Le jeu des harpies
Jeudi 24 Novembre 2050
L’eau coulait sans interruption dans le lavabo. Le son couvrait à peine des relents d’une jeune sorcière penchée au-dessus des toilettes, occupée à se libérer du contenu de son estomac. Ses yeux peint de noirs et d’ocre coulaient en traînés misérables à chaque hoquet. Ses ongles serraient la faïence avec force, si bien qu’elle sentait leurs extrémités se plier - encore une preuve que ces dernières semaines de privation avaient créées quelques carences.
Alice ahanait, les lèvres entrouvertes, les yeux clos. Les muscles de ses jambes tremblaient, leur position inconfortable. Elle ne voulait pas salir sa jolie robe de tulle sur un sol dont elle ne connaissait point la propreté, aussi avait-elle plié ses genoux d’une certaine manière. Pauvre idiote. La robe était-elle d’une importance capitale, alors qu’elle se savait désormais condamnée ?
Penchée sur la faïence du lavabo, Alice regardait l’eau du robinet se mêler à l’eau souillée par sa bouche. Les secondes s’étiraient avec lenteur. Alice laissait l’eau couler, encore et encore, comme si était en mesure de laver ses erreurs. Comme si elle pouvait noyer une mère et une tante. Une n’était pas à elle. L’autre lui appartenait. Les deux avaient décidés que son avenir ne serait plus le sien… non. Le leur. Car dans un mariage, deux êtres sont condamnés, n’est-ce pas ?
Alice leva les yeux vers son reflet dans le miroir. Ses longues boucles blanches encadraient un visage maigre, sale, sans vie. Un cadavre en sursis. Une poupée creuse qui s’était elle même arrachée les yeux. Ses doigts quittèrent la faïences pour rejoindre sa joue échaudée. Sa cicatrice était là, bien en évidence. Alice suivit chaque lettre avec lenteur. Traîtresse. Circée, oui. Alice n’avait jamais aussi bien incarné ce mot qu’aujourd’hui.
Elle n’avait pas lutté assez fort. Son menton ne s’était pas dressé assez haut. Elle n’avait pas pu donner un oui affirmé. Des années plus tôt, une graine avait été plantée en elle, celle de la fatalité. Elle devait se marier. L’idée avait longtemps, très longtemps été repoussée. Alice s’était battu avec la rage d’une lionne acculée pour se préserver d’un fiancé.
Et puis, la graine avait germé. Et puis, Damiano avait été accepté. Il avait finit par devenir inutile aux Sangblanc, et avait été jeté. Alice s’était pensée libre, au moins quelques années, le temps de mettre en place son grand projet.
Et puis, le bourgeon avait éclot.
Un bourgeon portant les traits de Christopher Hangoover.
La gorge d’Alice se noua à nouveau. Un haut-le-coeur survint encore. Une main sur la bouche, elle se propulsa jusqu’aux toilettes pour éjecter ce bourgeon dont-elle ne voulait pas. Elle ne voulait pas de mariage. Pas de mari. Pas de corps chaud dans son lit. Elle ne voulait pas d’avenir partagé, pas d’enfant, pas de fardeau de chair. Elle ne voulait pas ! Circée, Glorieux Ancêtres, Astres Vénérés, quelques soient les entités répondant aux prières d’Alice, qu’ils agissent ! Qu’ils la jettent des mois plus tôt pour que jamais elle n’accepte cette bague tendue par Christopher Hangoover ! Que jamais, jamais, jamais elle ne se laisse aller à cette ganacherie !
Ce n’était pas juste. Il ne s’agissait que d’un jeu. Un jeu idiot entre deux sorciers incapable de s’avouer vaincu. Comment avaient-il pu oublier que les harpies de leur vie avaient leurs serres si solidement enfoncées dans leurs épaules que le moindre mouvement de leur proie ne leur échapperait pas ? Une bague avait été acceptée, des promesses de fiançailles avaient été faites. Et la voilà désormais conviée à un goûter dans la demeure de Lilian Hangoover, en compagnie de sa tante Élise Cooper née Sangblanc pour parler du futur de la famille Sangblanc-Hangoover.
Grands Dieux, il ne s’agissait que d’un jeu.
Encore une fois, Alice observa son reflet dans le miroir. Sa cicatrice était encore bien là, comme un étendard levée par sa propre âme. Les dents serrées, Alice attrapa une poignée d’eau dans sa main et la jeta maladroitement vers son reflet. Elle recommença une deuxième fois, puis une troisième fois, avant de barbouiller son reflet de ses doigts tremblants.
Les mains dégoulinantes d’eau, Alice tourna le dos au miroir, le cœur battant à ses tempes. Elle inspira longuement, expira lourdement. Et elle n’avait même pas songé à corriger son maquillage.
Un coup de baguette plus tard, Alice se savait présentable. Alice aurait dû s’en moquer. Elle aurait dû affronter les regards de Lilian Hangoover et tante Élise sans souffrir d’un quelconque jugement. Leur avis n’avait pas la moindre importance.
Menteuse.
Si Alice se fichait de leur avis, elle ne serait pas ici.
Si Alice se fichait de leur avis, elle ne souffrirait pas de haut-le-coeur à chaque fois qu’elle s’imaginait marcher vers l’autel pour rejoindre Christopher Hangoover.
Le menton haut, les doigts tremblants, Alice quitta la salle d’eau dans laquelle elle s’était échappé peut-être un peu trop longtemps. Pour se repoudrer le nez, comme à chaque fois qu’il fallait marcher vite pour succomber à ses démons.
@Christopher Hangoover chose promise, chose due, mon cher fiancé.
L’eau coulait sans interruption dans le lavabo. Le son couvrait à peine des relents d’une jeune sorcière penchée au-dessus des toilettes, occupée à se libérer du contenu de son estomac. Ses yeux peint de noirs et d’ocre coulaient en traînés misérables à chaque hoquet. Ses ongles serraient la faïence avec force, si bien qu’elle sentait leurs extrémités se plier - encore une preuve que ces dernières semaines de privation avaient créées quelques carences.
Alice ahanait, les lèvres entrouvertes, les yeux clos. Les muscles de ses jambes tremblaient, leur position inconfortable. Elle ne voulait pas salir sa jolie robe de tulle sur un sol dont elle ne connaissait point la propreté, aussi avait-elle plié ses genoux d’une certaine manière. Pauvre idiote. La robe était-elle d’une importance capitale, alors qu’elle se savait désormais condamnée ?
Penchée sur la faïence du lavabo, Alice regardait l’eau du robinet se mêler à l’eau souillée par sa bouche. Les secondes s’étiraient avec lenteur. Alice laissait l’eau couler, encore et encore, comme si était en mesure de laver ses erreurs. Comme si elle pouvait noyer une mère et une tante. Une n’était pas à elle. L’autre lui appartenait. Les deux avaient décidés que son avenir ne serait plus le sien… non. Le leur. Car dans un mariage, deux êtres sont condamnés, n’est-ce pas ?
Alice leva les yeux vers son reflet dans le miroir. Ses longues boucles blanches encadraient un visage maigre, sale, sans vie. Un cadavre en sursis. Une poupée creuse qui s’était elle même arrachée les yeux. Ses doigts quittèrent la faïences pour rejoindre sa joue échaudée. Sa cicatrice était là, bien en évidence. Alice suivit chaque lettre avec lenteur. Traîtresse. Circée, oui. Alice n’avait jamais aussi bien incarné ce mot qu’aujourd’hui.
Elle n’avait pas lutté assez fort. Son menton ne s’était pas dressé assez haut. Elle n’avait pas pu donner un oui affirmé. Des années plus tôt, une graine avait été plantée en elle, celle de la fatalité. Elle devait se marier. L’idée avait longtemps, très longtemps été repoussée. Alice s’était battu avec la rage d’une lionne acculée pour se préserver d’un fiancé.
Et puis, la graine avait germé. Et puis, Damiano avait été accepté. Il avait finit par devenir inutile aux Sangblanc, et avait été jeté. Alice s’était pensée libre, au moins quelques années, le temps de mettre en place son grand projet.
Et puis, le bourgeon avait éclot.
Un bourgeon portant les traits de Christopher Hangoover.
La gorge d’Alice se noua à nouveau. Un haut-le-coeur survint encore. Une main sur la bouche, elle se propulsa jusqu’aux toilettes pour éjecter ce bourgeon dont-elle ne voulait pas. Elle ne voulait pas de mariage. Pas de mari. Pas de corps chaud dans son lit. Elle ne voulait pas d’avenir partagé, pas d’enfant, pas de fardeau de chair. Elle ne voulait pas ! Circée, Glorieux Ancêtres, Astres Vénérés, quelques soient les entités répondant aux prières d’Alice, qu’ils agissent ! Qu’ils la jettent des mois plus tôt pour que jamais elle n’accepte cette bague tendue par Christopher Hangoover ! Que jamais, jamais, jamais elle ne se laisse aller à cette ganacherie !
Ce n’était pas juste. Il ne s’agissait que d’un jeu. Un jeu idiot entre deux sorciers incapable de s’avouer vaincu. Comment avaient-il pu oublier que les harpies de leur vie avaient leurs serres si solidement enfoncées dans leurs épaules que le moindre mouvement de leur proie ne leur échapperait pas ? Une bague avait été acceptée, des promesses de fiançailles avaient été faites. Et la voilà désormais conviée à un goûter dans la demeure de Lilian Hangoover, en compagnie de sa tante Élise Cooper née Sangblanc pour parler du futur de la famille Sangblanc-Hangoover.
Grands Dieux, il ne s’agissait que d’un jeu.
Encore une fois, Alice observa son reflet dans le miroir. Sa cicatrice était encore bien là, comme un étendard levée par sa propre âme. Les dents serrées, Alice attrapa une poignée d’eau dans sa main et la jeta maladroitement vers son reflet. Elle recommença une deuxième fois, puis une troisième fois, avant de barbouiller son reflet de ses doigts tremblants.
Les mains dégoulinantes d’eau, Alice tourna le dos au miroir, le cœur battant à ses tempes. Elle inspira longuement, expira lourdement. Et elle n’avait même pas songé à corriger son maquillage.
Un coup de baguette plus tard, Alice se savait présentable. Alice aurait dû s’en moquer. Elle aurait dû affronter les regards de Lilian Hangoover et tante Élise sans souffrir d’un quelconque jugement. Leur avis n’avait pas la moindre importance.
Menteuse.
Si Alice se fichait de leur avis, elle ne serait pas ici.
Si Alice se fichait de leur avis, elle ne souffrirait pas de haut-le-coeur à chaque fois qu’elle s’imaginait marcher vers l’autel pour rejoindre Christopher Hangoover.
Le menton haut, les doigts tremblants, Alice quitta la salle d’eau dans laquelle elle s’était échappé peut-être un peu trop longtemps. Pour se repoudrer le nez, comme à chaque fois qu’il fallait marcher vite pour succomber à ses démons.
@Christopher Hangoover chose promise, chose due, mon cher fiancé.
Dernière modification par Alice Sangblanc le 6 mai 2026, 09:48, modifié 1 fois.
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Spécialiste en Lutin de cuir | Diplômée de Beauxbâtons | 1ère année GEAD | Caméléon de 2050 & Romantique de 2050
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Le jeu des harpies
Jeudi 24 novembre 2050
CHEZ LILLIAN HANGOOVER
CHEZ LILLIAN HANGOOVER
Godric's HollowAlice se lève. Pas un regard échangé, pas une grimace partagée, pas un rictus moqueur pour attendrir la violence du choc. Elle se lève sans le regarder et quitte la pièce, suivie par les yeux de Christopher. Lorsqu'elle disparaît, son ventre se noue et sa gorge se serre. Lentement, il tourne la tête vers Elise Sangblanc et Lillian Hangoover. Ses oreilles bourdonnent. Si seulement elle l'avait regardé. Si elle ne lui avait jeté qu'un seul regard, le menton un peu haut, l'œil sauvage, alors Christopher aurait su qu'il ne s'agissait que d'une nouvelle partie. Mais elle est partie sans un regard, partie se repoudrer le nez, elle a fui, rendant cela trop sérieux. Pourquoi n'est-elle pas restée, par Morgane ? Pour rire de cet événement, pour s'en amuser, pour partager des regards las comme ils l'ont fait en début de goûter malgré leur animosité ! Si elle l'avait regardé... Mais elle ne l'a pas fait.
Son cœur frappe contre sa cage thoracique. Il n'a plus trente-trois ans, il a huit ans. Sa mère l'a convié pour lui expliquer comment il devait se comporter à la prochaine soirée. Elle le regarde sur le canapé d'en face, ses jambes parfaitement serrées, le tissu de sa robe qui retombe gracieusement autour d'elle, son visage lisse au regard froid. Il n'a plus trente-trois ans, il a onze ans. Sa mère le force à répéter toutes les valeurs de la famille avant son entrée à Poudlard. C'était dans ce salon aussi. Ses lèvres fines et ridées bougent quand elle parle, son regard passe de son fils à Elise Sangblanc qui se tient si droite qu'on la croirait à un rien de se casser en deux. Christopher n'a plus trente-trois ans. Comme lorsqu'il était enfant, il se sent acculé par le regard de sa mère. Et il est toujours aussi seul. Il a trente-trois ans. Sa mère l'a convié pour lui annoncer que tout a été vu avec la famille Sangblanc et qu'un mariage entre leurs deux noms a été évoqué. À ton âge... Tu n'aurais pas idée de refuser, c'est ta seule opportunité. Elles parlent mais le silence hurle à ses oreilles, donnant à ses pensées une trop grande importance.
Ses yeux se tournent de nouveau vers les portes du salon. L'horreur rend ses membres lourds, elle glace sa peau, elle lui donne l'impression de peser une tonne. Il a beau fuir, quitter ce monde duquel il vient, ne voir sa famille qu'aux événements importants, choisir sa propre voie, ses propres fréquentations, son propre métier envers et contre l'avis de ses parents, se sentir libre... Il a beau être libre, arrive toujours un moment où tout ça lui revient en pleine face. Sous la forme d'une invitation à diner, d'une convocation à un banquet mondain, du fascicule qu'envoie sa mère tous les mois qui fait état des familles influentes et des Sang-purs du pays. Sous la forme d'une injonction à se marier. D'une proposition de mariage. D'un goûter pour les confronter elle et lui à un futur inenvisageable, incohérent, d'une idiotie sans nom, d'une... L'injustice frappe tout à coup Christopher. Ses mâchoires se crispent. Il ramène ses yeux sur les deux femmes qui jacassent toujours.
Il se lève sans prévenir, s'attirant le regard des deux harpies sur lui. Contrairement à Alice, il ne s'excuse pas, il ne s'invente pas une excuse. Il ne leur lance pas même un regard avant de tourner les talons pour quitter la pièce. Ses talons frappent le parquet comme son cœur frappe sa cage thoracique. Une colère ardente enflamme son sang, l'injustice l'étouffe. Il ne sait pas quoi faire de toute cette colère bloquée en lui.
Il bifurque à droite dès les doubles portes passées. Il n'a le temps de faire que deux pas dans le couloir que la porte des sanitaires s'ouvre. Christopher se fige, les yeux écarquillés par le choc qui le tient encore entre ses serres acérées. La silhouette d'Alice se dessine dans l'embrasure de la porte. Christopher la passe au radar de son regard. Cela le frappe soudainement. Comme si un poids énorme venait de lui tomber sur le crâne. Comme si une cape glaciale le recouvrait subitement. Son estomac se soulève.
« Vous êtes une gamine, » gémit-t-il, essoufflé alors qu'il n'a pas fait le moindre effort.
Sa poitrine se soulève rapidement. Un rire nerveux traverse sa bouche. Il se passe la main sur la joue, les yeux braqués sur Alice. C'est une enfant. Elle a quoi ? Dix-huit, dix-neuf ans ? Et elle devrait se marier avec lui ? C'est ça qu'elles veulent ? C'est ce qui vient d'être dit, n'est-ce pas ? Un mariage serait bénéfique pour nos deux familles. Christopher a l'impression d'inventer la scène qui vient d'arriver. Mais si Alice est là et si lui aussi est là, c'est qu'elle a bien eu lieu. Les rumeurs courent déjà sur vos épousailles. Lancées par vous, si je ne m'abuse ? L'idée vous a donc traversé l'esprit, je n'en doute pas. Eux deux, se marier, s'épouser, se fiancer, peu importe le mot qui est posé dessus. Christopher a subi toute sa vie les injonctions à se marier, toute sa vie d'adulte on a sous-entendu qu'il devrait cesser ses fréquentations contre nature pour se ranger. « Mais quand grandiras-tu, Christopher ? » soupire régulièrement son père. « Tu fais pitié... Un homme de trente ans célibataire... Tu comptes vivre toute ta vie dans ta garçonnière ? » ricane Donovan à chaque repas. « C'est toi-même que tu dessers en refusant de vivre une vie normale, » dit froidement sa mère dès qu'il est question de son statut matrimonial. Régulièrement sa mère lui propose des noms. « Elle t'apporterait la stabilité. Et elle n'est pas désagréable à regarder. ». Mais c'est la première fois qu'on le met devant le fait accompli comme cela. Le fait accompli. Qui est juste devant lui.
Une gamine.
Un rire, plus franc cette fois-ci, vole loin des lèvres de Christopher et résonne dans le plafond de la cage d'escalier. Il baisse la tête, ferme les yeux et glisse les mains dans ses cheveux, le long de son crâne. L'instant suivant, il redresse la nuque, insensible à sa coiffure défaite et aux mèches qui pointent sur le dessus de son crâne. Un sourire hilare déforme ses traits.
« C'est des conneries, tout ça ! » articule-t-il en exagérant le rire qui s'entend dans sa voix. Il s'avance d'un pas vers elle. Du pouce, il montre les portes derrière lui. « Je ne me marierai jamais avec vous ! »
Son sourire dégringole. Son regard se fait plus sérieux quand il tente de croiser celui d'Alice. Jamais. Je. Ne. Me. Marierai. Avec. Vous.
Lutin en cuir le plus stylé du Pitiponk
« Sa vie professionnelle est une fête qui s'arrête jamais » - LLOYD RIVER
« Sa vie professionnelle est une fête qui s'arrête jamais » - LLOYD RIVER
Le jeu des harpies
Son cœur cesse de battre dans sa poitrine alors que se tient face à elle le visage de ses échecs. Les mots de Christopher la poignarde en plein ventre. Ses gémissements enfoncent la lame un peu plus loin. Vous êtes une gamine, dit-elle. Alice entend. Et vous, un homme, se sent-elle dire sans ouvrir la bouche. Elle ne baisse pas les yeux devant cet homme qui rit sans joie. Elle le regarde, sans un mot, pas sans douleur. Vous êtes un homme, et je ne veux pas de vous. Vous êtes un homme, et je ne veux rien qui vous ressemble dans mon avenir.
Mais il était là, face à elle, ses yeux plantés sur elle, riant nerveusement. Il crache à Alice mépris et refus, comme si elle n’était qu’une épine enfoncé dans son pied. Comme si elle ne méritait pas d’être considérée comme autre chose qu’un fardeau. Vous êtes le fardeau, cracha t-elle en songe. Il avait voulu jouer avec elle, elle qui n’aspire qu’à…
Qu’à quoi, Alice ?
Tu n’es qu’une gamine, il l’a dit. Il le pense. La vérité est là, sous tes yeux vif-argent. Il te regarde avec l’insolence d’un homme qui réalise qu’il a joué un peu trop bien, si bien que les spectateurs ne voient plus la scène que vous avez créé.
Alice baissa les yeux lorsque surgit un nouveau rire, plus franc celui ci. Sans joie. Cruel de vérité. Alice serra les lèvres pour cacher ses dents qui grincent les unes contre les autres. Elle n’avait pas mal mais souffrait tout de même. Le rire était douloureux pour Christopher. Il donnait un son, une couleur, une forme à ce qu’Alice refusait de montrer. La fatalité. Ce fardeau qui pesait sur ses épaules depuis sa naissance. La conviction qu’un jour, on lui arracherait les ailes pour la jeter dans une cage dorée car c’est là, sa place. La place de tout bien né. Enserré par des barreaux fait des sacrifices de ses illustres ancêtres ayant tout donné pour lui offrir ce qu’elle est aujourd’hui. Renommée. Puissance. Intelligence. Perspicacité. Fatalité.
Alice leva les yeux, observant sans un mot les gestes de Christopher, ses cheveux décoiffés, son sourire qu’il lui jeta en plein visage. Elle affronta les mots qu’il cracha dans un rire à peine contenu. La lame fouillait encore ses chairs. Encore et encore et encore. A chaque syllabe. A chaque refus d’accepter qu’ils avaient perdu. Il refusait, Circée. Il refusait la vérité, comme un enfant se pensant trop malin s’offusque d’avoir été contredit.
Vous n’êtes qu’un gamin.
Ses yeux se détournèrent de Christopher pour fixer un bout de mur. Ses bras pendaient autour d’elle comme deux ailes cassées. Elle n’avait pas envie de retrouver un semblant de contenance. Christopher lui avait arraché toute envie de paraître. Lui ne faisait pas le moindre effort pour prendre un peu de ce fardeau sur ces épaules. Non. Il lui donnait le sien. Vous n’êtes qu’un gamin.
Alice prit une inspiration tremblante. Elle voulait rétorqué, lui dire que ses rires cachaient sa douleur, qu’elle n’était point stupide, que lui même comprenait qu’ils avaient perdu, qu’il était inutile de médire sur des règles établies bien avant leur naissance. Rien. Pas un mot. Il n’y avait rien à dire. Ils avaient joués et avaient perdu. Cela faisait partie du jeu.
La sorcière serra les poings contre ses cuisses avant de finalement ouvrir ses mains pour les regarder. Elles tremblaient. Blanche comme la neige, parcourues de veines discernables, elles tremblaient. Alice les referma soudain. Elle les rassembla devant son ventre. Son pouce vint se lover contre sa chevalière, sa tête de loup d’or blanc. Alice ne s’était jamais aussi sentie biche qu’en ce jour.
« Vous êtes un imbécile, Christopher », murmura Alice. « Vous êtes le seul à ne pas en avoir conscience, aujourd’hui. »
Alice tourna la tête vers lui. Lui. Lui qui refusait de porter son fardeau. Lui qui pataugeait dans des mensonges qu’il se murmurait à chaque décision. Lui qui n’avait pas l’étoffe d’un homme. Il n’était qu’un gamin. Un sale gamin capricieux à qui la vie avait permis de s’émanciper quelques années. Il n’estimait pas sa chance. Il ne voyait pas qu’il avait vécu ce qu’elle n’effleurerait jamais.
La liberté.
Mais il était là, face à elle, ses yeux plantés sur elle, riant nerveusement. Il crache à Alice mépris et refus, comme si elle n’était qu’une épine enfoncé dans son pied. Comme si elle ne méritait pas d’être considérée comme autre chose qu’un fardeau. Vous êtes le fardeau, cracha t-elle en songe. Il avait voulu jouer avec elle, elle qui n’aspire qu’à…
Qu’à quoi, Alice ?
Tu n’es qu’une gamine, il l’a dit. Il le pense. La vérité est là, sous tes yeux vif-argent. Il te regarde avec l’insolence d’un homme qui réalise qu’il a joué un peu trop bien, si bien que les spectateurs ne voient plus la scène que vous avez créé.
Alice baissa les yeux lorsque surgit un nouveau rire, plus franc celui ci. Sans joie. Cruel de vérité. Alice serra les lèvres pour cacher ses dents qui grincent les unes contre les autres. Elle n’avait pas mal mais souffrait tout de même. Le rire était douloureux pour Christopher. Il donnait un son, une couleur, une forme à ce qu’Alice refusait de montrer. La fatalité. Ce fardeau qui pesait sur ses épaules depuis sa naissance. La conviction qu’un jour, on lui arracherait les ailes pour la jeter dans une cage dorée car c’est là, sa place. La place de tout bien né. Enserré par des barreaux fait des sacrifices de ses illustres ancêtres ayant tout donné pour lui offrir ce qu’elle est aujourd’hui. Renommée. Puissance. Intelligence. Perspicacité. Fatalité.
Alice leva les yeux, observant sans un mot les gestes de Christopher, ses cheveux décoiffés, son sourire qu’il lui jeta en plein visage. Elle affronta les mots qu’il cracha dans un rire à peine contenu. La lame fouillait encore ses chairs. Encore et encore et encore. A chaque syllabe. A chaque refus d’accepter qu’ils avaient perdu. Il refusait, Circée. Il refusait la vérité, comme un enfant se pensant trop malin s’offusque d’avoir été contredit.
Vous n’êtes qu’un gamin.
Ses yeux se détournèrent de Christopher pour fixer un bout de mur. Ses bras pendaient autour d’elle comme deux ailes cassées. Elle n’avait pas envie de retrouver un semblant de contenance. Christopher lui avait arraché toute envie de paraître. Lui ne faisait pas le moindre effort pour prendre un peu de ce fardeau sur ces épaules. Non. Il lui donnait le sien. Vous n’êtes qu’un gamin.
Alice prit une inspiration tremblante. Elle voulait rétorqué, lui dire que ses rires cachaient sa douleur, qu’elle n’était point stupide, que lui même comprenait qu’ils avaient perdu, qu’il était inutile de médire sur des règles établies bien avant leur naissance. Rien. Pas un mot. Il n’y avait rien à dire. Ils avaient joués et avaient perdu. Cela faisait partie du jeu.
La sorcière serra les poings contre ses cuisses avant de finalement ouvrir ses mains pour les regarder. Elles tremblaient. Blanche comme la neige, parcourues de veines discernables, elles tremblaient. Alice les referma soudain. Elle les rassembla devant son ventre. Son pouce vint se lover contre sa chevalière, sa tête de loup d’or blanc. Alice ne s’était jamais aussi sentie biche qu’en ce jour.
« Vous êtes un imbécile, Christopher », murmura Alice. « Vous êtes le seul à ne pas en avoir conscience, aujourd’hui. »
Alice tourna la tête vers lui. Lui. Lui qui refusait de porter son fardeau. Lui qui pataugeait dans des mensonges qu’il se murmurait à chaque décision. Lui qui n’avait pas l’étoffe d’un homme. Il n’était qu’un gamin. Un sale gamin capricieux à qui la vie avait permis de s’émanciper quelques années. Il n’estimait pas sa chance. Il ne voyait pas qu’il avait vécu ce qu’elle n’effleurerait jamais.
La liberté.
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Spécialiste en Lutin de cuir | Diplômée de Beauxbâtons | 1ère année GEAD | Caméléon de 2050 & Romantique de 2050
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Le jeu des harpies
Mais réagissez, enfin ! Elle lui refuse son regard, elle reste là les bras ballants, bien loin de la réaction vive qu'il espérait. Qu'attendait-il exactement ? Un rire aussi ahuri que le sien, qu'ils partagent le choc, qu'ils se disent : mais c'est n'importe quoi, jamais ça n'arrivera, nous sommes d'accord ? On va retourner leur dire qu'elles ont trop abusé de leurs petits gâteaux bourrés de sucre et on s'enfuira de cette maison, on ne reparlera plus jamais de ça ! Il voulait quelque chose, n'importe quoi, qui prouve qu'Alice, comme lui, est étouffée par l'injustice et par le choc de la proposition qui leur a été faite — qui veut leur être imposée. C'est pour cela qu'il l'a suivie, se rend-il compte, pour qu'ils en rient, pour qu'ils s'en amusent. Mais elle ne fait rien, elle ne dit rien, son visage pâle reste de marbre. Il lui semble même se durcir quelque peu.
Dépité par sa réaction à des miles de ce qu'il espérait, Christopher observe Alice. Son souffle tremblant, ses poings serrés, puis ses mains ouvertes qu'elle regarde comme si elle les découvrait. Est-elle encore sous le choc ? Pense-t-elle réellement que tout cela est la vérité ? Attendez... Elle n'y croit pas réellement, non ? C'est impossible ! Elle ne peut pas y croire ! Ce n'est qu'une grande blague, ce n'est qu'un jeu, tout cela. Ils ont joué, se sont un peu brûlés les ailes, leur famille sera un peu plus dure avec eux pendant quelques mois ou quelques années quand ils refuseront, les répliques fuseront durant les repas, les regards noirs, les reproches sous-entendus, et après ? Ce n'est rien, tout cela, qu'un poids de plus à porter, Christopher sait répliquer, il est habitué depuis des années à tout ça, parfois ça fait mal, c'est vrai, parfois ça lui pèse tellement qu'il ne sait pas quoi faire de toute cette douleur, mais on s'y habitue, ce n'est rien ! Et elle ? Alice lève les poings devant son ventre. Le regard de Christopher se fait moins amère. Il a presque pitié qu'elle soit tombée dans le panneau mais il a envie de la rassurer, de lui dire que tout ira bien et que tout cela n'arrivera jamais. Un sourire rassurant commence à s'esquisser sur ses lèvres. Elle croit vraiment qu'elle ne peut pas dire non ? Il commence à lever un bras consolateur : elle est si jeune, elle ne sait pas encore que les injonctions de sa famille ne sont qu'un poids facile à porter.
Alice ouvre la bouche. Les paroles qu'elle lui lance au visage ont le même tranchant qu'une lame. Christopher recule la tête, à la fois choqué par son ton, par l'insulte, mais aussi offusqué qu'elle s'en prenne à lui de cette façon. Imbécile, lui ? Il ne sait même pas à quoi ça fait référence ! Puis vient rapidement la blessure. Elle se cache tout au fond de lui mais elle fait quand même mal. Pourquoi réagit-elle comme s'il était son ennemi ? Ils sont tous les deux victimes de cette histoire !
Le regard d'Alice sur lui est glacial. Christopher baisse le bras et affiche une mine perplexe.
« Imbécile ? » répète-t-il bêtement.
Il ouvre la bouche et la referme. Il se retourne pour jeter un regard vers les portes du salon fermées, quelques pas dans son dos, puis revient à Alice qu'il ne comprend pas. Ou qu'il craint trop comprendre. Son immobilité le rend dingue.
« C'est quoi votre problème ? chuchote-t-il furieusement en avalant les mètres qui les séparent pour se retrouver plus proche d'elle. Pourquoi vous êtes... »
Les traits déchirés par l'incompréhension, il hésite, la désigne du plat de la main en la regardant de bas en haut.
« Comme ça ? Vous croyez vraiment qu'on va se... »
Il ne peut pas le dire. Non, il ne peut pas. Sa gorge refuse, se serre, se noue, l'horreur se répand dans ses veines, et de nouveau l'ahurissement, l'hilarité. Un rire, plus nerveux, secoue ses épaules.
« Alice, dit-il soudainement en levant les mains devant lui, entre eux, pour donner du poids à ses propos. Alice, vous n'y croyez pas vraiment, hein ? On va y retourner et leur dire que leur mariage, elles peuvent se le carrer là où je pense. »
Il se redresse, un peu plus déterminé que plus tôt. Toute cette histoire... Sa famille lui en a fait, des choses. Elle l'ont harcelé, lui ont mis des bâtons dans les roues quand il a abandonné l'université et plus encore avec le Pitiponk, elle lui a coupé les vivre, puis lui a fait du chantage en lui proposant des sommes astronomiques pour qu'il rentre dans le rang, elle a même une ou deux fois saboté ses relations. Mais ça ? A quel moment Alice croit-elle que tout cela a le moindre poids ? Ce ne sont que des mots, des mots auxquels il faut dire non, voilà tout !
Encore une fois, Christopher lance un regard à Alice, Alice dans son entièreté, incapable de comprendre pourquoi elle semble convaincue que ce qui a été dit dans ce salon est la réalité. Son immobilité, ses mots, l'expression sur son visage... Tout cela sonne trop vrai, comme si c'était vraiment en train d'arriver tout ça, comme si les paroles des deux femmes avaient de l'importance, comme si elles avaient un poids, comme si elles étaient réelles, comme si la proposition faite n'était pas une proposition mais quelque chose qui leur était imposé. Christopher voit tout cela sur le visage d'Alice et son ventre se noue douloureusement, ses mains deviennent moites. Il ne supporte plus son inaction car il a l'impression que cela ressemble à de la fatalité. Comme si elle avait déjà accepté. Sauf qu'il a besoin du contraire, lui. Il a besoin qu'elle lui dise qu'elle a compris qu'elle pouvait refuser tout cela.
« Réagissez, enfin ! lui lance-t-il alors, un sourire éberlué sur les lèvres. Alice, vous n'en avez pas plus envie que moi ! »
Alors montrez-le !
Dépité par sa réaction à des miles de ce qu'il espérait, Christopher observe Alice. Son souffle tremblant, ses poings serrés, puis ses mains ouvertes qu'elle regarde comme si elle les découvrait. Est-elle encore sous le choc ? Pense-t-elle réellement que tout cela est la vérité ? Attendez... Elle n'y croit pas réellement, non ? C'est impossible ! Elle ne peut pas y croire ! Ce n'est qu'une grande blague, ce n'est qu'un jeu, tout cela. Ils ont joué, se sont un peu brûlés les ailes, leur famille sera un peu plus dure avec eux pendant quelques mois ou quelques années quand ils refuseront, les répliques fuseront durant les repas, les regards noirs, les reproches sous-entendus, et après ? Ce n'est rien, tout cela, qu'un poids de plus à porter, Christopher sait répliquer, il est habitué depuis des années à tout ça, parfois ça fait mal, c'est vrai, parfois ça lui pèse tellement qu'il ne sait pas quoi faire de toute cette douleur, mais on s'y habitue, ce n'est rien ! Et elle ? Alice lève les poings devant son ventre. Le regard de Christopher se fait moins amère. Il a presque pitié qu'elle soit tombée dans le panneau mais il a envie de la rassurer, de lui dire que tout ira bien et que tout cela n'arrivera jamais. Un sourire rassurant commence à s'esquisser sur ses lèvres. Elle croit vraiment qu'elle ne peut pas dire non ? Il commence à lever un bras consolateur : elle est si jeune, elle ne sait pas encore que les injonctions de sa famille ne sont qu'un poids facile à porter.
Alice ouvre la bouche. Les paroles qu'elle lui lance au visage ont le même tranchant qu'une lame. Christopher recule la tête, à la fois choqué par son ton, par l'insulte, mais aussi offusqué qu'elle s'en prenne à lui de cette façon. Imbécile, lui ? Il ne sait même pas à quoi ça fait référence ! Puis vient rapidement la blessure. Elle se cache tout au fond de lui mais elle fait quand même mal. Pourquoi réagit-elle comme s'il était son ennemi ? Ils sont tous les deux victimes de cette histoire !
Le regard d'Alice sur lui est glacial. Christopher baisse le bras et affiche une mine perplexe.
« Imbécile ? » répète-t-il bêtement.
Il ouvre la bouche et la referme. Il se retourne pour jeter un regard vers les portes du salon fermées, quelques pas dans son dos, puis revient à Alice qu'il ne comprend pas. Ou qu'il craint trop comprendre. Son immobilité le rend dingue.
« C'est quoi votre problème ? chuchote-t-il furieusement en avalant les mètres qui les séparent pour se retrouver plus proche d'elle. Pourquoi vous êtes... »
Les traits déchirés par l'incompréhension, il hésite, la désigne du plat de la main en la regardant de bas en haut.
« Comme ça ? Vous croyez vraiment qu'on va se... »
Il ne peut pas le dire. Non, il ne peut pas. Sa gorge refuse, se serre, se noue, l'horreur se répand dans ses veines, et de nouveau l'ahurissement, l'hilarité. Un rire, plus nerveux, secoue ses épaules.
« Alice, dit-il soudainement en levant les mains devant lui, entre eux, pour donner du poids à ses propos. Alice, vous n'y croyez pas vraiment, hein ? On va y retourner et leur dire que leur mariage, elles peuvent se le carrer là où je pense. »
Il se redresse, un peu plus déterminé que plus tôt. Toute cette histoire... Sa famille lui en a fait, des choses. Elle l'ont harcelé, lui ont mis des bâtons dans les roues quand il a abandonné l'université et plus encore avec le Pitiponk, elle lui a coupé les vivre, puis lui a fait du chantage en lui proposant des sommes astronomiques pour qu'il rentre dans le rang, elle a même une ou deux fois saboté ses relations. Mais ça ? A quel moment Alice croit-elle que tout cela a le moindre poids ? Ce ne sont que des mots, des mots auxquels il faut dire non, voilà tout !
Encore une fois, Christopher lance un regard à Alice, Alice dans son entièreté, incapable de comprendre pourquoi elle semble convaincue que ce qui a été dit dans ce salon est la réalité. Son immobilité, ses mots, l'expression sur son visage... Tout cela sonne trop vrai, comme si c'était vraiment en train d'arriver tout ça, comme si les paroles des deux femmes avaient de l'importance, comme si elles avaient un poids, comme si elles étaient réelles, comme si la proposition faite n'était pas une proposition mais quelque chose qui leur était imposé. Christopher voit tout cela sur le visage d'Alice et son ventre se noue douloureusement, ses mains deviennent moites. Il ne supporte plus son inaction car il a l'impression que cela ressemble à de la fatalité. Comme si elle avait déjà accepté. Sauf qu'il a besoin du contraire, lui. Il a besoin qu'elle lui dise qu'elle a compris qu'elle pouvait refuser tout cela.
« Réagissez, enfin ! lui lance-t-il alors, un sourire éberlué sur les lèvres. Alice, vous n'en avez pas plus envie que moi ! »
Alors montrez-le !
Lutin en cuir le plus stylé du Pitiponk
« Sa vie professionnelle est une fête qui s'arrête jamais » - LLOYD RIVER
« Sa vie professionnelle est une fête qui s'arrête jamais » - LLOYD RIVER
Le jeu des harpies
Alice serra ses poings contre son ventre. Elle se sentait petite, toute petite face à Christopher. Son incompréhension, son doute, sa réalisation à venir le faisait grandir, grandir encore. Il était comme une vague reculant encore et encore pour gagner en force avant de s’abattre sur elle. Elle attendait sans impatience qu’il comprenne… car il n’avait pas compris. Circée, il ne comprenait pas. Il ne comprenait rien, jamais. Il batifolait sans prendre conscience que le grand monde continuait à tourner autour de lui. Que, lorsqu’il était occupé à rire, à s’amuser, à vivre dans la plus impertinente des insouciances, des marionnettistes observaient son jeu avec un mépris teinté de délectation. Il ne voyait pas leurs fils reliés à ses membres depuis sa misérable existence. Ainsi était la chance des nouvelles familles. Elles ne naissaient pas sur les ossements de glorieux anciens ayant donné leur âme, leur amour, leur conviction aux embryons des enfants à venir. Alice était l’une de ceux-ci. Son chemin avait été pavés par les sacrifices de ceux qui ne sont plus là. Elle même, par le mariage, construisait celui qu’arpenterait un jour sa descendance.
Un nouveau haut-le-cœur la prit. Elle serra plus fort ses poings contre son ventre.
Christopher la faucha enfin. Après avoir fait part de son incompréhension, voilà qu’il la meurtrissait avec un début de réalisation. Cela faisait mal, si mal. Alice serra les dents pour rester muette. Elle le laissait comprendre, refusant de porter ce fardeau là en plus. Elle n’était pas là pour lui tenir la main. Il se briserait les dents contre la vérité, comme un grand garçon. Elle ne serait pas celle qui lui arracherait les ailes.
Non. Christopher ne comprenait pas. Il voulait qu’Alice lui tienne la main. Circée. Elle leva le nez vers lui, profondément agacée d’être face à un abruti. Alice détestait cela. Grands Ancêtres, Glorieux Aïeux, non, il ne s’agissait pas d’incompréhension. Il pensait farouchement pouvoir lutter contre une bêtise qu’ils avaient eux même faites.
Réagissez ! commandait-il. Alice sentit une fureur sourde gonfler dans tout son être, habiller chacun de ses membres. Réagir ? Alice réagissait ! Elle ne voulait pas de ce mariage, pas plus qu’elle ne voulait se tenir devant cet idiot incapable de garder les yeux ouverts sur ce qu’il avait créé de ses propres mains ! Alice était épuisée de devoir se battre contre tout et tout le monde. Comment devait-elle réagir, selon lui ? Hurler ? Rire comme une idiote, à son instar ? Enfoncer les portes du salon et brûler la pièce pour expulser toute sa rage ? Était-ce la réaction qu’il voulait ?
Ses ongles s’enfoncèrent dans sa jolie robe de tulle, dans son ventre vide, là où sa colère prenait forme. Une colère froide, visqueuse, brûlante, mais sans force aucune. Alice était fatiguée de devoir se jeter dans une nouvelle bataille. Non, elle n’acceptait pas la situation. Non, elle ne voulait pas se marier. Non, elle ne voulait pas que qui que ce soit dicte ses choix. Se battrait-elle ? Bien sûr. En avait-elle la force ? Circée, Alice ne serait jamais assez forte pour se faire guerrière dans tout les combats commencés, elle en avait toute conscience.
Christopher n’avait qu’un combat à mener, et il le refusait pourtant. Il ne voyait pas qu’il était en plein champ de bataille. Non, bien sûr. Monsieur s’imaginait encore le survoler, toutes ailes déployées. Le déni, Circée. Le déni était le pire des poisons.
« Je n’en ai pas envie », répondit-elle, les dents serrées. Pas envie d’être mariée. Ps envie d’être vendue comme pouliche de compétition. Pas envie de partager sa vie. Pas envie d’être une madame-quelque-chose. Pas envie d’être celle qu’elle aurait dû vouloir devenir.
Ses doigts se dénouèrent soudain pour bondir dans ses cheveux qu’elle tira violemment en arrière. Ses yeux dans le vide, grands ouverts sur la fatalité qu’elle était la seule à voir, Alice sentait son cœur battre sourdement à ses tempes. Elle ne voulait pas perdre. Elle ne voulait pas s’avouer vaincue avant même d’avoir tout donné sur le champ de bataille. Elle ne voulait pas affronter le regard ravi des harpies. Elle ne voulait pas. Son corps entier repoussait l’idée même d’être considérée comme acquise.
Mais le corps se confrontait au sang, celui de ses ancêtres, celui de ses descendants. Ce même sang qu’on lui avait appris à vénérer comme un Dieu, à glorifier comme la plus précieuse des choses au Monde.
Les ongles plongèrent encore, encore, cherchant à arracher ce qui ne l’était pas : son héritage. Poisseux de ses misérables envies de rébellion. Non, elle ne voulait pas. Elle ne voulait pas non plus entendre cet homme lui dire qu’elle réagissait mal. Devrait-elle réagir comme une enfant, comme lui ? Frapper du pied et répéter à tue-tête "non, non, non !" ? Etait-ce ainsi qu’elle aurait dû réagir pour que cela ravisse Monsieur Hangoover ?
« Vous n’êtes que des parvenus qui désacralisez les sacrifices de mes ancêtres » articula t-elle comme si elle formulait une malédiction. « Je ne suis pas une pouliche qui s’achète. Je ne suis pas… »
Alice ferma les yeux, ses lèvres se serraient encore et encore et encore, retenant un hoquet douloureux, une grimace affectée. Elle n’avait pas envie de parler. Elle avait envie de hurler. Voilà comment elle désirait réagir ! Mais elle n’était pas idiote ! Gémir sur sa pauvre condition d’enfant dorée promise à un glorieux avenir, pleurer sur une liberté qu’elle ne connaîtrait jamais, tout cela serait une honte qu’elle ne se permettrait pas. Non. Qu’elle ne se permettrait plus.
Des années plus tôt, Alice avait lutté. Circée, elle avait lutté. Elle s’était farouchement opposé à Grand-Père. Elle avait montré les crocs à une marieuse, non, une bouchère préparant son étale de viandes. Elle avait envoyé paître les regards concupiscents de jeunes freluquets de bonne famille attiré par l’odeur de son sang. Elle avait consenti à se fiancer à Damiano, oui, mais elle l’avait choisi. Elle. Elle, et elle seule. Elle avait définit les règles. Elle avait fait cela pour demeurer paisible et préserver sa famille d’une perte de territoire. Elle avait accepté de se sacrifier.
Face à son Ours de cousin, Alice avait réalisé qu’elle n’était point biche, mais louve ambitieuse. Lui, chef de famille, avait vu en elle une prédatrice pouvant prendre le contrôle de sa vie. Et c’est ce qu’elle avait fait. Elle avait quitté la branche principale pour créer la sienne et, encore une fois, définit ses propres règles. Elle se marierait, oui, mais tard, si tard ! Elle prendrait le temps de renverser le pays, de saigner les bourreaux de son père, de son frère, d’oncle Kenneth avant de songer à prendre la main d’un misérable héritier.
Mais elle avait été trahie. Trahie par son propre sang. Trahie par le visage d’une femme qu’elle avait dressée au rang de Déesse durant toute sa vie. Tante Élise qui, en plus de s’allier à une acariâtre mégère qui ferait passer sa propre mère pour un doux agneaux, avait envoyé paître ses choix et décisions. «Les Hangoover sont une chance inespérée, Alice, vous le savez comme moi », lui avait-elle assuré d’un ton mielleux, un faux sourire aux lèvres. «Aucun Sang-Pur n’acceptera jamais la main d’une fille de paria. Les Hangoover n’ont certes pas un sang aussi prestigieux que le nôtre, mais ils sauront apporter une base solide à votre branche. Et puis, vous auriez pu trouver bien pire que Christopher ». Oui, pire, bien pire. Et bien mieux également. Un homme manipulable qui se saignerait pour avoir son attention, comme devaient l’être tout les hommes qu’elle désirait séduire. Celui ci ? Il était vieux, bien plus vieux. Il était sale, désavoué par sa famille, lâche, idiot, dangereux, impertinent et indomptable.
Vous ne me marierez pas, avait un jour dit la jeune fille de quatorze ans à son patriarche de Grand-Père. A quinze, vingt, trente ans, vous ne me marierez pas.
Aujourd’hui, cette enfant se meurt devant la lâcheté de celle qu’elle est devenue.
« Je ne veux pas me marier », glapit-elle avec douleur. Ses ongles serraient, serraient encore, cherchaient à attraper ce qui n’avait plus de forme désormais. Il fallait se marier. Pour les Ancêtres. Pour Père. Pour la descendance. Pour étendre l’empire familial. Il fallait se marier, et faire des enfants, tout un tas d’enfant. Devenir épouse. Devenir mère. Engendrée une descendance et les condamner à vivre la même vie que la sienne. Les sermonner pour leurs idées de liberté. Rêver à une vie de voyage. Engendrer. Engendrer encore. Vieillir sans avoir jamais voyagé. Vieillir dans un monde qu’Alice refuse. Accepter la condition des plus petits qu’elle. Voir les puissants écraser des sorciers qui n’ont point prit par au combat. Engendrer. Engendrer encore. Voir s’éteindre une flamme qui n’aura jamais pu s’épanouir. Crever comme une biche sous les crocs des chiens qu’elle aurait pu abattre dans une autre vie, dans un autre scénario.
Un nouveau haut-le-cœur la prit. Elle serra plus fort ses poings contre son ventre.
Christopher la faucha enfin. Après avoir fait part de son incompréhension, voilà qu’il la meurtrissait avec un début de réalisation. Cela faisait mal, si mal. Alice serra les dents pour rester muette. Elle le laissait comprendre, refusant de porter ce fardeau là en plus. Elle n’était pas là pour lui tenir la main. Il se briserait les dents contre la vérité, comme un grand garçon. Elle ne serait pas celle qui lui arracherait les ailes.
Non. Christopher ne comprenait pas. Il voulait qu’Alice lui tienne la main. Circée. Elle leva le nez vers lui, profondément agacée d’être face à un abruti. Alice détestait cela. Grands Ancêtres, Glorieux Aïeux, non, il ne s’agissait pas d’incompréhension. Il pensait farouchement pouvoir lutter contre une bêtise qu’ils avaient eux même faites.
Réagissez ! commandait-il. Alice sentit une fureur sourde gonfler dans tout son être, habiller chacun de ses membres. Réagir ? Alice réagissait ! Elle ne voulait pas de ce mariage, pas plus qu’elle ne voulait se tenir devant cet idiot incapable de garder les yeux ouverts sur ce qu’il avait créé de ses propres mains ! Alice était épuisée de devoir se battre contre tout et tout le monde. Comment devait-elle réagir, selon lui ? Hurler ? Rire comme une idiote, à son instar ? Enfoncer les portes du salon et brûler la pièce pour expulser toute sa rage ? Était-ce la réaction qu’il voulait ?
Ses ongles s’enfoncèrent dans sa jolie robe de tulle, dans son ventre vide, là où sa colère prenait forme. Une colère froide, visqueuse, brûlante, mais sans force aucune. Alice était fatiguée de devoir se jeter dans une nouvelle bataille. Non, elle n’acceptait pas la situation. Non, elle ne voulait pas se marier. Non, elle ne voulait pas que qui que ce soit dicte ses choix. Se battrait-elle ? Bien sûr. En avait-elle la force ? Circée, Alice ne serait jamais assez forte pour se faire guerrière dans tout les combats commencés, elle en avait toute conscience.
Christopher n’avait qu’un combat à mener, et il le refusait pourtant. Il ne voyait pas qu’il était en plein champ de bataille. Non, bien sûr. Monsieur s’imaginait encore le survoler, toutes ailes déployées. Le déni, Circée. Le déni était le pire des poisons.
« Je n’en ai pas envie », répondit-elle, les dents serrées. Pas envie d’être mariée. Ps envie d’être vendue comme pouliche de compétition. Pas envie de partager sa vie. Pas envie d’être une madame-quelque-chose. Pas envie d’être celle qu’elle aurait dû vouloir devenir.
Ses doigts se dénouèrent soudain pour bondir dans ses cheveux qu’elle tira violemment en arrière. Ses yeux dans le vide, grands ouverts sur la fatalité qu’elle était la seule à voir, Alice sentait son cœur battre sourdement à ses tempes. Elle ne voulait pas perdre. Elle ne voulait pas s’avouer vaincue avant même d’avoir tout donné sur le champ de bataille. Elle ne voulait pas affronter le regard ravi des harpies. Elle ne voulait pas. Son corps entier repoussait l’idée même d’être considérée comme acquise.
Mais le corps se confrontait au sang, celui de ses ancêtres, celui de ses descendants. Ce même sang qu’on lui avait appris à vénérer comme un Dieu, à glorifier comme la plus précieuse des choses au Monde.
Les ongles plongèrent encore, encore, cherchant à arracher ce qui ne l’était pas : son héritage. Poisseux de ses misérables envies de rébellion. Non, elle ne voulait pas. Elle ne voulait pas non plus entendre cet homme lui dire qu’elle réagissait mal. Devrait-elle réagir comme une enfant, comme lui ? Frapper du pied et répéter à tue-tête "non, non, non !" ? Etait-ce ainsi qu’elle aurait dû réagir pour que cela ravisse Monsieur Hangoover ?
« Vous n’êtes que des parvenus qui désacralisez les sacrifices de mes ancêtres » articula t-elle comme si elle formulait une malédiction. « Je ne suis pas une pouliche qui s’achète. Je ne suis pas… »
Alice ferma les yeux, ses lèvres se serraient encore et encore et encore, retenant un hoquet douloureux, une grimace affectée. Elle n’avait pas envie de parler. Elle avait envie de hurler. Voilà comment elle désirait réagir ! Mais elle n’était pas idiote ! Gémir sur sa pauvre condition d’enfant dorée promise à un glorieux avenir, pleurer sur une liberté qu’elle ne connaîtrait jamais, tout cela serait une honte qu’elle ne se permettrait pas. Non. Qu’elle ne se permettrait plus.
Des années plus tôt, Alice avait lutté. Circée, elle avait lutté. Elle s’était farouchement opposé à Grand-Père. Elle avait montré les crocs à une marieuse, non, une bouchère préparant son étale de viandes. Elle avait envoyé paître les regards concupiscents de jeunes freluquets de bonne famille attiré par l’odeur de son sang. Elle avait consenti à se fiancer à Damiano, oui, mais elle l’avait choisi. Elle. Elle, et elle seule. Elle avait définit les règles. Elle avait fait cela pour demeurer paisible et préserver sa famille d’une perte de territoire. Elle avait accepté de se sacrifier.
Face à son Ours de cousin, Alice avait réalisé qu’elle n’était point biche, mais louve ambitieuse. Lui, chef de famille, avait vu en elle une prédatrice pouvant prendre le contrôle de sa vie. Et c’est ce qu’elle avait fait. Elle avait quitté la branche principale pour créer la sienne et, encore une fois, définit ses propres règles. Elle se marierait, oui, mais tard, si tard ! Elle prendrait le temps de renverser le pays, de saigner les bourreaux de son père, de son frère, d’oncle Kenneth avant de songer à prendre la main d’un misérable héritier.
Mais elle avait été trahie. Trahie par son propre sang. Trahie par le visage d’une femme qu’elle avait dressée au rang de Déesse durant toute sa vie. Tante Élise qui, en plus de s’allier à une acariâtre mégère qui ferait passer sa propre mère pour un doux agneaux, avait envoyé paître ses choix et décisions. «Les Hangoover sont une chance inespérée, Alice, vous le savez comme moi », lui avait-elle assuré d’un ton mielleux, un faux sourire aux lèvres. «Aucun Sang-Pur n’acceptera jamais la main d’une fille de paria. Les Hangoover n’ont certes pas un sang aussi prestigieux que le nôtre, mais ils sauront apporter une base solide à votre branche. Et puis, vous auriez pu trouver bien pire que Christopher ». Oui, pire, bien pire. Et bien mieux également. Un homme manipulable qui se saignerait pour avoir son attention, comme devaient l’être tout les hommes qu’elle désirait séduire. Celui ci ? Il était vieux, bien plus vieux. Il était sale, désavoué par sa famille, lâche, idiot, dangereux, impertinent et indomptable.
Vous ne me marierez pas, avait un jour dit la jeune fille de quatorze ans à son patriarche de Grand-Père. A quinze, vingt, trente ans, vous ne me marierez pas.
Aujourd’hui, cette enfant se meurt devant la lâcheté de celle qu’elle est devenue.
« Je ne veux pas me marier », glapit-elle avec douleur. Ses ongles serraient, serraient encore, cherchaient à attraper ce qui n’avait plus de forme désormais. Il fallait se marier. Pour les Ancêtres. Pour Père. Pour la descendance. Pour étendre l’empire familial. Il fallait se marier, et faire des enfants, tout un tas d’enfant. Devenir épouse. Devenir mère. Engendrée une descendance et les condamner à vivre la même vie que la sienne. Les sermonner pour leurs idées de liberté. Rêver à une vie de voyage. Engendrer. Engendrer encore. Vieillir sans avoir jamais voyagé. Vieillir dans un monde qu’Alice refuse. Accepter la condition des plus petits qu’elle. Voir les puissants écraser des sorciers qui n’ont point prit par au combat. Engendrer. Engendrer encore. Voir s’éteindre une flamme qui n’aura jamais pu s’épanouir. Crever comme une biche sous les crocs des chiens qu’elle aurait pu abattre dans une autre vie, dans un autre scénario.
Avatar dessiné par ma merveilleuse Élicia Caldin
Spécialiste en Lutin de cuir | Diplômée de Beauxbâtons | 1ère année GEAD | Caméléon de 2050 & Romantique de 2050
Spécialiste en Lutin de cuir | Diplômée de Beauxbâtons | 1ère année GEAD | Caméléon de 2050 & Romantique de 2050
Le jeu des harpies
Elle réagit enfin mais ce n'est pas ce qu'espérait Christopher. Ce corps crispé, cette phrase jetée à travers ses dents serrées. Ce n'est pas exactement ce qu'il voulait mais c'est au moins quelque chose et l'entendre formuler aussi clairement qu'elle ne veut pas plus que lui ce futur pour eux, cela le rassure et le soulage. Ses épaules se détendent un peu, une souffle tremblant coule sur ses lèvres. Il aurait fait un pas en arrière en hochant la tête, prêt à lui rendre son espace et à rire de tout cela, si ses mains n'avaient pas subitement volé vers sa tête. Les yeux de Christopher s'écarquillent lorsque les doigts d'Alice plongent dans ses cheveux. Ils tirent, tirent, son visage couvert d'une expression qui fait mal à Christopher. Immobile un instant plus tôt, voilà qu'Alice réagit d'une façon si vive qu'il recule d'un pas, reconnaissant dans ses gestes soudains et saccadés ce petit quelque chose de décalé et d'effrayant que l'on ne voit que chez les personnes qui sont complètement à bout.
Quand ces mots si abrupts sortent de sa bouche, Christopher ne peut rien faire d'autre que d'ouvrir la bouche et la refermer. Il comprend vaguement qu'elle vient d'insulter sa famille et qu'elle le met lui dans le même panier. Cela aurait été blessant si sa colère et son désespoir ne s'échappait pas d'elle par vagues brutales. Si elle n'avait pas évoqué le terme pouliche pour parler d'elle-même, si elle avait parlé comme à son habitude de ce ton hautain et cassant, si elle l'avait regardé avec le menton dressé et l’œil froid au lieu de lui présenter ce visage désespéré, si elle ne tirait pas ses cheveux comme elle le fait. Si ses yeux ne s'étaient pas fermés. Si son visage n'avait pas grimacé. S'il n'avait pas pris subitement conscience de ce qu'était Alice et de ce qu'elle était en train de vivre.
Parce que oui, elle est persuadée que se marier est une nécessité et qu'elle ne peut pas la refuser. Oui, c'est une fatalité pour elle, sinon elle ne réagirait pas ainsi, pas comme si elle était persuadée que son avenir venait d'être entièrement tracé dans ce salon, il y a moins de cinq minutes. Oui, elle doit se sentir le quelconque devoir de faire ce qu'on lui ordonne de faire. Oui, pour elle c'est une réalité qu'elle ne peut pas refuser. Une pouliche bonne à marier au premier venu, parce que Christopher est un choix qui a été présenté à sa famille sur un plateau d'argent, qui leur est tombé tout cru dans le bec, offert par lui-même. Par lui-même. Il en prend douloureusement conscience en la voyant telle qu'elle est. Gamine au visage émacié, trop pâle, ses longs cheveux tirés par ses doigts fins, les traits déchirés par une grimace qui refuse en bloc ce qui est en train d'arriver, ses fines paupières rosâtres cachant son regard argenté.
De la pitié qu'il a ressenti tout à l'heure à son égard ne reste plus rien. Ou peut-être a-t-elle tant grandit qu'elle se confond avec cette grande colère mêlée de tristesse qu'il ressent. La même qu'il a ressenti pour Anna quand elle a dû prendre un époux et qu'elle n'a pas su lutter. La même qu'il ressent quand il pense à tout ce système désuet auquel il participe malgré lui. La même qu'il a ressenti quand le mot mariage est sorti de la bouche de sa mère. D'Alice Sangblanc qui lui a toujours, ou presque, présenté un visage froid et distant, un regard tout aussi semblable, et des paroles sèches à la réplique toujours pertinente reste désormais cette chose paniquée face à laquelle Christopher ne sait pas quoi faire. Paniquée, dépassée. Il ne sait pas trop. Il sait juste que ce n'est pas normal ce qu'il voit, que ce n'est pas son comportement habituel, donc que c'est la preuve même qu'elle est loin d'avoir accepté cette réalité. Sinon, elle ne réagirait pas aussi violemment.
Un gémissement s'échappe d'elle. Christopher ne comprend d'abord pas qu'elle a parlé. Trop concentré sur l'horreur qu'il ressent en imaginant qu'Alice puisse se sentir tant emprisonnée par les préceptes et les attentes de sa famille que ne lui vient pas même à l'esprit qu'elle pourrait refuser purement et simplement sans que cela insulte qui que ce soit, excepté des anciennes règles qui ne devraient même plus exister. La compréhension de ses paroles ne vient qu'après.
Ses doigts tirent sur ses cheveux. Quelque chose renâcle brusquement à l'intérieur de Christopher. Il ne peut pas laisser faire. Il ne peut pas la regarder se faire du mal, il ne peut plus la regarder sans ne rien dire. Il ne peut plus la laisser croire que tout cela arrivera. Pas parce qu'elle est la femme avec laquelle sa mère veut le marier. Pas parce qu'elle est la sœur de son meilleur ami. Mais parce que personne ne devrait se sentir forcé de quoi que ce soit. Personne. Surtout pas lui-même. Alors les autres non plus.
Christopher fait un pas en avant et avant même qu'il puisse réfléchir à ce qu'il fait il attrape les poignets d'Alice.
« Arrêtez, souffle-t-il d'une voix rendue grave par les émotions mais le ton calme malgré la situation. Vous allez vous faire mal. »
Il la lâche presque aussitôt, comme s'il s'était brûlé. Il garde les mains en l'air, comme dans une tentative de l'apaiser. Il essaie d'attraper son regard, de plonger dans ses billes argentés. Son cœur frappe dans son torse, les battements résonnent dans ses oreilles. Il a envie de vomir. Il a envie de sortir de cette maison, de partir se blottir dans des bras amis. Il a envie de repartir dans le salon, de faire claquer les portes contre les murs et de hurler comme il l'aurait fait enfant : NON ! Mais on ne se roule pas par terre lorsque l'on est un homme de trente-trois ans.
« Je vous promets que ce mariage n'aura pas lieu, assène-t-il d'une voix assurée, le regard brillant de la détermination sauvage qui s'élève en lui comme un hurlement. Si vous ne pouvez pas refuser, moi je le ferai. »
Il déglutit péniblement et se passe la main dans les cheveux. Il prend vaguement conscience des mèches qui ne sont pas à leur place. Un problème pour plus tard. Son ventre ne veut pas se dénouer. Pour la première fois, il ne voit pas en Alice la petite emmerdeuse qu'il a rencontré à Tinworth ou la petite vipère à laquelle il s'est bêtement confronté à la soirée d'intégration, celle qui vient tous les samedis à Pitiponk pour le simple plaisir de le faire chier et de lui gâcher la journée. Non, il voit la sœur de Thomas, une enfant Sangblanc, héritière d'une famille aux mœurs désuets. Il sait très bien ce que cela signifie. Combien de fois a-t-il vu Thomas noyer le poids de ses devoirs dans le fond d'un verre d'alcool ? Une colère sourde vrombit en lui. Le genre de colère dont il n'a jamais su que faire. On ne peut rien contre cela. On ne peut rien contre les traditions des vieilles familles, ni même contre celles de la société. On peut que laisser faire et trouver sa place dans ce monde quoi qu'en pense les autres, voilà tout. Finira-t-elle par le comprendre ?
« Vous n'êtes forcée à rien, reprend-t-il alors d'une voix basse, presque hésitante, car il sait qu'elle peut être bornée. Ne vous mariez pas si vous n'en avez pas envie. Vous êtes libre. »
Sa voix trébuche sur ce dernier mot, ses poings se serrent. Vous êtes libre de faire ce qui vous plait, de choisir votre vie ! Il le pense sincèrement, il a envie qu'elle le croit. Il a envie d'y croire, il a envie de rester libre. Je suis libre et je le resterai. Personne ne peut m'enlever ça. Personne. Mais ses poings serrés disent tout de la peur qui le tenaille depuis qu'il est tout petit : le suis-je réellement ?
Quand ces mots si abrupts sortent de sa bouche, Christopher ne peut rien faire d'autre que d'ouvrir la bouche et la refermer. Il comprend vaguement qu'elle vient d'insulter sa famille et qu'elle le met lui dans le même panier. Cela aurait été blessant si sa colère et son désespoir ne s'échappait pas d'elle par vagues brutales. Si elle n'avait pas évoqué le terme pouliche pour parler d'elle-même, si elle avait parlé comme à son habitude de ce ton hautain et cassant, si elle l'avait regardé avec le menton dressé et l’œil froid au lieu de lui présenter ce visage désespéré, si elle ne tirait pas ses cheveux comme elle le fait. Si ses yeux ne s'étaient pas fermés. Si son visage n'avait pas grimacé. S'il n'avait pas pris subitement conscience de ce qu'était Alice et de ce qu'elle était en train de vivre.
Parce que oui, elle est persuadée que se marier est une nécessité et qu'elle ne peut pas la refuser. Oui, c'est une fatalité pour elle, sinon elle ne réagirait pas ainsi, pas comme si elle était persuadée que son avenir venait d'être entièrement tracé dans ce salon, il y a moins de cinq minutes. Oui, elle doit se sentir le quelconque devoir de faire ce qu'on lui ordonne de faire. Oui, pour elle c'est une réalité qu'elle ne peut pas refuser. Une pouliche bonne à marier au premier venu, parce que Christopher est un choix qui a été présenté à sa famille sur un plateau d'argent, qui leur est tombé tout cru dans le bec, offert par lui-même. Par lui-même. Il en prend douloureusement conscience en la voyant telle qu'elle est. Gamine au visage émacié, trop pâle, ses longs cheveux tirés par ses doigts fins, les traits déchirés par une grimace qui refuse en bloc ce qui est en train d'arriver, ses fines paupières rosâtres cachant son regard argenté.
De la pitié qu'il a ressenti tout à l'heure à son égard ne reste plus rien. Ou peut-être a-t-elle tant grandit qu'elle se confond avec cette grande colère mêlée de tristesse qu'il ressent. La même qu'il a ressenti pour Anna quand elle a dû prendre un époux et qu'elle n'a pas su lutter. La même qu'il ressent quand il pense à tout ce système désuet auquel il participe malgré lui. La même qu'il a ressenti quand le mot mariage est sorti de la bouche de sa mère. D'Alice Sangblanc qui lui a toujours, ou presque, présenté un visage froid et distant, un regard tout aussi semblable, et des paroles sèches à la réplique toujours pertinente reste désormais cette chose paniquée face à laquelle Christopher ne sait pas quoi faire. Paniquée, dépassée. Il ne sait pas trop. Il sait juste que ce n'est pas normal ce qu'il voit, que ce n'est pas son comportement habituel, donc que c'est la preuve même qu'elle est loin d'avoir accepté cette réalité. Sinon, elle ne réagirait pas aussi violemment.
Un gémissement s'échappe d'elle. Christopher ne comprend d'abord pas qu'elle a parlé. Trop concentré sur l'horreur qu'il ressent en imaginant qu'Alice puisse se sentir tant emprisonnée par les préceptes et les attentes de sa famille que ne lui vient pas même à l'esprit qu'elle pourrait refuser purement et simplement sans que cela insulte qui que ce soit, excepté des anciennes règles qui ne devraient même plus exister. La compréhension de ses paroles ne vient qu'après.
Ses doigts tirent sur ses cheveux. Quelque chose renâcle brusquement à l'intérieur de Christopher. Il ne peut pas laisser faire. Il ne peut pas la regarder se faire du mal, il ne peut plus la regarder sans ne rien dire. Il ne peut plus la laisser croire que tout cela arrivera. Pas parce qu'elle est la femme avec laquelle sa mère veut le marier. Pas parce qu'elle est la sœur de son meilleur ami. Mais parce que personne ne devrait se sentir forcé de quoi que ce soit. Personne. Surtout pas lui-même. Alors les autres non plus.
Christopher fait un pas en avant et avant même qu'il puisse réfléchir à ce qu'il fait il attrape les poignets d'Alice.
« Arrêtez, souffle-t-il d'une voix rendue grave par les émotions mais le ton calme malgré la situation. Vous allez vous faire mal. »
Il la lâche presque aussitôt, comme s'il s'était brûlé. Il garde les mains en l'air, comme dans une tentative de l'apaiser. Il essaie d'attraper son regard, de plonger dans ses billes argentés. Son cœur frappe dans son torse, les battements résonnent dans ses oreilles. Il a envie de vomir. Il a envie de sortir de cette maison, de partir se blottir dans des bras amis. Il a envie de repartir dans le salon, de faire claquer les portes contre les murs et de hurler comme il l'aurait fait enfant : NON ! Mais on ne se roule pas par terre lorsque l'on est un homme de trente-trois ans.
« Je vous promets que ce mariage n'aura pas lieu, assène-t-il d'une voix assurée, le regard brillant de la détermination sauvage qui s'élève en lui comme un hurlement. Si vous ne pouvez pas refuser, moi je le ferai. »
Il déglutit péniblement et se passe la main dans les cheveux. Il prend vaguement conscience des mèches qui ne sont pas à leur place. Un problème pour plus tard. Son ventre ne veut pas se dénouer. Pour la première fois, il ne voit pas en Alice la petite emmerdeuse qu'il a rencontré à Tinworth ou la petite vipère à laquelle il s'est bêtement confronté à la soirée d'intégration, celle qui vient tous les samedis à Pitiponk pour le simple plaisir de le faire chier et de lui gâcher la journée. Non, il voit la sœur de Thomas, une enfant Sangblanc, héritière d'une famille aux mœurs désuets. Il sait très bien ce que cela signifie. Combien de fois a-t-il vu Thomas noyer le poids de ses devoirs dans le fond d'un verre d'alcool ? Une colère sourde vrombit en lui. Le genre de colère dont il n'a jamais su que faire. On ne peut rien contre cela. On ne peut rien contre les traditions des vieilles familles, ni même contre celles de la société. On peut que laisser faire et trouver sa place dans ce monde quoi qu'en pense les autres, voilà tout. Finira-t-elle par le comprendre ?
« Vous n'êtes forcée à rien, reprend-t-il alors d'une voix basse, presque hésitante, car il sait qu'elle peut être bornée. Ne vous mariez pas si vous n'en avez pas envie. Vous êtes libre. »
Sa voix trébuche sur ce dernier mot, ses poings se serrent. Vous êtes libre de faire ce qui vous plait, de choisir votre vie ! Il le pense sincèrement, il a envie qu'elle le croit. Il a envie d'y croire, il a envie de rester libre. Je suis libre et je le resterai. Personne ne peut m'enlever ça. Personne. Mais ses poings serrés disent tout de la peur qui le tenaille depuis qu'il est tout petit : le suis-je réellement ?
Lutin en cuir le plus stylé du Pitiponk
« Sa vie professionnelle est une fête qui s'arrête jamais » - LLOYD RIVER
« Sa vie professionnelle est une fête qui s'arrête jamais » - LLOYD RIVER
Le jeu des harpies
Je ne veux pas, je ne veux pas, je ne veux pas, je ne veux pas. Alice ne ressentait plus que ce refus lui tordant les entrailles. Son coeur battait frénétiquement dans sa poitrine. Son souffle s’accélérait. Pas maintenant, jamais, je ne veux pas, pitié, je ne veux pas, je ne veux pas, je ne veux pas. Sa gorge se nouait, étranglait le monstre acculé qui luttait pour exploser dans la violence la plus brut. Brûler tout ce qui se trouvait autour d’elle. Réduire en cendre la fatalité qu’elle avait tant et tant repoussé mais qui toujours revenait sous une forme ou une autre. Une prière aux Ancêtres, un reflet dans le miroir, une tante aux maximes héritées, un homme riant de ses traditions désuètes, un père impuissant face aux larmes de sa fille, un grand-père condamnant le libre-arbitre d’une enfant. Alice avait envie de hurler, hurler encore, hurler jusqu’à s’en déchirer les cordes vocales, jusqu’à cracher du sang à grosses goulées. Elle ne voulait pas. Elle ne voulait pas. Elle ne voulait pas d’un homme. Elle ne voulait pas sentir de regard sur elle. Elle ne voulait pas qu’on estime sa valeur à la taille de ses hanches. Elle ne voulait pas être celle qu’elle était. C’était trop dur. Beaucoup trop dur. Elle voulait être ailleurs, être quelqu’un d’autre, une fille de rien possédant tout ce qu’elle chérissait : la liberté. La même qu’elle avait toujours pensé mérité. Celle de choisir. Celle de courir dans les champs de lavande. Celle de rire. Celle de choisir, Circée. Seulement choisir. Choisir. Le plus grand affront qui puisse être fait à ses glorieux Ancêtres.
Alice sentit les mains de Christopher saisir ses poignets pour empêcher ses doigts de … faire elle ne savait plus quoi. Eux, pouvaient, de toute évidence, choisir.
Elle ouvrit grand les yeux, à bout de souffle. L’instant d’après, Christopher l’avait relâché. Se faire mal ? C’était lui qui lui faisait du mal ! Lui qui l’avait jetée là où elle en était aujourd’hui ! Si il n’avait pas décidé qu’elle méritait d’être humiliée et bafouée, elle ne serait pas ici ! Personne ne lui aurait parlé de mariage ! Tout était de sa faute à lui, lui qui avait abandonné sa famille, lui qui n’avait que faire des fardeaux ! Lui qui lui jetait le sien en plein visage car incapable de le porter ! De quel droit osait-il lui donner des ordres ? Se faire mal ? Les blessures physiques étaient le cadet de ses soucis. Elles étaient négligeables. Elles disparaîtraient. Pas les autres.
Alice le fixait, les lèvres entrouvertes, le coeur battant. Elle crevait d’envie de le repousser, d’attraper son visage et lui exploser le crâne contre le mur. Encore. Encore. Encore. Le faire disparaître à tout jamais. Plus de fiancé ? Plus de mariage. Alice préférait pourrir en prison, libre de ses choix, plutôt que condamnée à servir de faire valoir à un homme et sa détestable famille !
Ses bras retombèrent le long de son corps. Ses doigts se recroquevillèrent comme des pattes d’araignées sur sa robe. Elle la serra, serra encore. Il fallait qu’elle tienne quelque chose, n’importe quoi, mais surtout pas la gorge de Christopher, ni sa baguette, ni sa tête, ni son ventre, rien, rien de vivant.
Christopher la poignarda encore une fois avec des mots. Pas des insultes, pas des moqueries.
Mais des mensonges auxquels ils croyaient.
Alice sentit ses doigts libérés sa robe. La voix de Christopher ébranla son coeur agité. La colère qui avait embrasé tout son être se mua en glace. Il y croyait, Circée. Il croyait sincèrement pouvoir y échapper. Il croyait sincèrement pouvoir leur épargner cet avenir. Il croyait détenir une force qu’elle n’avait pas.
Des années plus tôt, une promesse du même acabit lui avait été faite, dans une plaine, deux hippogriffes pour seuls témoins. Ce fut juste après avoir affronté la plus prolifique et détestable marieuse de France. Le hasard avait voulu que celui qui lui avait fait cette promesse soit le précieux ami de Christopher.
« Je ne laisserai personne te marier sans que tu ne l’ai accepté. Tu as ma parole. »
Des mots sincères. Solennels.
Une promesse qu’il n’était pas là pour tenir, aujourd’hui.
Des mensonges.
Qui étaient-ils pour s’opposer aux sacrifices des Ancêtres ? N’entendaient-ils par leur sang punir chaque mauvaise décision ? Pourquoi eux ne l’entendraient-ils pas ? Pourquoi…
Pourquoi fallait-il qu’on lui mente comme si elle était encore une enfant ?
Alice laissa Christopher lui cracher sa candeur au plein visage. Libre ? Le mot la brûla aussi sûrement que le feu. Libre ? Elle n’était pas libre, pas plus qu’elle n’était idiote.
Et lui ne l’était pas non plus.
Il était là, devant elle. Il avait répondu à l’invitation de sa mère. Il s’était assis dans ce salon. Il avait écouté. Il avait accepté la vérité : sa mère avait le pouvoir de tirer sur la laisse de ce collier qu’il portait sans vouloir le voir.
Le regard d’Alice quitta Christopher pour tourner vers la porte du salon. Tante Alise l’avait trahie pour la dernière fois. Lilian Hangoover ? Elle se mordrait les doigts d’avoir vu en Alice une opportunité à saisir.
« Personne ici n’est libre », répondit-elle avec aigreur. Ses yeux revinrent sur Christopher. « Et certainement pas vous. » Elle le désigna nonchalamment de ses deux mains tremblantes. Un vilain rire franchit ses lèvres pâles. « Vous vous mentez. Et vous me mentez. Ce mariage ? Repoussez le, il surviendra pourtant. Votre mère ne trouvera pas meilleure pouliche que moi. Mais mentez vous, je vous en prie, si cela peut vous aider à supporter la vérité ! Mais les mensonges, Christopher, aussi convaincants soient-ils, restent des mensonges. » Elle se recula furieusement. Ses doigts revinrent se nicher dans ses boucles blanches. Son regard, lui, restait désespérément planté sur Christopher.
Comment pouvait-il penser être en mesure de s’opposer à la fatalité ? Maudit lâche. Incapable d’accepter le fardeau familial. Que croyait-il ? Que l’empire Hangoover reposait sur des fleurs et des papillons ? Les empires prennent vie sur les cendres des Ancêtres. Ils se bâtissent avec les restes de rêves et d’espoirs des esprits libres. Ils grandissent dans l’honneur et le sacrifice. Ils prospèrent grâce aux traditions. Se marier. Engendrer. Donner sa progéniture aux plus offrants. Les marier. Les faire engendrer. Voir sa descendance porter l’héritage des premiers Ancêtres.
Les Hangoover avaient encore beaucoup à apprendre, surtout Christopher.
Les doigts d’Alice glissèrent le long de son visage. Elle baissa la tête, frotta ses tempes. Elle inspira avec difficulté. Il fallait retrouver contenance. Elle ne devait pas crier après Christopher. Elle ne devait pas se laisser aller à… tout cela. Alice n’en était pas à ses premières fiançailles, n’est-ce pas ?
Circée, ce constat lui noua le ventre.
Son regard reparti vers la porte du salon. Alice n’était pas pouliche. Elle était louve aux crocs acérés. Elle n’était pas pouliche, pas plus qu’elle n’était biche. Tante Elise avait oublié ce détail. Lilian Hangoover, elle, l’apprendrait dans très, très peu de temps.
Ses sourcils se froncèrent. Son menton se dressa. Toute l'air comprimée dans ses poumons s'extirpa de ses narines, comme un dragon prêt à cracher ses flammes.
Alice sentit les mains de Christopher saisir ses poignets pour empêcher ses doigts de … faire elle ne savait plus quoi. Eux, pouvaient, de toute évidence, choisir.
Elle ouvrit grand les yeux, à bout de souffle. L’instant d’après, Christopher l’avait relâché. Se faire mal ? C’était lui qui lui faisait du mal ! Lui qui l’avait jetée là où elle en était aujourd’hui ! Si il n’avait pas décidé qu’elle méritait d’être humiliée et bafouée, elle ne serait pas ici ! Personne ne lui aurait parlé de mariage ! Tout était de sa faute à lui, lui qui avait abandonné sa famille, lui qui n’avait que faire des fardeaux ! Lui qui lui jetait le sien en plein visage car incapable de le porter ! De quel droit osait-il lui donner des ordres ? Se faire mal ? Les blessures physiques étaient le cadet de ses soucis. Elles étaient négligeables. Elles disparaîtraient. Pas les autres.
Alice le fixait, les lèvres entrouvertes, le coeur battant. Elle crevait d’envie de le repousser, d’attraper son visage et lui exploser le crâne contre le mur. Encore. Encore. Encore. Le faire disparaître à tout jamais. Plus de fiancé ? Plus de mariage. Alice préférait pourrir en prison, libre de ses choix, plutôt que condamnée à servir de faire valoir à un homme et sa détestable famille !
Ses bras retombèrent le long de son corps. Ses doigts se recroquevillèrent comme des pattes d’araignées sur sa robe. Elle la serra, serra encore. Il fallait qu’elle tienne quelque chose, n’importe quoi, mais surtout pas la gorge de Christopher, ni sa baguette, ni sa tête, ni son ventre, rien, rien de vivant.
Christopher la poignarda encore une fois avec des mots. Pas des insultes, pas des moqueries.
Mais des mensonges auxquels ils croyaient.
Alice sentit ses doigts libérés sa robe. La voix de Christopher ébranla son coeur agité. La colère qui avait embrasé tout son être se mua en glace. Il y croyait, Circée. Il croyait sincèrement pouvoir y échapper. Il croyait sincèrement pouvoir leur épargner cet avenir. Il croyait détenir une force qu’elle n’avait pas.
Des années plus tôt, une promesse du même acabit lui avait été faite, dans une plaine, deux hippogriffes pour seuls témoins. Ce fut juste après avoir affronté la plus prolifique et détestable marieuse de France. Le hasard avait voulu que celui qui lui avait fait cette promesse soit le précieux ami de Christopher.
« Je ne laisserai personne te marier sans que tu ne l’ai accepté. Tu as ma parole. »
Des mots sincères. Solennels.
Une promesse qu’il n’était pas là pour tenir, aujourd’hui.
Des mensonges.
Qui étaient-ils pour s’opposer aux sacrifices des Ancêtres ? N’entendaient-ils par leur sang punir chaque mauvaise décision ? Pourquoi eux ne l’entendraient-ils pas ? Pourquoi…
Pourquoi fallait-il qu’on lui mente comme si elle était encore une enfant ?
Alice laissa Christopher lui cracher sa candeur au plein visage. Libre ? Le mot la brûla aussi sûrement que le feu. Libre ? Elle n’était pas libre, pas plus qu’elle n’était idiote.
Et lui ne l’était pas non plus.
Il était là, devant elle. Il avait répondu à l’invitation de sa mère. Il s’était assis dans ce salon. Il avait écouté. Il avait accepté la vérité : sa mère avait le pouvoir de tirer sur la laisse de ce collier qu’il portait sans vouloir le voir.
Le regard d’Alice quitta Christopher pour tourner vers la porte du salon. Tante Alise l’avait trahie pour la dernière fois. Lilian Hangoover ? Elle se mordrait les doigts d’avoir vu en Alice une opportunité à saisir.
« Personne ici n’est libre », répondit-elle avec aigreur. Ses yeux revinrent sur Christopher. « Et certainement pas vous. » Elle le désigna nonchalamment de ses deux mains tremblantes. Un vilain rire franchit ses lèvres pâles. « Vous vous mentez. Et vous me mentez. Ce mariage ? Repoussez le, il surviendra pourtant. Votre mère ne trouvera pas meilleure pouliche que moi. Mais mentez vous, je vous en prie, si cela peut vous aider à supporter la vérité ! Mais les mensonges, Christopher, aussi convaincants soient-ils, restent des mensonges. » Elle se recula furieusement. Ses doigts revinrent se nicher dans ses boucles blanches. Son regard, lui, restait désespérément planté sur Christopher.
Comment pouvait-il penser être en mesure de s’opposer à la fatalité ? Maudit lâche. Incapable d’accepter le fardeau familial. Que croyait-il ? Que l’empire Hangoover reposait sur des fleurs et des papillons ? Les empires prennent vie sur les cendres des Ancêtres. Ils se bâtissent avec les restes de rêves et d’espoirs des esprits libres. Ils grandissent dans l’honneur et le sacrifice. Ils prospèrent grâce aux traditions. Se marier. Engendrer. Donner sa progéniture aux plus offrants. Les marier. Les faire engendrer. Voir sa descendance porter l’héritage des premiers Ancêtres.
Les Hangoover avaient encore beaucoup à apprendre, surtout Christopher.
Les doigts d’Alice glissèrent le long de son visage. Elle baissa la tête, frotta ses tempes. Elle inspira avec difficulté. Il fallait retrouver contenance. Elle ne devait pas crier après Christopher. Elle ne devait pas se laisser aller à… tout cela. Alice n’en était pas à ses premières fiançailles, n’est-ce pas ?
Circée, ce constat lui noua le ventre.
Son regard reparti vers la porte du salon. Alice n’était pas pouliche. Elle était louve aux crocs acérés. Elle n’était pas pouliche, pas plus qu’elle n’était biche. Tante Elise avait oublié ce détail. Lilian Hangoover, elle, l’apprendrait dans très, très peu de temps.
Ses sourcils se froncèrent. Son menton se dressa. Toute l'air comprimée dans ses poumons s'extirpa de ses narines, comme un dragon prêt à cracher ses flammes.
Avatar dessiné par ma merveilleuse Élicia Caldin
Spécialiste en Lutin de cuir | Diplômée de Beauxbâtons | 1ère année GEAD | Caméléon de 2050 & Romantique de 2050
Spécialiste en Lutin de cuir | Diplômée de Beauxbâtons | 1ère année GEAD | Caméléon de 2050 & Romantique de 2050
Le jeu des harpies
Son menton se dresse de nouveau. Christopher, abandonné par son regard, l'observe se reconstruire son armure rutilante. Car ce n'est que cela, n'est-ce pas ? Après le discours qu'elle vient de tenir, ça ne peut être que cela : une armure derrière laquelle se cacher pour affronter tout ce qu'elle croit avoir le devoir de subir. Il ne sait pas ce qu'il se passe dans son esprit mais il s'imagine qu'elle est prête à accepter, pour de vaines raisons auxquelles elle croit si fort qu'elle est incapable de voir qu'elle est aussi libre que lui — s'il ne lui manquait pas le courage de se saisir de cette liberté. Exactement comme Anna il y a des années. Sauf que cette fois-ci, lui aussi est concerné. Et lui, il ne s'est jamais laissé faire.
Les paroles qu'Alice lui a lancées ont figé le visage de Christopher en un masque de colère. Une houle est remontée le long de sa gorge. Son souffle trébuche, ses épaules se soulèvent. Aussi rapidement qu'Alice a repris le contrôle de ses bras et abandonné la torture qu'elle faisait subir à son crâne, aussi rapidement qu'elle s'est remise à dresser le menton, l'empathie que Christopher ressentait à son égard s'est voilé d'un agacement acéré. Personne ne peut lui dire qu'il n'est pas libre et surtout pas elle, pas elle à laquelle jamais il ne sera lié ! Et pourquoi ? Parce qu'il le refuse, il dit non, il prend le contrôle de sa propre vie, il le fait depuis des années, il est libre, personne ne l'empêchera d'être libre, personne ne dira le contraire.
Alice a détourné le regard vers les portes, comme si elle était prête à repartir là-bas et à dire oui à tout ce que voudra lui imposer Elise Sangblanc et sa mère. Ce menton dressé, qu'il espérait tant retrouver quand il rêvait qu'elle affirme « Ce mariage n'aura jamais lieu, quelle blague immense ! » le révolte. Pourquoi ne réagit-elle jamais comme il le désire ? Pourquoi fait-elle toujours l'exact contraire de ce qu'il attend d'elle ? La colère lui serre les mâchoires, il déteste ça, mais il n'est pas homme à retenir ce qui meurt d'envie de sortie de sa bouche.
En un pas, il traverse le couloir pour se dresser entre Alice et les portes du salon. Il se tient devant elle, à peine plus grande qu'elle, le regard brûlant, la mine revêche.
« Je ne mens pas ! assène-t-il entre ses dents serrés. Ni à moi, ni à vous ! »
Et dire qu'il y a un instant il se sentait des envies de la défendre bec et ongle contre l'injustice qu'elle subit. Maintenant, elle ne fait qu'attiser l'agacement qu'il ressent toujours à son égard dès qu'elle ouvre la bouche. Avec elle, c'est toujours l'un ou l'autre. Jamais de juste milieu. Il aurait seulement suffit qu'elle l'écoute ! Qu'elle écoute ce qu'il avait à lui dire ! Mais elle n'écoute jamais rien, trop bornée qu'elle est !, et incapable de voir au-delà de ce qu'on lui a foutu dans le crâne quand elle n'était encore qu'une petite fille.
« Vous croyez que vous êtes la première avec laquelle ma mère veut me marier ? » s'écrit-il tout à coup.
Un rire sans joie traverse ses lèvre, il lève les mains comme pour prendre le ciel à témoin.
« Il y en a eu d'autres avant vous, même si jamais elle m'avait fait le coup de... » Il agite la main. Le coup de faire venir la tante de la désignée. Le coup de choisir une gamine. Le coup d'utiliser des rumeurs qu'il avait lui-même lancé sans le vouloir. « J'ai déjà refusé ! affirme-t-il en plongeant dans son regard pour appuyer ses propos. Et je refuserai encore ! Parce que personne ne décidera pour moi avec qui je terminerai ma vie. »
Sa voix déraille, les trémolos la tordent ; il n'en a que peu faire. D'un doigt brandit vers Alice, il donne du poids à ses propos.
« Personne ne me forcera à me marier, personne ! Ni ma mère, ni vous avec vos traditions désuets. C'est vous qui vous vous mentez, c'est vous qui... »
Christopher recule subitement et prends une inspiration sifflante. Ses deux mains volent jusqu'à sa tête et glissent sur son crâne. Dans un sens, puis dans l'autre. Ses doigts appuient sur ses joues comme pour contenir cette colère qu'il déteste ressentir. D'ailleurs, la voilà déjà qui redescend, il prend du recul, respire, se calme. Ses émotions se dégonflent. Il expire longuement. Et se rappelle soudainement d'une chose qu'à dit Alice.
« Putain et arrêtez d'utiliser le terme pouliche, souffle-t-il, le ton cassant, avec un geste d'agacement. Vous avez une bien meilleure vision de vous que ça, je le sais. » Il l'affirme, légèrement moqueur. « À force d'utiliser pour vous les termes que vous entendez vous désigner, vous allez finir par vous convaincre vous-même. C'est ça que vous voulez ? Par Morgane, mais... ! »
Un rire ahuri glisse entre ses lèvres et les étire en un sourire qui ne se reflète pas dans ses yeux. Tout ce qui est en train de se passer est d'une incohérence folle et qu'est-ce qu'il fait ? Il se dispute avec elle ? Ils se disputent ? Alors qu'ils devraient être en train de fomenter pour préparer la meilleure réponse à donner aux deux vieilles, une réponse sarcastique, moqueuse et insultante camouflée sous une réplique polie ? Mais que sont-ils en train de faire ? Pourquoi tout doit être si dramatiquement sérieux avec Alice ? Alors que tout cela, ce n'est que du vent, un jeu de pouvoir, voilà tout ! Il faut continuer de jouer et créer ses propres règles !
« Arrêtez de faire ça ! » gémit-il tout à coup, d'une voix qui déraille. Il s'avance d'un pas vers elle, les mains levées comme pour la supplier — plus tard il se souviendra de ce moment et ressentira de la gêne. « Vous et moi, mariés ? » Un éclat de rire abasourdi. « Alice. Ça n'arrivera jamais. Écoutez-moi ! Je vais refuser. Vous ne m'en croyez pas capable ? Je vais refuser. Quoi que vous pensiez. Je vais le faire. Je vais lui dire non. »
Il se retourne subitement vers les deux portes menant au salon, dans son dos. Il élève la voix comme s'il voulait s'adresser à quelqu'un se trouvant au second étage.
« Je vais dire non ! » crie-t-il.
Sa voix s'élève dans le couloir, résonne dans les hauteurs de la cage d'escaliers au-dessus deux. Christopher ramène un regard rebelle sur Alice. Comme pour dire : et maintenant, vous ne m'en pensez plus capable ?
Les paroles qu'Alice lui a lancées ont figé le visage de Christopher en un masque de colère. Une houle est remontée le long de sa gorge. Son souffle trébuche, ses épaules se soulèvent. Aussi rapidement qu'Alice a repris le contrôle de ses bras et abandonné la torture qu'elle faisait subir à son crâne, aussi rapidement qu'elle s'est remise à dresser le menton, l'empathie que Christopher ressentait à son égard s'est voilé d'un agacement acéré. Personne ne peut lui dire qu'il n'est pas libre et surtout pas elle, pas elle à laquelle jamais il ne sera lié ! Et pourquoi ? Parce qu'il le refuse, il dit non, il prend le contrôle de sa propre vie, il le fait depuis des années, il est libre, personne ne l'empêchera d'être libre, personne ne dira le contraire.
Alice a détourné le regard vers les portes, comme si elle était prête à repartir là-bas et à dire oui à tout ce que voudra lui imposer Elise Sangblanc et sa mère. Ce menton dressé, qu'il espérait tant retrouver quand il rêvait qu'elle affirme « Ce mariage n'aura jamais lieu, quelle blague immense ! » le révolte. Pourquoi ne réagit-elle jamais comme il le désire ? Pourquoi fait-elle toujours l'exact contraire de ce qu'il attend d'elle ? La colère lui serre les mâchoires, il déteste ça, mais il n'est pas homme à retenir ce qui meurt d'envie de sortie de sa bouche.
En un pas, il traverse le couloir pour se dresser entre Alice et les portes du salon. Il se tient devant elle, à peine plus grande qu'elle, le regard brûlant, la mine revêche.
« Je ne mens pas ! assène-t-il entre ses dents serrés. Ni à moi, ni à vous ! »
Et dire qu'il y a un instant il se sentait des envies de la défendre bec et ongle contre l'injustice qu'elle subit. Maintenant, elle ne fait qu'attiser l'agacement qu'il ressent toujours à son égard dès qu'elle ouvre la bouche. Avec elle, c'est toujours l'un ou l'autre. Jamais de juste milieu. Il aurait seulement suffit qu'elle l'écoute ! Qu'elle écoute ce qu'il avait à lui dire ! Mais elle n'écoute jamais rien, trop bornée qu'elle est !, et incapable de voir au-delà de ce qu'on lui a foutu dans le crâne quand elle n'était encore qu'une petite fille.
« Vous croyez que vous êtes la première avec laquelle ma mère veut me marier ? » s'écrit-il tout à coup.
Un rire sans joie traverse ses lèvre, il lève les mains comme pour prendre le ciel à témoin.
« Il y en a eu d'autres avant vous, même si jamais elle m'avait fait le coup de... » Il agite la main. Le coup de faire venir la tante de la désignée. Le coup de choisir une gamine. Le coup d'utiliser des rumeurs qu'il avait lui-même lancé sans le vouloir. « J'ai déjà refusé ! affirme-t-il en plongeant dans son regard pour appuyer ses propos. Et je refuserai encore ! Parce que personne ne décidera pour moi avec qui je terminerai ma vie. »
Sa voix déraille, les trémolos la tordent ; il n'en a que peu faire. D'un doigt brandit vers Alice, il donne du poids à ses propos.
« Personne ne me forcera à me marier, personne ! Ni ma mère, ni vous avec vos traditions désuets. C'est vous qui vous vous mentez, c'est vous qui... »
Christopher recule subitement et prends une inspiration sifflante. Ses deux mains volent jusqu'à sa tête et glissent sur son crâne. Dans un sens, puis dans l'autre. Ses doigts appuient sur ses joues comme pour contenir cette colère qu'il déteste ressentir. D'ailleurs, la voilà déjà qui redescend, il prend du recul, respire, se calme. Ses émotions se dégonflent. Il expire longuement. Et se rappelle soudainement d'une chose qu'à dit Alice.
« Putain et arrêtez d'utiliser le terme pouliche, souffle-t-il, le ton cassant, avec un geste d'agacement. Vous avez une bien meilleure vision de vous que ça, je le sais. » Il l'affirme, légèrement moqueur. « À force d'utiliser pour vous les termes que vous entendez vous désigner, vous allez finir par vous convaincre vous-même. C'est ça que vous voulez ? Par Morgane, mais... ! »
Un rire ahuri glisse entre ses lèvres et les étire en un sourire qui ne se reflète pas dans ses yeux. Tout ce qui est en train de se passer est d'une incohérence folle et qu'est-ce qu'il fait ? Il se dispute avec elle ? Ils se disputent ? Alors qu'ils devraient être en train de fomenter pour préparer la meilleure réponse à donner aux deux vieilles, une réponse sarcastique, moqueuse et insultante camouflée sous une réplique polie ? Mais que sont-ils en train de faire ? Pourquoi tout doit être si dramatiquement sérieux avec Alice ? Alors que tout cela, ce n'est que du vent, un jeu de pouvoir, voilà tout ! Il faut continuer de jouer et créer ses propres règles !
« Arrêtez de faire ça ! » gémit-il tout à coup, d'une voix qui déraille. Il s'avance d'un pas vers elle, les mains levées comme pour la supplier — plus tard il se souviendra de ce moment et ressentira de la gêne. « Vous et moi, mariés ? » Un éclat de rire abasourdi. « Alice. Ça n'arrivera jamais. Écoutez-moi ! Je vais refuser. Vous ne m'en croyez pas capable ? Je vais refuser. Quoi que vous pensiez. Je vais le faire. Je vais lui dire non. »
Il se retourne subitement vers les deux portes menant au salon, dans son dos. Il élève la voix comme s'il voulait s'adresser à quelqu'un se trouvant au second étage.
« Je vais dire non ! » crie-t-il.
Sa voix s'élève dans le couloir, résonne dans les hauteurs de la cage d'escaliers au-dessus deux. Christopher ramène un regard rebelle sur Alice. Comme pour dire : et maintenant, vous ne m'en pensez plus capable ?
Lutin en cuir le plus stylé du Pitiponk
« Sa vie professionnelle est une fête qui s'arrête jamais » - LLOYD RIVER
« Sa vie professionnelle est une fête qui s'arrête jamais » - LLOYD RIVER
Le jeu des harpies
Christopher se mit en mouvement et, bien vite, ce ne fut plus les portes qu’Alice fixait comme deux démons, mais son visage agacé. Il disait ne pas mentir ? Bien. Alors il avouait être un abruti doublé d’un naïf.
Pourquoi refusait-il de comprendre qu’il ne pourrait pas éternellement s’imaginer libre ? Pourquoi devait-elle être la plus mature d’entre eux ? Que gagnait-il à se battre contre des forces qui le dépassait ? Il n’était pas Lilian Hangoover et ses serres. Il n’était pas tante Elise et son incapacité à ressentir. Il n’était qu’un petit garçon sous le joug de sa mère. Un pion sur un échiquier dont il ne voulait pas voir les cases. Il n’était rien d’autre que ce que ses parents avaient décidés qu’il serait : une rampe pour accéder à plus de pouvoir. Ainsi était le destin des fils et filles bien nés. Ainsi était le triste sort des enfants de ce Monde auquel ils appartenaient.
Alice le laissa crier, s’agacer, rire, s’agiter. Elle écoutait. Croyait-elle qu’elle était la première proie de Lilian Hangoover ? Non. Mais elle était la plus prestigieuse, la plus inaccessible des biches. Elle était ce que Lilian Hangoover n’aurait jamais pu espérer obtenir. Alice était la pureté du sang personnifiée. Par ce mariage, Lilian profiterait des liens dans de nombreux pays d’Europe. Elle pourrait aisément étendre son empire. Par ce mariage, Grands Ancêtres, la réputation de sa famille n’aurait jamais autant relui, quand bien même Alice était fille de Dorian Sangblanc, paria du Conseil des Sorciers.
Christopher croyait-il sincèrement pouvoir refuser une telle opportunité ? Pauvre abruti. Qu’il crie, qu’il s’agace, qu’il rit, qu’il s’agite, cela ne changerait rien. La seule en mesure de mettre un terme à cette condamnation se tenait devant lui.
La voix de Christopher déraillait. Elle ébranla Alice qui sentit son coeur se serrer dans sa poitrine. Non, pas de larme, Christopher. Pas cela. Il lui fallait demeurer fort, exulter de rage encore un peu. Alice tenait encore debout parce qu’il lui affirmait ne pas être un homme prompte à épouser une jeune fille. Il devait reste fort, rester digne, rester solide. Circée, qu’il tienne ! Si lui même succombait face à cette situation, alors ces mots n’auraient aucun sens.
Christopher ne s’effondra pas. Non.
Oh, cela non.
Il osa l’insulter elle et son héritage. Alice sentit la colère pulser dans ses ongles. Non. Non, ses traditions n’étaient pas désuètes ! Elles étaient un rempart face à la décadence ! Elles étaient ce qui permettaient aujourd’hui aux monstres du Conseil d’asseoir leur maudite autorité sur le peuple ! Elles permettaient à des gens comme sa mère et comme lui d’avoir l’audace de se tenir dans la même pièce que tante Elise et Alice ! Comment osait-il tenir de tels propos, face à elle ? Alice et les siens étaient là depuis des générations et des générations ! Ils avaient vu des empires se faire et se défaire, et jamais ils n’avaient ployés genoux ! Jamais ! Sans elle, sans les siens, sans les vieilles familles, il n’y aurait plus de sorciers, plus rien ! Les Sans-Pouvoir auraient dévorés les sorciers ! Ils…
Les discours, les maximes, les dictons, les prières, les commandements, tous se mélangeaient dans les songes d’Alice. Elle en avait le tournis. Elle ne savait plus ce qui était réfléchis ou appris. Ne demeurait qu’une bouillie informe de certitudes que ses expériences s’employaient depuis des années à faire voler en éclat.
Elle ne savait plus. Elle avait mal à la tête. Elle avait la nausée. Et Christopher ne cessait ses offensives. Il taillait vite et bien. Il ne voulait pas du mot pouliche mais continuait à s’adresser à elle avec agacement. Une gamine. Voilà ce qu’elle était à ses yeux. Pas une pouliche, non, mais une enfant que l’on doit reprendre. Son paternalisme soudain lui arracha un grognement sourd. Ses sourcils se froncèrent. Son rire, puis son sourire, deux mensonges qu’il ne tenait point, corrigèrent la posture défensive d’Alice. Cela faisait mal, Circée. Cela faisait vraiment mal. Alice était épuisée de passer d’une émotion à une autre. Elle se sentait traverser par des centaines de fantômes indécis. Elle avait envie de s’asseoir quelque part, de se recroqueviller contre ses jambes et dormir d’un sommeil sans rêve, aidée par tout ce qu’elle possédait encore. Philtre Calmant, somnifère, qu’importe, Alice prendrait tout pour se reposer, pour cesser de penser, pour cesser de vivre pendant quelques heures. Elle voulait que tout s’arrête, juste un peu, juste le temps d’une pause. Qu’elle puisse réfléchir pour de vrai, sans être secouée par les émotions qu’elle ne maitrisait plus. Elle voulait seulement… que tout s’arrête.
Que Christopher cesse de combler les silences pour tenter de soulager Alice. Car c’était ce qu’il cherchait à faire, n’est-ce pas ? Il le faisait mal, mais il essayait. Il riait, là où Alice hurlerait. Il gémissait, là où elle grognerait. Il essayait.
Le haussement de voix de Christopher la fit sursauter. Elle se dressa, les yeux écarquillés. Ce dos qu’il lui présentait, comme pour affronter les portes comme elle tantôt, n’avait point d’impact. Mais ce cri ?
Alice avala la distance qui les séparait et attrapa vivement son épaule. Avec une force qu’elle ne se pensait plus avoir après des semaines de privation, elle repoussa l’homme vers le mur à côté d’eux. Les doigts serraient, ou bien tremblaient, Alice ne savait plus. Son regard passait d’un œil à un autre, brûlant de rage contenue.
Ses lèvres s’entrouvrirent pour cracher sa colère, cracher, cracher encore !
Mais rien ne vint.
Rien qu’un souffle coupé de l’intérieur.
Ses dents claquèrent dans le vide. Sa tête retomba. Elle déglutit.
« Quand bien même vous exprimiez votre refus, cela recommencera », murmura Alice. « Jusqu’à aujourd’hui, vous avez eu la chance de pouvoir dire “non”. Mais aujourd’hui… votre mère ne laissera pas passer cette occasion. Et moi ? Circée… », elle déglutit, et cracha ces mots, à peine formés, à peine articulés, tout juste assumés : « Je ne veux pas tomber sur un homme au regard concupiscent. Je ne le supporterai pas. »
Alice détourna la tête vers le fond du couloir, une main venant s'écraser sur ses lèvres tremblantes. Pas de peine, étonnement, mais d'une rage sourde qui faisait trembler ses doigts.
Pourquoi refusait-il de comprendre qu’il ne pourrait pas éternellement s’imaginer libre ? Pourquoi devait-elle être la plus mature d’entre eux ? Que gagnait-il à se battre contre des forces qui le dépassait ? Il n’était pas Lilian Hangoover et ses serres. Il n’était pas tante Elise et son incapacité à ressentir. Il n’était qu’un petit garçon sous le joug de sa mère. Un pion sur un échiquier dont il ne voulait pas voir les cases. Il n’était rien d’autre que ce que ses parents avaient décidés qu’il serait : une rampe pour accéder à plus de pouvoir. Ainsi était le destin des fils et filles bien nés. Ainsi était le triste sort des enfants de ce Monde auquel ils appartenaient.
Alice le laissa crier, s’agacer, rire, s’agiter. Elle écoutait. Croyait-elle qu’elle était la première proie de Lilian Hangoover ? Non. Mais elle était la plus prestigieuse, la plus inaccessible des biches. Elle était ce que Lilian Hangoover n’aurait jamais pu espérer obtenir. Alice était la pureté du sang personnifiée. Par ce mariage, Lilian profiterait des liens dans de nombreux pays d’Europe. Elle pourrait aisément étendre son empire. Par ce mariage, Grands Ancêtres, la réputation de sa famille n’aurait jamais autant relui, quand bien même Alice était fille de Dorian Sangblanc, paria du Conseil des Sorciers.
Christopher croyait-il sincèrement pouvoir refuser une telle opportunité ? Pauvre abruti. Qu’il crie, qu’il s’agace, qu’il rit, qu’il s’agite, cela ne changerait rien. La seule en mesure de mettre un terme à cette condamnation se tenait devant lui.
La voix de Christopher déraillait. Elle ébranla Alice qui sentit son coeur se serrer dans sa poitrine. Non, pas de larme, Christopher. Pas cela. Il lui fallait demeurer fort, exulter de rage encore un peu. Alice tenait encore debout parce qu’il lui affirmait ne pas être un homme prompte à épouser une jeune fille. Il devait reste fort, rester digne, rester solide. Circée, qu’il tienne ! Si lui même succombait face à cette situation, alors ces mots n’auraient aucun sens.
Christopher ne s’effondra pas. Non.
Oh, cela non.
Il osa l’insulter elle et son héritage. Alice sentit la colère pulser dans ses ongles. Non. Non, ses traditions n’étaient pas désuètes ! Elles étaient un rempart face à la décadence ! Elles étaient ce qui permettaient aujourd’hui aux monstres du Conseil d’asseoir leur maudite autorité sur le peuple ! Elles permettaient à des gens comme sa mère et comme lui d’avoir l’audace de se tenir dans la même pièce que tante Elise et Alice ! Comment osait-il tenir de tels propos, face à elle ? Alice et les siens étaient là depuis des générations et des générations ! Ils avaient vu des empires se faire et se défaire, et jamais ils n’avaient ployés genoux ! Jamais ! Sans elle, sans les siens, sans les vieilles familles, il n’y aurait plus de sorciers, plus rien ! Les Sans-Pouvoir auraient dévorés les sorciers ! Ils…
Les discours, les maximes, les dictons, les prières, les commandements, tous se mélangeaient dans les songes d’Alice. Elle en avait le tournis. Elle ne savait plus ce qui était réfléchis ou appris. Ne demeurait qu’une bouillie informe de certitudes que ses expériences s’employaient depuis des années à faire voler en éclat.
Elle ne savait plus. Elle avait mal à la tête. Elle avait la nausée. Et Christopher ne cessait ses offensives. Il taillait vite et bien. Il ne voulait pas du mot pouliche mais continuait à s’adresser à elle avec agacement. Une gamine. Voilà ce qu’elle était à ses yeux. Pas une pouliche, non, mais une enfant que l’on doit reprendre. Son paternalisme soudain lui arracha un grognement sourd. Ses sourcils se froncèrent. Son rire, puis son sourire, deux mensonges qu’il ne tenait point, corrigèrent la posture défensive d’Alice. Cela faisait mal, Circée. Cela faisait vraiment mal. Alice était épuisée de passer d’une émotion à une autre. Elle se sentait traverser par des centaines de fantômes indécis. Elle avait envie de s’asseoir quelque part, de se recroqueviller contre ses jambes et dormir d’un sommeil sans rêve, aidée par tout ce qu’elle possédait encore. Philtre Calmant, somnifère, qu’importe, Alice prendrait tout pour se reposer, pour cesser de penser, pour cesser de vivre pendant quelques heures. Elle voulait que tout s’arrête, juste un peu, juste le temps d’une pause. Qu’elle puisse réfléchir pour de vrai, sans être secouée par les émotions qu’elle ne maitrisait plus. Elle voulait seulement… que tout s’arrête.
Que Christopher cesse de combler les silences pour tenter de soulager Alice. Car c’était ce qu’il cherchait à faire, n’est-ce pas ? Il le faisait mal, mais il essayait. Il riait, là où Alice hurlerait. Il gémissait, là où elle grognerait. Il essayait.
Le haussement de voix de Christopher la fit sursauter. Elle se dressa, les yeux écarquillés. Ce dos qu’il lui présentait, comme pour affronter les portes comme elle tantôt, n’avait point d’impact. Mais ce cri ?
Alice avala la distance qui les séparait et attrapa vivement son épaule. Avec une force qu’elle ne se pensait plus avoir après des semaines de privation, elle repoussa l’homme vers le mur à côté d’eux. Les doigts serraient, ou bien tremblaient, Alice ne savait plus. Son regard passait d’un œil à un autre, brûlant de rage contenue.
Ses lèvres s’entrouvrirent pour cracher sa colère, cracher, cracher encore !
Mais rien ne vint.
Rien qu’un souffle coupé de l’intérieur.
Ses dents claquèrent dans le vide. Sa tête retomba. Elle déglutit.
« Quand bien même vous exprimiez votre refus, cela recommencera », murmura Alice. « Jusqu’à aujourd’hui, vous avez eu la chance de pouvoir dire “non”. Mais aujourd’hui… votre mère ne laissera pas passer cette occasion. Et moi ? Circée… », elle déglutit, et cracha ces mots, à peine formés, à peine articulés, tout juste assumés : « Je ne veux pas tomber sur un homme au regard concupiscent. Je ne le supporterai pas. »
Alice détourna la tête vers le fond du couloir, une main venant s'écraser sur ses lèvres tremblantes. Pas de peine, étonnement, mais d'une rage sourde qui faisait trembler ses doigts.
Avatar dessiné par ma merveilleuse Élicia Caldin
Spécialiste en Lutin de cuir | Diplômée de Beauxbâtons | 1ère année GEAD | Caméléon de 2050 & Romantique de 2050
Spécialiste en Lutin de cuir | Diplômée de Beauxbâtons | 1ère année GEAD | Caméléon de 2050 & Romantique de 2050
Le jeu des harpies
Le cœur battant, le regard fier, le souffle court. Christopher se sent pousser des ailes qu'il craignait ne plus sentir battre dans son dos. Son sang rugit dans ses veines. C'est le chant de la liberté qui entame son refrain. Ses doigts se serrent et se desserrent en poings. Il gonfle de nouveau ses poumons. Il va le hurler, cette fois-ci. Le hurler à travers la maison pour que ça résonne dans le salon. Je ne le ferai pas ! hurlera-t-il. Et elle non plus ! Toutes ces conneries vont voler en éclats ! Il se voit déjà, triomphant aux côté d'une Alice horrifiée — évidemment qu'elle le sera — lorsque mère passera les portes du salon, le visage tordu dans une grimace mécontente. Il se voit déjà attraper la jeune femme par la main et la forcer à quitter la maison en courant derrière lui. Il la lâchera au bout d'un moment. « Vous êtes libre ! » lui dira-t-il. Parce qu'ils sont libres, putain, libres de leur choix, libres de décider de la direction que prendra leur vie, libre de décider s'ils veulent se marier ou non, libre de choisir le ou la partenaire avec qui ils veulent se lier, si il ou elle existe. Ils sont libres et Christopher le criera sur tous les toits, il portera cette certitude comme un étendard, il s'en drapera et forcera Alice à s'en draper également. Rien ni personne ne peut se mettre sur leur chemin.
Des doigts s'enfoncent dans son épaule et le tirent en arrière. C'est si soudaine que Christopher glapit. Il trébuche vers l'arrière, se laisse pousser contre le mur contre lequel il rebondit avec brutalité. Un gémissement gronde dans sa gorge : les doigts s'enfoncent dans son épaule et serrent tellement fort. Mais ce qui le surprend, c'est ce visage si près du sien, c'est ce regard. Alice aux yeux comme de l'argent en fusion, son visage traversé par une émotion si violente qu'il peine à savoir si elle est enragée contre lui ou si elle est paniquée. Christopher n'a même pas le temps de rassembler ses pensées, son cerveau noyé sous l'afflux d'émotions brutales, son sang bout encore de l'exultation de sa liberté, son cœur tonne lourdement à l'intérieur de lui. Il n'a même pas le temps de faire des hypothèses sur ce qu'elle veut lui balancer au visage, parce qu'au moment où la tête d'Alice retombe, il comprend que ce ne seront pas des horreurs qui sortiront de ses lèvres. Ce sera pire.
Il carre d'abord les épaules quand elle prend la parole. Cela recommencera ? Et bien nous dirons encore non ! Non ! Non ! Non ! Encore et encore ! C'est ce qu'il fait ! Et il va très bien, parfaitement bien ! Qu'importe que sa mère insiste encore et encore, Christopher dira encore et encore non !. Christopher se fiche de ce que cette union pourrait apporter à sa famille, il se fiche de ce qu'elle pense, il se fiche de tout et de tout le monde, personne ne l'entravera, personne ne l'empêchera de... Et vous ? reprend-il dans son esprit en écho aux paroles d'Alice dont le ton ralenti. Vous, vous ferez comme moi, vous résisterez, vous recommencerez à...
Les mots sortent presque à contre-cœur de la bouche d'Alice mais ils font l'effet d'un ouragan à Christopher. « ...un homme au regard concupiscent ». Sa logorrhée interne s'arrête net. Son cœur tombe tout au fond de son ventre. Alice a détourné la tête. Ses doigts, plaqués sur sa bouche, tremblent. De peine et d'horreur, évidemment. Christopher déglutit. Toute sa rébellion précédente s'est étouffée subitement. Ne reste qu'une horreur blanche, silencieuse. Il se laisse aller contre le mur, sans plus la moindre intention, désormais, de se dresser contre Alice pour lui mettre ses idées dans le crâne. Ses yeux fouillent désespéramment son visage tourné alors même qu'il sait qu'il ne supportera pas de soutenir son regard si elle se tournait vers lui. Pas après ça. Pas après qu'elle vient de lui avouer sa crainte et qu'elle vient de lui dire que... Mais ce n'est pas vraiment ce qu'elle voulait sous-entendre, n'est-ce pas ? Ce n'est pas cela, qu'elle voulait sous-entendre, n'est-ce pas ?
« Vous ne..., » balbutie Christopher qui ne sait même pas ce qu'il s’apprêtait à dire.
Elle ne peut pas avoir sous-entendu ce qu'il croit qu'elle a sous-entendu. Elle ne peut pas.
Christopher ferme tout à coup les yeux et ses mains volent jusqu'à son visage. Il plaque ses paumes sur ses paupières et appuie fort, fort, la respiration bruyante. Il aimerait avoir le pouvoir d'arrêter de penser mais il ne le peut pas. Alors il pense, évidemment. Il connait les hommes. Il connait leur regard. Il connait leurs pensées. Combien de fois a-t-il dû supporter leur discours à propos des femmes ? À Poudlard quand il n'avait pas même encore l'âge de comprendre que c'était mal ou ailleurs. Quand il a été plus vieux et qu'il comprenait à quel point c'était dégueulasse. Encore récemment. Dans la rue, dans les journaux, dans les discussions avec les clients. Si Alice se mariait (et elle semble persuadée que ce ne sera pas si mais quand, tellement persuadée que Christopher commence également à l'être), combien de chance pour qu'elle tombe sur un homme qu'elle aime ? Combien de chance pour que ce soit sur un homme qu'elle désire ? Combien de chance pour que cela se passe bien ? Le score est si bas que Christopher sent sa tête tourner. Il connait bien ce monde. Donovan n'a pas choisi Victoria. Enfin... Il l'a choisie parmi une liste, parce que sa famille mettrait la leur en lumière. Quant à Anna... Anna, Annabelle, sa petite sœur qui traînait dans ses jambes quand il était enfant, sa petite sœur qui fondait en larmes dès que Donovan la brutalisait ou que mère la punissait. Anna, sa douce Anna, qui n'a rien choisi. Xavier Falcrey a été un choix imposé. Sa mère a usé sa fille au corps jusqu'à ce qu'elle ne puisse plus refuser, jusqu'à ce qu'Annabelle se persuade que la décision venait d'elle. Et ça a été la même chose lorsqu'il a été question d'enfanter.
Christopher baisse les mains et ouvre les yeux. Le blanc de ses yeux est rougi, son nez est plein de ses émotions retenues. Alice Sangblanc est une Annabelle Hangoover. Et elle vient de sous-entendre qu'au moins, avec lui, elle ne risque pas de tomber sur un homme au regard concupiscent. Et il sait que c'est vrai, il en a douloureusement conscience, à un tel point que ça lui fait mal. Quelque chose se dessine dans sa tête mais il le refuse net. Au lieu de ça, malgré lui, les rouages de son cerveau se mettent en route. Des sacrifices, il en a fait dans sa vie. Un bon nombre. Parfois consentit, parfois moins. Parfois conscients, parfois inconscients. Ce qu'il s'apprête à dire n'est pas grand chose. Il lui faudra juste noyer dans toute l'alcool disponible à la Fausse Danse le souvenir du regard victorieux que sa mère fera porter sur lui.
« On peut... »
Sa voix rauque s'enraille. Il déglutit, se frotte le nez et le coin des yeux. Sa tête commencent à le faire souffrir. Il n'est pas habitué à ressentir les choses aussi intensément. Mais un nouveau combat est en train de se dessiner dans son esprit. Ça fuse de partout, ça chauffe dans son cerveau. Comme quand il était gosse et qu'il préparait sa prochaine connerie à faire pour révolter ses parents ou emmerder son frère.
« On peut faire traîner, dit-il d'une traite, en se penchant en avant pour attraper le regard d'Alice. On fait trainer l'idée idiote qu'elles ont eue, ça vous laissera quelques mois de répit. Le temps de... »
Il n'en sait rien, il ne sait pas, il sait ce qu'elle vit, il l'a vu chez sa sœur, il l'a vue dépérir, il l'a vue sombrer ! Une fois après son mariage, une seconde fois après la naissance de sa fille. Elle est tombée dans des gouffres tellement profonds qu'elle ne pourra plus jamais en ressortir, elle est coincée là-dedans, tout au fond. Lui ? Il n'a rien pu faire pour elle, il a regardé tout cela de loin. Il a regardé tout cela de loin sans ne rien pouvoir faire pour Annabelle. Et il voudrait aider Alice ? Pourquoi ? Il ne sait même pas ! La moitié du temps, il est persuadé qu'il ne la supporte pas. Le reste du temps, il pense apprécier seulement la voir se mettre en colère face à ses conneries. Qu'est-ce qu'il fout ? Qu'est-ce qu'il est en train de faire ?
Christopher prend une inspiration rapide. Alice ressemble tellement à Thomas. Elle n'a rien de son humour et le sourire de son frère est beaucoup plus beau que le sien, mais elle lui ressemble tellement avec ses cheveux blancs et sa peau diaphane. Christopher ne peut tout simplement pas lui dire de se débrouiller alors qu'il a conscience de sa situation. Il ne le peut tout simplement pas. C'est plus fort que lui. Ce serait mentir que de dire que c'est simplement parce qu'elle est la petite sœur de son meilleur ami. C'est autre chose. C'est bien plus ancré. Il ne peut pas. Et puis quoi ? C'est quoi ce petit sacrifice ? Lui, il peut. Il peut faire ces choses-là, mentir à sa famille, faire semblant, décevoir.
Ses hanches reviennent s'appuyer contre le mur. Il n'avait même pas conscience de s'en être écarté. Il ne terminera jamais sa phrase. Son regard se perd sur le mur d'en face, là où trône cette commode sur laquelle il a dérobé cette petite horloge qu'il a vendu à bon prix au marché noir il y a quelques semaines. Cela lui parait si loin.
Des doigts s'enfoncent dans son épaule et le tirent en arrière. C'est si soudaine que Christopher glapit. Il trébuche vers l'arrière, se laisse pousser contre le mur contre lequel il rebondit avec brutalité. Un gémissement gronde dans sa gorge : les doigts s'enfoncent dans son épaule et serrent tellement fort. Mais ce qui le surprend, c'est ce visage si près du sien, c'est ce regard. Alice aux yeux comme de l'argent en fusion, son visage traversé par une émotion si violente qu'il peine à savoir si elle est enragée contre lui ou si elle est paniquée. Christopher n'a même pas le temps de rassembler ses pensées, son cerveau noyé sous l'afflux d'émotions brutales, son sang bout encore de l'exultation de sa liberté, son cœur tonne lourdement à l'intérieur de lui. Il n'a même pas le temps de faire des hypothèses sur ce qu'elle veut lui balancer au visage, parce qu'au moment où la tête d'Alice retombe, il comprend que ce ne seront pas des horreurs qui sortiront de ses lèvres. Ce sera pire.
Il carre d'abord les épaules quand elle prend la parole. Cela recommencera ? Et bien nous dirons encore non ! Non ! Non ! Non ! Encore et encore ! C'est ce qu'il fait ! Et il va très bien, parfaitement bien ! Qu'importe que sa mère insiste encore et encore, Christopher dira encore et encore non !. Christopher se fiche de ce que cette union pourrait apporter à sa famille, il se fiche de ce qu'elle pense, il se fiche de tout et de tout le monde, personne ne l'entravera, personne ne l'empêchera de... Et vous ? reprend-il dans son esprit en écho aux paroles d'Alice dont le ton ralenti. Vous, vous ferez comme moi, vous résisterez, vous recommencerez à...
Les mots sortent presque à contre-cœur de la bouche d'Alice mais ils font l'effet d'un ouragan à Christopher. « ...un homme au regard concupiscent ». Sa logorrhée interne s'arrête net. Son cœur tombe tout au fond de son ventre. Alice a détourné la tête. Ses doigts, plaqués sur sa bouche, tremblent. De peine et d'horreur, évidemment. Christopher déglutit. Toute sa rébellion précédente s'est étouffée subitement. Ne reste qu'une horreur blanche, silencieuse. Il se laisse aller contre le mur, sans plus la moindre intention, désormais, de se dresser contre Alice pour lui mettre ses idées dans le crâne. Ses yeux fouillent désespéramment son visage tourné alors même qu'il sait qu'il ne supportera pas de soutenir son regard si elle se tournait vers lui. Pas après ça. Pas après qu'elle vient de lui avouer sa crainte et qu'elle vient de lui dire que... Mais ce n'est pas vraiment ce qu'elle voulait sous-entendre, n'est-ce pas ? Ce n'est pas cela, qu'elle voulait sous-entendre, n'est-ce pas ?
« Vous ne..., » balbutie Christopher qui ne sait même pas ce qu'il s’apprêtait à dire.
Elle ne peut pas avoir sous-entendu ce qu'il croit qu'elle a sous-entendu. Elle ne peut pas.
Christopher ferme tout à coup les yeux et ses mains volent jusqu'à son visage. Il plaque ses paumes sur ses paupières et appuie fort, fort, la respiration bruyante. Il aimerait avoir le pouvoir d'arrêter de penser mais il ne le peut pas. Alors il pense, évidemment. Il connait les hommes. Il connait leur regard. Il connait leurs pensées. Combien de fois a-t-il dû supporter leur discours à propos des femmes ? À Poudlard quand il n'avait pas même encore l'âge de comprendre que c'était mal ou ailleurs. Quand il a été plus vieux et qu'il comprenait à quel point c'était dégueulasse. Encore récemment. Dans la rue, dans les journaux, dans les discussions avec les clients. Si Alice se mariait (et elle semble persuadée que ce ne sera pas si mais quand, tellement persuadée que Christopher commence également à l'être), combien de chance pour qu'elle tombe sur un homme qu'elle aime ? Combien de chance pour que ce soit sur un homme qu'elle désire ? Combien de chance pour que cela se passe bien ? Le score est si bas que Christopher sent sa tête tourner. Il connait bien ce monde. Donovan n'a pas choisi Victoria. Enfin... Il l'a choisie parmi une liste, parce que sa famille mettrait la leur en lumière. Quant à Anna... Anna, Annabelle, sa petite sœur qui traînait dans ses jambes quand il était enfant, sa petite sœur qui fondait en larmes dès que Donovan la brutalisait ou que mère la punissait. Anna, sa douce Anna, qui n'a rien choisi. Xavier Falcrey a été un choix imposé. Sa mère a usé sa fille au corps jusqu'à ce qu'elle ne puisse plus refuser, jusqu'à ce qu'Annabelle se persuade que la décision venait d'elle. Et ça a été la même chose lorsqu'il a été question d'enfanter.
Christopher baisse les mains et ouvre les yeux. Le blanc de ses yeux est rougi, son nez est plein de ses émotions retenues. Alice Sangblanc est une Annabelle Hangoover. Et elle vient de sous-entendre qu'au moins, avec lui, elle ne risque pas de tomber sur un homme au regard concupiscent. Et il sait que c'est vrai, il en a douloureusement conscience, à un tel point que ça lui fait mal. Quelque chose se dessine dans sa tête mais il le refuse net. Au lieu de ça, malgré lui, les rouages de son cerveau se mettent en route. Des sacrifices, il en a fait dans sa vie. Un bon nombre. Parfois consentit, parfois moins. Parfois conscients, parfois inconscients. Ce qu'il s'apprête à dire n'est pas grand chose. Il lui faudra juste noyer dans toute l'alcool disponible à la Fausse Danse le souvenir du regard victorieux que sa mère fera porter sur lui.
« On peut... »
Sa voix rauque s'enraille. Il déglutit, se frotte le nez et le coin des yeux. Sa tête commencent à le faire souffrir. Il n'est pas habitué à ressentir les choses aussi intensément. Mais un nouveau combat est en train de se dessiner dans son esprit. Ça fuse de partout, ça chauffe dans son cerveau. Comme quand il était gosse et qu'il préparait sa prochaine connerie à faire pour révolter ses parents ou emmerder son frère.
« On peut faire traîner, dit-il d'une traite, en se penchant en avant pour attraper le regard d'Alice. On fait trainer l'idée idiote qu'elles ont eue, ça vous laissera quelques mois de répit. Le temps de... »
Il n'en sait rien, il ne sait pas, il sait ce qu'elle vit, il l'a vu chez sa sœur, il l'a vue dépérir, il l'a vue sombrer ! Une fois après son mariage, une seconde fois après la naissance de sa fille. Elle est tombée dans des gouffres tellement profonds qu'elle ne pourra plus jamais en ressortir, elle est coincée là-dedans, tout au fond. Lui ? Il n'a rien pu faire pour elle, il a regardé tout cela de loin. Il a regardé tout cela de loin sans ne rien pouvoir faire pour Annabelle. Et il voudrait aider Alice ? Pourquoi ? Il ne sait même pas ! La moitié du temps, il est persuadé qu'il ne la supporte pas. Le reste du temps, il pense apprécier seulement la voir se mettre en colère face à ses conneries. Qu'est-ce qu'il fout ? Qu'est-ce qu'il est en train de faire ?
Christopher prend une inspiration rapide. Alice ressemble tellement à Thomas. Elle n'a rien de son humour et le sourire de son frère est beaucoup plus beau que le sien, mais elle lui ressemble tellement avec ses cheveux blancs et sa peau diaphane. Christopher ne peut tout simplement pas lui dire de se débrouiller alors qu'il a conscience de sa situation. Il ne le peut tout simplement pas. C'est plus fort que lui. Ce serait mentir que de dire que c'est simplement parce qu'elle est la petite sœur de son meilleur ami. C'est autre chose. C'est bien plus ancré. Il ne peut pas. Et puis quoi ? C'est quoi ce petit sacrifice ? Lui, il peut. Il peut faire ces choses-là, mentir à sa famille, faire semblant, décevoir.
Ses hanches reviennent s'appuyer contre le mur. Il n'avait même pas conscience de s'en être écarté. Il ne terminera jamais sa phrase. Son regard se perd sur le mur d'en face, là où trône cette commode sur laquelle il a dérobé cette petite horloge qu'il a vendu à bon prix au marché noir il y a quelques semaines. Cela lui parait si loin.
Lutin en cuir le plus stylé du Pitiponk
« Sa vie professionnelle est une fête qui s'arrête jamais » - LLOYD RIVER
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