour de mon cou. C'est à cet instant que je remarque au milieu des clients une silhouette qui ne m'est pas inconnue. Je n'aurais sans doute pas fait attention à elle si elle ne se dirigeait pas si franchement dans ma direction, les mains alourdies par deux verres remplit d'un liquide orangeâtre qui ressemble follement à du jus de citrouille.
Willis.
La voir fait s'agiter mon cœur. Je pousse sur mes hanches pour m'éloigner du mur, je la regarde approcher, les sourcils froncés. Une légère appréhension me tend les épaules et je le mets sur le compte de nos précédentes rencontres : nous n'avons guère eu l'occasion de nous voir, toutes les deux, sans nous faire des reproches ou sans nous insulter. Je ne sais pas si j'ai envie de cela, aujourd'hui. Mais je veux bien reconnaître que la voir arriver vers moi ne m'inspire pas non plus un franc agacement, ce qui signifie sûrement que je ne suis pas mécontente de la voir.
Je l'accueille avec un sourcil dressé sur le front ; elle-même me salue d'une réplique et avec une proposition direct, ce qui m'arrache un rictus aussi surpris qu'amusé. Je ne remarque qu'à peine le paquet qu'elle porte en écharpe sur le devant de son corps et qui doit contenir ce que je pense qu'il contient. Après tout, j'ai bien reçu le faire-part de naissance il y a quelques temps. Zikomo m'a dit que je devrais envoyer quelque chose pour la féliciter. Je n'ai rien fait : je ne vois pas pour quoi je devrais la féliciter.
Je remonte les yeux jusqu'à son visage ; un coup d'œil me suffit pour faire l'état des lieux des menues différences à noter depuis notre dernière conversation en août et déjà mon cerveau passe à autre chose.
« À tenir les murs du Chaudron Baveur ? Ouais, je suis même payée pour le faire, tu savais pas ? »
Mes yeux tombent sur le verre qu'elle me tend. Un verre contre trois minutes de mon temps ? Je lui lance un regard suspicieux. C'est formulé étrangement et j'ai bien compris depuis le temps que cette fille ne faisait jamais rien sans rien, mais je n'ai pas besoin de sonder mon cœur pour sentir que je n'ai aucune raison de refuser et aussi aucune envie. Passer les quelques minutes qu'il me reste avant l'arrivée de mon frère avec cette fille me semble tout à fait acceptable. Tant qu'elle ne perd pas son temps à me présenter sa gamine. Quel est son prénom, déjà ? Je l'ai bien lu, pourtant, mais je l'ai oublié.
J'approche d'un pas pour me saisir du verre qui m'est tendu.
« Va pour trois minutes, » j'accepte d'une voix traînante en me dirigeant sans attendre vers la table la plus proche. Je coule au passage dans sa direction un regard moqueur : « Si tant est que tu puisses me dire ce que tu as à me dire en aussi peu de temps. »
La table se situe non loin du passage vers le Chemin. Je choisis la chaise qui me permet d'avoir une vue royale sur l'entrée du pub et de laquelle je pourrais surveiller l'arrivée de mon frère. D'un coup de menton, je désigne à la jeune fille la chaise d'en face. Je m'assieds sans enlever ma cape ni mon écharpe, croise les jambes et bois une gorgée de ma boisson sans attendre, les yeux braqués sur Willis.
Les bruits du Chaudron Baveur accompagnent mes pensées diluées et mes rêves d'une vie où mon frère n'aurait pas adopté une enfant, une vie dans laquelle cette sortie sur le Chemin de Traverse aurait pris une autre teinte plus agréable. Je n'aurais peut-être pas dû arriver aussi tôt : attendre me donne envie de m'enfuir pour ne pas avoir à supporter la présence de la fille de mon frère.
Un léger soupir me soulève les épaules. Je me repositionne sur le mur et sors les mains de mes poches pour arranger mon écharpe autour de mon cou. C'est à cet instant que je remarque au milieu des clients une silhouette qui ne m'est pas inconnue. Je n'aurais sans doute pas fait attention à elle si elle ne se dirigeait pas si franchement dans ma direction, les mains alourdies par deux verres remplit d'un liquide orangeâtre qui ressemble follement à du jus de citrouille.
Willis.
La voir fait s'agiter mon cœur. Je pousse sur mes hanches pour m'éloigner du mur, je la regarde approcher, les sourcils froncés. Une légère appréhension me tend les épaules et je le mets sur le compte de nos précédentes rencontres : nous n'avons guère eu l'occasion de nous voir, toutes les deux, sans nous faire des reproches ou sans nous insulter. Je ne sais pas si j'ai envie de cela, aujourd'hui. Mais je veux bien reconnaître que la voir arriver vers moi ne m'inspire pas non plus un franc agacement, ce qui signifie sûrement que je ne suis pas mécontente de la voir.
Je l'accueille avec un sourcil dressé sur le front ; elle-même me salue d'une réplique et avec une proposition direct, ce qui m'arrache un rictus aussi surpris qu'amusé. Je ne remarque qu'à peine le paquet qu'elle porte en écharpe sur le devant de son corps et qui doit contenir ce que je pense qu'il contient. Après tout, j'ai bien reçu le faire-part de naissance il y a quelques temps. Zikomo m'a dit que je devrais envoyer quelque chose pour la féliciter. Je n'ai rien fait : je ne vois pas pour quoi je devrais la féliciter.
Je remonte les yeux jusqu'à son visage ; un coup d'œil me suffit pour faire l'état des lieux des menues différences à noter depuis notre dernière conversation en août et déjà mon cerveau passe à autre chose.
« À tenir les murs du Chaudron Baveur ? Ouais, je suis même payée pour le faire, tu savais pas ? »
Mes yeux tombent sur le verre qu'elle me tend. Un verre contre trois minutes de mon temps ? Je lui lance un regard suspicieux. C'est formulé étrangement et j'ai bien compris depuis le temps que cette fille ne faisait jamais rien sans rien, mais je n'ai pas besoin de sonder mon cœur pour sentir que je n'ai aucune raison de refuser et aussi aucune envie. Passer les quelques minutes qu'il me reste avant l'arrivée de mon frère avec cette fille me semble tout à fait acceptable. Tant qu'elle ne perd pas son temps à me présenter sa gamine. Quel est son prénom, déjà ? Je l'ai bien lu, pourtant, mais je l'ai oublié.
J'approche d'un pas pour me saisir du verre qui m'est tendu.
« Va pour trois minutes, » j'accepte d'une voix traînante en me dirigeant sans attendre vers la table la plus proche. Je coule au passage dans sa direction un regard moqueur : « Si tant est que tu puisses me dire ce que tu as à me dire en aussi peu de temps. »
La table se situe non loin du passage vers le Chemin. Je choisis la chaise qui me permet d'avoir une vue royale sur l'entrée du pub et de laquelle je pourrais surveiller l'arrivée de mon frère. D'un coup de menton, je désigne à la jeune fille la chaise d'en face. Je m'assieds sans enlever ma cape ni mon écharpe, croise les jambes et bois une gorgée de ma boisson sans attendre, les yeux braqués sur Willis.
Combien de fois faudra-t-il que je le demande ?
Pour une fois, la réaction d'Aelle face à l'intervention de la jeune fille était assez lisible, et pour cause. Éli ne l'avait pas habitué à ce genre de communication aussi brève et directe. Forcée de constater que leurs précédents échanges avaient été plutôt compliqués à gérer, elle avait dû changer de tactique cette fois. Aujourd'hui, elle avait besoin que tout soit simple et clair entre elles. Parler le langage de sa camarade, s'adapter à ses codes, c'était la seule chose que la jeune mère pouvait contrôler dans ce qui allait suivre, la seule possibilité de maximiser ses chances. Une communication constructive, c'était ça l'objectif.
À défaut de poser son regard sur son ventre, maintenant vide d'intérêt, l'attention d'Aelle se dirigea vers Eden quelques secondes sans qu'aucune remarque ne vienne l'accompagner. Éli, ignorante des ressentis de son ainée vis à vis de sa fille, n'eut pas le temps de s'en intéresser plus que cela, déjà déconcentrée par le mensonge ironique que sa camarade venait de lui servir. Un discret sourire monta sur ses joues. En plus de l'amuser cette phrase rassura la Poufsouffle, ravie de constater qu'en face d'elle se trouver bien la jeune femme avec qui elle espérait parler, et non la pâle copie déstabilisée, entrevue lors de leur dernière rencontre. Pour aider, le corps d'Éli qui n'avait déjà pas énormément changé, à part au niveau du ventre, avait repris en deux mois la quasi-totalité de ces mensurations "d'avant". Sa nouvelle maternité avait enfin dû faire son chemin dans l'esprit de la plus âgée.
Si le côté direct de la jeune fille avait sûrement un peu étonné sa camarade, sa proposition semblait donner à Aelle l'envie d'aller dans son sens pour le moment. Volontairement, Éli n'avait ajouté aucune précision à sa demande, espérant aiguiser sa curiosite par un manque d'information criant. Que ce soit pour cette raison ou non, la jeune femme attrapa le verre tout en validant le deal, ce qui boosta au passage la confiance d'Éli qui se garda bien de le montrer. Première étape réussit ! Connaissant Aelle, rien n'était encore gagné.
Suivant son ainée vers une table tout à coté, Éli accusa sa remarque suivante non comme une énième pique, mais comme une indication supplémentaire qu'elle lui offrait. Une manière dissimulée de lui dire comment amener les choses de la bonne façon pour ne pas se retrouver face à un mur. Trois minutes c'était bien assez, c'était même bien trop pour ce qu'Éli avait à dire. Aelle semblait amusée quand elle l'invita d'un regard à s'asseoir en face d'elle. La plus jeune voyait bien qu'elle ne croyait pas beaucoup à sa réussite dans un timing si serrée, mais elle avait tort. Les pensées d'Éli étaient on ne peut plus claires, elle y avait tellement réfléchi qu'elle était sûre d'elle comme rarement elle avait pu l'être, et tout cela se ressentait dans l'assurance et la détermination qu'elle avait à cet instant précis.
Une fois assise, sans attendre la jeune mère rebondit sur la remarque qu'elle avait presque ressentit comme un défi. Depuis ce jour d'été ou elle avait décidé de parler à Aelle, chaque fois qu'elle c'était imaginé l'issue de ce face-à-face, la fin du scénario était la même : échec cuisant. Choisir le plan le plus brut, court et direct, peut-être que ça au moins sa camarade le tolérerai. Le regard ancré dans celui de la brune, Éli posa ses mots sans même attendre qu'Aelle ai terminé de boire la gorgée de jus qu'elle venait de porter à sa bouche.
-j'peux même le faire en une seule phrase : Je veux que tu sois la marraine d'Eden.
À défaut de poser son regard sur son ventre, maintenant vide d'intérêt, l'attention d'Aelle se dirigea vers Eden quelques secondes sans qu'aucune remarque ne vienne l'accompagner. Éli, ignorante des ressentis de son ainée vis à vis de sa fille, n'eut pas le temps de s'en intéresser plus que cela, déjà déconcentrée par le mensonge ironique que sa camarade venait de lui servir. Un discret sourire monta sur ses joues. En plus de l'amuser cette phrase rassura la Poufsouffle, ravie de constater qu'en face d'elle se trouver bien la jeune femme avec qui elle espérait parler, et non la pâle copie déstabilisée, entrevue lors de leur dernière rencontre. Pour aider, le corps d'Éli qui n'avait déjà pas énormément changé, à part au niveau du ventre, avait repris en deux mois la quasi-totalité de ces mensurations "d'avant". Sa nouvelle maternité avait enfin dû faire son chemin dans l'esprit de la plus âgée.
Si le côté direct de la jeune fille avait sûrement un peu étonné sa camarade, sa proposition semblait donner à Aelle l'envie d'aller dans son sens pour le moment. Volontairement, Éli n'avait ajouté aucune précision à sa demande, espérant aiguiser sa curiosite par un manque d'information criant. Que ce soit pour cette raison ou non, la jeune femme attrapa le verre tout en validant le deal, ce qui boosta au passage la confiance d'Éli qui se garda bien de le montrer. Première étape réussit ! Connaissant Aelle, rien n'était encore gagné.
Suivant son ainée vers une table tout à coté, Éli accusa sa remarque suivante non comme une énième pique, mais comme une indication supplémentaire qu'elle lui offrait. Une manière dissimulée de lui dire comment amener les choses de la bonne façon pour ne pas se retrouver face à un mur. Trois minutes c'était bien assez, c'était même bien trop pour ce qu'Éli avait à dire. Aelle semblait amusée quand elle l'invita d'un regard à s'asseoir en face d'elle. La plus jeune voyait bien qu'elle ne croyait pas beaucoup à sa réussite dans un timing si serrée, mais elle avait tort. Les pensées d'Éli étaient on ne peut plus claires, elle y avait tellement réfléchi qu'elle était sûre d'elle comme rarement elle avait pu l'être, et tout cela se ressentait dans l'assurance et la détermination qu'elle avait à cet instant précis.
Une fois assise, sans attendre la jeune mère rebondit sur la remarque qu'elle avait presque ressentit comme un défi. Depuis ce jour d'été ou elle avait décidé de parler à Aelle, chaque fois qu'elle c'était imaginé l'issue de ce face-à-face, la fin du scénario était la même : échec cuisant. Choisir le plan le plus brut, court et direct, peut-être que ça au moins sa camarade le tolérerai. Le regard ancré dans celui de la brune, Éli posa ses mots sans même attendre qu'Aelle ai terminé de boire la gorgée de jus qu'elle venait de porter à sa bouche.
-j'peux même le faire en une seule phrase : Je veux que tu sois la marraine d'Eden.
❧ 5 ème année RP - 16 ans 🢣Fiche perso ☙ - bouilleur de chaudron
Combien de fois faudra-t-il que je le demande ?
Je penche la tête en arrière pour avaler une gorgée de ce verre de jus de citrouille frais qui m'a été offert. Je n'avais pas conscience avant de le boire que j'avais soif ; jamais je me serais payée un verre de moi-même, je n'ai pas d'argent à dépenser pour cela, alors je suis reconnaissante qu'elle ait fait le choix de me l'offrir sans me demander mon avis : j'aurais refusé. Mais c'était son propre choix de me le payer alors je ne lui dois rien et je peux profiter de la fraîcheur de la boisson sans que rien ne vienne entraver le plaisir que j'ai d'en profiter.
Willis s'installe près de moi et j'ai toujours cet air sur le visage, celui qui dit : je vais te chronométrer dans ma tête et je sais que tu dépasseras largement les trois minutes. Ce n'est pas tant que je ne lui fais pas confiance, mais je me base sur ce que nous avons déjà vécu jusqu'ici et je ne compte plus les fois où elle a abîmé mes oreilles de longs discours qui n'avaient pas de fin et qui en disaient finalement bien moins que ce qu'ils laissaient croire. Willis me rend mon regard et je me prépare, je me détourne du reste de la salle pour me concentrer sur elle. Mes yeux se plissent doucement quand elle commence à parler. En une phrase, hein ? J'ai une réplique au bord des lèvres, elle sera piquante et sarcastique, je vais...
....que tu sois la marraine d'Eden.
J'écarquille les yeux, le souffle coupé. La première chose que je me dis en entendant ça, c'est : mais oui, elle s'appelle Eden, je m'en souviens maintenant ! Puis mes yeux quittent le visage trop sérieux de Willis pour tomber sur le paquet tassé contre sa poitrine, l'écharpe dans laquelle se trouve un bébé si petit que je n'en vois rien d'ici. Là, la phrase qu'elle vient de prononcer prend réellement un sens dans mon cerveau. La marraine d'Eden. La marraine de son enfant. Je sais ce qu'est une marraine même s'il n'y a rien de tout cela dans ma famille et j'ai une idée assez précise de ce rôle. Mais en fait, on se fiche totalement de ça pour le moment. Mes yeux remontent du bébé en écharpe jusqu'au visage de la jeune fille qui le porte. Je la regarde un instant. Puis mon visage se fend d'une grimace ahurie et un rire bref s'échappe de mes lèvres, un ricanement qui part du nez pour terminer dans ma bouche mais qui ne fait pas de bruit.
« Bien sûr, ouais ! » répliqué-je en secouant la tête et en tournant les yeux vers l'entrée du Chaudron Baveur.
Je savais qu'elle avait la réplique facile, l'insulte facile, même, mais par contre je ne savais pas qu'elle était du genre à faire ce genre de blague idiote, surtout concernant un sujet qui doit être important pour elle, à savoir sa gamine. Mais force est de constater qu'elle m'a surprise et que pour ça, elle peut être fière ; c'est assez rare que l'on me surprenne et plus encore qu'on m'arrache un rire comme celui que je viens d'avoir, moins motivé par l'hilarité pure que par la grande surprise qui m'a traversé. Mes yeux parcourent la salle avant de revenir vers la Poufsouffle.
« Sérieux Willis, t'as dit trois minutes, dis-je, amusée. Pourquoi t'es là ? Viens en au fait. »
Sa marraine... Ce serait quand même hilarant qu'elle soit venue pour cela. À cet instant, je suis absolument persuadée, au plus profond de moi-même, qu'elle vient de me faire la plus grosse vanne possible — et elle était plutôt réussie. Pourtant, je me surprends à imaginer l'espace d'une demi-seconde que ça puisse être vrai, tout cela. Qu'elle puisse réellement me demander cela. À moi, être la marraine d'un bébé, de son bébé. Un ricanement intempestif me secoue encore les épaules. Je secoue la tête avant de lancer un regard à Willis en posant mon menton dans le creux de ma main, ce genre de regard qui insiste et qui dit : allez, sérieux, on a assez rigolé, dis-moi pourquoi tu es là !
Willis s'installe près de moi et j'ai toujours cet air sur le visage, celui qui dit : je vais te chronométrer dans ma tête et je sais que tu dépasseras largement les trois minutes. Ce n'est pas tant que je ne lui fais pas confiance, mais je me base sur ce que nous avons déjà vécu jusqu'ici et je ne compte plus les fois où elle a abîmé mes oreilles de longs discours qui n'avaient pas de fin et qui en disaient finalement bien moins que ce qu'ils laissaient croire. Willis me rend mon regard et je me prépare, je me détourne du reste de la salle pour me concentrer sur elle. Mes yeux se plissent doucement quand elle commence à parler. En une phrase, hein ? J'ai une réplique au bord des lèvres, elle sera piquante et sarcastique, je vais...
....que tu sois la marraine d'Eden.
J'écarquille les yeux, le souffle coupé. La première chose que je me dis en entendant ça, c'est : mais oui, elle s'appelle Eden, je m'en souviens maintenant ! Puis mes yeux quittent le visage trop sérieux de Willis pour tomber sur le paquet tassé contre sa poitrine, l'écharpe dans laquelle se trouve un bébé si petit que je n'en vois rien d'ici. Là, la phrase qu'elle vient de prononcer prend réellement un sens dans mon cerveau. La marraine d'Eden. La marraine de son enfant. Je sais ce qu'est une marraine même s'il n'y a rien de tout cela dans ma famille et j'ai une idée assez précise de ce rôle. Mais en fait, on se fiche totalement de ça pour le moment. Mes yeux remontent du bébé en écharpe jusqu'au visage de la jeune fille qui le porte. Je la regarde un instant. Puis mon visage se fend d'une grimace ahurie et un rire bref s'échappe de mes lèvres, un ricanement qui part du nez pour terminer dans ma bouche mais qui ne fait pas de bruit.
« Bien sûr, ouais ! » répliqué-je en secouant la tête et en tournant les yeux vers l'entrée du Chaudron Baveur.
Je savais qu'elle avait la réplique facile, l'insulte facile, même, mais par contre je ne savais pas qu'elle était du genre à faire ce genre de blague idiote, surtout concernant un sujet qui doit être important pour elle, à savoir sa gamine. Mais force est de constater qu'elle m'a surprise et que pour ça, elle peut être fière ; c'est assez rare que l'on me surprenne et plus encore qu'on m'arrache un rire comme celui que je viens d'avoir, moins motivé par l'hilarité pure que par la grande surprise qui m'a traversé. Mes yeux parcourent la salle avant de revenir vers la Poufsouffle.
« Sérieux Willis, t'as dit trois minutes, dis-je, amusée. Pourquoi t'es là ? Viens en au fait. »
Sa marraine... Ce serait quand même hilarant qu'elle soit venue pour cela. À cet instant, je suis absolument persuadée, au plus profond de moi-même, qu'elle vient de me faire la plus grosse vanne possible — et elle était plutôt réussie. Pourtant, je me surprends à imaginer l'espace d'une demi-seconde que ça puisse être vrai, tout cela. Qu'elle puisse réellement me demander cela. À moi, être la marraine d'un bébé, de son bébé. Un ricanement intempestif me secoue encore les épaules. Je secoue la tête avant de lancer un regard à Willis en posant mon menton dans le creux de ma main, ce genre de regard qui insiste et qui dit : allez, sérieux, on a assez rigolé, dis-moi pourquoi tu es là !
Combien de fois faudra-t-il que je le demande ?
Le regard toujours encré sur sa camarade, Éli ne manifesta aucune réaction face au demi-rire et à la désinvolture d'Aelle. Immobile et droite sur sa chaise, toujours aussi déterminée à mener sa demande jusqu'au bout, Éli s'attendait à la surprise de son ainée, elle l'espérait même un peu. Elle ne la prenait ouvertement pas au sérieux, c'était assez clair, mais peu importe. Susciter des réactions inattendues chez Aelle était une activité que la jeune mère convoitée de plus en plus, tant le phénomène était rare. Laissant volontairement poursuivre sa camarade dans son déni, et dans l'amusement presque palpable qu'avait produit cette demande chez elle, Éli en profita pour prendre quelques respirations avant de continuer.
Le pub, les gens, le bruit, il n'y avait plus rien à cet instant.
Seul ce face-à-face semblait exister, isolé dans une bulle au contour flouté, entourée d'un silence sous tension. Chaque micro changement sur le visage de sa camarade semblait revêtir une importance renforcée. Il fallait qu'Aelle intègre l'information à sa façon, et elle pouvait le comprendre. Alors, sans la quitter du regard pendant quelques longues secondes, Éli la laissa d'abord constater qu'elle ne rigolait pas du tout. Son cœur pulsait tellement fort qu'elle avait l'impression que ses battements pouvaient s'entendre de l'extérieur, mais elle ne laissa aucune trace de lâcher prise déformer ses traits parfaitement sérieux.
Malgré l'enjeu, la jeune mère savait à quel point les mots que son ainée prononcerait après sa prise de conscience pourraient lui faire mal, la piquer, voir la décourager, elle était prête à tout ça. Y croire à 1 000 %, était sa seule force, il fallait que tout dans son attitude lui montre qu'elle ne prenait pas ça à la légère. Mais les secondes s'écoulaient, et il était hors de question qu'elle dépasse le chrono imposé, hors de question que l'information ne soit pas parfaitement transmise avant la fin du temps réglementaire, question d'honneur. Alors enfin, Éli reprit la parole sur le même ton direct et affirmé que pour sa phrase précédente.
- j'suis très sérieuse Aelle.
Sans ajouter grand-chose, cette fois Éli n'avait laissé aucune marge de doute entre ses mots. Si elle voulait être entendue, vraiment entendue, se rendre vulnérable était nécessaire. Ce qu'elle ressentait à cet instant était à la fois grisant et effrayant.
Le pub, les gens, le bruit, il n'y avait plus rien à cet instant.
Seul ce face-à-face semblait exister, isolé dans une bulle au contour flouté, entourée d'un silence sous tension. Chaque micro changement sur le visage de sa camarade semblait revêtir une importance renforcée. Il fallait qu'Aelle intègre l'information à sa façon, et elle pouvait le comprendre. Alors, sans la quitter du regard pendant quelques longues secondes, Éli la laissa d'abord constater qu'elle ne rigolait pas du tout. Son cœur pulsait tellement fort qu'elle avait l'impression que ses battements pouvaient s'entendre de l'extérieur, mais elle ne laissa aucune trace de lâcher prise déformer ses traits parfaitement sérieux.
Malgré l'enjeu, la jeune mère savait à quel point les mots que son ainée prononcerait après sa prise de conscience pourraient lui faire mal, la piquer, voir la décourager, elle était prête à tout ça. Y croire à 1 000 %, était sa seule force, il fallait que tout dans son attitude lui montre qu'elle ne prenait pas ça à la légère. Mais les secondes s'écoulaient, et il était hors de question qu'elle dépasse le chrono imposé, hors de question que l'information ne soit pas parfaitement transmise avant la fin du temps réglementaire, question d'honneur. Alors enfin, Éli reprit la parole sur le même ton direct et affirmé que pour sa phrase précédente.
- j'suis très sérieuse Aelle.
Sans ajouter grand-chose, cette fois Éli n'avait laissé aucune marge de doute entre ses mots. Si elle voulait être entendue, vraiment entendue, se rendre vulnérable était nécessaire. Ce qu'elle ressentait à cet instant était à la fois grisant et effrayant.
❧ 5 ème année RP - 16 ans 🢣Fiche perso ☙ - bouilleur de chaudron
Combien de fois faudra-t-il que je le demande ?
Mon menton s'enfonce dans ma main, mes doigts pianotent sur ma pommette gauche. J'ai encore un rire coincé au fond de moi, un rire un peu tordu, un peu maladroit ; un rire nerveux. Mes lèvres ne sont pas aussi rigides que d'habitudes parce qu'elles veulent se soulever pour marquer l'étrangeté de ce qui vient d'arriver et surtout l'incohérence de la blague de la jeune femme qui se trouve devant moi. Sa marraine ! répète en boucle mon cerveau. Sa marraine ! C'est vraiment amusant. Allez, Willis, ris un peu, secoue la tête et donne moi envie de me barrer de cette table avec un « si c'était juste pour te foutre de moi bravo, t'as réussi. Allez, salue » puis tout sera derrière nous. J'attends qu'elle le fasse, le coude sereinement posé sur la table.
Le problème, c'est qu'elle ne fait rien. Je prends conscience avec une demi-seconde de retard que Willis aurait dû rire ou exprimer quelque chose depuis un moment, déjà. Mais elle n'en a rien fait. Planté de l'autre coté de la table, elle me regarde fixement et ses lèvres ne frémissent même pas. Pourtant je les regarde avec attention, mais rien ne frémit, rien ne bouge. Aucune expression sur son visage. Elle se contente de me regarder avec un sérieux désarmant. Je sens mes sourcils se dresser sur mon front avant même d'avoir pensé vouloir exprimer ma surprise. Ils s'arquent et disent : bah alors ? Dis quelque chose ! Peut-être qu'elle est étonnée de me voir rire. Ce ne serait pas la première.
En une phrase, elle détruit toutes les hypothèses que mon cerveau était en train de formuler pour expliquer son comportement et y donner une réponse plus acceptable que « elle est sérieuse ». Sauf qu'elle me dit exactement ce que je ne voulais pas entendre. Elle est sérieuse. Elle est sérieuse en me demandant d'être la marraine de sa gosse.
Je reste figée, le visage lissé dans un masque sans expression. Aucune volonté de ma part de cacher ce que je ressens, c'est surtout que je ne sais pas comment réagir. La réalité me tombe dessus sans aucune brutalité. Je prends seulement conscience qu'elle n'était pas du tout, du tout en train de rigoler. Qu'elle était bien sérieuse. Et qu'elle veut que je sois la marraine de son enfant. Encore une fois, mes yeux tombent sur la petite masse blottie contre sa poitrine. Je vois à peine le haut de son crâne. Pour moi, à ce niveau-là, c'est à peine plus qu'une vague présence, même pas une vérité tangible. Si elle devait commencer à vagir, peut-être que je pourrais m'étonner : ah, c'est vivant ! mais pour le moment, Eden n'est à peine plus qu'une idée. Et elle veut que j'en sois la marraine ?
Mes yeux remontent vers la mère.
« Tu te fous de ma gueule, » affirmé-je d'une voix rauque.
Parce que ce n'est pas possible autrement. Ce n'est pas possible qu'elle me demande à moi d'être sa marraine. Cela me parait tout bonnement inconcevable et si c'est inconcevable, cela signifie que c'est faux, que ce n'est pas réel et que ça ne peut pas arriver. Mon cerveau cherche aussitôt à comprendre. Deux explications possibles à cette situation, me dit-il : soit elle se fiche vraiment de moi et dans ce cas elle le regrettera amèrement ; soit elle est sincère et alors elle ne se rend absolument pas compte de l'importance de sa demande. Après tout ce serait possible. Cette mère n'est qu'une gamine. Quel âge a-t-elle ? Quinze ans ? C'est encore une enfant, elle n'a pas terminé sa croissance, elle n'a rien vécu, aucune expérience, aucune compréhension du monde et des responsabilités. Alors voilà, elle s'est mis dans la tête que cette fille qu'elle admire allez-savoir-pourquoi était classe et qu'elle allait lui demander d'être la marraine de son enfant au lieu de choisir une femme avec une situation stable, une femme capable de sourire, qui ne pratique pas la magie noire, qui viendra aux anniversaires de la gosse, qui lui fera des cadeaux, qui sera contente de la voir et de la voir grandir. Sinon, pourquoi m'aurait-elle choisi moi ? Dans son imaginaire, ça doit être classe d'avoir pour marraine de son enfant une personne comme moi. Se dit-elle qu'elle ne veut pas faire comme les autres ? Se sent-elle plus importante grâce à ça ?
« Tu te fous forcément de ma gueule, répété-je en arrachant mon menton de ma main et en me redressant sur le banc. Je vais pas être la marraine de ta gosse. »
Je l'affirme avec une certaine ironie dans la voix et en regardant la jeune mère avec cet air-là. Celui qui dit : enfin, Willis, réveille-toi ! On est pas en train de jouer, là !
Le problème, c'est qu'elle ne fait rien. Je prends conscience avec une demi-seconde de retard que Willis aurait dû rire ou exprimer quelque chose depuis un moment, déjà. Mais elle n'en a rien fait. Planté de l'autre coté de la table, elle me regarde fixement et ses lèvres ne frémissent même pas. Pourtant je les regarde avec attention, mais rien ne frémit, rien ne bouge. Aucune expression sur son visage. Elle se contente de me regarder avec un sérieux désarmant. Je sens mes sourcils se dresser sur mon front avant même d'avoir pensé vouloir exprimer ma surprise. Ils s'arquent et disent : bah alors ? Dis quelque chose ! Peut-être qu'elle est étonnée de me voir rire. Ce ne serait pas la première.
En une phrase, elle détruit toutes les hypothèses que mon cerveau était en train de formuler pour expliquer son comportement et y donner une réponse plus acceptable que « elle est sérieuse ». Sauf qu'elle me dit exactement ce que je ne voulais pas entendre. Elle est sérieuse. Elle est sérieuse en me demandant d'être la marraine de sa gosse.
Je reste figée, le visage lissé dans un masque sans expression. Aucune volonté de ma part de cacher ce que je ressens, c'est surtout que je ne sais pas comment réagir. La réalité me tombe dessus sans aucune brutalité. Je prends seulement conscience qu'elle n'était pas du tout, du tout en train de rigoler. Qu'elle était bien sérieuse. Et qu'elle veut que je sois la marraine de son enfant. Encore une fois, mes yeux tombent sur la petite masse blottie contre sa poitrine. Je vois à peine le haut de son crâne. Pour moi, à ce niveau-là, c'est à peine plus qu'une vague présence, même pas une vérité tangible. Si elle devait commencer à vagir, peut-être que je pourrais m'étonner : ah, c'est vivant ! mais pour le moment, Eden n'est à peine plus qu'une idée. Et elle veut que j'en sois la marraine ?
Mes yeux remontent vers la mère.
« Tu te fous de ma gueule, » affirmé-je d'une voix rauque.
Parce que ce n'est pas possible autrement. Ce n'est pas possible qu'elle me demande à moi d'être sa marraine. Cela me parait tout bonnement inconcevable et si c'est inconcevable, cela signifie que c'est faux, que ce n'est pas réel et que ça ne peut pas arriver. Mon cerveau cherche aussitôt à comprendre. Deux explications possibles à cette situation, me dit-il : soit elle se fiche vraiment de moi et dans ce cas elle le regrettera amèrement ; soit elle est sincère et alors elle ne se rend absolument pas compte de l'importance de sa demande. Après tout ce serait possible. Cette mère n'est qu'une gamine. Quel âge a-t-elle ? Quinze ans ? C'est encore une enfant, elle n'a pas terminé sa croissance, elle n'a rien vécu, aucune expérience, aucune compréhension du monde et des responsabilités. Alors voilà, elle s'est mis dans la tête que cette fille qu'elle admire allez-savoir-pourquoi était classe et qu'elle allait lui demander d'être la marraine de son enfant au lieu de choisir une femme avec une situation stable, une femme capable de sourire, qui ne pratique pas la magie noire, qui viendra aux anniversaires de la gosse, qui lui fera des cadeaux, qui sera contente de la voir et de la voir grandir. Sinon, pourquoi m'aurait-elle choisi moi ? Dans son imaginaire, ça doit être classe d'avoir pour marraine de son enfant une personne comme moi. Se dit-elle qu'elle ne veut pas faire comme les autres ? Se sent-elle plus importante grâce à ça ?
« Tu te fous forcément de ma gueule, répété-je en arrachant mon menton de ma main et en me redressant sur le banc. Je vais pas être la marraine de ta gosse. »
Je l'affirme avec une certaine ironie dans la voix et en regardant la jeune mère avec cet air-là. Celui qui dit : enfin, Willis, réveille-toi ! On est pas en train de jouer, là !
Combien de fois faudra-t-il que je le demande ?
La jeune mère ne bougeait plus, se contentant d'observer le regard de son ainée qui peu à peu finit par ne plus rien laisser transparaître. Aelle allait-elle de nouveau offrir une version d'elle-même qu'Eli n'avait jamais eue l'occasion de voir ? La jeune mère fixait toujours Aelle lorsque celle-ci posa son regard sur le nouveau-né quelques micros secondes, mais son observation ne lui offrir aucun indice supplémentaire sur les pensées de la plus âgée. Seuls les quelques mots de son ancienne camarade virent enfin poser entre elles une esquisse de réponse. Abrupte et piquante, la phrase d'Aelle l'était, mais au moins Éli pouvait se convaincre que l'information principale avait été délivrée. Sans attendre, la jeune fille se contenta de répondre sur le même ton emprunté depuis le début, calme, mais déterminé.
- ok, j'ai souvent fait n'imp' sans réfléchir à Poudlard, et j'ai pas vraiment eu l'occaz de te montrer à quel point j'ai changé depuis, alors j'comprends que tu ne me prennes pas au sérieux. Mais là c'est ma fille Aelle. J'dois faire des choix trop importants pour sa vie, j'suis pas en train de jouer.
Lâchant enfin le regard de glace pour porter un court instant son attention vers Eden, Éli laissa de côté la tension du moment et s'autorisa un regard plus tendre et protecteur. Mais rapidement, la jeune mère chercha de nouveau les iris d'Aelle pour poursuivre, retrouvant un air plus grave.
- c'est pas une idée en l'air... J'ai vraiment réfléchi à tout ça, et tu peux en douter, mais je sais ce qui est important pour moi. Je sais ce que je veux pour Eden, et je ne changerais pas d'avis.
D'un mouvement assuré et rapide, stoppant le débat qui n'en était pas vraiment un, Éli se leva en posant une main sur le paquet formé par Eden dans l'écharpe comme pour la protéger de son changement de posture. La petite commençait à se réveiller, elle la sentait bouger dans la chaleur de son nid de tissu, mais la jeune mère espérait que la position debout l'aiderait à la maintenir sage encore quelques secondes, juste assez pour terminer son discours.
- mes trois minutes sont écoulées... Je t'ai dit ce que je voulais, je te laisse y réfléchir.
C'était une grande responsabilité qu'elle lui demandait de prendre dans leurs vies, et Eli espérait que le refus spontané d'Aelle ne révélait que son besoin d'accuser la nouvelle, tout comme elle avait eu besoin d'accepter son état dans cette librairie cet été. Bien sûr qu'elle comprenait le choc et le doute qu'elle avait du susciter chez son ainée avec cette demande improbable, mais comme elle s'était autorisé à prendre le temps de la réflexion avant de poser sa requête, elle voulait laisser à Aelle celui dont elle avait besoin avant d'offrir sa réponse. Elle ne voulait pas qu'elle accepte ou refuse sans vraiment avoir pris tous les aspects de ce choix en considération.
Le verdict d'Aelle aurait un impact important sur la vie d'Eden et sur la sienne, Éli en avait conscience en tournant le dos à sa camarade sans attendre d'autres mots de sa part, mais elle se força malgré l'enjeu à marcher de façon calme en direction du fond de la salle. Elle n'avait qu'une envie, retrouver l'arrière-cour pour s'échapper vers le chemin de traverse, et respirer l'air extérieur. Enfin reprendre son souffle et relâcher cette pression qu'elle c'était mise toute seule. Ne pas montrer sa fragilité, tenir tête sans ciller, assumer son choix sans rien laisser paraître de l'angoisse d'un douloureux refus, tout ça l'avait épuisé, pourtant elle était assez fière d'elle. Elle se rendait compte qu'elle venait de faire quelques pas vers cette version d'elle plus mature, plus déterminée à avancer en assumant ses choix, même si rien n'était encore parfait. Sa fille n'avait même pas deux mois, mais par Helga qu'est ce qu'elle l'aimer déjà ! Ce tout petit être lui avait donné la force d'oser se battre pour ses convictions aujourd'hui, et peu importe ce qu'elle devrait faire pour convaincre Aelle, Éli savait qu'elle serait prête à tout pour Eden.
@Aelle Bristyle
- ok, j'ai souvent fait n'imp' sans réfléchir à Poudlard, et j'ai pas vraiment eu l'occaz de te montrer à quel point j'ai changé depuis, alors j'comprends que tu ne me prennes pas au sérieux. Mais là c'est ma fille Aelle. J'dois faire des choix trop importants pour sa vie, j'suis pas en train de jouer.
Lâchant enfin le regard de glace pour porter un court instant son attention vers Eden, Éli laissa de côté la tension du moment et s'autorisa un regard plus tendre et protecteur. Mais rapidement, la jeune mère chercha de nouveau les iris d'Aelle pour poursuivre, retrouvant un air plus grave.
- c'est pas une idée en l'air... J'ai vraiment réfléchi à tout ça, et tu peux en douter, mais je sais ce qui est important pour moi. Je sais ce que je veux pour Eden, et je ne changerais pas d'avis.
D'un mouvement assuré et rapide, stoppant le débat qui n'en était pas vraiment un, Éli se leva en posant une main sur le paquet formé par Eden dans l'écharpe comme pour la protéger de son changement de posture. La petite commençait à se réveiller, elle la sentait bouger dans la chaleur de son nid de tissu, mais la jeune mère espérait que la position debout l'aiderait à la maintenir sage encore quelques secondes, juste assez pour terminer son discours.
- mes trois minutes sont écoulées... Je t'ai dit ce que je voulais, je te laisse y réfléchir.
C'était une grande responsabilité qu'elle lui demandait de prendre dans leurs vies, et Eli espérait que le refus spontané d'Aelle ne révélait que son besoin d'accuser la nouvelle, tout comme elle avait eu besoin d'accepter son état dans cette librairie cet été. Bien sûr qu'elle comprenait le choc et le doute qu'elle avait du susciter chez son ainée avec cette demande improbable, mais comme elle s'était autorisé à prendre le temps de la réflexion avant de poser sa requête, elle voulait laisser à Aelle celui dont elle avait besoin avant d'offrir sa réponse. Elle ne voulait pas qu'elle accepte ou refuse sans vraiment avoir pris tous les aspects de ce choix en considération.
Le verdict d'Aelle aurait un impact important sur la vie d'Eden et sur la sienne, Éli en avait conscience en tournant le dos à sa camarade sans attendre d'autres mots de sa part, mais elle se força malgré l'enjeu à marcher de façon calme en direction du fond de la salle. Elle n'avait qu'une envie, retrouver l'arrière-cour pour s'échapper vers le chemin de traverse, et respirer l'air extérieur. Enfin reprendre son souffle et relâcher cette pression qu'elle c'était mise toute seule. Ne pas montrer sa fragilité, tenir tête sans ciller, assumer son choix sans rien laisser paraître de l'angoisse d'un douloureux refus, tout ça l'avait épuisé, pourtant elle était assez fière d'elle. Elle se rendait compte qu'elle venait de faire quelques pas vers cette version d'elle plus mature, plus déterminée à avancer en assumant ses choix, même si rien n'était encore parfait. Sa fille n'avait même pas deux mois, mais par Helga qu'est ce qu'elle l'aimer déjà ! Ce tout petit être lui avait donné la force d'oser se battre pour ses convictions aujourd'hui, et peu importe ce qu'elle devrait faire pour convaincre Aelle, Éli savait qu'elle serait prête à tout pour Eden.
@Aelle Bristyle
❧ 5 ème année RP - 16 ans 🢣Fiche perso ☙ - bouilleur de chaudron
Combien de fois faudra-t-il que je le demande ?
Elle n'éclate pas plus de rire que tout à l'heure. Et d'ailleurs, son visage ne se froisse pas non plus de colère comme je l'ai espéré en prenant un ton aussi moqueur. En fait, elle me regarde droit dans les yeux et elle me parle de ce ton calme qui semble être désormais le sien. Est-ce que devenir mère change quelque chose dans le cerveau qui fait qu'elle a cessé de monter sur ses grands abraxans ou est-ce simplement que ça apprend le concept de la maturité ? Je n'en sais rien, peu importe, mais mon esprit préfère se focaliser sur ça plutôt que ce que je suis en train d'écouter. Parce qu'au ton employé et aux mots utilisés, je tends vraiment à croire qu'elle est sérieuse, elle le dit elle-même, elle a réfléchi, elle a pris le temps d'y penser, elle ne joue pas quand ça concerne sa fille. Et c'est le choix qu'elle a fait. Moi, je suis le choix qu'elle a fait.
Mon regard éberlué suit le geste de sa main quand elle se lève et que ses doigts volent vers sa fille. Je la suis bêtement des yeux, encore trop sonnée pour songer vraiment à répondre ou pour même comprendre que je dois dire quelque chose si je ne veux pas qu'elle parte, là. Mais je viens de prendre conscience qu'elle est vraiment sérieuse, que ce qu'elle veut pour sa fille, c'est moi. Moi. Je peux comprendre qu'elle ressente à mon égard un intérêt, que ma sincérité et ma façon d'être directe avec elle ne la rebute pas, que ce soit même ce qu'elle cherche chez moi — elle me l'a bien fait comprendre la dernière fois et j'ai fini par plus ou moins accepter l'idée. Mais je ne comprends pas pourquoi elle veut me donner un rôle dans la vie de sa fille alors même qu'elle sait que je ne suis pas la personne qu'il lui faut. Elle le sait, non ? Merlin, elle doit bien le savoir ! Même Narym a compris qu'il fallait m'éloigner de la vie de sa gamine, c'est pour ça qu'il m'a demandé de déménager, parce qu'il savait que je ne serai pas gentille avec elle, que je ne contrôlerai pas mon comportement même en sa présence, il le savait et il a agi en conséquence. Pourquoi Willis fait-elle tout le contraire ? Pourquoi ?
L'ahurissement m'empêche de réagir lorsque la jeune fille s'en va. Je sais que j'aurais pu dire quelque chose et que ça l'aurait retenue, mais je n'en fais rien. Si je me persuade que c'est parce que je suis trop choquée pour cela, en réalité c'est parce que je préfère autant qu'elle s'en aille plutôt qu'elle insiste, comme si elle allait oublier l'idée saugrenue qu'elle a eue en s'éloignant de moi, comme si elle allait oublier mon existence, alors même qu'elle me quitte en me disant d'y réfléchir. Je ne la retiens pas parce que j'espère qu'en partant, elle prendra conscience que ce qu'elle me demande est impossible, en plus d'être idiot. Elle va le comprendre très rapidement, c'est forcé. Puis elle rira de sa propre bêtise et nous ne reparlerons plus jamais de ça.
Elle s'éloigne jusqu'à disparaître. Je reste là où elle m'a laissé, les doigts autour de mon verre de jus de citrouille, le regard braqué sur le passage qu'elle a franchi. Au bout d'un moment, je parviens à cligner des yeux et je secoue la tête. Je soupire et termine mon verre d'une gorgée. Me demander d'être la marraine de son enfant... C'est peut-être pour cela qu'en général on ne devient pas parent avant d'être soi-même adulte : cela nous évite de prendre des décisions aussi bêtes que la sienne. Car je suis désormais persuadée qu'elle était sérieuse, qu'elle croit dur comme fer que je suis ce dont elle a besoin pour sa fille. Mais je suis également persuadée qu'elle finira par se rendre compte que sa demande est vraiment idiote. Et si elle ne s'en rend pas compte, je l'y aiderai.
Je n'ai pas conscience du temps qui passe. Je reste à la même place à ruminer toute cette histoire et à énumérer toutes les raisons pour lesquelles je ne serai pas la marraine de cette enfant, la première étant : parce que je n'en ai pas envie. J'étais si bien enfoncée dans mes pensées que je suis prise par surprise lorsqu'une gamine pas plus haute qu'un pitiponk traverse la salle du Chaudron Baveur en courant et en criant :
« Tatie Ely ! »
Elle s'arrête juste devant moi. Une petite fille au visage pâle, aux grands yeux verts qui m'en rappellent d'autres et à la chevelure sombre ébouriffée. Aujourd'hui, Narym ne lui a pas attaché les cheveux et sa crinière lui retombe dans le cou, quelques boucles sont visibles. Mackenzie s'arrête à quelques pas de moi et n'essaie pas de me sauter dessus comme elle a pu le faire par le passé. Plus que le regard noir que j'ai tourné vers elle et que le soupir que je n'ai pas réussi à retenir quand je l'ai aperçue, ce sont certainement les instructions de son père qui l'ont retenue. Au moins elle l'écoute, lui : je lui ai déjà de ne pas m'appeler comme ça. Une chape de désespoir me tombe dessus. Je n'ai vraiment pas envie de la supporter aujourd'hui. Mais en levant les yeux, j'aperçois son père qui suit de près et je sais que ce ne serait pas dans mon intérêt de dire à Mackenzie de me lâcher les basques.
Je me lève en soupirant et en marmonnant un « salut, Mackenzie » sur le ton le plus neutre possible. Cela suffit à la gamine pour qu'elle me sourit de toutes ses drôles de dents. Et pour l'encourager à reprendre la parole, ce qu'elle fait en gonflant ses poumons d'air dans une grande inspiration.
« On est arrivés par la cheminée, et ça faisait boum boum, ça secouait partout, c’était trop rigolo ! »
Sa voix est une bouillie d'enfant, faite d'hésitations, une voix aiguë qui me fait grimacer même si j'essaie de le cacher car Narym vient d'arriver et qu'il a posé une main sur l'épaule de sa fille. Il me lance un regard tendre.
« Salut, Aelle. Kenny a bien aimé le trajet en cheminée, je crois. »
Sa fille se tortille entre ses bras et sautille sur place en agitant vivement la tête de haut en bas. Je la regarde faire en songeant que le surnom Kenny est vraiment ridicule. Comme Ely, d'ailleurs, qui n'a pas grand chose à voir avec mon prénom.
« Génial, » j'articule à mi-voix sans même chercher à y mettre de la sincérité.
Je croise le regard de Narym qui me fait les gros yeux, même s'il ne fait aucune réflexion. Je hausse les épaules et m'éloigne de la table pour remettre le banc à sa place.
« Tu étais accompagnée ? » me demande mon frère.
Je fronce les sourcils avant de comprendre comment il l'a compris : il a remarqué le second verre sur la table. Foutue Willis et sa proposition idiote.
« Non, marmonné-je en détournant les yeux. Enfin si, mais c'était juste une connaissance qui a insisté pour m'offrir un verre. Elle est vite partie. Bon, on y va ?
— Je veux voir les hiboux ! s'exclame alors Mackenzie en tirant son père par la main pour l'amener vers le passage. On y va maintenant, dis ? Tatie Ely, tu aimes les hiboux, toi ?
— Je t'ai déjà dit de m'appeler Aelle, je réponds en serrant les mâchoires et en faisant un énorme effort pour ne pas prendre un ton cassant.
— Elle te l'a déjà dit, confirme son père en la poussant vers le mur de briques et en coulant dans ma direction un regard d'excuse.
— Mais tonton Kary il dit toujours Tatie Ely ! »
Je croise le regard de Narym par dessus la tête de la gamine qui s'agite, totalement aveugle à notre conversation silencieuse. Je vois bien qu'il est penaud. J'imagine très bien Zakary faire exprès de m'appeler comme ça devant sa nièce pour qu'elle finisse par le répéter devant moi. À Narym, je lance un regard noir et je mime avec mes lèvres : je vais le tuer, ce qui rend mon frère encore plus penaud. Malgré tout, avant qu'il n'avance vers le passage en direction du Chemin de Traverse, je le vois retenir un rire amusé. Je le suis avec un grognement agacé, intimement persuadée que toute cette scène n'est que la preuve que Willis a tort de croire que je pourrais être la marraine de son enfant.
Un peu plus tard
Sur le Chemin de Traverse
« ...la supposition qu'il n'y ait dans la magie pas la moindre...
— Ne t'éloigne pas de moi, Mackenzie ! » intime subitement Narym en voyant sa fille passer la porte de la boutique.
Interrompue au milieu de mon argumentation visant à expliquer la bonne note que j'ai eu au dernier devoir de Sciences de la magie, je ferme la bouge et me renfrogne. C'est pourtant Narym qui m'a questionné sur ce devoir, car nous en avions discuté lors de notre précédente rencontre, et j'étais secrètement ravie de le voir poser des questions pointues et intelligentes, mais c'était sans compter sur sa gamine. Ça a été comme cela durant toute l'heure qui vient de s'écouler. Chacune de nos conversations a systématiquement été interrompue par une question de Mackenzie ou Mackenzie qui voulait voir tel ou tel article, ou Mackenzie qui voulait absolument me montrer le livre magique qu'elle avait trouvé ou Mackenzie qui tirait sur la main de son père pour le forcer à avancer. Elle trouve toujours une raison de faire rappeler son existence, même quand ce n'est pas le moment — et ce n'est jamais le moment.
« Attends Aelle, je reviens ! » me lance Narym avec précipitation avant de courir vers la porte pour rattraper sa fille.
Je le regarde faire en poussant un long soupir d'agacement. Au lieu de l'attendre sur place, je marmonne une injure entre mes dents et m'enfonce dans la boutique dans l'espoir de m'y perdre et de profiter de quelques secondes de répit avant que toute cette mascarade ne recommence.
Mon regard éberlué suit le geste de sa main quand elle se lève et que ses doigts volent vers sa fille. Je la suis bêtement des yeux, encore trop sonnée pour songer vraiment à répondre ou pour même comprendre que je dois dire quelque chose si je ne veux pas qu'elle parte, là. Mais je viens de prendre conscience qu'elle est vraiment sérieuse, que ce qu'elle veut pour sa fille, c'est moi. Moi. Je peux comprendre qu'elle ressente à mon égard un intérêt, que ma sincérité et ma façon d'être directe avec elle ne la rebute pas, que ce soit même ce qu'elle cherche chez moi — elle me l'a bien fait comprendre la dernière fois et j'ai fini par plus ou moins accepter l'idée. Mais je ne comprends pas pourquoi elle veut me donner un rôle dans la vie de sa fille alors même qu'elle sait que je ne suis pas la personne qu'il lui faut. Elle le sait, non ? Merlin, elle doit bien le savoir ! Même Narym a compris qu'il fallait m'éloigner de la vie de sa gamine, c'est pour ça qu'il m'a demandé de déménager, parce qu'il savait que je ne serai pas gentille avec elle, que je ne contrôlerai pas mon comportement même en sa présence, il le savait et il a agi en conséquence. Pourquoi Willis fait-elle tout le contraire ? Pourquoi ?
L'ahurissement m'empêche de réagir lorsque la jeune fille s'en va. Je sais que j'aurais pu dire quelque chose et que ça l'aurait retenue, mais je n'en fais rien. Si je me persuade que c'est parce que je suis trop choquée pour cela, en réalité c'est parce que je préfère autant qu'elle s'en aille plutôt qu'elle insiste, comme si elle allait oublier l'idée saugrenue qu'elle a eue en s'éloignant de moi, comme si elle allait oublier mon existence, alors même qu'elle me quitte en me disant d'y réfléchir. Je ne la retiens pas parce que j'espère qu'en partant, elle prendra conscience que ce qu'elle me demande est impossible, en plus d'être idiot. Elle va le comprendre très rapidement, c'est forcé. Puis elle rira de sa propre bêtise et nous ne reparlerons plus jamais de ça.
Elle s'éloigne jusqu'à disparaître. Je reste là où elle m'a laissé, les doigts autour de mon verre de jus de citrouille, le regard braqué sur le passage qu'elle a franchi. Au bout d'un moment, je parviens à cligner des yeux et je secoue la tête. Je soupire et termine mon verre d'une gorgée. Me demander d'être la marraine de son enfant... C'est peut-être pour cela qu'en général on ne devient pas parent avant d'être soi-même adulte : cela nous évite de prendre des décisions aussi bêtes que la sienne. Car je suis désormais persuadée qu'elle était sérieuse, qu'elle croit dur comme fer que je suis ce dont elle a besoin pour sa fille. Mais je suis également persuadée qu'elle finira par se rendre compte que sa demande est vraiment idiote. Et si elle ne s'en rend pas compte, je l'y aiderai.
Je n'ai pas conscience du temps qui passe. Je reste à la même place à ruminer toute cette histoire et à énumérer toutes les raisons pour lesquelles je ne serai pas la marraine de cette enfant, la première étant : parce que je n'en ai pas envie. J'étais si bien enfoncée dans mes pensées que je suis prise par surprise lorsqu'une gamine pas plus haute qu'un pitiponk traverse la salle du Chaudron Baveur en courant et en criant :
« Tatie Ely ! »
Elle s'arrête juste devant moi. Une petite fille au visage pâle, aux grands yeux verts qui m'en rappellent d'autres et à la chevelure sombre ébouriffée. Aujourd'hui, Narym ne lui a pas attaché les cheveux et sa crinière lui retombe dans le cou, quelques boucles sont visibles. Mackenzie s'arrête à quelques pas de moi et n'essaie pas de me sauter dessus comme elle a pu le faire par le passé. Plus que le regard noir que j'ai tourné vers elle et que le soupir que je n'ai pas réussi à retenir quand je l'ai aperçue, ce sont certainement les instructions de son père qui l'ont retenue. Au moins elle l'écoute, lui : je lui ai déjà de ne pas m'appeler comme ça. Une chape de désespoir me tombe dessus. Je n'ai vraiment pas envie de la supporter aujourd'hui. Mais en levant les yeux, j'aperçois son père qui suit de près et je sais que ce ne serait pas dans mon intérêt de dire à Mackenzie de me lâcher les basques.
Je me lève en soupirant et en marmonnant un « salut, Mackenzie » sur le ton le plus neutre possible. Cela suffit à la gamine pour qu'elle me sourit de toutes ses drôles de dents. Et pour l'encourager à reprendre la parole, ce qu'elle fait en gonflant ses poumons d'air dans une grande inspiration.
« On est arrivés par la cheminée, et ça faisait boum boum, ça secouait partout, c’était trop rigolo ! »
Sa voix est une bouillie d'enfant, faite d'hésitations, une voix aiguë qui me fait grimacer même si j'essaie de le cacher car Narym vient d'arriver et qu'il a posé une main sur l'épaule de sa fille. Il me lance un regard tendre.
« Salut, Aelle. Kenny a bien aimé le trajet en cheminée, je crois. »
Sa fille se tortille entre ses bras et sautille sur place en agitant vivement la tête de haut en bas. Je la regarde faire en songeant que le surnom Kenny est vraiment ridicule. Comme Ely, d'ailleurs, qui n'a pas grand chose à voir avec mon prénom.
« Génial, » j'articule à mi-voix sans même chercher à y mettre de la sincérité.
Je croise le regard de Narym qui me fait les gros yeux, même s'il ne fait aucune réflexion. Je hausse les épaules et m'éloigne de la table pour remettre le banc à sa place.
« Tu étais accompagnée ? » me demande mon frère.
Je fronce les sourcils avant de comprendre comment il l'a compris : il a remarqué le second verre sur la table. Foutue Willis et sa proposition idiote.
« Non, marmonné-je en détournant les yeux. Enfin si, mais c'était juste une connaissance qui a insisté pour m'offrir un verre. Elle est vite partie. Bon, on y va ?
— Je veux voir les hiboux ! s'exclame alors Mackenzie en tirant son père par la main pour l'amener vers le passage. On y va maintenant, dis ? Tatie Ely, tu aimes les hiboux, toi ?
— Je t'ai déjà dit de m'appeler Aelle, je réponds en serrant les mâchoires et en faisant un énorme effort pour ne pas prendre un ton cassant.
— Elle te l'a déjà dit, confirme son père en la poussant vers le mur de briques et en coulant dans ma direction un regard d'excuse.
— Mais tonton Kary il dit toujours Tatie Ely ! »
Je croise le regard de Narym par dessus la tête de la gamine qui s'agite, totalement aveugle à notre conversation silencieuse. Je vois bien qu'il est penaud. J'imagine très bien Zakary faire exprès de m'appeler comme ça devant sa nièce pour qu'elle finisse par le répéter devant moi. À Narym, je lance un regard noir et je mime avec mes lèvres : je vais le tuer, ce qui rend mon frère encore plus penaud. Malgré tout, avant qu'il n'avance vers le passage en direction du Chemin de Traverse, je le vois retenir un rire amusé. Je le suis avec un grognement agacé, intimement persuadée que toute cette scène n'est que la preuve que Willis a tort de croire que je pourrais être la marraine de son enfant.
*
Un peu plus tard
Sur le Chemin de Traverse
« ...la supposition qu'il n'y ait dans la magie pas la moindre...
— Ne t'éloigne pas de moi, Mackenzie ! » intime subitement Narym en voyant sa fille passer la porte de la boutique.
Interrompue au milieu de mon argumentation visant à expliquer la bonne note que j'ai eu au dernier devoir de Sciences de la magie, je ferme la bouge et me renfrogne. C'est pourtant Narym qui m'a questionné sur ce devoir, car nous en avions discuté lors de notre précédente rencontre, et j'étais secrètement ravie de le voir poser des questions pointues et intelligentes, mais c'était sans compter sur sa gamine. Ça a été comme cela durant toute l'heure qui vient de s'écouler. Chacune de nos conversations a systématiquement été interrompue par une question de Mackenzie ou Mackenzie qui voulait voir tel ou tel article, ou Mackenzie qui voulait absolument me montrer le livre magique qu'elle avait trouvé ou Mackenzie qui tirait sur la main de son père pour le forcer à avancer. Elle trouve toujours une raison de faire rappeler son existence, même quand ce n'est pas le moment — et ce n'est jamais le moment.
« Attends Aelle, je reviens ! » me lance Narym avec précipitation avant de courir vers la porte pour rattraper sa fille.
Je le regarde faire en poussant un long soupir d'agacement. Au lieu de l'attendre sur place, je marmonne une injure entre mes dents et m'enfonce dans la boutique dans l'espoir de m'y perdre et de profiter de quelques secondes de répit avant que toute cette mascarade ne recommence.
Combien de fois faudra-t-il que je le demande ?
Si l'après-midi avait commencé d'une façon plutôt intense pour la Poufsouffle, elle ne comptait pas laisser la réaction d'Aelle définir le reste de sa journée. Hésitante quant à la suite de son plan, elle laissa malgré tout ses interrogations planner pour profiter un peu. Se plonger dans le tumulte de cette rue qu'elle adorait, en observer les vitrines qui lui donnaient envie de tout acheter, et sentir l'odeur qui se dégageait dès qu'elle poussée les portes, voilà ce dont elle avait besoin. Eden se rappelait parfois à Éli par quelques pleurs, mais sans trop de stress, la jeune fille mettait alors sur pause son shopping pour trouver un endroit calme le temps de s'occuper d'elle. Pour une première escapade seule en-dehors de la Ruche, la jeune mère s'en sortait plutôt bien. À part son âge qui pouvait interroger, rien ne pouvait faire douter les sorciers fréquentant les lieux qu'elle ne maîtrisait pas la situation.
Sa fille de nouveau endormie contre sa poitrine, apaisée, propre et repue, Éli parcourait les rayonnages de Madame Guipure depuis quelques minutes maintenant. Observant les étoles, les broches, les accessoires, la jeune fille cherchait l'idée la plus juste pour un cadeau. Elle voulait remercier les Omniak, leur dire à quel point elle se sentait accueilli, et plus apaisée depuis qu'elle était chez eux, mais elle ne savait pas vraiment comment faire. Même si ce petit geste ne serait rien comparé aux mots sincères et inspirés qu'elle voulait leur dire, un cadeau semblait être un premier pas plus accessible pour elle. Des gants protecteurs ? Ou pourquoi pas un bracelet ? La jeune fille s'était largement améliorée depuis ses débuts vestimentaires plutôt sommaires à Poudlard, mais elle ne connaissait pas encore assez les goûts du couple dans ce domaine pour être sure de ce qui leur plairait. Non, pour l'instant il fallait qu'elle utilise ses points forts, et pour ça il fallait qu'elle change de boutique. À défaut de les surprendre, au moins, elle n'aurait aucun doute sur l'utilité de ses cadeaux.
En grande passionnée de potions, l'odeur impossible à identifier et un peu trop chargée d'Apothic'Herbes, lui titilla les narines dès son entrée. C'était pour elle comme un mystère à résoudre, une recette dont elle devait trouver chaque ingrédient, chaque nuance, un parfum à la fois attirant et très réconfortant. La Poufsouffle n'avait besoin de rien en dehors de ses achats pour le couple, mais elle avait pourtant envie de tout acheter ici. Des fleurs étoilées d'Asphodèle, à la Poudre de Topaze, elle devait se retenir de ne pas dépenser tout son argent, dans le lieu de toutes les tentations il fallait qu'elle s'en tienne au plan. À force de vivre avec Rem et Elizabeth, la jeune fille commençait à repérer ce qu'ils utilisaient comme ingrédients. Huile d'amande douce.... Bourgeons d'Argousier... Quelques noms lui venaient spontanément en tête, voilà c'était ceux-là qu'elle achèterait aujourd'hui... quand elle aurait finit d'épuiser ses yeux sur les étales bien sur.
Trop occupée à observer les pierres de lune, émerveillée comme une enfant de cinq ans par leurs reflets multicolores, Éli sursauta lorsqu'elle vit passer en trombe devant elle une fillette qui ne devait pas avoir beaucoup plus que cela. Sa surprise s'effaça quasi instantanément pour observer avec curiosité la scène qui se déroulait non loin d'elle. La poufsouffle n'avait pas eut beaucoup de temps pour détailler la petite, mais juste assez pour constater quelques similitudes entre elle et Eden. Cette peau pale, ses cheveux sombres... pas besoin de plus pour que la jeune fille se projette dans un hypothétique futur. Est ce qu'elle serait comme ce père qui s'était déjà mis à courir derrière son enfant ? Est ce qu'elle arriverait à gérer lorsque Eden serait en âge de défier ses limites ? Sa fille aurait elle un comportement impulsif et rebelle comme le sien ? La réflexion d'Éli s'arrêta net lorsque les paroles que l'homme avait prononcées juste avant sa course arrivèrent enfin jusqu'à elle.
« Attends Aelle, je reviens ! »
Aelle ?
Tournant immédiatement la tête pour chercher la destinataire de ces mots, elle scruta avec attention son ancienne camarade. Même s'il connaissait son prénom, la jeune mère ne savait pas dire quel lien existé entre Aelle, cet enfant et le jeune homme, mais son exaspération était palpable. Si la plus âgée ne semblait pas avoir vu Éli, elle se rapprochait de plus en plus du rayonnage où elle se trouvait, l'occasion était trop belle pour ne pas tenter un plan B. Sans avoir le temps de réfléchir à ses mots, sur un ton faussement désinvolte, Éli haussa la voix au passage d'Aelle.
- Éclaire-moi Bristyle... Est-ce que c'est leur taille ? Leurs conversations improbables ? Qu'est c'qui te fait peur à ce point chez les enfants ? Une si petite fille qui te met dans cet état... je comprends mieux pourquoi tu n'oses pas dire oui à ma proposition. Éli avait appuyé exprès sur les mots "peur" et "Ose", pour provoquer son ainée, espérant déclencher chez elle une réaction, et non sa fuite. Attrapant négligemment une fiole sur l'étagère à proximité, la Poufsouffle fit mine d'en lire l'étiquette pour ne pas croiser le regard d'Aelle.
@Aelle Bristyle, @Redose Omniak pour la mention
Sa fille de nouveau endormie contre sa poitrine, apaisée, propre et repue, Éli parcourait les rayonnages de Madame Guipure depuis quelques minutes maintenant. Observant les étoles, les broches, les accessoires, la jeune fille cherchait l'idée la plus juste pour un cadeau. Elle voulait remercier les Omniak, leur dire à quel point elle se sentait accueilli, et plus apaisée depuis qu'elle était chez eux, mais elle ne savait pas vraiment comment faire. Même si ce petit geste ne serait rien comparé aux mots sincères et inspirés qu'elle voulait leur dire, un cadeau semblait être un premier pas plus accessible pour elle. Des gants protecteurs ? Ou pourquoi pas un bracelet ? La jeune fille s'était largement améliorée depuis ses débuts vestimentaires plutôt sommaires à Poudlard, mais elle ne connaissait pas encore assez les goûts du couple dans ce domaine pour être sure de ce qui leur plairait. Non, pour l'instant il fallait qu'elle utilise ses points forts, et pour ça il fallait qu'elle change de boutique. À défaut de les surprendre, au moins, elle n'aurait aucun doute sur l'utilité de ses cadeaux.
En grande passionnée de potions, l'odeur impossible à identifier et un peu trop chargée d'Apothic'Herbes, lui titilla les narines dès son entrée. C'était pour elle comme un mystère à résoudre, une recette dont elle devait trouver chaque ingrédient, chaque nuance, un parfum à la fois attirant et très réconfortant. La Poufsouffle n'avait besoin de rien en dehors de ses achats pour le couple, mais elle avait pourtant envie de tout acheter ici. Des fleurs étoilées d'Asphodèle, à la Poudre de Topaze, elle devait se retenir de ne pas dépenser tout son argent, dans le lieu de toutes les tentations il fallait qu'elle s'en tienne au plan. À force de vivre avec Rem et Elizabeth, la jeune fille commençait à repérer ce qu'ils utilisaient comme ingrédients. Huile d'amande douce.... Bourgeons d'Argousier... Quelques noms lui venaient spontanément en tête, voilà c'était ceux-là qu'elle achèterait aujourd'hui... quand elle aurait finit d'épuiser ses yeux sur les étales bien sur.
Trop occupée à observer les pierres de lune, émerveillée comme une enfant de cinq ans par leurs reflets multicolores, Éli sursauta lorsqu'elle vit passer en trombe devant elle une fillette qui ne devait pas avoir beaucoup plus que cela. Sa surprise s'effaça quasi instantanément pour observer avec curiosité la scène qui se déroulait non loin d'elle. La poufsouffle n'avait pas eut beaucoup de temps pour détailler la petite, mais juste assez pour constater quelques similitudes entre elle et Eden. Cette peau pale, ses cheveux sombres... pas besoin de plus pour que la jeune fille se projette dans un hypothétique futur. Est ce qu'elle serait comme ce père qui s'était déjà mis à courir derrière son enfant ? Est ce qu'elle arriverait à gérer lorsque Eden serait en âge de défier ses limites ? Sa fille aurait elle un comportement impulsif et rebelle comme le sien ? La réflexion d'Éli s'arrêta net lorsque les paroles que l'homme avait prononcées juste avant sa course arrivèrent enfin jusqu'à elle.
« Attends Aelle, je reviens ! »
Aelle ?
Tournant immédiatement la tête pour chercher la destinataire de ces mots, elle scruta avec attention son ancienne camarade. Même s'il connaissait son prénom, la jeune mère ne savait pas dire quel lien existé entre Aelle, cet enfant et le jeune homme, mais son exaspération était palpable. Si la plus âgée ne semblait pas avoir vu Éli, elle se rapprochait de plus en plus du rayonnage où elle se trouvait, l'occasion était trop belle pour ne pas tenter un plan B. Sans avoir le temps de réfléchir à ses mots, sur un ton faussement désinvolte, Éli haussa la voix au passage d'Aelle.
- Éclaire-moi Bristyle... Est-ce que c'est leur taille ? Leurs conversations improbables ? Qu'est c'qui te fait peur à ce point chez les enfants ? Une si petite fille qui te met dans cet état... je comprends mieux pourquoi tu n'oses pas dire oui à ma proposition. Éli avait appuyé exprès sur les mots "peur" et "Ose", pour provoquer son ainée, espérant déclencher chez elle une réaction, et non sa fuite. Attrapant négligemment une fiole sur l'étagère à proximité, la Poufsouffle fit mine d'en lire l'étiquette pour ne pas croiser le regard d'Aelle.
@Aelle Bristyle, @Redose Omniak pour la mention
❧ 5 ème année RP - 16 ans 🢣Fiche perso ☙ - bouilleur de chaudron