OS Le changement

Date : Pendant le mois de Mars
Lieu : La bibliothèque
Mots : 734
⋆ ⁺ ₊ ⋆ ☾ ⋆ ⁺ ₊ ⋆
C’était le troisième « shhhh » de la bibliothécaire. Il n’y avait pourtant aucun bruit dans l’antre de cette femme sévère, aussi sombre et froide que les nuages qui hurlaient leur malheur contre les vitraux. Le bouillard hivernal s’était répandu jusque dans l’esprit de Grace, l’empêchant de voir au-delà de sa propre personne.

Depuis quelques semaines, maintenant, la Gryffonne se perdait dans la contemplation de ce qui l’a faisait elle, une personne à part entière. La faute à un cours de métamorphose qui l’a forcé à se poser des questions :

« Si vous pouviez vous métamorphoser en n’importe quelle créature magique, laquelle est-ce que ce serait ? »

La question semblait pourtant simple mais Grace n’y avait toujours pas trouvé de réponses. Frustrée par ces réflexions incessantes et plus par nécessité que par envie, la jeune fille sortit son parchemin, déposa son encre et sa belle plume juste à côté de celui-ci, attrapa la douce perte d’un hibou, trempa la pointe sèche dans le pot, se plaça devant la page vide et... Rien. Elle restait blanche, vide, vierge. Pourquoi ? Bon sang mais pourquoi est-ce qu’elle ne trouvait rien à écrire ? Elle avait beau retourner la phrase dans sa tête, encore et encore, rien ne venait, la plume n’écrivait rien.

Ces derniers temps, elle avait remarqué comme la plume qu’elle utilise s’était mise à écrire d’autres mots que ceux qu’elle voulait écrire, comme si elle ne la connaissait plus. Pourtant, elle possédait la même depuis son arrivée à Poudlard, sa plume lisait en elle comme dans un livre ouvert et dans lequel elle aurait noté toutes les habitudes de la jeune fille. Sans doute, cette plume, avait-elle une meilleure connaissance de Grace qu’elle ? En attendant, le parchemin restait intolérablement vide.

Les doigts serrés autour de la délicate plume, son corps se tendit de colère et de peur avant que la question fatidique, coincée dans un coin de son inconscience depuis des jours et des jours, se déversa amèrement parmi les autres questions invasives :

Qui suis-je ?

Soudain, plus aucun bruit ne parvint à ses oreilles. Plus aucune image n’arrivait jusqu’à sa rétine. Son esprit, en pur introspection dans cette brusque vacuité, avait enfin osé prononcé les mots qui l’effrayaient tant.

Qui était-elle ?

Jusque-là, la sorcière s’était définie comme « la fille de libraires » ou « une fille de Gryffondor » mais si elle devait se comparer à une créature magique, quel élément de sa personnalité ressortirait ? Une goutte d’encre s’écrasa sur le parchemin désormais impur et se propagea lentement.

Grace se leva mécaniquement, alla récupérer un énorme livre à la reliure de cuir qui avait largement vécu plus de temps qu’elle dans cette vie, le glissa comme elle le pu sur sa table et fit ce que son cerveau ordonné avait l’habitude de faire : Une liste.
S’armant d’une patience nouvellement acquise, Grace parcouru les nombreuses pages et nota les animaux qui l’intéressaient, ainsi que leurs principales caractéristiques physiques et morales.

Pendant ces quelques heures de notations, de lecture et d’apprentissage de soi, la jeune fille en profita pour noter dans un coin de son parchemin ses propres caractéristiques et l’exercice l’amusa bien plus qu’elle ne l’aurait pensé. Il était grisant d’arriver à se comprendre après avoir passé tant de temps renfermée dans son for intérieur, scrutant ses ombres sans jamais les comprendre, sans jamais parvenir à mettre le doigt sur ce qui ne va pas, s’infligeant des pensées qui n’étaient pas les siennes : « ça va passer », « évidemment que tu te connais », « ce n’est pas si difficile, il faut simplement passer à autre chose ». Elle n’avait jamais ressenti autant de soulagement que depuis qu’elle avait accepté de se poser la question, de porter son attention sur elle-même, de faire des recherches, que ce soit intérieure ou dans un livre interminable.

Finalement, elle arrêta son choix sur une créature étonnamment simple mais dont les traits lui avaient rappelé sa nature joviale et réservée : Un botruc. En effet, elle se sentait l’âme d’une petite créature très sympathique jusqu’à ce qu’on s’en prenne à l’arbre qu’elle protège. Grace se sentait aussi courageuse et guerrière qu’un botruc défendant son territoire. C’est sûrement aussi pour cette raison qu’elle avait été acceptée à Gryffondor, quand on y pense.
Satisfaite et soulagée, elle rangea son livre, récupéra ses affaires et partie avec un parchemin enfin recouvert.
⋆ ⁺ ₊ ⋆ ☾ ⋆ ⁺ ₊ ⋆

I'm not scared by the spirits haunting my mind. In fact, they are my dearest company.
CC : #00674F